dimanche 17 mai 2026

Mère l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne de Laurent Huguelit





La forêt amazonienne, joyau arborescent de la planète Terre, celle qui fait respirer le monde, luxuriante de peuples et de biodiversités, emplie de mythes fondateurs, nimbées de mystères et de magie naturelle, qui n'a t'elle jamais fait rêver ? En parcourant les pages d'un roman ou d'un ouvrage photographique à la simple évocation de son nom " Amazonie" à ressentir sa présence pétrie d'une force et d'une lumière qui ne cessent d'enchanter le monde ? Y a t'il seulement un coeur qu'elle n'ait jamais touché par sa beauté, ému par sa fragilité, inspiré par sa majesté ? Et pourtant , elle est en train d'être mise à mort, nous savons pertinemment que la grande forêt tropicale humide et qui est au coeur des cycles et des synergies de la Terre-Mère est en train d'être coupée à blanc afin  d'y implanter des déserts d'exploitations voulu par le dieu de la consommation toute puissante et sa complice de toujours la tronçonneuse. Je me suis rendu en Amazonie péruvienne au début de l'année 2016, accompagné d'Angéline , ma compagne elle connaissait déjà certaines régions de Haute Amazonie pour y avoir vécu dans plusieurs communauté indigènes. Je l'avais à maintes reprises écoutées attentivement me narrer ses péripéties sylvestres, accompagnée de ses amis autochtones dans toute leur prodigieuse diversité. Son enthousiasme à me décrire la vie quotidienne dans la grande forêt était on ne plus communicatif , ce qui avait bien évidement  attiser mon envie d'aller voir sur place. Elle avait également ramené un nombre considérables de dessins, esquisses et croquis de plantes, comme autant d'impressions végétales puisées dans l'inestimable trésors de vie que renferme ce haut lieu mondial de biodiversité. Et pour couronner cette démarche combinant savoir faire, création artistique et spiritualité, elle s'était liée d'amitié avec certains personnages clé du chamanisme amazonien , parmi lesquels le fameux peintre Pablo Amaringo (1938 2009) chef de file de tout un courant d'art visionnaire. nous possédons un collier qu'Angéline a reçu de " Don Pablito" peu de temps avant sa mort. pour donner corps à notre voyage et nous rapprocher du coeur du sanctuaire que représente le bassin amazonien, nous sommes partis dans l'idée de faire une retraite en pleine forêt isolés du reste du monde dans le cadre d'une dieta autrement dit, une "diète" de ce que l'on, appelle là bas la medicina . Ce terme la médecine est utilisé spécifiquement par les indigènes et métis d'Amazonie qui considèrent la forêt elle même comme tant la plus puissante de toutes les médecines. Elle est la Madre, la mère; c'est elle qui apaise, soigne, réconforte et guérit. La dieta définit le contexte l'isolation dans la nature, les restrictions comportementales et alimentaires, les plantes médicinales et visionnaires. Le premier soir de notre séjour sylvestre, alors que nous venions à peine de nous installer sur le lieu qui nous accueillait , Angéline dans son tambo (hutte d'isolation traditionnelle situé en pleine nature ) surplombant la canopée et moi dans ma chambre au confort spartiate nous avons été invités par deux guérisseurs , des chamanes à prendre part à une première session d'icaros ( chant de guérison inspirés par les esprits de la forêt) C'est en chantant dans les langues vernaculaires, en quechua , parfois même en espagnol, que les guérisseurs amazoniens accomplissent leur travail . Les icaros structurent les cérémonies nocturnes et leur donnent leurs inflexions, leurs couleurs, leur profondeur. Bien entendu, selon leurs peuples selon les langues et les affluents du grand fleuve Amazonas, les chamanes portent des noms différents pajé , muraya , yachak, uwishin, etc. , et sont rarement appelés " chamanes" ce mot ayant été importé du Vieux Continent. Le mot curandero " guérisseur" est également très utilisé. Nous étions donc là, quelque part dans la grande forêt bercée par les chants et tout à commencée "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur "voilà la toute première phrase de l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne, je l'ai reçu lors des premiers instants de la cérémonie d'ouverture, peu après que la Madre s'est présenté à moi . Avec sa toute première phrase la forêt a éclairé ma lanterne, elle m'a expliqué la source du problème. Le Problème avec un grand "P" dans l'idée qu'avant de pouvoir créer un monde meilleur, il va falloir que nous autres les êtres humains oui nous, les individus constituant l'espèce humains oui nous, les individus constituant l'espèce qui se veut " dominante" sur cette belle planète comprenions ce qui nous en empêche . Alors pourquoi tant de problèmes de destructions, de chaos ? Pourquoi malgré toute la beauté et la sagesse dont nous sommes capables, pourquoi, malgré toute ces bonnes intentions, y a t'il cette soif en nous, cette appétit pour la destruction?  La première phrase de la forêt renferme tout ce qu'il y a à saisir afin de comprendre l'état du monde; elle est la réponse à la question de la cause première du Problème avec un grand "P" "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur ". Je m'attendais au pire comme au meilleur en venant ici dans cette jungle chamanique d'Amazonie à la réputation  parfois sulfureuse, car tiraillée entre le monde crépusculaire d'hier et celui plein de questions en suspens de demain. Mais ce que j'ai reçu lors de cette première session d'icaros, ce fut le meilleur uniquement, comme si la  Mère Forêt me souhaitait la bienvenue à bras ouvert. Dans mon coeur, c'était la grande fête des retrouvailles, tout était synchrone : les chants des chamanes, leurs intentions, leur concentration, leur travail. Il y avait une sorte de perfection dans leur manière d'aborder la cérémonie, une perfection qui m'a fait du bien. La forêt : " Mes chers enfants, voici l'un des derniers chapitres de cette première nuit de cérémonie, dite "de la famille " Il s'intitule " La clarté" est directement liée au coeur pur , elle en est la résultante; sans coeur pur, pas de clarté. Ce qui est en jeu ici, ce sont vos intentions; je vous invite à apprendre à discerner d'où elles proviennent , de quelle partie de votre coeur elles sont issues. Car souvenez vous en , le coeur est au centre de tout, et c'est lui, et lui seul, qui génère les intentions. Il se situe en amont de la raison, des valeurs morales, des désirs, des actions, il en à la source. Bien évidement , un coeur pur génèrera des intentions pures, vivre en harmonie, avancer vers plus d'amour, de conscience, de force, de lumière, alors qu'un coeur blessé, souillé, pollué, génèrera des intentions qui seront déviées par ses propres impuretés; la peur et les avidités, en cheffes de files désignées de ce qui dévoie les élans du coeur, engendreront les émotions délétères, les dépendances, les schémas de comportement destructeurs pour soi même, les autres et la Terre-Mère .Pourtant au départ, les intentions du coeur sont pures, car au départ, à la source, le coeur n'est que pureté, comme vous le savez maintenant; mais en passant à travers les couches d'immondices qui parfois l'encerclent et l'emprisonnent, son faisceau de lumière sera dévié, corrompu, distordu, fragmenté. Voilà enfin l'heure de la réconciliation de votre être tout entier avec ce premier esprit allié de la clarté qu'est la sensibilité, un esprit allié sans lequel le coeur reste tragiquement aveugle. Car pour déchirer le voile de l'illusion, pour sortir de maya , du mitote, du brouillard qui vous empêche de voir, vous devez affûter votre toucher, pour qu'à sa suite, tous vos sens s'épanouissent de concert, dans une même éclosion. Cette première étape sera nécessaire, vous ne pourrez pas l'éviter : dans l'intention de cheminer en conscience, vous devez, développer votre toucher, vos sens, votre sensibilité. Regardez les animaux : ils ne doutent pas, ils savent exactement ce qu'ils font, ils sont parfait à chaque instant de leur vie, quoi qu'ils fassent. Qu'ils se nourrissent, qu'ils paradent, qu'ils se déplacent, qu'ils élèvent leurs petits, ils sont parfaits et cette perfection est la conséquence directe de leur sensibilité, qui est complètement réceptive au monde qui les entoure. Ils sont focalisés sur les informations que leurs organes leur transmettent, dans une connexion sensorielle de chaque instant qui force l'admiration. Les animaux sont parmi vos plus grands enseignants et je vous invite à devenir comme eux, des maîtres de sensibilité. Cette connexion au réel se fait par les sens, et même si dans certaines de vos cultures humaines, vous êtes venus à penser qu'il faut se méfier des sens, qu'il vaut mieux s'en détacher parce qu'ils mentent; ou encore, qu'il est plus judicieux de développer les capacités supposément supérieures de l'être telles que l'intellect, la  Raison, ou encore la transcendance, sachez que ces dernières sont toutes, chacune sur les fréquences qui lui sont propres, une manifestation du sens premier: le toucher. Sans toucher, pas d'intellect bien aiguisé, pas de Raison lumineuse, par de transcendance divine . La connexion à " ce qui est " et donc à la vérité sous sa forme la plus naturelle et authentique , est dans le toucher. Les sons sont des variations rythmiques de l'air, des ondes que vous touchez avec vos tympans. Les odeurs et les saveurs sont des molécules que vous touchez avec les cellules olfactives de votre nez et les papilles de votre langue. Les couleurs sont des fluctuations des fréquence de la lumière que vous touchez avec votre rétine ; les cônes  et les bâtonnets formant la surface sensible de l'intérieur de vos yeux en sont les récepteurs. L'ouïe est donc une forme de toucher, l'odorat également , idem pour la vue, et ainsi de suite. Vous touchez le monde avec vos sens, et ces sens peuvent être affûtés, ils peuvent être votre sensibilisés au point de faire de vous des animaux parfait à chaque instant de votre vie, complètement réceptifs au monde qui les entoure. Pour aller plus loin encore sur la piste du toucher, il est important que vous compreniez  qu'il n'y a rien d'extrasensoriel ou d'immatériel ; ces adjectifs sont trompeurs, car tout absolument tout ce qui est perçu, est sensoriel. Tout est matière . La seule chose qui change et donne parfois l'impression qu'il existe une "autre réalité", ce sont les fréquences du réel qui sont perçues ; lorsque les médiums utilisent leur sixième sens pour entrer en contact avec l'âme des défunts, ou lorsque les chamanes voyagent dans d'autres mondes et y rencontrent leurs esprits alliés, ils " touchent" une réalité qui est pour eux tout aussi réelle que le monde matériel.  Moi même, la Madrecita, grand esprit de la selva amazonienne, je vis dans cette réalité subtile, et la forêt tropicale humide telle qu'elle apparaît dans le monde " réel", avec ses arbres, ses plantes, ses habitants et sa biodiversité, est l'expression de mes qualités spirituelles sur le plan de la matière densifiée. Je ne suis donc pas immatérielle; en affinant vos sens, vous pouvez parvenir à me sentir vibrer, et je peux même venir vous parler, car tout ce qui vous entoure vous parle et en particulier dans la nature. Mais je vous le dis sans équivoque que vous soyez un homme ou une femme, soyez fier de votre sensibilité: la sensibilité est un garde fou, elle est garante de la non violence parce que les personnes sensibles sont tout bonnement incapables de nuire à autrui; leur sensibilité les en empêche . Leur intuition et leur instinct sont connectés au coeur, et cette connexion leur ouvre la porte d'un monde vibrant en accord avec leur sens en éveil, un monde où le respect de l'autre retrouve sa place au centre des relations. De Divins enfants sauveur de la planète Terre qui savent que vibrer en harmonie avec ce monde est l'une des clés du sauvetage qui se prépare, ils n'ont pas besoin de faire un effort dans ce sens : c'est inscrit en eux. Alors, bien sûr cette sensibilité qui se développe n'apaisera pas la folie humaine, du moins pas à court terme , car plus vous serez sensibles, moins vous supporterez les inéquations de vos modes de vie, de votre manière de consommer le monde, de vous nourrir, de vivre les uns avec les autres. Vous supporterez de moins en moins les musiques dissonantes qui encombrent de leurs harmonies brisées ce paradis terrestre qui vous est promis. Cela explique toutes ces intolérances et allergies qui font leur apparition dans les cultures éloignées de la Terre Mère.  Car bien loin de nouvelles maladies , ces sensibilités du corps vous montrent ce que dorénavant il ne tolère plus. Les personnes "sensibles "que ce soit à des aliments, à des produits chimiques, à des ondes, à des ambiances, à des vibrations spécifiques, telles que celles du stress, de l'injustice, de la culpabilité, ou encore à des émotions délétères telles que le désespoir, la jalousie, la colère ressentent de manière exacerbée; elle ne peuvent plus supporter ce qui est malsain, et étant donné qu'à peu près tout ce qui nous entoure dans ce monde qui s'urbanise en roue libre et s'éloigne au pas de course de la nature sauvage et saturé de mélodies dissonantes, ce sera loin d'être facile. L'horreur du monde vous sera de plus en plus insupportable, et cela vous inspirera à faire mieux, si vous le voulez bien, car vous êtes toujours libres, ne l'oubliez pas, de chercher une manière de vivre et d'être en phase avec cette sensibilité à fleur de peau . La forêt : " les femmes  sont la clé; ce sont elles qui vous sauverons; elles sauverons la planète, et elles sauverons moi la forêt, la mère , la Madrecita . Tout cela vous le savez déjà, votre coeur le sait: vous savez que les femmes sont le futur de l'homme; mais vous êtes encore parfois dur  d'oreille et il faut que vous l'entendiez de ma propre voix, une fois encore, pour que le message passe: respectez les femmes; car ce sont elles qui vous sauverons. Ce sont elles, les messagères de la nature, les gardiennes des mystères, les spécialistes des cycles. Elles sont la création dans la chair, elles maitrisent  la sagesse du corps et de la Terre Mère . Ce que les hommes cherchent à comprendre  avec leurs religions, leurs idéologies, leurs concepts  et leur prétendue Raison, les femmes le savent intuitivement; elles savent tout et c'est l'une des plus grandes impostures de tous les temps que d'en avoir fait des citoyennes de seconde zone. Mais voyez comme certaine de vos langues portent déjà, dans leur structure sémantique , la graine de la ségrégation sexuelle; même vos mots sont biaisés : les femmes fragiles qui doivent être protégées par les mâles de la tribu, les femmes stupides qui ne savent pas penser, les femmes tout juste bonne à faire des enfants et à vivre à l'ombre des hommes, sans oublier celles qu'on peut acheter, posséder, dominer ; et à l'inverse les femmes manipulatrices, tentatrices, perfides, avides tout cela c'est un mensonge qui perdure, même si le grand retour de la femme est en cours depuis quelques décennies déjà. La forêt : "Le viol des femmes, c'est le pendant humain du viol de tout ce qui est naturel sur cette belle planète qui est la Terre. C'est le symbole de toute intrusion, de toute ingérence, de toute explication, de toute manipulation, de toute esclavagisme, de tout manque de respect. Les femmes sont les gardiennes de la nature, de ses mystères et de ces beautés, et le jour où l'homme, le mâle, a cessé de les respecter, le jour où il s'est oublié, faute de clarté, dans ses pulsions dévastatrices, un équilibre a été rompu. cet équilibre était nécessaire et sans lui, sans ce garde fou qui a pour fonction de sceller le pacte de respect mutuel et d'harmonie partagée, une brèche s'est ouverte sur les abysses. Un précédent a été créer, le côté obscur s'est réveillé de son sommeil pourtant nécessaire, le mâle est devenu le mal; par effet domino, comme le poison se répandant dans un organisme sain, le viol et la violence se sont implantés dans le paysage psychique d'Homo sapiens, au point de venir s'inscrire dans les fondements des cultures dominantes et de polluer l'humus dans lequel puisent leurs racines : viol des femmes, viol de la nature, viol de la forêt, viol des ressources, viol des peuples, et ainsi de suite. Mes chers enfants pour que je puisse vous emmener plus profondément encore dans l'obscurité, il faut que vous compreniez que tous ces viols font partie d'un ensemble de phénomènes liées à la question de l'avidité. Ce qui a engendré le côté obscur et a poussé vos hommes au viol sous toute ces formes, c'est l'avidité . Bien sûr , en surface, en ce début de XXe siècle, dans le doux ronronnement du confort matériel, la clarté étouffée par le bruit de fonds des gadgets technologiques, du divertissement du déni de réalité le plus frivole, certains d'entre vous cherchent peut être à se convaincre que " tout va bien " en brandissant l'étendard suspect de cet hypothétique mal nécessaire que nous avons démythifié précédemment. Mais au fond personne n'est dupe : allumez la télévision à l'heure de ce que vous appelez " les informations" ; ou à défaut de TV, une autre boîte lumineuse participant à modeler votre perception de la réalité, et vous verrez l'état du monde . Cet état du monde, c'est l'état de votre arbre ou mieux encore, c'est l'état de la forêt constituée par l'ensemble de vos arbres . Voilà où vous en êtes collectivement, du moins. C'est pour cela que les mauvaises nouvelles vous fascinent tant; voilà pourquoi elles vous touchent: ce sont vos mauvaises nouvelles également . Et peu importe qui,  et peu importe où, car comme vous le savez maintenant , vous êtes toutes et tous issus du même arbre ancestral, le grand arbre généalogique du vivant. Vous faites toutes et tous partie de la même famille, et cette famille, j'en suis la mère, j'ai pour mission d'en prendre soin . Dans leur pureté originelle, les enfants absorbent le brouillard et les souffrances de ceux qui les entourent :les frustrations, les colères, les mensonges, parfois même les violences et les malédictions qui hantent le cercle familial, rien ne leur est épargné. Contrairement aux trois singes qui se voilent la face, ils voient tout, ils entendent tout, ressentent tout, car ils sont pure sensibilité. Car souvenez vous que dans les relations, tout est musique, il y a un chant qu'ils absorbent encore plus profondément que les autres : celui de leur mère.  Le lien à la mère est tellement fusionnel, et cela spécialement durant les premières années de vie, c'est elle qui lui a donné corps, après tout ! Toute cette souffrance accumulée , elles l'ont partagée avec leurs enfants, générations après générations , comme l'on partagerait une ration trop copieuse avec des bouches qui ont faim . Et leurs enfants , c'est vous. Si en tant qu'individu, vous ne vous sentez pas concerné par ce que j'explique, si cela ne vibre pas en vous, prenez mes explications pour un simple exposé. Peu importe que vous considériez tout cela comme de la fiction, comme une histoire que l'on vous raconte; imprégnez vous de l'information et laissez la infuser . Mais si ,  en revanche, vous sentez quelque chose en vous réagir au contenu de cet enseignement, s'il vous émeut, vous met en joie, vous attriste, vous révolte, vous énerve; si vous vous sentez mal à l'aise ou jugé par mes propos, ou, à l'inverse, soulagé, enthousiasmé, c'est le signe que cela touche votre coeur . Vos réactions sont votre propre diagnostic; il suffit de les observer pour savoir " qui vous êtes" et "où vous en  êtes" sur votre chemin. Autrement dit, votre état des lieux, ce sont vos propres émotions qui le font il suffit de les observer. Je vais si vous le voulez bien continuer à me suivre, vous expliquer plus en détail comment développer votre clarté, pour qu'enfin, je puisse retrouver mes enfants: vous. Pour préserver cet espace où tout se joue, il y a six préceptes à respecter, comme autant de sentiers de sagesse à parcourir et à découvrir. Pourquoi six ? Parce qu'il y a six directions qui s'élancent du centre , et que le centre est en lui-même la septième direction. La géométrie nous apprend cela , la gauche, la droite, l'avant , l'arrière, le haut, le bas , les traditions nous apprennent cela, l'est , l'ouest, le nord , le sud, le Ciel, la Terre. Six directions qui entourent la septième le coeur. Voici nommées pour vous, afin qu'elles trouvent leur place dans votre conscience et puisent enlacer votre coeur. La forêt : " Voilà ce que je vous propose, mes chers enfants : six garde -fous, six préceptes élémentaires dont la fonction  conjuguée est de préserver l'espace sacré, cet espace dans lequel peut se développer la clarté : l'humilité, l'intimité, l'intégrité, la sobriété, l'écoute; le respect. Définissez un espace, respectez- y ces six directions, et vous aurez un espace sacré. Cela peut commencer par une table de nuit, puis s'étendre à une pièce, puis à votre foyer. Vous pouvez m'utilisez, moi , la forêt, comme lieu d'apprentissage; tout ce qu'il reste de nature sur notre belle planète Terre est là pour vous apprendre à apprécier la force de préservation de ces six directions. Et une fois que vous parviendrez à les respecter à l'extérieur de vous, dans un espace défini, vous pourrez alors les appliquer à l'espace sacré primordial: votre corps, ce sanctuaire qui n'appartient qu'à vous et enlace votre coeur d'un écrin de chair. Dans les profondeurs, au-delà des apparences et du brouillard, au-delà des illusions de surface, des  jeux d'ombres et de lumières, c'est toujours le contenu du coeur qui est transmis. Le coeur ne ment jamais, il en est incapable. Il est toujours vrai dans ce qu'il exprime : obscur ou lumineux, pur ou impur, c'est sa vérité qui rayonne et enchante le monde. Voilà pour votre compréhension; voilà pour votre compassion.



 

mardi 20 janvier 2026

Sylvain Tesson l éloge de l énergie vagabonde

Je suis venu en Ouzbékistan par avion, avec ma bicyclette dans les bagages. A Paris, à l'aéroport, la compagnie Ouzbek n'acceptait d'embarquer mon vélo qu'empaqueté dans un carton, mais les Ouzbeks n'en fournissaient pas, ils m'ont dirigé vers la compagnie suisse qui possèdent des emballages très réputés mais qui n'a pas le droit de les vendre pour les vols à destination de l'Asie centrale, à Air France le chef d'escale français était injoignable et j'ai dû envelopper mon vélo de sacs plastique, j'avais l'air d'un clochard, hautaine dans leurs tailleurs, les hôtesses me regardaient . Avant d'envoyer le vélo sur le tapis roulant, j'ai protégé le dérailleur avec un exemplaire du Monde à la une duquel se détachait le titre :Nouvelle hausse du prix du pétrole . Sous le ventre du Tupolev de l' Ouzbekistan  Airlines , passe le Kyzylkoum, le désert des sables rouges, coupé par le fleuve Amou-Daria ; les barkhanes dessinent comme des cannelures d'un lapiaz à la surface d'un karst ; c'est à dire pour ne pas sombrer dans le jargon géomorphologique que la peau du désert s'est ouverte de vergetures, sous le Knout des rafales de l'ouest . De l'autre côtés du fleuve, le Turkménistan avec le Karakoum , déserts des sables noirs. Ces deux étendues réunies forment le quatrième plus grand désert du monde . La vodka qu'on m'a servie, descend âprement, j'ai l'impression d'avaler du sable . A travers un hublot, un verre à la main, le désert est angoissant ; j'aime pourtant survoler les déserts parce que les considérables tentatives de l'homme pour y survivre sont invisibles. Je pense à mon vélo dans la soute, avec lui il y a douze ans j'ai fait le tour du monde, depuis je suis attaché à ce clou. Cela m'écœure de me débarrasser des objets, dans la boulimie de production, la modernité créer des produits sans avenir; le capitalisme c'est la réduction de l'intervalle entre le moment où l'on achète un objet et où on le remplace. Quand on méprise, ils s'abîment, il faut alors les jeter en acquérir d'autres et ainsi devient-on un consommateur compulsif , c'est le matérialisme qui gagne une partie engagée au nom de l'indifférence à la matière . Hommes qui n'aimez pas les choses, accordez leur grand soin pour n'en point trop posséder, ni devoir les changer sans cesse ! Les ressources de l'Aral et de la Caspienne sont l'enjeu de hautes luttes entre les nations. Après 1991, date de la chute finale, des réserves immenses de pétrole et de gaz ont été découvertes dans la région . Les mers sont devenues des nappes blanches dressées pour le festin. Autour de la table caspienne, ils sont au moins douze candidats au partage, douze compagnies pétrolières approvisionnent des peuples jamais rassasiés. De nouveaux oléoducs ont gagné du terrain rampant le dos des steppes pour convoyer l'or noir. Un soir, dans un bar un plaisantin russe m'a dit qu'il fallait désormais appeler la région le " pipelinistan" Les pipelines sont là pour organiser l'évasion de la houille; l'Europe a récemment réussi à en tirer quelques uns jusqu'à elle. Ce sont eux que je vais suivre en bicyclette à travers l'Oustiourt vers la côte caspienne. Je gagnerai le Bakou par un de ces ferries qui relie le Kazakhstan à l'Azerbaïdjan. De Bakou, j'irai vers la Turquie par la Géorgie; au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, parcourant le même trajet qu'une lame d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts jusqu'au ventre des tankers de Méditerranée pour que le monde poursuive sa marche folle. Ce voyage m'a été inspirée par ma passion des oléoducs , les tubes m'obsèdent , les pipelines me ravissent, on croirait des intestins de quelques dieu de l'énergie qui se serait fait hara-kiri devant les menaces de la pénurie d'hydrocarbures. Le long de tracé rectilignes les pipes convoient une pâte visqueuse; l'huile coule dans le tube en dur , pareille au sang dans l'artère. Noukous sur le tarmac de l'aérodrome, à huit cent kilomètres au nord ouest de Tachkent et à deux cent kilomètres au sud du rivage de l'Aral, je dépiaute les lambeaux de plastique autour de mon vélo; bonne conseillère la superstition me souffle à l'oreille que j'ai bien fait de partir avec lui , une bicyclette flambant neuve aurait attiré les démons .Dans le crépuscule j'achève de gonfler les pneus, sur le seuil des portes de leurs Zhigulis  (voiture prolétarienne plus petit modèle de Lada existant) deux chauffeurs de taxis se foutent de moi ; "Ou vas tu ?me dit l'un  "Au Kazakhstan , dis je" A vélo ? Ouaip tu voyage à vélo parce que tu n'as pas d'argent ? Niet ! dis l'autre , parce qu'il en a trop . Passez chez le coiffeur est la seule chose qui me retienne à Noukous . Le surlendemain l'épreuve commence , à cinq heures du matin , le 13 mai, je monte sur la selle de mon vélo, à six heures je crève ! à six heures quinze je remonte en selle, à huit heures  je suis crevé ; il fait 40° j'en suis à ma troisième heure de voyage, restent trois mois . A la sortie de Noukous, je franchis l'Amou-Daria , le maigre ruban rose du fleuve n'atteindra pas la mer, épuisé par les pompages. Les ingénieurs agronomes l'ont saigné jusqu'à l'agonie. Les premiers jours je pédale cent trente kilomètres dans la désolation  de la Karakalpakie , cette région autonome de l'Ouzbékistan à été la première victime du pillage de l'Aral par les Soviétiques. Une fois la mer asséchée, des vents de sables se sont levés et ont emporté les terres arables, la mer n'est plus là pour tempérer les ardeurs du ciel ni nourrir les hommes. Des plaques de sel ont recouvert la surface du sol; la terre a la gale . J'aime les terres ex soviétiques, elles m'aimantent , je suis sensible à l'esthétique  de leur déglingue; de village à moitié vide , dégouttant de boue sous un ciel d'acier, appuyé sur les béquilles de pylônes tordus et de piédestaux désertés, peuplé d'ivrognes, de hooligans , de filles qui font la gueule et de vieilles gens nostalgiques de l'Union Soviétique. dans ce décors de désespérance, on ne soupçonne pas que derrière le seuil hostile des bicoques , couvent les braises. Il suffit de souffler à l'heure propice dans la chaudière intérieure des Russes et de leurs anciens colonisés, alors le bouchon des bouteilles et la bonde des coeurs sautent, avec le mauvais cochon et la vodka , des histoires extravagantes sont servies à la table des hôtes. Se mêlent les souvenirs du service militaire à Mourmansk , la traîtrise de Gorbatchev , la fraternité soviétique, la peur éternelle de l'ombre du Kremlin. Au milieu de la mer d'Aral, sur l'ancienne île Nikolaev , les ingénieurs staliniens ont installés une base bactériologique ; ils l'ont appelés Renaissance . Les bacille de l'anthrax et de la peste bubonique y étaient alors cultivés. Ils s'agissaient de préparer la guerre bactériologique. L'île à été évacué en 1991; en 2002 les Américains l'ont nettoyé de tout résidu d'anthrax , juste avant que le reflux des eaux ne la relie au continent. Sur le plateau, a dix kilomètres à l'ouest de Chylaboulak se dresse une plate forme gazière  la tour de forage est rutilante, investissement chinois ! me dit Rafik , maître des lieux qui dirige une équipe de vingt quatre ouvriers Il a une tête magnifique de barbare steppique toutes les dents en or rangées dans une mâchoire carnée et une arcade sourcilière proéminente comme un balcon où se seraient trop penchés les soucis. Cela fait des mois qu'on creuse, on est déjà à trois milles mètres, on n' a rien trouvé! Au sud de l'Oustiourt, ils ont du gaz à moins de deux milles mètres ! Forer, art difficile qui consiste à se trouver au bon endroit ( précisément au dessus du gisement) au bon moment ( des millions d'années après la décomposition des houilles) Rafik nous offre une tournée de vodka dans une des casemates de la base; il ouvre une Tamerlan nous abattons les shots; dans l'ex Union , la chose qui manque le moins c'est une raison de boire . Les efforts que fournissent ces 24 hommes, la dureté de leur condition d'existence, la désolation de leur horizon, la rudesse des rapports humains cela pour que le gaz procure sa petite flamme douillette à dix milles kilomètres de là, dans un foyer bourgeois où pas une âme moelleusement endormie n'aura une pensée pour eux ! Une piste entaille le plateau de l'Oustiourt et longe le chemin de fer construit par les Russes à la fin du XIX siècle pendant la conquête de l'Asie centrale. Le long de la voie ferrée un aqueduc approvisionne les stations de maintenance parallèlement sur la côte nord, un pipeline à quatre tubes convoie le gaz turkmène et ouzbek vers l'Europe via la Russie. Plantés tous les cent mètres, les poteaux d'une ligne électrique; l'eau , le train, le gaz, la piste , le jus: cinq droites parallèles tracées sur l'ancien chemin chamelier qui reliait Astrakhan aux plaine de Khorezm . Les chameaux de la soie souffraient autrefois là où le train siffle. J'ai dix huit litres d'eau accrochés à mon vélo, de quoi tenir entre les postes techniques de la voie ferrée . La steppe est une immensité carcérale. L'horizon barre le passage; entre ces murs ouverts je ne me suis senti aussi vivant. N'est ce pas la" liberté sauvage " que l'explorateur russe Nikolaï Prjevalski partit cueillir un jour dans le ventre du Touran ? Il la poursuivit jusqu'à la mort. Dans la Russie des temps impériaux , les hommes en rupture de ban prenaient la clé des steppes . Révoltés contre les tsar, les Cosaques, les Kalmouks s'y réfugiaient. Les cavaliers mongols surgissaient, s'y évanouissaient. Les Kazakhs y acquirent leur nom d'hommes libres. Venant du néant, rejoignant le vide, les voyageurs solitaires les sillonnèrent . La steppe interdit l'endormissement, j'ai maudit la steppe; sous le soleil, je l'ai haïe . Dans sa stérilité, j'ai séché mes larmes. J'aurais donné mon royaume pour un sapin, un arbre sur lequel m'appuyer, une route qui m'aurait emporter vers la ville. Mais le découragement ne dure pas. Le moindre événement , combat de coléoptères, galopade lointaine, ballet d'un vautour au-dessus d'une carcasse, abolit l'angoisse. J'ai aimé l'humanité lors de longues journées passées sans voir âme qui vive. J'ai compris pourquoi les cavaliers hunniques ont fait du ciel un dieu. La steppe, tapis de mes prières, manteau de mes nuits. Dans ce chaudron sont sorties les tribus nomades. Les clans sont devenus des hordes puis des peuples. Chacun dans le sillage de ses troupeaux, la steppe , matrice des civilisations d'Eurasie. Les géopoliticiens la placent au centre des équilibres du continent, au milieu des empires. Sur sa paume, les peuples se sont livrés bataille. Chinois contre Mongols, Russes contre Ouzbeks, Arabes contre Perses, Turks contre tous. Les caravanes y ont circulé, sur le dos des chameaux, les marchands transportaient la soie, l'argent, les armes. Aujourd'hui, le pétrole suit les mêmes routes. Sous les ciels délavés, les veines d'acier des oléoducs convoient le sang de la modernité. On voyage dans la steppe, on se croit aux confins du monde mais on en est au coeur; on se perds, là ou tout se joue; il n'y a personne mais c'est l'humanité entière qui s'approvisionne ici. Le vent contraire ni la chaleur ne faiblissent; j'avance pris en étau entre la mâchoire du ciel et celle de la piste . même l'observation du paysage ne m'est d'aucun recours; je passe les journées dans le coffre-fort de mes pensées . L'ouest du Kazakhstan est un glacis stérile, vide d'âmes humaines. Je mets trois jours à gagner le village de Shepte , la piste est bien meilleure qu'en Ouzbékistan , au sud de Beyneu j'ai même eu quarante kilomètres de goudron. Je ne vois pas de yourtes, l'œuf nomade de feutre, dont le dôme blanc piquetait autrefois la steppe  a disparu. La seule yourte croisée au cours de ces journées se trouve à demeure dans la cour d'un kolkhoze , à quelques kilomètres au sud de Beyneu. Une yourte moule, rivée à un rocher; tristes gravats d'un monde écroulé; j'y passe la nuit avec les aïeux de la famille qui n'accepteraient jamais de quitter le cercle magique pour les quatre murs d'une maison. Au-delà de Shepte, la piste traverse les champs pétroliers de Zhétibay et de Novoï Uzgen mise en service au temps des Soviétiques. Sur un carré de cinq kilomètres de long, s'élèvent des derricks , des antennes, une forêt de pylônes ; animant d'un mouvement perpétuel cette herse de banderilles, des centaines de " têtes de cheval" pompent sans repos. Elles maintiennent la pression dans les vieux gisements et permettent de stabiliser le rendement ; elles sont le métronome de l'épuisement des ressources, le balancier de l'horloge qui décompterait le temps avant la pénurie. Au pieds des tours de forage, des ouvriers couvert de brut dorment déjà à même le sol, certains vivent dans des roulottes à l'ombre des puits, je traverse le champ et essaie d'accorder le mouvement de mon pédalier aux succions des pompes. Ma flèche dans la cible, je suis dans le pub irlandais d'Aktau , j'y passe une nuit à vider les pintes dont j'ai sué les acomptes dans la steppe, des employés anglo saxons de compagnies pétrolières , des Nouveaux Russes et des Nouveaux Kazakhs (on les appelle les Kasanovas" regardent la coupe du monde de foot; un Russe m'avise " Russki ? dit-il Non Français dis je Tu as l'air Russe, Merci , c'est un compliment Tu n'es pas difficile . Personne ne quitte le pub après le match , comme dans un tripot décrit par l'explorateur allemand Jean Georges Gmélin à la fin du XVIII dans son voyage en Sibérie: On brasse aussi quelquefois de la bière et dès qu'elle est faite, quant elle n'aurait reposé qu'une demi-journée , il n'y a plus moyen de fermer le cabaret que tout ne soit bu . La ville fut construite dans les années soixante, elle jaillit de la steppe ex nihilo . On avait découvert des mines d'uranium dans la région et Aktau servit à loger les ingénieurs, les ouvriers et leurs familles. La cité du bout des steppes connaît aujourd'hui une seconde jeunesse grâce au pétrole caspien. L'huile des gisements de Tengiz traverse l'Oustiourt  par les oléoducs. Elle atteint Aktau où l'on la charge sur les tankers à destination de Bakou. La deuxième chose qui jaillit après le pétrole c'est le fric. L'un met des millions de siècles à s'accumuler dans le silence du laboratoire de la géologie; l'autre coule entre les doigts bagués des nouveaux riches, impuissants à réfréner leur soif de jouissance. A Fort Chevtchenko , dans une datcha du XIX aux volets vert, Ruslan , le chef d'une famille kazakhe, m'invite à déjeuner. Il fait 45°; je rêve à un melon frais avec un vin du Ventoux frais , on me sert des tripes de poulain et de la vodka chaude, on porte un toast, même le grand père, pieux hadj à barbe blanche, lève son verre A toi Français ! Mais Allah dis je. Il déteste l'alcool , il ferme les yeux quand on en boit .Dans le laboratoire des steppes de l'Asie centrale, les Russes ont réussi à dissoudre l'Islam dans la vodka . Si tu veux en savoir plus sur le gisement de Kashagan , tu dois aller à Atyrau , c'est la capitale du pétrole kazakh ! A vol d'oiseau, la ville d'Atyrau  n'est situé qu'à trois cents kilomètres d'Aktau . Mais il faut quarante huit heures pour l'atteindre car la route contourne le vaste golfe du nord-est de la Caspienne. En 1991, après l'effondrement du Soyouz, la Caspienne devint le centre d'enjeux nouveaux. Un élément bouleversait la distribution des cartes, la pénurie des ressources se profilait. Jusqu'aux années 1990, le grand public n'avait jamais entendu parler du oil peak . L'expression est pourtant ancienne, élaborée en 1956 par King Hubbert , ingénieur qui pressentait qu'on ne pouvait point sucer impunément le sang d'un organisme: un jour la source se tarit. Le oil peak définit ce point de non-retour au-delà  duquel les hommes consomment davantage de pétrole qu'ils n'en découvrent. Au cours des trois dernières décennies, la consommation planétaire à explosé. La Chine s'est éveillée, à la même période, les Indiens sont sortis du sommeil shivaïte, les Américains consomment 25% du pétrole produit chaque année sur terre, alors qu'ils ne représentent que 5% de la population planétaire. Mais leur économie a continué a contribué à 60% à la croissance mondiale entre 1993 et 2003. Selon les experts l'augmentation à la demande annuelle mondiale va se chiffrer à 150 millions de tonnes chaque années (120 millions de baril en 2030) Par exemple si la Chine maintient sa croissance elle consommera autant que les USA. Les plus pessimistes des experts prévoient un oil peak (date du déclin de la production, pour 2010) Les perspectives plus optimistes ( Agence internationale de l'énergie) ne situent que oil peak qu'à l'orée de 2030-2050. Les Majors pétrolières sont des monstres financiers qui mettent leur savoir-faire au service d'un Etat riche en ressources. Elles s'allient en consortiums et signent avec les gouvernements un contrat d'exploitation. Pour chaque baril extrait, une part de bénéfice est réservée au pays. Le reste est exporté dans des tubes d'acier, eux-mêmes propriété des Majors. Les Américains ont obtenu l'exploitation d'une bonne part du gisement terrestre de Tengiz que vous avez traversé pour venir ici depuis Aktau . Les Chinois sont présents dans les champs du sud. Quant au gisement de Kashagan, tout le monde est à sa porte: les Japonais, les Français, les Anglais, les Norvégiens et les Italiens d'Agip bien entendu l'opérateur de l'exploitation. Un seul bateau par semaine relie Aktau à Bakou. Pour l'Occident, ce pipe est une arme . Lorsqu'il marchera à pleine machine, le tube charriera quatre vingt millions de barils de brut par jour. Il contourne la Russie, ignore les réseaux de pipelines russes déjà en place entre Bakou et le port de Novorossirsk sur les côtes de la mer Noire. Il empêche la fuite des réserves du Sud caspien  vers les marché chinois ou iranien. Il affermit la position des Américains sur la bordure nord de l'Iran. Il conforte la Turquie dans son désir de devenir le pourvoyeur d'énergie de l'Europe. Le Bakou Tbilissi- Ceyhan flanque un coup de sabre dans l'ancien équilibre caucasien . Mais pas d'affolement, nous sommes des commerçants, notre rôle est de vendre du pétrole. Il y avait une offre dans la Caspienne, il y avait une demande à l'Ouest. Nous n'avons fait qu'un raccord en acier entre l'offre et la demande. Et les Russes ?Ils ont été évincés! Notre objectif est le business, nous vendons du pétrole, il s'agit de marchés obtenus par des contrats, pas d'une continuation de la guerre froide par d'autres moyens ! Les Russes ont assez à faire avec leurs pipelines au nord du Caucase. A Bakou , je me souviens d'avoir patiemment écouté une jeune artiste stigmatiser les Majors . Les Majors , disait elle, c'est le mal absolu. Le profit pétrolier entretient les inégalités sur la planète, maintient les peuples dans l'esclavage. Les compagnies sont responsables de la misère des pays dans lesquels elles prospèrent. Leur opulence ne provient pas de leur activité mais du pillage. Et le nouveau prolétariat de l'or noir privé d'espoirs se traîne sous les ciels réchauffés par les émissions de gaz à effet de serre. Ces incantations tirent leur vigueur de trois origines. L'une s'appuie sur le caractère violateur du forage. Symboliquement, il est facile de voir le pétrolier comme un prédateur, frère de race de l'anophèle; il suce le sang du monde. La colonne du derrick perce la croûte terrestre tel un le poinçon du mâle de la punaise forant la carapace femelle pour lâcher sa giclure. Un été, sur les bords du lac Baïkal , un chaman de Sibérie me disait que la Terre devait souffrir de ces vrilles qui trouaient sa surface. Que dirions nous de pareils outrages infligés à nos dermes ? Le pétrole est noir, sale, inflammable, indélébile, il incarne un matériau funeste : un résidu de transmutation au fond de l'athanor. Il brûle comme le sang de Satan, il pue le souffre ; les alchimistes des grandes compagnies auraient enfin accompli le fantasme des ordres hermétiques. Au lieu de changer le plomb en or, ils transforment le brut en dollars; tout ce qui vient de cette pâte honteuse ne peut-être que mauvais. Les guerres, les tensions, les corruptions qu'il suscite sont les preuves de l'énergie obscure qu'il dégage. La ville de Karamanhmaras dévale le talus d'une colline , j'abandonne ma bicyclette dans un hôtel et poursuis ma route à pied; Ceylan n'est plus qu'à deux cent kilomètres et je désire arriver en marchand au bord de la mer. La vallée qui borde la ville a été inondée il y a quelques années ; les routes qui figurent sur mes cartes n'existent plus . Bivouac morose sur le rivage, en face d'un village, le lendemain je contourne le lac par le sud , je marche à travers les chaumes. Deuxième bivouac au bord du lac après cinquante kilomètres de marche , je dors sous des pins d'Alep ; je rejoindrai le Bakou-Tblissi-Ceyhan quitté il y a plus d'une semaine en traversant le massif qui borde le flanc septentrional du lac . Mais les gardes armés qui contrôlent l'accès au barrage me barrent la route. Je traverse le tablier du barrage escorté par un garde en armes. Pendant trois jours, je relie des villages heureux d'êtres accrochés au balcon des forêts, je m'abreuve aux sources ; sur le seuil des maisons on me tend des verres d'ayran, lait fermenté qui rafraîchit le corps. Hélas, il y a toujours , flottant au-dessus de la légèreté de ces journées vagabondes, une ombre mauvaise : l'insulte faite aux femmes dans les fermes où l'on m'accueille : cette manière de leur demander le thé comme je ne réclamerais pas le journal à mon chien, cette façon de tendre les restes d'une assiette de raisin aux fillettes comme je n'oserais déposer le picotin d'avoine au pied de mon cheval
Il est singulier et rebutant d'entendre quelqu'un qui est né d'une femme, et a été nourri de ses sucs, salir et mépriser sa mère en lui déniant tout, hormis la luxure, et en la rabaissant au niveau d'un animal stupide. A vingt kilomètres, la clarté du ciel annonce la mer , a la sortie du village de Demirtas, deux chiens m'attaquent, j'évite la morsure du plus gros en sautant dans le fossé. Mes lunettes se cassent dans la chute , l'un des chiens dévale le talus, par une pente praticable quelques mètres plus loin, mon hurlement le tient en respect; l'autre chien le plus gros, se porte à moi, crocs en dehors, je lui fais face et vide le contenu de la bombe au poivre que je tiens fixée à la bretelle de mon sac, le dogue s'enfuit en hurlant. J'abats pitoyablement ces derniers kilomètres, boitillant de la jambe, le cul crotté et les lunettes cassées ruminant ma détestation des chiens. Le village de Yumurtalik est connu pour sa plage, on y vient se baigner des confins de la Turquie. Les femmes nagent tout habillées, les hommes en slip de bain . Soucieux de fixer cet instant dans ma mémoire je foule lentement le sable . La fin d'un voyage, cette petite mort , sans même enlever mes chaussures, je m'enfonce dans l'eau, à mi-cuisses, sac au dos, chapeau sur la tête; je suis un peu étourdi d'en avoir fini avec le ruban des pistes. Je repense à l'Aral, salue la Caspienne en pensée et jouis de la caresse de la Méditerranée. J'ai relié les trois mers et chacune des heures occupées à forcer les kilomètres prend un sens nouveau maintenant que je tiens ici, à mon point d'arrivée vers lequel convergeaient le faisceau d'énergie et la cascade d'actions mises en œuvre pour y arriver.