vendredi 25 mars 2022
Survivant des glaces de Mike Horn
dimanche 6 février 2022
L'Archipel du Chien de Philippe Claudel
L'histoire se passe sur une île, ni grande, ni belle qui à vomi pendant des millénaires sa lave, ses scories fertiles, on l'appelle le Brau , son cratère est enfoui le plus souvent dans un édredon de brume, elle s'est martelée du battement du sang des hommes; il y a des vignes ,des oliveraies , des câpriers chaque arpent cultivé témoigne de l'opiniâtreté d'ancêtres qu'ils l'ont arrachée au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur; le chien comme on l'appelle ici crache des saisons inhumaines, l'été, assèche les hommes et les terrasses, l'hiver, les transit de vents aigus et pluies froides, leurs maisons sont en pierres de lave mal jointoyées, elles sont dures inconfortables et sombres, on y étouffe , on y gèle . C'est un lundi matin de septembre sur la plage que tout commença ; on l'appelle la plage faute de mieux, même si personne ne peut s'y étendre car elle est faîte de galets volcaniques râpeux et blessants. La Vieille s'y promenait , c'est l'ancienne institutrice , elle est née ici et elle y mourra , elle à près de 80 ans , elle fait sa promenade chaque matin aux premières heures du jour, avec son chien, soudain le chien s'arrêta, aboya et se lança dans une course folle qui l'amena à une cinquantaine de mètre vers trois formes longues que la houle avait jetées sur le rivage, le chien les huma, se tourna vers la Vieille et lança une très longue plainte, au même instant deux hommes aperçurent aussi les formes sur la grève Amérique un célibataire, un vigneron, un homme à tout faire qui vient de temps à autre récupérer ce que le courant échouait là ( bidons , planches , cordages ..) il y avait aussi Spadon qu'on appelait ainsi car tout en étant pas très malin , c'est s'en aucun doute le plus fin pêcheur d'espadons de l'île, il travaille aussi pour le Maire qui est le plus grand patron de l'île il possède trois bateaux à moteurs et des installations de chambre froide .La Vielle parla la première " Qu'est ce que vous attendez ? Tirez les ! Vous ne pouvez pas les laisser comme ça! Retournez les! ils finirent par faire basculer les corps et soudain le visage des morts apparut , ils n'avaient pas vingt ans, la Vieille et les deux hommes se signèrent en même temps. La Vieille dit : Amérique ,as tu une bâche dans ta carriole ?Amérique acquiesça; il s'éloigna " Toi Spadon vas prévenir le Maire , ne parle à personne d'autre , la Vieille resta près des corps d'hommes noirs et jeunes. moins d'une demi heure plus tard le Maire arriva suivit de Spadon et celle du Docteur , soudain une voix nouvelle s'éleva et les fit tous sursauter , c'était l'Instituteur, il n'était pas de l'île un étranger donc , il avait une femme et deux jumelles . Qu'est ce que vous fabriquez ici ! lui jeta le Maire , je courais , j'ai vu la charrette et l'âne d'Amérique et vous tous au loin et puis la bâche , je me suis dit que ... que tout ça n'était pas normal! qu'il avait du se passer quelque chose de grave Mon Dieu ! Laissez Dieu en dehors de tout ça ! dit la Vieille l'Instituteur se tut ; plus personne ne parla , il était tôt à peine huit heures . Le Maire reprit : Nous sommes six ici ; six à savoir , six à se taire jusqu'à ce soir où nous nous retrouverons à la mairie à neuf heures, je vais réfléchir à la marche à suivre. La marche à suivre ? s'étonna l'Instituteur taisez vous coupa le Maire ce soir nous discuterons , mais d'ici là si l'un d'entre vous parle de çà à qui que ce soit où si l'un d'entre vous ne vient pas ce soir , je dépends mon fusil et je lui fais son compte. Spadon saisit le premier cadavre sous les aisselles, le Maire le prit aux pieds ils le hissèrent dans la carriole et firent de même ensuite pour les deux autres; le Spadon déposa la bâche sur eux et la noua. On ne vit plus rien que du plastique bleue, la plage retrouva son impassible solitude . A neuf heures , le Maire ferma la porte de la salle du Conseil tira les rideaux de velours, puis il regarda un à un les présents , il ne manquait personne de ceux qui se trouvait le matin même sur la plage. "Spadon et moi avons mis les dépouilles en lieu sûr dans un endroit ou personne ne peut les trouver , et dont je suis le seul à avoir la clé ." "J'ai passé la journée à réfléchir à ce qui conviendrait de faire et je suppose que vous aussi" ; l'Instituteur interrompit le Maire " Comment ce qu'il faut faire ! mais nous devons avertir les autorités ! Quoi d'autre ! Je ne comprends pas ce que nous faisons ici , ni ce que vous attendez pour vous mettre en contact avec la police et un juge ." Je vous rappelle que ma fonction de Maire me donne des compétences en matière de police sur cette île et si je n'ai aucune compétence en matière de justice , c'est à moi qu'il incombe tout de même de décider lors d'un premier temps si cela en vaut la peine ou non de déranger un enquêteur et un juge du continent . " Les avez vous autopsiés Docteur ?coupa l' Instituteur ; inutile répondit le Docteur la noyade est hélas évidente , nous savons bien où les trois hommes voulaient aller ; l'embarcation sur laquelle ils étaient a chaviré, ils sont morts noyés , la mer tolère souvent que les hommes glissent sur son échine , mais parfois elle s'irrite et dévore quelques uns d'entre eux . Soudain la porte s'ouvrit avec lenteur on aurait pu croire à nouveau que c'était le vent qui poussait le battant , mais le Curé apparut avec ses lunettes de myopes , le Maire ne le laissa pas pénétrer davantage . "Mon père , je vous prie de nous excuser , mais nous sommes occupés dans une réunion importante et je ne ... Ne vous fatiguez pas l'arrêta le Curé , je sais pourquoi vous êtes ici ; les corps des nègres sur la plage ce matin ; on m'a tout raconté, une personne s'est ouverte à moi dans le secret de la confession , elle se trouve ici , qu'elle n'est aucune crainte , jamais je ne la trahirai. Le Maire contractait ses mâchoires et poursuivit " Si la presse soudain se déchaîne et dresse notre île un portrait déplorable comment dans ces conditions conclure le projet pour les Thermes ; pensez vous que ces messieurs seraient encore d'accord pour investir des millions et construire leur complexe. Notre terre est si fameuse par ses sources d'eau chaudes , ses paysages, son vin, son huile, ses câpres deviendrait celle sur laquelle viennent s'échouer des cadavres venus d'Afrique, nos eaux pures seraient celle dans lesquelles des morts trempent, marinent et pourrissent . Je suis le Maire, reprit-il j'ai la charge du présent et dois aussi songer à l'avenir de notre île; le projet des thermes va créer des emplois , je ne veux pas ruiner ce projet . Où les as tu mis ? la voix de la Vieille tomba dans le silence , en lieu sûr , je l'ai déjà dit , qu'est ce que ça vous apportera de le savoir ? Tu veux notre silence ? Moi je veux la vérité c'est tout ! Il constata que tous les autres le regardaient sans exception , attendant qu'il réponde " Dans ma chambre froide , finit-il par dire à voix basse , dans votre chambre froide ? avec les poissons? dit l'Instituteur qui paraissait scandalisé et tout à la fois apeuré , vous auriez voulu que je les mette où ? dans mon lit ?Deux jour plus tard , les trois noyés, le Maire , le Docteur, le Curé , l'Instituteur et le Spadon transportèrent les cadavres toujours entortillés dans la bâche bleue, ils se rendirent au Nös dé Boss qui est un grand rocher rouge , les trois corps s'étaient soudés en un seul ils les basculèrent dans un gouffre , le Curé dit la prière , sautant un mot sur trois, on se signa , on n'entendit rien , on aurait pu croire que les trois cadavres chutaient à l'infini, s'en jamais s'écraser contre un replat, une corniche , ni même au fond du gouffre. Mais l'Instituteur ne tiendra pas sa langue et l'on vit débarquer sur l'île quelques temps après un policier ,on ne lui confiait que des missions discrètes ,il était en quelques sorte son propre maître et il avait tout son temps . Mais le Maire vas détourner l'attention de cette affaire en incriminant l'Instituteur de pédophilie envers une fillette de l'école , celui ci ne ^pourra pas se défendre contre tous les gens de l'île et sachant que tout cela était un complot contre lui , le désespoir s'empara de lui et il se suicidera . Qu'est ce que la honte, et combien la ressentirent ;ils avaient tué l'Instituteur , il faut le dire. Certes ils ne l'avaient pas tués de leurs mains , mais ils avaient construit sa mort , comme on assemble un mur pierre par pierre, sa mort était une œuvre commune . Sa femme ne s'y est pas trompée qui dans la nuit suivante , la nuit de douleur et de stupeur , frappa des deux poings à chaque porte , moins pour qu'on lui ouvre que pour désigner que derrière cette porte qui demeurait close se terrait un coupable et elle cracha sur chaque porte, n'en n'oubliant aucune, tout en lançant des hurlements de louve dans toute les ruelles de la ville. Les bateaux revinrent au port dix jours après en être partis , les cales aussi vides qu'à l'aller ,ils descendirent de leur navire sans dire un mot . Aussitôt des bouches parlèrent de malédiction . Quand on ne comprends pas certains fait, il est aisé de recourir à la magie et au surnaturel. Il se murmura que les fillettes de l'Instituteur avaient des regards de sorcières, qu'elles avaient maudit l'île, que les hurlements de la veuve la nuit suivant la mort de son époux avaient déposé dans chaque maison les sortilèges de la vengeance et aussi du mal . Amérique , qui avait perdu toutes ses vignes brûlées sur pied, alla se faire embaucher sur le continent ; on retrouvera Spadon pendu un matin dans la chambre froide où le Maire et lui avaient entreposé les corps des noyés, tout disparut des cultures sous les rivières de lave lente et pâteuse que le Brau vomit pendant deux jours, au printemps suivant ; les quelques vignes et vergers des collines du Ross qui avaient échappées aux coulures du magna séchèrent dans les semaines qui suivirent et jamais ne reverdirent ; le Curé mourut après ses abeilles , il vit ses essaims dépérir faute de fleurs à butiner , le Docteur passa plusieurs semaines alité, avec une forte fièvre, il délirait ,il se soigna avec des tisanes de thym , des petits verres de marc chauffé , il eut des sommeils hypnotiques , encombré de visions, il guérit ,sa première visite fut pour le Maire . Il lui raconta ses délires de fièvre , La plage devenait un vaste cimetière à ciel ouvert , une charpente ardente et froide et il avait nous autres, habitants de l'île, de cette île qui est la seule habitée de toutes les îles de l'Archipel du Chien, habitée par des hommes misérables, ridicules, vieux , égoïstes, perdu et en larmes. Le Maire avait écouté le Docteur s'en l'interrompre. Il y eu un long silence. Il porta la tasse de café à ses lèvres et but en faisant une légère grimace, et se mit soudain à secouer la tête, comme on le fait devant quelqu'un qu'on plaint car on se désole de constater qu'il n'a plu toute sa raison . " Mais mon pauvre vieux , finit par murmurer le Maire au Docteur qui attendait sa parole avec anxiété, pourquoi dis-tu que c'est un rêve ?"
samedi 25 avril 2020
La vie secrète de Salvador Dali
SALVADOR DALI
dimanche 12 janvier 2020
Graines de possibles regard croisés sur l'écologie de Pierre Rabhi et Nicolas Hulot
lundi 16 septembre 2019
J'ai choisi d'être médecin chez les Touareg de Soeur Anne-Marie
vendredi 30 août 2019
Une vie de Simone Veil
Les photos de mon enfance le prouvent nous formions une famille heureuse, nous voici les quatre frère et sœurs serrés autour de Maman, quelle tendresse entre nous ! Au delà des différences qui nous opposaient et des difficultés qui nous fallait affrontées, nos parents nous offrirent en effet la chaleur d'un foyer unie; et ce qui comptait plus que tout à leurs yeux, une éducation à la fois intelligente et rigoureuse. Plus tard , mais très vite , le destin s'est ingénié à brouiller les pistes, qui semblaient si bien tracées , au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. Chez nous comme dans tant de familles juives françaises la mort à frappée tôt et fort, aujourd'hui je ne peux m'empêcher de penser avec tristesse que mon père et ma mère n'auront jamais connu la maturité de leurs enfants, la naissance de leurs petits enfants, la douceur d'un cercle familial élargi. Les années 20 furent pour eux celle du bonheur; ils s'étaient mariés en 1922, mon père André Jacobs avait alors trente deux ans et Maman Yvonne Steinmetz onze de moins , mon père est architecte, ma mère irradie de beauté rayonnante qui évoque pour beaucoup celle de la star de l'époque Greta Garbo, un an plus tard naît une première fille Madeleine surnommée Milou, une nouvelle année s'écoule et Denise voit le jour, puis Jean en 1925 et moi en 1927, Maman est heureuse ses enfants remplissent sa vie. Deux ans après leur mariage mes parents avaient quitté la capitale pour s'installer à Nice, Maman ne vécut pas cette transhumance avec joie ,à la demande de son époux, elle avait abandonné des études de chimie qui la passionnait, pour se consacrer à sa maison et à ses enfants; durant les premières années, les affaires de Papa prirent comme il avait prévu, un essor prometteur, il engagea deux dessinateur, un secrétaire et dessina les plans d'une villa à la Ciotat , selon lui la première d'une longue série. Nous vivions à Nice dans un bel immeuble bourgeois. Cette situation faste dura peu, la crise économique, la fameuse crise de 1929, allait sévèrement frapper ma famille comme celle de nombreux français ; les commandes de mon père se ralentirent brutalement, dès 1931 il fallut vendre notre voiture, il fallut emménager dans un appartement plus modeste, moins confortable , à l'âge de cinq ans, ces petites gênes matérielles m'affectaient peu, au contraire, j'ai beaucoup aimé cet appartement, la proximité de la campagne , nous formions mes sœurs et moi un trio parfaitement soudé , un peu plus grande , j'allais volontiers chercher le dictionnaire pour trancher un différend sur le sens du mot, Papa m'installait toujours à sa droite à table, au motif qu'il fallait me surveiller , il estimait que trop souvent je n'en faisait qu'à ma tête , que je me tenais mal, qu'il fallait parfaire mon éducation et que lui seul pouvait compenser le laxisme maternel, il n'appréciait pas mon esprit contestataire. Lorsque je repense à ces années heureuses de l'avant guerre, j'éprouve une profonde nostalgie. La politique, à cette époque entrait à pas feutrés dans ma vie de lycéenne , j'étais en septième lorsque le front populaire remporta les élections en 1936 j'ai conservés des souvenirs précis des premières années de l'Allemagne nationale socialiste et de la montée de l'antisémitisme prévu ou non par les experts, l'offensive allemande se déclencha le 10 mai 1940 à ce moment là tout le monde perdait la tête et la panique qui soufflait sur Paris n'épargnait pas les grandes villes de province, pendant quelques semaines le phénomène de l'exode avait pris une ampleur folle. Les Juifs faisaient désormais l'objet d'une ségrégation administrative parfaitement scandaleuse au pays des droits de l'homme : était "juifs" quiconque possédait trois grands parents juifs, mais seulement deux s'il était lui même marié à un conjoint juif ! ainsi défini, les juifs se voyait interdire toute activité dans le secteur public et la sphère médiatique. Dès 1941 il avait été fait obligation aux Juifs de se déclarer, d'abord les étrangers, nombreux à Nice puis les Français qu'est ce que cela voulait dire ? N'étions nous pas Français aux même titre que les autres ? Cependant comme la presque totalité des familles juives, nous nous sommes pliés à cette formalité, habitué à respecter la loi, d'ailleurs nous n'avions pas à rougir de ce que nous étions.Après la chute de Mussolini dans l'été 1943 les Italiens signèrent une armistice et quittèrent la région, on entra dans la tragédie le 9 septembre 1943 la Gestapo débarquait en force à Nice, avant même les troupes allemandes ; ses services s'installaient à l'Hôtel Excelsior, en plein centre ville, et déclenchait sans coup férir la chasse aux Juifs que les Italiens avaient refusé de mettre en oeuvre, les arrestations massives commencèrent aussitôt ; nos papiers d'identité devaient porter la lettre J. J'ai senti le danger de cette mesure avant le reste de la famille, et voulu m'opposer à ce tampon ; convaincus des dangers mes parents ont alors décidés de faire front en se procurant des fausses cartes d'identités, puis nous nous sommes dispersés, mes parents chez un ancien dessinateur de mon père, Milou et moi logions dans le même immeuble chez d'anciens professeurs , mon frère Jean était hébergé ailleurs par un troisième couple ; avec cette dispersion , munis de fausses cartes d'identités , nous nous imaginions à l'abri, ma sœur continuait à travailler, je poursuivais mes cours au lycée, et n'hésitais pas à sortir en ville avec mes camarades, disons le sans détour : nous étions inconscients. J'ai rendez-vous avec des amis pour fêter la fin des examens, je m'y rendais avec un camarade lorsque soudain , deux Allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d'identité, et nous conduisit à l'hôtel Excelsior, on me montra une pile de fausses cartes d'identité semblable à la mienne ; j'ai donc fourni une fausse adresse aux Allemands, avant de supplier le camarade non juif qui s’apprêtait à ressortir libre de prévenir ma famille, mais il fut suivi par la Gestapo; le coup de filet fut rapide Maman , Milou et Jean arrivèrent à l'hôtel Excelsior, même si mon frère n'était pas circoncis, nos fausses cartes suffisaient à nous dénoncer comme Juifs. Le 7 avril nous avons donc voyagé pour atteindre Drancy, où convergeaient nous l'avons appris par la suite tout les convois de toute la France ; à notre arrivée nous avons tout de suite compris que nous descendions une nouvelle marche dans la misère et l'inhumanité. Ce qui est certain , c'est que mon père et mon frère sont partis ensemble pour Kaunas , car leurs noms figurent sur les listes ils semblent que tout le monde ait été rapidement assassinés à l'arrivée, du moins si on en croit les témoignages de la quinzaine de survivants revenus de cet enfer, quel fut le sort de mon père et de mon frère ? nous ne l'avons jamais su ! Le 13 avril nous avons embarqué à cinq heures du matin, pour une nouvelle étape dans cette descente aux enfers, à la gare de Bobigny, on nous à fait monter dans des wagons de bestiaux , nous étions effroyablement serrés une soixantaine d'hommes , de femmes, d'enfants, de personnes âgées; le voyage à duré deux jours et demi, le le 13 avril à l'aube au 15 au soir à Auschwitz - Birkenau, c'est une des dates que je n'oublierai jamais, elles demeurent attachées à mon être le plus profond, comme le tatouage du numéro 78651 sur la peau de mon bras gauche; à tout jamais elles sont les traces indélébiles de ce que j'ai vécu .La seule humiliation que nous n'avons pas connu c'est d'avoir la tête rasée ce qui était pourtant la règle à Auschwitz , certain ont imaginé que la Croix rouge avait annoncée une visite, et bien sur personne n'a jamais vu le moindre inspecteur de la Croix rouge à Auschwitz, soixante ans plus, lorsque je pense à la constance avec laquelle la Croix rouge internationale s'est efforcée de légitimer son comportement de l'époque, je reste....à tout le moins perplexe.Au printemps 1944, les autorités du camp avaient décidé de prolonger la rampe de débarquement des convois pour la rapprocher des chambres à gaz, nous portions des pierres et faisions du terrassement , puis les S.S nous ont astreintes à des tâches inutiles porter des rails, creuser des trous, charrier des pierres dont l'objet était de nous affaiblir, un matin, alors que nous sortions du camp pour aller au travail, la Chef de camp, Stenia, ancienne prostitué terriblement dure avec les autre déportées , m'a sorti du rang " Tu es vraiment trop jolie pour mourir ici, je vais faire quelques chose pour toi en t'envoyant ailleurs,oui mais j'ai une mère et une sœur je ne peux pas accepter si elles ne viennent pas avec moi, elle a acquiescé d'accord elles viendront avec toi, en effet , elle tint sa promesse, quelques jours plus tard, nous avons été transférées dans un commando moins dur que les autres, à Bobrek , nous étions moins nombreuses, notre groupe de femmes était caserné dans un grenier au-dessus de l'atelier de l'usine; Maman à commencé à s'affaiblir quand à nouveau on nous à déplacée à soixante kilomètres à pied , nous avons entamé cette longue marche vers la mort, ceux qui tombaient était aussitôt abattu, de Gleirritz , les trains ont commencé à partir dans plusieurs directions, à Bergen Belsen , il n'y avait presque pas de nourriture, pas le moindre soin médical, l'eau elle même faisait défaut, la plupart des canalisations ayant éclatés ; Maman s'est de plus en plus affaibli par la détention, le travail, le voyage épuisant à travers la Pologne, la Tchécoslovaquie ,et l'Allemagne, elle n'a pas tardé à attraper le Typhus, elle est morte le 15 mars, je me rends compte que je n'ai jamais pu me résigner à sa disparition, chaque jour Maman , se tient près de moi et je sais que ce que j'ai accompli dans ma vie l'a été grâce à elle. Début avril, nous avons senti que le dénouement était proche, Milou n'allait pas bien, elle aussi avait contracté le typhus, je la réconfortais du mieux que je pouvais " Ecoute il faut tenir le coup et ne pas se laisser aller nous allons bientôt être libérées. Bergen-Belsen a été libéré le 15 avril , les troupes anglaises ont pris possession du camps; la guerre était finie, mes sœurs et moi étions vivantes, mais comme tant d'autres, la famille Jacob avait payé un lourd tribut à la faveur nazie; tout de suite nos oncles et tantes Weisman nous ont accueillie chez eux, à mon retour des camps j'avais appris que j'avais été reçu aux épreuves du baccalauréat passé la veille de mon arrestation en mars 1944, je me suis inscrite à la faculté de droit, ou j'ai rencontré Antoine qui suivait comme moi des cours de sciences Po, il vivait à Paris depuis sa démobilisation chez une de ses grand-mère; nous nous sommes mariés à l'automne 1946, j'avais dix neuf ans et Antoine vingt ans , notre premier fils Jean est né à la fin de 1947, Nicolas le deuxième treize mois après, Pierre François lui s'est fait plus attendre puisqu'il est né en 1954, afin d'aider notre jeune couple et parce qu'il nous appréciait Michel Boissier à proposé à mon mari un poste d'attaché parlementaire au Conseil de la République. Mon mari ne voulait pas que je travaille, mais par chance il avait rencontré à travers ses différentes relations politique un haut magistrat qui lui avait affirmé " Les femmes ont désormais leur place dans la magistrature" En 1954 l'école de la magistrature n'existait pas, l'accès à la carrière s'effectuait par un concours, à l'issue de deux années de stage , j'avais été reçu au concours et affectée à la direction de l'administration pénitentiaire j'y ai passé sept ans , puis Jean Foyer m'a affectée à la Direction Civiles, puis j'ai accepter le poste moins harassant de secrétaire de Conseil Supérieur de la magistrature auquel m'a nommée le Président Pompidou à sa demande j'ai également été nommée à l'un des postes d'administrateur de l'ORTF chargé de représenté l' Etat; j'étais la première femme à siéger dans ce Conseil d'administration, comme d'ailleurs dans celui de la Fondation de France auquel j'ai été nommée à la même époque . Un soir , alors que nous dînions chez des amis, la maîtresse de maison m'invita à sortir de table, quelqu'un désirait de toute urgence me parler, c'était Jacques Chirac qui me demandai si j'accepterai le cas échéant de faire partie de son gouvernement. C'est ainsi que je me suis retrouvée dès le lendemain ministre de la santé. Ma tâche me paraissait d'autant plus lourde que la profession médicale, dans l'ensemble m'acceptait avec réticence, face à un milieu au conservatisme très marqué, je présentais le triple défaut d'être une femme, d'être favorable à la législation de l'avortement et enfin d'être juive . Du moins pouvais je compter sur l'appui inconditionnel du Président, son Premier ministre en revanche, se montrait plus réservé aux yeux de Jacques Chirac, le pays se trouvait confronté à des problèmes autrement plus urgent que l'IVG. Finalement la loi à été votée dans la nuit du 29 novembre par deux cent quatre vingt voix ; quinze jours plus tard, elle fut voté au Sénat quasiment dans les mêmes termes. Quand je levais les yeux de mes dossiers deux ans après la constitution du gouvernement, je m'apercevais que le climat avait changé; entre Giscard et Chirac une fêlure s'était produite en fin d'année; j'ai ,refusée d'adhérer au RPR, c'est alors que je me suis prise peu à peu à ressentir l'usure du pouvoir. Puis aux élections européennes de juin 1979 ma liste arriva assez loin devant celle du Parti socialiste ; mon premier discours se voulut le plus unitaire possible ; je m'y présentais évidement avec le souhait d'être la présidente de toute l'assemblée et insistais sur les trois défis que nous avions à relever, celui de la paix, celui de la liberté, et celui du progrès social. Dans les années 1980 quand je suis arrivée au Parlement européen, j'imaginais encore une évolution vers un système de type fédéral, aujourd'hui les mentalités ont changés je ne peux constater un attachement croissant des citoyens à leur cadre national et aux facteurs historiques qui ont formé des identités singulières , à cet égard nous vivons un paradoxe, l'Européen d'aujourd'hui voyage beaucoup, l'envie est devenu une réalité dont la plupart se félicite , Internet est entré dans les mœurs et la dimension de la modernisation domine la pensée contemporaine. Cependant les citoyens semblent beaucoup plus attachés à leur identités nationale qu'il y a vingt ans au point que partout se développent des tentations communautarismes s'ils tiennent tant à cette identité, c'est parce qu'ils subissent à jet continu des chocs mondiaux, leurs racines devient une valeur refuge, une protection contre toutes les tragédies que la télévision et internet nous font vivre en temps réel, où qu'elles se produisent .J'ai aimé que le Conseil constitutionnel se préoccupe de la lutte contre les discriminations ; je suis favorable à toutes les mesures de discriminations positives susceptible de réduire les inégalités des chances , les inégalités sociales; les inégalités de rémunérations , les inégalités de promotion dont souffrent les femmes, avec l'âge je suis devenu de plus en plus militante de leur cause ,il est inutile de la proclamer à son de trompe, il est préférable de la pratiquer, nul besoin pour cela d'employer de grands mots, qui ne peuvent qu'ameuter les idéologues de l'égalitarisme républicain, non plus de débattre de quotas sur lesquels personnes ne s'accordera, ici comme ailleurs notre pays s'engage trop volontiers dans des débats théoriques qui portent sur les principes et négligent les réalités de la société, pendant que l'on fait des rond de jambe sur la parité . La politique me passionne mais dès quelle devient politicienne,elle cesse de m'intéresser.



