En 1907, à la mort de leur père , deux frères reçoivent un petit capital en héritage. Ils décident alors de s'associer et d'investir leurs fonds dans une affaire de négoce; ils sont jeunes moins de 25 ans mais impatients d'entreprendre et de réussir. Tous les deux ont une formation technique; l'aîné Adrien Duval est diplômé de l'Ecole Centrale de Lyon et son frère Henri est licencié en Sciences. Ils ont hâte de monter dans le train de l'aventure qui commence à bouleverser la société industrielle et dont l'automobile est le plus beau symbole. Cependant les deux frères sont conscients de leur inexpérience et souhaitent s'associer avec un homme mûr, riche en relation et capable d'apporter des capitaux qui s'ajouteraient à leurs propres fonds; ils s'adressent à un cabinet spécialisé dans le rapprochement d'entreprises; c'est ainsi qu'ils entrent en contact avec un certain Pierre François Marie Aubert un homme d'envergure, de dix ans leur aîné, ancien élève de l'école Polytechnique, qui possède déjà un fond de commerce . Ce modeste établissement vend des limes, des outils et débite des barres d'acier. Les trois hommes décident de s'associer et c'est ainsi qu'est créée le 2 décembre 1907 la société en nom collectif " Aubert et Duval frères" au capital de 200 000 francs de l'époque environ 500 000 euros d'aujourd'hui. Le magasin d'acier et d'outillage, exploité désormais par les trois associés connaît dès l'origine une belle prospérité. Les centaines d'ateliers de mécanique implantés dans l'est de Paris particulièrement dans le IIème arrondissement préparent l'avènement de la belle mécanique, celle qui usinera demain de nouveaux matériaux, aciers spéciaux et alliages légers. Mais l'ambition des nouveaux associés dépasse largement le simple commerce de coupe d'acier; leur objectif est de négocier avec les firmes étrangères de fructueux accords de représentation exclusive. Les trois hommes se sont répartis les tâches, en fonction de leur qualités respectives ; Adrien, homme de rigueur, pétri de bon sens, sectaire par goût prend rapidement de l'ascendant sur les associés, il devient chef de maison, ayant l'œil à tout manageant le personnel critiquant s'il le faut les excès d'Aubert et Henri Duval ; ces deux là ne sont à l'aise qu'à l'extérieur de l'entreprise. Henri est présent chez les clients, à l'atelier ou sur la table de dessin à conseiller ses amis techniciens sur le choix des matériaux et des processus de bonnes opportunités. A 40 ans l'homme aime séduire, c'est un beau parleur en société, il sait négocier un contrat à son avantage, il adore le monde , brille dans les salons, courtise les femmes; le contraire de la vie monacale et austère qu'Adrien s'impose à la tête de la société. En fait les trois hommes sont aussi différents qu'il n'est possible ce qui qui les conduira parfois à des empoignades mais leur diversité constitue une chance formidable pour l'entreprise. Chacun est derrière son fourneau, Aubert dans le grand monde, Henri Duval chez les mécaniciens, Adrien à la maison, gardien de l'ordre et de la raison. Le jour vient où les efforts de Pierre Aubert portent leurs fruits: un excellent accord de représentation est négocié avec la firme anglaise John Brown , champion du monde des aciers spéciaux. A la veille de la première guerre mondiale les Anglais sont incontestablement les rois de l'acier, leur avance sur leurs concurrents européens est considérable, ils sont les seuls à fabriquer des aciers alliés de qualités, le plus beau fleuron de la sidérurgie britannique est sans contexte la firme John Brown de Sheffield qui vend ses produits dans le monde entier. Ses activités sont multiples, la firme exploite entre autres de puissants chantiers navals, ayant construit notamment le paquebot Lusitania de 33 000 tonnes torpillés en 1915 par les Allemands. Il n'a pas échappé à Pierre Aubert que l'entreprise de Sheffield n'avait pas encore d'agent en France et il décide de tenter sa chance. Après de multiples entretiens, John Brown finit par accepter d'accorder à " Aubert et Duval Frères" la représentation exclusive en France de la gamme complète de leurs aciers. La première page de l'entreprise est tournée; le contrat liant l'entreprise des Duval à John Brown est à peine signé que la guerre menace. L'Angleterre comme la France s'empresse de réarmer ,la guerre finit par éclater; les hommes sont appelés au front et aussi Pierre Aubert et Henri Duval. Le premier capitaine d'artillerie est mobilisé dans le service automobile de l'armée; le second adjudant est appelé à rejoindre la 2ième armée Bar le Duc si bien qu'Adrien Duval reste seul aux commandes de la jeune entreprise. Pendant quatre ans, ils sont devenus des producteurs d'acier contraint à alimenter en priorité le formidable appétit des industries de guerre. De cette période Adrien tire la leçon que pour prospérer il faut rejoindre le club très fermé des producteurs et ne plus se contenter de faire commerce des autres. Il ne tardera pas, à mettre les faits en harmonie avec sa conviction. L'idée d'Adrien est de conserver le précieux accord commercial signé avant la guerre avec John Brown tout en mettant un pied dans le processus industriel. Adrien Duval veut disposer d'une petite forge, d'un atelier de traitement thermique et d'un laboratoire de métallurgie pour procéder à des expertises, faire des essais, conseiller la clientèle. Dans ce but, la société acquiert dès 1919 un vaste terrain à Gennevilliers, dans la banlieue nord de Paris. Cette première tentative industrielle ne rencontrera pas le succès , malgré de bonne commandes de l'industrie automobiles pour des pignons et des arbres forgés, le chiffre d'affaire demeure insuffisant et deux ans après sa création, l'atelier ferme par les associés de Fornop. Cependant l'usine ne meurt pas pour autant, car le dépôt d'acier connaît un développement rapide. L'achat du terrain de Gennevilliers s'est révélé une excellente affaire et son étendue va permettre au fil des ans, l'implantation de nouvelles installations industrielles : recuit traitements thermiques, fonderie, étirages, rectification... Aubert et Duval sont décidés à se libérer de la tutelle de leur fournisseur anglais, à produire leurs propres aciers , à maitriser leur qualité à devenir enfin de vrais industriels . Pour cela il faut bâtir une autre usine, leur choix se porte sur une usine appartenant à la " Société Electrométallurgique d'Auvergne, l' EMA " elle est implantée en pleine montagne sur le territoire de la commune des Ancizes . Elle dispose de fours électriques qui intéresse vivement les Duval , car ils pourront grâce à eux élaborer leurs premières coulées d'acier. C'est en 1926 Qu'Aubert et Duval deviennent locataire de l'Usine des Ancizes, elle n'en deviendra propriétaire qu'en 1939.De 300 ouvriers en 1930 , l'effectif de l'usine des Ancizes double en quatre ans en passant à 600 en 1936 , de nouveaux fours sont construits, une puissante forge est crée, les laminoirs sont modernisés, elle produit tout une gamme d'aciers spéciaux inspirés de ceux des Anglais, destinés pour la plupart aux constructeurs automobiles . André Citroën confie la quasi-totalité de ses besoin à Henri Duval. En 1932 Pierre Aubert négocie avec Krupp la cession d'une licence exclusive relative à un procédé de durcissement superficiel des aciers par apport d'azote. Ainsi naît chez les Aubert une activité nouvelle, la nitruration . Dans le même temps, le siège social est transféré à Neuilly, un vaste bâtiment y est construit il permet d'accueillir un personnel commercial de plus en plus nombreux pour satisfaire les besoins de la clientèle. En seulement 10 ans Aubert et Duval est devenu une société industrielle respectée par ses clients , jalousé par ses concurrents . Elle dispose d'un appareil productif puissant , couvrant tout une gamme des activités métallurgiques que les moyens de l'usine de Gennevilliers complétant ceux des Ancizes ; et pourtant cette métamorphose a dû encaisser des variations brutales de conjoncture peu favorable aux affaires. La dépression sévit plusieurs années et culmine en 1936 alors que la France se met en grève ; l'usine des Ancizes n'est pas épargnée et reste fermée une quinzaine de jours. La retentissante faillite de Citroën plonge Aubert et Duval dans une délicate situation financière. Les affaires reprennent en 1937 et 1938 car la guerre menace et la France réarme dans l'urgence, ils tournent à plein régimes, alimentent de ces aciers tous les programmes militaires. Hélas la défaite de 1940 met un terme brutal au plein emploi des hommes et des machines. En juin 40 les Allemands foncent sur Paris, les usines parisiennes travaillant pour la défense nationales sont invitées à quitter la capitale ,malgré les pressions de l'occupant, l'usine ne livre ni aciers, ni ouvriers réquisitionnés par le STO, les installations sensibles sont sabotées par la résistance avec la complicité de la direction de l'usine. Adrien Duval donne l'ordre d'évacuer l'usine de Gennevilliers et le siège social puis de gagner l'Auvergne , l'usine des Ancizes constitue un solide point d'appui. Très vite les Allemands exigent d'Aubert et Duval des fournitures d'aciers pour alimenter leurs industries de guerre, les Duval refusent énergiquement de collaborer avec l'ennemi et les rapports se tendent entre l'usine des Ancizes et les nazis en raison de sa fabrication sensibles elle constitue une cible privilégiée par les Allemands qui la bombarde le 10 mai 1940. La libération de la France en 1944 met fin au cauchemar mais laisse Aubert et Duval en piteux état. Pendant toute la durée de la guerre Pierre Aubert demeure aux Etats Unis, où il avait crée en 1940, la société Nitralloy, la vocation de celle-ci était d'exploiter outre atlantique le procédé de nitruration dont le brevet avait été acquis de Krupp quelques années plus tôt. La guerre terminé Pierre Aubert choisit de s'établir définitivement aux Etats Unis et déclare aux Duval son intention de se retirer de la société qu'il avait crée avec eux quarante ans plus tôt . Aux fils d'Adrien pour moitié et pour moitié à Jean . La société s'appellera désormais " Anciens Etablissements Aubert et Duval AHR ) successeurs " Le départ de Pierre Aubert donne aux Duval la totale maitrise de l'entreprise, dans le fond ils ne sont pas fâchés, ils n'aiment pas composer avec des tiers, négocier sans cesse des décisions partager le pouvoir. Les Duval sont désormais maîtres chez eux, ils peuvent conduire les affaires comme ils l'entendent. Et puis des forces nouvelles s'apprêtent à doper l'entreprise; l'arrivée des deux jeunes fils d'Adrien, tous les deux capables et travailleurs est porteuse d'un immense espoir pour l'avenir Aubert Duval . La guerre avait gravement dégradé l'outil industriel, la reconstruction à mobiliser toutes les énergies. L'effort réalisé par les Duval est alors considérable, un premier four à arc d'une capacité de 45 tonnes est mis en service à l'aciérie en 1963. Deux ans plus tard est installés aux Ancizes un premier four à induction sous vide pour répondre aux nouveaux besoins de l'aéronautique. En 1972, le laminoir est équipé d'une cage trio, la même année est mise en service aux Ancizes une presse à forger de 45 000 tonnes entièrement automatique. L'introduction des nouveaux dirigeants se fait progressivement dans des fonctions subalternes pour commencer . Des quatre jeunes Duval, trois sortent d'écoles d'ingénieurs, le quatrième d'une école de commerce . Leurs introductions dans la société est programmée comme suit : - 1er novembre 1966 Patrick Duval, fils de Robert, le 1er août 1972 Edouard Duval fils de Robert, le 1er mai 1973 Georges Duval fils de Jean , le 12 mai 1975 Camille Duval fils de Robert. En janvier 1984, les Duval décident de créer une société industrielle au nom de Aciéries Aubert et Duval ( AAD) reprenant les actifs de l'ancienne société familiales, dans le même temps est née une société holding baptisée Aubert et Duval. Lorsque le programme Concorde est lancé, aucune presse en Europe n'est capable de matricer les pièces du train d'atterrissage. Ainsi naît le projet de commander une presse géante aux Russes qui serait financé par le Creuset Loire; Aubert et Duval ne peuvent se trouver écarté de ce projet, sous peine de devoir renoncer à fournir ses aciers à l'aérospatiale. Il accepte donc d'entrer pour 13% dans le capital d'Interforge, ce qui lui confère un choix d'usage de même pourcentage. Le même raisonnement conduit Aubert et Duval en 1987, à se ménager un droit d'usage sur le grand laminoir à frettes de Dembiermont seul capable en Europe de produire des couronnes de structure de la fusée Ariane 4 . Une autre préoccupation commerciale , celle là pousse les Duval à financer une entreprise étrangère , pour pénétrer plus largement le marché des motoristes américains, ils prennent le contrôle également en 1987 de la société américaine Special Metals fabricant réputé de superalliages pour les turbines d'avion. Georges Duval lance un programme de formation sans précédent pour améliorer le potentiel des hommes au travail et valoriser leurs efforts, il lance un vaste plan de formation tous azimuts. La doctrine de la " Qualité Totale" implique des enseignements nouveaux. On ne mesure plus la qualité sur le produit fini mais sur tous les actes élémentaires administratifs et productifs qui se succèdent en amont au produit fini. Désormais , tout collaborateur, quel que soit son grade ou sa fonction est devenu un acteur de qualité entièrement responsable de son travail. L'objectif est d'offrir à toutes les catégories de personnel une mise à jour de leurs connaissances , afin d'améliorer leurs capacités individuelles , mais aussi inciter à remettre en cause leurs habitudes de travail. Les cadres apprendrons avec profit les méthodes modernes de communications et d'échanges avec leur personnel. En collaborant avec l'Education Nationale , Georges Duval prends la tête de la croisade pour la formation qualifiante. Le 10 juin 1992, il préside aux Ancizes une émouvante cérémonie au cours de laquelle sont honorés les quatre premiers stagiaires qui reçoivent le diplôme du CAP des mains des autorités de Riom . A cette date 32 salariés sont engagés dans le processus de la formation qualifiante. Pour marquer tout l'intérêt qu'il porte à l'amélioration des connaissances, Georges fait construire aux Ancizes en 1992 un nouveau centre de formation offrant de vastes salles et un amphithéâtre. En 2001 on assiste à une chutes des commandes de 30% l'aéronautique sombre dans la dépression et les marchés des turbines tombent en chute libre; Aubert et Duval est conduit à réduire ses effectifs essentiellement par la voie des pré-retraite et le jeu de la mobilité interne. A l'annonce de ces mesures, les sites d'Issoire et des Ancizes sont investis en avril 2003 pour une grève qui affaiblit la position commerciale de l'entreprise. A partir de 2005, la reprise des affaires particulièrement dans l'aéronautique, regarnit les carnets de commande, met fin à l'agitation sociale et annonce une nouvelle période de prospérité. Alors que beaucoup s'interroge sur l'avenir de l'industrie française et redoutent des délocalisations tueuse d'emploi, une nouvelle usine est inaugurée à Pamiers, le samedi 20 octobre 2007 et pas une petite usine !Elle est implantée sur un terrain de 46 000 m2 et représente un investissement de 100 millions d'euros ; la nouvelle usine comprend un ensemble complet de production de pièces matricées en superalliages et allonges de titane, autour d'une presse de 40 000 tonnes et d'un laminoir à frettes entièrement automatisé. L'essentiel de la production porte sur les pièces de moteurs d'avions en superalliages dont le matriçage exige de très fortes puissances et une parfaite maîtrise des vitesses de déformation. Un tel investissement lourd est réalisé pour une longue période, au moins 50 ans. Il symbolise la volonté d'Aubert et Duval de relever les défis et de poursuivre sa croissance mondiale. Le président Georges Duval dans son discours d'inauguration affirme avec chaleur et foi en l'avenir et invite les personnels à se mobiliser pour le progrès " Rien ne nous sera donné, nous ne pouvons compter que sur nous-même" C'est à Monsieur Jean -Baptiste Sans que l'on doit la création en 1817 d'une première usine métallurgique à Pamiers; il s'agit d'un établissement modeste installé sur la promenade des Carmes occupant une trentaines de compagnons. L'idée fondatrice est d'utiliser les eaux abondantes du site comme force motrice et comme matière première, d'une part l'excellent minerai de fer de Rancié exploité depuis le13 ième siècle dans la vallée ariégeoise du Vicdessos . L'exploitation de l'usine Sainte-Marie débute le 23 décembre 1820 et avec elle l'histoire de l'usine de Pamiers , le premier atelier est équipé d'un four à cémentation pour l'élaboration de l'acier d'outillage et six fours de chauffe et six martinets de forge. Pour favoriser la croissance de son usine , Monsieur Sans s'associe sans tarder avec Monsieur Augustin Abat , homme d'expérience propriétaire d'une forge et avec Monsieur Morlière notaire à Pamiers .Les produits fabriqués sont des outils de coupe, des limes et du matériel agricole. La réputation de la forge de Pamiers conduit l'arsenal de Lorient à lui confier des commandes d'armement. En 1825, l'usine emploie une soixantaine d'ouvriers, c'est alors que Monsieur Sans décide de se retirer des affaires, vendant ses parts à ses deux associés. Dès 1830, la nouvelle société ABAT , mais elle doit affronter les difficultés économiques. Un certain Monsieur Palotte rachète l'usine en 1862, puis elle prend le nom de "Société Métallurgique de l' Ariège" en 1867 s'étendant sur 6000m2 ; elle est équipé de 12 fours à puddler, 7 fours réverbères , 4 trains de laminoir et 4 pilons de forge. On abandonne le moulin et ce sont les machines à vapeur qui fournissent l'énergie aux machines, cet équipement est complété en 1881 par l'installation d'une fonderie d'acier, la fabrication est très diverses, rivets, boulons, essieux pour l'artillerie, pièces de chemin de fer et surtout ressorts de voitures et de wagons. En 1880, l'usine produit 22000 tonnes de produits finis ou semi -ouvrés et emploie 1 000 personnes. L'avènement de l'électricité au début du 20 ième siècle permet d'augmenter sensiblement la puissance de l'usine. Cinq petites centrales sont installées au fil de l'eau, en amont de Pamiers, les trains des laminoirs sont électrifiés dès 1905. Une grande crise sociale épuise l'entreprise, les ouvriers mécontent profite du 1er Mai 1905 pour défiler dans les rues de Pamiers en réclamant des augmentations de salaires , l'usine reste ferme et refuse toute révisions de salaires jusqu'à licencier des grévistes. L'agitation reprend en Juillet 1906 ce sont les puddleurs qui réclament la journée de 10 heures et le repos du dimanche. Le 17 octobre la direction se résout à proposer une augmentation de 5% des salaires, la journée de 10 heures et le repos du dimanche. En 50 ans, l'usine de Pamiers est passée de main en main subissant les contraintes restructurations successives ayant marqué l'histoire de la profession dans les périodes difficiles. Son mérite est d'autant plus grand d'avoir réussi à se maintenir à flot dans les périodes difficiles et d'avoir su renouer aujourd'hui avec la prospérité. Jusqu'en 1989 Pamiers connaît le plein emploi grâce à l'aéronautique et à l'énergie malgré la crise conjoncturelle des années 1987 et 1988...En 1999 la société SIMA intègre le groupe ERAMET formant la branche ERAMET ALLIAGES. Deux ans plus tard, les sociétés Aubert et Duval et HTR fusionnent pour devenir "Aubert et Duval Holding" puis sera simplement appelé Aubert et Duval AIRFORCE . Pamiers , Issoire et Interforge donne des ailes à l'Air bus. L'éclisse est la première pièce de l'avion réalisée avant toutes les autres, bien souvent avant même que le programme ne soit officiellement lancé ( sans elle pas d'ailes ! ) La concession de l'éclisse elle même et de l'assemblage est spécifique de la technologie AIRBUS très différente de celle de Boeing ; elle conduit pour les gros porteurs à un profil géométriques très spectaculaire à la fois long et très mince , avec des sections en croix ou en té et des largeurs elles aussi respectables jusqu'à plus d'un mètre. Mais c'est la longueur de la pièce qui bat les records : il s'agit de raccorder l'aile de fuselage et dans le cas de l' A 380 les huit mètres ont été largement dépassés établissant un record du monde . Ce fut donc un défi aux multiples facettes que les équipes de Pamiers, Issoire et Interforge eurent à résoudre dans des temps très limités. Aubert et Duval exerce aujourd'hui ses activités sur 7 sites industriel en France et en Chine, Gennevilliers, les Ancizes ,Issoire, Interforge Imphy Firminy Pamiers, Airforge, Heyrieux. Le premier défi auquel se trouve confronté Georges Duval et son équipe est de poursuivre l'humanisation d'un ensemble industriel, d'une puissance jamais atteinte en France dans le domaine des aciers spéciaux et des alliages. Le problème s'avère complexe du fait des usages et des traditions enracinés dans les différents sites. L'objectif est de bien renforcer la vocation de chaque usine du Groupe en privilégiant son coeur de métier, en valorisant ses compétences, le talent et l'initiative des hommes et des femmes de l'entreprise. Nul ne doute de la capacité de l'équipe de Direction avec Georges, Edouard et Cyrille de poursuivre l'œuvre entreprise en bâtissant un groupe bien charpenté, harmonieux capable de tenir tête à l'innovation, de la qualité du service et des prix. un nouveau centenaire s'ouvre à Aubert et Duval sous les meilleurs auspices. La belle aventure industrielle continue . L'histoire est morte, penseront certain, à quoi bon la sortir de son sommeil, seul l'avenir est passionnant! En fait, passé et avenir sont liés l'un à l'autre comme le sont la racine et la fleur d'une plante; celui qui coupe la racine ne verra pas la fleur s'épanouir. cultiver ses racines ce n'est pas tourner le dos à l'avenir, c'est mettre l'extraordinaire expérience acquise au service du progrès : on ne crée rien à partir de rien. Cultiver ses racines , c'est prendre conscience du chemin déjà accompli, en tirer de la fierté et nourrir l'audace de faire encore mieux demain qu'aujourd'hui .Une belle ambition partagée par tous les collaborateurs D'Aubert et Duval, convaincus d'avoir à vivre une passionnante aventure d'hommes et de métaux vécue depuis le néolithique par leurs aïeux .
lundi 18 août 2025
Une histoire d'hommes et de métaux de Louis Hauser
En 1907, à la mort de leur père , deux frères reçoivent un petit capital en héritage. Ils décident alors de s'associer et d'investir leurs fonds dans une affaire de négoce; ils sont jeunes moins de 25 ans mais impatients d'entreprendre et de réussir. Tous les deux ont une formation technique; l'aîné Adrien Duval est diplômé de l'Ecole Centrale de Lyon et son frère Henri est licencié en Sciences. Ils ont hâte de monter dans le train de l'aventure qui commence à bouleverser la société industrielle et dont l'automobile est le plus beau symbole. Cependant les deux frères sont conscients de leur inexpérience et souhaitent s'associer avec un homme mûr, riche en relation et capable d'apporter des capitaux qui s'ajouteraient à leurs propres fonds; ils s'adressent à un cabinet spécialisé dans le rapprochement d'entreprises; c'est ainsi qu'ils entrent en contact avec un certain Pierre François Marie Aubert un homme d'envergure, de dix ans leur aîné, ancien élève de l'école Polytechnique, qui possède déjà un fond de commerce . Ce modeste établissement vend des limes, des outils et débite des barres d'acier. Les trois hommes décident de s'associer et c'est ainsi qu'est créée le 2 décembre 1907 la société en nom collectif " Aubert et Duval frères" au capital de 200 000 francs de l'époque environ 500 000 euros d'aujourd'hui. Le magasin d'acier et d'outillage, exploité désormais par les trois associés connaît dès l'origine une belle prospérité. Les centaines d'ateliers de mécanique implantés dans l'est de Paris particulièrement dans le IIème arrondissement préparent l'avènement de la belle mécanique, celle qui usinera demain de nouveaux matériaux, aciers spéciaux et alliages légers. Mais l'ambition des nouveaux associés dépasse largement le simple commerce de coupe d'acier; leur objectif est de négocier avec les firmes étrangères de fructueux accords de représentation exclusive. Les trois hommes se sont répartis les tâches, en fonction de leur qualités respectives ; Adrien, homme de rigueur, pétri de bon sens, sectaire par goût prend rapidement de l'ascendant sur les associés, il devient chef de maison, ayant l'œil à tout manageant le personnel critiquant s'il le faut les excès d'Aubert et Henri Duval ; ces deux là ne sont à l'aise qu'à l'extérieur de l'entreprise. Henri est présent chez les clients, à l'atelier ou sur la table de dessin à conseiller ses amis techniciens sur le choix des matériaux et des processus de bonnes opportunités. A 40 ans l'homme aime séduire, c'est un beau parleur en société, il sait négocier un contrat à son avantage, il adore le monde , brille dans les salons, courtise les femmes; le contraire de la vie monacale et austère qu'Adrien s'impose à la tête de la société. En fait les trois hommes sont aussi différents qu'il n'est possible ce qui qui les conduira parfois à des empoignades mais leur diversité constitue une chance formidable pour l'entreprise. Chacun est derrière son fourneau, Aubert dans le grand monde, Henri Duval chez les mécaniciens, Adrien à la maison, gardien de l'ordre et de la raison. Le jour vient où les efforts de Pierre Aubert portent leurs fruits: un excellent accord de représentation est négocié avec la firme anglaise John Brown , champion du monde des aciers spéciaux. A la veille de la première guerre mondiale les Anglais sont incontestablement les rois de l'acier, leur avance sur leurs concurrents européens est considérable, ils sont les seuls à fabriquer des aciers alliés de qualités, le plus beau fleuron de la sidérurgie britannique est sans contexte la firme John Brown de Sheffield qui vend ses produits dans le monde entier. Ses activités sont multiples, la firme exploite entre autres de puissants chantiers navals, ayant construit notamment le paquebot Lusitania de 33 000 tonnes torpillés en 1915 par les Allemands. Il n'a pas échappé à Pierre Aubert que l'entreprise de Sheffield n'avait pas encore d'agent en France et il décide de tenter sa chance. Après de multiples entretiens, John Brown finit par accepter d'accorder à " Aubert et Duval Frères" la représentation exclusive en France de la gamme complète de leurs aciers. La première page de l'entreprise est tournée; le contrat liant l'entreprise des Duval à John Brown est à peine signé que la guerre menace. L'Angleterre comme la France s'empresse de réarmer ,la guerre finit par éclater; les hommes sont appelés au front et aussi Pierre Aubert et Henri Duval. Le premier capitaine d'artillerie est mobilisé dans le service automobile de l'armée; le second adjudant est appelé à rejoindre la 2ième armée Bar le Duc si bien qu'Adrien Duval reste seul aux commandes de la jeune entreprise. Pendant quatre ans, ils sont devenus des producteurs d'acier contraint à alimenter en priorité le formidable appétit des industries de guerre. De cette période Adrien tire la leçon que pour prospérer il faut rejoindre le club très fermé des producteurs et ne plus se contenter de faire commerce des autres. Il ne tardera pas, à mettre les faits en harmonie avec sa conviction. L'idée d'Adrien est de conserver le précieux accord commercial signé avant la guerre avec John Brown tout en mettant un pied dans le processus industriel. Adrien Duval veut disposer d'une petite forge, d'un atelier de traitement thermique et d'un laboratoire de métallurgie pour procéder à des expertises, faire des essais, conseiller la clientèle. Dans ce but, la société acquiert dès 1919 un vaste terrain à Gennevilliers, dans la banlieue nord de Paris. Cette première tentative industrielle ne rencontrera pas le succès , malgré de bonne commandes de l'industrie automobiles pour des pignons et des arbres forgés, le chiffre d'affaire demeure insuffisant et deux ans après sa création, l'atelier ferme par les associés de Fornop. Cependant l'usine ne meurt pas pour autant, car le dépôt d'acier connaît un développement rapide. L'achat du terrain de Gennevilliers s'est révélé une excellente affaire et son étendue va permettre au fil des ans, l'implantation de nouvelles installations industrielles : recuit traitements thermiques, fonderie, étirages, rectification... Aubert et Duval sont décidés à se libérer de la tutelle de leur fournisseur anglais, à produire leurs propres aciers , à maitriser leur qualité à devenir enfin de vrais industriels . Pour cela il faut bâtir une autre usine, leur choix se porte sur une usine appartenant à la " Société Electrométallurgique d'Auvergne, l' EMA " elle est implantée en pleine montagne sur le territoire de la commune des Ancizes . Elle dispose de fours électriques qui intéresse vivement les Duval , car ils pourront grâce à eux élaborer leurs premières coulées d'acier. C'est en 1926 Qu'Aubert et Duval deviennent locataire de l'Usine des Ancizes, elle n'en deviendra propriétaire qu'en 1939.De 300 ouvriers en 1930 , l'effectif de l'usine des Ancizes double en quatre ans en passant à 600 en 1936 , de nouveaux fours sont construits, une puissante forge est crée, les laminoirs sont modernisés, elle produit tout une gamme d'aciers spéciaux inspirés de ceux des Anglais, destinés pour la plupart aux constructeurs automobiles . André Citroën confie la quasi-totalité de ses besoin à Henri Duval. En 1932 Pierre Aubert négocie avec Krupp la cession d'une licence exclusive relative à un procédé de durcissement superficiel des aciers par apport d'azote. Ainsi naît chez les Aubert une activité nouvelle, la nitruration . Dans le même temps, le siège social est transféré à Neuilly, un vaste bâtiment y est construit il permet d'accueillir un personnel commercial de plus en plus nombreux pour satisfaire les besoins de la clientèle. En seulement 10 ans Aubert et Duval est devenu une société industrielle respectée par ses clients , jalousé par ses concurrents . Elle dispose d'un appareil productif puissant , couvrant tout une gamme des activités métallurgiques que les moyens de l'usine de Gennevilliers complétant ceux des Ancizes ; et pourtant cette métamorphose a dû encaisser des variations brutales de conjoncture peu favorable aux affaires. La dépression sévit plusieurs années et culmine en 1936 alors que la France se met en grève ; l'usine des Ancizes n'est pas épargnée et reste fermée une quinzaine de jours. La retentissante faillite de Citroën plonge Aubert et Duval dans une délicate situation financière. Les affaires reprennent en 1937 et 1938 car la guerre menace et la France réarme dans l'urgence, ils tournent à plein régimes, alimentent de ces aciers tous les programmes militaires. Hélas la défaite de 1940 met un terme brutal au plein emploi des hommes et des machines. En juin 40 les Allemands foncent sur Paris, les usines parisiennes travaillant pour la défense nationales sont invitées à quitter la capitale ,malgré les pressions de l'occupant, l'usine ne livre ni aciers, ni ouvriers réquisitionnés par le STO, les installations sensibles sont sabotées par la résistance avec la complicité de la direction de l'usine. Adrien Duval donne l'ordre d'évacuer l'usine de Gennevilliers et le siège social puis de gagner l'Auvergne , l'usine des Ancizes constitue un solide point d'appui. Très vite les Allemands exigent d'Aubert et Duval des fournitures d'aciers pour alimenter leurs industries de guerre, les Duval refusent énergiquement de collaborer avec l'ennemi et les rapports se tendent entre l'usine des Ancizes et les nazis en raison de sa fabrication sensibles elle constitue une cible privilégiée par les Allemands qui la bombarde le 10 mai 1940. La libération de la France en 1944 met fin au cauchemar mais laisse Aubert et Duval en piteux état. Pendant toute la durée de la guerre Pierre Aubert demeure aux Etats Unis, où il avait crée en 1940, la société Nitralloy, la vocation de celle-ci était d'exploiter outre atlantique le procédé de nitruration dont le brevet avait été acquis de Krupp quelques années plus tôt. La guerre terminé Pierre Aubert choisit de s'établir définitivement aux Etats Unis et déclare aux Duval son intention de se retirer de la société qu'il avait crée avec eux quarante ans plus tôt . Aux fils d'Adrien pour moitié et pour moitié à Jean . La société s'appellera désormais " Anciens Etablissements Aubert et Duval AHR ) successeurs " Le départ de Pierre Aubert donne aux Duval la totale maitrise de l'entreprise, dans le fond ils ne sont pas fâchés, ils n'aiment pas composer avec des tiers, négocier sans cesse des décisions partager le pouvoir. Les Duval sont désormais maîtres chez eux, ils peuvent conduire les affaires comme ils l'entendent. Et puis des forces nouvelles s'apprêtent à doper l'entreprise; l'arrivée des deux jeunes fils d'Adrien, tous les deux capables et travailleurs est porteuse d'un immense espoir pour l'avenir Aubert Duval . La guerre avait gravement dégradé l'outil industriel, la reconstruction à mobiliser toutes les énergies. L'effort réalisé par les Duval est alors considérable, un premier four à arc d'une capacité de 45 tonnes est mis en service à l'aciérie en 1963. Deux ans plus tard est installés aux Ancizes un premier four à induction sous vide pour répondre aux nouveaux besoins de l'aéronautique. En 1972, le laminoir est équipé d'une cage trio, la même année est mise en service aux Ancizes une presse à forger de 45 000 tonnes entièrement automatique. L'introduction des nouveaux dirigeants se fait progressivement dans des fonctions subalternes pour commencer . Des quatre jeunes Duval, trois sortent d'écoles d'ingénieurs, le quatrième d'une école de commerce . Leurs introductions dans la société est programmée comme suit : - 1er novembre 1966 Patrick Duval, fils de Robert, le 1er août 1972 Edouard Duval fils de Robert, le 1er mai 1973 Georges Duval fils de Jean , le 12 mai 1975 Camille Duval fils de Robert. En janvier 1984, les Duval décident de créer une société industrielle au nom de Aciéries Aubert et Duval ( AAD) reprenant les actifs de l'ancienne société familiales, dans le même temps est née une société holding baptisée Aubert et Duval. Lorsque le programme Concorde est lancé, aucune presse en Europe n'est capable de matricer les pièces du train d'atterrissage. Ainsi naît le projet de commander une presse géante aux Russes qui serait financé par le Creuset Loire; Aubert et Duval ne peuvent se trouver écarté de ce projet, sous peine de devoir renoncer à fournir ses aciers à l'aérospatiale. Il accepte donc d'entrer pour 13% dans le capital d'Interforge, ce qui lui confère un choix d'usage de même pourcentage. Le même raisonnement conduit Aubert et Duval en 1987, à se ménager un droit d'usage sur le grand laminoir à frettes de Dembiermont seul capable en Europe de produire des couronnes de structure de la fusée Ariane 4 . Une autre préoccupation commerciale , celle là pousse les Duval à financer une entreprise étrangère , pour pénétrer plus largement le marché des motoristes américains, ils prennent le contrôle également en 1987 de la société américaine Special Metals fabricant réputé de superalliages pour les turbines d'avion. Georges Duval lance un programme de formation sans précédent pour améliorer le potentiel des hommes au travail et valoriser leurs efforts, il lance un vaste plan de formation tous azimuts. La doctrine de la " Qualité Totale" implique des enseignements nouveaux. On ne mesure plus la qualité sur le produit fini mais sur tous les actes élémentaires administratifs et productifs qui se succèdent en amont au produit fini. Désormais , tout collaborateur, quel que soit son grade ou sa fonction est devenu un acteur de qualité entièrement responsable de son travail. L'objectif est d'offrir à toutes les catégories de personnel une mise à jour de leurs connaissances , afin d'améliorer leurs capacités individuelles , mais aussi inciter à remettre en cause leurs habitudes de travail. Les cadres apprendrons avec profit les méthodes modernes de communications et d'échanges avec leur personnel. En collaborant avec l'Education Nationale , Georges Duval prends la tête de la croisade pour la formation qualifiante. Le 10 juin 1992, il préside aux Ancizes une émouvante cérémonie au cours de laquelle sont honorés les quatre premiers stagiaires qui reçoivent le diplôme du CAP des mains des autorités de Riom . A cette date 32 salariés sont engagés dans le processus de la formation qualifiante. Pour marquer tout l'intérêt qu'il porte à l'amélioration des connaissances, Georges fait construire aux Ancizes en 1992 un nouveau centre de formation offrant de vastes salles et un amphithéâtre. En 2001 on assiste à une chutes des commandes de 30% l'aéronautique sombre dans la dépression et les marchés des turbines tombent en chute libre; Aubert et Duval est conduit à réduire ses effectifs essentiellement par la voie des pré-retraite et le jeu de la mobilité interne. A l'annonce de ces mesures, les sites d'Issoire et des Ancizes sont investis en avril 2003 pour une grève qui affaiblit la position commerciale de l'entreprise. A partir de 2005, la reprise des affaires particulièrement dans l'aéronautique, regarnit les carnets de commande, met fin à l'agitation sociale et annonce une nouvelle période de prospérité. Alors que beaucoup s'interroge sur l'avenir de l'industrie française et redoutent des délocalisations tueuse d'emploi, une nouvelle usine est inaugurée à Pamiers, le samedi 20 octobre 2007 et pas une petite usine !Elle est implantée sur un terrain de 46 000 m2 et représente un investissement de 100 millions d'euros ; la nouvelle usine comprend un ensemble complet de production de pièces matricées en superalliages et allonges de titane, autour d'une presse de 40 000 tonnes et d'un laminoir à frettes entièrement automatisé. L'essentiel de la production porte sur les pièces de moteurs d'avions en superalliages dont le matriçage exige de très fortes puissances et une parfaite maîtrise des vitesses de déformation. Un tel investissement lourd est réalisé pour une longue période, au moins 50 ans. Il symbolise la volonté d'Aubert et Duval de relever les défis et de poursuivre sa croissance mondiale. Le président Georges Duval dans son discours d'inauguration affirme avec chaleur et foi en l'avenir et invite les personnels à se mobiliser pour le progrès " Rien ne nous sera donné, nous ne pouvons compter que sur nous-même" C'est à Monsieur Jean -Baptiste Sans que l'on doit la création en 1817 d'une première usine métallurgique à Pamiers; il s'agit d'un établissement modeste installé sur la promenade des Carmes occupant une trentaines de compagnons. L'idée fondatrice est d'utiliser les eaux abondantes du site comme force motrice et comme matière première, d'une part l'excellent minerai de fer de Rancié exploité depuis le13 ième siècle dans la vallée ariégeoise du Vicdessos . L'exploitation de l'usine Sainte-Marie débute le 23 décembre 1820 et avec elle l'histoire de l'usine de Pamiers , le premier atelier est équipé d'un four à cémentation pour l'élaboration de l'acier d'outillage et six fours de chauffe et six martinets de forge. Pour favoriser la croissance de son usine , Monsieur Sans s'associe sans tarder avec Monsieur Augustin Abat , homme d'expérience propriétaire d'une forge et avec Monsieur Morlière notaire à Pamiers .Les produits fabriqués sont des outils de coupe, des limes et du matériel agricole. La réputation de la forge de Pamiers conduit l'arsenal de Lorient à lui confier des commandes d'armement. En 1825, l'usine emploie une soixantaine d'ouvriers, c'est alors que Monsieur Sans décide de se retirer des affaires, vendant ses parts à ses deux associés. Dès 1830, la nouvelle société ABAT , mais elle doit affronter les difficultés économiques. Un certain Monsieur Palotte rachète l'usine en 1862, puis elle prend le nom de "Société Métallurgique de l' Ariège" en 1867 s'étendant sur 6000m2 ; elle est équipé de 12 fours à puddler, 7 fours réverbères , 4 trains de laminoir et 4 pilons de forge. On abandonne le moulin et ce sont les machines à vapeur qui fournissent l'énergie aux machines, cet équipement est complété en 1881 par l'installation d'une fonderie d'acier, la fabrication est très diverses, rivets, boulons, essieux pour l'artillerie, pièces de chemin de fer et surtout ressorts de voitures et de wagons. En 1880, l'usine produit 22000 tonnes de produits finis ou semi -ouvrés et emploie 1 000 personnes. L'avènement de l'électricité au début du 20 ième siècle permet d'augmenter sensiblement la puissance de l'usine. Cinq petites centrales sont installées au fil de l'eau, en amont de Pamiers, les trains des laminoirs sont électrifiés dès 1905. Une grande crise sociale épuise l'entreprise, les ouvriers mécontent profite du 1er Mai 1905 pour défiler dans les rues de Pamiers en réclamant des augmentations de salaires , l'usine reste ferme et refuse toute révisions de salaires jusqu'à licencier des grévistes. L'agitation reprend en Juillet 1906 ce sont les puddleurs qui réclament la journée de 10 heures et le repos du dimanche. Le 17 octobre la direction se résout à proposer une augmentation de 5% des salaires, la journée de 10 heures et le repos du dimanche. En 50 ans, l'usine de Pamiers est passée de main en main subissant les contraintes restructurations successives ayant marqué l'histoire de la profession dans les périodes difficiles. Son mérite est d'autant plus grand d'avoir réussi à se maintenir à flot dans les périodes difficiles et d'avoir su renouer aujourd'hui avec la prospérité. Jusqu'en 1989 Pamiers connaît le plein emploi grâce à l'aéronautique et à l'énergie malgré la crise conjoncturelle des années 1987 et 1988...En 1999 la société SIMA intègre le groupe ERAMET formant la branche ERAMET ALLIAGES. Deux ans plus tard, les sociétés Aubert et Duval et HTR fusionnent pour devenir "Aubert et Duval Holding" puis sera simplement appelé Aubert et Duval AIRFORCE . Pamiers , Issoire et Interforge donne des ailes à l'Air bus. L'éclisse est la première pièce de l'avion réalisée avant toutes les autres, bien souvent avant même que le programme ne soit officiellement lancé ( sans elle pas d'ailes ! ) La concession de l'éclisse elle même et de l'assemblage est spécifique de la technologie AIRBUS très différente de celle de Boeing ; elle conduit pour les gros porteurs à un profil géométriques très spectaculaire à la fois long et très mince , avec des sections en croix ou en té et des largeurs elles aussi respectables jusqu'à plus d'un mètre. Mais c'est la longueur de la pièce qui bat les records : il s'agit de raccorder l'aile de fuselage et dans le cas de l' A 380 les huit mètres ont été largement dépassés établissant un record du monde . Ce fut donc un défi aux multiples facettes que les équipes de Pamiers, Issoire et Interforge eurent à résoudre dans des temps très limités. Aubert et Duval exerce aujourd'hui ses activités sur 7 sites industriel en France et en Chine, Gennevilliers, les Ancizes ,Issoire, Interforge Imphy Firminy Pamiers, Airforge, Heyrieux. Le premier défi auquel se trouve confronté Georges Duval et son équipe est de poursuivre l'humanisation d'un ensemble industriel, d'une puissance jamais atteinte en France dans le domaine des aciers spéciaux et des alliages. Le problème s'avère complexe du fait des usages et des traditions enracinés dans les différents sites. L'objectif est de bien renforcer la vocation de chaque usine du Groupe en privilégiant son coeur de métier, en valorisant ses compétences, le talent et l'initiative des hommes et des femmes de l'entreprise. Nul ne doute de la capacité de l'équipe de Direction avec Georges, Edouard et Cyrille de poursuivre l'œuvre entreprise en bâtissant un groupe bien charpenté, harmonieux capable de tenir tête à l'innovation, de la qualité du service et des prix. un nouveau centenaire s'ouvre à Aubert et Duval sous les meilleurs auspices. La belle aventure industrielle continue . L'histoire est morte, penseront certain, à quoi bon la sortir de son sommeil, seul l'avenir est passionnant! En fait, passé et avenir sont liés l'un à l'autre comme le sont la racine et la fleur d'une plante; celui qui coupe la racine ne verra pas la fleur s'épanouir. cultiver ses racines ce n'est pas tourner le dos à l'avenir, c'est mettre l'extraordinaire expérience acquise au service du progrès : on ne crée rien à partir de rien. Cultiver ses racines , c'est prendre conscience du chemin déjà accompli, en tirer de la fierté et nourrir l'audace de faire encore mieux demain qu'aujourd'hui .Une belle ambition partagée par tous les collaborateurs D'Aubert et Duval, convaincus d'avoir à vivre une passionnante aventure d'hommes et de métaux vécue depuis le néolithique par leurs aïeux .
dimanche 1 juin 2025
Olivier De Robert La Dernière Danse De l'Ours
En arrivant sur l'estive de l'Oule, Ferrasse avait senti l'odeur écœurante de la pourriture ; au premier coup d'œil il avait vaguement espérer se tromper, il avait alors plissé les yeux encore plus qu'à l'accoutumée pour filtrer la réalité et s'offrir un instant de paix supplémentaire. La brebis vivait encore, immobile, elle laissait échapper un faible bêlement, pas une plainte juste quelque chose qui ressemblait à de l'incompréhension de rester coincer entre deux rives. Il jura, mais à voix douce, en rage caressante pour maudire la mort et consoler la bête, souleva sa tête avec un geste tendre et contempla, hagard la tripe nue qui convoitait le soleil. C'était la Rousse, celle qu'il avait élevée au biberon et qui depuis lui collait au train en menant le reste du troupeau. Ferrasse regarda autour de lui, comme pour chercher une aide, un miracle, il n'y vit que les montagnes et l'aridité de sa solitude. Alors, sans cesser de traiter la mort de vieille putain, il tira son couteau, l'ouvrit d'une secousse , le porta à la gorge de la Rousse la plainte cessa; alors il retira la lame ensanglantée et se retourna vivement pour vomir, en s'essuyant la bouche, il vit les autres, toutes les autres éventrées, fracassées, massacrées, l'affaire n'était pas longue à comprendre, affolé par l'attaque d'un prédateur, le troupeau avait foncé sur un pic et les bêtes en panique étaient allées s'abîmer vingt mètres en dessous; puis le tueur avait paisiblement fait le tour par les ressauts herbeux, en avait étripé quelques unes et s'en était allé en laissant le surplus du festin. Eventrée, la Rousse avait attendu la libération de la mort ou la caresse du berger, les deux étaient arrivées en même temps. Alors peu à peu, un seul mot enchâssé dans les jurons, chassant les chiffres , comme le battant de la cloche sonnant le glas de la détresse: l'ours, l'ours, l'ours , la bouche amère , aux portes de Sarradeil, l'évidence était venue, claire, limpide, glacée : " Qu'il crève!" Depuis la tuerie du vallon de l'Oule, au Café de la Paix, on ne parlait que de guerre, et Germain le maire cherchait à calmer la colère, celle qui prend naissance dans la peur; chaque jour à l'heure de l'apéro, en bout de zinc, bien en vue, il brandissait des articles de journaux ou des courriers de la préfecture en disant:" On ne va pas se laisser faire!" souffles suspendus, on attendait qu'il en dise plus : "La préfecture a pris conscience du problème ...donc ils vont envoyer quelqu'un pour repérer la bête et prendre les dispositions nécessaires pour nous en débarrasser ! Mais quelqu'un qui ? Un flic ! A l'exclamation stupéfaite de l'assistance; il étendit les mains pour l'apaiser puis, prenant un air vaguement conspirateur, précisa : Un fonctionnaire de l'Office français de la biodiversité précisa- t'il pompeusement, un policier donc, un flic des petites fleurs et des blaireaux, mais un flic quand même," que voulez vous de toute façon, il faudra en passé par là pour se débarrasser de cette foutue bête ! "Deux mois à peine après l'attaque du troupeau de Ferrasse , le flic était arrivé à Sarradeil; personne ne l'avait vu approcher, parce que le taxi l'avait laissé avant le dernier virage et qu'il avait fini à pied. A vrai dire, personne ne s'était préparé à ça ni de près ni de loin. Du porteur d'uniforme il pouvait en venir autant que de cèpes en automne, en estafette, en moto ou même à pied . Des bleus de la gendarmerie, des verts comme ceux des forêts ou des gris comme celui là, même en civil si ça leur chantait; on savait y faire depuis longtemps dans la haute vallée et on connaissait les règles de l'accueil qui donnaient envie de repartir s'en faire de vagues. Mais ce que Sarradeil n'avait absolument pas prévu, c'était que le flic en question , celui qui viendrait d'au-delà du pont de l'Artiguas pour mettre la main sur le vieil ennemi, sur le tueur des estives, que ce flic là serait une femme. C'en était pourtant une, sans ambiguïté, une femme flic, comme le précisait l'écusson tricolore. Le silence disait maintenant la détresse qui ressassaient depuis deux mois la phrase définitive et assassine qu'ils comptaient servir à l'intrus en guise de bonjour. Elle n'en fut pas surprise, c'était même pour çà qu'elle était venue en tenu. La Corse, la Guyane ou les monts d'Arrée l'avait assez bien préparée aux Pyrénées . Quitte à se faire détester autant ne pas tourner autour du pot et jouer cartes sur table. Elle traversa s'en hâte, cette marée d'hommes , s'épargna une salutation à la cantonade et vint tout droit au bar; elle demanda une bière, Emma l'a servit , la policière but paisiblement s'en aucun mot ne s'échappe des cachots de méfiance où ils s'étaient enfermés. Puisqu'elle aimait le silence et que la bière était fraîche, elle en demanda une deuxième; alors seulement Emma la regarda tout entière, elle devait faire son mètre soixante dix, bien campée sur des jambes solides, des cheveux bruns et libres jusqu'aux épaules, un assez beau visage et des yeux verts. Ce ne fut d'abord qu'un brouhaha puis il y eut çà et là quelques mots clairs..." Il était temps quand même! ils n'avaient qu'à le lâcher au bois de Boulogne! "A vrai dire la policière n'écoutait pas, elle buvait lentement sa bière, ce genre d'accueil, c'était de la routine, puis ce n'était pas pour les hommes qu'elle était venue, c'était pour l' ours . Si elle avait pu choisir , elle aurait été un animal sauvage libre, elle avait senti cette évidence dès son premier affût, elle avait treize ans, un renard et elle s'était longuement observé, parfaitement immobiles, elle avait espérer un dialogue avec la bête, mais au premier mot l'animal avait fui. Ce fut une leçon: le monde sauvage était sans paroles, depuis elle était devenue une redoutable coureuse des bois, dormant dans des tanières et buvant au creux des sources. Mais c'est en renonçant aux gestes et aux verbes inutiles qu'elle avait véritablement trouvé sa part de nature. Elle y avait gagné une réputation de taciturne à l'œil sévère, grande connaisseuse des peuples des forêts. Sans l'avoir vraiment cherché, d'une opportunité à l'autre , elle s'était retrouvée à l'Office français de la biodiversité, flic en somme ; mais flic de la nature. Dans son service, on avait vite compris que ses talents pouvaient mieux être utilisés qu'à verbalisés les tireurs de perdreaux , elle était devenue une experte incontournable de la grande faune sauvage, capable de débusquer les plus discrets des loups du Mercantour ou de suivre à la trace un lynx sans que ce dernier n'en sache rien. Voilà pourquoi elle était là, à boire une bière au Café de la Paix de Sarradeil : pour savoir ou se planquait un ours multirécidiviste l'animal rôdait dans la vallée, mais personne n'était fichu de le retrouver. il restait une gorgée de bière au fond du verre quand une phrase dépassa toutes les autres; " Moi si je le vois, je le bute ! " C'est là qu'elle avait posé son verre d'un geste un peu brusque et que, du coup le silence était revenu. Elle avait alors dit, fermement, clairement s'en se retourner Chiche! Elle à dit Chiche! elle nous a provoqués! C'était Faurassin, l'adjoint à l'assainissement qui avait résumé le problème à sa manière. Putain Germain je suis sûr qu'elle est pour ! çà va aller pour une fois que la préfecture nous à pas roulés dans la farine; la fille est là pour faire capturer l'ours, une fois qu'elle l'aura repéré, des types du gouvernement, l'endormirons et l'embarquerons. Le vieux Vineaux balança, goguenard " T'as qu'à croire !Une bonne femme pour choper l'ours...Et mes brebis , brailla t-il est ce qu'il les a endormies avant de les tuer ? Putain il les a éventrées ,Germain n'aimait pas la tournure que prenaient les choses notamment depuis que Ferrasse avait perdu son troupeau. Avant quand les prédations touchaient une vallée ou l'autre, on y faisait: portés par les manifestations des éleveurs, des élus étaient reçu à la préfecture et en revenaient avec quelques promesses et un dossier d'indemnisation. Mais il y avait eu le carnage sur l'estive de l'Oule et la presse régionale et nationale s'était jeter sur cet os à ronger. Toutes les caméras s'étaient tournées vers le berger pleurant ses bêtes et maintenant il semblait bien que la tête lui tournait. Le vieux Frayche du Roumegou dit : "Et s'il l'enlève , on n'aura plus d'indemnisations ! Tout le monde regarda ses godasses, au fond d'eux, tous savaient bien que l'ours avait bon dos et qu'avant lui, on avait eu aussi des bêtes mortes : les chiens, les orages et la malchance prenaient leurs parts chaque année. En ce temps là il fallait se débrouiller, tenter le coup sur les assurances et le plus souvent se serrer la ceinture. Puis l'ours était venu et on leur avait annoncer qu'on paierait les dégâts. C'était vrai en cas d'attaque , des techniciens du gouvernement venaient , observaient, faisaient des relevés décidaient si oui ou non l'ours était dans le coup et allongeaient des sous sans trop faire d'histoires . Ca payait plutôt bien la misère. Les premiers jours, la garde était partie avant l'aube et n'était revenue qu'à la nuit toute crottée de montagne glaiseuse . Mais après une semaine de course harassantes , elle avait été obligée d'admettre que la partie serait rude. Taillé à la perpendiculaire de la vallée principale et bien en dessous du village qui s'accrochait au versant ensoleillé, le ravin de l'Astériale , un torrent tumultueux avait terminé le travail et y coulait encore, étranglés par deux versants boisés que la pente rendait peu à peu inaccessible ; c'était pourtant là que quelques anciens à l'âme folle avaient taillé un chemin pour aller domestiquer le cours d'eau et y placer un moulin, trois maisons s'y étaient ajoutées au cours des siècles et cela avait donné un vague hameau où vivaient de nombreux fantômes, une colonie de chauve-souris, douze brebis et une vieille femme. La Vieille de l'Astériale était toujours vêtue de noir ; elle et son hameau vieillissaient ensemble à l'abri du monde. Cà et là , entre fougères et ronces, on devinait de puissantes lauzes qu'avaient du faire le pavage aux temps heureux du moulin mais la plupart du temps une boue collante y attendait le pèlerin égaré; on y allait ainsi , un peu à l'aveugle s'attendant à chaque pas à repartir en arrière. Pourtant, tout d'un coup, sans crier gare, il échappait à la forêt et débouchait sur un pré parfaitement entretenu par les brebis de la Vieille . Si les bêtes s'y trouvaient placides et broutantes, nulle barrière pour les contraindre : l'ancêtre était là et son chien veillait, elle ne fit aucun bruit, et une fois à la lisière ne bougea pas d'un cil, mais pourtant le chien la repéra, et gronda . Asha fit un pas de plus pour se mettre dans la lumière et salua de la main, la Vieille ne releva pas la tête et continua la mécanique bien huilée de son tricotage. elle dit simplement : Couche toi ! Et le chien fut renard tapi dans l'herbe , immobile, l'œil fixe et les oreilles dressées. "Je suis désolée de vous déranger, c'était des mots de convenance, clairement posés là pour entrer en contact. Alors seulement la Vieille releva la tête, regarda longuement la nouvelle venue, jaugea l'allure et l'uniforme , puis laissa tomber paisible : Il n'y a pas de dérangement" " Je suis envoyé par le gouvernement pour essayer de localiser l'ours qui à fait une attaque sur l'estive de l'Oule; elle est grande la vallée, elle est belle surtout ici j'aime beaucoup. La Vieille tira sur un brin de laine revêche et troubla à son tour le silence; votre gouvernement il lui veut quoi à l'ours ? Le gouvernement ne veut pas qu'il soit tué . Viens fille assied toi. Alors l'ancêtre parla . Autrefois il y avait des ours ici du temps de mon père , de mes vingt ans, pas beaucoup ces bêtes là, il leur faut de la place et ça n'aime pas vivre en groupe; ça vit seul, ça traîne, ça rôde, ça ne fait rien de bon; avec ses grosses pattes il chaparde les fruits des vergers, le nid des ruches et parfois les brebis. Les hommes n'aiment pas l'ours, ils n'en veulent pas, ils n'en ont jamais voulu , voilà ce qui te faut dire à ton gouvernement, ma fille et leur dire qu'il à du partir bien loin, ça marche ces bêtes là ! Et vous ?vous l'aimez ?L'ours ne mange pas mes brebis, alors je n'ai rien contre lui .Alors oui autrefois on disait qu'une femme avait aimé un ours , et que de cet ours elle avait eu un fils ,elle lui raconta le périple de Jean de l'Ours. Mais finalement ce conte sans âge affirmait tranquillement que les hommes de la montagne reconnaissaient l'ours comme un ancêtre, leur vieux père sauvage. C'est un sauvage, eux qui ont mis tant de siècle à être des hommes, ils ne veulent pas de ce père là, ils craignent pour leurs femmes, voilà je te l'ai dit! Cet ours a pris une femme, il peut en prendre d'autres et ils le savent; elle rangea prestement son tricot, se leva épousseta sa robe et saisit son bâton. "S'il est allé à l'Oule, tu le trouvera là haut, où alors il sera parti de l'autre côté des montagnes; mais pas à l'Astériale çà non !" cette fois elle avait crié comme pour insulter le ciel, elle était déjà loin, dos voûté ,pied sûr. Elle eut un coup au coeur, une excitation de prédateur, puis rapidement observa les alentours, pas de trace nette au sol , mais bien assez d'indice pour être certaine que la bête était venue; au-delà, la piste filait tout droit dans la pente, vers l'Astériale nota t'-elle mentalement; comment avait elle louper ces indices à l'aller, où justement elle regardait avec attention, l'ours était passé entre temps , elle eut un frisson délicieux et murmura pour elle " Je te tiens vieux père" le jour s'en allait il allait faire sombre dans ce vallon encaissé, elle retourna au bord du chemin, préleva les poils coincés dans l'arbre puis remonta d'un pas rapide vers Sarradeil. "Je l'ai vu !" Tous avaient lâché leur verre, "Mais enfin Lajacques ! tu ne l'as jamais vu l'ours comment peux tu être sûr que c'est lui ! Je l'ai vu avec mes yeux et puis je l'ai vu avec ma peur ! C''était où petit, c'était où ? Je suis allé à l'Astériale, bon enfin, j'y suis allé pas par le chemin, je suis arrivé dans la ravine au-dessus du moulin, et puis là j'ai vu la Vieille , elle était seule , il n'y avait même pas son chien, appuyée sur son bâton comme si elle attendait quelqu'un. Il est arrivé du côté des rochers, il a flairé l'air et il a regardé la Vieille en roulant des épaules, la Vieille a commencé à lui parler, sans crier tranquillement, puis elle chantait, alors il a commencé à se balancer des épaules, il balançait aussi la tête en avant et à pousser des grognements et comme la Vieille s'approchait, il s'est levé sur ses pattes de derrières et là il a commencé à danser. Silence absolu dans le café, yeux ronds, bouches ouvertes, alors tous le crurent et l'un murmura blême: " Comme les montreurs d'ours ..." Tous à un moment où a un autre par leurs chemins secrets, ils étaient allés consulter la Vieille, tous à un mauvais tournant de leur vie, l'avait suppliée de leur donné une tisane , une formule à répéter, tous y était allés leurs nuits de lune noire et tous au soleil de la bienpensante , la traitaient de sorcière et de folle , tous, mais voilà qu'elle faisait danser l'ours ! Comment oser le tuer, si elle dansait avec lui . J'irai moi ! Ferrasse était debout, ce fut soudain la course folle éperdue , tous les guerriers de Sarradeil cavalaient derrière Ferrasse pour l'empêcher de faire l'irréparable. "Asha vite "dit Emma en quelques mots désordonnés , le souffle court , elle lui fit le récit de Lajacques, "calme toi c'est parfaitement impossible, je connais assez les ours pour te dire que jamais l'un deux, je veux dire à l'état sauvage, n'ira s'approcher d'un humain qui lui pousserait la chansonnette." "Tu connais les animaux, mais moi je connais mes hommes et là je peux t'assurer que Lajacques n'a pas menti." Asha courut à perdre haleine sur la terre détrempée à l'Astériale "Entre fille il y a du feu, elle lui dit que les hommes montaient pour tuer l'ours ; alors si tout le monde veut qu'il disparaisse, il vaut mieux que ce soit avec moi. tout tournait autour d'Asha, elle était absolument incapable de se lever, sa voix était terriblement faible. "Comment? Mais de quoi parlez vous ?et pourquoi je me sens comme ça ? Que m'avez vous fait ?" La vieille souriait avec douceur, "j'ai pris ta main voilà tout. Je vais l'inviter à une dernière danse." Avant que le chemin ne descende plus franchement Lajacques se figea comme un chien d'arrêt, il viendra de là , on le verra ; c'était un éperon rocheux qui s'avançait dans le vallon comme une proue de navire. Et là , groupés, serrés, blottis les uns contre les autres, ils virent : pas un n'aurait su dire comment elle était vêtu, ses cheveux gris étaient libres et le vent y dessinait des arabesques étranges, elle regarda vers eux et instinctivement ils se tassèrent sur la roche . Ce fut d'abord un frémissement de branches basses, puis une coulée discrète dans les genêts et enfin une masse sombre, il resta là immobile presque imperceptible dans le paysage . Tous deux partagèrent le bruissant silence de la montagne, comme s'il fallait que chacun se fasse à la présence de l'autre, puis elle se mit à lui parler, les hommes écoutèrent de toutes leurs forces, mais il n'y eu que le vent, le ciel et l'ours qui surent ce qu'elle disait. Et lentement , très lentement, roulant de ses énormes épaules, avançait le museau, flairant, grognant, il vint à elle sans qu'elle ne cesse de lui parler. C'est là qu'elle se mit à chanter, la bête secoua deux ou trois fois la tête et les épaules , puis leva ses pattes arrières ; sans hâte, sans cesser de chanter , elle porta les mains à son corsage et en tira un objet : C'était un large poignard, elle le serra contre sa poitrine pointe en avant, puis en chantant plus fort encore, sa voix allait dans les aigus furieux, elle s'en fut en deux pas vifs se blottir contre lui. Alors le vieux roi resserra ses lourdes pattes sur elle et vint s'empaler dans la lame au plus profond de leur chant commun . D'un même mouvement, ils s'affaissèrent sur l'herbe et leurs corps n'en firent qu'un . Elle l'a planté, elle a tué l'ours ! on ne pourrait mieux dire .De ses bras maigres la Vieille avait ouvert le coeur de l'ours, lui de ses pattes puissantes, l'avait entraînée dans la mort en la broyant toute entière. Germain observa le visage de la Vieille, ses yeux étaient fermés, elle souriait il lui sembla que l'ours aussi et il en fut profondément troublé.
samedi 3 mai 2025
Sa Majesté Des Chats Bernard Werber
Avant de vous narrer en détail les surprenants évènements qui se sont déroulés, je dois vous expliquer qui je suis vraiment. Tout d'abord de mon apparence : de l'extérieur, je ressemble à une chatte de trois ans à long poils; passons à la personnalité, je parlerai d'abord de mes défauts j'en ai quelque uns; je suis trop perfectionniste et probablement parce que je ne supporte pas ce qui est médiocre. je suis aussi maniaque de la propreté, je peux rester des heures à me lécher pour nettoyer le moindre poil de ma fourrure et je méprise tous ceux qui sont sales ou même simplement négligés. je peux également me montrer violente, et il m'est arrivé de balafrer des individus qui me manquaient de respect. je suis parfois cruelle je joue souvent avec des mulots, je les éventre , je les entortille sur ma patte sans pour autant les manger. Bien sûr à côté de ces "légers défauts" j'ai des qualités qui les compensent largement. Ces mêmes mulots que j'ai un peu abîmés je vais les offrir alors qu'ils sont délicieusement tièdes et palpitants et je n'attends rien en retour. Je suis rapide aussi je parviens à attraper des mouches en plein vol, je suis souple, je peux placer ma patte au-dessus de mon oreille pour me lécher le fondement. J'ai une sexualité épanouie, je peux faire l'amour des nuits entières avec un grand nombre de partenaires successifs sans me lasser, alors je hurle de toutes mes cordes vocales, au point que les mâles et femelles vivant alentour sont mis au courant que je suis contente ce qui les rend encore plus jaloux. Je n'aime pas la pluie, je déteste avoir le poil mouillé, je n'aime pas qu'on me dise ce que j'ai à faire, je suis très indépendante, d'ailleurs inapprivoisable; ni maître, ni conjoint, quand je n'aime pas quelqu'un j'urine sur l'endroit où il dort. Voilà, je suis ainsi, mais la chose dont je suis certaine, c'est que je m'aime moi même. A mon avis s'aimer ce n'est pas de l'égoïsme, c'est la plus élémentaire sagesse. Ah oui, j'ai peut-être oublié de vous le préciser: j'ai un projet très personnel, un projet grandiose, il peut se résumer en une phrase: " Faire Communiquer Entre Elles Toutes les Espèces "Au départ j'étais comme beaucoup d'entre vous , une chatte tranquille qui vivait dans son appartement dans un monde tranquille. Ma servante s'appelle Nathalie, je vous l'ai pas encore précisé ma servante est une humaine. Vous connaissez les humains ? Allons vous savez bien : Ces bipèdes sans fourrure avec une simple touffe au sommet du crâne. Ma servante à les yeux verts comme moi, mais légèrement foncés, une longue crinière noire luisante le plus souvent retenue par un ruban rouge, ses griffes sont peinte en rouge, ses lèvres recouvertes de graisse luisante, les pauvres ils sont si peu gâtés par leur physionomie, ils ne sont pas beaux et avouons le franchement ils dégagent une odeur spéciale. Ils n'ont pas de longue queue pour équilibrer leur marche, ils ne voient pas dans la nuit, ils n'ont même pas d'oreilles orientables ni de vibrisses pour détecter les volumes des espaces, ni de griffes rétractables. Dans l'obscurité presque tous ont peur, et quand ils marchent sur leur pattes arrières, on sent qu'ils manquent de souplesse et de stabilité. Quand à leur sexualité... Ah la sexualité des humains est vraiment ridicule.
Nathalie a peu de rapport et quand cela arrive, c'est en général d'une manière un peu retenue. Les humains ont forcément des qualités qui nous échappent. Il ne faut pas oublier que ce sont eux qui ont construit ces grandes maisons hautes et solides à la température tiède alimenter en eau potable et ils nous approvisionnent en nourriture rien que pour ça, ils méritent toute notre estime. Je ne sais pas vous , mais moi je n'aime pas les rats, leur agressivité, leur rapidité d'adaptation et leur fécondité leur donnent un avantage sur la plupart des autres espèces, sans parler de leurs longues incisives capable de trancher du bois
Au début, ces rongeurs se cachaient, mais je percevais qu'ils grouillaient dans les sous-sols de la ville. Grâce aux égouts et au tunnel du métro, ils pouvaient s'infiltrer dans n'importe quelle zone de cité , progressivement les rats n'ont plus eu peur de circuler en surface. Depuis le balcon de mon appartement, j'ai repéré un voisin chat, un siamois , poil argenté, yeux bleus, nous nous sommes rapprochés l'un de l'autre, nous avons parlé, il m'a révélé son nom Pythagore et il m'a montré son extraordinaire particularité : un trou dans son front juste au-dessus des yeux ; il appelait cela son Troisième Œil . Il m'a expliqué que c'était en fait une prise électronique USB que les humains lui avaient implanté dans le crâne, qui lui permettait de connecter son cerveau sur un ordinateur et ainsi aller sur internet, l'endroit où les humains stockaient leurs informations. Il m'a raconté en détail son histoire. Pythagore avait grandi dans un laboratoire, les humains se servaient de lui pour faire des expériences scientifiques afin de comprendre les phénomènes d'addiction. les autres chats soumis à la même expérience que lui étaient devenus fous; Pythagore avait survécu . Alors sa servante humaine, une vieille scientifique prénommée Sophie avait fini par s'attacher à lui et l'avait installé chez elle. Pythagore était très intelligent mais en plus grâce à son Troisième Œil , il avait accès à toutes les connaissances des humains dans tous les domaines , il m'a enseigné énormément de choses. Pythagore m'a fait prendre conscience de l'énorme menace que constituaient ces rats rongeurs : Ils profitaient de la désagrégation de la civilisation humaine pour se poser en successeurs sociaux omnivores adaptatifs et très rapidement évolutifs. Si on faisait rien les rats règneraient sur le monde des humains mais aussi par celui des chats. L'appartement de Nathalie à été attaqué par une bande d'humains brutaux, durant l'attaque Angelo mon fils a pu fuir par miracle ; alors Pythagore et moi avons décider de filer pour le chercher vers l'ouest , où un chat nous avait indiqué qu'il s'était dirigé. Ensemble nous avons fini par arrivé au bois de Boulogne, j'ai retrouvé mon chaton Angelo, ainsi qu'une centaine de chats qui eux fuyaient les rats. Parmi la communauté des chats de la forêt, il y avait un chat géant échappé d'un cirque; Pythagore m'a signalé que ce spécimen était un représentant d'une espèce de chat très rare: les "lions" il s'appelait Hannibal et puis nous avons rencontré Wolfgang un chartreux à la fourrure gris bleu. Sur son initiative, nous avons formé avec ses survivants une meute désireuse de résister à la prolifération des rats. Le lion était évidement notre arme la plus redoutable. Nous avons rencontrer une humaine étonnante Patricia, qui avait la particularité de pouvoir communiquer avec moi par l'esprit; elle se disait chamane ( ce qui chez les humains signifie qu'on est capable d'établir une communication d'esprit à esprit avec des animaux ) Avec quelques jeune humains amis de Nathalie, nous avons ensuite chercher un endroit qui puisse nous servir de sanctuaire pour nous protéger efficacement des rats. C'était une minuscule île tout en longueur, une bande de terre placée au centre du fleuve de Paris que les humains appellent la Seine. Cependant l'île aux Cygnes a été attaquée simultanément sur toutes les berges, les rats contrairement à nous savent parfaitement nager, la bataille fut épique. Nous avons répandu une nappe d'essence à la surface du fleuve à laquelle nous avons mis le feu, ils ont flambé avant d'atteindre nos rivages. Ainsi moi , mon fils Angelo, mon mâle Pythagore, ma servante Nathalie, la chamane Patricia, le lion Hannibal , Esméralda et Wolfgong ont p être tranquille sur l'île aux Cygnes. Voila six mois ont passé et tout semble maintenant aller pour le mieux . Cependant malgré la victoire Pythagore est le seul à ne pas partager notre enthousiasme . J'ai une bonne et mauvaise nouvelle déclara t-il ; les rats risquent de revenir en plus grand nombre et cette fois ci nous envahir. Alors tu propose quoi ? Je suis le seul chat qui ai eu accès à Internet et qui ai compris notre histoire. Si je venais à mourir dans une nouvelle attaque, j'ai bien peur que ces informations soient oubliées, il faut laisser une trace. J'ai trouvé sur internet une idée venue d'un humain( un certain professeur Edmond Wells) qui consiste à mémoriser un maximum de connaissances . Il nomme cela l' ESRA " Encyclopédie su Savoir Relatif et Absolu" je pense qu'on pourrait à notre tour élaborer L'ESRAC une Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu des ... Chats. Mais comment vas tu faire pour conserver la trace de tout cela si tu ne sais ni lire ni écrire ? Grâce à mon branchement à internet je peux accéder au mots et de placer une flèche qui me sert de souris ( non, pas celles auxquelles tu penses Bastet ) sur un clavier virtuel. J'arrive de cette façon à taper des lettres qui forment des mots qui eux mêmes composent des lignes puis des pages. Tu veux faire ça quand, Pythagore ? Tout de suite j'ai trop peur que cela disparaisse. Pythagore demande alors à ma servante Nathalie de lui fournir un ordinateur et un câble USB, il branche le câble USB sur son Troisième Œil et s'attelle à l'opération Tu commence par quoi ? Peut-être devrais je débuter par un rapide récapitulatif de la grande histoire des chats . Et il se met alors à évoquer notre extraordinaire passé. Histoire Des Chats et Des Hommes : Les premiers contacts, entre les hommes et les Chats remontent à 10000 ans au néolithique. A cette époque les humains cultivaient leurs premières récoltes, ce qui attira naturellement des souris et des rats désireux de les consommer. Humains et Chats s'allièrent donc instinctivement par intérêt commun. Pour les Egyptiens, les chats ( qu'ils appelaient " Miou "en référence à leur miaulement) étaient considérés comme l'incarnation de Bastet, la déesse au corps de femme et à la tête de chat. A leurs yeux les félins étaient sacrés ! Tuer un chat relevait du crime puni de la peine capitale. Lorsqu'en en - 525 avant J.C le roi perse Cambyse II voulut envahir l'Egypte , il découvrit la vénération de cette civilisation pour les chats et eut une l'idée d'attacher des chats vivants sur les boucliers de ses guerriers . De ce fait, les soldats égyptiens n'osèrent décocher leurs flèches contre les félins et se laissèrent vaincre à la bataille de Péluse ( actuelle Sidi Bou Saïd ) A la suite de cette catastrophe, les Perses tuèrent les membres de l'Aristocratie égyptienne, détruisirent les temples et massacrèrent les chats. Les chats rescapés furent ensuite disséminés dans le monde par les navires des commerçants phéniciens et hébreux qui recouraient à leur qualité de chasseurs de rats pour protéger les provisions qu'ils avaient à bord ainsi que les cordages. Les chatons nés de ces voyages étaient vendus par les marins aux populations des ports; ils servaient de cadeaux pour séduire les femmes grecques au même titre que les friandises ou des fleurs. Ils étaient estimés par les paysans car ils les protégeaient contre les rongeurs qui sévissaient dans les silos à grains et ils furent aussi utilisés pour se prémunir contre les scorpions et les serpents. Passagers des caravanes de commerce, les chats furent introduit en Inde où ils furent vénérés à travers la déesse Sati femme à tête de chat, puis en Chine avec la déesse Li Shou . L'empereur de Corée en offrit aussi un à son homologue Japonais l'empereur Ichijo pour ses treize ans ouvrant ce pays aux félidés où ils devinrent rapidement à la mode. Bien avant, les chats étaient arrivés en Gaule, en Germanie et en Angleterre avec les troupes des envahisseurs romains, car ils étaient très appréciés des légionnaires de César .Comme le nombre de chats domestiques dans chaque contrée était réduit, leur consanguinité inévitable entraîna des mutations génétiques . Les hommes sélectionnèrent les particularités qui les intéressait, la forme ou la couleur du poil ou des yeux, par exemple et inventèrent les espèces locales: Le persan en Perse, l'Angora en Turquie , le siamois en Thaïlande. Ainsi commença , la première vague de dissémination féline sur la planète . Les chats et les humains ne ressentent pas les choses de la même manière. Par exemple pour ce qui est de la nourriture, le chat mange quand il a faim, tandis que l'humain mange quand c'est l'heure du petit déjeuner, du déjeuner ou du dîner ; de ce fait le chat peut faire dix repas par jour ou aucun . L'humain et le chat diffèrent aussi pour ce qui est de leurs horaires d'activités; l'humain est actif le jour et se repose la nuit tandis que le chat est actif quand il en a envie et se repose quand il est fatigué; tout cela conduit l'humain à être souvent malade, car il est mal nourri et fatigué, là ou le chat qui à pris l'habitude d'écouter ses vrais besoins, reste en phase avec son corps. Pour ce qui concerne l'ouïe, les humains ont un spectre sonore beaucoup plus réduit. Si le chat perçoit les ultrasons jusqu'à 50 000 hertz l'oreille humaine est limité à 20 000 hertz ; quant à l'odorat, le chat a une olfaction quarante fois plus développés que celle de l'homme avec pas moins de 200 millions de terminaux olfactifs contre seulement 5 millions chez l'homme. Pour ce qui est de la vision, les humains ont un champ réduit à 180° contre 280° pour le chat ; les humains n'ont pas, contrairement aux chats de troisième paupière ce que l'on appelle une " membrane nictitante" c'est à dire une fine peau transparente partant du coin interne de l'œil qui permet de filtrer certains rayons du soleil et de ne pas être ébloui. Les chats sont doté de l'organe de Jacobson ,c'est un sens qui permet de goûter les odeurs en retroussant les babines pour permettre aux senteurs de remonter par deux conduits situés derrière les incisives. les chats perçoivent aussi les infimes vibrations dans l'air, tandis que les humains n'ayant pas de vibrisses ne sont sensibles qu'aux sons et aux images; tout évènement silencieux qui se produit derrière eux est donc imperceptible pour eux contrairement aux félins. Le chat il a une grande capacité d'apprentissage, il sait vivre seul ou en groupe, il est curieux de tout ce qui est nouveau, il est joueur. Il a une activité onirique très riche qu'a inspiré les chercheurs pour comprendre les mécanismes du rêve. C'est un animal qui sait s'adapter à toutes les situations nouvelles. Le chat sphynx sont des animaux surprenants; par leur aspect d'abord puisque leur absence de fourrure en fait des chats "nu" De plus, ils ne sont pas issus de croisements : leur peau dépourvu de poils n'est pas due à une mutation génétique où à une volonté humaine. Les sphynx ont toujours été ainsi , on en trouve même des représentations dans les gravures égyptiennes et aztèques datées d'il y a plus de 3000 ans . Mais la population de sphynx , avec le temps a tendu a se raréfier . Il est officiellement réapparu à l'issue d'une portée venue du Canada qu'un éleveur français fit venir à Paris en 1983 ; il présenta cette race à l'exposition féline au pavillon Baltard et établi ainsi le standard de la race baptisée " Sphynx" La tête du sphynx est triangulaire, ses pommettes sont saillantes, son crâne plat, ses oreilles très hautes et très larges, ses yeux ronds, il a un ventre rebondi, une queue fine que l'on compare souvent à une tentacule de pieuvre. Sa peau est beaucoup plus épaisse que celle des autres chats, ce qui donne au sphynx un toucher " peau de pêche" et il n'est pas rare que l'animal présente des plis; le sphynx transpire beaucoup de tout son corps, à la différence des autres chats qui ne transpirent que par les coussinets. Son absence quasi totale de pilosité le rend sensible aux coups de soleil. Les sphynx n'aiment pas la solitude et sont beaucoup plus sociables que les autres chats. Dans un groupe composés de plusieurs espèces, les sphynx prennent souvent le leadership naturellement. Comme leur intelligence est supérieure; ils n'ont guère de difficultés à s'imposer. Les sphynx sont très affectueux avec les humains, alors que la plupart des chats se contentent de s'assoir sur les genoux des hommes, le sphynx aime venir sur leur épaules pour frotter sa tête ou même les lécher, les sphynx n'ont jamais de comportements agressifs Et tandis que la plupart des chats se signalent par leur indépendance, les sphynx se révèlent d'une grande fidélité à des personnes précises. Autre particularité des sphynx: leur énorme appétit, en effet en l'absence de fourrure protectrice, il leur faut beaucoup manger pour se réchauffer et stocker des calories surtout l'hiver. Dès qu'ils tombent d'une hauteur importante, en une fraction de seconde, les chats tendent instinctivement leurs membres avec l'amplitude la plus large possible; ils bénéficient ainsi d'une grande surface de portance qui ralentit leur chute pour que celle-ci ne dépasse pas les 100 kilomètres à l'heure; un peu à la manière des écureuils volants; tous leurs membres contribuent à les aider dans leur chute. Leur queue leur permet de trouver le positionnement parfait durant la descente, leur oreille interne les informe de l'orientation que prend leur trajectoire, ce qui les fait se placer de manière optimale. Leurs vibrisses leur indiquent en permanence la distance qui les sépare du sol, à la fin la colonne vertébrale se contorsionne pour bien placer le bassin dans l'alignement de la tête, c'est le réflexe dit " d'équilibration" juste avant le contact avec le sol, ils tendent leurs pattes pour répartir la secousse harmonieusement entre les quatre membres; leur queue bascule en sens inverse pour servir de contre poids, pile au moment du choc, les membres fléchissent pour encaisser la secousse. Ainsi , les chats peuvent se tirer indemnes de chutes élevées, là où tous les autres mammifères se briseraient les os . Le mot " ronronthérapie " a été inventé par le vétérinaire toulousain Jean Yves Gauchet en 2002 ; il s'est aperçu que les vibrations des chats sur les basses fréquences de 20 à 50 hertz non seulement avaient un effet apaisant, mais accéléraient aussi la réparations des os brisés (les os se resoudent trois fois plus vite dans ces circonstances) des muscles déchirés et activeraient de manière significatives la cicatrisation . En effet, le ronronnement des chats induit chez l'homme la production de sérotonine, une hormone qui agit sur la qualité du sommeil et sur l'humeur. Jean Yves Gauchet a aussi découvert que le ronronnement des chats réduisaient la fatigue ou permettaient de mieux récupérer après un long voyage en avion . Selon ce chercheur les chats repèrent grâce à nos phéromones ( molécules odorantes diffusées entre autre par notre sueur) quand nous n'allons pas bien et ils ont spontanément envie de nous apporter du réconfort. Le ronronnement absorbe toutes nos énergies négatives et nous permet d'être de meilleure humeur. Le ronronnement entraîne la production d'endorphines cérébrales euphorisantes ( via les récepteurs appelés corpuscules de Pacini" mais agit aussi directement sur nos gènes par une action électromagnétique ( notamment en influant sur les gènes du cortisol, notre antidouleur naturel , et en augmentant la production de cellules souches régénérant les tissus) Actuellement, certains Kinésithérapeutes utilisent la ronronthérapie pour soigner les tendinites, les douleurs vertébrales et accélérer la cicatrisation osseuse. Les maisons de retraite mettent en place de plus en plus souvent des programmes de ronronthérapie. Selon Jean Yves Gauchet cette onde particulière produite par le larynx des chats permet aux personnes âgées qui commencent à avoir des problèmes mentaux de mieux se recentrer et d'organiser leur pensée.
samedi 15 février 2025
Ashrams Grands Maitres de l'Inde de Arnaud Desjardins
Qui de nous ne s'est pas au moins une fois , posé cette question, en entendant parler de ces grands Sages de l'Inde ,dont un seul regard peut changer une vie et dont la présence surnaturelle serait le témoin vivant d'un autre monde que celui dans lequel nous vivons toute la journée? Et si c'était vrai ? Devant le chaos qui règnent partout dans la société comme au-dedans de chacun de nous, devant l'échec de nos espérances que les journaux nous redisent chaque matin et que notre lassitude nous répète chaque soir , tous les jours de nouvelles voix s'élèvent pour crier l'absurde . Pourtant nous savons bien qu'à travers tous les siècles et toutes les civilisations dans toutes les religions et hors religion, des voix se sont élevées, prétendant montrer le chemin de la réponse à la question de l'homme " Qui suis je"
Et aujourd'hui plusieurs affirment que l'Inde, au-delà de ce qui nous irrite ou nous fascine en elle , reste un des dépositaires d'une antique Sagesse. Des êtres, parfaits y vivent, qui connaissent " Cela dont la connaissance fait que nous connaissons tout le reste" et ils peuvent nous enseigner à partager cette connaissance et leurs expériences. Ainsi existe en nous un sentiment de l'infini, un Royaume qui nous attend. Et au-dehors de nous, de temps à autre; il nous semble reconnaître des signes, des messages de ce Royaume: un paysage, le sourire d'une statue, l'architecture d'un temple, la vibration d'une musique, une attitude dans une danse sacrée, la poésie d'une légende, la beauté d'un rite, une phrase de la Bible ou d'un Saint Hindou, tout à coup, nous sommes sûr qu'il existe réellement un monde du surnaturel et du miraculeux. L'Inde fabuleuse, mystérieuse et miséreuse pourquoi nous dit-on que tu détiens encore les clés de ce monde ? Pour le savoir , chaque année , de toutes les parties du globe, de nouveaux pèlerins prennent la route de l'Inde. Certains se retrouvent dans l'air conditionné du somptueux Ashoka hôtel de New Delhi ou du luxueux Taj à Bombay après quelques heures de jet; d'autres mettent plusieurs mois, à bicyclette, à travers les déserts de Turquie, D'Iran, d'Afghanistan et de la Khyber Pass pour atteindre Attari Border et Amritsar Certains repartent ou plutôt s'enfuient au bout de quelques jours meurtris, déçu et horrifiés. D'autres se retrouvent bientôt pieds nus, vêtus d'un dhotî ou d'un sari et ne reviennent jamais, enracinés pour toujours à Tiruvanamalaï ou à Almora . Outre les ashrams de la mission Ramakrishna et celui de de Pondichéry où enseigna Sri Aurobindo, les ashrams les plus célèbres et les plus visités sont aujourd'hui au nombre de quatre : celui ou vécut le plus vénéré de tous les Sages contemporains Bhagavan Sri Ramana Maharshi à Tiruvanamalaï ,dans le Sud, celui du Swami Sivananda Sarasvati à Rishikesh dans les Himalayas de Mangalore sur la côte Ouest et celui ou plus exactement ceux de la grande Sage et Sainte bengalie Sri Ma Ananadamayi . Pour nous étranger venus en Inde, la vie religieuse s'y présente en fait sous deux aspects extérieur celui que le touriste ne peut pas voir et un autre plus intérieur, cette vie profonde et véritable des Ashrams qui ne se livre qu'à celui prêt à y mettre le prix. Un prix qui peut prendre bien des formes, depuis les crampes dans les jambes croisées pendant trop d'heures d'affilées ou une nourriture trop épicée , jusqu'à une terrible déchirante chirurgie physique pour laquelle par définition même , il n'est pas question d'être endormi, puisque toute évolution spirituelle est avant tout une question d'éveil ....Car beaucoup d'Européens, non seulement informés par les films et les photos, mais ayant voyagé et même vécu en Inde , voient la vie religieuse comme un spectacle repoussant et merveilleux mais qui ne saurait nous toucher ou nous concerner : ascètes squelettiques aux tignasses pareilles à des toisons de laine, sadhous peinturlurés ou couvert de cendre, plus rébarbatifs qu'inspirants et foules grouillantes des lieux de pèlerinages: Bénarès , Maduraï plus rarement Brindavan, religion spectaculaire, folklorique excellente pour le Kodachrome loin , loin pensons nous très loin de nous et de nos problèmes . Mais il existe aussi les " Ashrams" et les grands " Gourous" ou Maître spirituels et c'est un aspect plus intérieur. Cette relation du Maître au disciple est un des trait les plus marquant de la vie spirituelle en Inde celui qui connaît le chemin de l'éveil et de la vie guide ceux qui veulent s'y engager à sa suite et travailler sous sa direction car l'enseignement du Maître n'est rien si le disciple n'accomplit pas sa part d'effort personnel pour se rendre disponible à l'énergie divine. Au terme de son ascèse , le disciple sera peut-être à son tour choisi comme Maître et, à son tour il guidera un autre disciple dans le chemin de l'éveil. C'est d'abord une personne qui viendra lui demander son engagement, puis dix, puis quinze, puis vingt, et c'est ainsi que naissent les ashrams. Les caractéristiques des ashrams hindous sont groupés autour des maîtres toujours vivants; il y règne une liberté qu'on ne trouverait pas dans nos monastères actuels et on y rencontre pèle mêle des hommes qui prient, des femmes qui bavardent, des enfants qui jouent, des vaches qui ruminent, des curieux qui visitent, des vieillards qui se préparent à la mort et des jeunes gens ou jeunes filles admirables , dont le regard étincelant nous fait envie, cette coexistence permanente d'hommes et de femmes donne d'ailleurs, la règle de chasteté (brahmacharia) une exigence beaucoup plus grande que pour des religieux isolés du monde par la clôture. Le Christianisme a aussi connu autrefois ce genre de collectivité et j'ai souvent pensé notamment auprès de Ma Ananadamayi parce qu'elle se déplace sans cesse, à l'atmosphère qui devait régner autour du Christ, un petit nombre d'intimes, les disciples les plus proches comme le furent les apôtres; et la multitudes, la foule qui se presse, qui se bouscule, surtout lors des grandes fêtes religieuses et que l'ashram réunit d'immenses repas. Aucune monotonie , dans ces ashrams mais au contraire une vie infiniment variée: en dehors même des fêtes et festivals innombrables .Avant d'entreprendre son tour du monde en 1954 Ramdas écrivit à tous les grands saints de l'Inde et tous lui envoyèrent leur bénédiction . Une des plus actives disciples de Maharshi qui, à défaut d'être la mère de l'Ashram est une mère pour les visiteurs , et aussi une grande disciple de Ma Anandamayi et à organisé non seulement le séjour de celle-ci à l'Ashram mais tout son voyage en Inde. Par rapport à la vie européenne , c'est vraiment un autre monde , un monde beaucoup plus différent du nôtre, un monde où tout ce fait nos intérêts, nos ambitions profanes n'a pas de place, un monde sans concurrence , sans publicité, sans asservissement à la mode et à l'opinion, un monde qui repose sur des fondements opposés à ceux de notre civilisation. Pour que nous puissions devenir la Vie et devenir la Joie, les Sages et les Ashrams nous appellent à l'éveil et à la connaissance de nous même. Qui suis je? Qu'est ce qui m'anime ? Ou vais je ?Aie je un but ?Quel sens à ma vie ? Le désir de vivre, l'aspiration au bonheur et la grande question sont les seules références qui ne nous seront jamais demandées pour pénétrer dans ces ashrams et les seuls bagages pour y séjourner . Tout le reste nous sera donné y compris l'esprit de sacrifice, la foi, l'espérance et l'amour. Les Himalayas comme disent les Indiens , quelques stations, d'ailleurs généralement construites par les Anglais, en sont célèbres pour l'asile de fraîcheur qu'elles offrent pendant les chaleurs de l'été et ont pris place parmi les paradis touristiques de la planète . A Moossoorie par exemple, où se refugia le Dalaï Lama , les cultures en terrasses, les fleurs, les rochers peints et décorés de grandes figures de jeunes femmes ou d'animaux , l'habillement aussi, plus adapté au froid que celui des plaines, tout nous montre que nous sommes loin de Bénarès , Nasik , Mathura ou Madurai , mais les Himalayas sont surtout vénérés comme les plus anciens foyer de la vie mystique; et c'est dans les immenses forêts dans les jungles dont seuls les torrents percent l'épaisseur au coeur secret de l'Inde, le domaine que la tradition a depuis des millénaires attribués aux ermites , aux yogis et aux sages. Les Himalayas sont considérés comme sacrés . Les Hindous aiment à avoir ce qu'ils appellent Sri Himalaya darshan , la vision du seigneur Himalaya, la chaîne toujours blanche barrant l'horizon symbole de la Vérité immuable? En fait pour peu d'Hindous peuvent se rendre dans les Himalayas, ils se contentent de rêver et d'innombrables gravures populaires ont reproduit un paysage de légende avec ce petit temple blanc immaculé parmi les fleurs, détachant sur le bleu du ciel le signe mystique de la syllabe sacrée Aum qui résume tout l'univers dans sa vibration, et un yogi immobile méditant sur l'Eternité.. La haute vallée du Gange est le véritable centre de la vie spirituelle depuis Hardwar , Rishikesh , Lashman Jola et Vashishta , Goha jusqu'au lieux de pélerinage fameux de Gangotri, Badrinath , Kedarnath , toute cette vallée est parsemée de temples enfouis dans la jungle et les lianes dont certains sont infiniment anciens et dont presque tous ont été bâtis sur des emplacements qui sont des lieux de prières depuis des millénaires. Mais de milliers d'années en milliers d'années la tradition s'est transmise et ils vivent toujours sur le flanc des montagnes et les rives du Gange en robe blanche, en robe orange ou bien à moitié nus ou complètement nus , ces êtres à la fois célèbres et mystérieux, les yogis jeunes hommes qui ont renoncés à tout pour répondre au grand appel intérieur et choisi le dépouillement absolu du sannyasin, femmes sans âge au regard brillant et au cheveux ras, vieillard à la démarche toujours juvénile sur les pentes les plus raides, les plus périlleux sentiers. Ici au pied d'un arbre imposant accroupi sur sa peau de daim, entièrement couvert de cendre ( la cendre symbole de destruction de la multiplicité et du retour à l'unité) ses longs cheveux tressés descendant de chaque côtés de son cou jusqu'au genoux, immobile, regard fixe. Là près de la grotte où ils demeurent assis au pied de leur maître peut-être centenaire mais dont les yeux reflètent l'éternelle jeunesse de la conscience, quelques sadhous s'ouvrent silencieusement à l'influence qui émane du sage à demi nu. Je m'aplatis sur le sol respectueusement selon l'usage. Parmi tous ces milliers de sadhous qui vivent en amont de Rishikesh l'ivraie est mêlée au bon grain et le chercheur spirituel doit savoir les distinguer. En Inde non plus, l'habit ou plutôt l'absence d'habit ne fait pas le moine. c'est dans un de ces petits ermitages qu'ayant renoncé au monde et à une carrière médicale qui s'annonçait brillante, celui qui avait été le Docteur Kupuswamy pratiqua pendant dix ans jour et nuit, les disciplines yoguiques qui ont fait de lui le Swami Sivananda aujourd'hui célèbre dans le monde entier. La plupart des ashrams sont ouvert à tous, mais la première fois qu'on y pénètre il est déroutant d'y être , si parfaitement laissé librement ignoré, on ne vous demande rien, on ne s'occupe pas de vous, comme si vous aviez toujours fait partie de la maison. Dès les premiers instants on est saisi par l'impression que chacun même s'il paraît inoccupé, poursuit une intense activité mais purement intérieure et silencieuse qu'il a une certaine vie à laquelle tous ont part : vieilles femmes, jeunes moines, religieux, laïques et que tous on autre chose à faire qu'a se laisser distraire par un nouveau venu. Les bâtiments sont propres, mais sans styles; tout ashrams comporte un ou plusieurs temples souvent construit sur la tombe ou samadhi du saint qui les a fondés. Devant les temples, un obélisque sur lequel est inscrit en anglais avec le message de Sivananda : sers, aime médite, réalise" la doctrine centrale des principales religions du monde. Une des certitudes qui ont inspiré le plus profondément l'action du Swami est qu'il a plus de religions mais un seul Dieu et qu'aucune religion, pas même la sienne n'est plus grande que la Vérité et n'a le droit de nous arrêter sur notre chemin vers cette vérité. J'ai fait deux séjours chez le Swami entre lesquels j'avais passé plusieurs semaines près de Ma Anandamayi, j'ai appris à connaître que derrière la façade parfois déroutante de son ashram cachait une admirable vie d'ascète et de service qui emportaient facilement la conviction. Quand à la production littéraire du Swami elle comprend quelques livres absolument remarquables . Autant que sur le temple, c'est sur le Gange que se concentre la vie de l'ashram ; sur les marches qui descendent dans le fleuve, à quelques mètres de distance, les uns se baignent ou lavent leur linge, les autres prient, lisent ou disent leur chapelet, tandis que les vaches se livrent tranquillement à la délicate escalade des ghâts. A l'aurore certains yogis viennent ici pour commencer leur journée avec un rite symbolique du salut au soleil levant ( surganamaskar) ou un exercice consistant à fixer celui-ci a travers un petit rectangle délimité avec les doigts; puis se succèdent ceux qui viennent se plonger dans le fleuve sacré à trois reprises ils élèvent un peu d'eau au creux de leurs mains réunis et l'offrent au feu solaire. Assis l'un près de l'autre deux hommes égrènent leur mala (chapelet) mais il n'est que de les regarder pour voir qu'ils suivent des voies différentes , l'un qui ne peut guère mieux croiser les jambes qu'un Européen, porte avec une immense barbe noire de longs cheveux noués au-dessus de sa tête car il est dit que Shiva reçue le Gange sur son chignon lorsque le fleuve descendit du ciel , les signes peints en blanc sur son front et ses bras traduisent sa dévotion à Shiva, son visage , ses yeux clos, aux lèvres entrouvertes est irradié de ferveur et d'amour, c'est l'image même de de l'adorateur de Khakta . L'autre, dans la plus impeccable des postures de méditation, le dos presque inhumainement droit, les yeux grands ouverts fixés devant lui est un typique Raya yogi et , après un moment de prière yeux clos et mains jointes, il ferme une narine avec son pouce et commence l'exercice de respiration rythmé du Pranayama . D'autres se plongent à moitié habillé dans l'eau tourbillonnante qui les recouvre entièrement, des jeunes femmes se baignent avec leur sari ; si ne sont pas situés au bord du Gange, les ashrams sont presque toujours bâtis près d'un autre fleuve ou d'un étang, car l'eau joue un rôle primordial dans les rites hindous . La toilette, les ablations et les immersions ont une grande importance et la propreté extérieure est l'image de la pureté intérieure. L'hindou religieux prend un ou deux bains complet tous les jours et entre temps se lave chaque fois qu'il juge avoir été souillé. Ainsi en Inde, chaque aspirant à la croissance spirituelle peut choisir sa voie ou se la faire indiquer par un Maître . Mais tous les yogis se rejoignent dans la pratique, ils s'enrichissent en empruntant les uns aux autres et tous ont en commun qu'ils nous demandent d'être là. Ils vont à l'encontre de cette distraction et de cette dispersion fondamentale qui sont les nôtres et dans lesquelles nous vivons perpétuellement, car toute les conditions de notre vie moderne contribuent à nous attirer hors de nous mêmes, à nous happer. Réfléchissons à ce que signifient vraiment des expressions comme se reprendre, se ressaisir ,se recueillir, se retrouver. L'ashram de Swami Sivananda est particulièrement réputé pour l'étude et la pratique du Hatha yoga , des disciples avancés y enseignent les postures et les exercices respiratoires, mais les classes d'ensemble ne se conçoivent que pour les moines novices ou de visiteurs venus passer seulement quelques jours à l'ashram . Le véritable yogi exécute absolument seul, dans le silence de sa chambre ou de la forêt, les postures qui lui conviennent et selon son rythme qui lui est proposé . La notion du Gourou dépasse infiniment celle de l'individu qui l'incarne "Le Gourou et Dieu sont un " tous les Gourous sont un, le Gourou dissipe l'obscurité ," Celui qui donne la lumière Le Gourou est le Sauveur, le Gourou est celui qui éveille" Le Gourou se trouve au-dedans de nous mêmes (inner Gura) Comment ne pas penser au Christ disant : Le Père et Moi nous sommes un, Je suis la lumière du Monde, je demeure en vous. En approfondissant l'idée du Christ et celle du Gourou selon les deux traditions ont est saisi par les rapprochements qui s'imposent . A l'intérieur de sa chambre, où tout le monde s'entassent en application de la loi indienne de la compressibilité illimitée des foules, le Swami reçoit disciples et visiteurs pour le darshan . Ce mot signifie vision, voir simplement le Gourou , rester silencieusement quelques instants en sa présence , c'est le coeur de la vie dans tous les ashrams ; et la première question que pose celui qui arrive est toujours la même: A quelle heure Swamiji ou Mataji ( la Mère) donne t-il son darshan ? " Plus j'ai observé Ma Anandamayi plus l'extrême différence de ces expressions m'a frappé. Tout ceux qu'il l'ont approchée ont remarqué cette diversité . je l'ai vue à quelques secondes de distance paraître trente ans ou soixante dix, être l'image de la douceur ou l'incarnation de la sévérité, j'ai vu en elle la petite file rieuse et l'homme terrifiant, la sainte radieuse et l'animatrice d'une lourde communauté. La plupart des êtres qui ont approché Ma Anandamayi et qui n'étais pas complètement fermé à son influence ont ressenti le phénomène Ma Anandamayi en eux et connu ce qu'était la vie illimitée à côté de quoi notre vie n'est pas la vie et comment les aveugles peuvent découvrir la lumière et les sourds entendre . C'est certainement l'expérience la plus importante que l'on puisse être amené à faire : enfin je vis et jusqu'à aujourd'hui j'étais mort. Aussi forte, certaine et convaincante soit-elle , cette expérience fondamentale de vie et d'éveil, qui fait la réalité spirituelle une certitude, s'avère difficile à décrire et à transmettre. Car l'Inde affirme que la perfection est de cette vie, tout en n'étant pas " de ce monde "Et il suffit d'apprendre de ces sages pour être immédiatement convaincu que leur être est en effet aussi supérieur au nôtre que le nôtre l'est à celui d'un mouton. Comme tous les maîtres Ramdas enseigne : " Surtout , mon Dieu n'exaucez pas mes prières" Ainsi priait le disciple , nous dit Ramdas car nous ne savons pas où est notre bien et où est notre mal. et je me souviens avoir lu la même idée dans la Phicolie chez Evagre le Pontique" Ne priez pas pour que tes volontés s'accomplissent car elles ne concordent pas nécessairement avec la volonté de Dieu. Prie plutôt suivant l'enseignement reçu en disant : Que ta volonté s'accomplissent en moi et en toutes choses demande Lui, sa volonté se fasse: car lui veut le bien et l'avantage de ton âme , alors que toi tu ne cherche pas nécessairement cela. Au lieu de vivre à la surface de nous même nous devons plonger au plus profond de nous même, comme le plongeur va chercher la perle au plus profond de la mer. Nous devons nous rappeler Dieu sans cesse. dans le Bhakti yoga comme dans le Raja Yoga explique Ramdas, l'esprit agité ainsi qu'une mer parcourue par les vagues doit devenir calme comme un miroir , car l'esprit, le mental absolument tranquille et silencieux est l'Esprit Universel. Et c'est à ce calme que conduit la concentration sur l'un des différents symboles de Dieu : son ,nom, image ou lumière. L'idée de Dieu doit prendre la première place dans l'esprit: il faut penser à Lui vingt quatre heures sur vingt quatre. Le moyen le plus efficace est le Japa, la répétition du nom. Bien sûr la répétition mécanique ne servirait à rien, toute notre force d'attention et tout notre sentiment doivent être mis dans cette répétition. Le point de départ du pélerinage vers l'immortalité, notre situation d'hommes exilés est très nettement exprimé par le Maharshi . D'innombrables relations de conversation qui ont eu lieu avec lui pendant les cinquante années où il à enseigné à Tiruvanamalaï affirment et réaffirment " Ce qui doit arriver, arrivera, quels que soient les efforts que vous fassiez pour l'éviter. ce qui ne doit pas arriver n'arrivera pas, quels que soit les efforts que vous fassiez pour que cela se produise. L'homme peut se trouver dans toutes sortes de circonstances, cependant il ne doit pas se permettre d'être tiré sans résistance ça et là par les influences . C'est son devoir dans toutes les circonstances de maintenir intactes son individualité et sa force de caractère" Soyez ancré dans l 'absence de crainte. Qu'est ce que la vie dans le monde sinon la peur ? "Maintenez votre pensée sur un très haut niveau" La louange et le blâme, les immondices et l'encens le plus pur doit devenir pareils. aucune chose au monde ne devrait vous être répugnante. regardez dans votre coeur et soyez repoussé par la répulsion. " Si quelqu'un n'arrive pas à un état de tranquillité, l'agitation de tout son organisme se manifestera à travers chaque nerf et chaque fibre de son corps, et le rendre inefficace. Si notre énergie n'est pas maintenue, le fonctionnement de cet énergie dans une parfaite tranquillité n'est pas possible, la préservation de l'énergie est essentielle. Appliquez vous à la méditation et autres exercices spirituels d'une manière tout à fait tranquille et discrète. Et je pense à Paris, à la France , à tout notre monde du dehors, ou il y a des pleurs et des grincements de dents , des guerres et des bruits de guerres ,où l'on voit s'élever nation contre nation et royaume contre royaume, ou il y a de grands tremblements de terre, des famines, des fléaux et des phénomènes effrayants, où tout cela n'est qu'un commencement des douleurs et dont est proche l'abomination et la désolation. " Et je pense à Celui qui a dit aussi : Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le royaume de Dieu arrive, qu'il est à la porte . Le Ciel et la Terre passeront mais mes paroles ne passerons pas . Veillez donc, car vous ne savez pas quand le Maître de la maison viendra, si c'est le soir, où à minuit ou au chant du coq ou le matin. Craignez qu'arrivant tout à coup , il ne vous trouve endormis, or ce que je vous dis je le dis à tous : Veillez !"
lundi 6 janvier 2025
La commode aux tiroirs de couleurs Olivia Ruiz
On a poussé les meubles et dansé toute la nuit dans un bain de larmes avec Papi, ça nous à fait du bien. Ma fille Nina s'est réveillée et s'y est mise aussi . Je n'avais pas envie de laisser Papi ce midi , il n'a plus rien lui, maintenant que ma grand-mère est partie . J'arrive en haut de la Butte , haletante mon sac, sous un bras et ma fille endormie dans l'autre. Epuisée par mon chagrin , j'ai soudain la sensation d'être ma grand-mère quatre vingt ans plus tôt, gravissant les Pyrénées grelottante , perdue, amputée, elle de sa terre ; moi de sa présence désormais. J'ouvre la porte de mon appartement, allume la lumière et elle est là , la commode chez moi , au milieu du salon. Elle est restée magique après son départ, cette pensée me fait sourire et pleurer. Puis réaliser. Que vais je faire de cette foutue commode ? Quand l'énigmatique objet de notre convoitise est arrivée dans la maison de ma grand-mère j'avais quatre ans . Avec mes cousins, on s'est enfiévrés milles fois en tentant de fourrer le nez dans cette commode , attirés comme des aimants à bêtises par l'arc en ciel des tiroirs, des petites chefs sur chacun d'eux qui suppliaient d'être tournées, le métal doré qui renforçait les angles pour nous les rendre plus inaccessibles encore . Mais à chaque fois notre mamie à poussé un de ces cris suraigus radicalement dissuasif dont elle seule avait le secret. Mais nos questions sur la commode demeurait sans réponses. Enfant je jouais de ma position de favorite pour que l'Abuela me dévoile le précieux trésor, elle m'appelait si fièrement " mon tournesol" mais rien n'y faisait . J'ai mis un vinyle d'Ennio Morricone , Abuela personne ne l'a jamais appelée autrement; avec ses yeux noirs et sa peau tannée, dans ma famille de toute façon , de mère en fille on appelle sa grand-mère Abuela . L'énorme commode en chêne massif abrite dix tiroirs, ma fascination pour l'interdit n'a pas diminué avec les années, j'ai l'impression que je vais mettre ma main dans le feu. Je guette le dixième tiroir, le plus petit, le plus mystérieux, je l'ouvre lentement, savourant chaque seconde, ce tiroir là est bien rempli, je le sens du bout des doigts moites et tremblants . Du colliers de macaronis au cendrier en pâte à sel, mes plus grandes œuvres s'y trouvent, elle a gardé absolument tout ce que j'ai confectionné pour elle . Les souvenirs resurgissent j'en sors une photo de mes cousins et moi devant le mobile home que louait Papi et l'Abuela chaque été au camping Narbonne Plage ; nos sourires coquins et de joie de vivre qui émane de nos visages rafraîchissent le papier délavé". Nous étions heureux; dormir tête bêche à six ans dans le lit de ses grands parents avec eux bien sûr, ne nous posait aucun problème, au contraire quand l'un de nous était trop grand et devais passer au lit de camp pour laisser la place à un plus jeune , c'était le drame. L'Abuela et Papi étaient toute notre vie ; je me sentais à l'abri auprès d'eux lorsque j'étais enfant. J'espère qu'à mon tour, j'ai réussi à leur procurer cette sensation quand les années les ont plus fragilisés. L'Abuela à été le ciment de notre famille. Je reluque la commode du coin de l'œil ; j'aperçois une enveloppe au fond du tiroir rose, je reconnais l'écriture appliquée de ma grand-mère. Je commence à comprendre . Il va falloir y aller maintenant : attaquer par le premier tiroir, quitte à ne plus le lâcher jusqu'au matin. J'ai retourné le vinyle Morricone , je me suis assise devant la commode aux tiroirs de couleurs . A nous deux maintenant Abuela ; surprends moi encore. Mes parents s'aimaient autant qu'ils aimaient leur parti et leur patrie; ils en revendiquaient la langue, l'art de vivre, les coutumes mais aussi la combativité, la radicalité frôlant la folie et le courage ; personne n'aurait pu les en déposséder. Depuis plusieurs semaines l'invulnérabilité du clan semblait ébranlée. Papa et maman ne faisaient plus un pas dehors sans se retourner . Nous avons déménager chez Angélita et Jaime de vieux amis , à Barcelone .Mes parents ne travaillaient plus , ne sortaient presque plus, mais passaient leur temps à écrire et à organiser des réunions ; plusieurs fois par jour, des gosses des rues déposaient des documents en en récupéraient d'autres contre une pièce ou deux. Mes sœurs et moi, nous n'étions plus scolarisées . Certains enfants avaient été enlevés et envoyés dans le quartier de la honte à Alicante, dans des camps d'endoctrinements où on broyait leur cerveau pour en reconstruire un qui serait voué à servir " le guide "Plutôt mourir ! Un soir que nous rentrions du défilé del Dia de los Reys , les poches bourrées de bonbons , Papa a allumé la radio, la voix dans le poste a parlé d'un projet , d'un massacre de sang, de Barcelone et Papa a dit qu'il était temps de nous mettre à l'abri; selon lui nous avions moins de trois semaines pour agir. Il ne fallait pas nous inquiéter , nous rentrerions dès que Papa et Maman auraient fait tomber le régime de Franco. Nous partions pour la France , nous ne serons pas loin, et là bas il n'y avait ni bombardements, ni dictateur nous serions bien. Angélita et Jaime seraient avec nous tout le voyage, et nous amèneraient jusque chez le tio Pepe qui vivait depuis vingt ans dans la ville de Narbonne, près de la mer. Les mines défaites de nos parents auraient dû nous mettre la puce à l'oreille sur le quai de la gare. Leurs têtes étaient mises à prix dans tout le pays et au delà . Condamnés , ils avaient décidé de mettre fin à leurs jours ensemble, Dieu seul sait si d'autres ont connu un tel amour. Nous avions six , dix et seize ans le jour où nous avons embrassé nos parents pour la dernière fois . Le train n'est pas allé jusqu'à Narbonne, nous avons débarquées à Gérone et on a dû finir à pied. Il fallait laisser nos sièges aux milices qui partaient en rafle dans les villages frontaliers . Je ne comprenais pas tout çà à l'époque. Dès que Léonor percevait l'inquiétude de Carmen et la mienne, elle nous rappelait que tout cela était provisoire et que les méchants franquistes seraient bientôt repoussés par les gentils républicains. Quelle sensation de liberté au départ ! Quelle euphorie pour Carmen et moi ! Le soleil donnait des allures estivales à ce mois de février, nous partions à la découverte d'un nouveau monde et des centaines d'enfants de notre âge couraient à travers les Pyrénées avec nous . A mi chemin l'excitation étaient largement redescendue, pour Carmen et moi le froid se faisait de plus en plus présent, la fatigue pesante et certains souliers n'avaient plus se semelles; le reste de la procession bourdonnement composés de pleurs de bébés et de plaintes contenues retentissaient en échos dans la montagne . Au Boulou on sépare les hommes, les femmes et les enfants, autour de nous, les familles déchirées, nous avons eu droit à une tournée de piqûre à la frontière. A deux reprise sur les cent cinquante kilomètres parcourus, les convois de la Croix Rouge nous ont apporté de l'eau et quelques vivres. Nous sommes arrivées de nuit au camp d'Argelès, un froid de canard; je ne voyais pas trop ce qui pouvait valoir la dénomination de camp à cet immense enclos sur la plage, délimité par des barbelés, cette vaste étendue de sable ressemblait plutôt à un mouroir, une cinquantaine de cahutes éparses, quelques braséros et des fantômes agglutinés autour . Quatre infirmières nous ont installé dans un baraquement où gisaient déjà une bonne trentaine d'occupants à bout de force, comme nous. La Croix Rouge a appelé tio Pepe, pour sortir du camp, il fallait qu'un résident français confirme qu'il pouvait accueillir le ou les réfugiés concerné. Angélita resta dans le camp d'Argelès, une infirmière franco espagnole nous expliqua qu'à Elne , une dame de Suisse était en train d'y mettre en place une maternité. A notre arrivée à Narbonne , le tio Pepe nous conduisit dans ce que l'on appelle le quartier gitan, car il était français désormais, plus ou moins notable et il comptait bien se passer de la mauvaise publicité d'être vu avec nous ou pire encore nous héberger. Il siffla en bas de l'immeuble délabré, une madone quadragénaire apparut à la fenêtre du cinquième étage, la jolie Madrina nous attendait en tricotant et en mâchant du chewing-gum nonchalamment , elle nous amena dans une chambre équipée d'un lavabo , d'un grand lit et d'un petit bureau et de deux chaises, certes c'était délabré et il fallait pomper avec son pied pour obtenir un filet d'eau, mais la pièce faisait bien quinze mètres carrés, c'était confortable. Est ce que vous savez coudre ? Bien sûr que nous savions coudre ! Même Carmen avait déjà appris, nos travaux manuels paieraient le loyer et le couvert. Carmen et moi pouvions que travailler le weekend et intégrer l'école catholique du quartier qui tolérait les immigrés espagnols, à condition que Léonor, elle, soit à plein temps . Madrina s'inquiétait de notre bon sommeil et aussi du manque de sortie de Léonor, toute à son rôle de maman de substitution; elle s'en est tant inquiétée qu'elle a tout fait pour que Léonor rencontre le fils Carnoi du deuxième. Mon irréprochable grande soeur rentrait à pas feutrés au petit matin. Ils se sont mariés deux ans plus tard, ils ont déménager après les noces et ont emmenés Carmen avec eux, moi j'étais trop compliquée, trop en colère, ingérable . A quinze ans j'étais trop jeune pour comprendre. Quelques semaines après le départ de Léonor, j'ai perdu pied, je vendais des cigarettes de contrebande, je volais du maquillage dans les magasins et des vêtements sur le marché; je ne participais plus aux corvées des parties communes de l'immeuble, je ne rendais pas mes ouvrages à l'heure. Madrina me fliquait jour et nuit pour me faire filer droit comme toute gosse de quinze ans j'avais besoin d'ancrage, le mien s'était fissuré de trop de non-dits, Léonor voulait me responsabilisé : Raté. Dès que mes sœurs ont quitté le navire, j'arrêté l'école pour coudre à plein temps. je me suis juré que dès que j'aurai réuni l'argent nécessaire je ferai mes adieux à Rita Monpeau Carreros je deviendrai Joséphine Blanc, ce doux prénom atténuerait mon tempérament de feu ; çà me franciserait . Enchanté , Rafael dit-il en me tendant la main. Evidement au hasard je tombe sur quelqu'un qui me ramène à moi , chez moi car avec cet accent c'est toute l'Andalousie qui se dessine sur la brique rose. Tu connais Toulouse ?Tu veux faire une visite avec le meilleur guide de la ville? Pourquoi pas! Je ne connais rien ici , je suis Narbonnaise , je viens d'arriver. Je découvre la ville telle que Rafael l'a faite sienne, depuis deux ans , il est réfugié lui aussi. je fais mine de ne rien savoir de cette guerre qui a ravagé son monde, notre monde. Je cache mon émotion et feins parfois la surprise; j'ai presque l'impression qu'il décode mes petits mensonges en temps réel et s'en amuse. Notre après-midi s'achève par son lieu de vie, Rafael loue une chambre dans une communauté d'artiste, nous avons discuter toute la nuit , il parle de sa vie de vitrier maintenant, des exigences inconsidérées et de l'impolitesse dont les français font mesure à son égard, il aimerait jouer de la guitare et écrire des poèmes toute la journée , mais il faut bien manger. Il ne dit pas tout , je le sens; comment le blâmer, alors que je suis moi même chargée dans un tissu de mensonges . Il prends sa guitare tout en continuant à parler, moi j'entends plus ce qu'il dit, chaque accord qu'il égrène, sans y penser révèle tout ce que j'occulte, le manque mortel des miens , de mon pays, de toute cette musique, que je suis pas apte à soigner la petite fille que j'étais, juste à l'enterrer provisoirement pour réussir à vivre. Je me rapproche et pose ma main sur les cordes de la guitare pour les faire taire avant qu'une larme ne se décroche; Rafael prends ce geste pour une invitation à m'embrasser; c'est le plus merveilleux malentendu, le plus extraordinaire et le plus doux accident que la vie m'aie donné à vivre. Je ne résiste pas, je m'abandonne, je m'offre, je succombe sans retenu à ses baisers, puis ses caresses , notre danse s'unit au fur et à mesure que nos peaux s'apprivoisent, dans la lenteur et l'écoute, dans ce que le plaisir peut avoir de plus sacré et de plus mystique. Depuis que je suis Joséphine Blanc tout à changer et l'humanité m'en semble d'autant plus détestable. Aimer Rafael : ni change rien . je suis bien reçu dans les magasins, j'ai trouvé facilement un travail de repriseuse à un salaire correct et j'entends des propos sans filtres des gens sur les immigrés, j'écoute leurs conneries et j'acquiesce d'un air entendu, je bouillonne, je déborde, mais tout reste à l'intérieur et me noie ; ce qu'ils disent est faux, c'est injuste, l'exprimer me démasquerait. J'ai gagné la liberté d'exister mais ma liberté de parole à péri dans mon changement d'identité. Je suis prise dans un étau. Rafael doit savoir ! Moi aussi je veux tout savoir, je veux que nous soyons transparents l'un pour l'autre désormais. Mais quand deux êtres de la même famille se rencontrent aussi différent soient ils , ils se reconnaissent sans aucun doute. Rafael me dit : J'ai deviné les raisons de ton mensonge, j'ai entendu ton besoin d'être reconnu et accepté , alors j'ai fait comme si...Mais ce n'est pas par hasard , si nous nous sommes aimés, je suis devenu ta maison et toi la mienne. nous nous sommes donné plus que de l'amour, un commencement tout neuf, un repère, un ancrage, qui nous manquait à tous les deux depuis l'exil . Mais nous allons le retrouver notre toit, le vrai, je te le promets , mi cielo et nous repeuplerons l'Espagne d'enfants heureux. C'est pour çà que je pars dans un peu plus d'un mois, Miguel et Pascual s'en vont avec moi, nous emporterons des vivres pour la guérilla qui se meurt de faim, un attentat se prépare, nous avons une réunion à l'arrivée; à deux disons au pire trois semaines tu m'embrassera de nouveau. Rafael n'est pas un simple exilé, il est Enlace , littéralement çà veut dire lien. Les Enlaces sont peu nombreux et triés sur le volet. ce sont des hommes de confiance, certains sont devenu maquisards pour ne pas avoir à quitter le pays. Rafael lui participe à l'acheminement de toutes sortes de marchandises depuis la France pour aider la guérilla antifranquiste . Il me parle de courrier et de nourriture, mais j'ai déjà trouvé des armes en pièces détachées sous notre lit qui apparaissent et disparaissent comme part enchantement Un Enlace est aussi un agent de renseignement, c'est un frondeur qui n'a rien à prouver, un homme impulsif qui a toutefois mûri et mesuré les conséquences de ses actes passés. Déjà quatorze jours qu'ils sont partis. La scène est aussi tragique qu'irréelle , je voudrai arrêter le temps et qu'Ulrich n'arrive jamais jusqu'à moi, que les quinze mètres qui nous séparent s'étirent à l'infini pour ne jamais entendre ce qui s'apprête à me dire. Rita c'est fini, je crois que j'ai vomi et que je me suis évanouie, il me semble qu'en me réveillant la première pensée est allé vers mes parents, eux au moins ils sont ensemble, si j'avais mesurer le danger je serai parti avec lui. Je lève la tête , tous les regards de l'assemblée sont posés sur moi, sur mes seins plus particulièrement, puis je me mets à penser à la maladie, mais il n'y a qu'une maladie qui fait pousser les seins, une maladie extraordinaire. Savoir qu'un minuscule morceau de Rafael s'était niché dans mon ventre avait réveillé un besoin viscéral de revenir sur ma terre: un besoin de retrouver ma langue, les couleurs de mes paysages, je ne pouvais pas imaginer que las bas j'étais devenu une étrangère, une traite, une prétentieuse petite française, ses retrouvailles que j'avais fantasmé sur ma route jusqu'à eux me fut interdit. Je décidai de ne pas exposer mon point de vue, ni d'imposer ma présence, mais de choisir mes combats. Tu sais quoi ma vida ? On s'en fiche, cette histoire est la nôtre. Je serai tes origines, tu seras mes racines, on s'écrira un avenir fantastique ensemble, je te raconterai que tu descends de deux lignées de combattants disparus pour leurs idées. Parce que avec toi, j'ai envie de tout, parce que si tu t'es invité là , c'est pour nous rendre immortels Rafael et moi .Je suis repartie le jour même de mon arrivée en Espagne vers Narbonne. L'espace d'une seconde, je me demande si je n'ai finalement jamais quitter cette chambre depuis deux ans, une voix me sort de mes nébuleuses pensées; je sursaute , me retourne : Tu as dormi dix neuf heures, Vous êtes qui ? Dis donc je t'ai marqué ! Je savais que tu reviendrais . André dis je un peu soufflée par la métamorphose de mon ancien protecteur; depuis ce mot qu'il était venu glisser sous ma porte: Rita j'habite en face, je t'ai vu à l'école et je voulais que tu sache que tout le monde ne déteste pas les Espagnols, demain si on t'embête encore, permet moi de m'en mêler André. Mon enfant est né un soir de février, André à posé un regard d'une immense tendresse sur le bébé, puis il m'a regardé droit dans les yeux, sans me laisser le choix il m'a dit : Ce bébé à besoin d'un père et toi d'une épaule; puis as tu vraiment envie d'affronter le regard des gens, comme quand tu es arrivée? Je ne te laisserai pas vivre cela sans moi. Tu peux ouvrir l'enveloppe maintenant c'est l'acte de naissance de mon premier enfant la fille de Rafael, qu'André à élevé avec encore plus d'amour que si elle avait était la sienne " Oui Carino , le fruit de cet amour incommensurable et de ma tragédie qui ne finit pas si mal est ta mère. Et elle n'en a jamais rien su; dans ton sang et dans le sien , toute la force de l'Espagne bouillonne, tu sais quand tu étais dans son ventre j'ai essayé de parler à ta mère . En vieillissant tu apprends que les secrets de famille peuvent devenir des gangrènes, vicieuses et parfois indécelables. Ta mère à catégoriquement refusé d'en savoir plus et j'ai décider de respecter son choix. Je multiplie les gestes d'affection pour André, pour elle aussi, afin qu'elle voit que nous sommes une famille et qu'il est temps de construire notre histoire à nous. André ne semble pas se préoccuper d'un avenir amoureux mais simplement d'un futur familial; si nos corps n'ont pas totalement trouvé le temps d'une danse cette nuit là, ils ont toutefois réussi à fusionner en toute discrétion. Je vis plutôt mal cette seconde grossesse, André travaille beaucoup et il n'a d'yeux que pour Cali quand il rentre. Mon impuissance me replonge dans le sentiment d'abandon que j'ai éprouvé en apprenant le choix de mes parents. J'accouche le 11 janvier d'un sublime garçon , nous l'appelons Juan , l'enfant à une immunité extrêmement fragile et ne survivra pas. Je voudrais courir jusqu'en mourir, mais Cali est le cadenas qui fait de mon piège une forteresse, pour elle je reviendrai dans cette vie que je déteste. Je vais revoir Pépita malgré nos échange de courrier , j'ai besoin de refaire le chemin à l'envers, mon coeur se serre quand je la vois, Ulrich rompt cette étrange silence, depuis la mort de son fils Pépita a perdu l'usage de la parole. Je vais revenir en Espagne, à Madrid le cousin de Rafael , Maisel m'attend sur le quai, une semaine que je suis là et nous n'avons pas évoquer l'objet de ma venue , nous faisons que "Baiser" comme dit Maisel , je ne pense pas, je regarde le monde autour et m'oublie dans cette méditation en mouvement. Pour moi comme beaucoup d'immigrés qui ne sont ni d'ici , ni de là bas, le voyage est une autre résidence, comme la langue est une maison. Entendre et parler espagnol en revanche, c'est fredonner l'air de ma première berceuse, c'est redevenir l'enfant que j'ai été, c'est être au plus près de ce que je suis, avant que la vie ne m'esquinte. L'énergie qui m'habite depuis que j'ai fait réapparaître le fantôme de Rafael n'a d'autre dessein que de rentrer et de revoir ma fille. Maisel m'apprend que la fille aînée du général qui a assassiné Rafael a été tué par un dissident, violée et tuée, il entre dans les détails et on dirait qu'il y prends du plaisir, le voir ainsi m'effraie. Je ne serai pas de ceux là, je décide que pour le restant de ma vie, un être humain sera toujours un être humain que je traiterai en tant que tel . Et l'être qui a le plus besoin de moi, celui dont le bonheur sera mon plus grand combat, je sais pertinemment ou le chercher. Je pars demain retrouver ma fille, elle est la seule qui me donnera envie d'avancer, les autres sont devenus fou. André refuse mes mea culpa autant qu'il résiste à m'accorder son pardon. Le premier mois de ton absence Cali est allée tous les matins et tous les soirs à la boîte aux lettres en espérant un signe de toi. La mise à l'épreuve durera trois longues années, c'est le café qui nous à sauvé et mon courage un peu aussi. L'atelier dans lequel travaillait André venait d'annoncer sa fermeture. Ma cousine Madrina m'a parlé d'un commerce qui se vendait une bouchée de pain dans son village. Nous avions nos défauts, mais nous étions vaillants ton grand-père et moi. Ce challenge était pour nous! Cali avait sept ans , quand j'ai acheté le café sur un coup de tête. j'ai mis André devant le fait accompli, Cali était en joie de quitter la ville pour la campagne. Elle était douce la vie au café de Marseillette ,c'était aussi un restaurant de quarante couverts, une pompe à essence, un tabac presse loto ...En commençant cette nouvelle vie ensemble, nous nous sommes retrouvées avec Cali, ce cadre nous a épanouies comme deux fleurs sous le soleil. C'est au café que ta mère a rencontré ton père, sans moi elle ne l'aurait jamais remarqué, toute sa vie était déjà bien rempli : les cours de danse, le dessin, la pétanque au club du village, les belotes avec ses petits vieux le jeudi soir, puis ses copines...Elle s'est désintéressé de ton père jusqu'à ce qu'elle le voit sur scène, les jeunes avaient organisés un petit concert au café. Nous n'avons pas réussi à joindre ton père, alors nous lui avons laissé un petit mot à la maison pour lui dire que tu allais arriver, il le trouvera en rentrant de son concert au petit matin probablement. Cali se sait atteinte d'hémophilie, sa grossesse pourrait avoir un prix que ta mère est prête à payer. Mettre sa vie en jeu pour faire de son homme un père est un risque qu'elle a choisi de prendre. Seuls tes cris transperçaient le silence à l'intérieur , ta mère venait de s'éteindre. Les cloches de l'église Saint Vincent sonnaient minuit et tout le monde se souhaitait une bonne année . a peine le temps d'accueillir le chagrin qu'il fallut le défier, car tout en m'enlevant la prunelle de mes yeux, la vie exigeait que je sois pour toi et ton père une fondation. Je voulais te dédier cent pour cent de mon temps et mon énergie, de mon amour. c'est pour cela que j'ai voulu vendre le café à la mort de ta mère. C'est peut-être ce qu'il reste d'Espagne en nous, ce besoin de vie autour, d'agitation, de dialogues, de convivialité et de partage. Quand je te regarde , je me dit que je n'ai pas tout raté, chacun de tes sourires à comblé mes manques et balayés les nuages noirs d'un puissant souffle chaud. Je suis assise sur le sol, au milieu du merveilleux désordre que forment les tiroirs de la commode autour de moi. Certains y garderont leurs mystères, d'autres ont tout balayés . Il a du lui en falloir du courage , pour revivre ces moments chefs afin de me les retranscrire. Il va m'en falloir des cojones pour tout accepter, sans juger, ni essayer de refaire l'histoire. Elle dirait que je vais y arriver, que nous sommes du même bois, de celui qui ne rompt pas. Elle a livré nos secrets de famille, pour que je remplisse à mon tour la page suivante ; une page blanche, lavée des non-dits , tous les placards vidés de leurs cadavres.
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