L'histoire se passe sur une île, ni grande, ni belle qui à vomi pendant des millénaires sa lave, ses scories fertiles, on l'appelle le Brau , son cratère est enfoui le plus souvent dans un édredon de brume, elle s'est martelée du battement du sang des hommes; il y a des vignes ,des oliveraies , des câpriers chaque arpent cultivé témoigne de l'opiniâtreté d'ancêtres qu'ils l'ont arrachée au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur; le chien comme on l'appelle ici crache des saisons inhumaines, l'été, assèche les hommes et les terrasses, l'hiver, les transit de vents aigus et pluies froides, leurs maisons sont en pierres de lave mal jointoyées, elles sont dures inconfortables et sombres, on y étouffe , on y gèle . C'est un lundi matin de septembre sur la plage que tout commença ; on l'appelle la plage faute de mieux, même si personne ne peut s'y étendre car elle est faîte de galets volcaniques râpeux et blessants. La Vieille s'y promenait , c'est l'ancienne institutrice , elle est née ici et elle y mourra , elle à près de 80 ans , elle fait sa promenade chaque matin aux premières heures du jour, avec son chien, soudain le chien s'arrêta, aboya et se lança dans une course folle qui l'amena à une cinquantaine de mètre vers trois formes longues que la houle avait jetées sur le rivage, le chien les huma, se tourna vers la Vieille et lança une très longue plainte, au même instant deux hommes aperçurent aussi les formes sur la grève Amérique un célibataire, un vigneron, un homme à tout faire qui vient de temps à autre récupérer ce que le courant échouait là ( bidons , planches , cordages ..) il y avait aussi Spadon qu'on appelait ainsi car tout en étant pas très malin , c'est s'en aucun doute le plus fin pêcheur d'espadons de l'île, il travaille aussi pour le Maire qui est le plus grand patron de l'île il possède trois bateaux à moteurs et des installations de chambre froide .La Vielle parla la première " Qu'est ce que vous attendez ? Tirez les ! Vous ne pouvez pas les laisser comme ça! Retournez les! ils finirent par faire basculer les corps et soudain le visage des morts apparut , ils n'avaient pas vingt ans, la Vieille et les deux hommes se signèrent en même temps. La Vieille dit : Amérique ,as tu une bâche dans ta carriole ?Amérique acquiesça; il s'éloigna " Toi Spadon vas prévenir le Maire , ne parle à personne d'autre , la Vieille resta près des corps d'hommes noirs et jeunes. moins d'une demi heure plus tard le Maire arriva suivit de Spadon et celle du Docteur , soudain une voix nouvelle s'éleva et les fit tous sursauter , c'était l'Instituteur, il n'était pas de l'île un étranger donc , il avait une femme et deux jumelles . Qu'est ce que vous fabriquez ici ! lui jeta le Maire , je courais , j'ai vu la charrette et l'âne d'Amérique et vous tous au loin et puis la bâche , je me suis dit que ... que tout ça n'était pas normal! qu'il avait du se passer quelque chose de grave Mon Dieu ! Laissez Dieu en dehors de tout ça ! dit la Vieille l'Instituteur se tut ; plus personne ne parla , il était tôt à peine huit heures . Le Maire reprit : Nous sommes six ici ; six à savoir , six à se taire jusqu'à ce soir où nous nous retrouverons à la mairie à neuf heures, je vais réfléchir à la marche à suivre. La marche à suivre ? s'étonna l'Instituteur taisez vous coupa le Maire ce soir nous discuterons , mais d'ici là si l'un d'entre vous parle de çà à qui que ce soit où si l'un d'entre vous ne vient pas ce soir , je dépends mon fusil et je lui fais son compte. Spadon saisit le premier cadavre sous les aisselles, le Maire le prit aux pieds ils le hissèrent dans la carriole et firent de même ensuite pour les deux autres; le Spadon déposa la bâche sur eux et la noua. On ne vit plus rien que du plastique bleue, la plage retrouva son impassible solitude . A neuf heures , le Maire ferma la porte de la salle du Conseil tira les rideaux de velours, puis il regarda un à un les présents , il ne manquait personne de ceux qui se trouvait le matin même sur la plage. "Spadon et moi avons mis les dépouilles en lieu sûr dans un endroit ou personne ne peut les trouver , et dont je suis le seul à avoir la clé ." "J'ai passé la journée à réfléchir à ce qui conviendrait de faire et je suppose que vous aussi" ; l'Instituteur interrompit le Maire " Comment ce qu'il faut faire ! mais nous devons avertir les autorités ! Quoi d'autre ! Je ne comprends pas ce que nous faisons ici , ni ce que vous attendez pour vous mettre en contact avec la police et un juge ." Je vous rappelle que ma fonction de Maire me donne des compétences en matière de police sur cette île et si je n'ai aucune compétence en matière de justice , c'est à moi qu'il incombe tout de même de décider lors d'un premier temps si cela en vaut la peine ou non de déranger un enquêteur et un juge du continent . " Les avez vous autopsiés Docteur ?coupa l' Instituteur ; inutile répondit le Docteur la noyade est hélas évidente , nous savons bien où les trois hommes voulaient aller ; l'embarcation sur laquelle ils étaient a chaviré, ils sont morts noyés , la mer tolère souvent que les hommes glissent sur son échine , mais parfois elle s'irrite et dévore quelques uns d'entre eux . Soudain la porte s'ouvrit avec lenteur on aurait pu croire à nouveau que c'était le vent qui poussait le battant , mais le Curé apparut avec ses lunettes de myopes , le Maire ne le laissa pas pénétrer davantage . "Mon père , je vous prie de nous excuser , mais nous sommes occupés dans une réunion importante et je ne ... Ne vous fatiguez pas l'arrêta le Curé , je sais pourquoi vous êtes ici ; les corps des nègres sur la plage ce matin ; on m'a tout raconté, une personne s'est ouverte à moi dans le secret de la confession , elle se trouve ici , qu'elle n'est aucune crainte , jamais je ne la trahirai. Le Maire contractait ses mâchoires et poursuivit " Si la presse soudain se déchaîne et dresse notre île un portrait déplorable comment dans ces conditions conclure le projet pour les Thermes ; pensez vous que ces messieurs seraient encore d'accord pour investir des millions et construire leur complexe. Notre terre est si fameuse par ses sources d'eau chaudes , ses paysages, son vin, son huile, ses câpres deviendrait celle sur laquelle viennent s'échouer des cadavres venus d'Afrique, nos eaux pures seraient celle dans lesquelles des morts trempent, marinent et pourrissent . Je suis le Maire, reprit-il j'ai la charge du présent et dois aussi songer à l'avenir de notre île; le projet des thermes va créer des emplois , je ne veux pas ruiner ce projet . Où les as tu mis ? la voix de la Vieille tomba dans le silence , en lieu sûr , je l'ai déjà dit , qu'est ce que ça vous apportera de le savoir ? Tu veux notre silence ? Moi je veux la vérité c'est tout ! Il constata que tous les autres le regardaient sans exception , attendant qu'il réponde " Dans ma chambre froide , finit-il par dire à voix basse , dans votre chambre froide ? avec les poissons? dit l'Instituteur qui paraissait scandalisé et tout à la fois apeuré , vous auriez voulu que je les mette où ? dans mon lit ?Deux jour plus tard , les trois noyés, le Maire , le Docteur, le Curé , l'Instituteur et le Spadon transportèrent les cadavres toujours entortillés dans la bâche bleue, ils se rendirent au Nös dé Boss qui est un grand rocher rouge , les trois corps s'étaient soudés en un seul ils les basculèrent dans un gouffre , le Curé dit la prière , sautant un mot sur trois, on se signa , on n'entendit rien , on aurait pu croire que les trois cadavres chutaient à l'infini, s'en jamais s'écraser contre un replat, une corniche , ni même au fond du gouffre. Mais l'Instituteur ne tiendra pas sa langue et l'on vit débarquer sur l'île quelques temps après un policier ,on ne lui confiait que des missions discrètes ,il était en quelques sorte son propre maître et il avait tout son temps . Mais le Maire vas détourner l'attention de cette affaire en incriminant l'Instituteur de pédophilie envers une fillette de l'école , celui ci ne ^pourra pas se défendre contre tous les gens de l'île et sachant que tout cela était un complot contre lui , le désespoir s'empara de lui et il se suicidera . Qu'est ce que la honte, et combien la ressentirent ;ils avaient tué l'Instituteur , il faut le dire. Certes ils ne l'avaient pas tués de leurs mains , mais ils avaient construit sa mort , comme on assemble un mur pierre par pierre, sa mort était une œuvre commune . Sa femme ne s'y est pas trompée qui dans la nuit suivante , la nuit de douleur et de stupeur , frappa des deux poings à chaque porte , moins pour qu'on lui ouvre que pour désigner que derrière cette porte qui demeurait close se terrait un coupable et elle cracha sur chaque porte, n'en n'oubliant aucune, tout en lançant des hurlements de louve dans toute les ruelles de la ville. Les bateaux revinrent au port dix jours après en être partis , les cales aussi vides qu'à l'aller ,ils descendirent de leur navire sans dire un mot . Aussitôt des bouches parlèrent de malédiction . Quand on ne comprends pas certains fait, il est aisé de recourir à la magie et au surnaturel. Il se murmura que les fillettes de l'Instituteur avaient des regards de sorcières, qu'elles avaient maudit l'île, que les hurlements de la veuve la nuit suivant la mort de son époux avaient déposé dans chaque maison les sortilèges de la vengeance et aussi du mal . Amérique , qui avait perdu toutes ses vignes brûlées sur pied, alla se faire embaucher sur le continent ; on retrouvera Spadon pendu un matin dans la chambre froide où le Maire et lui avaient entreposé les corps des noyés, tout disparut des cultures sous les rivières de lave lente et pâteuse que le Brau vomit pendant deux jours, au printemps suivant ; les quelques vignes et vergers des collines du Ross qui avaient échappées aux coulures du magna séchèrent dans les semaines qui suivirent et jamais ne reverdirent ; le Curé mourut après ses abeilles , il vit ses essaims dépérir faute de fleurs à butiner , le Docteur passa plusieurs semaines alité, avec une forte fièvre, il délirait ,il se soigna avec des tisanes de thym , des petits verres de marc chauffé , il eut des sommeils hypnotiques , encombré de visions, il guérit ,sa première visite fut pour le Maire . Il lui raconta ses délires de fièvre , La plage devenait un vaste cimetière à ciel ouvert , une charpente ardente et froide et il avait nous autres, habitants de l'île, de cette île qui est la seule habitée de toutes les îles de l'Archipel du Chien, habitée par des hommes misérables, ridicules, vieux , égoïstes, perdu et en larmes. Le Maire avait écouté le Docteur s'en l'interrompre. Il y eu un long silence. Il porta la tasse de café à ses lèvres et but en faisant une légère grimace, et se mit soudain à secouer la tête, comme on le fait devant quelqu'un qu'on plaint car on se désole de constater qu'il n'a plu toute sa raison . " Mais mon pauvre vieux , finit par murmurer le Maire au Docteur qui attendait sa parole avec anxiété, pourquoi dis-tu que c'est un rêve ?"
dimanche 6 février 2022
samedi 25 avril 2020
La vie secrète de Salvador Dali
SALVADOR DALI
dimanche 12 janvier 2020
Graines de possibles regard croisés sur l'écologie de Pierre Rabhi et Nicolas Hulot
Nicolas Hulot et Pierre Rabhi ne se connaissaient pas, à première vue, rien ne les poussait à se rencontrer tant leurs parcours, leur culture, leurs univers sont différents. Si l'on s'en tient aux apparences , il y a d'un côté un Africain , humaniste, paysan, réservé, poète et de l'autre un Occidental trublion médiatique et pragmatique, utilisant la technique à foison , acteur et vecteur de la consommation . Et puis un jour, la rencontre a eu lieu, fruit souvent des jolis hasards de la vie, tout de suite une connivence est née, une complicité s'est installée, le dialogue ne s'est depuis pas relâché , un dialogue prolifique, animé par un désir de compréhension réciproque et un engagement commun pour l'environnement ; un échange amical qui les a tantôt opposés, tantôt rassemblés . Il y a le fils de forgeron né aux marches du désert et l'enfant de la grande bourgeoisie française né dans les beaux quartiers de Lille; beaucoup de traits communs : une farouche indépendance, une volonté de cultiver leur libre arbitre et d'emprunter des chemins de traverse; et puis chacun à sa façon aiment passionnément le sol, les arbres, la terre et la Terre, chacun à sa façon aiment et se désolent des mêmes choses. Ce livre est le reflet des chemins de vie et surtout un cri d'alarme. Celui de deux hommes de terrain qui constatent chaque jour un peu plus l'intensité des exactions commises à l'encontre de notre planète. Au fil des pages, Pierre et Nicolas s'interrogent et tentent de lancer des pistes pour construire un autre avenir. Comment restaurer le lien à la "Terre-Mère"? Le progrès, conçu pour le bien de l'homme, n'est-il pas en passe de se transformer en la pire des tyrannies ?Comment retrouver du sens dans une vie envahie par l'argent?Qu'est ce qu'être écologiste ?Une éthique, une politique, un mode de vie?Peut-ton croire au développement durable?Ou faut-il être plus radical et prôner la décroissance? C'est enfin une formidable déclaration d'amour à l'homme et la nature, qui vient nous rappeler combien notre destin est étroitement, fondamentalement lié à celui de la Terre.Et nous pousse, comme l'écrivait Henry Miller , à "rejeter le connu et le prouvé au profit de l'aventure que sont la liberté et la création".
Leur Chemin de vie : NH :Ce qui m'a frappé chez toi c'est ton incroyable itinéraire, du désert Algérien jusqu'en Ardèche, raconte nous d'où tu viens ...PR : Je suis né près de Bechar dans une petite oasis du sud algérien appelée Kenadsa, mon père était forgeron, ma mère est morte alors que j'avais quatre ans, à l'époque mon père fait la connaissance d'un couple de Français, un ingénieur et une institutrice pour travailler à la compagnie des Houillères, notre sous-sol colonisé recelait du charbon, c'est par cette matière obscure que notre système habituel a été complètement bouleversé et la modernité est arrivée, une population gavée de lumière allait brutalement devoir tirer sa survie de ce monde de l'obscurité, le temps de la montre allait abolir cette sorte d'éternité cadencée par le ciel, les prières et les fêtes; le temps allait devenir argent. Ce couple n'avait pas d'enfant et comme mon père se préoccupait de mon avenir, ils lui ont proposer de m'éduquer. En 1958 1959 pendant la guerre , j'étais plus en accord avec ma famille et je suis partie en France, j'ai eu la chance de rencontrer les idées de Gandhi en pleine guerre d'Algérie, sa pensée faisait résonner , ma principale conviction , à savoir que la violence ne résout jamais rien, il disait quelque chose comme "Œil pour œil, dent pour dent ça ne fera que des édentés et des aveugles" l'humanité reste enlisée dans cette ornière. J'ai débarqué dans la capitale avec tout les attributs de la culture française inculqués par ma famille adoptive; j'ai travaillé dans une entreprise d'homme à tout faire, l'entreprise me paraissait alors le lien symbolique de la modernité et de la libération de l'individu qu'elle ne fut pas ma déconvenue !J'ai pris conscience de cette hiérarchie du pouvoir, de l'avoir, de l'oppression. Je ne comprenais pas pourquoi certains ne bénéficiait pas plus de reconnaissance alors qu'ils travaillaient plus ou accomplissaient les tâches les plus insalubres; quand j'ai vu que ce microcosme trahissait tout ce qu'on m'avait enseigné, çà a été le début de ma toute première insurrection ; je ne pouvais transiger avec l'idée d'équité. NH : Je suis né à Lille , dans une famille bourgeoise bien installée, puis j'ai grandi à Paris dans les beaux quartiers, j'ai d'abord baigné dans l'insouciance et les certitudes, dans un monde monolithique où l'on ne change pas d'étage ! Mais les événements de la vie ont précipité mes certitudes dans les abîmes, je me suis rendu compte que la vie n'étais pas un long fleuve tranquille, je suis convaincu que nous portons depuis l'enfance, une portion de notre destinée.Ma révolte contre la chasse, date de cet époque, je m'insurgeai déjà a cet âge là contre l' uniformisation des comportements vestimentaires, la vie en vase clos social, et cette obsession des convenances propres à la bourgeoisie, j'ai évolué dans un univers où il n'y avait pas de place que pour l'homogénéité, j'ai vite pris conscience de la nécessité de la différence, je suis moi aussi un autodidacte absolu .Devenir écologiste : NH :En 1960 , tu quitte Paris et tu t'installe définitivement en Ardèche. Pourquoi ? PR: Je venais de rencontrer Michèle , qui allait devenir ma femme dans l'entreprise où je travaillais , pour elle comme pour moi il n'était pas question de vivre dans cette aliénation , nous voulions un autre lieu, un autre espace, l'agriculture nous paraissait , l'activité, la mieux à même de mettre en cohérence nos idées avec notre mode de vie, c'est alors que nous avons rencontré l'admirable Dr Pierre Richard, un médecin qui s'occupait à l'époque de la création du parc national des Cévennes, c'était un écologiste visionnaire, un des premiers à déplorer la désertification des campagnes et la dégradation des espaces naturels. C'était un pays à la fois magnifique et humainement à la dérive, les hommes avaient domestiqué la montagne et avaient réussi à y vivre dans des maisons dont certaines paraissaient clouées aux parois rocheuses. On était au cœur des Trente Glorieuses et personne ne comprenait qu'on veuille s'installer en pleine débâcle , qu'on quitte la facilité et le salaire de la ville. Pour apprendre l'agriculture, je me suis inscrit dans un établissement appelé " Maison familiale rurale "j'ai obtenu un diplôme et je suis devenu ouvrier agricole. Là, quelle surprise ! je pensais avoir définitivement tourné le dos à la notion du productivisme, mais la réalité m'a vite rattrapé, les jeunes ne parlaient que de puissances des tracteurs, d'augmentation des rendements et du nombre d'hectares qu'ils voulaient acheter. Le jour des traitements des arbres était pour moi un cauchemar ; nous utilisions des substances chimiques dont un produit le Metasystemox qui avait été responsable de nombreux décès dans la région, nous devions porter des masques pour nous en protéger, après le traitement nous sentions une odeur écœurante et nous trouvions par-terre toutes sortes d'insectes foudroyés, je devais apprendre plus tard qu'ils s'agissaient de produits de synthèse aux effets rémanents, non biodégradables, nous étions dans une ambiance d'agression généralisée contre la nature et la vie; à l'époque j'ai bien cru que j'allais décrocher.Aujourd'hui encore, certains paysans ne s'imaginent pas combien l'agriculture qu'ils pratiquent est dangereuse et va à l'encontre de l'esprit initial de leur métier. Chaque printemps , je suis affligé quand on commence à disperser les insecticides sur les arbres fruitiers en Provence. NH :Ce qui me surprend le plus c'est notre capacité à nier ces conséquences et à nous dire que la nature est capable de faire disparaître toutes les substances chimiques que l'on disperse, mais rien ne se perd , tout se transmet et au bout de la chaîne alimentaire il y a l'homme ! Je me souviens qu'il y a quelques années , il y a eu un échouage massif de dauphins sur les côtes françaises, on a d'abord avancée cette vieille théorie farfelue du suicide collectifs ; puis les biologistes ont découvert dans les tissus des dauphins, toutes sortes de textiles, d'arsenic, de produits issue de l'agriculture rejeter dans les eaux fluviales. PR :Un jour le docteur Richard est arrivé en souriant , un ouvrage à la main; c'était " La Fécondité de la Terre" d'Ehrenfried Pfeiffer un autrichien qui avait compris que l'agriculture moderne était destructrice, qu'elle minéralisait les sols et menait à une impasse, c'est là que j'ai commencé à comprendre ce qu'était l'écologie, pour la première fois , on me proposait une agriculture qui plus que de respecter la vie , contribuait à régénérer ce qui était dégradé. NH :C'est ce qui t'a mené , en pionnier à l'agroécologie ? PR : Oui progressivement, l'aventure de Mont -champ à enfin démarrer, oui une véritable aventure !Ce bien était en plein cœur des garrigues, la maison menaçait de s'écrouler, les terres étaient en friches, nous avions obtenu notre prêt , mais le Crédit Agricole nous avait stipulé que nous devions pas faire de travaux autre qu'agricoles. Cet étape de la survie a été longue et douloureuse, mais nous l'avons totalement acceptée , parce qu'elle était le tribut à payer pour notre liberté, nous devions aussi élever nos cinq enfants , avec toute la problématique sociale qu'un milieu isolé pouvait leur imposer, pour éviter le confinement familial, nous avons accueilli des stagiaires, dont les premiers étaient issus de la déferlante soixante-hui-tarde . L'humus est un élément majeur sur lequel la fécondité naturelle des sols est quasiment impossible lorsque l'humus disparaît, les sols meurent et le désert s'installe ; il joue le rôle du levain qui fait lever la terre comme une pâte, retient l'eau et améliore les sols en les régénérants avec l'humus dont l'étymologie rappelle l'humanité, l'humilité, l'humidité, on détient une sorte de quintessence vitale, à la fois matière et symbole. PR : Et toi comment en es tu venu à l'écologie ? NH : D'abord parce que le terrain y était propice, mes parents m'ont transmis l'amour de la nature, mon père avait l'obsession pendant son temps libre de partir sur son petit lopin de terre pour cultiver ses fleurs et s'occuper de ses boutures, ma mère elle aussi aspirait qu'à vivre à la campagne, très tôt je me suis rendu compte que je me sentais bien au contact de la nature et moins bien quand je m'en éloignais. Je vais te choquer, mais j'ai fait le deuxième Paris-Dakar j'avais une vingtaine d'années et je succombais comme tout le monde au facteur vitesse, qui est celui que je fustige le plus aujourd'hui ; j'étais excité par l'idée de la compétition et l'espace du désert devenait pour moi un exutoire bref j'étais le fruit d'une société dont j'absorbais les leurres, j'ai bien à peu compris que les joies étaient beaucoup plus internes dans le capital immatériel que dans le matériel, mais un autre cheminement de vie n'aurait pas forcément permis de m'en rendre compte. Je dis souvent que j'ai passé une période de ma vie en position fœtale , la tête sur mon nombril, cette période est plus ou moins longue en fonction des individus, mais les événements vous font redresser ; je souhaite à chacun que cette phase initiatique ne dure pas trop longtemps parce que dans cette position on se prive du regard des autres ; on naît avec un certain nombre de sens, mais certains éléments troublent la perception, jusqu'au jour où l'on acquiert enfin sa progression , les chocs sont nécessaires et je les ai connu graduellement. A la fin des année 70 , je me suis retrouvé au Guatemala après un tremblement de terre qui avait causé cinquante mille morts, cet événement m'a brutalement ouvert les yeux sur la précarité de la vie. PR : Je ne suis pas non plus un spécialiste en tout , je comprends grâce à mon bon sens et à mon intuition. Je suis en revanche confronté au drame et aux problèmes des sols, on ne peut pas résoudre tous les problèmes en même temps et être sur tout les fronts, mais faisons notre possible pour limiter les dégâts dès à présent , faisons le honnêtement et cessons les lamentations et les incantations qui ne font rien évoluer. Demandons nous que puis je faire à ma petite mesure et le plus honnêtement possible pour changer les choses ? NH :Je me demande où les politiques sont passés dans notre combat, ils ne se rendent pas compte à quel point leur silence est pesant. PR : Je suis entré en écologie il y a quarante ans, en prenant conscience de la difficulté d'un rapport harmonieux et non nuisible entre l'être humain et la nature, qu'attendons nous pour que l'écologie soit enseigné à l'école, au même titre que les mathématiques ou le français ? Le problème c'est que nous avons complètement perdu notre capacité à anticiper. Aujourd'hui notre système progresse par réaction à très court terme, résultats, la politique que l'on peut définir comme l'art de prévoir ne se met pas en route, les processus de véritable changement de société pour éviter le chaos final . Peut être que face à la complexité du monde " après moi le déluge " est la seule réponse qu'elle soit capable de donner . NH : J'ai pu constater cette incapacité à anticiper plusieurs fois de l'intérieur. Il suffit d'observer le mode de fonctionnement d'un ministère : il faut attendre que se produise un événement pour qu'on réunisse tout le monde pour discuter ! Ce n'est que de la réaction et de la communication , Où est l'anticipation ? Où est la réflexion ? On mobilise le Conseil national du développement durable, qui rassemble des énergies fantastiques , mais sa présidente n'a jamais été reçue par le premier Ministre et ses lettres restent sans réponses. Dans le même ordre d'idée, on vient annoncer au ministère de l'écologie qu'il allait devoir partager ces locaux avec celui de la Francophonie. Le rôle des OGN consiste souvent à éviter des reculs plutôt qu'à opérer des avancées. PR : Le gouvernement ne considère pas l'écologie comme une priorité, mais comme une préoccupation subsidiaire , un alibi démagogique à très bon prix ; nous somme loin du compte ; l'écologie n'est guère présent dans ce champ de bataille de la marchandise ; il semble même qu'elle gêne le fonctionnement du système . Ne pense-tu pas que les individus se répartissent aujourd'hui en deux catégories bien distinctes ; d'un côtés, nous avons ceux qui font fonctionner l'Etat et le gouvernement, les membres de la fonction publique qui suivent un chemin assuré, sécurisé et reçoivent leur chèque tous les mois, que le dollar monte ou descende, qu'il pleuve ou qu'il vente. De l'autre côté se trouvent ceux que j'appelle " les guerriers de l'économie " et qui regroupent les professions libérales, les artisans, les commerçants, les agriculteurs et même les chefs d'entreprises qui non seulement agissent à leurs risques et périls, mais génèrent les richesses ; il y a là une asymétrie de condition qui explique en partie le dysfonctionnement de la nation . NH : De toute façon , nous n'avons le pouvoir d'orienter l'histoire qu'à condition d'être conscients de ses dérives. PR : Si les jeunes s'intéressent à nous aujourd'hui c'est qu'ils sentent qu'il y a en eux une dimension qui n'est pas irriguée ; ils sont de plus en plus nombreux à constater qu’emmagasiner toujours plus de biens ne les rend pas plus heureux, l'urgence écologique et humaine est à la fédération des consciences, la conscience transcende les appartenances, qui nous prennent parfois en otages sous le prétexte de la famille, un groupe social , national, religieux ou politique . Je préfère susciter une réflexion personnelle et intérieure. NH :J'essaye à mon petit niveau de donner aux gens l'occasion et les moyens d'avancer ; comme par exemple avec le petit livre vert pour la Terre qui propose cinq cent comportements respectueux de l'environnement dans lequel chacun peut puiser comme il l'entends et à son rythme .
lundi 16 septembre 2019
J'ai choisi d'être médecin chez les Touareg de Soeur Anne-Marie
Anne-Marie Salomon aidé par sa congrégation à fait des études de médecine quelle a entreprise quand elle avait 45 ans parce qu'elle voulait exercer en Afrique de préférence dans le désert.
Anne-Marie Salomon solide et grande femme imposante et curieuse dans son immense boubou bleu ciel que tout le monde connaît ici depuis qu'elle est venu soigner les nomades du désert les Touaregs et aussi les Songhaïs et les Peuls du Sahel ,toutes ethnies mêlées.
En pirogue ou en 4X4 à dos de chameau ou à pied elle avance , et ils avancent vers elle par caravanes entières, les nomades Touareg et les autres dans ce coin perdu de la boucle du Niger au nord du Mali.
Depuis plus de 30 ans, sœur Anne-Marie docteur en médecine prodigue soins aux enfants squelettiques et aux mamans épuisées , à tous les blessés et les malades. La voilà dans son boubou bleu ciel et parfois violet 'le violet met en relation avec Dieu et le bleu met en relation avec les autres' dit elle en attrapant un gosse de 4 ans, un petit Hassan, qui revient de France où il vient de passer 6 mois , le pied était de travers, on l'a redressée à Montpellier,à peine émue, elle tâte les os les fait pivoter" Bon travail dit -elle en reposant le petit moi je ne peux pas faire la grande chirurgie On l'appelle de partout, nos dispensaires et centres de soins sont dispersés dans un rayon de 150km, ici en outre, je dépends, pour l'administration de Tombouctou, mais pour se rendre à Tombouctou il faut compter 8h, heureusement nous y allons en 4X4 dans chaque centre , ils nous ont été donner par don des Rotang et d' autres associations.
Mais nous voilà partis pour Gossi 5 heures de route, au Mali on appelle une vrai route"le goudron", mais jusqu'à Gossi vous ne verrez plus que des tentes disséminés de ci de là, le désert, et puis la ville enfin si l'on peut dire, plutôt un très gros village, blotti contre une mare, pour visualiser Gossi, pensez à un cercle de 10km de rayons, parsemé de tentes de cubes de terre, de ruelles interminables ou courent enfants et animaux
Ici tout le monde m'appelle Anne-Marie, j'ai rencontré des groupes qui venait du Grand Nord, du Nord du Sahara, ils avaient été chassé par la sécheresse, deux grandes sécheresse terrible en 1973, 1983 et 1984, la désolation ils sont donc descendu vers le Sud, cette région que l'on appelle le Gourma, dont Gossi est le centre. Vous ne pouvez pas imaginer j'ai secouru des réfugiés qui n'avaient plus rien et ce n'est pas un vain mot ils erraient dans la ville et ils finissaient par aboutir au centre public de soins, là où j'arrivais pour mon stage d'externat en 1984.
J'ai fait un premier stage d'externat qui commence à Bamako, la capitale et qui se poursuivit a Gossi pendant 4 mois.;puis je suis reparti en France ou j'ai fait un deuxième stage d'internat. Quand je suis revenu en 1988, ayant traversé le désert avec médicaments et matériel la ville de Gossi c'était débarrasser de cette foule de réfugiés on les avais mis de l'autre côté de ce qu'on appelle la mare, la ville apparaît comme un oasis; visualise la mare comme un immense étang qui peut parfois atteindre 30 km de long, j'ai demandé à Bamako à mes patrons de médecine, s'il connaissait quelqu'un qui pourrait me servir à la fois d' interprète, de guide et de chauffeur, ils m'ont dit d'aller voir un monsieur nommé Sado, il était chauffeur dans un organisme qui creuse des mares pour y conserver de l'eau de pluie, ça permet aux gens d'abreuver et d'alimenter leur troupeau, cette entreprise avait terminé son projet comme disent les ONG, les ONG sont souvent comme ça elles ont une idée, elle l'a transforme en projet ,elle touche l'argent pour la réaliser et ensuite au revoir!
Zado, m'a dit demain je vous donnerai la réponse j'ai besoin de réfléchir, et le lendemain quand je suis revenu, il était à la porte et il m'attendait, il m'a dit il faut que vous sachiez, avant de rentrer chez moi, que c'est vous qui venez me chercher, c'est Dieu qui vous envoie, il a laissé sa famille et nous sommes partis ensemble, oui il faut comprendre ici vous savez, on peut avoir de la famille à 500km, n'oubliez pas que vous êtes chez des nomades.
J'ai appris à Zado et à sa femme qui est venu par la suite à mettre des sondes urinaire, je ne soigne jamais un homme toute seule, je veux pas donner la possibilité à quelqu'un de dire quoi que ce soit, il arrive assez fréquemment la nuit, que l'on vienne frapper à ma porte pour une rétention d'urine, je cherche l'accoucheuse, soit un membre de la famille on met immédiatement la sonde qui permettra au patient d'attendre jusqu'au départ pour l'hôpital. Sado fait aussi les urgences, moi je vois surtout les femmes, parce que je suis la seule dans la région à faire de la gynécologie, je les soigne soit pour avoir des enfants, soit elles voudraient avorter et la je leur explique avec Hadjatou (l'épouse de Zado) qui est comme une sage femme à mes côtés qu'on ne veut pas le faire,on leur explique qu'elle garde l'enfant on l'aidera à l'élever.
Il existe aussi des histoires étranges, un jour, un père arrive avec sa fille et me dit : voilà, ma fille était mariée et son mari l'a divorcé , il me dit pourquoi: parce qu' elle n'a pas de trou ! Je l'examine avec Hadjatou et lui dit votre fille est normale ; je l'examine lundi prochain au laboratoire, et je m'aperçois qu'elle est très infectée je lui fait les prélèvements avec le plus gros spéculum et on y trouve toutes les infections possible on lui prescrit 2 traitements pendant 10 jours.je l' explique au père et il me dit il faut appeler la forgeronne, la forgeronne c'est un peu la griotte, la conteuse de récit et de nouvelles.
J'appelle donc la forgeronne, je lui montre la fille et lui explique que tout est normal et que le traitement sera long, mais la fille refusait de rester, elle voulait que la forgeronne aille d'abord crier dans le campement qu' elle avait un trou, la griotte l'a fait et par la suite, a remarié la fille.
Moi j'avais cru, au début, que le mari avait prétendu qu'elle était anormale , afin de récupérer la dot, qu'il avait donné pour avoir la fille, car c'est la famille du marié qui paie, et si il n'est pas de la même ethnie le prix est plus élevé, la fille, elle, apporte un troupeau, un trousseau , la tente, on dit que les femmes Touareg son chef sous leur tente, c'est vrai pour le temps où elles sont mariées, puisque l'on peut divorcer comme on veut....Avec l'autorisation du marabout mais cette histoire d'absence de trou, c'était pour la salir tout simplement. Le jeudi je vois les tuberculeux, les gens qui ont le sida, viennent aussi une fois par semaine, le samedi, on disait que le Mali était le pays le plus atteint par le sida: non ce n'est pas vrai, nous n'avons jamais été considéré comme très atteint, mais certaines associations prétendent le contraire pour obtenir de l'aide.
Parfois je fais évacuer en France des enfants, j'envoie un dossier a Espoir pour un enfant ,une association, c'est tout un réseau pour accueillir les enfants et les faire prendre en charge dans la famille, moi je m'occupe du billet d'avion. La compagnie africaine qui me donne en général des billets gratuits je ne paie que les taxes c'est 100 € par enfant, mon adjoint s'occupe du passeport et du visa et puis je les mets dans l'avion, ensuite Aviation sans frontières viens les chercher à Paris.
Voici une question que nous n'avons pas encore abordé, vous faites payer les consultations? oui, pour qu'ils se prennent en charge! Parce qu'il faut bien comprendre que dans nombre de pays africains l'Européen est là pour aider, pour bien des gens, le Blanc est un porte-monnaie... Zado, et ceux qui travaillent avec moi sont gêner de constater cette attitude ce qu'on attend du Blanc, les ONG, humanitaires de toute espèce c'est de l'argent d'abord. On peut à la rigueur considérer cela comme une sorte de compliment " Si tu es riche, c'est que Dieu t'a béni, tu vaux mieux que moi "mais cette quête permanente m'agace, nous ne sommes pas des boîtes à sous.Nous demandons 6 € pour l'hospitalisation et le suivi du patient, à partir du moment où ils ont payés, on leur donne 6 kilos de mil par semaine et du lait qu'on fait payer 3€, cinq fois moins cher que dans le commerce, comprimés compris si il y en a. Quand je suis arrivé en Afrique, il y avait des gros rat jaune couleur sable, énormes qui se promenaient dans la maison, ils m'ont manger des médicaments de réserve, on m'a donné un chat puis un autre qui ont fait le ménage si on peut dire et qui se sont multipliés, le problème ici c'est que les gens ne veulent pas tuer les chats même petit, parce que le prophète avait un chat qui mangeait dans son assiette; et figurez vous que lorsque je partais en France, pour chercher de l'aide, de l'argent, mes chats étaient toujours en état, comme on disait chez nous quand j'étais petite.
Il faudrait que nous revenions au commencement, vous aviez 45 ans quand vous avez entrepris des études de médecine afin de soigner les Africains pourquoi et pourquoi si tard ? Vous apparteniez depuis des années à une congrégation religieuse assez peu connu les sœurs de la Retraite de l'Ouest.Vous êtes bretonne ? pas tout à fait, l'ordre de la Retraite, c'est vrai, a été créé par deux bretonnes, Catherine de Francheville et Claude de Thérèse de Kerméno .Elles avaient fondées une maison de Retraite pour que les femmes comme les hommes puissent pratiquer les exercices spirituels de Saint-Ignace, s' imprégner de ce que l'on appelle la spiritualité Ignacienne (Le monde est le lien où l'homme puise ses richesses, ou il est appelé à poursuivre la création, ou l'Homme collabore à l'œuvre divine).Ce qui suppose que l'homme soit formé, à des valeurs comme le respect, l'ouverture aux autres, mais aussi à l'intelligence du monde, et à la volonté. Chacun est appelé à développer ses dons personnels, les développer par la réflexion, sur ce qu'il vit dans son domaine d'activité mais aussi une formation intellectuelle aussi large que possible. Les sœurs de la Retraite, congrégation à laquelle appartient Anne Marie sont se spiritualité ignacienne ; elles agissent dans des secteurs très variés: accompagnement social , éducation , aumônerie, monde de la santé, retraite ...Moi mon père était originaire de le Rochelle, ma mère de Lyon, il était médecin,il a connu ma mère qui s'était engagée comme infirmière militante pendant la guerre de 1914 1918 . J'ai fait des études chez les sœurs de la Retraite de Vannes , je me plaisais bien chez elles ,qu'est ce qui vous attirait chez ses religieuses ? elles étaient toujours joyeuses, on consacrait beaucoup de temps à la prière que j'aimais beaucoup, donc je suis rentré en novice à Lannion ou se trouvait notre maison mère , on m'a envoyer faire des études de maths, parce que j'étais bonne en maths, pour mes supérieures , je serai professeur de maths , je me suis inscrite à la fac des sciences de Nantes, ou j'ai obtenu une licence de maths appliquées , ensuite j'ai poursuivi quelques études à Rennes, puis à Angers et j'ai obtenu la maîtrise de physique. Dans votre ordre vous l'avez dit , on vous formait à la spiritualité ignacienne , celle des jésuites ; si on vous demandait de la définir , que diriez vous ? Pour moi c'est une réponse personnelle à Jésus Christ , on fait voeu d'obéissance , mais ce n'est pas une obéissance aveugle, c'est une réponse à Dieu, après avoir discerné dans la prière le chemin à suivre; une certaine liberté au service du Seigneur . Vous dites "répondre librement à l'appel du Seigneur et nous avons remarqué que vous parlez à Dieu, jamais à Jésus Christ pourquoi ? en fait , quand je suis arrivée à Gossi je disais souvent aux gens que j'appartenais au " Seigneur " ; Or un jour , lors d'une campagne de vaccination, je me trouvai seule dans un endroit désertique en voiture avec un chauffeur et un guide , le guide , mi sérieux, mi souriant me propose de passer la nuit avec lui ; alors un peu gênée , je lui réponds brusquement " Mais j'appartiens au Seigneur donc ce n'est pas possible !"alors lui s'en se démonter réplique , mais tu ne sais pas que c'est nous les seigneurs du désert !A partir de ce jour , j'ai pris conscience de la confusion que le mot " Seigneur" pouvait apporter dans les esprits, et j'ai décidé de ne parler que de Dieu , langage plus conforme aux croyances de mes frères musulmans , pour eux Jésus n'est qu'un prophète. Mon père me disait " C'est dommage que tu ne fasses pas médecine, parce que tu aurais eu un bon diagnostic " parce que quand j'étais jeune fille , je l'accompagnais chez certains malades et il m'est arrivé de lui tenir tête en lui disant " Cette personne à telle maladie ....Ma mère n'avait pas beaucoup approchée de religieuses mais semblait parfois regretter de ne pas avoir choisi cette voie ..elle avait aussi la foi, car elle avait demandé à Dieu d'avoir encore un enfant à l'âge ou les autres sont grands mères, elle lui avait dit qu'elle lui laisserait ,après s'il le voulait . Quel âge avait -elle , quand elle vous à eu ? Quarante trois ans !
Je voulais répondre à ce que Dieu voulait . J'avais une idée en tête , une volonté qui à fait l'unité de tout mon parcours , de ma vie.
vendredi 30 août 2019
Une vie de Simone Veil
Les photos de mon enfance le prouvent nous formions une famille heureuse, nous voici les quatre frère et sœurs serrés autour de Maman, quelle tendresse entre nous ! Au delà des différences qui nous opposaient et des difficultés qui nous fallait affrontées, nos parents nous offrirent en effet la chaleur d'un foyer unie; et ce qui comptait plus que tout à leurs yeux, une éducation à la fois intelligente et rigoureuse. Plus tard , mais très vite , le destin s'est ingénié à brouiller les pistes, qui semblaient si bien tracées , au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. Chez nous comme dans tant de familles juives françaises la mort à frappée tôt et fort, aujourd'hui je ne peux m'empêcher de penser avec tristesse que mon père et ma mère n'auront jamais connu la maturité de leurs enfants, la naissance de leurs petits enfants, la douceur d'un cercle familial élargi. Les années 20 furent pour eux celle du bonheur; ils s'étaient mariés en 1922, mon père André Jacobs avait alors trente deux ans et Maman Yvonne Steinmetz onze de moins , mon père est architecte, ma mère irradie de beauté rayonnante qui évoque pour beaucoup celle de la star de l'époque Greta Garbo, un an plus tard naît une première fille Madeleine surnommée Milou, une nouvelle année s'écoule et Denise voit le jour, puis Jean en 1925 et moi en 1927, Maman est heureuse ses enfants remplissent sa vie. Deux ans après leur mariage mes parents avaient quitté la capitale pour s'installer à Nice, Maman ne vécut pas cette transhumance avec joie ,à la demande de son époux, elle avait abandonné des études de chimie qui la passionnait, pour se consacrer à sa maison et à ses enfants; durant les premières années, les affaires de Papa prirent comme il avait prévu, un essor prometteur, il engagea deux dessinateur, un secrétaire et dessina les plans d'une villa à la Ciotat , selon lui la première d'une longue série. Nous vivions à Nice dans un bel immeuble bourgeois. Cette situation faste dura peu, la crise économique, la fameuse crise de 1929, allait sévèrement frapper ma famille comme celle de nombreux français ; les commandes de mon père se ralentirent brutalement, dès 1931 il fallut vendre notre voiture, il fallut emménager dans un appartement plus modeste, moins confortable , à l'âge de cinq ans, ces petites gênes matérielles m'affectaient peu, au contraire, j'ai beaucoup aimé cet appartement, la proximité de la campagne , nous formions mes sœurs et moi un trio parfaitement soudé , un peu plus grande , j'allais volontiers chercher le dictionnaire pour trancher un différend sur le sens du mot, Papa m'installait toujours à sa droite à table, au motif qu'il fallait me surveiller , il estimait que trop souvent je n'en faisait qu'à ma tête , que je me tenais mal, qu'il fallait parfaire mon éducation et que lui seul pouvait compenser le laxisme maternel, il n'appréciait pas mon esprit contestataire. Lorsque je repense à ces années heureuses de l'avant guerre, j'éprouve une profonde nostalgie. La politique, à cette époque entrait à pas feutrés dans ma vie de lycéenne , j'étais en septième lorsque le front populaire remporta les élections en 1936 j'ai conservés des souvenirs précis des premières années de l'Allemagne nationale socialiste et de la montée de l'antisémitisme prévu ou non par les experts, l'offensive allemande se déclencha le 10 mai 1940 à ce moment là tout le monde perdait la tête et la panique qui soufflait sur Paris n'épargnait pas les grandes villes de province, pendant quelques semaines le phénomène de l'exode avait pris une ampleur folle. Les Juifs faisaient désormais l'objet d'une ségrégation administrative parfaitement scandaleuse au pays des droits de l'homme : était "juifs" quiconque possédait trois grands parents juifs, mais seulement deux s'il était lui même marié à un conjoint juif ! ainsi défini, les juifs se voyait interdire toute activité dans le secteur public et la sphère médiatique. Dès 1941 il avait été fait obligation aux Juifs de se déclarer, d'abord les étrangers, nombreux à Nice puis les Français qu'est ce que cela voulait dire ? N'étions nous pas Français aux même titre que les autres ? Cependant comme la presque totalité des familles juives, nous nous sommes pliés à cette formalité, habitué à respecter la loi, d'ailleurs nous n'avions pas à rougir de ce que nous étions.Après la chute de Mussolini dans l'été 1943 les Italiens signèrent une armistice et quittèrent la région, on entra dans la tragédie le 9 septembre 1943 la Gestapo débarquait en force à Nice, avant même les troupes allemandes ; ses services s'installaient à l'Hôtel Excelsior, en plein centre ville, et déclenchait sans coup férir la chasse aux Juifs que les Italiens avaient refusé de mettre en oeuvre, les arrestations massives commencèrent aussitôt ; nos papiers d'identité devaient porter la lettre J. J'ai senti le danger de cette mesure avant le reste de la famille, et voulu m'opposer à ce tampon ; convaincus des dangers mes parents ont alors décidés de faire front en se procurant des fausses cartes d'identités, puis nous nous sommes dispersés, mes parents chez un ancien dessinateur de mon père, Milou et moi logions dans le même immeuble chez d'anciens professeurs , mon frère Jean était hébergé ailleurs par un troisième couple ; avec cette dispersion , munis de fausses cartes d'identités , nous nous imaginions à l'abri, ma sœur continuait à travailler, je poursuivais mes cours au lycée, et n'hésitais pas à sortir en ville avec mes camarades, disons le sans détour : nous étions inconscients. J'ai rendez-vous avec des amis pour fêter la fin des examens, je m'y rendais avec un camarade lorsque soudain , deux Allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d'identité, et nous conduisit à l'hôtel Excelsior, on me montra une pile de fausses cartes d'identité semblable à la mienne ; j'ai donc fourni une fausse adresse aux Allemands, avant de supplier le camarade non juif qui s’apprêtait à ressortir libre de prévenir ma famille, mais il fut suivi par la Gestapo; le coup de filet fut rapide Maman , Milou et Jean arrivèrent à l'hôtel Excelsior, même si mon frère n'était pas circoncis, nos fausses cartes suffisaient à nous dénoncer comme Juifs. Le 7 avril nous avons donc voyagé pour atteindre Drancy, où convergeaient nous l'avons appris par la suite tout les convois de toute la France ; à notre arrivée nous avons tout de suite compris que nous descendions une nouvelle marche dans la misère et l'inhumanité. Ce qui est certain , c'est que mon père et mon frère sont partis ensemble pour Kaunas , car leurs noms figurent sur les listes ils semblent que tout le monde ait été rapidement assassinés à l'arrivée, du moins si on en croit les témoignages de la quinzaine de survivants revenus de cet enfer, quel fut le sort de mon père et de mon frère ? nous ne l'avons jamais su ! Le 13 avril nous avons embarqué à cinq heures du matin, pour une nouvelle étape dans cette descente aux enfers, à la gare de Bobigny, on nous à fait monter dans des wagons de bestiaux , nous étions effroyablement serrés une soixantaine d'hommes , de femmes, d'enfants, de personnes âgées; le voyage à duré deux jours et demi, le le 13 avril à l'aube au 15 au soir à Auschwitz - Birkenau, c'est une des dates que je n'oublierai jamais, elles demeurent attachées à mon être le plus profond, comme le tatouage du numéro 78651 sur la peau de mon bras gauche; à tout jamais elles sont les traces indélébiles de ce que j'ai vécu .La seule humiliation que nous n'avons pas connu c'est d'avoir la tête rasée ce qui était pourtant la règle à Auschwitz , certain ont imaginé que la Croix rouge avait annoncée une visite, et bien sur personne n'a jamais vu le moindre inspecteur de la Croix rouge à Auschwitz, soixante ans plus, lorsque je pense à la constance avec laquelle la Croix rouge internationale s'est efforcée de légitimer son comportement de l'époque, je reste....à tout le moins perplexe.Au printemps 1944, les autorités du camp avaient décidé de prolonger la rampe de débarquement des convois pour la rapprocher des chambres à gaz, nous portions des pierres et faisions du terrassement , puis les S.S nous ont astreintes à des tâches inutiles porter des rails, creuser des trous, charrier des pierres dont l'objet était de nous affaiblir, un matin, alors que nous sortions du camp pour aller au travail, la Chef de camp, Stenia, ancienne prostitué terriblement dure avec les autre déportées , m'a sorti du rang " Tu es vraiment trop jolie pour mourir ici, je vais faire quelques chose pour toi en t'envoyant ailleurs,oui mais j'ai une mère et une sœur je ne peux pas accepter si elles ne viennent pas avec moi, elle a acquiescé d'accord elles viendront avec toi, en effet , elle tint sa promesse, quelques jours plus tard, nous avons été transférées dans un commando moins dur que les autres, à Bobrek , nous étions moins nombreuses, notre groupe de femmes était caserné dans un grenier au-dessus de l'atelier de l'usine; Maman à commencé à s'affaiblir quand à nouveau on nous à déplacée à soixante kilomètres à pied , nous avons entamé cette longue marche vers la mort, ceux qui tombaient était aussitôt abattu, de Gleirritz , les trains ont commencé à partir dans plusieurs directions, à Bergen Belsen , il n'y avait presque pas de nourriture, pas le moindre soin médical, l'eau elle même faisait défaut, la plupart des canalisations ayant éclatés ; Maman s'est de plus en plus affaibli par la détention, le travail, le voyage épuisant à travers la Pologne, la Tchécoslovaquie ,et l'Allemagne, elle n'a pas tardé à attraper le Typhus, elle est morte le 15 mars, je me rends compte que je n'ai jamais pu me résigner à sa disparition, chaque jour Maman , se tient près de moi et je sais que ce que j'ai accompli dans ma vie l'a été grâce à elle. Début avril, nous avons senti que le dénouement était proche, Milou n'allait pas bien, elle aussi avait contracté le typhus, je la réconfortais du mieux que je pouvais " Ecoute il faut tenir le coup et ne pas se laisser aller nous allons bientôt être libérées. Bergen-Belsen a été libéré le 15 avril , les troupes anglaises ont pris possession du camps; la guerre était finie, mes sœurs et moi étions vivantes, mais comme tant d'autres, la famille Jacob avait payé un lourd tribut à la faveur nazie; tout de suite nos oncles et tantes Weisman nous ont accueillie chez eux, à mon retour des camps j'avais appris que j'avais été reçu aux épreuves du baccalauréat passé la veille de mon arrestation en mars 1944, je me suis inscrite à la faculté de droit, ou j'ai rencontré Antoine qui suivait comme moi des cours de sciences Po, il vivait à Paris depuis sa démobilisation chez une de ses grand-mère; nous nous sommes mariés à l'automne 1946, j'avais dix neuf ans et Antoine vingt ans , notre premier fils Jean est né à la fin de 1947, Nicolas le deuxième treize mois après, Pierre François lui s'est fait plus attendre puisqu'il est né en 1954, afin d'aider notre jeune couple et parce qu'il nous appréciait Michel Boissier à proposé à mon mari un poste d'attaché parlementaire au Conseil de la République. Mon mari ne voulait pas que je travaille, mais par chance il avait rencontré à travers ses différentes relations politique un haut magistrat qui lui avait affirmé " Les femmes ont désormais leur place dans la magistrature" En 1954 l'école de la magistrature n'existait pas, l'accès à la carrière s'effectuait par un concours, à l'issue de deux années de stage , j'avais été reçu au concours et affectée à la direction de l'administration pénitentiaire j'y ai passé sept ans , puis Jean Foyer m'a affectée à la Direction Civiles, puis j'ai accepter le poste moins harassant de secrétaire de Conseil Supérieur de la magistrature auquel m'a nommée le Président Pompidou à sa demande j'ai également été nommée à l'un des postes d'administrateur de l'ORTF chargé de représenté l' Etat; j'étais la première femme à siéger dans ce Conseil d'administration, comme d'ailleurs dans celui de la Fondation de France auquel j'ai été nommée à la même époque . Un soir , alors que nous dînions chez des amis, la maîtresse de maison m'invita à sortir de table, quelqu'un désirait de toute urgence me parler, c'était Jacques Chirac qui me demandai si j'accepterai le cas échéant de faire partie de son gouvernement. C'est ainsi que je me suis retrouvée dès le lendemain ministre de la santé. Ma tâche me paraissait d'autant plus lourde que la profession médicale, dans l'ensemble m'acceptait avec réticence, face à un milieu au conservatisme très marqué, je présentais le triple défaut d'être une femme, d'être favorable à la législation de l'avortement et enfin d'être juive . Du moins pouvais je compter sur l'appui inconditionnel du Président, son Premier ministre en revanche, se montrait plus réservé aux yeux de Jacques Chirac, le pays se trouvait confronté à des problèmes autrement plus urgent que l'IVG. Finalement la loi à été votée dans la nuit du 29 novembre par deux cent quatre vingt voix ; quinze jours plus tard, elle fut voté au Sénat quasiment dans les mêmes termes. Quand je levais les yeux de mes dossiers deux ans après la constitution du gouvernement, je m'apercevais que le climat avait changé; entre Giscard et Chirac une fêlure s'était produite en fin d'année; j'ai ,refusée d'adhérer au RPR, c'est alors que je me suis prise peu à peu à ressentir l'usure du pouvoir. Puis aux élections européennes de juin 1979 ma liste arriva assez loin devant celle du Parti socialiste ; mon premier discours se voulut le plus unitaire possible ; je m'y présentais évidement avec le souhait d'être la présidente de toute l'assemblée et insistais sur les trois défis que nous avions à relever, celui de la paix, celui de la liberté, et celui du progrès social. Dans les années 1980 quand je suis arrivée au Parlement européen, j'imaginais encore une évolution vers un système de type fédéral, aujourd'hui les mentalités ont changés je ne peux constater un attachement croissant des citoyens à leur cadre national et aux facteurs historiques qui ont formé des identités singulières , à cet égard nous vivons un paradoxe, l'Européen d'aujourd'hui voyage beaucoup, l'envie est devenu une réalité dont la plupart se félicite , Internet est entré dans les mœurs et la dimension de la modernisation domine la pensée contemporaine. Cependant les citoyens semblent beaucoup plus attachés à leur identités nationale qu'il y a vingt ans au point que partout se développent des tentations communautarismes s'ils tiennent tant à cette identité, c'est parce qu'ils subissent à jet continu des chocs mondiaux, leurs racines devient une valeur refuge, une protection contre toutes les tragédies que la télévision et internet nous font vivre en temps réel, où qu'elles se produisent .J'ai aimé que le Conseil constitutionnel se préoccupe de la lutte contre les discriminations ; je suis favorable à toutes les mesures de discriminations positives susceptible de réduire les inégalités des chances , les inégalités sociales; les inégalités de rémunérations , les inégalités de promotion dont souffrent les femmes, avec l'âge je suis devenu de plus en plus militante de leur cause ,il est inutile de la proclamer à son de trompe, il est préférable de la pratiquer, nul besoin pour cela d'employer de grands mots, qui ne peuvent qu'ameuter les idéologues de l'égalitarisme républicain, non plus de débattre de quotas sur lesquels personnes ne s'accordera, ici comme ailleurs notre pays s'engage trop volontiers dans des débats théoriques qui portent sur les principes et négligent les réalités de la société, pendant que l'on fait des rond de jambe sur la parité . La politique me passionne mais dès quelle devient politicienne,elle cesse de m'intéresser.
jeudi 27 juin 2019
La vallée des rois de Christian Jacq
" La Vallée des rois .....comment ce seul nom ne ferait-il pas rêver ! "" écrit Howard Carter , le découvreur de la tombe de Toutankhamon ; " de toute les merveilles de l'Egypte , il n'en est pas une qui frappe autant l'imagination. Ici , loin des bruits de la vie, dans cette vallée désertique, dominée par la "cime" comme par une pyramide naturelle, gît une trentaine de rois ". Site le plus célèbre et le plus visité de l'Egypte pharaonique, la Vallée des rois demeure mystérieuse , de nombreuses énigmes subsistent . La mises à jour des tombes fut une véritable épopées qui méritent d'être contée ; aventuriers, chercheurs de trésors et savants se sont illustrés à titres divers, le plus souvent avec une passion que seul un site aussi puissant pouvait inspirer. Pendant cinq siècles et trois dynasties, les XVIII, XIV et XX de 1552 à 1069 av J.C la vallée fut utilisée pour abriter les momies des souverains et de quelques dignitaires admis à séjourner à jamais près des monarques qui marquèrent de leurs empreintes cette brillante période de l'histoire égyptienne connue sous le nom de "Nouvel Empire" selon une dénomination inspirée de l'historiographie prussienne du XIX siècles . A cette époque, l'Egypte est un pays riche et puissant, le phare des civilisations méditerranéennes et le centre d'une spiritualité lumineuse , les rois firent de Thèbes leur capitale et de la Vallée leur demeure d'éternité ; aucune de ses aubes, aucun de ses crépuscules ne se ressemblent et ne sauraient laisser indifférent ; ses pierres ont vu les funérailles des Thoutmosis, des Amenhoteps et des Ramsès , ses pentes arides ont gardés la mémoire de ce moment mystérieux où leur âme à regagnée la lumière d'où elle était issue. Chaque tombe a son génie propre, ses couleurs, son parfum d'au-delà, son message. Chaque pas est une découverte de la divinité à la fois sévère et douce qui protège la Vallée, cette déesse du silence qui fait entendre la grande voix des anciens. Pour l'Egypte, la mort n'existe pas ; c'est pourquoi la Vallée n'est pas un lieu de mort, mais un chant de résurrection et un hymne à la lumière, au soleil qui disparaît dans les ténèbres et renaît après les avoir vaincues ; ainsi en est-il de l'aventure de la Vallée une perpétuelle renaissance. La Vallée est le début d'un oued creusé par les pluies qui usèrent le calcaire et formèrent une cuvette où règne souvent une chaleur intense ; pour y parvenir , il faut suivre la route partant du débarcadère , traverser la zone des cultures puis sans aucune transition serpenter le désert, et s'enfoncer dans un paysage de roches et de collines, ce chemin est celui que suivirent , voici plus de trois milles ans, les processions funéraires conduisant les rois d'Egypte à leur dernière demeure . Au nord du temple de Séthi 1er à Gourna , la montagne devient une barrière protectrice ,elle impose le respect et annonce la grandeur du site, si éloigné du monde des hommes et de leurs préoccupations quotidiennes . Façonnée à la préhistoire par le lits des torrents et les pluies d'orage, la Vallée se divise en deux branches; celle de l'Ouest la plus vaste, ne comprends que quatre tombes, dont deux sépultures royales; celle de l'Est , est considéré comme la Vallée des rois proprement dite, reçut le nom arabe de Bîban el Moulouk " les portes des rois " l'entrée du site avant l'élargissement dû à la construction de la route moderne, était un passage étroit ; il donnait accès à un amphithéâtre qui délimitaient les falaises abruptes, un corps de policiers spécialisés veillaient sur cette porte de pierre. Ici se déploie une vie secrète, immuable, que seul le silence permet de ressentir; la mise en scène de la nature est d'une parfaite efficacité; les murs de pierre semblent très hauts, l'impression d'isolement est absolue, le son circule de manière surprenante, si bien que les pas des promeneurs résonnent de falaises en falaises . L'afflux des touristes et l'intrusion de la modernité n'oblitèrent pas le caractère sacré du site; la Vallée fut crée selon un esprit et dans un univers radicalement différent du nôtre, que régulaient un roi-dieu , Pharaon, et une économie fondée sur la prospérité du temple et la solidarité ni souci de rentabilité, ni recherche de bénéfice matériel l'essentiel était de découvrir un point de condensation de l'énergie où s'uniraient harmonieusement le ciel et la terre. La Vallée est l'un des endroits de la planète où ce mariage est perceptible de la manière la plus évidente ; comme l'écrit Romer ," il s'agit d'un emplacement soigneusement choisi et contrôlé pour de grands drames cosmiques" dont le principal est la mort et résurrection de Pharaon ; la Vallée n'est pas funèbre ; au contraire elle accueille la lumière, tantôt de manière apparente dans ses roches et ses falaises, tantôt secrète dans la paix de ses tombes; elle n'est pas humaine, dans la mesure où elle se situe au-delà de l'existence terrestre." Paysage anthropophage " écrit Flaubert avec raison puisqu'il mange l'humain pour faire apparaître le divin . Parvenir à cette vie en éternité au-delà du temps et de l'espace, nécessite une science de l'au-delà qu'il faut pratiquer ici-bas ; c'est la transmission de cette science ; ce n'est pas le roi un-tel qui ressuscite , mais Pharaon et à travers lui son peuple. En ce lieu, d'où aucun visiteurs ne ressort indifférent , est célébré le jeu de la vie et de la mort. La Vallée est un lieu de vie puisque les demeures des Pharaons, loin de se réduire à des sépultures , sont des livres d'enseignements grâce aux hiéroglyphes et à l'image . Comme l'écrivait Forbin , directeur des musées de la restauration en visitant " la Vallée sacrée tout disait autour de moi que l'homme n'est quelque chose que par son âme; roi par la pensée, frêle atome par son enveloppe , l'espoir seul d'une autre vie peut le rendre vainqueur dans cette lutte continuelle entre les misères de son existence et le sentiment de son origine céleste. L'Egypte du Nouvel Empire aime la paix et se donne les moyen de la préserver; elle pratique une politique de dissuasion très active, qui se traduit par sa réception de richesse et de tributs. Nest-ce pas le dieu Karnak , Amon " le caché" qui a rendu Pharaon victorieux ?Rien ne seras trop beau pour son sanctuaire. Le Nouvel Empire célèbre la gloire d'Amon ; Ahmonis " Celui qui est né de la lune et fait le premier pas. L'innovateur Amenthotep 1er pendant vingt ans Amenthotep1er (1526-1506 ) règne sur le double pays à nouveau uni il est le premier roi à faire figurer Amon dans son nom qui signifie " le principe caché A mon " est en plénitude ( hotep) . Le fondateur Thoutmosis Ier et son maître d'oeuvre, Ineni bien que le règne de Thoutmosis Ier ne dura qu'une quinzaine d'année( 1506 1499) il est particulièrement important puisqu'il fut semble t-il le premier Pharaon à faire creuser sa tombe dans la Vallée des rois, la tombe d'Ineni , elle est bien connue, elle fut creusée dans la Vallée des nobles et porte le numéro 21, Ineni architecte puissant et respecté, directeur de la double maison de l'or et de l'argent, directeur des doubles greniers d'Amon, bâtisseur de la première tombe de la Vallée des rois , de la partie centrale du temple d'Amon de Karnak, maître d'oeuvre sous Amenhotep Ier, Thoutmosis Ier, Thoutmosis II, Thoutmosis III et Hatchepsont dignitaire âgés chargé d'honneur et sage parmi les sages ; on sait aussi qu'il aménagea la tombe de son fils Néfer " le parfait" à Dea Abou el Naja . Soixante deux tombes furent creusées dans la Vallée, cinquante huit dans la Vallée des rois proprement dite ; presque toutes les tombes furent plus ou moins pillées, à l'exception de trois celle des parents de la reine Teye, la grande épouse royale d'Amenhotep III père du célèbre Akhenaton ; celle de Maiherpi un soldat ; celle de Toutankhamon découverte en 1922 par Howard Carter ; leurs trésors furent transportés au musée du Caire où ils sont exposés dans des salles voisines, on notera de nombreuses ressemblances entre les magnifiques objets des parents de Teye et ceux de Toutankhamon. La tombe de Ramsès VII son règne est particulièrement mal connu , sa tombe à l'honneur de porter le numéro 1 selon l'inventaire établi au XI e siècle vidé de son contenu, elle fut visitée dès l'antiquité, Ramsès VII fils de Ramsès VI gouverna peut-être huit ans (1136 1128) la tombe est assez dégradée et ne figure pas sur le circuit des visites, son entrée monumentale s'ouvre au pied d'une colline, dans le couloir, le roi fait offrande au dieu solaire Rê-Horakhty , et la barque du soleil auquel Pharaon s'identifie descend vers les profondeurs , l'or est la couleur dominante, il règne une impression de clarté de joie sereine dans ce monde ou prime la régénération ; dans la chambre du sarcophage, dont le plafond est décoré de figurines astrologiques et astronomiques, veille une magnifique déesse de la magie, la terrifiante Sekhmet qui devient la douce Bastet pour qui connaît les formules rituelles capable de l'apaisement.Si nous dressons le plan type d'une tombe royale nous empruntons d'abord " le premier passage du dieu" qui correspond à l'escalier d'accès;" le chemin du soleil " est la descente complète à l'intérieur de la tombe, puis vient le couloir , " second passage du dieu " suivi d'un " troisième passage" éventuellement flanqué de chapelles ou résident les dieux de l'Orient et de l'Occident ; ces passages sont aussi nommés "lieu où le dieu est halé" c'est à dire où le sarcophage est tiré sur un traîneau vers la chambre funéraire; "le quatrième passage du dieu " éventuellement encadré par deux chambres des gardiens de portes, marquent l'accès à la partie secrète de la tombe , s'ouvre la salle du secret, ou salle de la règle, qui ne laisse progresser que l'être reconnu juste par le tribunal de l'autre monde ; enfin "la demeure de l'or "ou repose le sarcophage et où s'accomplit la transmutation du corps mortel en corps lumière brillant comme l'or. Certaines tombes comportent un puits profond d'environ six mètres, il est celui " qui cache", " celui qui arrête " et marque un point de rupture dans le parcours. Les pères Capucins , Protais et François évoquèrent l'existence de Bibân el Moulouk " Les portes des rois "c'est au jésuite Claude Sicard qui identifie les ruines de Thèbes et celle de la Vallée des rois entre '1707 et 1712) . La Vallée des rois , haut lieu de spiritualité pharaonique doit beaucoup aux religieux des XVII et XVIII siècles, après les deux capucins et le jésuite, c'est un clergyman Britannique Richard Pococke en 1739 qui s'extasie devant la fraîcheur des couleurs , dont l'état de conservation le stupéfie ; puis l'écossais James Bruce en 1768 1769 fait un séjour en Egypte et repère la tombe de Ramsès III, les hiéroglyphes étant indéchiffrables l 'écossais ne peut lire le nom du roi et identifier le propriétaire de la tombe .Alors que Vivant Denon quitte l'Egypte en compagnie de Bonaparte certain membres de l'expédition poursuivent leurs investigations , tel est le cas des deux ingénieurs Prosper Jollois et le baron Edouard de Villiers du Terrage ils établirent une grande carte de la Vallée des rois, où ils répertorient seize tombes dont onze ouvertes. Puis Antonio Belzoni débarque à Alexandrie le 9 juin 1815 , il est ni un érudit , ni un chercheur en découvrant la Vallée il n'a qu'une idée en tête forcer l'entrée des tombes encore inconnues et en extraire les richesses ; ensuite James Burton peu préoccupé de sensationnel, il songe d'abord à protéger la magnifique tombe de Séthi 1er , il vide le puits qui avait tant gêne l'impatient Belzoni dans sa progression . Le 27 septembre 1822 Jean François Champollion lit sa lettre à M. Dacier ou il expose les principes de déchiffrement es hiéroglyphes , la fabuleuse découverte de Champollion permettait de lire les noms des rois inscrit dans des oracles nommées " cartouches "de commencer à comprendre donc les bases de la civilisation d'établir une chronologie . Wilkinson en 1827 numérote toutes les tombes connu à cette date celle qui le passionne le plus est la tombe de Ramsès III non à cause de la couleur , mais de la représentation de plusieurs objets utilisés quotidiennement " chaise, vase, panier, poterie etc..., Champollion n'a découvert aucune tombe nouvelle, mais il a vécu et transmis le mystère de la Vallée Wilkinson s'occupait des numéros , Champollion à perçu le Nombre, la réalité secrète. L'expédition de Lepsius le prussien, Carl Richard séjourna à Thèbes d'octobre 1844 à février 1845 il se contenta de dégager quelques tombes et de dresser des panneaux blancs. Alexander Rhind, homme de loi Édimbourg, obligé de séjourné en Egypte à cause de sa mauvaise santé, il décida de pratiquer l'archéologie avec rigueur et méthode, il fut le premier à appliquer une loi majeure de l'archéologie moderne en notant la position exacte ou il trouvait un objet. Auguste Mariette, l'un des géants de l'archéologie égyptienne de 1857 à 1872 fouilla un nombre considérable de sites, dès 1857 il proposa une législation afin de faire cesser le pillage des antiquités et envisager la création d'un musée. Gaston Maspero, nommé directeur de la nouvelle école d'archéologie du Caire ou il arrive en 1881, il interrogea Ahmed Abd el Rassoul, l'aîné de la famille fut persuadé que la police les surprendrait de piller , inquiet des représailles sévères , il se rendit et révéla l'emplacement d'une tombe qui contenait à elle seule quarante momies. En 1882 l'armée Britannique bombarde Alexandrie, le corps expéditionnaire anglais s'empare du Caire et bientôt l'administration britannique règne le pays , pour une longue période la Grande Bretagne va s’intéresser de près aux Pharaons. Victor Lord s'occupe de la tombe de Thoutmosis III, on ne parlera jamais assez de la chance de celui qui la découvrit et ce qui l'attendait était aussi miraculeux , après avoir franchi la salle à deux piliers, il descendit un escalier et pénétra dans une grande salle entièrement décorée, parmi les inspecteurs auquel l'expérimenté Maspero accorda sa confiance ; figurait le jeune Howard Carter séjournant en Egypte depuis l'âge de ses dix huit ans pour servir le dessinateur à l'archéologue Newberry , il avait déjà une profonde expérience du pays , Carter parlait arabe , s'était initié à la pratique des hiéroglyphes et connaissait la région de Thèbes, c'est pourquoi quand il fut âgé de vingt cinq ans , Maspero le nomma inspecteur des Antiquités de Haute Egypte ; en tant qu'inspecteur du service des antiquités Carter avait la possibilité d'accorder des autorisations de fouilles en un lieu précis et pour une période limitée . Âgé de cinquante un ans , Carter reconstitua son équipe, le 28 octobre 1925 , Carter ouvrit le troisième sarcophage que protégeaient de leurs ailes les déesses Isis et Nephtys, il contempla le célèbre masque d'or et préleva cent quarante trois bijoux et amulettes sur la momie de Toutankhamon, les ornements en or pesaient 1110,4 kilos , Le prince Toutankhamon " Symbole vivant d'Aton" fut éduqué à la cour royale d'el Amarna ou régnaient Akhenaton et Néfertiti on ne sait toujours pas avec certitude qui étaient ses parents ; lorsque cette cour vient à Thèbes le nom du Prince fut modifié, il devient Toutankhamon et monte sur le trône d'Egypte qu'il occupa pendant neuf ans ( 1336-1327) . C'est au couchant que le voile se lève un peu, une lumière dorée, apaisante, adoucit les pentes abruptes des falaises . Se lève l'heure d'Atoum, celle de la sérénité des soirs d'Egypte, lorsque le jour se marie à la nuit dans des noces de mort et de résurrection.Chaque tombe royale à son génie propre, ses couleurs, son agencement de textes et de scènes chacune est une création originale, mais conforme à la symbolique traditionnelle. A chaque nouvelle visite, à chaque nouvelle exploration , l'émerveillement est plus intense, la communion plus profonde. Les amoureux de la Vallée peuvent demeurer plusieurs heures devant un bas-relief de Séthi Ier ou de Ramsès VI, dialoguer avec une déesse , méditer sur le scarabée qui symbolise la renaissance du soleil ou contempler , comme Carter, le corps céleste de la déesse Nout. Ces figures étranges , à la beauté secrète, nous parlent d'une vérité sans âge, de cette éternité où s'inscrit le mystère inviolable des pharaons. Jamais ne s'éteindra la grande voix de la Vallée des rois
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