lundi 24 juillet 2017

Je ne baisserai plus les yeux d'Isabelle Maurer




« Je n’ai pas de diplôme, pas d’emploi, pas un euro en poche, mais je suis une femme libre. J’appartiens au monde des petites gens, à ces Français qui ont du mal à joindre les deux bouts. Comme beaucoup d’entre eux, j’ai appris à répondre à la crise par la solidarité…
Vivre dans l’empire de la débrouille vous oblige à être créatif et à résister à un autre empire bien plus redoutable, celui de la consommation. J’ai décidé de ne plus me sentir coupable d’être au chômage ou d’être pauvre. Je ne veux plus baisser les yeux. »
Voici quelques mois, elle a crevé l’écran dans l’émission de David Pujadas « Des paroles et des actes ». Avec un franc-parler réjouissant, elle raconte son enfance alsacienne, aînée de sept enfants, son adolescence placée dans un foyer de l’Armée du Salut, la difficulté d’élever seule ses trois petits et son quotidien au service des autres. Par son optimisme et son intelligence de la vie, elle redonne dignité aux plus démunis.

samedi 17 juin 2017

Born to run de Bruce Springsteen




J'ai dix ans ,je connais chaque fissure, chaque aspérité et chaque lézarde des trottoirs défoncés de Randolph Street ma rue, c'est là que je vis avec ma soeur Virginia qu'a un an de moins que moi, mes parents Adèle et Douglas Springsteen , mes grand parents , Fred et Alice et mon chien Saddle ; je suis d'origine irlandaise et italienne la mère de ma mère Adelina Rosa Zerilli. Mon père à quitté l'école à seize ans pour travailler comme apprenti à la fabrique Karighensian , à dix huit ans il est parti à la guerre, s'est embarqué à New York à bord du Queen Mary, il à été conducteur de camions pendant la bataille des Ardennes puis il est rentré chez lui, il jouait au billard très bien, il a épousé ma mère, puis à travaillé à la chaîne avec son cousin David à l'usine Ford Motor d'Edison, c'est alors que je suis arrivé, pour ma grand mère j'étais le premier né de son fils unique, et le premier bébé de la maison, depuis la mort de sa fille, ma naissance lui apportait une nouvelle raison de vivre.Durant ma scolarité à l'école primaire, on m'a tapé sur les doigts, étranglé en tirant sur ma cravate, cogné sur la tête, enfermé dans l'obscurité d'un réduit ; tout cela était monnaie courante pour une école catholique des années 50. Mon père ne m'avait pas trop à la bonne, petit je pensais que les hommes étaient tous comme ça : distants, peu communicatifs , emportés par le courant du monde des adultes; j'étais un intrus, un étranger , une terrible déception , quelques instants il jouait au papa soucieux de mon bien être, puis il en venait au fait l'hostilité, la colère noire que lui inspirait son  fils, il m'aimait mais il ne me supportait pas, il avait le sentiment qu'on était en compétition pour l'affection de ma mère ; qui rusait, criait, suppliait et ordonnait que ses accès de rage cessent et moi  je la protégeais ; une nuit où mon père était  rentré une fois de plus d'une soirée minable à la taverne; je les ai entendu se disputer violemment dans la cuisine, j'avais peur pour elle et pour moi je ne devais pas avoir plus de neuf où dix ans mais je suis sorti de ma chambre et j'ai descendu l'escalier avec ma batte de base ball  , je lui ai hurler d'arrêter , et là j'ai abattu ma batte en plein milieu de ses larges épaules, il s'est retourné, il avait le visage écarlate comme chaque fois qu'il revenait du bar , l'instant s'est étiré en longueur, puis il a éclaté de rire, fin de l'engueulade;  il me répétait par la suite " Ne laisse personne faire du mal à ta maman " Ma mère sauvait constamment la mise  à  mon père, et faisait bouillir la marmite les si nombreuses fois où déprimé il n'arrivait pas à sortir du lit , elle aimait mon père, et peut être cela lui suffisait-il d'avoir la sécurité d'un homme qui ne la quitterait pas, qui ne pouvait pas la quitter, il n'empêche elle le payait cher. Chez nous pas d'amis à la maison, pas de restaurants, ni de sortie en ville, mon père n'avait ni l'envie, ni l'argent, ni la santé pour une vie sociale normale de couple marié.Mon premier déclic de jouer de la guitare, c'est un homme en quête de quelque chose de nouveau, par sa volonté, il lui a donné vie, le grand acte d'amour d'Elvis à ébranlé le pays, c'était un premier écho du mouvement pour les droits civiques; c'était un chanteur, un guitariste qui adorait la musique noire, quand ça été fini ce soir là, ces quelques minutes, lorsque l'homme à la guitare à disparu dans un voile de hurlements, je suis resté assis devant ma télé médusé, l'esprit enflammé, il tapait dessus, s'appuyait dessus, dansait avec elle, hurlait dedans, il la baisait, la caressait, la balançait sur ses hanches. Le lendemain, j'ai convaincu ma mère de m'emmener chez Diehl's malic, et là faute d'argent on à loué une guitare, à la maison j'ai ouvert l'étui , j'ai humé le bois, j'ai senti la magie de l'instrument, je l'ai tenu dans mes bras, j'ai fais glisser mes doigts le long des cordes, j'ai pris entre mes dents le médiator  en écaille véritable, j'ai pris des leçons de musique pendant quelques semaines... et j'ai abandonné Diehl imposait de faire vombrir les cordes en Si avec lui, c'était le solfège,  et des heures d'une technique prodigieusement ennuyeuse Je voulais... J'avais besoin que  ça balance !Et maintenant je ne sais toujours pas lire la musique, et à l'époque, mes doigts d'adolescents de dix sept ans n'arrivaient même pas à faire le tour de ce gros manche. Puis j'ai entendu les Beathes qui jouaient sur des  Ricbenbaker,Höfrer,et Gibson, des guitares aux notes salvatrices  It ain't no sin  to be qlad you're aline ( C'est pas un péché de se réjouir de vivre) en 1964,  il n'existait pas de formule plus magique en anglais. A l'adolescence je suis arrivé à monter un groupe, il y avait dans le quartier où j'habitais un gamin qui savait vraiment jouer, il avait une Gibson, un vrai instrument, un vrai ampli, il savait lire la musique, je suis allé lui parlé, on à même trouvé un bassiste, en attendant, on branchait nos amplis on répétait assez régulièrement avec une idée cruciale et rebelle ; trouver un chanteur...Georges s'y colla, il avait une vrai voix et du charisme, j'étais quand à moi considéré comme une catastrophe devant un micro, et Tex n'arrêtait pas de se moquer de ma voix, des années plus tard, après des millions d'albums vendus , je suis retourné le voir et il m'a dit  avec son sourire narquois :"Tu ne sais toujours pas chanter" c'est Georges le chanteur. A partir de là, on a été programmé pour jouer au bal du lycée. Puis j'ai été viré du groupe, ma guitare était trop nulle, elle se désaccordait tout le temps,ce soir là, une fois à la maison, j'ai mis sur la platine le deuxième album des Rolling Stones et j'ai appris le solo simple mais génial de Keith Richards dans " It's all oven now" j'y ai passé la soirée puis à minuit j'étais capable de sortir une version relativement proche de l'origine, j'ai commencé à prendre conscience du sentiment de force et de fierté que l'instrument et mon travail me donnaient. J'avais un secret il y avait un truc que j'arrivais à faire, un truc pour lequel peut-être j'étais bon. Un après midi Georges un ami guitariste me dit qu'un groupe se montait et que les gars cherchaient un guitariste lead, j'ai mis ma guitare en bandoulière et j'ai intégré mon premier vrai groupe. Notre premier concert eu lieu à l'Angle -In c'est au sud en territoire greaser, on à fait une série de boîte de nuit, et de pizzerias implantées le long de la route 9. Un samedi soir comme n'importe quel autre; on était alors à notre troisième chanteur lead on était programmé à l'IB Clubs et on avait hâte de donner un concert grandiose , le club était plein, six cent personnes peut être dans la salle que du cuir, bananes et choucroutes à gogo, il y avait assez de graisse dans les cheveux pour faire tourné un garage. Notre première audition à eu lieu chez Atlantic records, tout ce dont je me souviens c'est d'être monté dans un bureau, d'avoir joué devant quelqu'un pas intéressé, ensuite allez savoir comment Mike à réussit l'exploit de m'obtenir une audition avec John Hammand qui avait signé Bob  Dylan, Aretha Frankin, un géant de l'industrie du disque. J'ai convaincu Mike et Jimmy qui fallait que j'enregistre avec un groupe. On a fait l'album en trois semaines la plupart des chansons étaient des sortes d'autobiographie" Growin ' up" "Dops this bus stop,For you lost et " Saint in the City" On a livré le disque à Columbia Clive Davis me l'a renvoyé avec ces mots: " Pas de hit , rien qui puisse passer à la radio" Je suis allé à la plage et j'ai composé  Spirit in the Night" de retour à la maison j'ai sorti mon dictionnaire de rimes et composé " Blinded by the light" je n'ai plus jamais réécrit tout à fait dans ce style une fois le disque sorti, on n'a pas arrêté de me comparé à Dylan.Les choses commençaient à se préciser , un film avait été envoyé à toutes les antennes de Columbia des grandes villes: on y voyait Clive Davis qui lisait les paroles de Blindes by the light comme si c'était du Shakespeare . Malgré çà Greetings ne s'est vendu qu'à vingt trois milles exemplaires un échec au  regard des critères, mais un succès phénoménal pour moi. Un soir , j'étais à un coin de rue, avant un concert dans une fac du Connecticut , lorsqu'une voiture s'est arrêter au feu rouge l'autoradio à fond sur " Spirit in the Night" mon rêve rock 'n roll le plus fou était devenu réalité, j'ai senti enfin que j'étais un petit wagon de ce train glorieux, c'était plus qu'excitant, quarante trois ans plus tard, je ressens la même excitation quand j'entends mes chansons à la radio.J'ai écris " Born to run" assis sur le bord de mon lit, j'étais un enfant de l'Amérique, la guerre du Vietnam , des assassinats de Kennedy, Martin Luther King et Malcoln X. Le 25 août 1975 les magazines Times  Newyork voulaient que je sois en couvertures, j'ai hésité parce qu'à l'époque, les divertissements populaires, en particulier les chanteurs ne faisait pas la une de ce que l'on considérait être la presse sérieuse, çà me terrifiait , mais en fin de compte mon égo, mon ambition et la trouille de laisser passer ma chance l'ont emporté sur mes doutes. J'ai appelé Mike: " Envoie la presse ". Les concerts se sont enchaînés Londres, Los Angelès . Born in the USA reste  donc une de mes plus grande chansons et une des plus incomprises; La combinaison des couplets blues dépressifs et des refrains déclaratifs" enjoués," la revendication du droit à une voix patriotique " critique" allant de pair avec la fierté de la patrie, était manifestement trop contradictoire ( ou juste pénible ! )pour les auditeurs les plus insouciant ou les moins futés.. 21 juin 1984 on arrive à Center de Saint Paul Minnoseta  on a passé l'après midi  à tourner Dancing in the Dark notre premier vrai clip ...La tournée en Europe s'est déroulée sans accroc, salles combles, foule en délire. De retour  au pays notre concert au stade  Three Rivers de Pihsburgh s'est révélé unique .... un public composés de six milles fans. Le 21 juillet 1990 à vingt trois heures trente  est né Evan James Springsteen  à partir de maintenant la puissance  fascination du passé  sera formidablement contrebalancée , ensemble Patti et moi avons fait en sorte que 1+1=3 car si le rock' n roll , cette nouvelle vie m'a révélé qui je suis, plus qu'une chanson, une histoire, une nuit, une idée, une attitude, une vérité, une ombre; une question, une réponse, une créature fébrile de mon imagination et de celle des autres, le travail c'est le travail , mais la vie ...c'est la vie....et la vie l'emporte sur l'art toujours. Le 30 décembre 1991 est née Jessica Springsteen son visage rouge et ses cheveux de jais. Le 5 janvier 1994 est né Sam Ryan Springsteen. Puis la vie m'a pris deux de mes musiciens Clarence Clermons était un personnage tout droit sorti d'un manuel rock'n roll , il était le saxophoniste black super balèze et Danny Federici organiste, j'ai fait aussi une dépression mais l'amour que me porte ma femme Patti et la passion du rock'n roll m'ont sauvé. 


jeudi 29 décembre 2016

Les Dames de Paulilles de Nicole Yrle





A quelques encablures du Cap Béar,  nichée entre Banyuls et Port-Vendres, la baie de Paulilles, joyau de la Côte Vermeille, recèle tout ce pan d'histoire du Roussillon.  Quatre générations retrace dans ce livre le quotidien des femmes de Paulilles, à la fois humble et nobles confrontés au mépris de quelques intérêts particuliers et à la violence d'un XXème siècle traversé par les guerres. Marie épousa Augustin qui travaillait à la dynamiterie , mais il dut partir au front, et elle du faire comme sa mère et sa grand-mère  travailler aussi à la dynamiterie le sort de la guerre en avait décidé, elle serait encartoucheuse, les bâtiments légers, reliés par des tunnels et isolés les uns des autres par des merlons; ces levées de terres protectrices.Plusieurs ateliers d'encartouchage étaient alignés le long des trois allées, Marie enfila une longue blouse en toile , chaussa des sandales à semelles de corde, gagne l'atelier qui allait devenir son quotidien, l’exiguïté la surpris presque carré, il ne mesurait pas plus de quatre à cinq mètres, du plomb et du bois partout, une épaisse couche de sciure sur le sol,  pour la sécurité,  explique Madeleine sa mère, laconique, faut pas qu'il y ait d'étincelle, tu vois il faut être deux, une qui bourre et une qui ferme, la poudre était fine comme de la farine et Marie comprit pourquoi on parlait de pétrin comme dans une boulangerie! Ouvriers et ouvrières, tous parlaient de " matière" et non de dynamite. Ceux qui la manipulaient devinaient-ils d'instinct qu'elle tirait son nom de la "puissance" grecque? en tout ils savaient quelle était dotée d'un pouvoir destructeur sans rapport avec son apparence. Les mois  et les saisons passaient, la guerre , dont on avait cru quelle serait de courte durée, semblait devoir s'éterniser ; les échos de terribles batailles glaçaient d'effroi toutes les familles. A l'usine , les départs successifs des hommes avaient dégarni de nombreux postes, il fallait recourir à une main d'oeuvre  de remplacement; et l'on vit arriver à Paulilles de nombreux ouvriers espagnols, surtout des Castillans; l'amertume était perceptible sur les visages fermés et dans les paroles presque agressives." On se demande à quoi on sert la-bas et ici on serait de trop," dit Augustin la mine sombre, il venait d'arriver pour une petite semaine on était en février 1916, les permissions étaient rares et plus courtes, Marie ne reconnaissait pas son  Augustin, lui si gai, si bavard,  il était devenu taciturne. A la dynamiterie, les nouveaux venus monopolisaient l'attention; les Catalans du Sud apportèrent leur exubérance  naturelle , un jour ou un contingent d'Annamites fit son entré à Paulilles  encadrés d'une escorte de tirailleurs Sénégalais, l'étonnement se lut sur tout les visages. On avait vaguement entendus parler de l'arrivée imminente de coloniaux mais on ne s'attendait nullement à ces drôles de petits hommes jaunes coiffés de curieux chapeaux en forme d'arapèdes! Les Annamites furent rapidement attelés à des tâches dont ils avaient pas la moindre idée ; la poudre fabriqué était destinée essentiellement aux mortiers de tranchées . On prit l'habitude de côtoyer  les Annamites certains d'entre eux connaissaient un peu le français mêlés de catalan, parce qu'ils déjà au cantonnement d'Olette pour la construction d'une route dans le conflent. Marie, Augustin elle ne l'oubliait pas, elle était s'en nouvelle de lui, sa dernière permission il l'avait passée à dormir, elle l'avait trouvé hagard, plus absent que jamais il était repartie s'en la touchée, pratiquement s'en la voir. Des rumeurs couraient, un responsable technique rapporta que lors d'un incendie auquel il avait assisté plusieurs Annamites s'étaient retrouvés les pieds collés au sol et avaient été atrocement brûlés, certains s'étaient  transformés en torches vivantes. Des explosions et des incendies ils s'en produisaient aussi dans les ateliers de lavage de la nitroglycérine . Marie croisa Dan, elle éprouvait de plus en plus de sympathie et de compassion pour cet Annamite. Marion petite fille de Marie pénètre avec sa mère Maria dans le tunnel envahi d'un brouillard  cotonneux; elle tenait sa fille par les épaules et la guidait devant elle, beaucoup d'ouvriers et d'ouvrières empruntaient quotidiennement cet itinéraire dangereux pour rentrer chez eux plus vite. Marion devenu une très jolie jeune fille qui aurait du vivre son adolescence dans l'insouciance à la fin des années cinquante  va vivre la dernière grande tragédie meurtrière de Paulilles. Maria était chez elle quand les carreaux tremblèrent, des débris de verre tombèrent par terre, un énorme champignon se forma aussitôt au-dessus de la dynamiterie. Dehors, des gens affolés courraient en tout sens, Maria allait de l'un à l'autre,il y a des blessés ?  vous avez vu mon mari , mon fils, Maria croisa deux femmes hébétées, que le souffle avaient complètement déshabillées, enfin elle vit venir  vers elle son fils , indemne mais choqué, il la conduisit auprès de son mari Etienne blessé , son visage couvert de sang, des éclats de verre incrustés dans la chair, sa blessure à la cuisse très profonde et il avait perdu plusieurs doigts à la main droite, on avait entendu l'explosion depuis Banyuls . J'habite là hurla Marion qui venait de se frayer un passage, le portail s'ouvrit soudain pour laisser passer une seconde ambulance, Marion craqua, elle s’effondra, pleurait et murmurai des mots s'en suite. A Paulilles, les habitants présents sur le site de l'explosion n'arrivaient pas à se remettre. De nombreux changements s'en suivirent; à commencer par le déménagement de toutes les familles qui habitaient encore à proximité de l'usine, elles rejoignaient dans de nouvelles casernes celles qui vivaient de l'autre côté de la route près de la voie ferrée  Marion qui n'avait que seize ans eut l'impression d'abandonner son enfance, l'explosion de 58 demeura dans les mémoires. Marion perdit son père il n'avait que cinquante ans; elle travailla  à la dynamiterie  elle n'eut pas son pareil pour rouler en un tour de main la cartouche en papier, ou pour la bourrer prestement. Au début des années 60, l'activité de l'usine fut en effet intense, c'est ainsi que Paulilles fabriquait et expédiait  des explosifs pour la construction du tunnel  du Mont-Blanc qui s'étala sur sept ans. Marion épousa François elle avait vingt huit ans quand sa fille Marine naquit ; Maria devenu grand-mère  eut l'impression de jouer à la poupée, Marion put reprendre son travail, la population de Paulilles ,se réduisit comme peau chagrin, une grève éclata, on réclamait de meilleurs salaires. Marine elle avait dix sept ans , quand l'usine avait fermé , trois ans plus tôt , elle était toute contente d'habiter en ville à Banyuls. Un jour de pluie, Marine s'ennuie et monte au grenier, contre le mur  se trouve une grande  malle  qui appartenait à sa grand-mère, elle découvre des livrets militaires ,portefeuilles et portes cartes en cuir usés tous vides, deux paquets de lettres attachées ensembles , au fond de la malle un grand cahier attire son attention, il est épais c'est un herbier ! il sent le moisi, en le retournant des feuilles éparses sur le sol , elle découvre des dessins sans signatures, sans dates, elle reconnait la baie de Banyuls c'est l'arc de sa plage, celle de Port-Vendre; soudain elle reçoit un choc, le sourire éblouissant d'un jeune homme occupe toute la page, l'expression de la joie à réduit les yeux à deux minces fentes étirées jusqu'au tempes, les cheveux raides et sombres, le nez presque épaté achève de donner à l'ensemble du portrait une physionomie orientale, Marine est troublée, elle devine qu'une vérité ancienne à été enfouie; Qui est-ce? demanda la jeune fille en brandissant le portrait à sa mère; c'est un Annamite, je sais Maria appelé par ses proche "Iaia" m'a parlé des Annamites qui travaillaient à Paulilles . Marine pousse la porte de sa grand-mère  appelle Iaia ou es tu? c'est maman et moi ! la grand mère sort de sa chambre, souriante et légère, elle est minuscule à côtés de sa petite fille qui doit se pencher pour l'embrasser; elle montre le dessin à sa grand-mère, d'un coup le visage de Maria se ferme, se durcit, les lèvres pincées, elle se détourne, sans prendre le dessin entre ses mains. Marion raconte que sa grand mère Marie lui avait confié le secret de Dan le père de Maria qui mourut dans un incendie, et quand son mari rentra de la guerre , il accepta l'enfant qui ressemblait trait pour trait à l'Annamite. Marine lui ressemblait aussi avec ses cheveux noirs raides , ses yeux en amandes , et son sourire éblouissant.

lundi 14 novembre 2016

L'histoire tragique et merveilleuse de l'anesthesie du Dr Georges Arnulf

 

L'Anesthésie m'est toujours apparue comme une des plus merveilleuses découvertes de l'humanité; ses bienfaits sont immenses puisqu'elle nous permets de vaincre la douleur opératoire à laquelle nous risquons d'être exposés à un moment où l'autre  de notre existence. J'ai pu pendant 50 ans en suivre l'essor prestigieux en France et dans le monde et j'en ai vécu la phase d'évolution la plus étonnante et la plus performante . En effet dès le début de mes études médicales en 1925, j'assumai ma première anesthésie, à cette époque, l'anesthésie  était encore en France considérée comme un acte mineur confié à des étudiants ou des infirmiers. Plus tard , en particulier pendant la deuxième guerre mondiale (1939 1945)  j'assumai la responsabilité de l'anesthésie tout comme mes collègues de l'époque, en attendant que se spécialisent dans notre pays les anesthésistes en titre. On comprend  alors comment mon intérêt a pu être éveillé et retenu par cette science et , tout naturellement j'ai voulu en connaître l'histoire remontant à ses origines qui n'étaient peu connues. Cette recherche dans le temps m'a révélé les circonstances qui ont entouré la découverte de l'anesthésie : elle s'est accompagnée de tragédie qui ont souvent divisé et opposés ses protagonistes. Ce fut un drame humain extrêmement poignant où se heurtèrent ces hommes, dépositaires d'un bien inestimable : La victoire sur la douleur. On a peine aujourd'hui à imaginer ce que pouvait  représenter la chirurgie avant l'ère de l'anesthésie. La valeur et la renommée d'un chirurgien se jugeaient alors sur sa dextérité et surtout sur sa rapidité d'exécution. Ce matin de novembre 1843, quatre opérations étaient au programme, chiffre inhabituel à l'époque mais expliqué par la renommée de Warren, patricien méthodique, réservé et ordonné, il est issu d'une famille médicale célèbre à Boston. Ce vendredi matin de novembre 1843, trois ans à peine avant que fût connu l'anesthésie, Warren nous permet de vivre une des dernières étapes de la chirurgie à l'époque pré-anesthésique. Il est 10 heures, le premier patient est étendu sur une table en bois, c'est un gros homme aux traits tirés par l'anxiété, qui présente dit Warren une cuisse déboîtée fixée en mauvaise position, nous dirions aujourd'hui une luxation de la hanche négligée; il importe d'essayer de la réduire, pour cela, courroies et ceintures maintiennent le thorax, une corde sur la cuisse va permettre d'exercer des tractions nécessaires pour essayer de réduire la luxation; quand les aides commencent à forcer les tractions sur la cuisse , le malade hurle de douleur, à chaque nouvelle traction les hurlements reprennent  de plus belle, on entends grincer les dents du patient, on voit son front se couvrir de sueur, mais la hanche ne se réduit pas,elle reste en position défectueuse ; pour lutter contre la crispation et la douleur, Warren fait placer un long cigare dans l'anus du patient , il s'agit d'une décoction de nicotine propre non seulement à apaiser la douleur mais à réduire la contractions des muscles.Arès la pause, les tractions recommencent sans succès, arrachant de nouveau hurlement au patient, c'est un échec, le malade est alors retirés de l'opération. Warren attaque le  deuxième cas, une femme amaigrie présentant un cancer du sein très évolué, accompagnés de douleurs; pour la soulager avant l'opération, on lui a administrée 100 gouttes d'opium; elle est alors installée sur le fauteuil opératoire, avec sa dextérité habituelle Warren incise très largement la peau autour de la tumeur, la malheureuse pousse alors des hurlements de douleur, sans y prêter attention le chirurgien poursuit l'ablation de la tumeur , il éponge le sang et arrête les hémorragies par des ligatures dont les fils sortiront de la plaie; l'opération se termine par une ingestion d'eau de vie dans la bouche de l'opérée à la limite de l'agonie, pantelante elle est reconduite dans son lit. Telle est la chirurgie de l'époque.Toutefois la lutte contre la douleur n'est pas ignorée, comme on peut en trouver de nombreux exemples; un des grands chirurgien du XVI siècle Ambroise Paré , dans son traité " Introduction de la chirurgie" consacre tout un chapitre aux moyens de combattre la souffrance, il donne la première place aux opaciés sous forme de pilules avalées avant l'opération, associés à l'administration de fortes rasades d'alcool. Le froid peut dans certain cas, agir contre la douleur; Le Baron Larrey, chirurgien de Napoléon, a pu au cours de la retraite de Russie amputer sans douleur des membres gelés. L'amputation de membres gangrenés  sous réfrigération a été longtemps classique car outre la douleur , le froid  supprimait le choc.Il fallut attendre la fin du XIII siècle à la première décennie du XIX siècle pour que des efforts coordonnés proprement scientifiques, ce fut  l'oeuvre de chercheurs occasionnels, toujours particulièrement sensible à la douleur et doués d'une féroce curiosité; parmi eux il en eut quatre que l'histoire se doit de retenir, car ils furent les vrais précurseurs de l'anesthésie en découvrant et perfectionnant les éléments de base qui allait rendre possible et cela dans le dessein précis de supprimer la douleur opératoire. La pasteur anglais Joseph Prisesthey (1733-1804) aidé du Châtelain du pays le Conte Shelburne passionné de chimie lui proposa de créer un laboratoire dans son château, il isola l'oxygène de l'air, il eût alors l'idée d'arroser la limaille de fer avec de l'acide azotique, il obtins un nouveau gaz l'oxyde d'azote pur, puis de la protoxyde d'azote qui allait être connu sous le nom de gaz hilarant car pour quiconque le respirait il provoquait le rire. L'oeuvre inachevée de Prisesthey allait être poursuivie par un apprenti pharmacien Hamphry Davy "1778-1829"  Davy utilisa un ballonnet de soie qui sert de récipient  pour les gaz il est muni d'une tubulune qui permet de les inhaler plus facilement; , dans le même laboratoire Michael Farandy "1791 1867"  découvre une autre voie  avec un produit différent  les vapeur d'éther  et Henry Hill Hickem "1801- 1830" il va faire une étude expérimentale rigoureuse de ces gaz sur l'animal. Le 10 décembre 1844 Horace Wells brillant dentiste se verra ce jour là l'un des pionnier de l'anesthésie car il expérimentera sur lui le gaz hilarant et va découvrir qu'il peut arracher une dent sans faire souffrir le patient  , mais ce sera mal maîtrisé  Janvier 1845 William  Green Morton après l'échec de son collègue et associé à Horace Wells après maintes expériences de l'éther sur les insectes et les animaux, il commença à l'expérimenter sur lui même et il resta inconscient pendant quelque minutes , puis il le pratiqua sur ses patients pour extraire les dents il avait seulement 27 ans, puis il fut sollicité par le Dr Warren imminent chirurgien pour opérer un de ces patient. Le Dr Morton  procéda avec un sang froid à l'administration de l'éther sulfurique pour supprimer par anesthésie la douleur opératoire; remplissant  l'inhalateur  d'éther  et le tenant devant les narines du patient, il le maintient quelques minutes pour lui permettrent  d'en respirer les vapeurs. Beaucoup  d'opération survinrent  avec le même succès , on nomma alors cet acte Anesthésie ( en grec insensibilité) . En dépit de différents efforts fait datant des années suivantes pour obtenir  de la part du gouvernement des Etats Unis la reconnaiçance des services rendu par le docteur Morton au pays et au monde entier ne fut jamais fait. D'autres gouvernements  s'étaient hâter  de lui décerner  ordres et décorations. La Russie lui donna la croix de Saint Waldimir, la Norvège et la Suède l'ordre de Vasa ; L'Académie Française  des Arts et des Sciences lui envoya une médaille d'or le prix Mortyon et il reçu une cassette d'argent contenant milles dollars par les membres du Conseil d'Administration du Massachusetts, ses nombreuses décorations se trouvent maintenant à "Historial Room's" de Boston pour la découverte de L'Anesthésie le 3 septembre 1846.

jeudi 20 octobre 2016

Un peu de soleil dans l'au froide de Francoise Sagan






Gilles, journaliste parisien,à trente cinq ans, il était encore beau. Cet "encore"tenait au fait qu'il avait été d'une beauté rare à vingt ans, beauté  dont il n'avait jamais eu conscience d'ailleurs mais  dont il s'était joyeusement servi et qui avait indistinctement fait envie longtemps aux femmes comme  aux hommes ces derniers en vain. Quinze ans plus tard, il était plus maigre, plus mâle, mais avec quelques chose encore dans sa démarche, ses gestes de l'adolescents triomphant qu'il avait été. Jean qui l'avait follement aimé, en ce temps là, sans le lui dire et sans d'ailleurs se le dire à lui même,eut un petit choc au coeur en le voyant entrer dans son bureau. Cette maigreur, ces yeux bleus, ces cheveux noirs un peu longs, cette nervosité, il devenait de plus en plus nerveux, Jean écrasa sa cigarette à demi consumée dans le cendrier, s'assit et croisa les mains, il fixa  Gilles une seconde toussa et dit sobrement. "Alors ? " "Alors quoi dit  Gilles" "Alors ça ne vas pas n'est ce pas? Non, Depuis un  mois ou deux  hein ? Trois cela fait trois mois que je vis mal . Raisons précises ? demanda  Jean . Aucune. Rien je n'ai rien, je n'ai plus envie de rien, c'est tout. Voilà reprit il avec effort. Je n'ai plus envie de travailler, je n'ai plu envie de faire l'amour, je n'ai plus envie de bouger; ma seule envie, c'est de passer mes journées seul dans mon lit, les draps sur ma tête, J'ai envie de me tuer le soir à neuf heures, le lit me semble sale, ma propre odeur m'exaspère, tu trouve ça normal toi ? Et Eloise ? elle ne me supporte plus, de plus je suis impuissant .  Viens  on vas se balader . Ils sortirent  Paris était ravissant bleu à pleurer en ce début de printemps. Il était blessé, mais  du moins cette blessure avait-elle un visage. Et si on partait ? dit  Jean  On se trouverait  bien un reportage à faire quelques part, quinze jours ? Je n'ai pas envie dit  Gilles. Je vais te dire ce que tu as, dit la voix de Jean près de lui, une voix apaisante, insupportable. Tu es fatigué, tu ...Tu ne vas pas me dire ce que j'ai, hurla Gilles brusquement au milieu de la rue, les gens les regardaient et il rougit soudain puis se détourna  et partit très vite vers les quais  sans dire au revoir . Eloise l'attendait ; elle était mannequin dans une maison de couture , elle s'était installer chez lui deux ans auparavant , un soir que le souvenir de  Maria le faisait trop souffrir et qui ne supportait plus la solitude. Bonne journée ?  Très! Et toi ? Moi aussi .  Nicolas a téléphoné, il demande si on veut le rejoindre au Club ce soir, on verra, dit-il je viens de rentrer; Le téléphone sonna et il ne bougea pas. Il y avait eu un temps où il bondissait vers le téléphone c'était l'amour ou la fortune ou l'aventure qui l'appelait, mais maintenant c'était Eloise qui décrochait. Elle cria de la chambre c'est pour toi, c'est Jean. C'est toi Gilles? ça vas? Oui dit-il La voix de  Jean était chaleureuse , inquiète, une vrai voix d'ami. Gilles s'émut. Je suis désolé pour ce matin, on en parlera demain dit Jean.Le médecin  était intelligent et cela n'arrangeait rien. Il avait ausculté les poumons de Gilles,écouté son coeur, posé des questions banales avec l'air excédé de l'homme qui ne s'illusionne pas sur ses propres manigances . A présent Gilles était assit en face de lui, dans un grand fauteuil Louis XIII et il le regardait fixement , avec le vague espoir  que cette assurance, cette résolution ne cachait pas une totale impuissance à le guérir. Vous souffrez de cette atonie généralisée qu'on appelle dépression. C'est mental, c'est sexuel etc... Je peux vous envoyer à un psychiatre , si vous voulez, quelques fois ça marche, quelques fois pas. Il alla voir Gilda , elle devait être chez elle , elle était toujours là prête pour les plaisirs des autres, elle était entretenue depuis des années,à quarante huit ans , elle était superbe,elle accueillit Gilles avec milles tendresses et milles reproches, elle revenait des Bahamas, elle avait un nouvel amant  de dix neuf ans avec qui elle jouait mais la soeur lui plaisait bien aussi, au bout de dix minutes, elle s'arrêta, le considéra gravement toi tu nous couve quelque chose ! Je viens de voir un médecin. Toi qu'est ce que tu as ? J'ai le cafard ! Ah une dépression, tu te rappelle  dans quel état j'étais en soixante deux, Gilles écouta donc le récit de la dépression de Gilda qui s'était terminer miraculeusement un beau matin à Capri semblait-il , tu pense que toi c'est pas pareil  et bien tu te trompe, tu te réveilleras un  beau matin gai comme un pinson, comme avant  ou tu  te tirera une balle dans la tête ; elle lui parlait tendrement la main sur son genou, son beau corps incliné vers lui et il s'étonnait de ne pas la désirée il n'avait qu'une idée ,c'était de ne pas bouger, de ne pas se rejeter dans Paris, à la recherche d'un taxi à sept heures du soir, au milieu d'une foule pressée .Lorsqu'il rentra chez lui  il trouva Jean et son ami Marthe  je suis ici parce que Eloise s'inquiétait  elle te savait chez le docteur et n'avait pas de nouvelles depuis quatre  heures, tu es nerveux et fatigué , déprimé comme les neuf dixièmes de la population parisienne. Tu devrais changer d'air Ah, ah le journal va m'offrir une croisière aux Bahamas?  Tu vas en parler au boss? Il riait, riait  à perdre haleine il riait trop, il ne pouvait pas articuler un son..;il gémissait de rire Arrête , disait Jean, arrête Il ne savait  même pas pourquoi il avait ri. Pas plus  qu'il ne savait, à présent pourquoi des larmes chaudes ,douces ,intarissables inondaient son visage.Gilles se repose  chez sa  soeur et son beau frère dans le Limousin à la campagne , il avait décidé de partir , le lendemain de cette pénible journée .Gilles pêchait ou plus exactement il regardait avec nonchalance  Florent . Il va rencontrer Nathalie  une ami que lui présente sa soeur  et il tombe amoureux de cette femme marié ils sont envahies par la passion et décident de vivre ensemble et de revenir sur Paris . Nathalie va laisser tout derrière elle son passé , son enfance, ses amis sa famille Mais les vieux démons de Gilles resurgissent et il traîne à nouveau dans les bars, les clubs après son travail  et Nathalie va être retrouvé dans une chambre d'hôtel et sa tentative de suicide lui sera fatale. 


                                        Inconnue, elle était ma forme préférée,
                                        Celle qui m'enlevait le souci d'être un homme,
                                        Et je la vois et je la perds et je subis
                                        Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide.
                               
                                                                                               Paul Eluard

dimanche 11 septembre 2016

Comme un enfant perdu de Renaud




Je suis né le 11 mai 1952 dans une famille heureuse et dont j'ai longtemps ignoré les secrets , cinquième enfant d'une famille qui allait en compter six, mon père  Olivier  Séchan, écrivain et  professeur d'Allemand , ma mère Solange dévouée aux tâches de la maison, Christine ma sœur aînée maman de substitution quand la première est débordée car il y a  Nelly, Thierry, David mon faux jumeau et Sophie notre souffre douleur que nous traitons de chouchoute et de petite pisseuse. Nous habitons Porte d'Orléans au numéro 6 de l'avenue Paul- Appell dans les immeubles en briques de la ville de Paris ancêtre des HLM à cent mètres de là vivent mes grands parents paternels Louis et Isabelle Séchan, Louis enseigne la poésie grecque à la Sorbonne tandis que sa femme est une illustre pianiste. A partir de la 9ième nous rentrons seul de l'école par la rue du Père-Corentin, ce qui nous permet de faire une longue escale à la boulangerie, c'est en me rappelant ces retours d'école, ces moments de merveilleuses insouciance, d'éternité trompeuse que j'écrirai vingt cinq ans plus tard Mistral gagnant pour ma fille LOLITA. Je me souviens comme si c'était hier du bouleversement de nos parents le soir du 8 février 1962, ils viennent de participer à la manifestation contre l'OAS et pour la paix en Algérie,ils ont été chargés par la police, 8 morts au métro Charonne durant des jours nous les entendons évoquer ce drame.J'ai neuf ans et je prends subitement conscience de ce que signifie l'engagement politique; à la veille de mes dix ans je me range donc résolument à gauche, comme mes parents ma sympathie pour le Partie communiste , il y a d'un côté les bons, les généreux dont nous sommes, et de l'autre les méchants, et parmi les bons il y a mon grand père Oscar Mériaux le père de notre mère il est ajusteur à la veille de sa retraite , il est une force de la nature, large comme une armoire normande, un croissant de lune et une fleur tatoués sur l'épaule, le verbe haut et parlant une langue étrange, dont un mot sur trois m'échappe, c'est qu'il est du Nord , mon grand père Oscar, fils et petit fils de mineur, expédié lui même à la mine à l'âge de 13 ans, puis il est venu à Paris dans les années 70 pour s'embaucher chez  Renault  à Billancourt , il est abonné à l' Humanité ce qui fait de lui à mes yeux une sorte de modèle, de maître à penser, je l'écoute avec passion me raconter ses souvenirs " Gabilot que j'étais" devant ma bouille perplexe il m'explique que les gabilots, c'étaient ces "p'étiots" employer à pousser les wagonnets de charbons dans les boyaux trop étroits  pour les adultes, puis  soldats dans les tranchées en 14-18  revenu entier  par miracle. Par la suite , c'est chez Renault qui se politise et se met à lire Marx, Engels et Lénine. J'admire cet homme dont les mots me touchent , dont la fibre sociale rencontre mon attirance pour les gens simples, ceux qui vivent de peu et ont le sens du partage. Au début des années 80, quelques années après sa mort qui me laissera longtemps orphelin, j'écrirai une chanson à sa mémoire "Oscar il était ch'timi jusqu'au bout des nuages". Mai 68 arrive à point pour moi celle qui va marquer un tournant dans ma vie, à la maison, je suis condamné à prendre tous les repas à la cuisine sous prétexte que je porte les cheveux longs,au lycée Montaigne où je redouble ma 3e après mon exclusion de Gabriel Fauré dès les premières manifestations on me retrouve en tête des cortèges, point levé; je suis à la veille de mes 16 ans et je peux enfin donné libre court à mon ardent désir de changement pour un monde plus ouvert, plus fraternel, plus solidaire. Mon père me laisse accéder à sa machine à écrire et tandis que je tape la chanson d'Evariste, je leur raconte des bribes de ce que je vis à la Sorbonne, et pourquoi nous devons réussir la révolution, d'ailleurs j'ai embarquer au passage  la guitare de ma sœur Nelly sur laquelle je m'essaie parfois à jouer et chanter du Bob Dylan et du Hugues Aufray , ma guitare sur les genoux, un tract retourné pour bloc note, j'écris et je compose ce jour là en une petite heure Crève Salope cette chanson sera reprise dans les lycées occupés et dans plusieurs universités , je l'ai même  chanter à mes parents,quand j'y songe aujourd'hui , un demi siècle plus tard, j'en ai les larmes aux yeux, comment j'ai asséner de telles insultes à mon pauvre père? je le vois pâlir, se décomposer "'c'est ignoble!" Une chanson de petit voyou !Tu me fait honte" grince t-il avant de quitter la pièce, également consterné ma mère lui emboîte  le pas , et moi je me réfugie dans ma révolte pour trouver la force de sourire. Plus je prendrai la décision d'arrêter les études en 2ième, mes parents sont effondrés ," c'est un mauvais choix, mais c'est le tiens tu en assumeras seul les conséquences pour le restant de ta vie".Et pour mon premier travail ,je parvins à me faire embaucher  dans une librairie, c'est d'ailleurs à cette période que j'apprends que mon père à travaillé durant toute la guerre pour Radio Paris, la radio propagande allemande, c'est là qu'il rencontre ma mère qui est secrétaire et lui employé comme traducteur puisqu'il parle allemand couramment , il est en train de divorcer de sa première femme et il a deux enfants Nicolas et Christine, c'est un cousin qui ma traité un jour de fils de collabo et j'ai appris après  qu'il avait été arrêté à la fin de la guerre comme la plupart des employés de Radio Paris il sera retenu une journée et aussitôt blanchi de tout soupçon par le tribunal. J'apprends aussi que mon grand père Oscar fut membre du parti populaire français (PPF), comment l'ancien mineur communiste à 20 ans , de nouveau communiste au soir de sa vie a-t-il pu se retrouver militant d'un parti fasciste sous l'occupation? être condamné à la Libération et emprisonné pendant plusieurs mois, la révélation est si choquante que je n'aborderai jamais le sujet avec ma mère. Je lis, j'écris, je fréquente les cinémas , je prends plaisirs à bavarder avec les clients et consulter les auteurs que j'aime , je me cherche,  le désir de devenir comédien m'amène à m'inscrire au cours d'art dramatique de la grande Tania Balachova il faut croire que je me débrouille pas trop mal  on me proposera des petits rôles dans des télé films. J'ai 18 ans je devrai partir au service militaire, mais j'échappe à la punition grâce à la mort de Nicolas, ce frère que je n'ai pas connu l'Etat considère que  Nicolas est mort pour la France le 7 mai 1944, ce qui donne droit à mon père de dispenser l'un de ses fils au service militaire.C'est à l'été 1971  que je me pointe à Belle Ille en mer avec six potes nous avons louer une maison pour une quinzaine de jours et j'ai pris soin d'emporter ma guitare; un matin en me promenant sur le port je vais rencontrer Patrick Dewaere  je lui ai demandé une cigarette et on discute de politique et bien  sûr  d'amour  je l'invite chez nous. De retour à Paris je retrouve Dewaere qui me présente à sa troupe, un certain Coluche, une fille qui se fait appeler Miou-Miou et il me propose de remplacer un certain Gégé  qui veut partir en Amérique. C'est là que je ferai mes premiers pas sur scène en jouant dans une pièce de Théâtre. Puis j'ai quitté la librairie ,je ne joue plus au café de la gare.J'ai vingt ans je traîne ma guitare sur le dos, comme un enfant perdu je traîne mes sanglots; Michel Pons mon pot va chercher son accordéon, et l'on chante sur les trottoirs du Brassens, Léo Ferré , Bob Dylan, Hugues Aufray ; c'est désormais notre quotidien chanter dans les cours d'immeubles , et le soir aux terrasses des cafés de Montparnasse; j'ai quelques chansons personnelles qui me valent des applaudissements , en tête  desquelles Hexagone,Camarade bourgeois. Et voilà qu'un jour prés du parc Montsouris j'entends qu'on me hèle" Hé Renaud " je me retourne Coluche , il joue tout seul sur scène du nouveau Café de la Gare, rue du Temple avec son "Histoire d'un mec" Au moins quatre cent personnes patientent dans la cour du Café de la Gare en attendant qu'on veuille bien les faire rentrer  et ça nous donne une idée avec mon pot Michel on vient chanter tous les soirs et ça marche, le public rigole, applaudit et nous file trois sous, un jour un type nous aborde, il s'appelle Paul Lederman il est le manager de Coluche et ça lui plaît ce que l'on chante, il nous propose d'intervenir en première partie de son nouveau spectacle à la rentrée.A l'automne 1974 , nous voilà au Café concert à deux pas des Champs Elysées , en première partie de Coluche, on s'appelle les P'tits Loulous et j'apparais  sur scène dans ma tenue habituelle de Gavroche; Michel est appelé au service militaire et je pense arrêter, mais Paul Lederman m'encourage à chanter mes propres chansons avec un guitariste qui remplace Michel. Puis un soir on me propose de faire un disque, j'ai vingt trois ans et je pénètre  pour la première fois dans un studio professionnel, j'enregistre Hexagone, Camarade bourgeois, Société tu m'auras pas et Amoureux de Paname. Automne 1975 je chante tous les soir  à la Pizza du Marais, et c'est là que je vais rencontrer ma femme Dominique et son mari Gérard Lanvin ,ils sont tout les deux comédiens, mais ils sont sur le point de se séparer. Dominique est la première femme que je présente à mes parents . Le succès de Laisse Béton est bien là, je paye mon appartement avec mes droits d'auteur , le troisième album  ; Ma Gonzesse se vend à cinq cent cinquante mille exemplaires . Le 9 août 1980  naîtra ma fille Lolita, Salomé, Floriana c'était la St Amour il faisait beau. Rien ne semble pouvoir entraver un succès, ma vie est sous les projecteurs, je donne des interviews , je fais la une des magazines, je passe en boucle à la radio, on  m'invite à venir chanter sur les plateaux de télévisions, en l'espace de cinq années seulement, j'ai gagné plus d'argent, bien plus d'argent que mon père durant toute sa vie et d'ailleurs après la mort de mon père qu'est ce qui m'a pris un dimanche, d'entrer dans son bureau et d'ouvrir son journal intime et une phrase me saute aux yeux; "Je n'en peux plus le succès de mon fils me tue"; il me semble que mon cœur se glace, mon père que je place si haut,se peut-il que je sois en mesure de lui faire si mal. Le 26 juillet 1985, je m'envole pour Moscou et je serai déçu, car un mouvement protestataire en fond d’hémorragie je n'en termine pas moins le concert, mais je me suis senti angoissé de cette réaction du pouvoir, je me suis senti soulager  en rentrant en France.En 1991 je tourne Germinal et interprète le rôle d'Etienne Lantin eu côté de Depardieu, Miou-Miou , Jean Carmet. En 1997 à Cuba je retrouve la même angoisse douze ans après mon séjour à Moscou, ce n'est pas le peuple qui me fait peur , mais les services secrets les KGbistes sont des assassins. Je m'alcoolise pour calmer ses angoisses et Dominique ne supporte plus cette vie et on décide de se séparer. 1997 à 2002 je fais des cures de désintoxications qui me permettent  de reprendre mon métier de saltimbanque; en 2001 j'enregistre avec la merveilleuse Axelle Red Manhattan Kaboul sur une musique de Jean Pierre Bucolo; j'écris aussi une chanson pour Ingrid Bettancourt qui se trouve aux mains des FARC Colombiens. L'Album Docteur Renaud Mister Renard j' y évoque l'ambiance dont je suis la proie, gentil poète aux merveilleuses chansons d'un côté comme disent mes fans, mais de l'autre grand mélancolique, angoissé et colérique, soignant son mal par l'alcool. Quand sort ce treizième album, j'ai déjà   rencontrer Romane Serda à la deuxième rencontre , nous devenons amants, et je me réconcilie avec l'amour, le bonheur, le désir de reprendre soin de moi et de tourner le dos à l'alcool, je suis amoureux d'elle , j'ai écouté ses chansons, je suis tombé sous le charme de sa voix et j'ai donc décider de produire son premier album; le 5 Août 2005 nous nous sommes mariés à Châteauneuf de Bordette dans la Drôme provençale , notre fils MALONE vient au monde le 14 juillet 2006; nous habitons une belle villa à Meudon avec un grand jardin et une piscine; Romane est enthousiasmée et notre vie se présente sous les meilleurs auspices , si je n'étais pas rattrapé  par ce sentiment  de culpabilité qui m'a fait imaginé que l'on veut m'a peau et me précipite dans une angoisse affreuse et j'ai besoin d'alcool pour ne pas sombrer. Au tournant des années 2010, Romane commence en avoir assez de m'entendre rentrer beurré un soir sur deux; mon couple avec Romane se fracasse sur les mêmes écueils que celui que nous formions avec Dominique;(ma paranoïa, ma peur des Cubains,mon angoisse, que je noie sous des flots d'alcool pour supporter le quotidien". Un après -midi du mois d'Avril 2015 Grand corps malade aparait  soudain, il remonte lentement l'allée en direction de ma maison, sourit, me tend la main chaleureuse comme si rien d'anormal ne se lisait sur mon visage, sur mon corps devenu aussi chenu que celui d'un vieillard, il me demande si je suis d'accord pour faire un slam avec lui; Grand corps malade m'a remis au travail, puis je décide de me faire soigner à force d'entendre mes fans, ma fille Lolita , Dominique d'arrêter de boire, d'arrêter de me détruire; le docteur Hariga me fait admettre à la clinique St Elisabeth de Brouilles .Quand je quitte ces infirmiers et ces médecins extraordinaires , après trois semaines entre leurs murs , je ne bois plus et je suis remis sur pied Toujours Debout comme je l'écrirai quelques jours plus tard dans une chanson. Octobre est là,  nous rejoignons le studio et cette fois je peux commencer à enregistrer j'ai retrouvé un peu d'appétit et j"ai récupérer ma voix.L'assassinat de mes amis de Charlie-Hebdo le 7 janvier 2015, puis deux jours plus tard le massacre d'innocents dans l'épicerie Hyper Cacher m'avait profondément atteint.Dans ce monde en feu et a sang ma petite fille Héloise fille de Lolita et Renan Luce marche dans les rues  sereinement en serrant bien fort la main de son grand père.Eh bien dans les mois qui viennent , je vais m'efforcer de vous rendre le sourire. Eh qui sait? Peut-être même allons-nous pleurer ensemble du bonheur de nous retrouver vivants, et sous le même ciel ? Toujours debout.

lundi 18 juillet 2016

Mitsou de Colette





Mitsou est une jeune femme de vingt quatre ans qui joue à l'Empyrée-Montmartre, elle à l’œil  très grand,  noir comme le cheveu,  point de nez si peu,  la joue ronde,  la bouche étroite,  boudeuse et fraîche , elle est mince, avec la jambe longue et noble, le sein bas et petit. Petite chose sa voisine de music-hall est un bout de femme , ni laide, ni jolie, elle a un incessant et  astucieux tortillement qui défend toute estimation sérieuse, un soir elle demande à Mitsou de cacher dans sa loge deux jeunes sous-lieutenants, car on vas les flanquer dehors et lui coller une amende si on les trouve dans sa loge, car elle n'est pas la vedette , et Mitsou royale lui réponds rien qu'une minute, les voici dans son placard , l'un en uniforme kaki et l'autre en bleu; Mitsou s'en son habilleuse peine à s’agrafer une ceinture, le Bleu sortant du placard "Puis je vous aider Madame? "Ce n'est pas de refus" "Et ... vous êtes contents de vos rôles dans cette Revue Madame ( il parle froidement, mais regarde Mitsou avec feu) La difficulté pour jouer ici, c'est l'âge la direction n'engage pas une seule femme qui ait plus de vingt cinq ans, moi je peux recevoir dans ma loge , c'est sur mon contrat. Les deux hommes doivent partir car ils sont surpris par un ami de Mitsou qui s'indigne de voir qu'elles les cachent dans son placard. Plus tard Mitsou  reçoit de la verrerie et un mot du lieutenant bleu et elle vas demander l'adresse à petite chose pour lui répondre et le remercier. " Monsieur , je ne sais comment vous remercier des jolies choses que vous m'avez envoyez. Si vous me faîtes le plaisir de revenir me voir , vous verrez que vos cristalleries y occupent une place d'honneur. Recevez, Monsieur, l'assurance de mon meilleur souvenir " Mitsou"  Madame, " Vous avez fait de moi un marché de dupe. Dépêcher , vers vous ,le plus modeste, le plus banal bibelots, et recevoir en échange un billet où l'humour, la spontanéité, la grâce parisienne fleurissent ensemble.D'avance je m'en excuse Madame, avec toute la modestie d'un homme qui bien que vous le connaissiez par ses noms et prénoms, s'obstine  à rester l'anonyme et respectueux " Lieutenant Bleu "L'Homme étant repartit pour le front (l'Histoire se passe pendant la guerre  1914'18 ) la tendresse naîve qu'elle montre dans ses lettres enflamme le guerrier si bien qu'à sa permission il se précipite chez Mitsou. Il l'amène dîner, mais le comportement de Mitsou qui n'a aucune éducation et aucune discussion va le désespérer , il ne la désire même pas, il n'a qu'une envie s'en aller, il rêve, il se retranche dans un isolement morne, s'il osait, il jetterait là sa serviette, un billet de banque, allumerait une cigarette et ...adieu. Il entends soudain, avec un soulagement indicible, Mitsou lui demander l'heure, et il triche de cinq minutes Oh déjà il faut que j'aille à l'Empyrée et ma tête qui tourne. Puis à la fin du spectacle , le lieutenant la ramène chez elle en taxi et s'aperçoit qu'il tombe de sommeil, il préfère l'attendre sur le fauteuil pour éviter de s'endormir et dès qu'elle sort de la salle de bains il vas aussi se laver et ainsi ragaillardit il entre dans les draps et fait l'amour sans passion avec Mitsou . Le lendemain Mitsou reçoit une lettre du lieutenant bleu " je ne sais pas quand je reviendrai, encore un aveu et guère plus prudent ,si lasse de moi, avant de m'avoir revu, vous faisiez fête , dans quelques semaines , à un autre lieutenant de bleu vêtu. Mitsou au lieutenant Bleu, " Dans votre milieu on ne dit pas à une femme " Vous êtes le dernière des dernières on lui dit Madame, mes respectueux hommages et pourtant j'avais bien peur de ne jamais vous voir revenir même en lettre..Ne crois pas que je mendie Si tu réponds adieu Mitsou  je ne mourais pas j'ai un petit cœur dur pour qu'on le nourrisse avec un chagrin. Mitsou est une jeune femme de luxe qui n'aime pas plus l'amour que la complication.