La forêt amazonienne, joyau arborescent de la planète Terre, celle qui fait respirer le monde, luxuriante de peuples et de biodiversités, emplie de mythes fondateurs, nimbées de mystères et de magie naturelle, qui n'a t'elle jamais fait rêver ? En parcourant les pages d'un roman ou d'un ouvrage photographique à la simple évocation de son nom " Amazonie" à ressentir sa présence pétrie d'une force et d'une lumière qui ne cessent d'enchanter le monde ? Y a t'il seulement un coeur qu'elle n'ait jamais touché par sa beauté, ému par sa fragilité, inspiré par sa majesté ? Et pourtant , elle est en train d'être mise à mort, nous savons pertinemment que la grande forêt tropicale humide et qui est au coeur des cycles et des synergies de la Terre-Mère est en train d'être coupée à blanc afin d'y implanter des déserts d'exploitations voulu par le dieu de la consommation toute puissante et sa complice de toujours la tronçonneuse. Je me suis rendu en Amazonie péruvienne au début de l'année 2016, accompagné d'Angéline , ma compagne elle connaissait déjà certaines régions de Haute Amazonie pour y avoir vécu dans plusieurs communauté indigènes. Je l'avais à maintes reprises écoutées attentivement me narrer ses péripéties sylvestres, accompagnée de ses amis autochtones dans toute leur prodigieuse diversité. Son enthousiasme à me décrire la vie quotidienne dans la grande forêt était on ne plus communicatif , ce qui avait bien évidement attiser mon envie d'aller voir sur place. Elle avait également ramené un nombre considérables de dessins, esquisses et croquis de plantes, comme autant d'impressions végétales puisées dans l'inestimable trésors de vie que renferme ce haut lieu mondial de biodiversité. Et pour couronner cette démarche combinant savoir faire, création artistique et spiritualité, elle s'était liée d'amitié avec certains personnages clé du chamanisme amazonien , parmi lesquels le fameux peintre Pablo Amaringo (1938 2009) chef de file de tout un courant d'art visionnaire. nous possédons un collier qu'Angéline a reçu de " Don Pablito" peu de temps avant sa mort. pour donner corps à notre voyage et nous rapprocher du coeur du sanctuaire que représente le bassin amazonien, nous sommes partis dans l'idée de faire une retraite en pleine forêt isolés du reste du monde dans le cadre d'une dieta autrement dit, une "diète" de ce que l'on, appelle là bas la medicina . Ce terme la médecine est utilisé spécifiquement par les indigènes et métis d'Amazonie qui considèrent la forêt elle même comme tant la plus puissante de toutes les médecines. Elle est la Madre, la mère; c'est elle qui apaise, soigne, réconforte et guérit. La dieta définit le contexte l'isolation dans la nature, les restrictions comportementales et alimentaires, les plantes médicinales et visionnaires. Le premier soir de notre séjour sylvestre, alors que nous venions à peine de nous installer sur le lieu qui nous accueillait , Angéline dans son tambo (hutte d'isolation traditionnelle situé en pleine nature ) surplombant la canopée et moi dans ma chambre au confort spartiate nous avons été invités par deux guérisseurs , des chamanes à prendre part à une première session d'icaros ( chant de guérison inspirés par les esprits de la forêt) C'est en chantant dans les langues vernaculaires, en quechua , parfois même en espagnol, que les guérisseurs amazoniens accomplissent leur travail . Les icaros structurent les cérémonies nocturnes et leur donnent leurs inflexions, leurs couleurs, leur profondeur. Bien entendu, selon leurs peuples selon les langues et les affluents du grand fleuve Amazonas, les chamanes portent des noms différents pajé , muraya , yachak, uwishin, etc. , et sont rarement appelés " chamanes" ce mot ayant été importé du Vieux Continent. Le mot curandero " guérisseur" est également très utilisé. Nous étions donc là, quelque part dans la grande forêt bercée par les chants et tout à commencée "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur "voilà la toute première phrase de l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne, je l'ai reçu lors des premiers instants de la cérémonie d'ouverture, peu après que la Madre s'est présenté à moi . Avec sa toute première phrase la forêt a éclairé ma lanterne, elle m'a expliqué la source du problème. Le Problème avec un grand "P" dans l'idée qu'avant de pouvoir créer un monde meilleur, il va falloir que nous autres les êtres humains oui nous, les individus constituant l'espèce humains oui nous, les individus constituant l'espèce qui se veut " dominante" sur cette belle planète comprenions ce qui nous en empêche . Alors pourquoi tant de problèmes de destructions, de chaos ? Pourquoi malgré toute la beauté et la sagesse dont nous sommes capables, pourquoi, malgré toute ces bonnes intentions, y a t'il cette soif en nous, cette appétit pour la destruction? La première phrase de la forêt renferme tout ce qu'il y a à saisir afin de comprendre l'état du monde; elle est la réponse à la question de la cause première du Problème avec un grand "P" "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur ". Je m'attendais au pire comme au meilleur en venant ici dans cette jungle chamanique d'Amazonie à la réputation parfois sulfureuse, car tiraillée entre le monde crépusculaire d'hier et celui plein de questions en suspens de demain. Mais ce que j'ai reçu lors de cette première session d'icaros, ce fut le meilleur uniquement, comme si la Mère Forêt me souhaitait la bienvenue à bras ouvert. Dans mon coeur, c'était la grande fête des retrouvailles, tout était synchrone : les chants des chamanes, leurs intentions, leur concentration, leur travail. Il y avait une sorte de perfection dans leur manière d'aborder la cérémonie, une perfection qui m'a fait du bien. La forêt : " Mes chers enfants, voici l'un des derniers chapitres de cette première nuit de cérémonie, dite "de la famille " Il s'intitule " La clarté" est directement liée au coeur pur , elle en est la résultante; sans coeur pur, pas de clarté. Ce qui est en jeu ici, ce sont vos intentions; je vous invite à apprendre à discerner d'où elles proviennent , de quelle partie de votre coeur elles sont issues. Car souvenez vous en , le coeur est au centre de tout, et c'est lui, et lui seul, qui génère les intentions. Il se situe en amont de la raison, des valeurs morales, des désirs, des actions, il en à la source. Bien évidement , un coeur pur génèrera des intentions pures, vivre en harmonie, avancer vers plus d'amour, de conscience, de force, de lumière, alors qu'un coeur blessé, souillé, pollué, génèrera des intentions qui seront déviées par ses propres impuretés; la peur et les avidités, en cheffes de files désignées de ce qui dévoie les élans du coeur, engendreront les émotions délétères, les dépendances, les schémas de comportement destructeurs pour soi même, les autres et la Terre-Mère .Pourtant au départ, les intentions du coeur sont pures, car au départ, à la source, le coeur n'est que pureté, comme vous le savez maintenant; mais en passant à travers les couches d'immondices qui parfois l'encerclent et l'emprisonnent, son faisceau de lumière sera dévié, corrompu, distordu, fragmenté. Voilà enfin l'heure de la réconciliation de votre être tout entier avec ce premier esprit allié de la clarté qu'est la sensibilité, un esprit allié sans lequel le coeur reste tragiquement aveugle. Car pour déchirer le voile de l'illusion, pour sortir de maya , du mitote, du brouillard qui vous empêche de voir, vous devez affûter votre toucher, pour qu'à sa suite, tous vos sens s'épanouissent de concert, dans une même éclosion. Cette première étape sera nécessaire, vous ne pourrez pas l'éviter : dans l'intention de cheminer en conscience, vous devez, développer votre toucher, vos sens, votre sensibilité. Regardez les animaux : ils ne doutent pas, ils savent exactement ce qu'ils font, ils sont parfait à chaque instant de leur vie, quoi qu'ils fassent. Qu'ils se nourrissent, qu'ils paradent, qu'ils se déplacent, qu'ils élèvent leurs petits, ils sont parfaits et cette perfection est la conséquence directe de leur sensibilité, qui est complètement réceptive au monde qui les entoure. Ils sont focalisés sur les informations que leurs organes leur transmettent, dans une connexion sensorielle de chaque instant qui force l'admiration. Les animaux sont parmi vos plus grands enseignants et je vous invite à devenir comme eux, des maîtres de sensibilité. Cette connexion au réel se fait par les sens, et même si dans certaines de vos cultures humaines, vous êtes venus à penser qu'il faut se méfier des sens, qu'il vaut mieux s'en détacher parce qu'ils mentent; ou encore, qu'il est plus judicieux de développer les capacités supposément supérieures de l'être telles que l'intellect, la Raison, ou encore la transcendance, sachez que ces dernières sont toutes, chacune sur les fréquences qui lui sont propres, une manifestation du sens premier: le toucher. Sans toucher, pas d'intellect bien aiguisé, pas de Raison lumineuse, par de transcendance divine . La connexion à " ce qui est " et donc à la vérité sous sa forme la plus naturelle et authentique , est dans le toucher. Les sons sont des variations rythmiques de l'air, des ondes que vous touchez avec vos tympans. Les odeurs et les saveurs sont des molécules que vous touchez avec les cellules olfactives de votre nez et les papilles de votre langue. Les couleurs sont des fluctuations des fréquence de la lumière que vous touchez avec votre rétine ; les cônes et les bâtonnets formant la surface sensible de l'intérieur de vos yeux en sont les récepteurs. L'ouïe est donc une forme de toucher, l'odorat également , idem pour la vue, et ainsi de suite. Vous touchez le monde avec vos sens, et ces sens peuvent être affûtés, ils peuvent être votre sensibilisés au point de faire de vous des animaux parfait à chaque instant de votre vie, complètement réceptifs au monde qui les entoure. Pour aller plus loin encore sur la piste du toucher, il est important que vous compreniez qu'il n'y a rien d'extrasensoriel ou d'immatériel ; ces adjectifs sont trompeurs, car tout absolument tout ce qui est perçu, est sensoriel. Tout est matière . La seule chose qui change et donne parfois l'impression qu'il existe une "autre réalité", ce sont les fréquences du réel qui sont perçues ; lorsque les médiums utilisent leur sixième sens pour entrer en contact avec l'âme des défunts, ou lorsque les chamanes voyagent dans d'autres mondes et y rencontrent leurs esprits alliés, ils " touchent" une réalité qui est pour eux tout aussi réelle que le monde matériel. Moi même, la Madrecita, grand esprit de la selva amazonienne, je vis dans cette réalité subtile, et la forêt tropicale humide telle qu'elle apparaît dans le monde " réel", avec ses arbres, ses plantes, ses habitants et sa biodiversité, est l'expression de mes qualités spirituelles sur le plan de la matière densifiée. Je ne suis donc pas immatérielle; en affinant vos sens, vous pouvez parvenir à me sentir vibrer, et je peux même venir vous parler, car tout ce qui vous entoure vous parle et en particulier dans la nature. Mais je vous le dis sans équivoque que vous soyez un homme ou une femme, soyez fier de votre sensibilité: la sensibilité est un garde fou, elle est garante de la non violence parce que les personnes sensibles sont tout bonnement incapables de nuire à autrui; leur sensibilité les en empêche . Leur intuition et leur instinct sont connectés au coeur, et cette connexion leur ouvre la porte d'un monde vibrant en accord avec leur sens en éveil, un monde où le respect de l'autre retrouve sa place au centre des relations. De Divins enfants sauveur de la planète Terre qui savent que vibrer en harmonie avec ce monde est l'une des clés du sauvetage qui se prépare, ils n'ont pas besoin de faire un effort dans ce sens : c'est inscrit en eux. Alors, bien sûr cette sensibilité qui se développe n'apaisera pas la folie humaine, du moins pas à court terme , car plus vous serez sensibles, moins vous supporterez les inéquations de vos modes de vie, de votre manière de consommer le monde, de vous nourrir, de vivre les uns avec les autres. Vous supporterez de moins en moins les musiques dissonantes qui encombrent de leurs harmonies brisées ce paradis terrestre qui vous est promis. Cela explique toutes ces intolérances et allergies qui font leur apparition dans les cultures éloignées de la Terre Mère. Car bien loin de nouvelles maladies , ces sensibilités du corps vous montrent ce que dorénavant il ne tolère plus. Les personnes "sensibles "que ce soit à des aliments, à des produits chimiques, à des ondes, à des ambiances, à des vibrations spécifiques, telles que celles du stress, de l'injustice, de la culpabilité, ou encore à des émotions délétères telles que le désespoir, la jalousie, la colère ressentent de manière exacerbée; elle ne peuvent plus supporter ce qui est malsain, et étant donné qu'à peu près tout ce qui nous entoure dans ce monde qui s'urbanise en roue libre et s'éloigne au pas de course de la nature sauvage et saturé de mélodies dissonantes, ce sera loin d'être facile. L'horreur du monde vous sera de plus en plus insupportable, et cela vous inspirera à faire mieux, si vous le voulez bien, car vous êtes toujours libres, ne l'oubliez pas, de chercher une manière de vivre et d'être en phase avec cette sensibilité à fleur de peau . La forêt : " les femmes sont la clé; ce sont elles qui vous sauverons; elles sauverons la planète, et elles sauverons moi la forêt, la mère , la Madrecita . Tout cela vous le savez déjà, votre coeur le sait: vous savez que les femmes sont le futur de l'homme; mais vous êtes encore parfois dur d'oreille et il faut que vous l'entendiez de ma propre voix, une fois encore, pour que le message passe: respectez les femmes; car ce sont elles qui vous sauverons. Ce sont elles, les messagères de la nature, les gardiennes des mystères, les spécialistes des cycles. Elles sont la création dans la chair, elles maitrisent la sagesse du corps et de la Terre Mère . Ce que les hommes cherchent à comprendre avec leurs religions, leurs idéologies, leurs concepts et leur prétendue Raison, les femmes le savent intuitivement; elles savent tout et c'est l'une des plus grandes impostures de tous les temps que d'en avoir fait des citoyennes de seconde zone. Mais voyez comme certaine de vos langues portent déjà, dans leur structure sémantique , la graine de la ségrégation sexuelle; même vos mots sont biaisés : les femmes fragiles qui doivent être protégées par les mâles de la tribu, les femmes stupides qui ne savent pas penser, les femmes tout juste bonne à faire des enfants et à vivre à l'ombre des hommes, sans oublier celles qu'on peut acheter, posséder, dominer ; et à l'inverse les femmes manipulatrices, tentatrices, perfides, avides tout cela c'est un mensonge qui perdure, même si le grand retour de la femme est en cours depuis quelques décennies déjà. La forêt : "Le viol des femmes, c'est le pendant humain du viol de tout ce qui est naturel sur cette belle planète qui est la Terre. C'est le symbole de toute intrusion, de toute ingérence, de toute explication, de toute manipulation, de toute esclavagisme, de tout manque de respect. Les femmes sont les gardiennes de la nature, de ses mystères et de ces beautés, et le jour où l'homme, le mâle, a cessé de les respecter, le jour où il s'est oublié, faute de clarté, dans ses pulsions dévastatrices, un équilibre a été rompu. cet équilibre était nécessaire et sans lui, sans ce garde fou qui a pour fonction de sceller le pacte de respect mutuel et d'harmonie partagée, une brèche s'est ouverte sur les abysses. Un précédent a été créer, le côté obscur s'est réveillé de son sommeil pourtant nécessaire, le mâle est devenu le mal; par effet domino, comme le poison se répandant dans un organisme sain, le viol et la violence se sont implantés dans le paysage psychique d'Homo sapiens, au point de venir s'inscrire dans les fondements des cultures dominantes et de polluer l'humus dans lequel puisent leurs racines : viol des femmes, viol de la nature, viol de la forêt, viol des ressources, viol des peuples, et ainsi de suite. Mes chers enfants pour que je puisse vous emmener plus profondément encore dans l'obscurité, il faut que vous compreniez que tous ces viols font partie d'un ensemble de phénomènes liées à la question de l'avidité. Ce qui a engendré le côté obscur et a poussé vos hommes au viol sous toute ces formes, c'est l'avidité . Bien sûr , en surface, en ce début de XXe siècle, dans le doux ronronnement du confort matériel, la clarté étouffée par le bruit de fonds des gadgets technologiques, du divertissement du déni de réalité le plus frivole, certains d'entre vous cherchent peut être à se convaincre que " tout va bien " en brandissant l'étendard suspect de cet hypothétique mal nécessaire que nous avons démythifié précédemment. Mais au fond personne n'est dupe : allumez la télévision à l'heure de ce que vous appelez " les informations" ; ou à défaut de TV, une autre boîte lumineuse participant à modeler votre perception de la réalité, et vous verrez l'état du monde . Cet état du monde, c'est l'état de votre arbre ou mieux encore, c'est l'état de la forêt constituée par l'ensemble de vos arbres . Voilà où vous en êtes collectivement, du moins. C'est pour cela que les mauvaises nouvelles vous fascinent tant; voilà pourquoi elles vous touchent: ce sont vos mauvaises nouvelles également . Et peu importe qui, et peu importe où, car comme vous le savez maintenant , vous êtes toutes et tous issus du même arbre ancestral, le grand arbre généalogique du vivant. Vous faites toutes et tous partie de la même famille, et cette famille, j'en suis la mère, j'ai pour mission d'en prendre soin . Dans leur pureté originelle, les enfants absorbent le brouillard et les souffrances de ceux qui les entourent :les frustrations, les colères, les mensonges, parfois même les violences et les malédictions qui hantent le cercle familial, rien ne leur est épargné. Contrairement aux trois singes qui se voilent la face, ils voient tout, ils entendent tout, ressentent tout, car ils sont pure sensibilité. Car souvenez vous que dans les relations, tout est musique, il y a un chant qu'ils absorbent encore plus profondément que les autres : celui de leur mère. Le lien à la mère est tellement fusionnel, et cela spécialement durant les premières années de vie, c'est elle qui lui a donné corps, après tout ! Toute cette souffrance accumulée , elles l'ont partagée avec leurs enfants, générations après générations , comme l'on partagerait une ration trop copieuse avec des bouches qui ont faim . Et leurs enfants , c'est vous. Si en tant qu'individu, vous ne vous sentez pas concerné par ce que j'explique, si cela ne vibre pas en vous, prenez mes explications pour un simple exposé. Peu importe que vous considériez tout cela comme de la fiction, comme une histoire que l'on vous raconte; imprégnez vous de l'information et laissez la infuser . Mais si , en revanche, vous sentez quelque chose en vous réagir au contenu de cet enseignement, s'il vous émeut, vous met en joie, vous attriste, vous révolte, vous énerve; si vous vous sentez mal à l'aise ou jugé par mes propos, ou, à l'inverse, soulagé, enthousiasmé, c'est le signe que cela touche votre coeur . Vos réactions sont votre propre diagnostic; il suffit de les observer pour savoir " qui vous êtes" et "où vous en êtes" sur votre chemin. Autrement dit, votre état des lieux, ce sont vos propres émotions qui le font il suffit de les observer. Je vais si vous le voulez bien continuer à me suivre, vous expliquer plus en détail comment développer votre clarté, pour qu'enfin, je puisse retrouver mes enfants: vous. Pour préserver cet espace où tout se joue, il y a six préceptes à respecter, comme autant de sentiers de sagesse à parcourir et à découvrir. Pourquoi six ? Parce qu'il y a six directions qui s'élancent du centre , et que le centre est en lui-même la septième direction. La géométrie nous apprend cela , la gauche, la droite, l'avant , l'arrière, le haut, le bas , les traditions nous apprennent cela, l'est , l'ouest, le nord , le sud, le Ciel, la Terre. Six directions qui entourent la septième le coeur. Voici nommées pour vous, afin qu'elles trouvent leur place dans votre conscience et puisent enlacer votre coeur. La forêt : " Voilà ce que je vous propose, mes chers enfants : six garde -fous, six préceptes élémentaires dont la fonction conjuguée est de préserver l'espace sacré, cet espace dans lequel peut se développer la clarté : l'humilité, l'intimité, l'intégrité, la sobriété, l'écoute; le respect. Définissez un espace, respectez- y ces six directions, et vous aurez un espace sacré. Cela peut commencer par une table de nuit, puis s'étendre à une pièce, puis à votre foyer. Vous pouvez m'utilisez, moi , la forêt, comme lieu d'apprentissage; tout ce qu'il reste de nature sur notre belle planète Terre est là pour vous apprendre à apprécier la force de préservation de ces six directions. Et une fois que vous parviendrez à les respecter à l'extérieur de vous, dans un espace défini, vous pourrez alors les appliquer à l'espace sacré primordial: votre corps, ce sanctuaire qui n'appartient qu'à vous et enlace votre coeur d'un écrin de chair. Dans les profondeurs, au-delà des apparences et du brouillard, au-delà des illusions de surface, des jeux d'ombres et de lumières, c'est toujours le contenu du coeur qui est transmis. Le coeur ne ment jamais, il en est incapable. Il est toujours vrai dans ce qu'il exprime : obscur ou lumineux, pur ou impur, c'est sa vérité qui rayonne et enchante le monde. Voilà pour votre compréhension; voilà pour votre compassion.
Le Carnet de mes Lectures
Un livre est un ami qui ne trompe jamais (Des Barreaux).
dimanche 17 mai 2026
Mère l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne de Laurent Huguelit
La forêt amazonienne, joyau arborescent de la planète Terre, celle qui fait respirer le monde, luxuriante de peuples et de biodiversités, emplie de mythes fondateurs, nimbées de mystères et de magie naturelle, qui n'a t'elle jamais fait rêver ? En parcourant les pages d'un roman ou d'un ouvrage photographique à la simple évocation de son nom " Amazonie" à ressentir sa présence pétrie d'une force et d'une lumière qui ne cessent d'enchanter le monde ? Y a t'il seulement un coeur qu'elle n'ait jamais touché par sa beauté, ému par sa fragilité, inspiré par sa majesté ? Et pourtant , elle est en train d'être mise à mort, nous savons pertinemment que la grande forêt tropicale humide et qui est au coeur des cycles et des synergies de la Terre-Mère est en train d'être coupée à blanc afin d'y implanter des déserts d'exploitations voulu par le dieu de la consommation toute puissante et sa complice de toujours la tronçonneuse. Je me suis rendu en Amazonie péruvienne au début de l'année 2016, accompagné d'Angéline , ma compagne elle connaissait déjà certaines régions de Haute Amazonie pour y avoir vécu dans plusieurs communauté indigènes. Je l'avais à maintes reprises écoutées attentivement me narrer ses péripéties sylvestres, accompagnée de ses amis autochtones dans toute leur prodigieuse diversité. Son enthousiasme à me décrire la vie quotidienne dans la grande forêt était on ne plus communicatif , ce qui avait bien évidement attiser mon envie d'aller voir sur place. Elle avait également ramené un nombre considérables de dessins, esquisses et croquis de plantes, comme autant d'impressions végétales puisées dans l'inestimable trésors de vie que renferme ce haut lieu mondial de biodiversité. Et pour couronner cette démarche combinant savoir faire, création artistique et spiritualité, elle s'était liée d'amitié avec certains personnages clé du chamanisme amazonien , parmi lesquels le fameux peintre Pablo Amaringo (1938 2009) chef de file de tout un courant d'art visionnaire. nous possédons un collier qu'Angéline a reçu de " Don Pablito" peu de temps avant sa mort. pour donner corps à notre voyage et nous rapprocher du coeur du sanctuaire que représente le bassin amazonien, nous sommes partis dans l'idée de faire une retraite en pleine forêt isolés du reste du monde dans le cadre d'une dieta autrement dit, une "diète" de ce que l'on, appelle là bas la medicina . Ce terme la médecine est utilisé spécifiquement par les indigènes et métis d'Amazonie qui considèrent la forêt elle même comme tant la plus puissante de toutes les médecines. Elle est la Madre, la mère; c'est elle qui apaise, soigne, réconforte et guérit. La dieta définit le contexte l'isolation dans la nature, les restrictions comportementales et alimentaires, les plantes médicinales et visionnaires. Le premier soir de notre séjour sylvestre, alors que nous venions à peine de nous installer sur le lieu qui nous accueillait , Angéline dans son tambo (hutte d'isolation traditionnelle situé en pleine nature ) surplombant la canopée et moi dans ma chambre au confort spartiate nous avons été invités par deux guérisseurs , des chamanes à prendre part à une première session d'icaros ( chant de guérison inspirés par les esprits de la forêt) C'est en chantant dans les langues vernaculaires, en quechua , parfois même en espagnol, que les guérisseurs amazoniens accomplissent leur travail . Les icaros structurent les cérémonies nocturnes et leur donnent leurs inflexions, leurs couleurs, leur profondeur. Bien entendu, selon leurs peuples selon les langues et les affluents du grand fleuve Amazonas, les chamanes portent des noms différents pajé , muraya , yachak, uwishin, etc. , et sont rarement appelés " chamanes" ce mot ayant été importé du Vieux Continent. Le mot curandero " guérisseur" est également très utilisé. Nous étions donc là, quelque part dans la grande forêt bercée par les chants et tout à commencée "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur "voilà la toute première phrase de l'enseignement spirituel de la forêt amazonienne, je l'ai reçu lors des premiers instants de la cérémonie d'ouverture, peu après que la Madre s'est présenté à moi . Avec sa toute première phrase la forêt a éclairé ma lanterne, elle m'a expliqué la source du problème. Le Problème avec un grand "P" dans l'idée qu'avant de pouvoir créer un monde meilleur, il va falloir que nous autres les êtres humains oui nous, les individus constituant l'espèce humains oui nous, les individus constituant l'espèce qui se veut " dominante" sur cette belle planète comprenions ce qui nous en empêche . Alors pourquoi tant de problèmes de destructions, de chaos ? Pourquoi malgré toute la beauté et la sagesse dont nous sommes capables, pourquoi, malgré toute ces bonnes intentions, y a t'il cette soif en nous, cette appétit pour la destruction? La première phrase de la forêt renferme tout ce qu'il y a à saisir afin de comprendre l'état du monde; elle est la réponse à la question de la cause première du Problème avec un grand "P" "L'intention est bonne, mais le coeur n'est pas pur ". Je m'attendais au pire comme au meilleur en venant ici dans cette jungle chamanique d'Amazonie à la réputation parfois sulfureuse, car tiraillée entre le monde crépusculaire d'hier et celui plein de questions en suspens de demain. Mais ce que j'ai reçu lors de cette première session d'icaros, ce fut le meilleur uniquement, comme si la Mère Forêt me souhaitait la bienvenue à bras ouvert. Dans mon coeur, c'était la grande fête des retrouvailles, tout était synchrone : les chants des chamanes, leurs intentions, leur concentration, leur travail. Il y avait une sorte de perfection dans leur manière d'aborder la cérémonie, une perfection qui m'a fait du bien. La forêt : " Mes chers enfants, voici l'un des derniers chapitres de cette première nuit de cérémonie, dite "de la famille " Il s'intitule " La clarté" est directement liée au coeur pur , elle en est la résultante; sans coeur pur, pas de clarté. Ce qui est en jeu ici, ce sont vos intentions; je vous invite à apprendre à discerner d'où elles proviennent , de quelle partie de votre coeur elles sont issues. Car souvenez vous en , le coeur est au centre de tout, et c'est lui, et lui seul, qui génère les intentions. Il se situe en amont de la raison, des valeurs morales, des désirs, des actions, il en à la source. Bien évidement , un coeur pur génèrera des intentions pures, vivre en harmonie, avancer vers plus d'amour, de conscience, de force, de lumière, alors qu'un coeur blessé, souillé, pollué, génèrera des intentions qui seront déviées par ses propres impuretés; la peur et les avidités, en cheffes de files désignées de ce qui dévoie les élans du coeur, engendreront les émotions délétères, les dépendances, les schémas de comportement destructeurs pour soi même, les autres et la Terre-Mère .Pourtant au départ, les intentions du coeur sont pures, car au départ, à la source, le coeur n'est que pureté, comme vous le savez maintenant; mais en passant à travers les couches d'immondices qui parfois l'encerclent et l'emprisonnent, son faisceau de lumière sera dévié, corrompu, distordu, fragmenté. Voilà enfin l'heure de la réconciliation de votre être tout entier avec ce premier esprit allié de la clarté qu'est la sensibilité, un esprit allié sans lequel le coeur reste tragiquement aveugle. Car pour déchirer le voile de l'illusion, pour sortir de maya , du mitote, du brouillard qui vous empêche de voir, vous devez affûter votre toucher, pour qu'à sa suite, tous vos sens s'épanouissent de concert, dans une même éclosion. Cette première étape sera nécessaire, vous ne pourrez pas l'éviter : dans l'intention de cheminer en conscience, vous devez, développer votre toucher, vos sens, votre sensibilité. Regardez les animaux : ils ne doutent pas, ils savent exactement ce qu'ils font, ils sont parfait à chaque instant de leur vie, quoi qu'ils fassent. Qu'ils se nourrissent, qu'ils paradent, qu'ils se déplacent, qu'ils élèvent leurs petits, ils sont parfaits et cette perfection est la conséquence directe de leur sensibilité, qui est complètement réceptive au monde qui les entoure. Ils sont focalisés sur les informations que leurs organes leur transmettent, dans une connexion sensorielle de chaque instant qui force l'admiration. Les animaux sont parmi vos plus grands enseignants et je vous invite à devenir comme eux, des maîtres de sensibilité. Cette connexion au réel se fait par les sens, et même si dans certaines de vos cultures humaines, vous êtes venus à penser qu'il faut se méfier des sens, qu'il vaut mieux s'en détacher parce qu'ils mentent; ou encore, qu'il est plus judicieux de développer les capacités supposément supérieures de l'être telles que l'intellect, la Raison, ou encore la transcendance, sachez que ces dernières sont toutes, chacune sur les fréquences qui lui sont propres, une manifestation du sens premier: le toucher. Sans toucher, pas d'intellect bien aiguisé, pas de Raison lumineuse, par de transcendance divine . La connexion à " ce qui est " et donc à la vérité sous sa forme la plus naturelle et authentique , est dans le toucher. Les sons sont des variations rythmiques de l'air, des ondes que vous touchez avec vos tympans. Les odeurs et les saveurs sont des molécules que vous touchez avec les cellules olfactives de votre nez et les papilles de votre langue. Les couleurs sont des fluctuations des fréquence de la lumière que vous touchez avec votre rétine ; les cônes et les bâtonnets formant la surface sensible de l'intérieur de vos yeux en sont les récepteurs. L'ouïe est donc une forme de toucher, l'odorat également , idem pour la vue, et ainsi de suite. Vous touchez le monde avec vos sens, et ces sens peuvent être affûtés, ils peuvent être votre sensibilisés au point de faire de vous des animaux parfait à chaque instant de votre vie, complètement réceptifs au monde qui les entoure. Pour aller plus loin encore sur la piste du toucher, il est important que vous compreniez qu'il n'y a rien d'extrasensoriel ou d'immatériel ; ces adjectifs sont trompeurs, car tout absolument tout ce qui est perçu, est sensoriel. Tout est matière . La seule chose qui change et donne parfois l'impression qu'il existe une "autre réalité", ce sont les fréquences du réel qui sont perçues ; lorsque les médiums utilisent leur sixième sens pour entrer en contact avec l'âme des défunts, ou lorsque les chamanes voyagent dans d'autres mondes et y rencontrent leurs esprits alliés, ils " touchent" une réalité qui est pour eux tout aussi réelle que le monde matériel. Moi même, la Madrecita, grand esprit de la selva amazonienne, je vis dans cette réalité subtile, et la forêt tropicale humide telle qu'elle apparaît dans le monde " réel", avec ses arbres, ses plantes, ses habitants et sa biodiversité, est l'expression de mes qualités spirituelles sur le plan de la matière densifiée. Je ne suis donc pas immatérielle; en affinant vos sens, vous pouvez parvenir à me sentir vibrer, et je peux même venir vous parler, car tout ce qui vous entoure vous parle et en particulier dans la nature. Mais je vous le dis sans équivoque que vous soyez un homme ou une femme, soyez fier de votre sensibilité: la sensibilité est un garde fou, elle est garante de la non violence parce que les personnes sensibles sont tout bonnement incapables de nuire à autrui; leur sensibilité les en empêche . Leur intuition et leur instinct sont connectés au coeur, et cette connexion leur ouvre la porte d'un monde vibrant en accord avec leur sens en éveil, un monde où le respect de l'autre retrouve sa place au centre des relations. De Divins enfants sauveur de la planète Terre qui savent que vibrer en harmonie avec ce monde est l'une des clés du sauvetage qui se prépare, ils n'ont pas besoin de faire un effort dans ce sens : c'est inscrit en eux. Alors, bien sûr cette sensibilité qui se développe n'apaisera pas la folie humaine, du moins pas à court terme , car plus vous serez sensibles, moins vous supporterez les inéquations de vos modes de vie, de votre manière de consommer le monde, de vous nourrir, de vivre les uns avec les autres. Vous supporterez de moins en moins les musiques dissonantes qui encombrent de leurs harmonies brisées ce paradis terrestre qui vous est promis. Cela explique toutes ces intolérances et allergies qui font leur apparition dans les cultures éloignées de la Terre Mère. Car bien loin de nouvelles maladies , ces sensibilités du corps vous montrent ce que dorénavant il ne tolère plus. Les personnes "sensibles "que ce soit à des aliments, à des produits chimiques, à des ondes, à des ambiances, à des vibrations spécifiques, telles que celles du stress, de l'injustice, de la culpabilité, ou encore à des émotions délétères telles que le désespoir, la jalousie, la colère ressentent de manière exacerbée; elle ne peuvent plus supporter ce qui est malsain, et étant donné qu'à peu près tout ce qui nous entoure dans ce monde qui s'urbanise en roue libre et s'éloigne au pas de course de la nature sauvage et saturé de mélodies dissonantes, ce sera loin d'être facile. L'horreur du monde vous sera de plus en plus insupportable, et cela vous inspirera à faire mieux, si vous le voulez bien, car vous êtes toujours libres, ne l'oubliez pas, de chercher une manière de vivre et d'être en phase avec cette sensibilité à fleur de peau . La forêt : " les femmes sont la clé; ce sont elles qui vous sauverons; elles sauverons la planète, et elles sauverons moi la forêt, la mère , la Madrecita . Tout cela vous le savez déjà, votre coeur le sait: vous savez que les femmes sont le futur de l'homme; mais vous êtes encore parfois dur d'oreille et il faut que vous l'entendiez de ma propre voix, une fois encore, pour que le message passe: respectez les femmes; car ce sont elles qui vous sauverons. Ce sont elles, les messagères de la nature, les gardiennes des mystères, les spécialistes des cycles. Elles sont la création dans la chair, elles maitrisent la sagesse du corps et de la Terre Mère . Ce que les hommes cherchent à comprendre avec leurs religions, leurs idéologies, leurs concepts et leur prétendue Raison, les femmes le savent intuitivement; elles savent tout et c'est l'une des plus grandes impostures de tous les temps que d'en avoir fait des citoyennes de seconde zone. Mais voyez comme certaine de vos langues portent déjà, dans leur structure sémantique , la graine de la ségrégation sexuelle; même vos mots sont biaisés : les femmes fragiles qui doivent être protégées par les mâles de la tribu, les femmes stupides qui ne savent pas penser, les femmes tout juste bonne à faire des enfants et à vivre à l'ombre des hommes, sans oublier celles qu'on peut acheter, posséder, dominer ; et à l'inverse les femmes manipulatrices, tentatrices, perfides, avides tout cela c'est un mensonge qui perdure, même si le grand retour de la femme est en cours depuis quelques décennies déjà. La forêt : "Le viol des femmes, c'est le pendant humain du viol de tout ce qui est naturel sur cette belle planète qui est la Terre. C'est le symbole de toute intrusion, de toute ingérence, de toute explication, de toute manipulation, de toute esclavagisme, de tout manque de respect. Les femmes sont les gardiennes de la nature, de ses mystères et de ces beautés, et le jour où l'homme, le mâle, a cessé de les respecter, le jour où il s'est oublié, faute de clarté, dans ses pulsions dévastatrices, un équilibre a été rompu. cet équilibre était nécessaire et sans lui, sans ce garde fou qui a pour fonction de sceller le pacte de respect mutuel et d'harmonie partagée, une brèche s'est ouverte sur les abysses. Un précédent a été créer, le côté obscur s'est réveillé de son sommeil pourtant nécessaire, le mâle est devenu le mal; par effet domino, comme le poison se répandant dans un organisme sain, le viol et la violence se sont implantés dans le paysage psychique d'Homo sapiens, au point de venir s'inscrire dans les fondements des cultures dominantes et de polluer l'humus dans lequel puisent leurs racines : viol des femmes, viol de la nature, viol de la forêt, viol des ressources, viol des peuples, et ainsi de suite. Mes chers enfants pour que je puisse vous emmener plus profondément encore dans l'obscurité, il faut que vous compreniez que tous ces viols font partie d'un ensemble de phénomènes liées à la question de l'avidité. Ce qui a engendré le côté obscur et a poussé vos hommes au viol sous toute ces formes, c'est l'avidité . Bien sûr , en surface, en ce début de XXe siècle, dans le doux ronronnement du confort matériel, la clarté étouffée par le bruit de fonds des gadgets technologiques, du divertissement du déni de réalité le plus frivole, certains d'entre vous cherchent peut être à se convaincre que " tout va bien " en brandissant l'étendard suspect de cet hypothétique mal nécessaire que nous avons démythifié précédemment. Mais au fond personne n'est dupe : allumez la télévision à l'heure de ce que vous appelez " les informations" ; ou à défaut de TV, une autre boîte lumineuse participant à modeler votre perception de la réalité, et vous verrez l'état du monde . Cet état du monde, c'est l'état de votre arbre ou mieux encore, c'est l'état de la forêt constituée par l'ensemble de vos arbres . Voilà où vous en êtes collectivement, du moins. C'est pour cela que les mauvaises nouvelles vous fascinent tant; voilà pourquoi elles vous touchent: ce sont vos mauvaises nouvelles également . Et peu importe qui, et peu importe où, car comme vous le savez maintenant , vous êtes toutes et tous issus du même arbre ancestral, le grand arbre généalogique du vivant. Vous faites toutes et tous partie de la même famille, et cette famille, j'en suis la mère, j'ai pour mission d'en prendre soin . Dans leur pureté originelle, les enfants absorbent le brouillard et les souffrances de ceux qui les entourent :les frustrations, les colères, les mensonges, parfois même les violences et les malédictions qui hantent le cercle familial, rien ne leur est épargné. Contrairement aux trois singes qui se voilent la face, ils voient tout, ils entendent tout, ressentent tout, car ils sont pure sensibilité. Car souvenez vous que dans les relations, tout est musique, il y a un chant qu'ils absorbent encore plus profondément que les autres : celui de leur mère. Le lien à la mère est tellement fusionnel, et cela spécialement durant les premières années de vie, c'est elle qui lui a donné corps, après tout ! Toute cette souffrance accumulée , elles l'ont partagée avec leurs enfants, générations après générations , comme l'on partagerait une ration trop copieuse avec des bouches qui ont faim . Et leurs enfants , c'est vous. Si en tant qu'individu, vous ne vous sentez pas concerné par ce que j'explique, si cela ne vibre pas en vous, prenez mes explications pour un simple exposé. Peu importe que vous considériez tout cela comme de la fiction, comme une histoire que l'on vous raconte; imprégnez vous de l'information et laissez la infuser . Mais si , en revanche, vous sentez quelque chose en vous réagir au contenu de cet enseignement, s'il vous émeut, vous met en joie, vous attriste, vous révolte, vous énerve; si vous vous sentez mal à l'aise ou jugé par mes propos, ou, à l'inverse, soulagé, enthousiasmé, c'est le signe que cela touche votre coeur . Vos réactions sont votre propre diagnostic; il suffit de les observer pour savoir " qui vous êtes" et "où vous en êtes" sur votre chemin. Autrement dit, votre état des lieux, ce sont vos propres émotions qui le font il suffit de les observer. Je vais si vous le voulez bien continuer à me suivre, vous expliquer plus en détail comment développer votre clarté, pour qu'enfin, je puisse retrouver mes enfants: vous. Pour préserver cet espace où tout se joue, il y a six préceptes à respecter, comme autant de sentiers de sagesse à parcourir et à découvrir. Pourquoi six ? Parce qu'il y a six directions qui s'élancent du centre , et que le centre est en lui-même la septième direction. La géométrie nous apprend cela , la gauche, la droite, l'avant , l'arrière, le haut, le bas , les traditions nous apprennent cela, l'est , l'ouest, le nord , le sud, le Ciel, la Terre. Six directions qui entourent la septième le coeur. Voici nommées pour vous, afin qu'elles trouvent leur place dans votre conscience et puisent enlacer votre coeur. La forêt : " Voilà ce que je vous propose, mes chers enfants : six garde -fous, six préceptes élémentaires dont la fonction conjuguée est de préserver l'espace sacré, cet espace dans lequel peut se développer la clarté : l'humilité, l'intimité, l'intégrité, la sobriété, l'écoute; le respect. Définissez un espace, respectez- y ces six directions, et vous aurez un espace sacré. Cela peut commencer par une table de nuit, puis s'étendre à une pièce, puis à votre foyer. Vous pouvez m'utilisez, moi , la forêt, comme lieu d'apprentissage; tout ce qu'il reste de nature sur notre belle planète Terre est là pour vous apprendre à apprécier la force de préservation de ces six directions. Et une fois que vous parviendrez à les respecter à l'extérieur de vous, dans un espace défini, vous pourrez alors les appliquer à l'espace sacré primordial: votre corps, ce sanctuaire qui n'appartient qu'à vous et enlace votre coeur d'un écrin de chair. Dans les profondeurs, au-delà des apparences et du brouillard, au-delà des illusions de surface, des jeux d'ombres et de lumières, c'est toujours le contenu du coeur qui est transmis. Le coeur ne ment jamais, il en est incapable. Il est toujours vrai dans ce qu'il exprime : obscur ou lumineux, pur ou impur, c'est sa vérité qui rayonne et enchante le monde. Voilà pour votre compréhension; voilà pour votre compassion.
mardi 20 janvier 2026
Sylvain Tesson l éloge de l énergie vagabonde
Je suis venu en Ouzbékistan par avion, avec ma bicyclette dans les bagages. A Paris, à l'aéroport, la compagnie Ouzbek n'acceptait d'embarquer mon vélo qu'empaqueté dans un carton, mais les Ouzbeks n'en fournissaient pas, ils m'ont dirigé vers la compagnie suisse qui possèdent des emballages très réputés mais qui n'a pas le droit de les vendre pour les vols à destination de l'Asie centrale, à Air France le chef d'escale français était injoignable et j'ai dû envelopper mon vélo de sacs plastique, j'avais l'air d'un clochard, hautaine dans leurs tailleurs, les hôtesses me regardaient . Avant d'envoyer le vélo sur le tapis roulant, j'ai protégé le dérailleur avec un exemplaire du Monde à la une duquel se détachait le titre :Nouvelle hausse du prix du pétrole . Sous le ventre du Tupolev de l' Ouzbekistan Airlines , passe le Kyzylkoum, le désert des sables rouges, coupé par le fleuve Amou-Daria ; les barkhanes dessinent comme des cannelures d'un lapiaz à la surface d'un karst ; c'est à dire pour ne pas sombrer dans le jargon géomorphologique que la peau du désert s'est ouverte de vergetures, sous le Knout des rafales de l'ouest . De l'autre côtés du fleuve, le Turkménistan avec le Karakoum , déserts des sables noirs. Ces deux étendues réunies forment le quatrième plus grand désert du monde . La vodka qu'on m'a servie, descend âprement, j'ai l'impression d'avaler du sable . A travers un hublot, un verre à la main, le désert est angoissant ; j'aime pourtant survoler les déserts parce que les considérables tentatives de l'homme pour y survivre sont invisibles. Je pense à mon vélo dans la soute, avec lui il y a douze ans j'ai fait le tour du monde, depuis je suis attaché à ce clou. Cela m'écœure de me débarrasser des objets, dans la boulimie de production, la modernité créer des produits sans avenir; le capitalisme c'est la réduction de l'intervalle entre le moment où l'on achète un objet et où on le remplace. Quand on méprise, ils s'abîment, il faut alors les jeter en acquérir d'autres et ainsi devient-on un consommateur compulsif , c'est le matérialisme qui gagne une partie engagée au nom de l'indifférence à la matière . Hommes qui n'aimez pas les choses, accordez leur grand soin pour n'en point trop posséder, ni devoir les changer sans cesse ! Les ressources de l'Aral et de la Caspienne sont l'enjeu de hautes luttes entre les nations. Après 1991, date de la chute finale, des réserves immenses de pétrole et de gaz ont été découvertes dans la région . Les mers sont devenues des nappes blanches dressées pour le festin. Autour de la table caspienne, ils sont au moins douze candidats au partage, douze compagnies pétrolières approvisionnent des peuples jamais rassasiés. De nouveaux oléoducs ont gagné du terrain rampant le dos des steppes pour convoyer l'or noir. Un soir, dans un bar un plaisantin russe m'a dit qu'il fallait désormais appeler la région le " pipelinistan" Les pipelines sont là pour organiser l'évasion de la houille; l'Europe a récemment réussi à en tirer quelques uns jusqu'à elle. Ce sont eux que je vais suivre en bicyclette à travers l'Oustiourt vers la côte caspienne. Je gagnerai le Bakou par un de ces ferries qui relie le Kazakhstan à l'Azerbaïdjan. De Bakou, j'irai vers la Turquie par la Géorgie; au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, parcourant le même trajet qu'une lame d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts jusqu'au ventre des tankers de Méditerranée pour que le monde poursuive sa marche folle. Ce voyage m'a été inspirée par ma passion des oléoducs , les tubes m'obsèdent , les pipelines me ravissent, on croirait des intestins de quelques dieu de l'énergie qui se serait fait hara-kiri devant les menaces de la pénurie d'hydrocarbures. Le long de tracé rectilignes les pipes convoient une pâte visqueuse; l'huile coule dans le tube en dur , pareille au sang dans l'artère. Noukous sur le tarmac de l'aérodrome, à huit cent kilomètres au nord ouest de Tachkent et à deux cent kilomètres au sud du rivage de l'Aral, je dépiaute les lambeaux de plastique autour de mon vélo; bonne conseillère la superstition me souffle à l'oreille que j'ai bien fait de partir avec lui , une bicyclette flambant neuve aurait attiré les démons .Dans le crépuscule j'achève de gonfler les pneus, sur le seuil des portes de leurs Zhigulis (voiture prolétarienne plus petit modèle de Lada existant) deux chauffeurs de taxis se foutent de moi ; "Ou vas tu ?me dit l'un "Au Kazakhstan , dis je" A vélo ? Ouaip tu voyage à vélo parce que tu n'as pas d'argent ? Niet ! dis l'autre , parce qu'il en a trop . Passez chez le coiffeur est la seule chose qui me retienne à Noukous . Le surlendemain l'épreuve commence , à cinq heures du matin , le 13 mai, je monte sur la selle de mon vélo, à six heures je crève ! à six heures quinze je remonte en selle, à huit heures je suis crevé ; il fait 40° j'en suis à ma troisième heure de voyage, restent trois mois . A la sortie de Noukous, je franchis l'Amou-Daria , le maigre ruban rose du fleuve n'atteindra pas la mer, épuisé par les pompages. Les ingénieurs agronomes l'ont saigné jusqu'à l'agonie. Les premiers jours je pédale cent trente kilomètres dans la désolation de la Karakalpakie , cette région autonome de l'Ouzbékistan à été la première victime du pillage de l'Aral par les Soviétiques. Une fois la mer asséchée, des vents de sables se sont levés et ont emporté les terres arables, la mer n'est plus là pour tempérer les ardeurs du ciel ni nourrir les hommes. Des plaques de sel ont recouvert la surface du sol; la terre a la gale . J'aime les terres ex soviétiques, elles m'aimantent , je suis sensible à l'esthétique de leur déglingue; de village à moitié vide , dégouttant de boue sous un ciel d'acier, appuyé sur les béquilles de pylônes tordus et de piédestaux désertés, peuplé d'ivrognes, de hooligans , de filles qui font la gueule et de vieilles gens nostalgiques de l'Union Soviétique. dans ce décors de désespérance, on ne soupçonne pas que derrière le seuil hostile des bicoques , couvent les braises. Il suffit de souffler à l'heure propice dans la chaudière intérieure des Russes et de leurs anciens colonisés, alors le bouchon des bouteilles et la bonde des coeurs sautent, avec le mauvais cochon et la vodka , des histoires extravagantes sont servies à la table des hôtes. Se mêlent les souvenirs du service militaire à Mourmansk , la traîtrise de Gorbatchev , la fraternité soviétique, la peur éternelle de l'ombre du Kremlin. Au milieu de la mer d'Aral, sur l'ancienne île Nikolaev , les ingénieurs staliniens ont installés une base bactériologique ; ils l'ont appelés Renaissance . Les bacille de l'anthrax et de la peste bubonique y étaient alors cultivés. Ils s'agissaient de préparer la guerre bactériologique. L'île à été évacué en 1991; en 2002 les Américains l'ont nettoyé de tout résidu d'anthrax , juste avant que le reflux des eaux ne la relie au continent. Sur le plateau, a dix kilomètres à l'ouest de Chylaboulak se dresse une plate forme gazière la tour de forage est rutilante, investissement chinois ! me dit Rafik , maître des lieux qui dirige une équipe de vingt quatre ouvriers Il a une tête magnifique de barbare steppique toutes les dents en or rangées dans une mâchoire carnée et une arcade sourcilière proéminente comme un balcon où se seraient trop penchés les soucis. Cela fait des mois qu'on creuse, on est déjà à trois milles mètres, on n' a rien trouvé! Au sud de l'Oustiourt, ils ont du gaz à moins de deux milles mètres ! Forer, art difficile qui consiste à se trouver au bon endroit ( précisément au dessus du gisement) au bon moment ( des millions d'années après la décomposition des houilles) Rafik nous offre une tournée de vodka dans une des casemates de la base; il ouvre une Tamerlan nous abattons les shots; dans l'ex Union , la chose qui manque le moins c'est une raison de boire . Les efforts que fournissent ces 24 hommes, la dureté de leur condition d'existence, la désolation de leur horizon, la rudesse des rapports humains cela pour que le gaz procure sa petite flamme douillette à dix milles kilomètres de là, dans un foyer bourgeois où pas une âme moelleusement endormie n'aura une pensée pour eux ! Une piste entaille le plateau de l'Oustiourt et longe le chemin de fer construit par les Russes à la fin du XIX siècle pendant la conquête de l'Asie centrale. Le long de la voie ferrée un aqueduc approvisionne les stations de maintenance parallèlement sur la côte nord, un pipeline à quatre tubes convoie le gaz turkmène et ouzbek vers l'Europe via la Russie. Plantés tous les cent mètres, les poteaux d'une ligne électrique; l'eau , le train, le gaz, la piste , le jus: cinq droites parallèles tracées sur l'ancien chemin chamelier qui reliait Astrakhan aux plaine de Khorezm . Les chameaux de la soie souffraient autrefois là où le train siffle. J'ai dix huit litres d'eau accrochés à mon vélo, de quoi tenir entre les postes techniques de la voie ferrée . La steppe est une immensité carcérale. L'horizon barre le passage; entre ces murs ouverts je ne me suis senti aussi vivant. N'est ce pas la" liberté sauvage " que l'explorateur russe Nikolaï Prjevalski partit cueillir un jour dans le ventre du Touran ? Il la poursuivit jusqu'à la mort. Dans la Russie des temps impériaux , les hommes en rupture de ban prenaient la clé des steppes . Révoltés contre les tsar, les Cosaques, les Kalmouks s'y réfugiaient. Les cavaliers mongols surgissaient, s'y évanouissaient. Les Kazakhs y acquirent leur nom d'hommes libres. Venant du néant, rejoignant le vide, les voyageurs solitaires les sillonnèrent . La steppe interdit l'endormissement, j'ai maudit la steppe; sous le soleil, je l'ai haïe . Dans sa stérilité, j'ai séché mes larmes. J'aurais donné mon royaume pour un sapin, un arbre sur lequel m'appuyer, une route qui m'aurait emporter vers la ville. Mais le découragement ne dure pas. Le moindre événement , combat de coléoptères, galopade lointaine, ballet d'un vautour au-dessus d'une carcasse, abolit l'angoisse. J'ai aimé l'humanité lors de longues journées passées sans voir âme qui vive. J'ai compris pourquoi les cavaliers hunniques ont fait du ciel un dieu. La steppe, tapis de mes prières, manteau de mes nuits. Dans ce chaudron sont sorties les tribus nomades. Les clans sont devenus des hordes puis des peuples. Chacun dans le sillage de ses troupeaux, la steppe , matrice des civilisations d'Eurasie. Les géopoliticiens la placent au centre des équilibres du continent, au milieu des empires. Sur sa paume, les peuples se sont livrés bataille. Chinois contre Mongols, Russes contre Ouzbeks, Arabes contre Perses, Turks contre tous. Les caravanes y ont circulé, sur le dos des chameaux, les marchands transportaient la soie, l'argent, les armes. Aujourd'hui, le pétrole suit les mêmes routes. Sous les ciels délavés, les veines d'acier des oléoducs convoient le sang de la modernité. On voyage dans la steppe, on se croit aux confins du monde mais on en est au coeur; on se perds, là ou tout se joue; il n'y a personne mais c'est l'humanité entière qui s'approvisionne ici. Le vent contraire ni la chaleur ne faiblissent; j'avance pris en étau entre la mâchoire du ciel et celle de la piste . même l'observation du paysage ne m'est d'aucun recours; je passe les journées dans le coffre-fort de mes pensées . L'ouest du Kazakhstan est un glacis stérile, vide d'âmes humaines. Je mets trois jours à gagner le village de Shepte , la piste est bien meilleure qu'en Ouzbékistan , au sud de Beyneu j'ai même eu quarante kilomètres de goudron. Je ne vois pas de yourtes, l'œuf nomade de feutre, dont le dôme blanc piquetait autrefois la steppe a disparu. La seule yourte croisée au cours de ces journées se trouve à demeure dans la cour d'un kolkhoze , à quelques kilomètres au sud de Beyneu. Une yourte moule, rivée à un rocher; tristes gravats d'un monde écroulé; j'y passe la nuit avec les aïeux de la famille qui n'accepteraient jamais de quitter le cercle magique pour les quatre murs d'une maison. Au-delà de Shepte, la piste traverse les champs pétroliers de Zhétibay et de Novoï Uzgen mise en service au temps des Soviétiques. Sur un carré de cinq kilomètres de long, s'élèvent des derricks , des antennes, une forêt de pylônes ; animant d'un mouvement perpétuel cette herse de banderilles, des centaines de " têtes de cheval" pompent sans repos. Elles maintiennent la pression dans les vieux gisements et permettent de stabiliser le rendement ; elles sont le métronome de l'épuisement des ressources, le balancier de l'horloge qui décompterait le temps avant la pénurie. Au pieds des tours de forage, des ouvriers couvert de brut dorment déjà à même le sol, certains vivent dans des roulottes à l'ombre des puits, je traverse le champ et essaie d'accorder le mouvement de mon pédalier aux succions des pompes. Ma flèche dans la cible, je suis dans le pub irlandais d'Aktau , j'y passe une nuit à vider les pintes dont j'ai sué les acomptes dans la steppe, des employés anglo saxons de compagnies pétrolières , des Nouveaux Russes et des Nouveaux Kazakhs (on les appelle les Kasanovas" regardent la coupe du monde de foot; un Russe m'avise " Russki ? dit-il Non Français dis je Tu as l'air Russe, Merci , c'est un compliment Tu n'es pas difficile . Personne ne quitte le pub après le match , comme dans un tripot décrit par l'explorateur allemand Jean Georges Gmélin à la fin du XVIII dans son voyage en Sibérie: On brasse aussi quelquefois de la bière et dès qu'elle est faite, quant elle n'aurait reposé qu'une demi-journée , il n'y a plus moyen de fermer le cabaret que tout ne soit bu . La ville fut construite dans les années soixante, elle jaillit de la steppe ex nihilo . On avait découvert des mines d'uranium dans la région et Aktau servit à loger les ingénieurs, les ouvriers et leurs familles. La cité du bout des steppes connaît aujourd'hui une seconde jeunesse grâce au pétrole caspien. L'huile des gisements de Tengiz traverse l'Oustiourt par les oléoducs. Elle atteint Aktau où l'on la charge sur les tankers à destination de Bakou. La deuxième chose qui jaillit après le pétrole c'est le fric. L'un met des millions de siècles à s'accumuler dans le silence du laboratoire de la géologie; l'autre coule entre les doigts bagués des nouveaux riches, impuissants à réfréner leur soif de jouissance. A Fort Chevtchenko , dans une datcha du XIX aux volets vert, Ruslan , le chef d'une famille kazakhe, m'invite à déjeuner. Il fait 45°; je rêve à un melon frais avec un vin du Ventoux frais , on me sert des tripes de poulain et de la vodka chaude, on porte un toast, même le grand père, pieux hadj à barbe blanche, lève son verre A toi Français ! Mais Allah dis je. Il déteste l'alcool , il ferme les yeux quand on en boit .Dans le laboratoire des steppes de l'Asie centrale, les Russes ont réussi à dissoudre l'Islam dans la vodka . Si tu veux en savoir plus sur le gisement de Kashagan , tu dois aller à Atyrau , c'est la capitale du pétrole kazakh ! A vol d'oiseau, la ville d'Atyrau n'est situé qu'à trois cents kilomètres d'Aktau . Mais il faut quarante huit heures pour l'atteindre car la route contourne le vaste golfe du nord-est de la Caspienne. En 1991, après l'effondrement du Soyouz, la Caspienne devint le centre d'enjeux nouveaux. Un élément bouleversait la distribution des cartes, la pénurie des ressources se profilait. Jusqu'aux années 1990, le grand public n'avait jamais entendu parler du oil peak . L'expression est pourtant ancienne, élaborée en 1956 par King Hubbert , ingénieur qui pressentait qu'on ne pouvait point sucer impunément le sang d'un organisme: un jour la source se tarit. Le oil peak définit ce point de non-retour au-delà duquel les hommes consomment davantage de pétrole qu'ils n'en découvrent. Au cours des trois dernières décennies, la consommation planétaire à explosé. La Chine s'est éveillée, à la même période, les Indiens sont sortis du sommeil shivaïte, les Américains consomment 25% du pétrole produit chaque année sur terre, alors qu'ils ne représentent que 5% de la population planétaire. Mais leur économie a continué a contribué à 60% à la croissance mondiale entre 1993 et 2003. Selon les experts l'augmentation à la demande annuelle mondiale va se chiffrer à 150 millions de tonnes chaque années (120 millions de baril en 2030) Par exemple si la Chine maintient sa croissance elle consommera autant que les USA. Les plus pessimistes des experts prévoient un oil peak (date du déclin de la production, pour 2010) Les perspectives plus optimistes ( Agence internationale de l'énergie) ne situent que oil peak qu'à l'orée de 2030-2050. Les Majors pétrolières sont des monstres financiers qui mettent leur savoir-faire au service d'un Etat riche en ressources. Elles s'allient en consortiums et signent avec les gouvernements un contrat d'exploitation. Pour chaque baril extrait, une part de bénéfice est réservée au pays. Le reste est exporté dans des tubes d'acier, eux-mêmes propriété des Majors. Les Américains ont obtenu l'exploitation d'une bonne part du gisement terrestre de Tengiz que vous avez traversé pour venir ici depuis Aktau . Les Chinois sont présents dans les champs du sud. Quant au gisement de Kashagan, tout le monde est à sa porte: les Japonais, les Français, les Anglais, les Norvégiens et les Italiens d'Agip bien entendu l'opérateur de l'exploitation. Un seul bateau par semaine relie Aktau à Bakou. Pour l'Occident, ce pipe est une arme . Lorsqu'il marchera à pleine machine, le tube charriera quatre vingt millions de barils de brut par jour. Il contourne la Russie, ignore les réseaux de pipelines russes déjà en place entre Bakou et le port de Novorossirsk sur les côtes de la mer Noire. Il empêche la fuite des réserves du Sud caspien vers les marché chinois ou iranien. Il affermit la position des Américains sur la bordure nord de l'Iran. Il conforte la Turquie dans son désir de devenir le pourvoyeur d'énergie de l'Europe. Le Bakou Tbilissi- Ceyhan flanque un coup de sabre dans l'ancien équilibre caucasien . Mais pas d'affolement, nous sommes des commerçants, notre rôle est de vendre du pétrole. Il y avait une offre dans la Caspienne, il y avait une demande à l'Ouest. Nous n'avons fait qu'un raccord en acier entre l'offre et la demande. Et les Russes ?Ils ont été évincés! Notre objectif est le business, nous vendons du pétrole, il s'agit de marchés obtenus par des contrats, pas d'une continuation de la guerre froide par d'autres moyens ! Les Russes ont assez à faire avec leurs pipelines au nord du Caucase. A Bakou , je me souviens d'avoir patiemment écouté une jeune artiste stigmatiser les Majors . Les Majors , disait elle, c'est le mal absolu. Le profit pétrolier entretient les inégalités sur la planète, maintient les peuples dans l'esclavage. Les compagnies sont responsables de la misère des pays dans lesquels elles prospèrent. Leur opulence ne provient pas de leur activité mais du pillage. Et le nouveau prolétariat de l'or noir privé d'espoirs se traîne sous les ciels réchauffés par les émissions de gaz à effet de serre. Ces incantations tirent leur vigueur de trois origines. L'une s'appuie sur le caractère violateur du forage. Symboliquement, il est facile de voir le pétrolier comme un prédateur, frère de race de l'anophèle; il suce le sang du monde. La colonne du derrick perce la croûte terrestre tel un le poinçon du mâle de la punaise forant la carapace femelle pour lâcher sa giclure. Un été, sur les bords du lac Baïkal , un chaman de Sibérie me disait que la Terre devait souffrir de ces vrilles qui trouaient sa surface. Que dirions nous de pareils outrages infligés à nos dermes ? Le pétrole est noir, sale, inflammable, indélébile, il incarne un matériau funeste : un résidu de transmutation au fond de l'athanor. Il brûle comme le sang de Satan, il pue le souffre ; les alchimistes des grandes compagnies auraient enfin accompli le fantasme des ordres hermétiques. Au lieu de changer le plomb en or, ils transforment le brut en dollars; tout ce qui vient de cette pâte honteuse ne peut-être que mauvais. Les guerres, les tensions, les corruptions qu'il suscite sont les preuves de l'énergie obscure qu'il dégage. La ville de Karamanhmaras dévale le talus d'une colline , j'abandonne ma bicyclette dans un hôtel et poursuis ma route à pied; Ceylan n'est plus qu'à deux cent kilomètres et je désire arriver en marchand au bord de la mer. La vallée qui borde la ville a été inondée il y a quelques années ; les routes qui figurent sur mes cartes n'existent plus . Bivouac morose sur le rivage, en face d'un village, le lendemain je contourne le lac par le sud , je marche à travers les chaumes. Deuxième bivouac au bord du lac après cinquante kilomètres de marche , je dors sous des pins d'Alep ; je rejoindrai le Bakou-Tblissi-Ceyhan quitté il y a plus d'une semaine en traversant le massif qui borde le flanc septentrional du lac . Mais les gardes armés qui contrôlent l'accès au barrage me barrent la route. Je traverse le tablier du barrage escorté par un garde en armes. Pendant trois jours, je relie des villages heureux d'êtres accrochés au balcon des forêts, je m'abreuve aux sources ; sur le seuil des maisons on me tend des verres d'ayran, lait fermenté qui rafraîchit le corps. Hélas, il y a toujours , flottant au-dessus de la légèreté de ces journées vagabondes, une ombre mauvaise : l'insulte faite aux femmes dans les fermes où l'on m'accueille : cette manière de leur demander le thé comme je ne réclamerais pas le journal à mon chien, cette façon de tendre les restes d'une assiette de raisin aux fillettes comme je n'oserais déposer le picotin d'avoine au pied de mon chevalIl est singulier et rebutant d'entendre quelqu'un qui est né d'une femme, et a été nourri de ses sucs, salir et mépriser sa mère en lui déniant tout, hormis la luxure, et en la rabaissant au niveau d'un animal stupide. A vingt kilomètres, la clarté du ciel annonce la mer , a la sortie du village de Demirtas, deux chiens m'attaquent, j'évite la morsure du plus gros en sautant dans le fossé. Mes lunettes se cassent dans la chute , l'un des chiens dévale le talus, par une pente praticable quelques mètres plus loin, mon hurlement le tient en respect; l'autre chien le plus gros, se porte à moi, crocs en dehors, je lui fais face et vide le contenu de la bombe au poivre que je tiens fixée à la bretelle de mon sac, le dogue s'enfuit en hurlant. J'abats pitoyablement ces derniers kilomètres, boitillant de la jambe, le cul crotté et les lunettes cassées ruminant ma détestation des chiens. Le village de Yumurtalik est connu pour sa plage, on y vient se baigner des confins de la Turquie. Les femmes nagent tout habillées, les hommes en slip de bain . Soucieux de fixer cet instant dans ma mémoire je foule lentement le sable . La fin d'un voyage, cette petite mort , sans même enlever mes chaussures, je m'enfonce dans l'eau, à mi-cuisses, sac au dos, chapeau sur la tête; je suis un peu étourdi d'en avoir fini avec le ruban des pistes. Je repense à l'Aral, salue la Caspienne en pensée et jouis de la caresse de la Méditerranée. J'ai relié les trois mers et chacune des heures occupées à forcer les kilomètres prend un sens nouveau maintenant que je tiens ici, à mon point d'arrivée vers lequel convergeaient le faisceau d'énergie et la cascade d'actions mises en œuvre pour y arriver.
samedi 20 décembre 2025
L'abbé Breuil le pape de la Préhistoire de Jacques Arnould
nante la visite du chantier; l'enthousiasme du jeune homme apparaît tellement évident que le vieil avocat ( il est né un demi siècle avant Breuil) l'invite chez lui à Rumigny dans les Ardennes afin de lui faire découvrir sa collection personnelle d'objets préhistoriques. Pour la première fois rapporte t'il de vastes séries paléolithiques supérieures s'offraient à mes regards, les sculptures d'ivoires et de bois de rennes, les contours découpés des bas reliefs et les gravures se présentaient à moi comme très matériels et non plus comme des illustrations de livres; l'art quaternaire me conquit ! ce fut le coup de foudre et ma vocation de préhistorien se déclenchait définitive . C'est à Breuil que reviendra le soin à la mort de Piette en 1906 d'installer cette riche collection au musée des antiquités nationales de Saint Germain en Laye, une tâche qui ne pourra achever qu'en 1960. Eté 1901 Breuil à terminé sa première année d'étudiant en sciences naturelles à l'Institut catholique de Paris, afin de préparer ses expéditions estivales, il s'adresse à Edouard Piette celui ci l'initie à fouiller au Mas d'Azil, une vaste grotte situé en amont de la localité ariégeoise qui lui a donné son nom . Il s'agit d'un site remarquable, une véritable curiosité naturelle : un tunnel d'une longueur de 400 mètres et d'une largeur de 50 mètres creusé par l'Arize dans le massif du Plantaurel ; après les mammouths , les ours, les rhinocéros laineux.. et les humains qui l'occupèrent au Magdalénien (entre 15 et 10 000 ans avant notre ère) des chrétiens en firent un lieu de prière au III siècles, des cathares s'y réfugièrent peut-être puis très certainement des protestants au XVII. Les premiers préhistoriens n'ont pas manqué de s'y intéresser à leur tour : l'Abbé Puech , Edouard Filhol , Félix Garrigou puis Ladevèze, Maury enfin Edouard Piette lui même ont visité le Mas d'Azil . Lorsque en 1901 , je repris les fouilles de Piette, raconte Breuil je découvris quelques modestes gravures dans le couloir obscur et large de la rive droite: un Bison, un Cheval, un profil humain je vis aussi , sans les comprendre , ni penser qu'elles puissent être antiques, des taches rouge vif sur le plafond bas d'une galerie inférieure. En 1912 rendant visite aux mêmes lieux le Conte H Bégouën , son fils Max et moi nous retrouvâmes ces taches rouge . En ce début de septembre, l'instituteur adjoint des Eyzies de Tayac, Denis Peyrony invite Louis Capitan et Henri Breuil à l'accompagner pour visiter une nouvelle grotte celle des Combarelles à moins de trois Kilomètres du village des Eyzies sur le route de Sarlat, Emile Rivière en a commencé l'étude entre 1891 et 1894 et A. Berniche, son propriétaire qui s'est aventuré dans une galerie plus exiguë à cru reconnaître un bestiaire gravé sur la paroi ; c'est lui qui accueille et conduit Peyrony, Capitan et Breuil lorsqu'ils pénétrèrent à leur tour dans la grotte " C'est à la lueur d'une simple bougie, raconte Breuil qu'après 100 mètres de vain et pénible cheminement, nous vîmes surgir la théorie sans fin de la frise gravée sur les deux parois et que ,malgré les gours presque obstruant vers la fin nous pénétrâmes jusqu'à la chatière par laquelle en contrebas , on entends couler le ruisseau . L'accès n'est pas aisé précise Breuil dans une lettre à Salomon Reinach en février 1903 à condition de se mettre à plat ventre pour ne pas se briser la tête contre les pointes calcites qui hérissent la voûte . Les Combarelles abritent un extraordinaire patrimoine nous étions en présence de figures véritables d'une rigueur d'exécution, d'une sûreté de main étonnante et longtemps recouvertes de concrétions sèches; ce n'était pas quelques images seulement , mais une théorie qui ne finissait pas , de chevaux , d'éléphants, de bisons, de rennes emmêlés souvent les uns dans les autres au point d'en rendre la lecture difficile et cela se continuait toujours aussi bien à droite qu'à gauche de l'étroit boyau surbaissé où courbés presque à quatre pattes nous poussions toujours de l'avant; trois cent gravures au total dont deux cent quatre vingt onze seront déchiffrées . Parmi elles plus d'une centaine de chevaux et près de quarante figures anthropomorphes " Une des plus curieuse montre un homme à tête de mammouth ,d'une longueur insolite, les bras évoquent plutôt les défenses, plus loin une silhouette masculine semble poursuivre une femme, on reconnaît aussi une tête d'homme barbu. Le fait que la facture des types anthropomorphes soit toujours malhabile alors que les représentations animales sont exécutés avec un soin extrêmes , s'expliquerait par la répugnance que l'homme primitif à se représenter et par la crainte de tomber sous la dépendance magique d'un adversaire. Dans la plupart des cas , peintures et gravures montrent des hommes masqués ou travestis qui incarnent des êtres mystiques associés à des rites culturels inconnus; rares, les images présentant un caractère sexuel se rapportent d'après Breuil au culte de la fécondité. Les Combarelles se révèlent être l'une des plus belles grottes à gravures du Paléolithique supérieur, le jeune préhistorien s'enthousiasme " Hurrah ! "" écrit-il à son ami Jean Bouyssonie en voilà une d'envergure une immense grotte à gravures de plus de trois cent mètres de long et sur plus de la moitié des figures d'animaux gravés, surtout des chevaux mais aussi des antilopes, des rennes, des mammouths, des bouquetins c'est à croire que j'ai rêvé: tomber là dessus, tout bonnement comme on trouve un cailloux sur la route; aussi, ce que nous avons trimé hier: j'ai calqué dix huit bêtes; il y en a de splendides ...J'ai en tout passé dix heures dans la grotte; je suis mort cousue de courbatures, mais content!" Quelle férocité sous la plume d'Adrien Guébhard lorsqu'il s'en prends à " ce jeune abbé Breuil" à qui rien de la préhistoire n'est étranger ! et spéléologue si accompli, peintre si talentueux, qui ne peut sortir d'une caverne sans en rapporter d'admirables dessins !et écrivain si alerte tranchant de tout devant l'Europe en extase qui n'attends que de lui que paroles d'Evangiles et qui encense devant le fin du fin de la science, cette juvénile ardeur à se poser soi même en juge sans appel Paléolithique de tous les mondes. En une dizaines d'années, Henri Breuil est en effet devenu un personnage incontournable, pour ne pas dire l'un des principaux acteurs des sciences préhistoriques française. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat sera signé le 9 décembre 1905 , ces troubles sociaux n'empêche pas Breuil auréolé des découvertes de septembre 1901 et de sa toute récente collaboration avec Emile Carcailhac de devenir contributeur régulier de plusieurs revues spécialisées: l'Anthropologie, la Revue archéologique, la Revue de l'Ecole d'anthropologie ; le ministère de l'Instruction publique et des beaux arts, l'Académie des inscriptions et belles lettres acceptent de subventionner ses recherches. Retour à l'année 1904 et à une autre rencontre plus importante sans doute pour Breuil celle d'Hugo Obermaier , un prêtre et savant autrichien venu à Paris pour être initié à l'art pariétal; avec lui Breuil accomplit son deuxième voyage en Angleterre afin de travailler sur les collections de l'âge du renne que possède le British Museum . Breuil passe beaucoup de temps dans les collections préhistoriques des musées de Toulouse, de Périgueux, d'Agen ou encore de Saint Germain en Lage il prépare en effet l'habilitation de l'université de Fribourg et choisit d'étudier la stylisation et la dégénérence dans l'art quaternaire. Le maniement de centaines d'objets la plupart inédits, décorés de traits à première vue inintelligibles l'avait amenés à penser qu'ils n'étaient pas arbitraires: les uns venaient de l'ornementation, d'incisions utilitaires ayant perdu leur destination d'autres les plus intéressants dérivaient par schématisation, simplification ou complication ornementales de têtes , de corps ou partie de corps d'animaux parfois d'hommes ; Breuil découvre et fait découvrir son incroyable mémoire visuelle et tactile : sa vie durant , il n'hésitera jamais à parcourir le monde pour voir , toucher les traces, les signes, les reliques laissés par les hommes de la préhistoire . Au cours d'une excursion en Suisse Breuil fait la connaissance d'un professeur de l'université Jean Brunhes , ce géographe chargé d'enseignement à Fribourg depuis 1896 , conscient des difficultés par le jeune abbé pour faire "son trou" en France lui propose de devenir privat-docent de préhistoire et d'ethnographie à Fribourg. Il s'agit là d'un statue propre à la tradition universitaire germanique , offert à des enseignants qui ont rédigé une habilitation, mais n'ont pas encore de chaire d'enseignement "Je n'y avais aucun traitement, ni indemnité se souvient celui qui sera un jour académicien, c'était déjà beaucoup aux yeux des miens et du monde d'avoir une étiquette comportant une promesse d'avenir .Mrs Deramecourt lui accorde son autorisation de rejoindre Fribourg ainsi que sa bénédiction. Dès son arrivée à Fribourg Breuil se met au travail pour assurer le cours d'ethnographie, il dit améliorer ses connaissances entre les hommes et la préhistoire et les " sauvages" modernes. Il en profite aussi pour parcourir l'Europe centrale visiter Stuttgart , Ulm et Munich , Innsbruck et Vienne où il travaille avec Obermaier . Il n'oublie pas les territoires de ses premiers travaux la France et l'Espagne. Durant l'été 1906, il étudie la grotte de la Clotilde dans les Asturies, puis au cours de l'hiver suivant celle de la Calbière au-dessus du village de Niaux en Ariège; en 1907 les bisons bruns de la caverne de Bédeilhac, puis les peintures de Calapatà dans la province de Teruel ; il tient toujours à être parmi les premiers à faire les relevés des sites récemment découverts. A propos de celui de la Calbière , il écrit: "Dès le XVII siècle, les baigneurs fréquentant les eaux d'Ussat sur l'Ariège de l'autre côté de la même montagne venaient avec un guide local visiter cette caverne. En 1866, le jeune Dr Garrigou , l'un des fondateurs de la préhistoire pyrénéenne la visita, nota sur ses carnets les peintures noires du : Musée comme les habitants appelaient ce qu'aujourd'hui nous nommons le " Salon Noir", personne n'y attachait du reste la moindre importance. En septembre 1906, le Commandant Molard qui distrayait sa retraite à Tarascon et les vacances de ses fils à relever le plan des cavernes souterraines du voisinage aperçut des fresques de Niaux et en avisa le vieux Dr Garrigou son voisin; tous deux avertirent Emile Cartailhac qui après une première visite, avertit l'abbé Breuil. L'année 1908 avant d'être marqué par la découverte de l'homme de la Chapelle aux saint par les abbés Bouyssonie donne l'occasion à Breuil d'étudier la grotte du Portel dans l'Ariège et de travailler longuement en Espagne, grâce à l'aide financière d'Albert 1er de Monaco en compagnie d'Hugo Obermaier et de Paul Wernet , il fait visiter au prince venu en bateau à Santander , leurs chantiers de fouilles de Cavalcadas, Altamira et Castillo, les fouilles se poursuivent en 1909 et les années suivantes, sous les mêmes auspices et grâce mêmes aux aides princières : sont alors posées les fondements du futur institut paléontologie humaine. A cette époque remarquent ses familiers de ses collaborateurs, Breuil abandonna le port de la soutane sur le terrain pour lui préférer une tenue plus pratique des knickerbockers imperméable des bottes lacées auxquelles s'ajoutent parfois des cuissardes, enfin une veste Norfolk aux poches généreuses; il porte volontiers un béret et pas seulement pour accompagner sa tenue ecclésiastique ou parce que le soleil n'est pas trop chaud, pour porter le plus célèbre des couvre-chef français : sous terre, en effet , il peut facilement y mettre du papier journal qui lui sert à protéger sa tête des stalactites ! Si Henri Bégouën a pour prénom celui de Napoléon , c'est probablement en l'honneur à l'empereur homonyme qui en 1808 et pour les services rendus à la marine française anoblit son grand-père, son père passionné de préhistoire était un ami d 'Emile Cartailhac , revenu en France en 1900, il s'installe au château d'Espas, près de Montesquieu-Avantès dans l'Ariège, ses trois fils contractés par le virus de la préhistoire et encouragé par le père décident d'explorer les grottes des environs , ils découvrent dans la grotte d'Enlève un magnifique propulseur en bois de renne datant du Magdalénien , Cartailhac consulté authentifie la découverte, mais le propriétaire du site interdit 'accès aux trois préhistoriens en herbe. Au début de l'été 1912, les jeunes gens décident d'explorer la résurgence du Volp , une rivière à quelques centaines de mètres du château familial; ils construisent une frêle embarcation à l'aide de caisses et de bidons de pétrole et puis entament un parcours de deux kilomètres sous terre, le 2 juillet ils atteignent de vastes galeries, ils s'obstinent et empruntent un couloir ascendant. Enfin le 10 octobre Max décide de briser une draperie de stalagmites, puis un étroit passage, il pénètre dans un vaste couloir il est le premier à y pénétrer depuis l'âge du renne, sans attendre, dans l'après-midi, les trois frères accompagnés de François Camel entreprennent l'exploration des salles et découvrent deux bisons d'argile, leur père s'empresse d'envoyer un télégramme à Cartailhac alors à Genève et à l'abbé Breuil " Vous avez tort, les Magdaléniens modelaient aussi l'argile. Amitiés Bégouën "Cartailhac répond : "J'arrive" Breuil arrive aussi. Mais l'histoire du Conte Bégouën désormais surnommé " le maître du Volp" et de ses trois fils ne s'arrête pas là. La grande Guerre a appelé sous les drapeaux les trois frères: d'abord Max et Jacques, puis une fois ses études achevées Louis ; en juillet 1916, ils profitent d'une permission militaire pour se retrouver à Montesquieu , auprès de leur père; pour ce divertir des souvenirs du front, du choc des combats, ils décident de renouer, durant quelques jours, avec le charme de l'exploration souterraine . On leur signale un trou souffleur sur le plateau, c'est à dire un orifice d'où sort un courant d'air et décident de l'explorer se munissent de cordes et prient leur père de garder l'entrée , avant de s'enfoncer dans le sol; plusieurs heures s'écoulent, le Conte s'impatiente, commence même à s'inquiéter jusqu'au moment où , il voit ses trois fils accourir à lui sur le plateau descendu par le plafond percé d'une étroite galerie, ils ont pu en rejoindre une autre et, grâce à elle déboucher dans la grotte sèche d'Enlève ; non sans avoir repéré, au cours de leur périple un vaste complexe de galerie et de salles inconnues jusqu'alors, décorées de splendides gravures et de quelques peintures.
Cette caverne prend rapidement le nom, fort justement méritée des
"Trois Frères" Breuil , alerté et invité par le Conte Bégouën se charge d'en relever les figures, de les déchiffrer, d'en établir la chronologie, il estimera plus tard d'y avoir passé dix mois entiers de sa vie , répartie sur dix années. Breuil est notamment fasciné par une étrange représentation appelé "Sorcier" sa dimension est de 0m75 et 0m 50 de large, vue de face cette tête a des yeux ronds pupillés entre lesquels descend la ligne nasale se terminant par un petit arceau, les oreilles dressées sont celles d'un Cerf, il n'a pas de bouche mais une très longue barbe striée tombant sur la poitrine, les avants bras sont relevés et joints horizontalement se terminant par deux mains juxtaposés , à doigts courts et tendus, leur couleur est délavée presque disparu, une large bande noire cerne tout le corps , amincissant à l'ensellure lombaire et s'étendant aux membres inférieurs fléchis, les pieds, les orteils compris , sont assez soignés et marque un mouvement analogue à celui de la danse du "Cakewalk" le sexe mâle accentué non érigé est rejeté en arrière , mais bien développé inséré sous une queue abondante (Loup ou Cheval) à petite houppe terminale. Telle est évidement la figure que les Magdaléniens considéraient comme la plus importante de la caverne et qui nous paraît , à la réflexion celle de l'Esprit régissant la multiplication du gibier et les expéditions de chasse . Personne ne reste longtemps indifférent à cet étrange personnage qui fixe de ses yeux d'oiseaux de nuit celui qui ose percer les ténèbres qui l'ont protégé durant quinze mille ans.
En 1955 Breuil doit renoncer a participer au troisième congrès panafricain présidé les deux premières manifestations du même genre, se contente d'envoyer le texte de son discours de président sortant : " Mon âge, malgré mon excellente santé et ma santé saine et active, m'oblige à renoncer à être des vôtres, comme vos collègues d'Alger. Si je n'ai pas renoncé au travail de réaction et même au travail modéré sur le terrain, je dois éviter les journées fatigantes de séances et d'excursions collectives. Si l'adieu à la grottes des Trois Frères n'est pas le dernier, Breuil voit en revanche des proches, des familiers disparaître ; le Conte Bégouën meurt en 1956, en 1954 disparaissent ses deux compagnons de Lascaux : Denis Peyrony et Fernand Windels en 1955 il perd son frère Michel et son ami Pierre Teilhard de Chardin , sans doute est ce pour cela qu'à la fin de la même année il écrit à sa cousine Marie Bottet " Je termine ma course, je l'ai gagné, j'ai gardé ma foi, j'ai réalisé l'œuvre qui m'avait été confiée, réalisable avec les forces et dans le temps dont je disposais. Le 14 août 1961, l'abbé Breuil est parti, ses obsèques sont célébrées le surlendemain à la cathédrale de Soissons: l'évêque demande à honorer ainsi, le chanoine Henri Breuil. Il marque pour la préhistoire en France, la fin d'un règne et, sans doute le début d'une nouvelle ère. " Je suis de ceux qui peuvent dire qu'ils ont eu de la chance, que tout leur a réussi dans la vie qu'ils s'étaient proposée. Toujours à chaque moment propice, j'ai eu l'aide, l'ami, le collaborateur, l'appui qu'il me fallait , Henri Breuil "
jeudi 20 novembre 2025
Bernard Werber La Voix de l'arbre
Rose et Aymeric s'enfoncent dans les profondeurs de la forêt de Ciron au coeur des Landes à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux. Rose pinson vingt trois ans, de petite taille, cheveux châtains , yeux en amande couleur noisette , avance sur le sentier forestier, chaussures de randonnées à semelles épaisses aux pieds. Elle est vêtue d'un jean et d'un tee-shirt blanc orné des mots " Sauvez les Baleines" au -dessus d'un cétacé qui bondit au-dessus des vagues. Devant elle, ouvrant la marche, se trouve Aymeric Monestier, vingt neuf ans; c'est un grand jeune homme blond et barbu, aux yeux bleus et à la mèche rebelle, il porte un short et un tee-shirt vert sur lequel est inscrit en lettres capitales : " POUR Q'UN ECOLOGISTE SOIT ELU PRESIDENT IL FAUDRAIT QUE LES ARBRES VOTENT " Les deux randonneurs fendent les fougères, mais s'écorchent les mains et les jambes dans les ronces et les chardons autour d'eux, alors que le soleil devient orange, les merles lancent leurs mélodies. J'en ai marre, je veux rentrer dit-elle ! Tu ne trouve pas que ce coin est splendide ? La forêt du Ciron est la plus ancienne de France. Ils continuent d'avancer le long de la rivière Ciron, sous un épais plafond de verdure qui ombrage les rives . Allez s'il te plaît rentrons insiste t'elle .Tu vas voir, c'est exceptionnel , personne ne peut rester insensible à ce que je vais te montrer. Enfin , après quelques minutes de marche dans ce chaos végétal, Aymeric s'arrête à l'orée d'une clairière au centre de laquelle trône un seul arbre. Voilà ! c'est lui déclare t'il sur un ton plein de respect . Rose fixe l'arbre du regard, puis , son compagnon et lâche : Ne me dis pas que c'est pour voir "ça" que tu m'a fait venir ? " çà" n'est pas n'importe quel arbre ! Ce grand végétal est un chêne pédonculé. Il a échappé au repérage parce qu'il a poussé dans un vallonnement ce qui le rend peu visible avec toutes ces broussailles denses aux alentours, aux randonneurs amateurs. Bon d'accord c'est très jolie admet t-elle, elle recule pour prendre une photo, puis elle saisit l'épaule d'Aymeric se colle à lui et prend la pose pour un selfie avec le chêne en arrière plan. C'est un vrai monument végétal, je l'ai fait mesurer par les forestiers 23,5 mètres de haut, soit l'équivalent d'un immeuble de trois étages, il a une envergure de trente mètres; quand à son tronc, il faut au moins cinq hommes qui se tiennent par les mains pour en faire le tour. Les forestiers ont sectionné l'une de ses plus grosses branches pour pouvoir compter précisément les cernes. Chaque cernes correspond à une année, ils en ont dénombré milles deux cent vingt sept ; ce chêne a donc milles deux cent vingt sept ans ! Tu imagines ce qu'a vécu cet arbre ? Il a été contemporain des derniers cultes païens qui ont peut être perduré par ici, il a pu côtoyer l'empereur Charlemagne, les hordes d'envahisseurs vikings, les premiers pèlerins de Compostelle . Je me fiche de ton chêne "pédonculé" et je me fiche de ce qui s'est passé ici il y a milles ans; en revanche je veux bien laisser sur son écorce un souvenir de notre amour présent. Rose prends ses chefs , choisis celle de l'extrémité la plus pointue et commence à graver un coeur en enfonçant profondément la pointe métallique dans le tronc, de la sève coule transparente, on dirait une larme dit Aymeric, c'est seulement de la sève de toute façon ton arbre ne peut pas souffrir c'est un végétal, il n'a pas de système nerveux. Arrête ça s'il te plaît ! Qu'est ce que tu peux être rabat joie! tu m'exaspère et au lieu de t'admirer, j'ai juste envie de te tuer ! au même moment elle perçoit un bruit provenant de sa droite, elle tourne la tête: deux randonneurs au loin regardent dans sa direction et la dévisagent interloqués, elle ramasse une pierre et la jette vers eux. Tous deux éclatent de rire ; puis Aymeric propose à Rose de monter dans l'arbre car il a repéré une sorte de plate forme aux croisement de deux branches, tu veux que nous fassions l'amour en hauteur, la jeune randonneuse lui caresse la joue et si on tombait, c'est haut dis donc !Mais je n'aime pas être ici et j'aime encore moins cet arbre, je te propose de quitter cet endroit sinistre pour une chambre confortable avec un lit moelleux. A peine Rose a t'elle terminé sa phrase qu'un craquement sec se fait entendre au-dessus d'eux . La jeune femme lève la tête tout semble alors se passer au ralenti ; une énorme branche a cassé et tombe; l'extrémité la plus grosse et la plus lourde percute le crâne d'Aymeric dans un bruit sourd de noix de coco brisée. le sang gicle, il écarte les yeux de surprise, puis s'effondre. Le sourire de Rose se fige, sa bouche s'ouvre aucun son n'en sort, pendant quelques secondes, elle reste en état de sidération, immobile, les pupilles élargies, incapable de bouger, quand elle arrive enfin à reprendre sa respiration, les oiseaux s'envolent au hurlement qu'elle pousse ; un cri d'animal, déchirant, son souffle devient plus court et elle commence à tousser, vite son spray bronchodilatateur , elle le presse contre sa bouche , vide. Elle sort son smartphone de sa poche et compose fébrilement le numéro des pompiers. Personne ne réponds, Rose se met alors à suffoquer , elle s'effondre au sol juste au pied de l'arbre et perd connaissance. La jeune femme aux cheveux châtains est étendu sur un lit; des électrodes collées sur son torse, un tuyau transparent double embout lui entre dans les narines pour l'aider à respirer. Pouvez vous me dire ce qui s'est passé exactement ? Le médecin sort son smartphone de sa poche et relit le compte rendu d'hospitalisation avec attention et déclare : votre fille a eu un problème respiratoire et s'est évanouie dans un endroit isolé de la forêt de Ciron , deux randonneurs l'ont trouvé et ont pu contacter les pompiers. Vous êtes là .... dit elle d'une voix pâteuse, ma chérie comment vas tu ? lui demande son père en lui prenant la main. Rose fronce les sourcils; des images s'imposent à elle, comme par flash, la forêt , le chêne, Aymeric ...La branche , Aymeric ....C'est à ce moment qu'on frappe à la porte de la chambre, deux hommes entrent l'un est en uniforme, l'autre en veste en daim, gendarmerie nationale, lieutenant Giacometti :Etes-vous en état de répondre à quelques questions mademoiselle ? C'est à propos de la mort d'Aymeric Monestier , m'autorisez vous à enregistrer notre entretien mademoiselle Pinson ? Rose acquiesce de la tête. Veuillez décliner votre identité, votre âge et votre profession s'il vous plaît : J'ai vingt trois ans et je suis étudiante en informatique à l'université de Bordeaux. Quelle est votre spécialité ? Actuellement, je rédige un mémoire sur le décryptage du langage des baleines. Quel était votre lien avec la victime ? Rose sent son coeur s'emballer, Aymeric est ...était mon fiancé. Depuis combien de temps? Six mois . Vous vous êtes disputés? Ce n'était pas vraiment une dispute, nous avons échangés , des points de vue différents; nous venions de nous embrasser au moment ou l'accident s'est produit. Aymeric avait deux
passions les promenades en forêt et l'escalade notamment des arbres. Elle avait toujours refusé de le suivre dans ses escapades, à cause se son asthme et puis un jour pour lui faire plaisir, elle avait accepter de faire cette promenade dans la forêt de Ciron. Elle regarde la photo d'Aymeric posée sur le chevalet, le temps de silence achevé, les employés des pompes funèbres descendent le cercueil dans la fosse, l'émotion est sur le point de submerger Rose, sa respiration se fait plus saccadée, elle attrape la Ventoline dans la poche de sa veste et en aspire une bouffée; elle se concentre pour ne pas éclater en sanglot avant de se présenter devant les Monestiers. Au-dessus de son lit trône la photo poster d'une baleine sautant au-dessus d'une vague, sur une commode est posé un grand aquarium rempli d'une trentaine de poissons cichlidés aux couleurs chatoyantes, ces poissons réputés parmi les plus sociaux et les plus intelligents viennent parfois contre la vitre, comme s'ils s'intéressaient à ce que Rose accomplit. Elle leur adresse un petit salut de la main, elle aime les observer, notamment lorsqu'ils ont peur: Les mères cichlidés cachent leurs enfants dans leurs bouches et les recrachent lorsque la menace est passée. Allongée les yeux grands ouverts , Rose n'arrive pas à trouver le sommeil, elle soupire bruyamment et retourne se coucher et enfin elle parvient à s'endormir et rêve, elle se retrouve dans la forêt du Ciron, soudain l'arbre géant amputé de sa branche, et qui saigne de la sève, lui envoie une intention qu'elle perçoit clairement et qui se résume à une phrase " Il faut que nous nous parlions " Au réveil , Rose est en sueur, tout son corps est moite, elle se souvient parfaitement de son rêve et de la phrase que le chêne géant lui a transmise " Il faut que nous nous parlions "Est ce que je deviens folle? Ce doit être le traumatisme de la mort d'Aymeric qui continue à me hanter. Il faut que j'en ai le coeur net, elle enfile ses chaussures descends au rez de chaussée, prends son vélo tout terrain; le jour se lève à peine quand elle atteint le forêt du Ciron, Rose retrouve sans trop de difficulté le chêne pédonculé et se plante devant lui. Tu m'as demandé de venir pour parler, je suis là, je t'écoute, que voulais tu me dire ? Un courant d'air au sommet de l'arbre produit un bruissement dans les feuillages. C'est tout ce que tu as à me dire ? De nouveau , le vent secoue les branchages et le frottement des feuilles fait une sorte de crissement. Ok maintenant , c'est à toi de m'écouter. Tu as beau mesurer vingt trois mètres de haut et être âgé de deux cent vingt sept ans tu ne m'impressionne pas tu m'entends ! Tu as tué l 'homme que j'aimais et si je peux communiquer avec toi ;c'est surtout pour re dire que jamais je ne te pardonnerai. Elle prends alors ses clefs et au lieu de terminer le coeur qu'elle a commencé , elle le transforme en tête de mort . Rose consulte son ordinateur et sur la barre de recherche : les arbres peuvent ils avoir une forme de conscience ? Au fil de ces lectures elle remarque un article d'un jeune professeur botanique qui étudie comment les arbres communiquent entre eux. Il se nomme Sylvain Wells et enseigne à l'université de Bordeaux. En quelques clics bien ajusté elle réussit à accéder à l'agenda des conférences. L'université n'est plus qu'à quelques centaines de mètres Arrivée dans la salle cours, une vingtaine d'étudiants s'installent. Le professeur Wells entre ; l'homme est chauve, d'une trentaine d'années un mètre quatre vingt, lunettes à montures en bois. Le professeur note au tableau : Sensibilité Végétale, avant de poursuivre, j'ai une question à poser . Est ce que vous avez déjà essayer de parler à une plante ? A votre géranium, votre rhododendron , pétunia ? La question surprend mais personne ne réagit, la seule à lever la main est Rose, je vous écoute mademoiselle . Ce matin, j'ai essayer de parler à un chêne pédonculé . Et vous avez réussit ? Non . Il inscrit un nouveau titre au tableau : Expérience de Cleve Backster . C'était un criminologue américain travaillant pour la CIA dans les années 1960 . Un beau jour de septembre 1961 Cleve Backster eut l'idée d'utiliser son détenteur de mensonge pour interroger non plus un humain mais ...la plante grasse de son balcon. Il mit les capteurs sur la tige, quand il l'arrosa, il constata que le bras du polygraphe réagissait en produisant des hachures serrées et plus hautes. Le professeur soulève la grande bâche, révélant des appareils électriques et des plantes en pots. Les vingt étudiants s'avancent, Rose est de plus en plus intriguée. Sylvain Wells branche les fils et allume les appareils, puis il saisit une bouteille d'eau et arrose la terre au pied du dragonnier, le bras mécanique s'agite produisant des stries qui défilent dont les plus hautes touchent la ligne des 33% . A la fin du cours , Rose l'interpelle : Excusez moi monsieur , puis je vous parlez Je ne suis pas étudiante en botanique, je suis venue par curiosité , mais j'ai été passionné par tout ce que vous avez raconté ; pourriez vous m'aider à communiquer avec ce chêne pédonculé dont je vous ai parlé? Pourrait -on par exemple utiliser votre galvanomètre; Sylvain Wells ne semble pas particulièrement enthousiaste , ce sujet était au coeur de votre cours aujourd'hui , mais vous pouvez aller beaucoup plus loin. Certes , mais ces temps ci , j'ai trop d'articles scientifiques à terminer ; déjà Sylvain Wells lui tourne le dos et quitte la salle. Mais un imprévu vas tout changé, le lieutenant tend à Olivier le mandat d'arrêt de Rose car elle est soupçonnée d'avoir tué Aymeric. Mais elle s'enfuit sur son vélo et se réfugie dans la forêt et s'endort au pied du chêne pédonculé. Tout le monde s'inquiète, mais elle n'a qu'une idée en tête communiquer avec ce chêne qu'elle à nommer Yggdrasil . Pour cela Rose finit par trouver l'adresse personnelle de Sylvain Wells sur l'application de géolocalisation et repère la maison du botaniste. La cloche rouillée retentit dans un bruit de ferraille, une fenêtre s'ouvre à l'étage, le professeur Wells apparaît en pyjama; qui me dérange si tôt? Il reconnaît Rose encore vous ? Veuillez m'excuser , mais je viens vous voir pour que nous discutions du projet de machine à traduire le langage humain en langage arbre ; il referme la fenêtre avec rage . Rose reste immobile devant la porte, Wells est sa seule possibilité de réussir, sans lui c'est la prison assurée. Sylvain va finir par céder devant l'obstination de Rose et, surtout en apprenant qu'elle sera en prison si elle ne prouve pas son innocence. Sylvain photographie les appareils branchés , demande à Rose de posé à côté, puis prend des selfies d'eux devant le chêne et devant l'Arprophone . Ensuite il termine les derniers réglages du détecteur de champ magnétique et fixe la longueur d'onde sur 1,618 Hz, puis il branche le polygraphe, le micro et le haut parleur. Rose dit bonjour ! sur la ligne graphique tracé par le bras encré du polygraphe apparaît une oscillation qui signifie que sa phrase en langage humain a été traduite et transformée en émissions de signaux électromagnétiques sur la fréquence de 1,618 H2 censée être compréhensible en langage arbre : pas de réponse ; essaie encore l'encourage le botaniste. Me comprends tu ? Oui ou Non ? questionne t'elle en articulant nettement , soudain le bras du polygraphe ondule, une voix masculine résonne dans le haut parleur : Oui ! Rose sent une émotion l'envahir çà y est , il a parlé ! L'Arbrophone marche ! Les deux pleurent de joie en se serrant dans les bras. Nous avons réussi...Rose lui pose une autre question : Sait tu ce que sont les humains ? Vous ... êtes... des êtres qui ...bougent tout le temps ; Rose est ravi , enfin il s'exprime . je te reconnais, j'ai déjà parlé avec toi, mais ce n'étais pas comme ça , c'était directement dans ton esprit. Il m'a reconnue, Sylvain est lui aussi impressionné . Pourquoi voulais tu que nous communiquions toi et moi ? Il ne faut pas que vous nous coupiez . Comment le sais tu ? Je ne suis pas le seul à percevoir vos pensées, nous sommes attentifs à ce que vous pensez et à ce que vous faites. Moi je suis avec vous et je veux vous protéger, dès la première fois ou tu es venue près de moi, j'ai senti chez toi quelques chose de différent; c'est pour cela que j'ai souhaité ce dialogue entre toi et moi Tu es la première de ton espèce qui peut nous "percevoir" Alors c'était çà , il m'a choisie il faut que j'en ai le coeur net . Sylvain est subjugué , Rose poursuit : As tu tué l'homme qui était avec moi lors de cette première rencontre entre nous ? Oui ! Pourquoi ? Il voulait nous détruire . As tu fait exprès de faire tomber cette branche sur lui ? Oui ! Pourquoi ? C'était nécessaire pour préserver les miens c'est lui qui dirigeait le département "prévention des contaminations" de la société de son père et c'est lui qui sélectionnait les parcelles à raser ...Rose n'en croit pas ses oreilles Yggdrasil vient de fournir le témoignage qui peut l'innocenter.
Les premiers arbres sont apparus il y a 385 millions d'années . appelés Archaeopteris , ils ressemblaient à des fougères géantes mais avec un tronc et des ramifications comme ceux des conifères. Ils pouvaient mesurer jusqu'à trente ou quarante mètres de haut. Ces arbres primitifs ont composés les premières forêts et ont complètement modifiés l'atmosphère terrestre en capturant le gaz carbonique et en produisant de l'oxygène. Cette propriété de l'air qui a permis l'émergence de nouvelles formes de vies et notamment d'animaux pourvus de poumons, capable de respirer précisément ce précieux oxygène. Comme sur la peau de l'être humain, une blessure sur l'écorce d'un arbre devient la porte d'entrée pour les maladies notamment les champignons qui grignotent le bois sans que les dommages soit visibles de l'extérieur. Mais l'écorce n'a pas le pouvoir de cicatriser ses plaies dans les minutes qui suivent le coup, comme notre peau ; l'arbre réagit en fabriquant un bourrelet cicatriciel , mais cela prend du temps parfois plusieurs mois, durant lesquels le végétal reste sans défense . L'une des manières de sauver, l'arbre consiste donc à déposer sur la zone accidentée un pansement constitué d'une couche artificielle de protection; nos ancêtres ont ainsi utilisé pendant longtemps un mélange d'argile et de bouse de vache. Le concept de sylvothérapie a été popularisé après que le ministère japonais de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche l'a inscrit comme méthode de psychothérapie sous le terme de Shirin-Yoka ( littéralement bain de forêt) Il s'agissait d'initier les habitants stressés à se promener en forêt pour se détendre et soigner leurs angoisses . Le premier effet que produit la forêt est visuel, le fait de voir des arbres et de baigner dans toutes les nuances de vert des feuilles, calme le promeneur. Le second effet est olfactif , l'air des forêts est rempli de phytoncides libéré par les arbres ; ces composés organiques volatils riche en alcaloïdes et en terpènes ont des vertus antimicrobiennes et simulatrices du système immunitaire. Lorsqu'ils sont ingérés dans le corps humain, ils font baisser le taux de cortisol et ralentissent les battements cardiaques. En 2009, le gouvernement sud-coréen a décrété que la forêt de Saneum était officiellement un lieu de guérison, il y a désormais trente deux forêts classées " forêts de guérison" dans ce pays. En 2021 , la forêt d'Hostens, en Gironde , dans le sud-ouest de la France, a été labellisée comme lieu de sylvothérapie . En 2022, une étude publié par Simone Kühn , de l'institut Max Planck, en Allemagne, a montré qu'après une heure de promenade en forêt l'activité des zones du cerveau liées au stress diminuait.
lundi 22 septembre 2025
,
Ma mère avait les dents fragiles, mauvaise alimentation pendant la guerre, mais elle était très belle et de fait cette fragilité timide s'ajoutait une distance, un charme mystérieux qu'elle a toujours gardé. Le 6 août 1962 Micheline aller accoucher d'une fille puisqu'elle avait déjà un garçon Francis né en 1957, un jour avant le retour de mon père de la guerre d'Algérie . Elle désirait une fille qu'elle prénommerait Brigitte et aurait tout pour que Michou ( ma mère ) puisse jouer à la poupée et tisser au fil du temps un lien de complicité féminine, celui sans doute qu'elle connaissait avec mémé Louise, sa mère. Dans la chaleur du taxi bleu ciel de banlieue qui nous emmenaient à l'hôpital de Longjumeau , une chanson passait à la radio , ma mère se tenait le ventre pour éviter d'accoucher sur la banquette arrière; le temps d'arriver dans la salle d'accouchement et pouf j'arrivai comme une lettre à la poste , ce qui tombait bien car Lucien ( Lulu) son époux, mon père, le communiste travaillait aux PTT (Petit Travail Tranquille ) disait-on , ou (Paye Ta Tournée ) Mais là, stupéfaction, la sage femme annonça " C'est un beau garçon!" Folle de rage contre la vie, le ciel et Dieu , ma mère eut du chagrin. pendant plusieurs jours , elle ne voulait ni me voir ni me regarder, ni me reconnaître. C'est ainsi que ma vie commença, par quelques jours d'abandon et de solitude, d'autant que pour mettre un peu de piment à tout çà j'étais entre la vie et la mort, j'étais atteint d'une bronchopneumonie double et d'asthme j'étais donc en standby en couveuse, avec un panaris. Quand les choses eurent pris leur place, nous étions quatre, mon père, ma mère, mon frère et moi plus la chatte Mistouflette et nous avons eus des bons moments . C'était le temps de l'idéal , la banlieue, les années soixante; communiste par notre père et catholique par notre mère nous avons bénéficié , Francis et moi d'une éducation plutôt contrastée. La vie était bohême, avec des grosses galères en fin de mois. Le programme de ma famille était simple, on n'a pas beaucoup, on se serre la ceinture, on passe l'année et en juillet colo, puis en août Douelle dans le lot, le camping sauvage. C'était la vie des travailleurs convaincus de bâtir un avenir meilleur, faucille et marteau en têtes d'affiche. La révolution, la grande aventure collective : Aragon, Jean Mouline et Angèle Grosvalet dont la photo à dix sept ans figurait dans le livre de la Résistance que tout bon militant possédait; c'était notre atlas , notre dictionnaire, notre bible; maman elle avait ces livres de prières. Nous avons vécus là, dans cette couronne de banlieue, la grande, près des champs de pommes de terre et des avions qui décollent. La rue des Acacias , dans le petit pavillon jouxtant celui de nos grands-parents paternels pépé Riton et mémé Malou; c'est là que mes années seraient les plus belles, tout me paraissait grand, féerique 21 et 22" rue des Acacias, mes parents avaient mis toutes leurs économies, avec un emprunt de vingt ans sur le dos . Ma fenêtre comme celle de Francis que j'appelais Titi depuis toujours donnait sur la pelouse et le cerisier; le plus magique c'était la nuit, je laissais ma fenêtre ouverte à l'espagnolette et les volets idem, j'écoutais les avions atterrir et décoller. Parmi les avions , ma préférence allait à la Caravelle dont mon grand-père Henry vantait les mérites " Ce sont les avions les plus sûrs disait-il "Je savais qu'elle revenaient d'Algérie ces Caravelles car elles ramenaient ma tante Denise lumineusement belle, mystérieuse de ce pays plein d'exotisme. J'allais grandir là, dans cette rue , dans cette banlieue campagne. J'irais à l'école Lafontaine , chez Mme Bellassene . J'irais à la cantine me réfugier dans le parfum si chaud des gros seins de mémé Malou qui y travaillait. J'étais très attiré par les filles ; ma mère , mes grands-mères ma tante, ma nourrice, ma maîtresse, les dames de la cantine. Mon père était très sympathique, éclatant, racé, il avait le chic pour rendre les choses importantes. Il était ressorti de l'Algérie communiste, cégétiste, et travailleur aux PTT. A l'époque, après l'Algérie et avant 68, le travail pour un communiste d'une vingtaine d'année avec deux enfants et une femme ravissante compte moins bien que la cause. La cause, les idées, celles qui , dans les rêves de mon père, allaient changer ce monde à la suite d'un tremblement idéologique. Il était beau, parfait, brun, petite coupe, petite moustache, assez grand, portant bien le sens de l'humour et celui de raconter les histoires. Il était drôle et autoritaire, créatif et aventurier, il nous embarquais dans la grande aventure de la vie et on allait le suivre, les yeux fermés, on était bien . " C'étais drôle, tu partais pour ton travail et comme tu cumulais jusqu'à mélanger les PTT, la politique et les activités syndicales, tu nous intriguais et tu nous parlais de la vie à grande échelle pas celle du quotidien, celles des grandes décisions qui allaient se prendre, celles des grands combats qu'il faudrait mener pour en finir avec la droite; tu nous racontais ta vie, elle se confondait avec l'histoire du pays et du monde " Tu as commencé par tes désirs que l'existence avait laissés sur le carreau, le jazz laissé pour compte pour cause d'études, tu te voyais faire médecine, puis tes études foutues par terre pour cause de guerre et un mouflet. et tu pars en Algérie, contre tes idées qui commencent à mûrir. Te voilà en kaki sous les drapeaux, dans un pays auquel tu ne veux aucun mal et tu te retrouve infirmier. tu vas côtoyer la souffrance des hommes, la solitude, l'injustice, toi gamin de la Seconde Guerre à peine adulte, tu es soudain au coeur de l'enfer, à soigner des hommes blessés ou à les recouvrir d'un drap maculé de sang quand il est trop tard .Tu n'es pas sur le champ de bataille, mais tu recueille chaque jour ceux qui y sont tombés. Tu te laisse pousser la barbe, tu soigne, tu apprends les hommes dans leur complexité et tu es en colère , mais au fond de toi tu garde espoir, tu crois en l'humanité. Ta barbe pousse et tes idées font leur chemin. Les Algériens dont tu t'occupe à l'hôpital ont des infections oculaires, tu aide comme tu peux; ils te considèrent comme différent des autres, tu t'occupe d'eux, de leur courrier, parfois tu écris pour ceux qui ne peuvent plus. Les Algériens t'aiment bien, et tu aime bien les Algériens, tu ne comprends pas cette guerre , elle est contre nature et génère que souffrance. Ils aiment ta barbe, ils te font confiance, ils t'appellent " Boulhaya" " Le Barbu" un jour tu écris une lettre pour un prisonnier qui a été torturé, tu te fait attraper avec le courrier et tu es interrogé, quels sont tes liens avec les Arabes ? Tu explique la vérité et ton interrogatoire dure des jours; tu seras envoyé sur le terrain éclaireur de pointe de ta section . Te voilà donc devant à un kilomètre des autres, tu crapahutes , c'est toi qui signale si la voie est libre ou pas. Tu te rase, tu te lave avec ce que tu trouve, comme tu peux pour ne pas sombrer. Tu as vu ceux qui se sont laissé aller, ils sont tombés sous les balles ou ont été fait prisonniers et retrouvés morts , les couilles dans la bouche. Tous les jours, ça recommence, tu te rase, tu avance et tu communique avec ton chef , tu combat malgré toi. Les conditions météo et politiques durcissent sérieusement; tu déteste de Gaulle et l'empire colonial. Et puis un jour, tu rejoins ta section après une longue marche vous êtes installés sous des arbres près d'un cours d'eau, la nuit tombe. Tes camarades et toi, à tour de rôle allez dormir et prendre le quart. Soudain , le cauchemar vous êtes attaqués par les fellaghas, coups de feu, de couteaux, égorgement et cris de stupeur, puis plus un bruit, quelques mots en arabe; toi tu fais le mort, tu réduis ta respiration au maximum, tout à coup, un homme te saisit, te retourne et pose le canon de son fusil sur ton front et tu reconnais cet homme, tu l'a soigné, tu as transmis son courrier à sa femme, tes yeux se fixent au fond des siens, il te dévisage, il te reconnaît alors il te dit " Le Barbu" tais toi, puis d'un violent coup de crosse il t'assomme .Quand tu te réveille à l'hôpital, on t'apprend que ta section a été massacrée, tu es le seul survivant et les questions recommencent. Tu es vivant pourquoi ? Pourquoi toi seulement ? Et puis faute de preuves , on te libère et tu finis par rentrer au pays. Tu prends ta carte du Parti communiste français et tu t'engages pour défendre ton idéal. Tu vas mal dormir pendant des années, tu ne parleras pas et tu garderas au fond de toi cette douleur, tu es revenu vivant , mais quelque chose était mort, resté là bas avec tes camarades. Tu es rentré cassé, brisé, dévasté; un héros survivant qui devra se reconstruire comme il pourra. Tu te retrouvera père de famille revenant d'une guerre qui te faisait honte . Pour l'heure notre famille , notre maison vivait bercé par ce rêve que le monde contestataire partageait avec nous : Angela Davis, Salvador Allende , les opposants à la guerre du Vietnam, nous les grévistes , les manifestants contre de Gaulle, Pompidou, Giscard; Lulu tu avais mobilisé toute la famille pour suivre tes engagements. A chaque élections, sceaux , pinceaux, colle, affiches Parti communiste , programme commun, la nuit nous nous tenions à tes côtés et c'était formidable cette impression d'être dans la Résistance. On vendait le muguet le 1er mai et tous les dimanches l'Huma dont les dessins de Cardon faisaient ta joie. Nous on s'occupait du local à Wissons , toi tu t'occupait du national CGT, PTT, les grandes grèves, grandes décisions c'était ton job. Ma mère riait des mots de mon père, même si je sais qu'elle commençait à le détester un peu ; elle l'aimait pourtant je sentais que le ver était dans le fruit. Bref, maman avait des doutes, mais elle faisait comme si de rien, des doutes ne font pas une certitude . Hélène était une amie de papa chez laquelle , il me déposait de temps en temps, elle était petite Hélène, elle était communiste, c'était une camarade, ils étaient très liés çà se voyait, quant ils prenaient un café, on sentait la complicité; une fois mon père parti je demandai à Hélène de jouer avec moi, je devenais docteur, elle était très patiente et se laissait faire avec gentillesse pour me faire plaisir, et peut-être qu'elle aimait bien çà . J'étais môme , encore petit, mais j'aimais beaucoup ces heures de liberté qui échappaient au reste du monde et à ses jugements; l'heure venue, elle se redressait doucement , me souriait gentiment, je l'embrassais sur la bouche lèvres fermées tremblantes, je caressais ses jambes et tout son corps une dernière fois en rêvant déjà de la prochaine. Puis elle attrapait ses vêtements, j'étais bien, j'aimais la voir se rhabiller, elle rajustait sa jupe, refermait un à un les boutons de son chemisier et semblait déjà ailleurs, elle reprenait sa vie et son corps de femme, je rétrécissait et redevenait l'enfant qui pendant une heure avait été docteur, comme si nous avions rêvé, comme si la réalité de ce que nous avions vécu n'était pas certaine. Au PTT, ils étaient un homme pour sept femmes au centre de tri du XIV à Paris; les femmes tu les aimais beaucoup, je me souviens de situations scrabbleuses, tu as quand même réussi à bien jouer le coup entre tes diverses et convergents activités, plus tes déplacements, d'abord à Beauvais, puis la Bulgarie et la Martinique. Quelques unes de tes histoires étaient mieux connues de Titi et moi, les plus sérieuses, pas les p'tits coups passagers, celles qui durent. Il y avait d'abord Hélène dont je finis par comprendre que la liaison qu'elle entretenait avec mon père allait au-delà du travail et des idées révolutionnaires; Hélène mais aussi Jeanine que tu allongeais dans ta voiture sur les chansons de Charles Dumont ;Jeanine était blonde, peut-être fausse, en chair, bourgeoise et une jupe quasi tout le temps , et ça duré, car tu ne pouvais pas t'en dépêtrer. Tu avais une chambre, rue Lecourbe près des Chèques postaux et là çà défilait grave, car en dehors des sérieuses, il y avait les filles d'un soir. Impossible de les compter, Dieu seul le sait, tu étais un homme à femmes . Tu suivais les mouvements de la planète politique de l'Algérie d'où tu étais revenu héros miraculé, à ton engagement profond en 68 dont tu racontais l'épisode du lion de Belfort place Denfert Rochereau quand Daniel Cohn Bendit grimpa sur le lion tu étais là, non loin de lui . Tu évoquais les photos de Leny Escudero , la proximité communiste, ta poignée de main avec Pierre Juquin , Ferrat dans les manifs, dans les meetings. Tu me parlais d'Aragon et des poètes qui s'étaient fait tuer ou emprisonner ; Victor Jara à qui on avait coupé les doigts pour qu'il joue mieux de la guitare, Pablo Neruda qui jamais à genoux célébrait Salvador Allende suicidé dans son palais, Federico Garcia Lorca exécuté pour sa poésie subversive et son homosexualité dans l'Espagne de Franco qui copinait tranquille avec Adolf et Benito , tu énumérais ces millions de morts juifs, communistes, indépendantistes, homosexuels, arabes, poètes, peintres, intellectuels , musiciens, professeurs ou curés, ouvriers, paysans , tailleurs, petits soldats, héros et déserteurs les dormeurs du val , tant d'hommes , tant de femmes vivant en nous après leur mort, tant de visages. L'alcool ou plutôt les alcools ont toujours fait partie de la fête, nos chansons populaires en témoignent et donnent à ces boissons enivrantes un charme léger joyeux et bien de chez nous; toujours une bonne occasion pour lever le coude, une naissance, un anniversaire, un décès, une contrariété ou tout simplement l'apéro, le trou normand ou le très populaire un dernier pour la route. Du sang de Dieu , au petit vin blanc, en passant par le whisky bon pour les artères, on n'en finit pas de trouver des raisons de s'en jeter un derrière la cravate ou de s'en prendre une bonne. C'est vrai que floutée la vie a une autre gueule. Au début je ne me rendais pas compte de tout çà, l'idée avait quelque chose de festif, de joyeux, je n'en voyais pas encore les effets secondaires sur le comportement ni les ravages sur la santé : Le café étant le rendez-vous idéologique où chaque dégustation engendrait un fleuve de propos aussi vacillant que leurs orateurs, l'alcool qui faisait pourtant de nous peuple de travailleurs, des gens meilleurs peut-être, quand il nous unifiait dans un rêve qui ne durait que le temps de l'effet du pastis et du rouge. On avait pris une ratatouille en 1974 , Giscard était passé avec le monopole du coeur, on comptait bien se rattraper en 1981 avec François M., Georges M. et le programme commun. Lulu était pris dans un tourbillon, un jour il me parla de mademoiselle C une jeune étudiante, une lettrée, maitrisée, agrégée et là j'ai compris que mon père partait pour des contrées inconnues et lointaines dont parfois on ne reviens pas. Mademoiselle C prenait tout l'espace de sa vie cachée, quand il allait la rejoindre rue Lecourbe, il retrouvait des sensations qui pensait pas revivre à son âge, les démons de midi viennent s'en qu'on s'y attende et ils vous casse la boussole à en perdre la tête en même temps que le nord, le miroir que le diable vous tend, bien que déformé vous donne envie d'y croire. Les voyages de Lulu dans ses montagnes russes s'accentuaient et ses absences à la maison aussi. Maman était trop fatiguée , après des opérations des dents à répétitions , elle est partie quelques temps en convalescence. Pendant ce temps là Lulu à décider de rompre avec Hélène et Jeanine. C'est un soir que j'ai décider d'annoncer à mes parents que je voulais être comédien, je devais sentir que les choses finiraient mal, il fallait que je bouge, que je prenne position quand à mon avenir de façon ferme et définitive, mes parents furent d'accord, Francis poursuivait ses études supérieures d'art à Chantilly. Lulu débarrassé de ses maîtresses respirait mieux et maman avait repris le travail ,et elle reçu des appels anonymes, cela avait pour conséquence de mettre une sale ambiance à la maison. Après avoir enterré De Gaulle en 1970, Pompidou lui avait succédé, s'était éteint gonflé de cortisone et enfin Giscard depuis les diamants de Bokassa avait un sacré trou dans son électorat, on savait que la France avait envie de faire table rase d'un passé de droite qui avait trop duré et que la gauche menée par cet ancien garde des Sceaux, le grand François avait une sérieuse chance de l'emporter. Le début d'une histoire allait marquer la fin de la nôtre. Voilà, c'était fait : " Je demande le divorce, maintenant je ne veux plus te voir jamais va t'en ,tu me dégoûte et vas retrouver ta salope !" Lulu avait quitter les lieux sans réclamer son reste. Ce fut une période longue et décousue. Ils ont vendu la maison, ils ont fait les comptes et Lulu est parti s'en rien la queue entre les jambes avec ses clés de voiture et sa liberté. Maman s'est acheté un petit appartement à Fresnes . Après la victoire de la gauche, Lulu a quitté le parti communiste, il s'est installé dans le Lot et s'est engagé chez les écologistes. Quand Maman appris la naissance de ta fille Ophélie, elle dit " J'ai souffert mais aujourd'hui c'est ton père qui va souffrir et la pauvre petite aussi." Ophélie a grandi et Catherine a travaillé pour un député, un radical de gauche ; tu étais devenu un homme de l'ombre et femme au foyer c'était pas ton truc. Ca sentait la tisane et toi tu as commencé à sentir les effets du temps et de tes excès, tu avais des problèmes d'argent , de santé, de reconnaissance et le tout cumulé faisait de toi un animal difficile à maîtriser . Et comme tu continuais à faire ménage à trois avec les tranquillisants et l'alcool , ça a tourné au vinaigre , tu as fait un infarctus . Le jour où la nouvelle est tombée; tu avais divorcé de Catherine; pendant ta deuxième hospitalisation à Toulouse, la nouvelle n'a pas l'air de surprendre Maman, elle n'a pas manqué de me dire : " Tu vois, j'te l'avais bien dit, elle a largué son vieux !"Tu divorçais pour la deuxième fois et ça n'avait rien de rigolo, au téléphone tu m'as dit " oui on divorce, je suis avec Géromie maintenant , je l'ai rencontré à l'hôpital, elle aussi elle a eu un infarctus . Tu t'es donc installé dans la région de Narbonne , chère à ton coeur à cause de Charles Trenet. Tu vivais donc en paix avec ta troisième femme dans cette région chantante et tu semblais couler des jours paisibles bercé par le vent de là bas. C'est à Bangkok que j'ai reçu un coup de fil de Francis : Tu étais tombé mon Lulu en glissant du lit sur le sol tout bêtement, une mauvaise chute, et on t'avais transporté d'urgence ; en fait tu étais déjà mort à l'hôpital. Aujourd'hui , nous sommes réunis à Wissous pour ton dernier voyage dans la section 7. Je voulais te dire que quand tu es mort , Michou à perdu son mari , elle était en deuil pour de vrai, , elle était libre et profondément elle même, nue de toute rancune. Toute sa vie était là présente , car même après le divorce, après t'avoir aimé autant que détesté, tu étais resté le seul homme de sa vie, sa seule histoire d'amour et, j'ai la faiblesse de croire qu'il en étais de même pour toi. Quelques années plus tard, Michou est partie elle aussi. Vous êtes morts de la même façon , vous êtes tous les deux tombés sur le sol et vous vous êtes brisés , après deux crises cardiaques pareil.
Inscription à :
Articles (Atom)



