jeudi 23 juillet 2026

Jean Moulin Mémoires d'un homme sans voix de Nelly Bouveret, Francis Zamponi et Daniel Allary

 




J'ai huit ans le 20 juin 1907, c'est un jeudi et je n'ai pas classe, la fête familiale dans notre petit appartement  de la rue d'Alsace à Béziers, est soudain interrompue par la voix de mon père " A Narbonne, à une vingtaine de kilomètres de chez nous, le sang a coulé; la troupe a ouvert le feu; il y a eu des morts . Mon père est un de ces hussards de la République sur lesquels Jules Ferry comptait pour affermir un régime que les royalistes, les bonapartistes et l'église tentaient de renverser. Enseignant laïque et je l'ai su plus tard franc- maçon , il a été de tous les combats républicains. A l'encontre de l'opinion générale, il a défendu l'innocence du capitaine  Dreyfus, dénoncé l'antisémitisme alors triomphante et fondé la section locale de la ligue des droits de l'homme. Il est l'un des personnages les plus en vue de Béziers ; il consacre plus de temps aux autres et à la vie publique qu'à sa famille; je n'ai jamais entendu ma mère le lui reprocher. La plupart de ces soirées sont réservées à des réunions . Celle de la loge maçonnique Action sociale dont il ne nous parle jamais, celle de l'université populaire où il enseigne l'histoire aux adultes persuadé que seule l'instruction permettra aux Français de ne jamais retomber dans le fanatisme et l'intolérance , celle enfin du parti radical où il vient écouté et joue un rôle modérateur. Conseiller  municipal à Béziers, puis conseiller général de l'Hérault , mon père est totalement engagé dans la vie de la cité. A la maison, il nous fait partager son admiration  pour Gambetta qui a refusé la défaite de 1871, rétabli la république et sauvé l'honneur de la France; pour Victor Hugo  qui s'est exilé afin de ne pas vivre  sous le joug de Napoléon III et pour les héros de l'Antiquité  comme Socrate ou Caton... Je dois avouer que je ne partage pas toujours ses enthousiasmes . Notre arrière grand-père était un soldat de la Révolution, notre grand-père Alphonse a connu les prisons du second Empire pour avoir proclamé son attachement à la victoire républicaine. Mon père est un missionnaire de la république. je déçois beaucoup mon père, il est le premier de la famille a avoir pu faire des études et il veut que j'aille encore plus loin que lui . 1914 je viens d'avoir quinze ans, c'est l'été à Saint-Andiol  chez ma grand-mère, c'est le début des vacances, mon père s'est enfermé dans son bureau, élu conseil général de l'Hérault  en 1913 il travaille sur des dossiers qu'il doit présenter à la rentrée. Le 2 août 1914 le tocsin sonne à Saint-Andiol l'ordre de mobilisation générale est placardé sur la porte de la mairie. L'Allemagne attaque la France, le lendemain le 3 août 1914 la France est en guerre, en septembre, je rentre au lycée de Béziers, je suis reçu au baccalauréat en 1917, mon père s'est contenté d'un commentaire " Mention passable". Je dois reconnaître que je préfère dessiner, je passe mon temps à m'exercer dans la marge de mes cahiers , pour parler des hommes le dessin me vient plus facilement que les mots . J'ai récemment publier une série de poulbots dans les journaux, dix francs le dessin. J'aime l'ambiance des cafés, c'est là que sont traités les grands sujets politiques, diplomatiques par petits groupes . L'hiver 1917 je suis étudiant à la faculté de Droit, nous habitons dans le centre de Montpellier, après dîner, je sors faire un tour sur la place de la Comédie, soudain des pas résonnent autour de moi , une bande de garçons bruyants s'approche, ils sont une quinzaine, très jeunes dix huit, vingt ans à peine des gamins qui viennent d'être mobilisés, ils partent pour le front on dirait qu'ils ne savent pas; mais ils savent pour les tranchées, le froid là dedans, les amputations, ils savent comment on agonise avant de mourir. Mon logement à Montpellier c'est ma soeur qui me la trouvé, mes études de droit c'est plus pour faire plaisir à mon père que par goût personnel que je les ai entreprises. J'aurai voulu être artiste, j'ai vendu des dessins à la Baïonnette ( un journal satirique national) je continue à dessiner des caricatures, des portraits des aquarelles que je publie dans les journaux d'étudiants de Montpellier, je crois que c'est à cela que j'aurai voulu consacré ma vie; mais il aurait fallut rompre avec ma famille et surtout mon père : " Jean le premier devoir du citoyen est de s'occuper des affaires publiques" m'a t'il dit et redit . Ma voie est maintenant tracée, puisque je ne peux pas être artiste, au moins deviendrai je , un bon  serviteur de la République. Une fois licencié en droit, j'ai consacré tout mon temps à mes modestes missions, bien sûr l'appui de mon père, encore une fois  m'est précieux ; fils d'un notable local, par ailleurs ami d'un ancien ministre je ne suis pas un fonctionnaire comme les autres. Monsieur Moulin, comme votre père vous êtes et devrez rester un vrai républicain" me rappelle souvent le préfet. C'est sans doute autant à mon père qu'à mon travail personnel que je dois ma promotion le 10 mars 1922 comme chef de cabinet du préfet de Savoie. Le 11 mai 1924 auront lieu les élections législatives, j'ai participé au congrès de l'union de gauche et à la mise au point de la tactique électorale. Socialistes et radicaux sont d'accord pour présenter trois candidats radicaux ; le soir du 11 mai me remplit de joie en Savoie comme dans tout le pays, la victoire du Cartel des gauches renverse la majorité, cette victoire ne fait pas le bonheur de mon père; pour la première fois nos opinions politiques divergent; pour lui les socialistes trop révolutionnaires ne peuvent rejoindre l'union des républicains, pour moi nous devons accepter cette alliance si nous voulons constituer une majorité et gouverner. Cependant, ma carrière me préoccupe, depuis trois ans, je suis en fonction dans une sous-préfecture de 3ième classe et je guette l'opportunité de demander un avancement. Je suis nommé sous-préfet de 2ième classe en janvier 1930 , je part à Châteaulin en Bretagne et traverse la France en automobile, mes activités à la sous-préfecture me laissent beaucoup de temps libre, j'en profite pour dessiner des personnages anonymes ou des figures bretonnes que je signe " Romanin " Je fréquente les cafés littéraires, je suis reçu chez les artistes qui séjournent en Bretagne, les sculpteurs italien Giovanni Leonardi ami de Picasso, Céline avec qui contre toute  attente, je me sens des affinités concernant la graphologie, je me suis lié d'amitié profonde avec le poète et peintre Max Jacob j'aime ce personnage déchiré; juif converti au catholicisme, homosexuel mystique et débauché, avec lui j'ai découvert l'art contemporain, il m'a convaincu de la pertinence du cubisme et des expériences surréalistes. Est ce Max Jacob qui m'a transmis le virus du collectionneur d'art ? Toujours est il que, depuis quelques temps, j'achète des tableaux  avec passion quitte à m'endetter ; je visite les galeries parisiennes  et réside à Montparnasse . Pierre Cot m' a spontanément proposé de le rejoindre pour la formation du ministère, je ne suis pas mécontent après trois années passées à Châteaulin . Je suis maintenant sous préfet 1er classe et mon avenir semble assuré; mes fonctions de chef adjoint du cabinet aux affaires étrangères en 1933 puis de chef à part entière au ministère de l'Air en 1934 n'ont pas duré bien longtemps , mais elles m'ont beaucoup appris sur les rouages de la haute administration et m'ont permis de faire des relations dans les ministères. Pierre  Cot m'a promis que je serai bientôt nommé secrétaire général d'une grande préfecture " Dites vous bien, Monsieur Moulin , que quand on est secrétaire général on devient vite Préfet" m'a t'il encouragé. Pierre  Cot a tenu ses promesses le 1er  juillet 1934 , je prends à Amiens mes fonctions de secrétaire général  de la préfecture de la Somme. Je suis le second personnage d'un département de près de 500 000 habitants ,mon préfet s'absente souvent  et me délègue volontiers ses pouvoirs. Pendant deux ans de mon séjour à Amiens ,  j'ai pu mesuré l'ampleur des tâches d'un Préfet et particulièrement en périodes électorales en mai 1936. Chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air, j'ai été tenu d'appliquer la politique d'aide secrète à l'Espagne, pendant plus d'un an j'ai gardé le silence sur cette action clandestine, c'est ainsi que avec l'accord de mon patron, je suis devenu un passeur; avec la complicité de syndicalistes je recrute des pilotes volontaires et je fais passer clandestinement des armes, des munitions et des avions de l'autre côtés des Pyrénées ; il me faut ruser avec la police et la douane donner des ordres officiels le jour et la nuit par téléphone . En 1937, Madrid repousse les colonnes fascistes, peut être grâce à l' action que nous avons mené dans l'ombre. Je vais quitter le ministère de l'Air pour l'Aveyron dont je viens d'être nommé préfet le plus jeune préfet de France; cette promotion qui , pour la droite, ne peut être due à mes amitiés politiques me vaut des bordées d'injures, mais elle a permis à mon père de réaliser son vœu émis vingt ans plus tôt " je ne voudrais pas mourir sans voir mon fils préfet "La préfecture de l'Aveyron n'aura été pour moi qu'un intermède pendant lequel le Front Populaire a été balayé par l'Espagne républicaine vaincu par Franco. En janvier 1939, je pars à Chartres comme préfet d'Eure et Loir ; une semaine plus tard c'est la signature de l'accord de Munich, il permet à Hitler de s'emparer de la Tchécoslovaquie. La France est en guerre à Chartres nous n'entendons pas encore le bruit des armes; mais l'arrivée de plusieurs milliers de personnes évacuées des départements limitrophes de l'Allemagne, leur accueil et leur hébergement étant du ressort du préfet je dois organiser des trains, fournir du pain, de l'eau à toute cette population composées essentiellement de femmes , d'enfants et de vieillards. Maintenant  que tous ces cas difficiles sont réglés, je vais essayer de faire aboutir un projet qui me tient à coeur , j'ai trop regretté de ne pas avoir combattu pendant la guerre de 1914 1918 pour ne pas m'engager dans celle-ci . Tous les hommes de mon âge vont exposer leur vie pour défendre leur pays et j'aurai l'impression d'être un lâche si je restais à Chartres à l'abri de la préfecture. depuis plusieurs mois je m'acharne, j'ai fait intervenir des amis du ministère et même des généraux, la visite médicale aurait pu être fatale ; il me manque un dixième à l'œil gauche, mais j'ai demandé une contre expertise et j'ai été déclaré " bon pour le service "Le 13 décembre 1939 je rejoins ma base, mais une lettre du ministre me démobilise, et je dois reprendre immédiatement mon poste de préfet. En rentrant à Chartres, j'ai trouvé un département au bord de la panique, le nombre de réfugiés à augmenter, la population envahit les rues et j'ai de plus en plus de mal à maintenir l'ordre; je me bats avec des moyens dérisoires pour préserver la population civile; je viens heureusement de recevoir l'aide d'une caravane de secours composée de trois médecins et de plusieurs infirmières. Les communications sont coupées, lutter contre les incendies  déclenchés par les bombardements, mon département est mutilé, demain les Allemands entreront à Chartres . Je les recevrai et je serai fait prisonnier, j'espère avoir la force de résister à ce qui m'attends. J'ai revêtu mon uniforme pour attendre les Allemands dans la cour de la préfecture, Monseigneur Lejards le vicaire est à ma droite , M. Besnard le maire de Chartres à ma gauche une grosse voiture vient stopper devant nous, plusieurs officiers allemands en sortent. " Je me présente: " Je suis Jean Moulin , préfet d'Eure et loir, je présente mes compagnons et j'ajoute " la fortune des armes vous amène en vainqueurs dans notre ville, nous nous inclinons, devant la loi de la guerre, l'ordre ne sera pas troublé si vous nous donnez l'assurance que vos troupes respecteront la population civile spécialement les femmes et les enfants" A 18 heures on m'avise que deux officiers allemands me demandent d'urgence, ils me font monter dans une voiture qui démarre aussitôt; on me fait état d'atrocités qui auraient été commises par nos soldats " Des femmes et des enfants ont été massacrés après avoir été violés, ce sont vos troupes nègres qui ont commis ces crimes. Les services de l'armée allemande ont rédigé un "protocole" qui doit être signé par notre général et par vous  comme préfet du département; je manifeste ma stupéfaction et je proteste contre les accusations  portée contre l'armée française et notamment contre les tirailleurs sénégalais qui se sont magnifiquement battus : Non dis je je ne signerai pas, mes yeux doivent être tellement chargés de mépris, qu'ils n'insistent pas et donnent l'ordre de m'enfermer dans une petite pièce carrée. Mon devoir est tracé, des débris de verres jonchent le sol, ma décision est prise. Debout, en entrant les soldats allemands s'affolent  à la vue de cet homme en uniforme de préfet, qui les regarde, un trou béant à la gorge; il est emmené à l'hôpital civil où les officiers allemands inquiets du bruit que provoque cette arrestation  déclarent qu'il faut oublier ce "malentendu". J'ai repris ma place à la préfecture, en tant que préfet je m'efforce de protéger la population des réquisitions abusive. Je continu de travailler avec les notables proches du gouvernement de Front Populaire, mes supérieurs me rappellent plusieurs fois à l'ordre, mon indiscipline vient d'aboutir à ma disgrâce. Aujourd'hui 2 novembre 1940 le maréchal Pétain a signé le décret me relevant de mes fonctions. L'heure est arrivée pour moi, d'entrer dans la clandestinité. Le 15 novembre je quitte Chartres avec ma carte d'identité de préfet qui n'a aucune valeur et une autre  fausse au nom de Joseph Mercier professeur en droit. Je suis résolu à rejoindre les partisans du Général de Gaulle , je m'installe à l' hôtel moderne  à Marseille, j'ai laissé pousser ma moustache, je porte de grosses lunettes fumées, un feutre baissé sur mes yeux et une écharpe pour cacher ma blessure que je me suis faite à la gorge. A Avignon , Nice , Lyon je rencontre des chefs de mouvement qui ne sont encore qu'embryonnaires ; les actes de résistances relèvent pour la plus part , d'initiatives individuelles. J'ai pris contact avec Henri Frenay, le chef du mouvement de Libération nationale, l'organisation la plus importantes en zone Sud, celle qui n'est pas occupée par les Allemands. Les besoins sont énormes , il faut entraîner des groupes à l'action militaires, créer une liaison régulière et sûre avec Londres. A Marseille j'ai retrouvé Antoinette Sachs  que j'ai connu en 1937, elle connaît  beaucoup de monde et me facilite les contacts. Je suis de plus en plus impatient de partir, pour Londres, j'ai déjà tenté plusieurs fois de le faire; j'ai fait intervenir mon ami Manthès il a réussi à m'obtenir un passeport , mais je n'ai toujours pas de visa, en désespoir de cause, je me suis rendu à la sous préfecture, j'ai attendu que l'employée s'absente quelques instant pour ouvrir son tiroir en tirer le cachet l'apposer sur mon passeport. Le 9 septembre 1941 via l'Espagne et le Portugal je pars enfin à Londres. Le Général de Gaulle m'a reçu quelques jours après mon arrivée; je ne le connaissais pas; en France des amis m'avaient mis en garde : Ce n'est pas un démocrate, c'est un militaire autoritaire et ambitieux, il est entouré de gens de droite, tout ce qu'il souhaite c'est prendre la place de Pétain .  J'ai osé lui demander quelle était sa vision de l'avenir de notre pays, il m'a regardé longuement et m'a rassuré en me disant qu'il n'avait aucun doute sur l'issue victorieuse de la guerre, que son but était de redonner son honneur à la France et de restaurer la République. Je lui ai préciser que je ne voulais pas rester en Angleterre, il m'a assuré qu'il allait s'en occuper et qu'il me chargerait d'une mission. Ma mission s'est précisée, je serai délégué civil et militaire pour ce que nous nommons la zone libre. L'avion va décoller, je vais revenir en France sous le nom de " Rex" j'emporte avec moi de faux papiers , une arme, des documents secrets  de l'argent et surtout la dose de cyanure qui me permettra d'éviter la torture si je suis pris . Dans l'obscurité, j'ai machinalement répéter les gestes appris à l'entraînement me dégager des sangles du parachute le plier puis l'enterrer. A Montpellier j'ai montré à ma soeur la lettre manuscrite du Général de Gaulle et les microfilms cachés au fond d'une boîte d'allumettes. C'est avec cela que je dois unifier les mouvements de résistance les placer sous l'autorité du Général et organiser des filières d'acheminement d'armes et d'argent. J'ai remis 250 000 francs à Henri Frenay fondateur du mouvement  de combat et lui ai montré les microfilms , il n'est pas convaincu que nous devons nous ranger et obéir au Général de Gaulle; j'ai eu moins de problèmes avec Raymond Aubrac le responsable militaire Libération, je l'ai rencontré à Lyon, il accepte de passer sous l'autorité de, de Gaulle. J'ai retrouvé Joseph , la radio qu'avait été parachuter en même temps que moi; nous l'avons installer dans le grenier d'un presbytère près d'Orange, je vais pouvoir communiquer directement avec Londres.  Pour voyager sans éveiller les soupçons , je serai marchand d'art parcourant la France à la recherche de tableaux, ma galerie d'art s'appellera " Romanin " un clin d'œil au temps où je signais de ce nom mes dessins. La mission de l'Armée secrète est de mener une guerre de guérilla qui prendra un maximum d'intensité le jour J  , le jour du débarquement , le travail de préparation est en grande partie réalisé. Je viens d'apprendre l'arrestation à Paris du général Delestraint , l'armée secrète est décapitée. Le général Delestraint sur qui je comptais tant est maintenant aux mains des Allemands, j'ai la certitude que la Gestapo et Vichy me traquent , je suis sûr qui savent que je m'appelle Jean Moulin qu'ils connaissent  mon pseudonyme , mon visage, mes fonctions. Si nous ne réagissons pas dans les jours qui viennent, nous perdront , l'Armée secrète, elle échappera à de Gaulle pour passer sous le contrôle des Américains . A Lyon j'ai pris contact avec les responsables militaires, Raymond Aubrac, André Lassagne , Henri Aubry, le colonel Lacaze  et le colonel Schwartzfeld , nous avons décidé de nous  réunir après-demain 21 juin à 14 heures, nous nous retrouverons à Caluire  chez le docteur Dugoujon , on est dans la salle d'attente , alors que je m'apprête  à me lever pour monter au premier étage où a lieu la réunion, plusieurs voitures s'arrêtent devant la maison, très vite , des hommes font irruption dans le hall d'entrée, j'entends crier " Police allemande ", j'ai à peine le temps d'avaler les documents qui sont dans ma poche. Nous sommes frappés à coup de matraque et traînés en direction des voitures. J'ai bénéficier d'un temps de répit de deux jours , avant le début des interrogatoires, ils ne m'avaient s'en doute pas encore identifié au moment de l'arrestation, je leur ai présenté des papiers au nom de Jean Martel . J'ai vite soupçonner qu'ils savaient parfaitement  qui ils cherchaient après l'interrogatoire que je viens de subir, je ne peux plus en douter. Ils m'ont ramené dans ma cellule, j'ai pu voir sur la porte un panneau sur lequel est inscrit " Allein" c'est à dire isolé en allemand. Je ne dors plus, je souffre trop, j'ai refusé de dire quel est mon rôle dans la Résistance, j'ai raconté à l'officier nazi Klaus Barbie qui dirige les interrogatoires que je suis artiste peintre, il a éclaté de rire et s'est moqué de moi, il m'a tendu un papier et un crayon; il voulait que j'écrive les noms de mes amis et leurs adresses; pas pour se renseigner puisqu'il savait déjà tout çà , mais pour m'humilier, pour m'obliger à lui céder et à garder une trace de ce que j'appelle " la lâcheté française" j'ai fais semblant de me résigner, mais quand Barbie m'a arracher la feuille , il a éclaté, furieux, j'avais dessiner sa caricature . Je viens d'être transféré en voiture à Paris, j'étais épuisé, j'ai du être traîné jusqu'aux bureaux de la Gestapo avenue Foch. Jai été torturé par des Français qui travaillent sous les ordres des nazis, ils frappent avec une sorte de schlague faite d'un ressort d'acier terminé par une boule, j'ai été brûlé avec des plaques d'amiantes, j'ai étouffé dans une baignoire d'eau froide. Le train roule depuis des heures, je ne sens plus mon corps, je n'ai plus mal. 
Jean Moulin est mort avant d'arriver à Francfort. En 1947 , lors du premier procès de René Hardy accusé d'avoir dénoncé  Jean Moulin aux Allemands, le directeur de la police criminelle de Francfort dit ce souvenir d'un appel téléphonique en juillet 1943 en l'informant qu'un homme était décédé, le commissaire a examiné le corps et constate qu'il s'agissait d'un homme ayant beaucoup souffert. On ignore encore aujourd'hui la date exacte du décès de Jean Moulin, on ignore également si l'urne n° 10137 contient réellement ses cendres comme l'ont affirmé les autorités allemandes . Le 18 décembre 1964 à l'occasion des cérémonies  du vingtième anniversaire de la Libération du Mémorial des Martyrs de la Déportation à Paris avant d'être transférées au Panthéon. Là le lendemain , la République avec à sa tête son président Charles de Gaulle rend hommage au caporal Mercier  héros de la Résistance qui prends ainsi place dans l'histoire de son pays sous son vrai nom : JEAN MOULIN .