Sans être démunie, mon enfance fut modeste, nous habitions une banlieue proche de Paris. La petite ville de Saint-Maurice que bordent au nord de Charenton et au sud de Maison Alfort; je suis né en 1937 l'endroit n'avait pas ce côté " résidentiel" qu'à acquis vers les années 1980 cette partie de l'actuel Val de Marne. En vérité l'hilarité, n'était pas vraiment fréquente à la maison ; Louis , mon père était un homme de belle stature, avait le verbe haut et s'emportait facilement. La pudeur des sentiments allait de pair avec des règles de vie commune qui ne souffraient aucune transgression, ainsi on dînait à sept heures du soir pile. Louis avait d'abord fait une carrière de comptable avant de devenir , Directeur administratif d'une biscuiterie alors situé à Maison Alfort et appelée " Gondolo" d'une certaine manière, ce fut ma première rencontre avec la publicité que l'on appelait alors la "réclame". La boîte carrée de Gondolo ornée d'une superbe gondole bleue et de son séduisant gondolier était aussi célèbre que le slogan qui vantait les mérites de ses produits : "Gondolo le biscuit qu'il vous faut " Comment aurais je pu deviner que , quelques trente ans plus tard les biscuits reviendraient dans ma vie quand il s'agit de relancer la marque Lu ? Je l'ai dit, je suis né en 1937, ma première enfance fut donc une enfance de guerre, je n'ai évidement qu'un souvenir très vague de l'exode qui, en 1940, jeta sur les routes des centaines de millions de Français dans l'espoir, souvent chimérique de trouver un refuge au sud. En 1942, pour m'éviter ce que l'on appelait avec euphémisme les "restrictions" mes parents m'. avaient confié à des fermiers de Ducey , un village proche de la baie du Mont Saint-Michel dans l'espoir que je pourrais manger à ma faim et avoir une croissance normale. Les conditions de vie dans cette ferme de Ducey étaient quasiment médiévales, ce qui bien sûr, mes parents ignoraient. Ma chambre un réduit , pas de toilettes, l'humiliation malgré mon jeune âge, en matière d'hygiène un coup de torchon mouillé sur le nez le matin . Quand quelques mois plus tard, ils sont venus me récupérer, ils ont été affolés par mon état, j'avais le corps rougi par les piqûres de puces, les poux grouillaient dans mes cheveux et en prime venait de faire son apparition la gale que j'avais généreusement partagée avec mes frères en rentrant à Paris. A la Libération au moment où les troupes alliés faisaient mouvement sur Paris, mes parents décidèrent une nouvelle fois de m'envoyer hors zone à risques , je passais l'été 1944 , un été très chaud à Ozouer-le Voulgis, un petit village de Seine et Marne situé non loin de Melun et où le peintre David avait acquis une propriété, le ferme des Marcoussis , un ancien Prieuré des Célestins, c'est là dit-on qu'il aurait conçu son célèbre tableau le sacre de Napoléon . Nous eûmes la joie de voir des troupes , les libérateurs remonter la rue principale du village , ils acceptaient avec joie les grands paniers de poires juteuses que nous leur donnions, en retour ils distribuaient des tablettes de chocolat et des chewmigs guns; Bernard mon frère plus tard m'amena à la " Kermesse aux Etoiles " dans les jardins des Tuileries , c'était une fête de charité patronnée par la Maréchale Leclerc et destinée à réunir des fonds pour les œuvres de la 2e DB cette Deuxième Division Blindée dirigée par le Général Leclerc . J'intégrai une scolarité dite normale au lendemain de la seconde guerre mondiale, j'eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre , ce fut pour tout des très jeunes garçons quatre ans de grandes vacances . A la fin du cours moyen 2année , que j'avais suivi au " petit lycée" Marcellin Berthelot à Saint-Maur, je me plantai à l'examen d'entée en 6e qui conditionnait alors l'admission au lycée et surtout le rôle de chef de bande dans les cours de récréation des différentes écoles d'où je me faisais régulièrement renvoyer. Après le certificat d'études, j'avais intégré le Cours Supérieur Condorcet , à Maison Alfort, pour y préparer un brevet commercial, le lycée était assez loin de chez moi et, tous les jours et par tous les temps, je faisais à vélo les cinq kilomètres qui m'en séparaient. Je crains bien n'en avoir été pour autant réconcilié avec la scolarité : je persistais à accumuler les notes catastrophiques, sauf , premier signe d'éclaircie, en sciences naturelles, car je me suis découvert une vocation de chasseur de fossiles puis d'entomologiste. C'est à quinze ans, au cours de vacances d'été passées avec Bernard et sa fiancée , Simone, dans l'Yonne au bord de l'Armançon, que j'eus la révélation de ma passion pour les fossiles. Nous séjournions dans un petit village campagnard, Lézinnes ; la rivière avait creusé dans la roche un véritable canyon , d'une grande profondeur; après une longue descente parmi les blocs de calcaire blanc, on tombait sur un étonnant gisement de fossiles. De superbes ammonites qui ainsi que leur nom l'indique le dieu égyptien Amon était figuré avec des cornes de bélier , des ocres, bruns, beiges , roux....Chasseur de fossiles, j'entrais également progressivement dans le monde des insectes coléoptères et lépidoptères. J'apprivoisais aussi les pies, les corbeaux et les choucas , l'oiseau que j'ai le plus regretté étais justement un "choucas des tours "ou corneille des clochers plumage noir, tête gris perle, l'œil froid et perçant, j'avais rogné ses ailes pour le garder le temps de l'apprivoiser , il restait sur mon épaule pendant les repas. Lorsque mes animaux, du moins d'une certaine taille, mouraient, je les "conservais", je m'étais initié à la taxidermie grâce à la fameuse boutique Boubée elle proposait un étonnant Catalogue des instruments pour les Sciences Naturelles et la Dissection ,et fournissait toutes les indications techniques pour des travaux de taxidermie. J'obtins le brevet commercial où je me distinguai dans l'épreuve de sténo dactylographie , aujourd'hui encore, j'étonne mes collaborateurs par la vitesse à laquelle je tape sans regarder le clavier, sur mon ordinateur, les doigts ont de la mémoire ! Grâce à ma taille du mètre quatre vingt quatorze je m'étais distingué très tôt au basketball ensuite j'ai voulu tout essayer cyclisme, spéléologie , alpinisme, pêche sous marine, voile même le catch . Quand à quinze ans, mes parents m'ont inscrit au club de judo de Saint-Maurice, j'ai su que mon enfance s'achevait et qu'à partir de ce moment, il me faudrait m'assumer; c'est alors que le judo m'offrit à la fois un cadre et, surtout à cette époque où son introduction en France était récente, la dose de singularité dont j'avais besoin pour me sentir exister. C'est d'une banalité que de dire de l'adolescence qu'elle est une période difficile, quand je jette un regard rétrospectif sur la mienne, deux choses contradictoires me frappent: entre disons quatorze et dix huit ans d'une part je n'ai quasiment pas cessé de mettre ma vie en danger, multipliant les aventures les plus risquées, m'imposant des efforts démesurés. Et simultanément, j'ai mis en place les éléments qui allaient me permettre de construire cette vie d'adulte qui m'a comblé et me comble encore. J'ai mis en place ...ou " Se sont mis en place ... Destin? Providence ? Ou que les surréalistes appelaient le " hasard objectif "ces évènements imprévisibles et imprévus qui, pourtant, vont, dans une vie, faire sens, selon certains concours de circonstances qui passent de loin notre entendement. Les " faits glissades" et les " faits précipices", pour citer André Breton, n'ont pas manqué dans cette période de mon existence. J'ai multiplié les actes irraisonnés et franchement déraisonnables , mais le pire souvenir, que je garde est celui d'une expédition dans la Maladeta , le plus haut massif des Pyrénées , j'avais une quinzaine d'années et mes parents nous avaient un copain d'école et moi déposé à Luchon d'où nous avions prévu de camper trois jours, comment avons nous lié connaissance avec un alpiniste hindou, assez inattendu dans ce lieu au début des années 1950 ? et surtout accepter de l'accompagner dans l'ascencion d'une montagne abrupte , nous n'avions aucune expérience et un équipement en rien adapté à ce genre d'expédition mais une fois encore , un mélange de défi et le refus d'avouer qu'aucun de nous n'étais prêt pour une telle escalade. Passé le dernier refuge, les sentiers se firent de plus en plus difficiles, les amoncellements de blocs granitiques qui s'éboulaient sous nos pieds menaçant à chaque instant de nous emporter dans leur chute, nous avons décidé de faire demi-tour , lui a continué ; notre conscience était salutaire, mais ne résolut en rien notre problème immédiat; Redescendre certes, mais par où ? Nous avons finalement retrouvé un passage et puis merveille le chalet et une soupe brûlante. Cela ne m'a pas rendu plus sage, il eut d'autres expéditions aussi déraisonnables et je n'étais plus vraiment adolescent, cette escalade de l'Etna sans guide et par des chemins improvisés qui me firent pénétrer dans la zone où l'on était à portée des jets de pierres projetés par le cratère. Ce qui arriva ! Le volcan était dans une grande phase d'activité et à un moment , je me suis retrouvé sur pellicule de cinq centimètres maximum de mâchefer, sous laquelle de multiples fissures laissaient apparaître la lave en fusion : c'est en heurtant une pierre, qu'est apparue l'incandescence; j'ai dévalé la pente aussi vite que possible avec le vague sentiment d'avoir échappé aux feux de l'enfer. Outre la chasse aux fossiles je m'étais découvert une nouvelle passion la spéléologie attirance du même ordre et à peu près la même inconscience et la même impréparation avant de ce lancer dans l'aventure; un équipement sommaire, deux cordes et des piles de rechanges pour les lampes électriques. Notre progression a été bloquée par un laminoir, une sorte de passage beaucoup plus large que haut; celui ci était tel que nous ne pouvions à peine tourner la tête et nous avancions par une interminable reptation , à coup de coudes et de reins. Nous sommes arrivés dans une salle immense , dont l'architecture naturelle accumulait les formes les plus stupéfiantes: des stalactites et des stalagmites ocres, roux, orangés mais aussi ce que l'on nomme des "concrétions folles" ou "excentriques" et dont on ignore encore le mode de formation: cristallisations étoilées, excroissances de calcite d'un blanc laiteux ou presque translucide, une profusion de formes et de couleurs incroyables. Pour autant , cette rencontre avec la spéléologie n'était pas vraiment celle de la Préhistoire qui allait constituer un axe si important de ma vie. Il y fallut un autre "hasard objectif " J'avalais donc des livres sur la paléontologie , l'histoire des études préhistoriques et de leurs précurseurs en particulier: "L'Homme à la recherche de ces ancêtres" d'André Senet devenu mon livre de chevet. François Vatar Jouannet , qui s'y intéresse dès 1816 , le précurseur de la préhistoire: on l'appellera d'ailleurs " le grand- père de la préhistoire" Jacque Boucher de Perthes fera le rapport entre le silex taillés et les animaux disparus, ce qui permettra la datation de l'apparition des premiers hommes. Enfin , Edouard Lartet précisera le rapport entre l'homme et la faune disparue avec la découverte d'une défense de mammouth gravée pendant les fouilles de la Madeleine, en Dordogne. Ils sont les premiers à concevoir l'apparition des premières sociétés humaines, comme bien plus anciennes qu'on ne le pensait à l'époque. Parmi ces grands précurseurs , je ne peux omettre comme on le fait trop souvent le vicomte Alexis de Gourgues , fondateur de la Société historique et archéologique du Périgord. Depuis quelques années , je me suis lancée dans la collection de ces ouvrages des premiers préhistoriens et j'éprouve une réelle émotion à lire les récits de leurs recherches , avec leurs tâtonnements , leurs enthousiasmes et toujours cette conviction chevillée au coeur et à l'esprit, de faire de l'humanité le plus beau don qui soit: celui de découvrir sa propre origine. A cette séduction intellectuelle s'ajoutait l'enthousiasme où je me jetait le fantastique voyage à rebours dans le temps . J'apprenais peu à peu la différence entre l'Homo Erectus, les Néandertaliens et l'Homme de Cro-Magnon, entre le paléolithique et le néolithique. Il n'est pas interdit de penser qu'en cette fin d'adolescence difficile encore marquée par des échecs scolaires , il ne me déplaisait pas de montrer que je pouvais, moi aussi évoluer et le prouver en acquérant une réelle compétence dans un domaine étranger à ma famille. Le personnage de Marcel Castanet mérite l'attention, en 1905 il découvre une petite perle, de moins d'un centimètre de diamètre, très lisse , avec une fine perforation, et la montre à un jeune abbé de passage Henri Breuil dont il sait qu'il s'intéresse à la préhistoire : Voilà , dit Marcel Castanet, un bel objet que j'ai trouvé dans une couche profonde de l'abri Blanchard avec des outils en silex : L'abbé était incrédule, mais après examen , il admit qu'il s'agissait d'une perle en ivoire de mammouth . Poussé par le sentiment que j'avais bradé " mes chances", ce fut vers mes seize ans, un tardif retour aux études; j'ai un temps suivi des cours du soir de préparation au baccalauréat , que j'ai abandonné trop scolaires , et aussi trop normé. Franchement, je ne sais pas trop ce qu'aurait été mon avenir si, après la guerre, Jacques mon frère n'était pas entré chez Havas ses qualité reconnues ,il revint à Paris , j'avais alors dix sept ans et devais envisager de travailler ce que je fis d'abord comme stagiaire , avec la fascinante fonction de nettoyer et ranger les placards poussiéreux; les collaborateurs de Jacques m'avaient surnommé " le cadet de nos soucis" une fine allusion à mon statut familial . Ce fut M. Geingeot qui me trouva un job à Londres dans une petite" filiale" d'Havas qui comprenait huit personnes et j'étais engagé comme cycliste, il s'agissait de porter aux journaux londoniens , les clichés des annonces de " French Line" , "Dubonnet" et " Valderma " Mon frère évoluait dans l'entreprise et le directeur général M. Vagogne lui a proposé de démarrer une unité de publicité Havas leader dans le tourisme, dans toutes les grandes villes et occupait une place prépondérante sur le marché de petites annonces. C'était aussi tenter une diversification, car la puissance de Havas reposait sur le marché, grâce à un pôle essentiellement constitué, pour la presse quotidienne de province, de titres poids lourds tels que Ouest France, Sud Ouest , Le Dauphiné Libéré, Nice Matin, L'indépendant de Perpignan, mais aussi de la régie radio de RTL, avec information et publicité. Après mon service militaire en 1959, j'intégrai l'équipe avec le titre de " technicien de publicité" je suggérais aussi quelques innovations dans l'organisation, dont un service trafic, destiné à gérer l'envoi des clichés de plomb aux journaux mais aussi leur récupération, ce qui permit de substantielles économies . Puis je créais un service média expression ambitieuse puisqu'il s'agissait seulement d'actualiser et de codifier nos tarifs pour éviter de mauvais chiffrages .Depuis le XIX siècle, la " réclame" avait donné naissance à des générations d'affichistes talentueux, voire géniaux , et j'étais très sensible à ce mode d'expression, dont le célèbre Paul Colin disait "L'affiche doit être un télégramme adressé à l'esprit" importance de l'impact, force du message suscitant l'adhésion avec une extrême économie de mots et de moyens : ces caractéristiques de l'affiche correspondaient parfaitement à ce qui paraissait décisif dans un message publicitaire. A Havas Conseil , j'avais été promu " chef de pub", dès ses débuts, Havas Conseil s'est vu confier un certain nombre de budgets: Morvan réalise alors , pour le Conseil national du cuir, l'affiche Le Cuir respire , lui ...et Alain Carrier, qui avait travaillé avec Paul Colin , crée une superbe affiche pour le lancement de Mennen "Pour nous, les hommes ". Mais en ce début des années 1960, notre client le plus important est la Belle jardinière, cette maison de vêtements de confection fondée en XIX siècle connaît quelques difficultés, il lui faudrait , pour rebondir, une innovation marquante, relayer par une publicité efficace. Pour l'innovation ce fut le bodygraph, un procédé permettant d'enregistrer graphiquement ,sur écran , la silhouette du client , et lui promettant ainsi un costume quasi sur mesure au prix du prêt à porter . En 1965, Jacques est nommé directeur général d'Havas, il a quarante ans et j'en ai vingt huit , l'agence commence à s'installer solidement dans le paysage publicitaire; ses créations s'imposent et les évènements qu'elle organise sont le plus souvent des succès. Des rapports assez proches s'étaient établis entre Havas et Europe 1 à l'orée des années 1960 , Lucien Morisse avait été appelé par les fondateurs de la jeune radio pour promouvoir un style radiophonique , on lui doit l'idée de multi diffuser un titre afin d'en faire un "tube". Les rapports des vedettes, comédiens ou chanteurs avec la publicité étaient ambigus, voire frileux, craignaient t'ils de démonétiser leur image en prêtant leur talent à une marque? C'est grâce à Serge Gainsbourg que l'impossible a été possible sur Europe 1 il chantait On the Rocks composé pour Martini . Une autre de nos campagnes publicitaires fut marquée par la forte personnalité d'un chanteur celle que nous avons imaginé pour Conforama avec Henri Salvador, ils furent nombreux celles et ceux qui participaient ensuite à ces spots comme Carlos pour Oasis : "Mais qu'est ce que tu bois, Doudou dis donc?" Les collaborateurs les plus chevronné d'Havas Conseil ne s'étaient pas précipité pour faire partie, à ses débuts de mon équipe . Quel que soit l'estime que je leur portais, je ne le regrettais pas : j'allais pourvoir faire mes choix en toute liberté . Et ceux-ci furent guidés par trois grandes options qui accompagnèrent toute l'aventure du Bélier : L'ouverture d'esprit qui va de pair et la conviction que la motivation est la plus grande source d'énergie d'un groupe humain. Jean Boissonnat disait que , pour la réussite d'une entreprise, il fallait 50% de professionnalisme et 50% de motivation du personnel. Philippe Nicolas était polytechnicien excellent intellectuel , on lui doit une réflexion sur les méthodes de la publicité d'une très grande qualité, était également écrivain auteur d'aphorismes aussi spirituels que profonds tel celui-ci " Perdre la tête soulage les épaules" dont l'inspiration quasi surréaliste me réjouit . Un autre écrivain Gérard Charbit était chef de produit chez Heineken , il y avait un peintre Mathieu Diesse , qui créa pour Bélier d'inoubliables ensembles graphiques nourris de la grande culture picturale et de son approche à la fois ironique et savoureuse de la modernité. Un coureur automobile, Thierry de Montalais, un coordinateur des projets de création encore très jeune , mais en qui j'ai reconnu un vrai potentiel. Bailly , un concepteur de talent. Un prof de Nanterre en psychologie , Marie-Joëlle Lenôtre , enfin un autre peintre , Robert Bouille, mon beau frère, Jacques Berrebi, l'ami de la famille, un génie des finances. A plusieurs reprises, nous avons ainsi pu modifier certaines de nos accroches publicitaires, choisir entre plusieurs visuels, confirmer ou infirmer auprès des équipes créatives des risques que nous avions pressentis. Cette démarche intéressait beaucoup nos annonceurs et nous ne sommes pas peu fier que Lindsay Owen-Jones avant qu'il ne devienne président de L'Oréal, soit venu assister à l'une de ces réunions pour voir la réaction des consommateurs à l'occasion du lancement du parfum " Eau Jeune" Au début on avait très peu de budgets , le plus important était celui d'UAP devenu aujourd'hui AXA , c'est à Mathieu Diesse que je confiai le "relancement" des biscuits LU. Mais s'agissant de bébés notre succès le plus incontestable fut évidement la campagne LOTUS , on s'en souviens peut-être dans les premiers clips télévisé , un bébé trébuchant va de sa chambre à un salon où ses parents donnent à l'évidence un cocktail très mondain, en serrant contre lui un rouleau de papier Lotus qui se déroule tout au long des couloirs et du seuil de la porte, il lève la tête et appelle encore inquiet mais déjà rassuré : Maman ...Pour le message concernant Lotus " Très doux, très résistant, très long" Et pour la forme un mélange de tendresse et d'audace qui fut plébiscité par les acheteurs .Cette publicité qui valu à Bélier nombre de récompenses dont le Grand Prix de la Publicité. Après son formidable succès avec le papier toilette l'entreprise décidera de se lancer dans la production de mouchoirs ; première difficultés Kleenex , deuxième difficulté l'ordre de la communication sur ces deux produits Lotus, troisième difficulté : le budget alloué par Lotus était sans commune mesure avec celui dont disposait son concurrent américain . Nous avons alors pris une décision radicale: pas de spots télévisés, pas de campagne d'affichage uniquement de l'échantillonnage; en outre, ces paquets avaient une valeur ajoutée, ils s'ouvraient très facilement. Nous avions choisi comme test l'autoroute du Nord et je suis donc allé voir le préfet Chopin pour lui proposer en gros, l'échange suivant : nous prenions en charge la mise en place de " relais bébé Lotus " et nous étions autorisés à placer , aux entrées d'autoroutes et aux péages de charmantes hôtesses qui distribuaient aux automobilistes les fameux mouchoirs. Les rapports que j'entretenais avec mes clients étaient toujours directs et souvent chaleureux. ce fut le cas avec Michel Le Tanneur, le patron de la lessive Saint-Marc, avec Marcel Kilfiger, celui de Lotus et surtout un personnage dont je garde un grand souvenir, Lord Granard actionnaire et administrateur de nombreuses sociétés dont Texaco, Martini St Raphaël , Long John. En 1980, l'Agence Bélier était devenue le Groupe Bélier, et j'en étais le P.D.G c'est alors un ensemble de trente cinq sociétés et de mille quatre cents personnes , et la deuxième agence française. Et moi, où en suis-je de ma vie , à l'orée de ces années 1980 ? Elles sont d'abord marquées par la mort de Jacques mon frère, en 1982, il avait cinquante sept ans. Dès 1983, nous fonderons, avec Sylvie et Olivier ses enfants et avec ses amis, la "Fondation Jacques Douce" destinée à soutenir des créateurs d'entreprises dans les métiers de la communication. Françoise, la femme de Jacques en était légitimement la présidente . Dans ces année 1980, ma vie personnelle allait aussi connaître pas mal de changements .Je m'étais marié à vingt quatre ans , certes avec Evelyne, nous avions pendant vingt ans, réussi un parcours serein pour ma part, je n'avais pas consacré assez de temps à ma vie familiale , sollicité que j'avais été par mon métier, la reconstruction du manoir de Bouchevilliers et ma passion pour la préhistoire . Subrepticement , sans drames ni éclats, une certaine distance s'était installée entre nous. Pourtant, il fallut un autre évènement , ma rencontre avec Florence, pour que se profile le nouveau tournant de ma vie . Dans ce regard rétrospectif que je porte sur mon itinéraire, mon rêve était de posséder une grotte " Carpe Diem" proche de Sauveboeuf , combla mes voeux . Cette caverne, découverte en 1927 j'ai donc acheté cette grotte, puis un gouffre appelé " La Chèvre" à côté du village de Tourtoirac en Dordogne. Chacun se perds en conjonctures pour trouver des raisons à la présences des peintures qui ornent les grottes , les théories à ce sujet tombent les unes après les autres . A commencer par celles de l'abbé Breuil le premier préhistorien à avoir décrit Lascaux. J'ai visité des dizaines de ces lieux aussi magiques qu'énigmatiques , sur plusieurs générations, la grotte du Portel en Ariège, que j'ai pu visiter avec son propriétaire M. Vézian , les Contes Bégouën ont été exemplaires dans la manière dont ils ont assuré la conservation de leurs grottes " Le Tuc D'Audoubert " et " Les Trois Frères" . En Matière de préhistoire, j'avais rapidement été pris par le virus de la collection , je n'avais pas encore l'expertise que j'ai acquise, ensuite après avoir sillonné les plus grand sites archéologiques et exploré la plupart des musées, dont on m'ouvrait les réserves. Des silex polis aux strass et paillettes, en passant par les bureaux feutrés et moquettés des grands capitaines d'industrie, je n'ai cessé de faire l'aller et retour entre des mondes que l'on pourrait penser inconciliables. Je crois que j'avais un appétit assez exceptionnel de la vie et surtout une remarquable santé. Je pense que ce magnifique outil préhistorique appelé Biface, symétrique de face comme de profil, me ressemble, par sa diversité employé par nos ancêtres les chasseurs L'Homo Erectus .
mercredi 19 août 2026
Biface de Claude Douce
Sans être démunie, mon enfance fut modeste, nous habitions une banlieue proche de Paris. La petite ville de Saint-Maurice que bordent au nord de Charenton et au sud de Maison Alfort; je suis né en 1937 l'endroit n'avait pas ce côté " résidentiel" qu'à acquis vers les années 1980 cette partie de l'actuel Val de Marne. En vérité l'hilarité, n'était pas vraiment fréquente à la maison ; Louis , mon père était un homme de belle stature, avait le verbe haut et s'emportait facilement. La pudeur des sentiments allait de pair avec des règles de vie commune qui ne souffraient aucune transgression, ainsi on dînait à sept heures du soir pile. Louis avait d'abord fait une carrière de comptable avant de devenir , Directeur administratif d'une biscuiterie alors situé à Maison Alfort et appelée " Gondolo" d'une certaine manière, ce fut ma première rencontre avec la publicité que l'on appelait alors la "réclame". La boîte carrée de Gondolo ornée d'une superbe gondole bleue et de son séduisant gondolier était aussi célèbre que le slogan qui vantait les mérites de ses produits : "Gondolo le biscuit qu'il vous faut " Comment aurais je pu deviner que , quelques trente ans plus tard les biscuits reviendraient dans ma vie quand il s'agit de relancer la marque Lu ? Je l'ai dit, je suis né en 1937, ma première enfance fut donc une enfance de guerre, je n'ai évidement qu'un souvenir très vague de l'exode qui, en 1940, jeta sur les routes des centaines de millions de Français dans l'espoir, souvent chimérique de trouver un refuge au sud. En 1942, pour m'éviter ce que l'on appelait avec euphémisme les "restrictions" mes parents m'. avaient confié à des fermiers de Ducey , un village proche de la baie du Mont Saint-Michel dans l'espoir que je pourrais manger à ma faim et avoir une croissance normale. Les conditions de vie dans cette ferme de Ducey étaient quasiment médiévales, ce qui bien sûr, mes parents ignoraient. Ma chambre un réduit , pas de toilettes, l'humiliation malgré mon jeune âge, en matière d'hygiène un coup de torchon mouillé sur le nez le matin . Quand quelques mois plus tard, ils sont venus me récupérer, ils ont été affolés par mon état, j'avais le corps rougi par les piqûres de puces, les poux grouillaient dans mes cheveux et en prime venait de faire son apparition la gale que j'avais généreusement partagée avec mes frères en rentrant à Paris. A la Libération au moment où les troupes alliés faisaient mouvement sur Paris, mes parents décidèrent une nouvelle fois de m'envoyer hors zone à risques , je passais l'été 1944 , un été très chaud à Ozouer-le Voulgis, un petit village de Seine et Marne situé non loin de Melun et où le peintre David avait acquis une propriété, le ferme des Marcoussis , un ancien Prieuré des Célestins, c'est là dit-on qu'il aurait conçu son célèbre tableau le sacre de Napoléon . Nous eûmes la joie de voir des troupes , les libérateurs remonter la rue principale du village , ils acceptaient avec joie les grands paniers de poires juteuses que nous leur donnions, en retour ils distribuaient des tablettes de chocolat et des chewmigs guns; Bernard mon frère plus tard m'amena à la " Kermesse aux Etoiles " dans les jardins des Tuileries , c'était une fête de charité patronnée par la Maréchale Leclerc et destinée à réunir des fonds pour les œuvres de la 2e DB cette Deuxième Division Blindée dirigée par le Général Leclerc . J'intégrai une scolarité dite normale au lendemain de la seconde guerre mondiale, j'eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre , ce fut pour tout des très jeunes garçons quatre ans de grandes vacances . A la fin du cours moyen 2année , que j'avais suivi au " petit lycée" Marcellin Berthelot à Saint-Maur, je me plantai à l'examen d'entée en 6e qui conditionnait alors l'admission au lycée et surtout le rôle de chef de bande dans les cours de récréation des différentes écoles d'où je me faisais régulièrement renvoyer. Après le certificat d'études, j'avais intégré le Cours Supérieur Condorcet , à Maison Alfort, pour y préparer un brevet commercial, le lycée était assez loin de chez moi et, tous les jours et par tous les temps, je faisais à vélo les cinq kilomètres qui m'en séparaient. Je crains bien n'en avoir été pour autant réconcilié avec la scolarité : je persistais à accumuler les notes catastrophiques, sauf , premier signe d'éclaircie, en sciences naturelles, car je me suis découvert une vocation de chasseur de fossiles puis d'entomologiste. C'est à quinze ans, au cours de vacances d'été passées avec Bernard et sa fiancée , Simone, dans l'Yonne au bord de l'Armançon, que j'eus la révélation de ma passion pour les fossiles. Nous séjournions dans un petit village campagnard, Lézinnes ; la rivière avait creusé dans la roche un véritable canyon , d'une grande profondeur; après une longue descente parmi les blocs de calcaire blanc, on tombait sur un étonnant gisement de fossiles. De superbes ammonites qui ainsi que leur nom l'indique le dieu égyptien Amon était figuré avec des cornes de bélier , des ocres, bruns, beiges , roux....Chasseur de fossiles, j'entrais également progressivement dans le monde des insectes coléoptères et lépidoptères. J'apprivoisais aussi les pies, les corbeaux et les choucas , l'oiseau que j'ai le plus regretté étais justement un "choucas des tours "ou corneille des clochers plumage noir, tête gris perle, l'œil froid et perçant, j'avais rogné ses ailes pour le garder le temps de l'apprivoiser , il restait sur mon épaule pendant les repas. Lorsque mes animaux, du moins d'une certaine taille, mouraient, je les "conservais", je m'étais initié à la taxidermie grâce à la fameuse boutique Boubée elle proposait un étonnant Catalogue des instruments pour les Sciences Naturelles et la Dissection ,et fournissait toutes les indications techniques pour des travaux de taxidermie. J'obtins le brevet commercial où je me distinguai dans l'épreuve de sténo dactylographie , aujourd'hui encore, j'étonne mes collaborateurs par la vitesse à laquelle je tape sans regarder le clavier, sur mon ordinateur, les doigts ont de la mémoire ! Grâce à ma taille du mètre quatre vingt quatorze je m'étais distingué très tôt au basketball ensuite j'ai voulu tout essayer cyclisme, spéléologie , alpinisme, pêche sous marine, voile même le catch . Quand à quinze ans, mes parents m'ont inscrit au club de judo de Saint-Maurice, j'ai su que mon enfance s'achevait et qu'à partir de ce moment, il me faudrait m'assumer; c'est alors que le judo m'offrit à la fois un cadre et, surtout à cette époque où son introduction en France était récente, la dose de singularité dont j'avais besoin pour me sentir exister. C'est d'une banalité que de dire de l'adolescence qu'elle est une période difficile, quand je jette un regard rétrospectif sur la mienne, deux choses contradictoires me frappent: entre disons quatorze et dix huit ans d'une part je n'ai quasiment pas cessé de mettre ma vie en danger, multipliant les aventures les plus risquées, m'imposant des efforts démesurés. Et simultanément, j'ai mis en place les éléments qui allaient me permettre de construire cette vie d'adulte qui m'a comblé et me comble encore. J'ai mis en place ...ou " Se sont mis en place ... Destin? Providence ? Ou que les surréalistes appelaient le " hasard objectif "ces évènements imprévisibles et imprévus qui, pourtant, vont, dans une vie, faire sens, selon certains concours de circonstances qui passent de loin notre entendement. Les " faits glissades" et les " faits précipices", pour citer André Breton, n'ont pas manqué dans cette période de mon existence. J'ai multiplié les actes irraisonnés et franchement déraisonnables , mais le pire souvenir, que je garde est celui d'une expédition dans la Maladeta , le plus haut massif des Pyrénées , j'avais une quinzaine d'années et mes parents nous avaient un copain d'école et moi déposé à Luchon d'où nous avions prévu de camper trois jours, comment avons nous lié connaissance avec un alpiniste hindou, assez inattendu dans ce lieu au début des années 1950 ? et surtout accepter de l'accompagner dans l'ascencion d'une montagne abrupte , nous n'avions aucune expérience et un équipement en rien adapté à ce genre d'expédition mais une fois encore , un mélange de défi et le refus d'avouer qu'aucun de nous n'étais prêt pour une telle escalade. Passé le dernier refuge, les sentiers se firent de plus en plus difficiles, les amoncellements de blocs granitiques qui s'éboulaient sous nos pieds menaçant à chaque instant de nous emporter dans leur chute, nous avons décidé de faire demi-tour , lui a continué ; notre conscience était salutaire, mais ne résolut en rien notre problème immédiat; Redescendre certes, mais par où ? Nous avons finalement retrouvé un passage et puis merveille le chalet et une soupe brûlante. Cela ne m'a pas rendu plus sage, il eut d'autres expéditions aussi déraisonnables et je n'étais plus vraiment adolescent, cette escalade de l'Etna sans guide et par des chemins improvisés qui me firent pénétrer dans la zone où l'on était à portée des jets de pierres projetés par le cratère. Ce qui arriva ! Le volcan était dans une grande phase d'activité et à un moment , je me suis retrouvé sur pellicule de cinq centimètres maximum de mâchefer, sous laquelle de multiples fissures laissaient apparaître la lave en fusion : c'est en heurtant une pierre, qu'est apparue l'incandescence; j'ai dévalé la pente aussi vite que possible avec le vague sentiment d'avoir échappé aux feux de l'enfer. Outre la chasse aux fossiles je m'étais découvert une nouvelle passion la spéléologie attirance du même ordre et à peu près la même inconscience et la même impréparation avant de ce lancer dans l'aventure; un équipement sommaire, deux cordes et des piles de rechanges pour les lampes électriques. Notre progression a été bloquée par un laminoir, une sorte de passage beaucoup plus large que haut; celui ci était tel que nous ne pouvions à peine tourner la tête et nous avancions par une interminable reptation , à coup de coudes et de reins. Nous sommes arrivés dans une salle immense , dont l'architecture naturelle accumulait les formes les plus stupéfiantes: des stalactites et des stalagmites ocres, roux, orangés mais aussi ce que l'on nomme des "concrétions folles" ou "excentriques" et dont on ignore encore le mode de formation: cristallisations étoilées, excroissances de calcite d'un blanc laiteux ou presque translucide, une profusion de formes et de couleurs incroyables. Pour autant , cette rencontre avec la spéléologie n'était pas vraiment celle de la Préhistoire qui allait constituer un axe si important de ma vie. Il y fallut un autre "hasard objectif " J'avalais donc des livres sur la paléontologie , l'histoire des études préhistoriques et de leurs précurseurs en particulier: "L'Homme à la recherche de ces ancêtres" d'André Senet devenu mon livre de chevet. François Vatar Jouannet , qui s'y intéresse dès 1816 , le précurseur de la préhistoire: on l'appellera d'ailleurs " le grand- père de la préhistoire" Jacque Boucher de Perthes fera le rapport entre le silex taillés et les animaux disparus, ce qui permettra la datation de l'apparition des premiers hommes. Enfin , Edouard Lartet précisera le rapport entre l'homme et la faune disparue avec la découverte d'une défense de mammouth gravée pendant les fouilles de la Madeleine, en Dordogne. Ils sont les premiers à concevoir l'apparition des premières sociétés humaines, comme bien plus anciennes qu'on ne le pensait à l'époque. Parmi ces grands précurseurs , je ne peux omettre comme on le fait trop souvent le vicomte Alexis de Gourgues , fondateur de la Société historique et archéologique du Périgord. Depuis quelques années , je me suis lancée dans la collection de ces ouvrages des premiers préhistoriens et j'éprouve une réelle émotion à lire les récits de leurs recherches , avec leurs tâtonnements , leurs enthousiasmes et toujours cette conviction chevillée au coeur et à l'esprit, de faire de l'humanité le plus beau don qui soit: celui de découvrir sa propre origine. A cette séduction intellectuelle s'ajoutait l'enthousiasme où je me jetait le fantastique voyage à rebours dans le temps . J'apprenais peu à peu la différence entre l'Homo Erectus, les Néandertaliens et l'Homme de Cro-Magnon, entre le paléolithique et le néolithique. Il n'est pas interdit de penser qu'en cette fin d'adolescence difficile encore marquée par des échecs scolaires , il ne me déplaisait pas de montrer que je pouvais, moi aussi évoluer et le prouver en acquérant une réelle compétence dans un domaine étranger à ma famille. Le personnage de Marcel Castanet mérite l'attention, en 1905 il découvre une petite perle, de moins d'un centimètre de diamètre, très lisse , avec une fine perforation, et la montre à un jeune abbé de passage Henri Breuil dont il sait qu'il s'intéresse à la préhistoire : Voilà , dit Marcel Castanet, un bel objet que j'ai trouvé dans une couche profonde de l'abri Blanchard avec des outils en silex : L'abbé était incrédule, mais après examen , il admit qu'il s'agissait d'une perle en ivoire de mammouth . Poussé par le sentiment que j'avais bradé " mes chances", ce fut vers mes seize ans, un tardif retour aux études; j'ai un temps suivi des cours du soir de préparation au baccalauréat , que j'ai abandonné trop scolaires , et aussi trop normé. Franchement, je ne sais pas trop ce qu'aurait été mon avenir si, après la guerre, Jacques mon frère n'était pas entré chez Havas ses qualité reconnues ,il revint à Paris , j'avais alors dix sept ans et devais envisager de travailler ce que je fis d'abord comme stagiaire , avec la fascinante fonction de nettoyer et ranger les placards poussiéreux; les collaborateurs de Jacques m'avaient surnommé " le cadet de nos soucis" une fine allusion à mon statut familial . Ce fut M. Geingeot qui me trouva un job à Londres dans une petite" filiale" d'Havas qui comprenait huit personnes et j'étais engagé comme cycliste, il s'agissait de porter aux journaux londoniens , les clichés des annonces de " French Line" , "Dubonnet" et " Valderma " Mon frère évoluait dans l'entreprise et le directeur général M. Vagogne lui a proposé de démarrer une unité de publicité Havas leader dans le tourisme, dans toutes les grandes villes et occupait une place prépondérante sur le marché de petites annonces. C'était aussi tenter une diversification, car la puissance de Havas reposait sur le marché, grâce à un pôle essentiellement constitué, pour la presse quotidienne de province, de titres poids lourds tels que Ouest France, Sud Ouest , Le Dauphiné Libéré, Nice Matin, L'indépendant de Perpignan, mais aussi de la régie radio de RTL, avec information et publicité. Après mon service militaire en 1959, j'intégrai l'équipe avec le titre de " technicien de publicité" je suggérais aussi quelques innovations dans l'organisation, dont un service trafic, destiné à gérer l'envoi des clichés de plomb aux journaux mais aussi leur récupération, ce qui permit de substantielles économies . Puis je créais un service média expression ambitieuse puisqu'il s'agissait seulement d'actualiser et de codifier nos tarifs pour éviter de mauvais chiffrages .Depuis le XIX siècle, la " réclame" avait donné naissance à des générations d'affichistes talentueux, voire géniaux , et j'étais très sensible à ce mode d'expression, dont le célèbre Paul Colin disait "L'affiche doit être un télégramme adressé à l'esprit" importance de l'impact, force du message suscitant l'adhésion avec une extrême économie de mots et de moyens : ces caractéristiques de l'affiche correspondaient parfaitement à ce qui paraissait décisif dans un message publicitaire. A Havas Conseil , j'avais été promu " chef de pub", dès ses débuts, Havas Conseil s'est vu confier un certain nombre de budgets: Morvan réalise alors , pour le Conseil national du cuir, l'affiche Le Cuir respire , lui ...et Alain Carrier, qui avait travaillé avec Paul Colin , crée une superbe affiche pour le lancement de Mennen "Pour nous, les hommes ". Mais en ce début des années 1960, notre client le plus important est la Belle jardinière, cette maison de vêtements de confection fondée en XIX siècle connaît quelques difficultés, il lui faudrait , pour rebondir, une innovation marquante, relayer par une publicité efficace. Pour l'innovation ce fut le bodygraph, un procédé permettant d'enregistrer graphiquement ,sur écran , la silhouette du client , et lui promettant ainsi un costume quasi sur mesure au prix du prêt à porter . En 1965, Jacques est nommé directeur général d'Havas, il a quarante ans et j'en ai vingt huit , l'agence commence à s'installer solidement dans le paysage publicitaire; ses créations s'imposent et les évènements qu'elle organise sont le plus souvent des succès. Des rapports assez proches s'étaient établis entre Havas et Europe 1 à l'orée des années 1960 , Lucien Morisse avait été appelé par les fondateurs de la jeune radio pour promouvoir un style radiophonique , on lui doit l'idée de multi diffuser un titre afin d'en faire un "tube". Les rapports des vedettes, comédiens ou chanteurs avec la publicité étaient ambigus, voire frileux, craignaient t'ils de démonétiser leur image en prêtant leur talent à une marque? C'est grâce à Serge Gainsbourg que l'impossible a été possible sur Europe 1 il chantait On the Rocks composé pour Martini . Une autre de nos campagnes publicitaires fut marquée par la forte personnalité d'un chanteur celle que nous avons imaginé pour Conforama avec Henri Salvador, ils furent nombreux celles et ceux qui participaient ensuite à ces spots comme Carlos pour Oasis : "Mais qu'est ce que tu bois, Doudou dis donc?" Les collaborateurs les plus chevronné d'Havas Conseil ne s'étaient pas précipité pour faire partie, à ses débuts de mon équipe . Quel que soit l'estime que je leur portais, je ne le regrettais pas : j'allais pourvoir faire mes choix en toute liberté . Et ceux-ci furent guidés par trois grandes options qui accompagnèrent toute l'aventure du Bélier : L'ouverture d'esprit qui va de pair et la conviction que la motivation est la plus grande source d'énergie d'un groupe humain. Jean Boissonnat disait que , pour la réussite d'une entreprise, il fallait 50% de professionnalisme et 50% de motivation du personnel. Philippe Nicolas était polytechnicien excellent intellectuel , on lui doit une réflexion sur les méthodes de la publicité d'une très grande qualité, était également écrivain auteur d'aphorismes aussi spirituels que profonds tel celui-ci " Perdre la tête soulage les épaules" dont l'inspiration quasi surréaliste me réjouit . Un autre écrivain Gérard Charbit était chef de produit chez Heineken , il y avait un peintre Mathieu Diesse , qui créa pour Bélier d'inoubliables ensembles graphiques nourris de la grande culture picturale et de son approche à la fois ironique et savoureuse de la modernité. Un coureur automobile, Thierry de Montalais, un coordinateur des projets de création encore très jeune , mais en qui j'ai reconnu un vrai potentiel. Bailly , un concepteur de talent. Un prof de Nanterre en psychologie , Marie-Joëlle Lenôtre , enfin un autre peintre , Robert Bouille, mon beau frère, Jacques Berrebi, l'ami de la famille, un génie des finances. A plusieurs reprises, nous avons ainsi pu modifier certaines de nos accroches publicitaires, choisir entre plusieurs visuels, confirmer ou infirmer auprès des équipes créatives des risques que nous avions pressentis. Cette démarche intéressait beaucoup nos annonceurs et nous ne sommes pas peu fier que Lindsay Owen-Jones avant qu'il ne devienne président de L'Oréal, soit venu assister à l'une de ces réunions pour voir la réaction des consommateurs à l'occasion du lancement du parfum " Eau Jeune" Au début on avait très peu de budgets , le plus important était celui d'UAP devenu aujourd'hui AXA , c'est à Mathieu Diesse que je confiai le "relancement" des biscuits LU. Mais s'agissant de bébés notre succès le plus incontestable fut évidement la campagne LOTUS , on s'en souviens peut-être dans les premiers clips télévisé , un bébé trébuchant va de sa chambre à un salon où ses parents donnent à l'évidence un cocktail très mondain, en serrant contre lui un rouleau de papier Lotus qui se déroule tout au long des couloirs et du seuil de la porte, il lève la tête et appelle encore inquiet mais déjà rassuré : Maman ...Pour le message concernant Lotus " Très doux, très résistant, très long" Et pour la forme un mélange de tendresse et d'audace qui fut plébiscité par les acheteurs .Cette publicité qui valu à Bélier nombre de récompenses dont le Grand Prix de la Publicité. Après son formidable succès avec le papier toilette l'entreprise décidera de se lancer dans la production de mouchoirs ; première difficultés Kleenex , deuxième difficulté l'ordre de la communication sur ces deux produits Lotus, troisième difficulté : le budget alloué par Lotus était sans commune mesure avec celui dont disposait son concurrent américain . Nous avons alors pris une décision radicale: pas de spots télévisés, pas de campagne d'affichage uniquement de l'échantillonnage; en outre, ces paquets avaient une valeur ajoutée, ils s'ouvraient très facilement. Nous avions choisi comme test l'autoroute du Nord et je suis donc allé voir le préfet Chopin pour lui proposer en gros, l'échange suivant : nous prenions en charge la mise en place de " relais bébé Lotus " et nous étions autorisés à placer , aux entrées d'autoroutes et aux péages de charmantes hôtesses qui distribuaient aux automobilistes les fameux mouchoirs. Les rapports que j'entretenais avec mes clients étaient toujours directs et souvent chaleureux. ce fut le cas avec Michel Le Tanneur, le patron de la lessive Saint-Marc, avec Marcel Kilfiger, celui de Lotus et surtout un personnage dont je garde un grand souvenir, Lord Granard actionnaire et administrateur de nombreuses sociétés dont Texaco, Martini St Raphaël , Long John. En 1980, l'Agence Bélier était devenue le Groupe Bélier, et j'en étais le P.D.G c'est alors un ensemble de trente cinq sociétés et de mille quatre cents personnes , et la deuxième agence française. Et moi, où en suis-je de ma vie , à l'orée de ces années 1980 ? Elles sont d'abord marquées par la mort de Jacques mon frère, en 1982, il avait cinquante sept ans. Dès 1983, nous fonderons, avec Sylvie et Olivier ses enfants et avec ses amis, la "Fondation Jacques Douce" destinée à soutenir des créateurs d'entreprises dans les métiers de la communication. Françoise, la femme de Jacques en était légitimement la présidente . Dans ces année 1980, ma vie personnelle allait aussi connaître pas mal de changements .Je m'étais marié à vingt quatre ans , certes avec Evelyne, nous avions pendant vingt ans, réussi un parcours serein pour ma part, je n'avais pas consacré assez de temps à ma vie familiale , sollicité que j'avais été par mon métier, la reconstruction du manoir de Bouchevilliers et ma passion pour la préhistoire . Subrepticement , sans drames ni éclats, une certaine distance s'était installée entre nous. Pourtant, il fallut un autre évènement , ma rencontre avec Florence, pour que se profile le nouveau tournant de ma vie . Dans ce regard rétrospectif que je porte sur mon itinéraire, mon rêve était de posséder une grotte " Carpe Diem" proche de Sauveboeuf , combla mes voeux . Cette caverne, découverte en 1927 j'ai donc acheté cette grotte, puis un gouffre appelé " La Chèvre" à côté du village de Tourtoirac en Dordogne. Chacun se perds en conjonctures pour trouver des raisons à la présences des peintures qui ornent les grottes , les théories à ce sujet tombent les unes après les autres . A commencer par celles de l'abbé Breuil le premier préhistorien à avoir décrit Lascaux. J'ai visité des dizaines de ces lieux aussi magiques qu'énigmatiques , sur plusieurs générations, la grotte du Portel en Ariège, que j'ai pu visiter avec son propriétaire M. Vézian , les Contes Bégouën ont été exemplaires dans la manière dont ils ont assuré la conservation de leurs grottes " Le Tuc D'Audoubert " et " Les Trois Frères" . En Matière de préhistoire, j'avais rapidement été pris par le virus de la collection , je n'avais pas encore l'expertise que j'ai acquise, ensuite après avoir sillonné les plus grand sites archéologiques et exploré la plupart des musées, dont on m'ouvrait les réserves. Des silex polis aux strass et paillettes, en passant par les bureaux feutrés et moquettés des grands capitaines d'industrie, je n'ai cessé de faire l'aller et retour entre des mondes que l'on pourrait penser inconciliables. Je crois que j'avais un appétit assez exceptionnel de la vie et surtout une remarquable santé. Je pense que ce magnifique outil préhistorique appelé Biface, symétrique de face comme de profil, me ressemble, par sa diversité employé par nos ancêtres les chasseurs L'Homo Erectus .
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