dimanche 6 février 2022

L'Archipel du Chien de Philippe Claudel


 



L'histoire se passe sur une île, ni grande, ni belle qui à vomi pendant des millénaires sa lave, ses scories fertiles, on l'appelle le Brau , son cratère est enfoui le plus souvent dans un édredon de brume, elle s'est martelée du battement du sang des hommes; il y a des vignes ,des oliveraies , des câpriers chaque arpent cultivé témoigne de l'opiniâtreté d'ancêtres qu'ils l'ont arrachée au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur; le chien comme on l'appelle ici crache des saisons inhumaines, l'été, assèche les hommes et les terrasses, l'hiver, les transit de vents aigus et pluies froides, leurs maisons sont en pierres de lave mal jointoyées, elles sont dures inconfortables et sombres, on y étouffe , on y gèle . C'est un  lundi matin de septembre sur la plage que tout commença ; on l'appelle la plage faute de mieux, même si personne ne peut s'y étendre car elle est faîte de galets volcaniques râpeux et blessants. La Vieille s'y promenait , c'est l'ancienne institutrice , elle est née ici et elle y mourra , elle à près de 80 ans , elle fait sa promenade chaque matin aux premières heures du jour, avec son chien, soudain le chien s'arrêta, aboya et se lança dans une course folle qui l'amena à une cinquantaine de mètre vers trois formes longues que la houle avait jetées sur le rivage, le chien les huma, se tourna vers la Vieille et lança une très longue plainte, au même instant deux hommes aperçurent aussi les formes sur la grève Amérique un célibataire, un vigneron, un homme à tout faire qui vient de temps à autre récupérer ce que le courant échouait là ( bidons , planches , cordages ..) il y avait aussi  Spadon qu'on appelait ainsi car tout en étant pas très malin , c'est s'en aucun doute le plus fin pêcheur d'espadons de l'île, il travaille aussi pour le Maire qui est le plus grand patron de l'île il possède trois bateaux à moteurs et des installations de chambre froide .La Vielle parla la première " Qu'est ce que vous attendez ? Tirez les ! Vous ne pouvez pas les laisser comme ça! Retournez les! ils finirent par faire basculer les corps et soudain le visage des morts apparut , ils n'avaient pas vingt ans, la Vieille et les deux hommes se signèrent en même temps. La Vieille  dit : Amérique ,as tu une bâche dans ta carriole ?Amérique acquiesça; il s'éloigna " Toi Spadon vas prévenir le Maire , ne parle à personne d'autre , la Vieille resta près des corps d'hommes noirs et jeunes. moins d'une demi heure plus tard  le Maire arriva suivit de Spadon  et celle du Docteur , soudain une voix nouvelle s'éleva et les fit tous sursauter , c'était l'Instituteur, il n'était pas de l'île un étranger donc , il avait une femme et deux jumelles . Qu'est ce que vous fabriquez ici ! lui jeta le Maire , je courais , j'ai vu la charrette et l'âne d'Amérique  et vous tous au loin et puis la bâche , je me suis dit que ... que tout ça n'était pas normal! qu'il avait du se passer quelque chose de grave Mon Dieu ! Laissez Dieu en dehors de tout ça ! dit la Vieille l'Instituteur se tut ; plus personne ne parla , il était tôt à peine huit heures . Le Maire reprit : Nous sommes six ici ; six à savoir , six à se taire jusqu'à ce soir où nous nous retrouverons à la mairie à neuf heures, je vais réfléchir à la marche à suivre. La marche à suivre ? s'étonna l'Instituteur taisez vous coupa le Maire ce soir nous discuterons , mais d'ici là si l'un d'entre vous parle de çà à qui que ce soit où si l'un d'entre vous ne vient pas ce soir , je dépends mon fusil et je lui fais son compte. Spadon saisit le premier cadavre sous les aisselles, le Maire le prit aux pieds ils le hissèrent  dans la carriole et firent de même ensuite pour les deux autres; le Spadon déposa la bâche sur eux et la noua. On ne vit plus rien que du plastique bleue, la plage retrouva son impassible solitude . A neuf heures , le Maire ferma la porte de la salle du Conseil tira les rideaux de velours, puis il regarda un à un les présents , il ne manquait personne de ceux qui se trouvait le matin même sur la plage. "Spadon et moi avons mis les dépouilles en lieu sûr dans un endroit ou personne ne peut les trouver , et dont je suis le seul à avoir la clé ." "J'ai passé la journée à réfléchir à ce qui conviendrait de faire et je suppose que vous aussi" ; l'Instituteur interrompit le Maire " Comment ce qu'il faut faire ! mais nous devons avertir les autorités ! Quoi d'autre ! Je ne comprends pas ce que nous faisons ici , ni ce que vous attendez pour vous mettre en contact avec la police et un juge ." Je vous rappelle que ma fonction de Maire me donne des compétences en matière de police sur cette île et si je n'ai aucune compétence en matière de justice , c'est à moi qu'il incombe tout de même de décider lors d'un premier temps si cela en vaut la peine ou non de déranger un enquêteur et un juge du continent . " Les avez vous autopsiés  Docteur ?coupa l' Instituteur ; inutile répondit le Docteur la noyade est hélas évidente , nous savons bien où les trois hommes voulaient aller ; l'embarcation sur laquelle ils étaient a chaviré, ils sont morts noyés , la mer tolère souvent que les hommes glissent sur son échine , mais parfois elle s'irrite et dévore quelques uns d'entre eux . Soudain la porte s'ouvrit avec lenteur  on aurait pu croire à nouveau que c'était le vent qui poussait le battant , mais le Curé apparut avec ses lunettes de myopes , le Maire  ne le laissa pas pénétrer davantage . "Mon père , je vous prie de nous excuser , mais nous sommes occupés dans une réunion importante et je ne ... Ne vous fatiguez pas l'arrêta le Curé , je sais pourquoi vous êtes ici ; les corps des nègres sur la plage ce matin ; on m'a tout raconté, une personne s'est ouverte à moi dans le secret de la confession , elle se trouve ici , qu'elle n'est aucune crainte , jamais je ne la trahirai. Le Maire contractait ses mâchoires et poursuivit " Si la presse soudain se déchaîne et dresse notre île un portrait déplorable comment dans ces conditions conclure le projet pour les Thermes ; pensez vous que ces messieurs seraient encore d'accord pour investir des millions et construire leur complexe. Notre terre est si fameuse par ses sources d'eau chaudes , ses paysages, son vin, son huile, ses câpres deviendrait celle sur laquelle viennent s'échouer des cadavres venus d'Afrique, nos eaux pures seraient celle dans lesquelles des morts trempent, marinent et pourrissent . Je suis le Maire, reprit-il j'ai la charge du présent et dois aussi songer à l'avenir de notre île; le projet des thermes va créer des emplois , je ne veux pas ruiner ce projet . Où les as tu mis ? la voix de la Vieille tomba dans le silence , en lieu sûr , je l'ai déjà dit , qu'est ce que ça vous apportera de le savoir ? Tu veux notre silence ? Moi je veux la vérité c'est tout ! Il constata que tous les autres le regardaient sans exception , attendant qu'il réponde " Dans ma chambre froide , finit-il par dire à voix basse , dans votre chambre froide ? avec les poissons? dit l'Instituteur qui paraissait scandalisé et tout à la fois apeuré , vous auriez voulu que je les mette où ? dans mon lit ?Deux jour plus tard , les trois noyés, le Maire , le Docteur, le Curé , l'Instituteur et le Spadon transportèrent les cadavres toujours entortillés dans la bâche bleue, ils se rendirent au Nös dé Boss qui est un grand rocher rouge , les trois corps s'étaient soudés en un seul ils les basculèrent dans un gouffre , le Curé dit la prière , sautant un mot sur trois, on se signa , on n'entendit rien , on aurait pu croire que les trois cadavres chutaient à l'infini, s'en jamais s'écraser contre un replat, une corniche , ni même au fond du gouffre. Mais l'Instituteur ne tiendra pas sa langue et l'on vit débarquer sur l'île quelques temps après un policier ,on ne lui confiait que des missions discrètes ,il était en quelques sorte son propre maître et il avait tout son temps . Mais le Maire vas détourner l'attention de cette affaire en incriminant l'Instituteur de pédophilie envers une fillette de l'école , celui ci ne ^pourra pas se défendre contre tous les gens de l'île et sachant que tout cela était un complot contre lui , le désespoir s'empara de lui et il se suicidera . Qu'est ce que la honte, et combien la ressentirent ;ils avaient tué l'Instituteur , il faut le dire. Certes ils ne l'avaient pas tués de leurs mains , mais ils avaient construit sa mort , comme on assemble un mur pierre par pierre, sa mort était une œuvre  commune . Sa femme ne s'y est pas trompée qui dans la nuit suivante , la nuit de douleur et de stupeur , frappa des deux poings à chaque porte , moins pour qu'on lui ouvre que pour désigner que derrière cette porte qui demeurait close se terrait un coupable et elle cracha sur chaque porte, n'en n'oubliant aucune, tout en lançant des hurlements de louve dans toute les ruelles de la ville. Les bateaux revinrent au port dix jours après en être partis , les cales aussi vides qu'à l'aller ,ils descendirent de leur navire sans dire un mot . Aussitôt des bouches parlèrent de malédiction . Quand on ne comprends pas certains fait, il est aisé de recourir à la magie et au surnaturel. Il se murmura que les fillettes de l'Instituteur avaient des regards de sorcières, qu'elles avaient maudit l'île, que les hurlements de la veuve la nuit suivant la mort de son époux avaient déposé dans chaque maison les sortilèges de la vengeance et aussi du mal . Amérique , qui avait perdu toutes ses vignes brûlées sur pied, alla se faire embaucher sur le continent ; on retrouvera  Spadon pendu un matin dans la chambre froide où le Maire et lui avaient entreposé les corps des noyés, tout disparut des cultures sous les rivières de lave lente et pâteuse que le Brau vomit pendant deux jours, au printemps suivant ; les quelques vignes et vergers des collines du Ross qui avaient échappées aux coulures du magna  séchèrent dans les semaines qui suivirent et jamais ne reverdirent ; le Curé mourut après ses abeilles , il vit ses essaims dépérir faute de fleurs à butiner , le Docteur passa plusieurs semaines alité, avec une forte fièvre, il délirait ,il se soigna avec des tisanes de thym , des petits verres de marc chauffé , il eut des sommeils  hypnotiques , encombré de visions, il guérit ,sa première visite fut pour le Maire . Il lui raconta ses délires de fièvre , La plage devenait un vaste cimetière à ciel ouvert , une charpente ardente et froide et il avait nous autres, habitants de l'île, de cette île qui est la seule habitée de toutes les îles de l'Archipel du Chien, habitée par des hommes misérables, ridicules, vieux , égoïstes, perdu et en larmes. Le Maire avait écouté le Docteur s'en l'interrompre. Il y eu  un long silence. Il porta la tasse de café à ses lèvres et but en faisant une légère grimace, et se mit soudain à secouer la tête, comme on le fait devant quelqu'un qu'on plaint car on se désole de constater qu'il n'a plu toute sa raison . " Mais mon pauvre vieux , finit par murmurer le Maire au Docteur qui attendait sa parole avec anxiété, pourquoi dis-tu que c'est un rêve ?" 

samedi 25 avril 2020

La vie secrète de Salvador Dali



Dans la ville de Figueras le 11 mai 1904 Don Salvador y Casi natif de Cadaquès province de Gérone âgé de quarante un ans notaire, marié à Dona Felipa Dome Domenech âgée de trente ans native de  Barcelone inscrivit sur le registre de l'état civil la naissance d'un enfant prénommé Salvador, Felipe et Jacinto . Suis-je un  génie? Pour Salvador Dali la réponse est oui : Pour lui , cela ne fait aucun doute depuis l'enfance."Regarde! Salvador Dali vient de naître. le vent a cessé de souffler et le ciel est pur.  La Méditerranée est calme et sur son dos lisse de poisson on peut voir briller comme des écailles les sept reflets du soleil ; ils sont bien comptés et tant mieux car Salvador Dali n'en voudrait pas plus! C'est par un matin semblable que les Grecs et les Phéniciens ont débarqués dans les golfes de Rosas et d' Ampurias pour y préparer le lit de la civilisation et les draps propres et  théâtraux de ma naissance, s'installent au centre de cette plaine de l'Ampurdan qui est le paysage le plus concret et le plus objectif du monde ." A six ans je voulais être cuisinière. A sept, Napoléon, depuis mon ambition n'a cessé de croître, comme ma folie des grandeurs. Mon frère était mort à sept ans , d'une méningite, trois ans avant  ma propre  naissance, désespéré mon père et ma mère ne trouvèrent de consolation qu'à mon arrivée au monde .J'étais le roi absolu de la maison. Rien n'était assez beau pour moi , mon père et ma mère m'idolâtraient.Le jour de la fête des Rois je reçus entre d’innombrables cadeaux éblouissant, costume de roi, avec une couronne d'or et de topazes, et une cape doublée de véritable hermine .On m'interdisait  d'aller dans les cuisines , quand j'y parvenais , parmi les cris amusés des bonnes , c'était pour voler un morceau de viande cru ou un champignon grillé que j'avalais au risque de m'étouffer .Quand j'eus sept ans mon père décida de me mettre à l'école, il dut s'y prendre de force et me traîner par la main .Comment ne me serais-je pas considéré comme tout à fait exceptionnel , précieux et délicat, moi le gosse de riche, au milieu de   ces gamins en haillons qui m'entouraient ? J'étais le seul à apporter avec moi du chocolat chaud dans un thermos enveloppé dans une housse brodée à mes initiales, je portais un costume marin aux insignes brodées d'or  sur les manches, mes cheveux étaient brossés amoureusement étaient toujours parfumés et les enfants s'approchaient de moi à tour  de rôle  pour renifler ma tête;je ne jouais ni ne parlais avec eux, d'ailleurs eux mêmes me considéraient  tellement à part qui ne m'approchaient avec méfiance pour admirer de près un mouchoir en dentelle ou ma nouvelle canne de bambou flexible avec son pommeau d'argent. Que fis je pendant cette année dans cette misérable école primaire! Autour de moi, silencieux et  solitaire les enfants jouaient , se battaient, hurlaient, pleuraient, riaient, avides de vivre, comme j'étais loin pour ne pas dire à l'opposé de ce besoin d'action qui les agitaient !Dans la classe numéro 1 de l'école des frères de Figueras , j'étais constamment absent de cette nouvelle classe, par la fenêtre je vois deux grands cyprès, je suivais la marche des ombres et de la lumière sur les deux arbres, juste avant le coucher du soleil , l'extrémité droite apparaissait éclairée d'un rouge obscur comme  trempé dans du vin ,tandis que celui de gauche entièrement à l'ombre  n'était déjà plus qu'une masse noire, la cloche de l'Angélus tintait et toute la classe debout répétait en chœur la prière à voix basse pour le supérieur aux mains jointes.Les frères avaient remarqué mon obstination à regarder les cyprès, on me changea donc de place, mais sans résultat, car je continuai à regarder à travers le mur, comme si je les voyais encore , dans mon acharnement  à ne pas les perdre, mon imagination finissait par reconstruire le spectacle disparu .Pour échapper aux interrogations du Frère que je sentais imminents , je me levais d'un seul bond, rejetait brusquement mon livre que depuis une heure  je feignais d'étudier , mais dont en réalité je n'avais lu une seule ligne, paraissant possédé d'une décision inébranlable je montais debout sur le banc, puis j'en redescendait ,  pris de panique, me protégeant le visage de mes  bras  comme si quelques danger me menaçait ; cette pantomime me donnait l'autorisation de sortir seul pour me promener dans le jardin, mes parents , sans doute prévenus de ces faux phénomènes hallucinatoires, recommandèrent  aux supérieurs de l'école des soins redoublés et tout spéciaux auprès de ma personne.Une ambiance  d'exception m'entoura et bientôt on n'essaya même plus de m'apprendre quoi que ce fût : J'adorai déjà trois choses :la faiblesse , la vieillesse et le luxe , mais plus haut encore que ces trois représentations auxquelles inspirait ma personne , régnait le besoin impérieux d'une solitude outrancière, accompagné d'un autre sentiment qui devait le servir pour ainsi dire de "cadre" le sentiment de la "hauteur ", du " sommet". On me donnât la buanderie dans les combles de notre maison , me laissant libre  d'y installer à mon gré un atelier. Dès mon enfance , je tendis désespérément  à me trouver en haut , quelle magie palpitante celle d'échapper à la salle à manger pour grimper comme un fou sous mon toit et m'enfermer à clé dans mon réduit, ma solitude s'y sentait invulnérable.De là haut ( la maison de mon père était une des plus hautes de Figueras ) je dominais la ville et mon horizon s'étendait jusqu'à la baie de Rosas , parfois cependant , je regrettais amèrement de ne pas courir les rues et participer le soir aux jeux aphrodisiaques dont je percevais les cris de plaisir, des filles et des garçons, ces clameurs montaient jusqu'à moi et me perçaient le cœur d'une flèche.Mon narcissisme se métamorphosait en rêverie cosmique, jusqu'à ce qu'une larme indulgente coula le long de ma joue  vînt apaiser le tumulte de mon âme;depuis un moment , je sentais à l'intérieur de ma main caressante quelque chose de petit, de bizarre et d'humide que je regardais avec surprise ;c'était mon sexe  . Mes parents décidèrent de m'envoyer au repos à la campagne dans une propriété de la famille Pitchot à deux heures de Figueras. Je partis en cabriolet avec M. et Mme  Pitchot et leur fille adoptive de seize ans , Julia, nous arrivâmes juste après le coucher du soleil.Le Moulin de la Tour m'apparût , comme un lieu magique, il semblait avoir été bâti pour me permettre de continuer mes rêves éveillés. Voici dans les grandes lignes le programme de ma journée au Moulin de la Tour Le lever comportait une cérémonie exhibitionniste , pour bien réussir mon coup, il me fallait me réveiller avant l'entrée de Julia dans ma chambre, lorsqu'elle venait ouvrir les volets, j'employais ces minutes à savourer l'émotion érotique que je tirerais de mon exhibition surtout à inventer la pose, varié chaque jour, au moment où la porte s'ouvrait, je restais figé, feignant le sommeil le plus paisible en réalité , si on m'avait regardé attentivement , on aurait noté un tremblement terrible de mon corps, elle s'approchait de mon lit, pour recouvrir ma nudité d'un des draps que j'avais volontairement rejeté, puis je prenais le petit déjeuner servi pour moi tout seul dans la salle à manger :deux tartines de pain grillé au miel et une tasse de café au lait très chaud. Comme les murs  de la salle à manger étaient couvert de peinture à l'huile, je n'avais pas assez de mes deux yeux pour contempler ces tâches de peinture  épaisses et informes, qui idéalisaient la toile de la manière la plus capricieuse, jusqu'à ce qu'un recul d'un mètre ou un clignement des yeux rendissent par miracle leurs formes à ces visions tumultueuses ;le plus ancien des tableaux de M. Pitchot rappelait la manière de Toulouse Lautrec, l'érotisme de ces allusions littéraires à la mode 1900 brûlait au fond de ma gorge comme une goutte d'armagnac avalée de travers, je me souviens surtout d'une danseuse de Tabarin faisant sa toilette :elle avait un visage d'une perversité maladive et des poils rouges aux aisselles . Je grandissais dans la propriété de M. Pitchot à Cadaquès, la moitié de mes joues étaient recouvertes par des favoris en forme de côtelettes, je ne portais que des costumes en velours noir souple , tous les soirs je me rendais à l'école officielle de dessin ;mon professeur M.Nunès était un excellent dessinateur, ancien prix de Rome de gravure, passionné pour les Beaux-Arts, il m'emmenait chez lui pour m'expliquer les mystères du clair obscur et des rayures sauvages d'une gravure de Rensorat, je sortais de chez M. Nunès exalté et stimulé, les joues enfiévrées par les plus grandes ambitions artistique. Je partis pour Madrid, avec mon père et ma sœur, l'admission à l'école des Beaux-Arts comportait  l'exécution  d'un dessin d'après l'antique , nous avions six jours pour le réaliser. Le résultat de l'examen ne fut pas moins explosif, j'étais admis à l'école des Beaux-Arts avec cette mention " Bien que le dessin n'ait pas été exécuté dans les dimensions réglementaires, il est si parfait que le jury l'a approuvé .Dans ma chambre, je peignais mes premières toiles cubistes intentionnellement influencées par Juan Crois , je n'utilisais à cette époque que le noir, le blanc, le terre de Sienne et le vert olive, un grand chapeau de feutre noir compléta mon accoutrement avec une pipe que je n'allumai jamais. Malgré mon enthousiasme du début  je fût vite déçu par l'école des Beaux-Arts, en effet , loin de se réfugié dans un conformisme académique, ils étaient" déjà" progressistes , ouverts aux nouveautés" Mon ami, chacun doit trouver sa manière , il n'y a pas de loi en peinture. Interprétez ...Interprétez en laissant ce que vous voyez, mettez y votre âme, en peinture c'est le tempérament qui compte! Le tempérament!" Dans le groupe de la résidence se trouvaient Pepin Bello, Luis  Bunuel, Garcia Lorca, Pedro Ganfias, Eugenio Montès, et tous ceux que j'allais connaître à cette époque, deux seulement atteindraient les sommets :Garcia Lorca dans la poésie et le drame, Eugénio Montès dans les escaliers de l'âme et de l'intelligence , l'un était de Grenade, l'autre de Saint Jacques de Compostelle puis ils m'acceptèrent, je donnai tellement l'impression de les surclasser que bientôt tout le groupe se mirent à répéter:  "Dali a dit cela ...Dali a peint ceci...Dali a répondu...Dali pense que ...C'est dalinien...."tout ce qu'ils possédaient je le possédais déjà à la puissance carré ou cubique, seul Garcia Lorca m'impressionnait .Je fus expulser définitivement de l'école des Beaux-Arts on m'accusa d'avoir fait naître une révolte pour la nomination d'un professeur de peinture à l'Académie , la garde civile m'arrêta et on m'enferma dans la prison de Figueras, et au bout d'un mois on me transféra dans celle de Gérone , puis enfin on me remis en liberté.Mes parents m'emmenèrent à Cadaquès où je repris ma vie d'ascète, me donnant tout entier à ma peinture et à mes lectures . Des tableaux de moi furent exposés dans de grandes galeries à Madrid et à Barcelone, Paris entendit murmurer qu'un peintre nouveau venait d'être découvert en Espagne . Picasso , de passage à Barcelone , avait vu  " ma Fille de dos" et en avait parlé très élogieusement. Je fis un premier séjour à Paris, je fus présenté à Picasso par Manuel Angelo Ortiz, un peintre cubiste de Grenade ;quand j'arrivai chez Picasso rue de la Boétie, je fus aussi ému et respectueux que si j'avais une audience avec le pape lui même. " Je viens chez vous avant de visiter le Louvre dis-je, vous n'avez pas tort , répondit-t'il . Un soir , Goemans  mon futur  marchand de tableau, m'emmena au bal Tabarin , il me signala quelqu'un qui entrait , c'est le poète surréaliste Paul Eluard, il est très important à Paris, et en plus il achète des tableaux, sa femme est en Suisse , celle qui est avec lui est une amie, nous allâmes à sa rencontre, fîmes connaissances autour de plusieurs bouteilles de champagne. Eluard me parut être un personnage de légende, avant de nous quitter , il promit de venir l'été suivant à Cadaquès. Le lendemain soir , je pris le train pour l'Espagne, j'étais donc un homme maintenant en 1929 dans ce village de mon enfance et de mon adolescence, dans ce Cadaquès blanchi à la chaux, j'étais un  homme et je m'efforçais chaque jour un peu plus de devenir fou. Ce fut là que je commençais d'avoir mes crises de rires.C'est alors que je reçus un télégramme de mon marchand de tableaux Camille Goemans avec lequel je venais de signer un accord selon lequel, pour 3000 Francs il aurait l'exclusivité de ma production estivale.A la rentée, il exposerait mes tableaux dans sa galerie et je toucherai un pourcentage..De toute façon , avec les 3000 F il était propriétaire de trois de mes toiles, mon père trouvait ces conditions honorables, Goemans télégraphia donc et arriva, il fut enthousiasmé par le " jeu lugubre" qui n'était pas tout à fait terminé, quelques jours plus tard  arrivèrent René Magritte et sa femme , puis Luis Bunel,  Paul Eluard annonça sa venue par lettre.En quelques jours , je fus entouré pour la première fois, par un groupe de surréalistes qui accouraient attirés par l'étrange personnalité qu'ils venaient de découvrir.Mes crises de rires les surprirent tous, mes amis surréalistes acceptèrent avec résignation mes éclats ,les considérant comme un des multiples inconvénients inhérents à un génie aussi manifeste que le mien Un matin où je me tordais de rire, une voiture s'arrètta devant ma  maison ; Paul Eluard en descendit avec sa femme , le visage de Gala Eluard ma parut très intelligent , mais elle avait l'air de mauvaise humeur et contrariée de se trouver à Cadaquès  ; le soir au cours de la promenade , j'abordai plusieurs questions sérieuses , elle  fut surprise par la rigueur de mon raisonnement  et m'avoua  tout à l'heure sous les platanes  qu'elle m'avait pris pour un personnage antipathique et insupportable à cause de mes cheveux pommadés qui me donnait l'allure d'un danseur professionnel de tango argentin. Le lendemain , je passai   chercher Gala et nous partîmes nous promener dans les rochers de Cayals ; j'attendis que Gala entamât la conversation annoncée, c'est à propos de votre tableau  " le Jeu Lugubre" , c'est une oeuvre très importante dit-elle et c'est pour cela que tous les amis , Paul et moi nous voudrions comprendre à quoi correspondent certains éléments auxquels vous semblez attacher une importance particulière. Je fus tenté de répondre par un mensonge, cependant le ton net de Gala, l'expression tendue de son visage, son honnêteté entière et hautain, me forcèrent à dire la vérité ; je vous jure que je ne suis pas coprophage , j'ai autant d'horreur que vous pour ce genre d'égarement ; mais je considère les éléments scatologiques comme terrorisants, au même titre que le sang  ou que ma phobie des sauterelles .J'attendis que Gala manifestât son soulagement  de ma réponse et pourtant elle gardait un air préoccupé comme s'il était encore une question qui la consumait à fleur de sa peau  olivâtre si délicate, cette chair si proche de la mienne, si réelle m'empêchait de parler ; la beauté souffreteuse du visage n'était pas la seule élégance de ce corps, je regardai sa taille cambrée par sa démarche de Victoire  et je me dis  avec déjà une pointe d'humeur esthétique " Les Victoires aussi ont le visage assombri par la mauvaise humeur , il ne faut pas y toucher." Pourtant j'allai la toucher, j'allai  étreindre sa taille quand la main de Gala prit la mienne, c'était le moment de rire , et je ris avec nervosité d'autant plus violente que cela en était plus vexant pour elle à ce moment précis ; mais Gala au lieu de se sentir blessée , par ce rire s'en enorgueillit  , d'un effort surhumain , elle pressa encore plus fort sa main, au lieu de la laisser tomber avec dédain comme n'importe quelle autre femme l'aurait fait . Son intuition médiumnique lui avait donné  à comprendre le sens exact de mon rire si inexplicable aux autres . Mon rire n'était pas "gai" comme celui de tout le monde , il n'était pas scepticisme ou frivolité, mais fanatisme , cataclysme , abîme et terreur ! Et le plus terrifiant , le plus catastrophique  de tous les rires, je venais de le lui faire entendre , de le jeter par terre à ses pieds. Mon petit , dit-elle , nous n'allons plus nous quitter . Elle serait ma Gandira " celle qui avance " ma Victoire , ma femme, mais pour cela , il fallait  qu'elle me guérisse. Et elle me guérit, grâce à la puissance indomptable et insondable de son amour dont la profondeur de pensée et l'adresse pratique dépassèrent les plus ambitieuses méthodes psychanalytiques ; nous étions en septembre ; tous les amis du groupe surréaliste avaient regagné Paris , Eluard aussi , Gala restait donc seule à Cadaquès . Mes œuvres   adorées je les confiaient à un menuisier de Figueras qui les emballa avec le soin maniaque que j'exigeai de lui . Je partis pour Paris où mon exposition devait avoir lieu  du 20 novembre au 5 décembre à la galerie Goemans. Nous fîmes  construire une maison  au dessus de Cadaquès ensuite nous partîmes à Barcelone sur laquelle les paysans aiment à répéter " Barcelone est bonne si bourse sonne " avec l’acompte laissé à Cadaquès pour le menuisier, il ne nous restait plus rien , je dus aller à la banque pour toucher le chèque de 29000 francs  du Vicomte  de Noailles et le soir nous fîmes bombance avec du champagne , durant tout le dîner nous ne parlâmes pas d'autre chose que notre maison de Port Lligat , nous louèrent une maison de pêcheurs à Torremolinos un petit village à quinze kilomètres de Malaga ; un champs d’œillets descendait  de chez nous à pic sur la mer ce furent nos vacances de feu, nous devînmes aussi bronzés que les pêcheurs.Le public ne se décidait pas à  me suivre , mais j'avais ruiné ses convictions ! Les artistes modernes avaient bien raison de me haïr  !Ne pouvant profiter de mes découvertes je fus constamment volé ! Ce fut l'époque décourageantes de mes inventions , j'inventais les ongles  artificiels avec de petits miroirs pour se regarder , des mannequins transparents  pour les étalages , des sculptures ventilateurs en rotations  etc ....Ces inventions furent notre martyre , surtout celui de Gala qui avec son dévouement fanatique partait après déjeuner , avec mes projets sous le bras et commençait une croisade ,elle rentrait le soir verdâtre, morte de fatigue, cela n'a pas marché .Et pourtant tous mes projets furent réalisés, tôt ou tard , un jour nous apprîment que l'on venait de lancer  des ongles postiches pour un soir, un matin je lus dans un journal  " on vient de mettre en vitrines des mannequins transparents , cela ressemble à du Dali " c'était encore une chance que l'on me citât. On aimait mes idées à partir du moment où des inconnus le défloraient sous prétexte de faire mieux. Le terrible bon sens français  s'empara de mon nom vite célèbre , mais pour en faire  un épouvantail à moineau " Dali , oh oui c'est extraordinaire, mais c'est fou et non viable.  Je me disais patience , il faut durer ,au lieu de faire un pas en arrière j'en faisais  cinq en avant , encouragé par Gala aussi têtue que moi dans l’intransigeance. Notre force, à Gala et moi , était  de vivre hygiéniquement  sans fumer, sans nous piquer, sans renifler , non seulement  nous restions distants, mais équidistants des artistes de Montparnasse , équidistants des communistes, des fous, des bourgeois, nous étions au centre et pour y rester et conserver notre lucidité, nous partions de temps en temps à Cadaquès où nous nous cachions pendant des mois laissant derrière nous Paris bouillir comme une marmite de sorcière. Quand j'avais terminé une toile , nous nous accordions la permission exceptionnelle d'aller avec les pêcheurs griller quelques sardines et quelques côtelettes dans les rochers du cap de Creus à l'endroit exact où les Pyrénées viennent mourir dans la mer . Cette nouvelle période toucha bientôt à sa fin ; les critiques distinguaient déjà le surréalisme avant ou après Dali . Un des secret de mon influence  a toujours été qu'elle restait secrète. Le secret de l'influence de Gala a été  qu'à son tour elle était doublement secrète. Mais j'avais le secret de rester secret . Gala avait le secret de rester secrète dans mon secret à moi. Souvent on croyait découvrir mon secret : erreur !Ce n'était pas le mien , mais celui de Gala ! Notre manque d'argent fut encore un de nos secrets . Nous n'avions presque rien la plupart du temps et nous vivions constamment angoissés par l'argent. Cependant nous savions que notre force était de ne pas le montrer. Le tableau que j'étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient  éclairés par la lumière transparente de fin de jour ; au premier plan , j'avais esquissé un Olivier coupé et sans feuilles, ce paysage devait servir de toile de fond à quelques idées , mais laquelle ? il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas  ; j'allais éteindre la lumière et sortir , lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l'une pendait lamentablement à la branche de l' Olivier , malgré ma migraine je préparais ma palette et me mis à l'oeuvre. Deux heures après Gala revint du cinéma , le tableau qui devait être un des plus célèbres était achevé , je l'a fis asseoir devant , les yeux fermés , un , deux , trois regarde elle fixait le tableau et son visage reflétait son étonnement émerveillé, je fus donc convaincu de l’efficacité de mon image , car Gala ne se trompe jamais. Quelques jours plus tard , mes montres molles que j'avais baptisées Persistances de la Mémoire était acheté par Julien Lévy , l'homme qui allait faire connaître mon art aux Etats Unis . Je me rendis à New York  , tous les après-midi nous allions d'un cocktail party  à un autre ; le soir je visitais le temple cinématographique délirant. Mon exposition chez Julien Lévy fut un grand succès ; la plupart des toiles trouvèrent acquéreurs et la presse quoique agressive , n'en reconnaissait pas moins mes dons imaginatifs de peintre . Je devais repartir pour l' Europe sur le Normandie .Gala me décida à partir à la montagne me reposer dans les Pyrénées tout près de la frontière , au grand Hôtel de Font-Romeu, la guerre approchait à pas de géant , mon repos consistait  surtout à peindre douze heures par jour ; quand nous arrivâmes à à Font-Romeu , on nous apprit que le grand appartement de l'hôtel venait d'être réquisitionné par le général Garnelin en visite d'inspection. je dus attendre patiemment son départ pour occuper la chambre dont je voulais faire mon atelier. La mobilisation partielle  obligea l'hôtel à fermer. Nous repartîmes pour Paris, puis à Arcachon , nous y étions pas depuis trois jours que la guerre était déclarée , j'installai mon atelier dans une villa de style colonial donnant sur le bassin d'Arcachon, Coco Chanel vînt passer quelques temps chez nous , pendant ce temps là les troupes Allemandes progressaient . Coco Chanel incarnait cette période de l'après guerre, comme moi même et on se rejoignaient sur à peu près tout. Les deux semaines qu'elle passa à Arcachon nous forcèrent à réviser nos idées, à les cerner d'un trait plus net ; la guerre en cours exigeait  déjà cette forme que nous voulions donner à nos pensées. Mais l'originalité de Chanel était le contraire de la mienne, depuis  toujours j'exhibe impudiquement ma pensée, tandis qu'elle sans la cacher ne l'exhibe pas, mais l'habille. La haute couture a toujours chez elle une détermination  biologique, une origine pudique ; son corps et son âme sont les mieux habillés de la terre .Gala fut celle qui à cette époque savait à quel point la peinture était pour moi une féroce envie de vivre et une raison encore plus féroce d'aimer . Seule Gala me faisait vivre ! Elle collectionnait des vins de Bordeaux, m'emmenait dîner au Châteaux Trompette elle posait un cèpe parfumé à l'ail sur le bout de ma langue et ordonnait Mange ! Deux jours avant que les Allemands occupent le port d'Hendaye nous nous trouvions en Espagne, Gala fila sur Lisbonne où j'irai la retrouver aussitôt mes papiers en règle . Quand à moi , je me rendis à Figueras, je revis mon pays couvert de ruines , noblement appauvri, mais ressuscitait par la foi en son destin , je frappai à la porte Qui est là ? C'est moi , Qui ? Moi Salvador Dali votre fils , il était deux heures  du matin à la porte de la maison familiale , j'embrassais les miens , ma sœur, mon père , mes tantes ils me préparèrent un souper aux anchois  à la tomates et à l'huile d'olives . Je viens d'écrire ce long livre des secrets de ma vie , qui seul pouvait me donner l’autorité nécessaire pour être entendu. et je veux être entendu du monde entier , car je suis l'incarnation la plus représentative de l'Europe après guerre, en ayant vécu toutes les aventures, toutes les expériences, tous les drames.Franc tireur de la révolution surréaliste, j'ai connu , jour après jour les moindres incidences , les moindres répercussions intellectuelles de l'évolution  du matérialisme dialectique et des doctrines faussement philosophique qui se fondaient sur les mythes du sang et de la race au nom du national-socialisme.La théologie  même n' a plus guère de secrets pour moi . Si j'ai participé avec le fanatisme d'un Espagnol à toutes les recherches spéculatives, même les plus opposées, je n'ai en revanche jamais de ma vie accepter d'appartenir à un parti politique qu'elle fût-il  l'idéologie dont il prétendait relever .Et comment pourrais-je l'accepter encore aujourd'hui  ; à l'heure où la politique se laisse dévorer par la religion parmi tant de choses qui nous restent à jamais mystérieuses et inexplicables, ma seule vérité s'affirme avec d'autant plus de force et de grandeur : Aucunes des découvertes philosophiques , morales , esthétiques ou biologiques ne permet de nier Dieu . Bien mieux le temps dont les sciences particulières ont construit les murs restent sans autre toit que le Ciel Divin .Le Ciel ne se trouve ni en haut , ni en bas , ni à droite , ni à gauche , le Ciel est exactement au centre de la poitrine de l'homme qui à la  Foi .
                                                         SALVADOR DALI

dimanche 12 janvier 2020

Graines de possibles regard croisés sur l'écologie de Pierre Rabhi et Nicolas Hulot



Nicolas Hulot et Pierre Rabhi ne se connaissaient pas, à  première vue, rien ne les poussait  à  se rencontrer  tant leurs parcours, leur culture, leurs univers    sont différents.  Si l'on s'en tient aux apparences , il y a d'un côté un Africain , humaniste, paysan, réservé, poète  et de l'autre un Occidental  trublion  médiatique et pragmatique, utilisant   la technique  à  foison , acteur  et vecteur de la consommation . Et puis un jour, la rencontre a eu lieu, fruit souvent des jolis hasards de la vie, tout de suite une connivence est  née, une complicité  s'est installée, le dialogue  ne s'est depuis  pas relâché , un dialogue prolifique, animé par un désir de compréhension réciproque  et un engagement commun pour l'environnement ; un échange amical  qui les a       tantôt opposés, tantôt   rassemblés  . Il y a le fils de forgeron né aux marches du désert et l'enfant de la grande  bourgeoisie française né dans les beaux quartiers de Lille; beaucoup de traits communs  : une farouche indépendance, une volonté de cultiver leur libre arbitre et d'emprunter  des chemins de traverse; et puis  chacun à  sa façon aiment passionnément le sol, les arbres, la terre et la Terre, chacun à sa façon aiment et se désolent des mêmes choses. Ce livre est le reflet  des chemins de vie et surtout  un cri  d'alarme. Celui de deux hommes de terrain qui constatent chaque jour un peu plus l'intensité des exactions commises à l'encontre de notre planète. Au fil des pages, Pierre et Nicolas s'interrogent et  tentent de lancer des pistes pour construire un autre avenir. Comment restaurer le lien à la "Terre-Mère"? Le progrès, conçu pour le bien de l'homme, n'est-il pas en passe de se transformer en la pire des tyrannies ?Comment retrouver  du sens dans une vie envahie par l'argent?Qu'est ce qu'être écologiste ?Une éthique, une politique, un mode de vie?Peut-ton croire au développement durable?Ou faut-il être plus radical et prôner la décroissance? C'est enfin une formidable déclaration d'amour à l'homme et la nature, qui vient nous rappeler combien notre destin est  étroitement, fondamentalement lié à celui de la Terre.Et nous pousse, comme l'écrivait Henry Miller , à "rejeter le connu et le prouvé au profit de l'aventure que sont la liberté et la création". 
Leur Chemin de vie : NH :Ce qui m'a frappé chez toi c'est ton incroyable itinéraire, du désert Algérien jusqu'en Ardèche, raconte  nous d'où tu viens ...PR : Je suis né près  de Bechar dans une petite oasis du sud  algérien appelée Kenadsa, mon père  était forgeron, ma mère  est morte alors que j'avais quatre ans, à l'époque  mon père fait la connaissance d'un couple  de Français, un ingénieur et une institutrice pour travailler à la compagnie des Houillères, notre sous-sol colonisé recelait du  charbon, c'est par cette matière obscure que notre système habituel  a été complètement bouleversé  et la modernité est arrivée, une population gavée de lumière allait brutalement devoir tirer sa survie de ce monde de l'obscurité, le temps de la montre  allait abolir cette sorte d'éternité cadencée par le ciel, les prières et les fêtes; le temps allait devenir argent. Ce couple  n'avait pas d'enfant et comme mon père se préoccupait  de mon avenir, ils lui ont proposer de m'éduquer. En 1958 1959 pendant la guerre , j'étais plus en accord avec ma famille et je suis partie en France, j'ai eu la chance de rencontrer les idées de Gandhi en pleine guerre d'Algérie, sa pensée faisait résonner , ma principale conviction , à savoir que la violence ne résout jamais rien, il disait  quelque chose comme "Œil pour œil, dent pour dent ça ne fera que des édentés et des aveugles" l'humanité reste enlisée    dans cette ornière. J'ai débarqué dans la capitale avec tout les attributs de la culture française inculqués par ma famille adoptive; j'ai travaillé dans une entreprise d'homme à tout faire, l'entreprise me paraissait  alors le lien symbolique de la modernité et de la libération de l'individu qu'elle ne fut pas ma déconvenue !J'ai pris conscience de cette hiérarchie du pouvoir, de l'avoir, de l'oppression. Je ne comprenais pas pourquoi certains ne bénéficiait pas plus de reconnaissance alors qu'ils travaillaient plus ou accomplissaient les tâches les plus insalubres; quand j'ai vu que ce microcosme trahissait tout ce qu'on m'avait enseigné, çà a été le début de ma toute première insurrection ; je ne pouvais transiger avec l'idée d'équité. NH : Je suis né à Lille , dans une   famille bourgeoise bien installée, puis j'ai grandi à Paris dans les beaux quartiers, j'ai d'abord baigné dans l'insouciance et les certitudes, dans un monde monolithique où l'on ne change pas d'étage ! Mais les événements de la vie ont précipité mes certitudes dans les abîmes, je me suis rendu compte que la vie n'étais pas un long fleuve tranquille, je suis convaincu  que nous portons depuis l'enfance, une portion de notre destinée.Ma révolte contre la chasse, date de cet époque, je m'insurgeai déjà a cet âge  là  contre l' uniformisation des comportements vestimentaires, la vie en vase clos social, et cette obsession des convenances propres à la bourgeoisie, j'ai évolué dans un univers où il n'y avait pas de place que  pour l'homogénéité, j'ai vite pris conscience de la nécessité de la différence, je suis moi aussi un autodidacte absolu .Devenir écologiste : NH :En 1960 , tu quitte Paris et tu t'installe définitivement en Ardèche.  Pourquoi ?  PR: Je venais de rencontrer Michèle , qui allait devenir ma femme dans l'entreprise où je travaillais , pour elle comme pour moi il n'était pas question de vivre dans cette aliénation , nous voulions un autre lieu, un autre espace, l'agriculture nous paraissait , l'activité, la mieux à même de mettre en cohérence nos idées avec notre mode de vie, c'est alors que nous avons rencontré l'admirable Dr Pierre Richard, un médecin qui s'occupait à l'époque de la création du parc national des Cévennes, c'était un écologiste visionnaire, un des premiers à déplorer la désertification des campagnes et la dégradation des espaces naturels. C'était un pays à la fois magnifique et humainement à la dérive, les hommes avaient domestiqué la montagne et avaient réussi à y vivre dans des maisons dont certaines paraissaient clouées  aux parois rocheuses. On était au cœur des Trente Glorieuses et personne ne comprenait qu'on veuille s'installer en pleine débâcle , qu'on quitte la facilité et le salaire de la ville. Pour apprendre l'agriculture, je me suis inscrit dans un établissement appelé " Maison familiale rurale "j'ai obtenu un diplôme et je suis devenu ouvrier agricole. Là, quelle surprise ! je pensais avoir définitivement tourné le dos à la notion du productivisme, mais la réalité m'a vite rattrapé, les jeunes ne parlaient que de puissances des tracteurs, d'augmentation des rendements et du nombre d'hectares qu'ils voulaient acheter. Le  jour des traitements des arbres était pour moi un cauchemar ; nous utilisions des substances chimiques dont un produit le Metasystemox qui avait été responsable de nombreux décès dans la région, nous devions porter des masques pour nous en protéger, après le traitement nous sentions une odeur écœurante et nous trouvions par-terre  toutes sortes d'insectes foudroyés, je devais apprendre plus tard qu'ils s'agissaient de produits de synthèse aux effets rémanents, non biodégradables, nous étions dans une ambiance d'agression généralisée contre la nature et la vie; à l'époque j'ai bien cru que j'allais décrocher.Aujourd'hui encore, certains paysans ne s'imaginent pas combien l'agriculture qu'ils pratiquent est dangereuse et va à l'encontre de l'esprit initial de leur métier. Chaque printemps , je suis affligé quand on commence à disperser les insecticides sur les arbres fruitiers en Provence. NH :Ce qui me surprend le plus c'est notre capacité à nier ces conséquences et à nous dire que la nature est capable de faire disparaître toutes les substances chimiques que l'on disperse, mais rien ne se perd , tout se transmet  et au bout de la chaîne alimentaire il y a l'homme ! Je me souviens qu'il y a quelques années , il y a eu un échouage massif de dauphins sur les côtes françaises, on a d'abord avancée cette vieille théorie farfelue du suicide collectifs ; puis les biologistes ont découvert dans les tissus des dauphins, toutes sortes de textiles, d'arsenic, de produits issue de l'agriculture rejeter dans les eaux fluviales. PR :Un jour le docteur Richard est arrivé en souriant , un ouvrage à la main; c'était " La Fécondité de la Terre" d'Ehrenfried Pfeiffer un autrichien qui avait compris que l'agriculture moderne était destructrice, qu'elle minéralisait les sols et menait à une impasse, c'est là que j'ai commencé à comprendre ce qu'était l'écologie, pour la première fois , on me proposait une agriculture qui plus que de respecter la vie , contribuait à régénérer ce qui était dégradé. NH :C'est ce qui t'a mené , en pionnier à l'agroécologie ? PR : Oui progressivement, l'aventure de Mont -champ  à enfin démarrer, oui une véritable aventure !Ce bien était en plein cœur des garrigues, la maison menaçait de s'écrouler, les terres étaient en friches, nous avions obtenu notre prêt , mais le Crédit  Agricole nous avait stipulé que nous devions pas faire de travaux autre qu'agricoles. Cet étape de la survie a été longue et douloureuse, mais nous l'avons totalement acceptée , parce qu'elle était le tribut à payer pour notre liberté, nous devions aussi élever nos cinq enfants , avec  toute la problématique sociale qu'un  milieu isolé  pouvait leur imposer, pour éviter le confinement familial, nous avons accueilli des stagiaires, dont les premiers étaient issus de la déferlante soixante-hui-tarde . L'humus est un élément majeur sur lequel la fécondité naturelle des sols est quasiment impossible lorsque l'humus disparaît, les sols meurent  et le désert s'installe ; il joue le rôle du  levain qui fait lever la terre comme une pâte, retient l'eau et améliore les sols en les régénérants avec l'humus dont l'étymologie rappelle l'humanité, l'humilité, l'humidité, on détient une sorte de quintessence vitale, à la fois matière et symbole. PR : Et toi comment en es tu venu à l'écologie ? NH : D'abord  parce que le terrain y était propice, mes parents m'ont transmis l'amour de la nature, mon père avait l'obsession pendant son temps libre de partir sur son petit lopin de terre pour cultiver ses fleurs et s'occuper de ses boutures, ma mère elle aussi aspirait qu'à vivre à la campagne, très tôt je me suis rendu compte que je me sentais bien au contact de la nature et moins bien quand je m'en éloignais. Je vais te choquer, mais j'ai fait le deuxième Paris-Dakar j'avais une vingtaine d'années et je succombais comme tout le monde au facteur vitesse, qui est celui que je fustige le plus aujourd'hui ; j'étais excité par l'idée de la compétition et l'espace du désert devenait pour moi un  exutoire bref  j'étais  le fruit  d'une société dont j'absorbais les leurres, j'ai bien à peu compris que les joies étaient beaucoup plus internes dans le capital immatériel que dans le matériel, mais un autre cheminement de vie n'aurait pas forcément permis de m'en rendre compte. Je dis souvent que j'ai passé une période de ma vie en position fœtale , la tête sur mon nombril, cette période est plus ou moins longue en fonction des individus, mais les événements vous font redresser ; je souhaite  à chacun que cette phase initiatique ne dure pas  trop longtemps parce que dans cette position on se prive du regard des autres ; on naît avec un certain nombre de sens, mais certains éléments troublent la perception, jusqu'au jour où l'on acquiert enfin sa progression , les chocs sont nécessaires et je les ai connu graduellement. A la fin des année  70 , je me suis retrouvé  au Guatemala après un tremblement de terre qui avait causé cinquante mille morts, cet événement  m'a brutalement ouvert les yeux sur la précarité de la vie. PR : Je ne suis pas non plus un spécialiste en tout , je comprends grâce à mon bon sens et à mon intuition. Je suis en revanche confronté au drame et aux problèmes des sols, on ne peut pas résoudre tous les problèmes en même temps et être sur tout les fronts, mais faisons  notre possible pour limiter les dégâts dès à présent , faisons le honnêtement et cessons les lamentations et les incantations qui ne font rien évoluer. Demandons nous  que puis je faire à ma petite mesure et le plus honnêtement possible pour changer les choses ? NH :Je  me demande où les politiques sont passés dans notre combat, ils ne se rendent pas compte à quel point leur silence est pesant. PR : Je suis entré en écologie il y a quarante ans, en prenant conscience de la difficulté d'un rapport harmonieux et non nuisible entre l'être humain et la nature, qu'attendons nous pour que l'écologie soit enseigné à l'école, au même titre que les mathématiques ou le français ? Le problème c'est que nous avons complètement perdu notre capacité à anticiper. Aujourd'hui  notre système progresse par réaction à très court terme, résultats, la politique que l'on peut définir comme l'art de prévoir ne se met pas en route, les processus de véritable changement de société pour éviter le chaos final . Peut être que face à la complexité du monde " après moi le déluge " est la seule réponse qu'elle soit capable de donner . NH  : J'ai pu constater cette incapacité  à anticiper plusieurs fois de l'intérieur. Il suffit d'observer le mode de fonctionnement d'un ministère : il faut attendre que se produise un événement pour qu'on réunisse tout le monde pour discuter ! Ce n'est que de la réaction  et de la communication , Où est l'anticipation ? Où est  la réflexion ?  On mobilise le Conseil national  du développement durable, qui rassemble des énergies fantastiques , mais sa présidente n'a jamais été reçue par le premier Ministre et ses lettres restent sans réponses. Dans le même ordre   d'idée, on  vient annoncer au ministère de l'écologie qu'il allait devoir partager ces locaux avec celui de la Francophonie. Le rôle des OGN consiste souvent à éviter des reculs plutôt  qu'à opérer des avancées. PR : Le gouvernement ne considère pas l'écologie comme une priorité, mais comme une préoccupation subsidiaire , un alibi  démagogique à très bon prix ; nous somme loin du compte ; l'écologie  n'est guère présent dans ce champ de bataille de la marchandise ; il semble même qu'elle gêne le fonctionnement du système . Ne pense-tu pas que les individus se répartissent aujourd'hui en deux catégories bien distinctes ; d'un côtés, nous avons ceux qui font fonctionner l'Etat et le gouvernement, les membres de la fonction publique qui suivent un chemin assuré, sécurisé et reçoivent leur chèque tous les mois, que le dollar monte ou descende, qu'il pleuve ou  qu'il vente. De l'autre côté se trouvent ceux que j'appelle " les guerriers de l'économie " et qui regroupent les professions libérales, les artisans, les commerçants, les agriculteurs et même les chefs d'entreprises qui non seulement agissent à leurs risques et périls, mais génèrent les richesses ; il y a là une asymétrie de condition qui explique en partie le dysfonctionnement de la nation . NH : De toute façon , nous n'avons le pouvoir d'orienter l'histoire qu'à condition  d'être conscients de ses dérives. PR : Si les jeunes s'intéressent à nous aujourd'hui c'est qu'ils sentent qu'il y a en eux une dimension qui n'est pas irriguée ; ils sont de plus en plus nombreux à constater qu’emmagasiner toujours  plus de biens ne les rend pas plus heureux, l'urgence écologique et humaine est à la fédération des consciences, la conscience transcende les appartenances, qui nous prennent parfois en otages sous le prétexte de la famille, un groupe social , national, religieux ou politique . Je préfère susciter une réflexion personnelle et intérieure. NH :J'essaye à mon petit niveau de donner aux gens l'occasion  et les moyens d'avancer ; comme par exemple  avec le petit livre vert pour la Terre qui propose cinq cent comportements respectueux de l'environnement dans lequel chacun  peut puiser comme il l'entends et à son rythme .  

lundi 16 septembre 2019

J'ai choisi d'être médecin chez les Touareg de Soeur Anne-Marie




Anne-Marie Salomon aidé par sa congrégation à fait des études de médecine quelle a entreprise quand elle avait 45 ans parce qu'elle voulait exercer en Afrique de préférence dans le désert.
Anne-Marie Salomon solide et grande femme imposante et curieuse dans son immense boubou bleu ciel que tout le monde connaît ici depuis qu'elle est venu soigner les nomades du désert les Touaregs  et aussi les Songhaïs et les Peuls du Sahel ,toutes ethnies mêlées.
En pirogue ou en 4X4 à dos de chameau ou à pied elle avance , et ils avancent vers elle par caravanes entières, les nomades Touareg et les autres dans ce coin perdu de la boucle du Niger au nord du Mali.
Depuis plus de 30 ans, sœur Anne-Marie docteur en médecine prodigue soins aux enfants squelettiques et aux mamans épuisées , à tous les blessés et les malades. La voilà dans son boubou bleu ciel et parfois violet 'le violet met en relation avec Dieu et le bleu met en relation avec les autres' dit elle en attrapant un gosse de 4 ans, un petit Hassan, qui revient de France où il vient de passer 6 mois , le pied était de travers, on l'a redressée à Montpellier,à peine  émue, elle tâte les os les fait pivoter" Bon travail dit -elle  en reposant le petit  moi je ne peux pas faire la grande chirurgie On l'appelle de partout, nos dispensaires et centres de soins sont dispersés dans un rayon de 150km, ici en outre, je dépends, pour l'administration de Tombouctou, mais pour se rendre à Tombouctou il faut compter 8h, heureusement nous y allons en 4X4 dans chaque centre  , ils nous ont été donner par don des Rotang et d' autres associations.
Mais nous voilà partis pour Gossi 5 heures de route, au Mali on appelle une vrai  route"le goudron", mais jusqu'à Gossi vous ne verrez plus que des tentes disséminés de ci de là, le désert, et puis la ville enfin si l'on peut dire, plutôt un très gros village, blotti contre une mare, pour visualiser Gossi, pensez à un cercle de 10km de rayons, parsemé de tentes de cubes de terre, de ruelles interminables ou courent enfants et animaux 
Ici tout le monde m'appelle Anne-Marie, j'ai rencontré des groupes qui venait du Grand Nord,  du Nord du Sahara, ils avaient été chassé par la sécheresse, deux grandes sécheresse terrible en 1973, 1983 et 1984, la désolation ils sont donc descendu vers le Sud, cette région que l'on appelle le Gourma, dont Gossi est le centre. Vous ne pouvez pas imaginer j'ai secouru des réfugiés qui n'avaient plus rien et ce n'est pas un vain mot ils erraient dans la ville et ils finissaient par aboutir au centre public de soins, là où j'arrivais pour mon stage d'externat en 1984.
J'ai fait un premier stage d'externat qui commence à Bamako, la capitale et qui se poursuivit a Gossi pendant 4 mois.;puis je suis reparti en France ou j'ai fait un deuxième stage d'internat. Quand je suis revenu en 1988, ayant traversé le désert avec médicaments et matériel la ville de Gossi c'était débarrasser de cette foule de réfugiés on les avais mis de l'autre côté de ce qu'on appelle la mare, la ville apparaît comme un oasis; visualise la mare comme un immense étang qui peut parfois atteindre 30 km de long, j'ai demandé à Bamako à mes patrons de médecine, s'il connaissait quelqu'un qui pourrait me servir à la fois d' interprète, de guide et de chauffeur, ils m'ont dit d'aller voir un monsieur nommé Sado, il était chauffeur dans un organisme qui creuse des mares pour y conserver de l'eau de pluie, ça permet aux gens d'abreuver et d'alimenter leur troupeau, cette entreprise avait terminé son projet comme disent les ONG,  les ONG sont souvent comme ça elles ont une idée, elle l'a transforme en projet ,elle touche l'argent pour la réaliser et ensuite au revoir!
Zado, m'a dit demain je vous donnerai la réponse j'ai besoin de réfléchir, et le lendemain quand je suis revenu, il était à la porte et il m'attendait, il m'a dit il faut que vous sachiez, avant de rentrer chez moi, que c'est vous qui venez me chercher, c'est Dieu qui vous envoie, il a laissé sa famille et nous sommes partis ensemble, oui il faut comprendre ici vous savez, on peut avoir de la famille à 500km, n'oubliez pas que vous êtes chez des nomades.
J'ai appris à Zado et à sa femme qui est venu par la suite à mettre des sondes urinaire, je ne soigne jamais un homme toute seule, je veux pas donner la possibilité à quelqu'un de dire quoi que ce soit, il arrive assez fréquemment la nuit, que l'on vienne frapper à ma porte pour une rétention d'urine, je cherche l'accoucheuse,  soit un membre de la famille on met immédiatement la sonde qui permettra au patient d'attendre jusqu'au départ pour l'hôpital. Sado fait aussi les urgences, moi je vois surtout les femmes, parce que je suis la seule dans la région à faire de la gynécologie, je les soigne soit pour avoir des enfants, soit elles voudraient avorter et la je leur explique avec Hadjatou (l'épouse de Zado) qui est comme une sage femme à mes côtés qu'on ne veut pas le faire,on leur explique qu'elle garde l'enfant on l'aidera à l'élever.
Il existe aussi des histoires étranges, un jour, un père arrive avec sa fille et me dit : voilà, ma fille était mariée et son mari l'a divorcé , il me dit pourquoi: parce qu' elle n'a pas de trou ! Je l'examine avec Hadjatou et lui dit votre fille est normale ; je l'examine lundi prochain au laboratoire, et je m'aperçois qu'elle est très infectée je lui fait les prélèvements avec le plus gros spéculum et on y trouve toutes les infections possible on lui prescrit 2 traitements pendant 10 jours.je l' explique au père et il me dit il faut appeler la forgeronne, la forgeronne c'est un peu la griotte, la conteuse de récit et de nouvelles.
J'appelle donc la forgeronne, je lui montre la fille et lui explique que tout est normal et que le traitement sera long, mais la fille refusait de rester, elle voulait que la forgeronne aille d'abord crier dans le campement qu' elle avait un trou, la griotte l'a fait et par la suite, a remarié la fille.
Moi j'avais cru, au début, que le mari avait prétendu qu'elle était anormale , afin de récupérer la dot, qu'il avait donné pour avoir la fille, car c'est la famille du marié qui paie, et si il n'est pas de la même ethnie le prix est plus élevé, la fille, elle, apporte un troupeau, un trousseau , la tente, on dit que les femmes Touareg son chef sous leur tente, c'est vrai pour le temps où elles sont mariées, puisque l'on peut divorcer comme on veut....Avec l'autorisation du marabout mais cette histoire d'absence de trou, c'était pour la salir tout simplement. Le jeudi je vois les tuberculeux, les gens qui ont le sida, viennent aussi une fois par semaine, le samedi, on disait que le Mali était le pays le plus atteint par le sida:  non ce n'est pas vrai, nous n'avons jamais été considéré comme très atteint, mais certaines associations prétendent le contraire pour obtenir de l'aide.
Parfois je fais évacuer en France des enfants, j'envoie un dossier a Espoir pour un enfant ,une association, c'est tout un réseau pour accueillir les enfants et les faire prendre en charge dans la famille, moi je m'occupe du billet d'avion. La compagnie africaine qui me donne en général des billets gratuits je ne paie que les taxes c'est 100 € par enfant, mon adjoint s'occupe du passeport et du visa et puis je les mets dans l'avion, ensuite Aviation sans frontières viens les chercher à Paris.
Voici une question que nous n'avons pas encore abordé, vous faites payer les consultations? oui, pour qu'ils se prennent en charge! Parce qu'il faut bien comprendre que dans nombre de pays africains l'Européen est là pour aider, pour bien des gens, le Blanc est un porte-monnaie... Zado, et ceux qui travaillent avec moi sont gêner de constater cette attitude ce qu'on attend du Blanc, les ONG, humanitaires de toute espèce c'est de l'argent d'abord. On peut à la rigueur considérer cela comme une sorte de compliment " Si tu es riche, c'est que Dieu t'a béni, tu vaux mieux que moi "mais cette quête permanente m'agace, nous ne sommes pas des boîtes à sous.Nous demandons 6 € pour l'hospitalisation et le suivi du patient, à partir du moment où ils ont payés, on leur donne 6 kilos de mil par semaine et du lait qu'on fait payer 3€, cinq fois moins cher que dans le commerce, comprimés compris si il y en a. Quand je suis arrivé en Afrique, il y avait des gros rat jaune couleur sable, énormes qui se promenaient dans la maison, ils m'ont manger des médicaments de réserve, on m'a donné un chat puis un autre qui ont fait le ménage si on peut dire et qui se sont multipliés, le problème ici c'est que les gens ne veulent pas tuer les chats même petit, parce que le prophète avait un chat qui mangeait dans son assiette; et figurez vous que lorsque je partais en France, pour chercher de l'aide, de l'argent, mes chats étaient toujours en état, comme on disait chez nous quand j'étais petite.
Il faudrait que nous revenions au commencement, vous aviez 45 ans quand vous avez entrepris des études de médecine afin de soigner les Africains pourquoi et pourquoi si tard ? Vous apparteniez depuis des années à une congrégation religieuse assez peu connu les sœurs de la Retraite de l'Ouest.Vous êtes bretonne ?  pas tout à fait, l'ordre de la Retraite, c'est vrai, a été créé par deux bretonnes, Catherine de Francheville et Claude de Thérèse de Kerméno .Elles avaient  fondées une maison de Retraite pour que les femmes comme les hommes puissent pratiquer les exercices spirituels de Saint-Ignace, s' imprégner de ce que l'on appelle la spiritualité Ignacienne (Le monde est le lien où l'homme puise ses richesses, ou il est appelé à poursuivre la création, ou l'Homme collabore à l'œuvre divine).Ce qui suppose que l'homme soit formé, à des valeurs comme le respect, l'ouverture aux autres, mais aussi à l'intelligence du monde, et à la volonté. Chacun est appelé à développer ses dons personnels, les développer par la réflexion, sur ce qu'il vit dans son domaine d'activité mais aussi une formation intellectuelle aussi large que possible. Les  sœurs de la Retraite, congrégation à laquelle appartient Anne Marie sont se spiritualité ignacienne ; elles agissent dans des secteurs très variés: accompagnement social , éducation , aumônerie, monde de la santé, retraite ...Moi mon père était originaire de le Rochelle, ma mère  de Lyon, il était médecin,il a connu ma mère qui s'était engagée comme infirmière militante pendant la guerre de 1914 1918 . J'ai fait des études chez les sœurs de la Retraite de Vannes , je me plaisais bien chez elles ,qu'est ce qui vous attirait chez ses religieuses ?  elles étaient toujours joyeuses, on consacrait beaucoup de temps à la prière que j'aimais beaucoup, donc je suis rentré  en novice à Lannion ou se trouvait notre maison mère , on m'a envoyer faire des études de maths, parce que j'étais bonne en maths, pour mes supérieures , je serai professeur de maths , je me suis inscrite à la fac des sciences de Nantes, ou  j'ai obtenu une licence de maths appliquées , ensuite j'ai poursuivi quelques études à Rennes, puis à Angers et j'ai obtenu la maîtrise de physique. Dans votre ordre vous l'avez dit , on vous formait à la spiritualité ignacienne , celle des jésuites ; si on vous demandait de la définir  , que diriez vous ? Pour moi c'est une réponse personnelle à Jésus Christ , on fait voeu d'obéissance , mais ce n'est pas une obéissance aveugle, c'est une réponse à Dieu, après avoir discerné dans la prière le chemin à suivre; une certaine liberté au service du Seigneur . Vous dites  "répondre librement à l'appel du Seigneur et nous avons remarqué que vous parlez à Dieu, jamais à Jésus Christ pourquoi ? en fait , quand je suis arrivée à Gossi  je disais souvent aux gens que j'appartenais au " Seigneur " ; Or un jour , lors d'une campagne de vaccination, je me trouvai seule dans un endroit désertique  en voiture  avec un chauffeur et un guide , le guide , mi sérieux, mi souriant me propose de passer la nuit avec lui ; alors un peu gênée , je lui réponds brusquement " Mais j'appartiens au Seigneur  donc ce n'est pas possible !"alors lui s'en se démonter  réplique , mais tu ne sais pas que c'est nous les seigneurs du désert !A partir de ce jour , j'ai pris conscience de la confusion que le mot " Seigneur" pouvait apporter dans les esprits, et j'ai décidé  de ne parler que de Dieu  , langage plus conforme aux croyances de mes frères musulmans , pour eux Jésus n'est qu'un prophète. Mon père me disait " C'est dommage  que tu ne fasses pas médecine, parce que tu aurais eu un bon diagnostic " parce que quand j'étais jeune fille , je l'accompagnais  chez certains malades  et il m'est arrivé de lui tenir tête en lui disant " Cette personne à telle maladie ....Ma mère n'avait pas beaucoup approchée de religieuses mais semblait parfois regretter de ne pas avoir choisi cette voie ..elle avait aussi la foi, car elle avait demandé à Dieu d'avoir encore un enfant à l'âge ou les autres sont grands mères, elle lui avait dit qu'elle lui laisserait ,après s'il le voulait . Quel âge avait -elle , quand elle vous à eu  ? Quarante trois ans !
Je voulais répondre à ce que Dieu voulait . J'avais une idée en tête , une volonté qui à fait l'unité  de tout mon parcours , de ma vie. 

vendredi 30 août 2019

Une vie de Simone Veil




 Les photos  de mon enfance  le prouvent  nous formions  une  famille  heureuse,  nous voici les quatre frère et sœurs  serrés  autour de Maman, quelle tendresse entre nous ! Au delà des différences qui nous opposaient et des difficultés  qui nous fallait affrontées, nos parents nous offrirent en effet la chaleur d'un foyer unie; et ce qui comptait  plus que tout à leurs yeux, une éducation à  la fois intelligente et rigoureuse. Plus tard , mais très vite , le destin  s'est ingénié à brouiller les pistes, qui semblaient si bien tracées , au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. Chez nous comme dans tant de familles juives françaises la mort à  frappée  tôt et fort, aujourd'hui  je ne peux m'empêcher de penser avec tristesse que mon père  et  ma mère  n'auront jamais connu la  maturité de leurs enfants, la naissance  de leurs petits enfants, la douceur d'un cercle familial  élargi. Les années 20  furent pour eux celle du bonheur; ils s'étaient mariés en 1922, mon père André Jacobs avait alors trente deux ans et Maman Yvonne  Steinmetz   onze de moins , mon père est architecte, ma mère irradie de beauté rayonnante qui évoque pour beaucoup  celle de la star de l'époque Greta Garbo, un an plus tard naît  une première fille Madeleine surnommée  Milou, une nouvelle année s'écoule et Denise voit le  jour, puis Jean en 1925 et moi en 1927, Maman est heureuse  ses enfants remplissent sa vie. Deux ans après leur mariage  mes parents avaient quitté la capitale  pour s'installer à  Nice,  Maman ne vécut pas cette transhumance avec joie ,à la demande de son époux, elle avait abandonné  des études de chimie  qui la passionnait, pour se consacrer à  sa maison et à  ses enfants; durant les premières années, les affaires  de Papa  prirent comme il avait prévu, un essor prometteur, il engagea  deux dessinateur, un secrétaire et dessina les plans d'une villa à la Ciotat , selon lui la première d'une longue série. Nous vivions à Nice  dans un bel immeuble bourgeois. Cette situation faste dura peu, la crise économique, la fameuse crise de 1929, allait sévèrement  frapper ma famille comme celle de nombreux français ; les commandes de mon père se ralentirent brutalement, dès 1931 il fallut vendre  notre voiture, il fallut emménager dans un appartement plus modeste, moins confortable , à l'âge de cinq ans, ces petites gênes  matérielles m'affectaient peu, au contraire, j'ai beaucoup aimé cet appartement, la proximité  de la campagne , nous formions  mes sœurs et moi  un trio parfaitement soudé , un peu plus grande   , j'allais volontiers  chercher   le dictionnaire pour trancher un différend sur le sens du mot, Papa m'installait toujours à sa droite à table, au motif  qu'il fallait me surveiller  , il estimait  que trop souvent je n'en faisait qu'à ma tête , que je me tenais mal, qu'il fallait parfaire mon éducation et que lui seul pouvait compenser le laxisme maternel, il n'appréciait  pas mon esprit contestataire. Lorsque  je repense à ces années heureuses de l'avant guerre, j'éprouve une profonde nostalgie. La politique, à cette époque entrait à pas feutrés dans ma vie de  lycéenne , j'étais en septième lorsque le front populaire  remporta les élections en 1936  j'ai conservés des souvenirs précis des premières années de l'Allemagne nationale socialiste et de la montée de l'antisémitisme prévu ou  non par les experts, l'offensive allemande se  déclencha le 10 mai 1940  à ce moment là tout le monde perdait la tête  et la panique qui soufflait sur Paris n'épargnait  pas les grandes villes de province, pendant quelques semaines le phénomène de l'exode  avait pris une ampleur folle. Les Juifs  faisaient désormais l'objet d'une ségrégation administrative parfaitement scandaleuse au pays des droits de l'homme :  était  "juifs" quiconque possédait trois grands parents juifs, mais seulement deux s'il  était lui même   marié à un conjoint juif ! ainsi défini, les juifs se    voyait   interdire toute activité dans le secteur public et la sphère médiatique. Dès 1941 il avait été  fait obligation  aux Juifs de se déclarer, d'abord les étrangers, nombreux à  Nice  puis les Français  qu'est ce que cela voulait dire ? N'étions nous pas Français aux même  titre que les autres ? Cependant  comme  la presque totalité des familles juives, nous nous sommes pliés à cette formalité, habitué à  respecter  la loi, d'ailleurs nous n'avions pas à rougir de ce que nous étions.Après  la chute de Mussolini  dans l'été 1943 les Italiens signèrent une armistice et quittèrent la région, on entra  dans la tragédie le 9 septembre 1943 la Gestapo débarquait en force à Nice, avant même les troupes allemandes ; ses services      s'installaient à l'Hôtel Excelsior, en plein centre ville, et déclenchait sans coup férir la chasse aux Juifs que les Italiens avaient refusé de mettre en oeuvre, les arrestations massives commencèrent aussitôt ; nos papiers d'identité  devaient porter la lettre J. J'ai senti le danger de cette mesure  avant le reste de la famille, et voulu m'opposer   à ce tampon ; convaincus  des dangers  mes parents ont alors décidés de faire front  en se procurant  des fausses cartes d'identités, puis nous nous sommes dispersés, mes parents chez un ancien dessinateur de mon père, Milou et moi  logions dans le même immeuble chez  d'anciens professeurs  , mon frère Jean  était hébergé ailleurs par un troisième couple ; avec cette dispersion , munis de fausses cartes d'identités , nous nous imaginions à l'abri, ma sœur continuait à travailler, je poursuivais mes cours au lycée, et n'hésitais  pas  à sortir en ville avec  mes camarades, disons  le sans détour : nous étions inconscients. J'ai rendez-vous avec des amis pour fêter la fin des examens, je m'y rendais avec un camarade lorsque soudain , deux Allemands en civil  nous arrêtèrent pour contrôle d'identité, et nous conduisit à l'hôtel  Excelsior, on me montra une pile de fausses cartes d'identité semblable   à la mienne ; j'ai donc fourni une fausse adresse    aux Allemands, avant de supplier le camarade non juif  qui s’apprêtait à ressortir   libre de prévenir ma famille, mais il fut suivi par la Gestapo; le coup de filet fut rapide Maman , Milou et Jean  arrivèrent à l'hôtel Excelsior, même si mon frère n'était pas circoncis, nos  fausses cartes suffisaient  à nous dénoncer comme Juifs. Le 7 avril  nous avons donc voyagé pour atteindre Drancy, où  convergeaient  nous l'avons appris par la suite tout les convois de toute la France ; à notre arrivée nous avons tout de suite compris que  nous descendions une nouvelle marche dans la misère et l'inhumanité. Ce  qui est certain , c'est que mon père et mon frère sont partis  ensemble pour Kaunas , car leurs noms figurent sur les listes ils semblent  que tout le monde ait été rapidement assassinés  à l'arrivée, du moins si on en croit les témoignages de la quinzaine de survivants  revenus de cet enfer, quel  fut le sort de mon père et de mon frère ?  nous ne l'avons jamais su ! Le 13 avril nous avons embarqué à cinq heures du matin, pour une nouvelle étape dans cette descente aux enfers, à la gare de Bobigny, on nous à fait monter dans des wagons de bestiaux , nous étions  effroyablement serrés une soixantaine d'hommes , de femmes, d'enfants, de personnes âgées;  le voyage à duré deux jours et demi, le le 13 avril à l'aube au 15 au soir   à Auschwitz - Birkenau, c'est une des dates que je n'oublierai jamais, elles demeurent attachées  à mon être le plus profond, comme le tatouage du numéro 78651 sur la peau de mon  bras gauche; à tout jamais elles sont les traces  indélébiles de ce que j'ai vécu .La seule humiliation que nous n'avons pas connu c'est d'avoir la tête rasée ce qui était pourtant la règle à Auschwitz , certain ont imaginé  que la Croix rouge avait annoncée une visite, et bien sur personne n'a jamais vu le moindre inspecteur de la Croix rouge à  Auschwitz, soixante ans plus, lorsque je pense à la  constance  avec laquelle la Croix rouge  internationale s'est efforcée de légitimer son comportement de l'époque, je reste....à  tout le moins perplexe.Au printemps 1944, les  autorités  du camp  avaient décidé de prolonger la rampe de débarquement des convois pour  la rapprocher  des chambres à gaz, nous portions des pierres  et faisions du terrassement  , puis les S.S  nous ont astreintes à des tâches inutiles porter des rails, creuser des trous, charrier des pierres dont l'objet était de nous affaiblir, un matin, alors que nous sortions du camp    pour aller au travail, la Chef de camp, Stenia, ancienne prostitué terriblement dure avec les autre déportées  , m'a sorti du rang   " Tu es vraiment trop jolie pour mourir  ici, je vais faire quelques chose pour toi  en t'envoyant ailleurs,oui mais j'ai une mère et une sœur je ne peux pas accepter  si elles ne viennent pas avec moi, elle a acquiescé  d'accord elles viendront  avec toi, en effet , elle tint sa promesse, quelques jours plus tard, nous avons été transférées dans un commando moins dur que les autres, à Bobrek , nous étions moins nombreuses, notre groupe de femmes  était caserné dans un grenier au-dessus de l'atelier de l'usine; Maman à commencé  à s'affaiblir  quand à nouveau on nous à déplacée à soixante kilomètres à pied  , nous avons entamé cette longue marche vers la mort, ceux qui tombaient était aussitôt abattu, de Gleirritz , les trains ont commencé à partir dans plusieurs directions, à   Bergen Belsen , il n'y avait presque pas de nourriture, pas le moindre soin médical, l'eau   elle même faisait défaut, la plupart des canalisations ayant éclatés ; Maman  s'est de plus en plus affaibli par la détention, le travail, le voyage épuisant à travers la Pologne, la Tchécoslovaquie ,et l'Allemagne, elle n'a pas tardé à attraper le  Typhus, elle est morte le 15 mars, je me rends compte que je n'ai jamais pu  me résigner à sa disparition, chaque jour Maman , se tient près de moi et je sais que ce que j'ai accompli dans ma vie  l'a été grâce à elle. Début avril, nous avons senti que le dénouement était proche, Milou n'allait pas bien, elle aussi avait contracté  le typhus, je la réconfortais du mieux que je pouvais " Ecoute il faut tenir le coup  et ne pas se laisser aller nous allons  bientôt être libérées. Bergen-Belsen a  été libéré le 15 avril , les troupes   anglaises ont pris possession du camps; la guerre était finie, mes sœurs  et moi  étions vivantes, mais comme tant d'autres, la famille Jacob avait payé un lourd tribut à  la faveur nazie; tout de suite nos oncles et tantes Weisman nous ont accueillie chez eux, à mon retour des camps j'avais appris que j'avais été reçu aux épreuves du baccalauréat passé la veille de mon arrestation en mars 1944, je me suis inscrite  à la faculté de droit, ou j'ai rencontré Antoine qui suivait comme moi des cours de sciences Po, il vivait à Paris depuis sa démobilisation chez une de ses grand-mère; nous nous  sommes mariés à l'automne 1946, j'avais dix  neuf ans et Antoine vingt ans , notre premier fils  Jean  est né à la fin de 1947, Nicolas le deuxième treize mois  après, Pierre François lui s'est  fait plus attendre puisqu'il est né en 1954, afin d'aider notre jeune couple et parce qu'il nous appréciait Michel Boissier à proposé à  mon mari un poste d'attaché parlementaire au Conseil de la République. Mon mari ne voulait pas que je travaille, mais par chance il avait rencontré à travers ses différentes relations politique  un haut magistrat   qui lui avait affirmé " Les femmes ont désormais leur place dans la magistrature" En 1954 l'école de la magistrature n'existait pas, l'accès  à la carrière  s'effectuait par un concours, à l'issue de deux années de stage , j'avais été reçu au concours et affectée à la direction  de l'administration pénitentiaire j'y ai passé sept ans , puis Jean Foyer  m'a affectée  à la Direction  Civiles, puis j'ai accepter le poste moins harassant de secrétaire de Conseil Supérieur de la magistrature auquel m'a nommée le Président Pompidou à sa demande j'ai également  été nommée  à l'un des postes d'administrateur  de l'ORTF  chargé de représenté l' Etat; j'étais la première femme  à siéger dans ce Conseil d'administration, comme d'ailleurs dans celui de la Fondation de France auquel j'ai été nommée à la même époque . Un soir  , alors  que nous dînions chez des amis, la maîtresse de maison m'invita à  sortir de table, quelqu'un désirait de toute urgence  me parler, c'était Jacques Chirac qui me demandai si j'accepterai le cas échéant de faire partie de son gouvernement. C'est ainsi que je me suis retrouvée dès le lendemain ministre de la santé. Ma tâche me paraissait d'autant plus lourde  que la profession médicale, dans l'ensemble m'acceptait avec réticence, face à un milieu au  conservatisme très marqué, je présentais le triple défaut d'être une femme, d'être favorable à la législation de l'avortement et enfin d'être juive . Du moins pouvais je compter sur l'appui inconditionnel du Président, son Premier ministre en revanche, se montrait plus réservé aux yeux de Jacques Chirac, le pays se trouvait confronté à des problèmes autrement plus urgent que l'IVG. Finalement la loi à été votée dans la nuit    du 29 novembre par deux cent quatre vingt voix ; quinze jours  plus tard, elle fut voté au Sénat  quasiment dans les mêmes termes. Quand je levais les yeux de mes dossiers deux ans après la constitution du gouvernement, je m'apercevais  que le climat avait changé; entre Giscard et Chirac une fêlure s'était produite en fin d'année; j'ai ,refusée d'adhérer  au RPR, c'est alors  que je me suis prise peu à peu à ressentir  l'usure du pouvoir. Puis   aux élections européennes de juin 1979  ma liste arriva assez loin devant celle du Parti socialiste ; mon premier discours  se voulut le plus unitaire possible ; je m'y  présentais évidement avec le souhait  d'être   la  présidente   de toute l'assemblée et insistais  sur les trois défis que nous avions à relever, celui de la paix, celui de la liberté, et celui du progrès social. Dans les années 1980    quand je suis arrivée au Parlement européen, j'imaginais  encore une  évolution vers un système  de type fédéral, aujourd'hui les mentalités ont changés  je ne peux constater un attachement  croissant des citoyens à leur cadre  national et aux facteurs historiques qui ont formé des identités singulières  , à cet  égard  nous vivons un paradoxe, l'Européen d'aujourd'hui  voyage beaucoup, l'envie est devenu une réalité   dont la plupart se félicite , Internet est entré dans les mœurs et la dimension de la modernisation domine la pensée contemporaine. Cependant  les citoyens  semblent beaucoup plus attachés à leur identités nationale qu'il y a vingt ans au point que partout  se développent des tentations  communautarismes s'ils tiennent tant à  cette identité, c'est parce qu'ils subissent à jet continu   des chocs mondiaux, leurs racines  devient une valeur refuge, une protection contre toutes les tragédies que la télévision et internet  nous font vivre en temps réel, où qu'elles se produisent .J'ai  aimé que  le Conseil constitutionnel se préoccupe de la lutte contre les discriminations ; je suis favorable  à toutes les mesures de discriminations positives susceptible de réduire les inégalités des chances , les inégalités sociales; les inégalités de rémunérations , les inégalités de promotion dont souffrent les femmes, avec l'âge je suis devenu de plus en plus militante de leur cause ,il est  inutile de la proclamer à son de trompe, il est préférable de la pratiquer, nul besoin pour cela d'employer de grands mots, qui ne peuvent qu'ameuter les idéologues  de l'égalitarisme  républicain, non plus de débattre de quotas sur lesquels personnes ne s'accordera, ici comme ailleurs notre pays s'engage trop volontiers dans des débats théoriques qui portent sur les principes et négligent les réalités de la société, pendant que l'on fait des rond de jambe sur la parité  . La politique me passionne mais dès quelle devient   politicienne,elle cesse de m'intéresser.

jeudi 27 juin 2019

La vallée des rois de Christian Jacq




" La Vallée  des rois .....comment ce seul nom ne ferait-il pas rêver ! "" écrit Howard Carter , le découvreur de la tombe de Toutankhamon  ; " de toute les merveilles de l'Egypte , il n'en est pas une qui frappe autant l'imagination. Ici , loin des bruits de la vie, dans cette vallée désertique, dominée par la "cime" comme par une pyramide naturelle, gît une trentaine de rois ". Site le plus célèbre et le plus visité de l'Egypte pharaonique, la Vallée des rois demeure mystérieuse , de nombreuses énigmes subsistent . La mises à jour des tombes fut une véritable épopées qui méritent d'être contée ; aventuriers, chercheurs de trésors et savants se sont illustrés à titres divers, le plus souvent avec une passion que seul un site aussi puissant pouvait inspirer. Pendant cinq siècles et trois dynasties, les XVIII, XIV et XX  de 1552 à 1069 av J.C la vallée fut utilisée pour abriter les momies des souverains et de quelques dignitaires admis à séjourner à jamais près des monarques qui marquèrent de leurs empreintes cette brillante période de l'histoire égyptienne connue sous le nom de "Nouvel Empire" selon une dénomination inspirée de l'historiographie prussienne du XIX siècles . A cette époque, l'Egypte est un pays riche et puissant, le phare des civilisations méditerranéennes et le centre d'une spiritualité lumineuse , les rois firent de Thèbes leur capitale et de la Vallée leur demeure d'éternité  ; aucune de ses aubes, aucun de ses crépuscules ne se ressemblent et ne sauraient laisser indifférent ; ses pierres ont vu les funérailles des Thoutmosis, des Amenhoteps et des Ramsès , ses pentes arides ont gardés la mémoire de ce moment mystérieux où leur âme à regagnée la lumière d'où elle était issue. Chaque tombe a son génie propre, ses couleurs, son parfum d'au-delà, son message. Chaque pas est une découverte de la divinité à la fois sévère et douce qui protège la Vallée, cette déesse du silence qui fait entendre la grande voix des anciens. Pour l'Egypte, la mort n'existe pas ; c'est pourquoi la Vallée n'est pas un lieu de mort, mais un chant de résurrection et un hymne à la lumière, au soleil qui disparaît dans les ténèbres et renaît après les avoir vaincues ; ainsi en est-il de l'aventure de la Vallée une perpétuelle renaissance. La Vallée est le début d'un oued creusé par les pluies qui usèrent le calcaire et formèrent une cuvette où règne souvent une chaleur intense ; pour y parvenir , il faut suivre la route partant du débarcadère , traverser la zone des cultures puis sans aucune transition serpenter le désert, et s'enfoncer dans un paysage de roches et de collines, ce chemin est celui que suivirent , voici plus de trois milles ans, les processions funéraires conduisant les rois d'Egypte à leur dernière demeure . Au nord du temple de Séthi 1er à Gourna , la montagne devient une barrière protectrice ,elle impose le respect et annonce la grandeur du site, si éloigné du monde des hommes et de  leurs préoccupations quotidiennes . Façonnée à la préhistoire par le lits des torrents et les pluies d'orage, la Vallée se divise en deux branches; celle de l'Ouest la plus vaste, ne comprends que quatre tombes, dont deux sépultures royales; celle de l'Est , est considéré comme la  Vallée des rois  proprement  dite, reçut le nom arabe de Bîban el Moulouk "  les portes des rois " l'entrée du site avant l'élargissement dû  à la construction de la route moderne, était un passage étroit ; il donnait accès à un amphithéâtre qui délimitaient les falaises abruptes, un corps de policiers spécialisés veillaient sur cette porte de pierre. Ici se déploie une vie secrète, immuable, que seul le silence permet de ressentir; la mise en scène de la nature est d'une parfaite efficacité; les murs de pierre semblent très hauts, l'impression d'isolement est absolue, le son circule de manière surprenante, si bien que les pas des promeneurs résonnent de falaises en falaises . L'afflux des touristes et l'intrusion de la modernité n'oblitèrent pas le caractère sacré du site; la Vallée fut crée selon  un esprit et dans un univers radicalement différent du nôtre, que régulaient un roi-dieu , Pharaon, et une économie fondée sur la prospérité du temple et la solidarité ni souci de rentabilité, ni recherche de bénéfice matériel l'essentiel était de découvrir un point de condensation de l'énergie où s'uniraient harmonieusement le ciel et la terre. La Vallée est l'un des endroits de la planète où ce mariage est perceptible de la manière la plus évidente ; comme l'écrit Romer ," il s'agit d'un emplacement soigneusement choisi et contrôlé pour de grands drames cosmiques" dont le principal est la mort et résurrection  de Pharaon ; la Vallée n'est pas funèbre ; au contraire elle accueille la lumière, tantôt de manière apparente dans ses roches et ses falaises, tantôt secrète dans la paix de ses tombes; elle n'est pas humaine, dans la mesure où elle se situe au-delà de l'existence terrestre." Paysage anthropophage " écrit Flaubert avec raison puisqu'il mange l'humain pour faire apparaître le divin . Parvenir à cette vie en éternité au-delà du temps et de l'espace, nécessite  une science de l'au-delà qu'il faut pratiquer ici-bas ; c'est la transmission de cette science ; ce n'est pas le roi un-tel  qui ressuscite , mais Pharaon et à travers lui son peuple. En ce lieu, d'où aucun visiteurs  ne ressort indifférent , est célébré le jeu de la vie et de la mort. La Vallée est un lieu de vie puisque les demeures des Pharaons, loin de se réduire à des sépultures , sont des livres d'enseignements grâce aux hiéroglyphes  et à l'image . Comme l'écrivait Forbin , directeur des musées de la restauration en visitant " la Vallée sacrée tout  disait autour de moi que l'homme n'est quelque chose que par son âme; roi par la pensée, frêle atome par son enveloppe , l'espoir seul d'une autre vie peut le rendre vainqueur dans cette lutte continuelle entre les misères de son existence et le sentiment de son origine céleste. L'Egypte du Nouvel Empire aime la paix et se donne les moyen de la préserver; elle pratique une politique de dissuasion très active, qui se traduit par sa réception de richesse  et de tributs. Nest-ce pas le dieu Karnak , Amon " le caché" qui a rendu Pharaon victorieux ?Rien ne seras trop beau pour son sanctuaire. Le Nouvel Empire célèbre la gloire d'Amon ; Ahmonis " Celui qui est né de la lune et fait le premier pas. L'innovateur Amenthotep 1er pendant vingt ans Amenthotep1er (1526-1506 ) règne sur le double pays  à nouveau uni il est le premier roi à faire figurer Amon dans son nom qui signifie " le principe caché A mon " est en plénitude ( hotep) . Le fondateur Thoutmosis Ier et son maître d'oeuvre, Ineni  bien que le règne de Thoutmosis Ier ne dura qu'une quinzaine d'année( 1506 1499) il est particulièrement important puisqu'il fut semble t-il le premier Pharaon à faire creuser sa tombe dans la Vallée des rois, la tombe  d'Ineni , elle est bien connue, elle fut creusée dans la Vallée des nobles et porte le numéro 21, Ineni architecte puissant et respecté, directeur de la double maison  de l'or et de l'argent, directeur des doubles greniers d'Amon, bâtisseur de la première tombe de la Vallée des rois , de la partie centrale du temple d'Amon de Karnak, maître d'oeuvre sous Amenhotep Ier, Thoutmosis Ier, Thoutmosis II, Thoutmosis III et Hatchepsont  dignitaire âgés chargé d'honneur et sage parmi les sages  ; on sait aussi qu'il aménagea la tombe de son fils Néfer " le parfait" à Dea Abou el Naja . Soixante deux tombes furent creusées dans la Vallée, cinquante huit dans la Vallée des rois proprement dite ; presque toutes les tombes furent plus ou moins pillées, à l'exception de trois celle des parents de la reine Teye, la grande épouse royale d'Amenhotep III père du célèbre Akhenaton ; celle de Maiherpi un soldat ; celle de Toutankhamon découverte en 1922 par Howard Carter ; leurs trésors furent transportés au musée du Caire où ils sont exposés dans des salles voisines, on notera de nombreuses ressemblances entre les magnifiques objets des parents de Teye et ceux de Toutankhamon. La tombe de Ramsès VII son règne est particulièrement mal connu , sa tombe à l'honneur de porter  le numéro 1 selon l'inventaire établi au XI e siècle vidé de son contenu, elle fut visitée dès l'antiquité, Ramsès VII fils de Ramsès VI gouverna peut-être huit ans (1136 1128) la tombe est assez dégradée et ne figure pas sur le circuit des visites, son entrée monumentale s'ouvre au pied d'une colline, dans le couloir, le roi fait offrande au dieu solaire Rê-Horakhty , et la barque du soleil auquel Pharaon  s'identifie descend vers les profondeurs , l'or est la couleur dominante, il règne une impression de clarté de joie sereine dans ce monde ou prime la régénération ; dans la chambre du sarcophage, dont le plafond est décoré de figurines astrologiques et astronomiques, veille une magnifique déesse de la magie, la terrifiante Sekhmet qui devient la douce Bastet pour qui connaît les formules rituelles capable de l'apaisement.Si nous dressons le plan type d'une tombe royale nous empruntons d'abord " le premier passage du dieu" qui correspond à l'escalier d'accès;" le chemin du soleil " est la descente complète à l'intérieur de la tombe, puis vient le couloir , " second passage du dieu " suivi d'un " troisième passage" éventuellement flanqué de chapelles ou résident les dieux de l'Orient et de l'Occident ; ces passages sont aussi nommés "lieu où le dieu est halé" c'est à dire où le sarcophage est tiré sur un traîneau vers la chambre funéraire; "le quatrième passage du dieu " éventuellement encadré par deux chambres des gardiens de portes, marquent l'accès à la partie secrète de la tombe , s'ouvre la salle du secret, ou salle de la règle, qui ne laisse progresser que l'être reconnu juste par le tribunal de l'autre monde ; enfin "la demeure de l'or "ou repose le sarcophage et où s'accomplit la transmutation du corps mortel en corps lumière brillant comme l'or. Certaines tombes comportent un puits  profond d'environ six mètres, il est celui " qui cache", " celui qui arrête " et marque un point de rupture dans le parcours. Les pères  Capucins , Protais et François évoquèrent  l'existence de Bibân el Moulouk " Les portes des rois "c'est au jésuite Claude Sicard qui identifie les ruines de Thèbes et celle de la Vallée des rois entre '1707 et 1712) . La Vallée des rois , haut lieu de spiritualité pharaonique doit beaucoup aux religieux des XVII et XVIII siècles, après les deux capucins et le jésuite, c'est un clergyman  Britannique  Richard Pococke  en 1739  qui s'extasie  devant la fraîcheur des couleurs , dont l'état de conservation le stupéfie ; puis l'écossais James Bruce en 1768 1769 fait un séjour en Egypte  et repère la tombe de Ramsès III, les hiéroglyphes étant indéchiffrables  l 'écossais ne peut lire le nom du roi et identifier le propriétaire de la tombe .Alors que Vivant Denon quitte l'Egypte en compagnie de Bonaparte certain membres de l'expédition poursuivent leurs investigations , tel est le cas des deux ingénieurs Prosper Jollois et le baron Edouard de Villiers du Terrage ils établirent une grande carte de la Vallée des rois, où ils répertorient seize tombes dont onze ouvertes. Puis Antonio Belzoni débarque à Alexandrie le 9 juin 1815 , il est ni un érudit , ni un chercheur en découvrant la Vallée il n'a qu'une idée en tête forcer l'entrée des tombes encore inconnues et en extraire les richesses ; ensuite James Burton peu préoccupé de sensationnel, il songe d'abord à protéger la magnifique tombe de Séthi 1er , il vide le puits qui avait tant gêne l'impatient Belzoni dans sa progression . Le 27 septembre 1822 Jean François Champollion  lit sa lettre à M. Dacier ou il expose les principes de déchiffrement es hiéroglyphes , la fabuleuse découverte de Champollion permettait de lire les noms des rois inscrit dans des oracles nommées " cartouches "de commencer à comprendre donc les bases de la civilisation d'établir une chronologie . Wilkinson en 1827 numérote toutes les tombes connu à cette date celle qui le passionne le plus est la tombe de Ramsès III non à cause de la couleur , mais de la représentation de plusieurs objets utilisés quotidiennement " chaise, vase, panier, poterie etc..., Champollion n'a découvert aucune tombe nouvelle, mais il a vécu et transmis le mystère de la Vallée Wilkinson s'occupait des numéros , Champollion à perçu le Nombre, la réalité secrète. L'expédition de Lepsius le prussien, Carl Richard séjourna à Thèbes d'octobre 1844 à février 1845 il se contenta de dégager quelques tombes et de dresser des panneaux blancs. Alexander Rhind, homme de loi Édimbourg, obligé de séjourné en Egypte à cause de sa mauvaise santé, il décida de pratiquer l'archéologie  avec rigueur et méthode, il fut le premier à appliquer une loi majeure de l'archéologie moderne en notant la position exacte ou il trouvait un objet. Auguste Mariette, l'un des géants de l'archéologie égyptienne de 1857 à 1872 fouilla  un nombre considérable de sites, dès 1857 il proposa une législation afin de faire cesser le pillage des antiquités et envisager la création d'un musée. Gaston Maspero, nommé directeur de la  nouvelle école d'archéologie du Caire ou il arrive en 1881, il interrogea Ahmed Abd el  Rassoul, l'aîné de la famille fut persuadé  que la police les surprendrait de piller , inquiet des représailles sévères , il se rendit et révéla l'emplacement d'une tombe qui contenait à elle seule quarante momies. En 1882 l'armée Britannique  bombarde Alexandrie, le corps expéditionnaire anglais s'empare du Caire et bientôt l'administration britannique règne le pays , pour une longue période la Grande Bretagne va s’intéresser de près aux Pharaons. Victor Lord s'occupe de la tombe de Thoutmosis III, on ne parlera jamais assez de la chance de celui qui la découvrit et ce qui l'attendait était aussi  miraculeux , après avoir franchi la salle à deux piliers, il descendit  un escalier et pénétra dans une grande salle entièrement décorée, parmi les inspecteurs auquel l'expérimenté Maspero accorda sa confiance ; figurait le jeune Howard Carter séjournant en Egypte depuis l'âge de ses dix huit ans pour servir le dessinateur à l'archéologue Newberry , il avait déjà une profonde expérience du pays , Carter parlait arabe , s'était initié à la pratique des hiéroglyphes et connaissait la région de Thèbes, c'est pourquoi quand il fut âgé de vingt cinq ans , Maspero le nomma inspecteur des Antiquités de Haute Egypte ; en tant qu'inspecteur du service des antiquités Carter avait la possibilité d'accorder des autorisations de fouilles  en un lieu précis et pour une période limitée . Âgé de cinquante un ans , Carter reconstitua son équipe, le 28 octobre 1925 , Carter ouvrit le troisième sarcophage que protégeaient de leurs ailes  les déesses Isis et Nephtys, il contempla le célèbre masque d'or et préleva cent quarante trois bijoux et amulettes  sur la momie de Toutankhamon, les ornements en or pesaient  1110,4 kilos , Le prince Toutankhamon " Symbole vivant d'Aton"  fut éduqué à la cour royale d'el Amarna ou régnaient Akhenaton et Néfertiti on ne sait toujours pas avec certitude qui étaient ses parents ; lorsque cette cour vient à Thèbes le nom du Prince fut modifié, il devient Toutankhamon et monte sur le trône d'Egypte qu'il occupa pendant neuf ans ( 1336-1327) . C'est au couchant que le voile se lève un peu, une lumière dorée, apaisante, adoucit les pentes abruptes des falaises . Se lève l'heure d'Atoum, celle de la sérénité des soirs d'Egypte, lorsque le jour se marie à la nuit dans des noces de mort et de résurrection.Chaque tombe royale à son génie propre, ses couleurs, son agencement de textes et de scènes chacune est une création originale, mais conforme à la symbolique traditionnelle. A chaque nouvelle visite, à chaque nouvelle exploration , l'émerveillement est plus intense, la communion plus profonde. Les amoureux de la Vallée peuvent demeurer plusieurs heures devant un bas-relief de Séthi Ier ou de Ramsès VI, dialoguer avec une déesse , méditer sur le scarabée qui symbolise la renaissance du soleil ou contempler , comme Carter, le corps céleste de la déesse Nout. Ces figures étranges , à la beauté secrète, nous parlent d'une vérité sans âge, de cette éternité où s'inscrit le mystère inviolable des pharaons. Jamais ne s'éteindra la grande voix de la Vallée des rois