samedi 20 décembre 2025

L'abbé Breuil le pape de la Préhistoire de Jacques Arnould





Henri ,Edouard , Prosper Breuil est né à Mortain dans la Manche le 28 février 1877, son père à débuté dans la magistrature à Rouen il fût procureur à Louviers , ce fut lors de son séjour à Pont Audemer qu'il se fiança à sa mère , le mariage fut célébré le 8 décembre en 1874, elle suivit son mari en Normandie; le couple aura encore deux enfants : Michel et Marguerite . Lorsqu'il à l'occasion de raconter son enfance, le préhistorien aime à évoquer ceux qui éveillèrent sa vocation scientifique. Son père Albert Breuil passionné d'entomologie , l'emmène capturer des insectes en particulier des Coléoptères , puis Paul André  le gendre du garde de son grand-père lui même instituteur, l'initie pendant les vacances dans le Soissonais à la géologie, il montre au petit Henri les fossiles de cérithes géantes dont il explique la formation en recourant au récit du Déluge. L'instituteur de Clermont un certain Devimeux  , n'est pas en reste comme exercice de lecture donne au jeune Henri la description de la sépulture néolithique d'Aurignac et de son gisement aurignacien, il ignore qu'une vingtaine d'année plus tard , Henri Breuil fera de ce site un véritable champ de bataille scientifique. A l'âge de dix ans , Henri entre au collège Saint Vincent tenu à Senlis par les frères maristes , dans cette ancienne abbaye fondée au XI siècle, la vie n'est pas toujours facile pour le fragile adolescent ; il ne possède pas la mémoire qui fait les "bons élèves" n'aime pas retenir les noms, les dates , les lieux. ; il préfère suivre Livingstone dans ses expéditions en Afrique qui rapportent les voyages autour du monde, un ouvrage prêté par l'un de ses camarades. Les surveillants l'appellent le "petit vieux" ses condisciples  préfèrent le surnommer l'Ours, la Fouine ou encore l'Ecureuil car il ne cesse jamais de fouiller en récréation, en promenade toujours lancé à la recherche d'insectes , de cailloux et de fossiles. En 1893, il se présente à la première partie du Baccalauréat de lettres à la Sorbonne et à la passer ...sans mention , l'année suivante, il se présente au Baccalauréat  de philosophie. Sa santé fragile ne lui vaut pas seulement être réformé , il est exempté du service militaire et ne sera pas appelé à combattre durant la Première guerre mondiale, elle lui impose une année sabbatique entre juillet 1894 et septembre 1895 . Il prendra des leçons de piano ( sans grand succès) et d'aquarelle ( ce qui lui servira plus tard) , surtout il vit à la campagne, chasse les insectes au printemps , les lapins à l'automne, il s'enfonce dans les buissons et les bois, se lève par les nuits de Lune pour voir les bêtes et écouter les bruits de la nature . Il en profite pour s'interroger sur son avenir. Non , il ne décide pas de devenir prêtre sous l'influence de ses parents, ni pour des  raisons financières ou d'ascension sociale, il se souvient de ses rêves d'enfant bercé par les aventures de Livingstone : il décida de devenir missionnaire, il rejoint la banlieue sud de Paris, à Issy les Moulineaux ; Breuil fait plusieurs rencontres décisives, tout d'abord celle de l'abbé Jean Guibert qui lui ouvre un large champ d'investigation scientifique et lui partage sa perspective apologétique , lorsqu'il découvre chez son élève un véritable intérêt pour les sciences, Guibert le détourne de l'entomologie pour le conduire dans le domaine de la préhistoire. Il demande à Breuil de classer la collection d'outils préhistoriques de l'abbé Delaunay . Le professeur voit  sans doute avec plaisir son élève profiter de ses premières vacances d'été pour rejoindre d'Ault du Mesnil et l'accompagner sur les sites de Saint-Acheul , des Montières et du Champ de Mars d'Abbeville; Saint-Acheul un lieu presque  mythique pour les préhistoriens puisque Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes y a mené des fouilles , il y a amené le Dr Rigollot pour le convertir à l'idée de l'antiquité de l'homme .Les savants anglais l'ont aussi étudié le paléontologue Falconer, le géologue Prestwich , l'archéologue Evans , le géologue Lyell tous ont tenté de répondre à la question : quel homme vivait jadis dans la vallée de la Somme ? D'Ault du Mesnil profite de ces fouilles pour apprendre à Breuil à différencier l'éclat de pierre accidentel de l'outil fabriqué de main d'homme. Mais l'été n'est pas terminé, D'Ault du Mesnil invite son jeune ami à rejoindre Luis Capitan sur le site de Campigny près de Blangy , encore une rencontre mémorable pour Breuil car raconte t'il c'est Capitan qui m'initia à l'étude analytique  des outillages de pierre en attendant de m'associer à ses découvertes de cavernes ornées. La faille demeurait ouverte vaste entonnoir rempli d'argile charbonneuse qu'hérissaient  des pointes aiguës de milliers de silex emmêlés  avec des tessons: on se mettaient les mains en sang; mais la découverte de beaux silex, de fragments de poterie décorée et d'une énorme meule mirent le comble à mon enthousiasme  de néophyte . Guibert a donc vu juste en détournant Breuil des insectes et en l'orientant vers les hommes du passé. Après une deuxième année au séminaire d'Issy les Moulineaux Breuil demande une nouvelle fois conseil à D'Ault du Mesnil afin de préparer ses vacances d'été, son mentor lui conseille cette fois de partir dans le sud ouest de la France afin d'y découvrir les sites de l'âge du renne . Il est accompagné d'un autre séminariste, passionné comme lui de préhistoire, Jean Bouyssonnie un jeune homme originaire de Brive la Gaillarde . Tous les deux visite les cavernes de la vallée de Planchetorte en Corrèze; les grottes des falaises calcaires aux Eyzies en Dordogne, les sites du Pair non Pair en Gironde de Brassempouy dans les Landes , du Mas d'Azil en Ariège enfin de Gargas près de Saint Bertrand de Comminges , une caverne couvertes de douzaines d'empreintes de mains . Cette immersion dans l'âge du renne est aussi l'occasion de nouvelles et décisives rencontres pour Breuil ; celle de Denis Peyrony à l'hôtel de la gare aux Eyzies préfigure de futures et fructueuses collaborations de même que celle d'Edouard Piette sur une invitation de l'Ault du Mesnil le 15 juillet 1897, ce spécialiste des grottes pyrénéennes est en train de fouiller pour la dernière fois la grotte du Pape de Brassempouy , où il a découvert la célèbre Dame, une petite figurine sculptée dans l'ivoire. L'accueil chaleureux  réservé par Piette est à la hauteur de ces impressions bucoliques tout comme se révèle passio
nante la visite du chantier; l'enthousiasme  du jeune homme  apparaît  tellement évident que le vieil avocat ( il est né un demi siècle avant Breuil) l'invite chez lui à Rumigny dans les Ardennes afin de lui faire découvrir sa collection personnelle d'objets préhistoriques. Pour la première fois rapporte t'il de vastes séries paléolithiques supérieures s'offraient à mes regards, les sculptures d'ivoires et de bois  de rennes, les contours découpés des bas reliefs  et les gravures se présentaient à moi comme très matériels et non plus comme des illustrations de livres; l'art quaternaire me conquit ! ce fut le coup de foudre et ma vocation de préhistorien se déclenchait définitive . C'est à Breuil que reviendra le soin à la mort de Piette en 1906 d'installer cette riche collection au musée des antiquités nationales de Saint Germain en Laye, une tâche qui ne pourra achever qu'en 1960. Eté 1901 Breuil à terminé sa première année d'étudiant en sciences naturelles à l'Institut catholique de Paris, afin de préparer ses expéditions estivales, il s'adresse à Edouard Piette celui ci l'initie à fouiller au Mas d'Azil, une vaste grotte situé en amont de la localité ariégeoise qui lui a donné son nom . Il s'agit d'un site remarquable, une véritable curiosité naturelle : un tunnel d'une longueur de 400 mètres et d'une largeur de 50 mètres creusé par l'Arize dans le massif du Plantaurel ; après les mammouths , les ours, les rhinocéros laineux.. et les humains qui l'occupèrent au Magdalénien (entre 15 et 10 000 ans avant notre ère) des chrétiens en firent un lieu de prière au III siècles, des cathares s'y réfugièrent peut-être puis très certainement des protestants au XVII. Les premiers préhistoriens n'ont pas manqué de s'y intéresser  à leur tour : l'Abbé Puech , Edouard Filhol , Félix Garrigou puis Ladevèze, Maury enfin Edouard Piette lui même ont visité le Mas d'Azil . Lorsque en 1901 , je repris les fouilles de Piette, raconte Breuil je découvris quelques modestes gravures dans le couloir obscur et large de la rive droite: un Bison, un Cheval, un profil humain je vis aussi , sans les comprendre , ni penser qu'elles puissent être antiques, des taches rouge vif sur le plafond bas d'une galerie inférieure. En 1912 rendant visite aux mêmes lieux le Conte H Bégouën , son fils Max et moi nous retrouvâmes ces taches rouge . En ce début de septembre, l'instituteur adjoint des Eyzies de Tayac, Denis Peyrony invite Louis Capitan et Henri Breuil à l'accompagner pour visiter une nouvelle grotte celle des Combarelles à moins de trois Kilomètres du village des Eyzies sur le route de Sarlat, Emile Rivière en a commencé l'étude entre 1891 et 1894 et A. Berniche, son propriétaire qui s'est aventuré dans une galerie plus exiguë à cru reconnaître un bestiaire gravé sur la paroi ; c'est lui qui accueille et conduit Peyrony, Capitan et Breuil lorsqu'ils pénétrèrent à leur tour dans la grotte " C'est à la lueur d'une simple bougie, raconte Breuil qu'après 100 mètres de vain et pénible cheminement, nous vîmes surgir la théorie sans fin de la frise gravée sur les deux parois et que ,malgré les gours presque obstruant vers la fin nous pénétrâmes jusqu'à la chatière par laquelle en contrebas , on entends couler le ruisseau . L'accès n'est pas aisé précise Breuil dans une lettre  à Salomon Reinach en février 1903 à condition de se mettre à plat ventre pour ne pas se briser la tête contre les pointes calcites qui hérissent la voûte . Les Combarelles abritent un extraordinaire patrimoine nous étions en présence de figures véritables d'une rigueur d'exécution, d'une sûreté de main étonnante et longtemps recouvertes de concrétions sèches; ce n'était pas quelques images seulement , mais une théorie qui ne finissait pas , de chevaux , d'éléphants, de bisons, de rennes emmêlés souvent les uns dans les autres au point d'en rendre la lecture difficile et cela se continuait toujours aussi bien à droite qu'à gauche de l'étroit boyau surbaissé où courbés presque à quatre pattes nous poussions toujours de l'avant; trois cent gravures au total dont deux cent quatre vingt onze seront déchiffrées . Parmi elles plus d'une centaine de chevaux et près de quarante figures anthropomorphes " Une des plus curieuse montre un homme à tête de mammouth ,d'une longueur insolite, les bras évoquent plutôt les défenses, plus loin une silhouette masculine semble poursuivre une femme, on reconnaît aussi une tête d'homme barbu. Le fait que la facture des types anthropomorphes soit toujours malhabile alors que les représentations animales sont exécutés avec un soin extrêmes , s'expliquerait par la répugnance que l'homme  primitif à se représenter et par la crainte de tomber sous la dépendance magique d'un adversaire. Dans la plupart des cas , peintures et gravures montrent des hommes masqués ou travestis qui incarnent des êtres mystiques associés à des rites culturels inconnus; rares, les images présentant un caractère sexuel se rapportent d'après Breuil au culte de la fécondité. Les Combarelles se révèlent être l'une des plus belles grottes à gravures du Paléolithique supérieur, le jeune préhistorien s'enthousiasme " Hurrah ! "" écrit-il à son ami Jean Bouyssonie en voilà une d'envergure une immense grotte à gravures de plus de trois cent mètres de long et sur plus de la moitié des figures d'animaux gravés, surtout des chevaux mais aussi des antilopes, des rennes, des mammouths, des bouquetins c'est à croire que j'ai rêvé: tomber là dessus, tout bonnement comme on trouve un cailloux sur la route; aussi, ce que nous avons trimé hier: j'ai calqué dix huit bêtes; il y en a de splendides ...J'ai en tout passé dix heures dans la grotte; je suis mort cousue de courbatures, mais content!" Quelle férocité sous la plume d'Adrien Guébhard lorsqu'il s'en prends à " ce jeune abbé Breuil" à qui rien de la préhistoire n'est étranger ! et spéléologue si accompli, peintre si talentueux, qui ne peut sortir d'une caverne sans en rapporter d'admirables dessins !et écrivain si alerte tranchant de tout devant l'Europe en extase qui n'attends que de lui que paroles d'Evangiles et qui encense devant le fin du fin de la science, cette juvénile ardeur à se poser soi même en juge sans appel Paléolithique de tous les mondes. En une dizaines d'années, Henri Breuil est en effet devenu un personnage incontournable, pour ne pas dire l'un des principaux acteurs des sciences préhistoriques française. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat sera signé le 9 décembre 1905 , ces troubles sociaux n'empêche pas Breuil auréolé des découvertes de septembre 1901 et de sa toute récente collaboration avec Emile Carcailhac de devenir contributeur régulier de plusieurs revues spécialisées: l'Anthropologie, la Revue archéologique, la Revue de l'Ecole d'anthropologie ; le ministère de l'Instruction publique et des beaux arts, l'Académie des inscriptions et belles lettres acceptent de subventionner ses recherches. Retour à l'année 1904 et à une autre rencontre plus importante sans doute pour Breuil  celle d'Hugo Obermaier , un prêtre et savant autrichien venu à Paris pour être initié à l'art pariétal; avec lui Breuil accomplit son deuxième voyage en Angleterre afin de travailler sur les collections de l'âge du renne que possède le British Museum . Breuil passe beaucoup de temps dans les collections préhistoriques des musées de Toulouse, de Périgueux, d'Agen ou encore de Saint Germain en Lage  il prépare en effet l'habilitation de l'université de Fribourg et choisit d'étudier la stylisation et la dégénérence dans l'art quaternaire. Le maniement de centaines d'objets la plupart inédits, décorés de traits à première vue inintelligibles l'avait amenés à penser qu'ils n'étaient pas arbitraires: les uns venaient de l'ornementation,   d'incisions utilitaires ayant perdu leur destination d'autres les plus intéressants dérivaient par schématisation, simplification ou complication ornementales de têtes , de corps ou partie de corps d'animaux parfois d'hommes ; Breuil découvre et fait découvrir son incroyable mémoire visuelle et tactile : sa vie durant ,  il n'hésitera jamais à parcourir le monde pour voir , toucher les traces, les signes, les reliques laissés par les hommes de la préhistoire . Au cours d'une excursion en Suisse Breuil fait la connaissance d'un professeur de l'université Jean Brunhes , ce géographe chargé d'enseignement à Fribourg depuis 1896 , conscient des difficultés par le jeune abbé pour faire "son trou" en France lui propose de devenir privat-docent de préhistoire et d'ethnographie à Fribourg. Il s'agit là d'un statue propre à la tradition universitaire germanique , offert à des enseignants qui ont rédigé une habilitation, mais n'ont pas encore de chaire d'enseignement "Je n'y avais aucun traitement, ni indemnité se souvient celui qui sera un jour académicien, c'était déjà beaucoup aux yeux des miens et du monde d'avoir une étiquette comportant une promesse d'avenir .Mrs Deramecourt lui accorde son autorisation de rejoindre Fribourg ainsi que sa bénédiction. Dès son arrivée à Fribourg  Breuil se met au travail pour assurer le cours d'ethnographie, il dit améliorer ses connaissances entre les hommes et la préhistoire et les " sauvages" modernes. Il en profite aussi pour parcourir l'Europe centrale visiter Stuttgart , Ulm et Munich , Innsbruck et Vienne où il travaille avec Obermaier . Il n'oublie pas les territoires de ses premiers travaux la France et l'Espagne. Durant l'été 1906, il étudie la grotte de la Clotilde dans les Asturies, puis au cours de l'hiver suivant celle de la Calbière au-dessus du village de Niaux en Ariège; en 1907 les bisons bruns de la caverne de Bédeilhac, puis les peintures de Calapatà dans la province de Teruel ; il tient toujours à être parmi les premiers à faire les relevés des sites récemment découverts. A propos de celui de la Calbière , il écrit: "Dès le XVII siècle, les baigneurs fréquentant  les eaux d'Ussat sur l'Ariège de l'autre côté de la même montagne venaient avec un guide local visiter cette caverne. En 1866, le jeune Dr Garrigou , l'un des fondateurs de la préhistoire  pyrénéenne la visita, nota sur ses carnets les peintures noires du : Musée comme les habitants appelaient ce qu'aujourd'hui nous nommons le " Salon Noir", personne n'y attachait du reste la moindre importance. En septembre 1906, le Commandant Molard qui distrayait sa retraite à Tarascon et les vacances de ses fils à relever le plan des cavernes souterraines du voisinage aperçut des fresques de Niaux  et en avisa le vieux Dr Garrigou son voisin; tous deux avertirent Emile Cartailhac qui après une première visite, avertit l'abbé Breuil. L'année 1908 avant d'être marqué par la découverte de l'homme de la Chapelle aux  saint par les abbés Bouyssonie donne l'occasion à Breuil d'étudier la grotte du Portel dans l'Ariège et de travailler longuement en Espagne, grâce à l'aide financière d'Albert 1er de Monaco en compagnie d'Hugo Obermaier et de Paul Wernet , il fait visiter au prince venu en bateau à Santander , leurs chantiers de fouilles de Cavalcadas, Altamira et Castillo, les fouilles se poursuivent en 1909 et les années suivantes, sous les mêmes auspices et grâce mêmes aux aides princières : sont alors posées les fondements du futur institut paléontologie humaine. A cette époque remarquent ses familiers de ses collaborateurs, Breuil abandonna le port de la soutane sur le terrain pour lui préférer une tenue plus pratique des knickerbockers  imperméable des bottes lacées auxquelles s'ajoutent parfois des cuissardes, enfin une veste Norfolk aux poches généreuses; il porte volontiers un béret et pas seulement pour accompagner sa tenue ecclésiastique ou parce que le soleil n'est pas trop chaud, pour porter le plus célèbre des couvre-chef français : sous terre, en effet , il peut facilement y mettre du papier journal qui lui sert à protéger sa tête des stalactites ! Si Henri Bégouën a pour prénom celui de Napoléon , c'est probablement en l'honneur à l'empereur homonyme qui en 1808 et pour les services rendus à la marine française anoblit son grand-père, son père passionné de préhistoire était un ami d 'Emile Cartailhac , revenu en France en 1900, il s'installe au château d'Espas, près de Montesquieu-Avantès dans l'Ariège, ses trois fils contractés par le virus de la préhistoire et encouragé par le père décident d'explorer les grottes des environs , ils découvrent dans la grotte d'Enlève un magnifique propulseur en bois de renne datant du Magdalénien , Cartailhac consulté authentifie la découverte, mais le propriétaire du site interdit 'accès aux trois préhistoriens en herbe. Au début de l'été 1912, les jeunes gens décident d'explorer la résurgence du Volp , une rivière à quelques centaines de mètres du château familial; ils construisent une frêle embarcation à l'aide de caisses et de bidons de pétrole et puis entament un parcours de deux kilomètres sous terre, le 2 juillet ils atteignent de vastes galeries, ils s'obstinent et empruntent un couloir ascendant. Enfin le 10 octobre Max décide de briser une draperie de stalagmites, puis un étroit passage, il pénètre dans un vaste couloir il est le premier à y pénétrer depuis l'âge du renne, sans attendre, dans l'après-midi, les trois frères accompagnés de François Camel entreprennent l'exploration des salles et découvrent deux bisons d'argile, leur père s'empresse d'envoyer un télégramme à Cartailhac alors à Genève et à l'abbé Breuil " Vous avez tort, les Magdaléniens modelaient aussi l'argile. Amitiés Bégouën "Cartailhac répond : "J'arrive" Breuil arrive aussi. Mais l'histoire du Conte Bégouën désormais surnommé " le maître du Volp" et de ses trois fils ne s'arrête pas là. La grande Guerre a appelé sous les drapeaux les trois frères: d'abord Max et Jacques, puis une fois ses études achevées  Louis ; en juillet 1916, ils profitent d'une permission militaire pour se retrouver à Montesquieu , auprès de leur père; pour ce divertir des souvenirs du front, du choc des combats, ils décident de renouer, durant quelques jours, avec le charme de l'exploration souterraine . On leur signale un trou souffleur sur le plateau, c'est à dire un orifice d'où sort un courant d'air et décident de l'explorer se munissent de cordes et prient leur père de garder l'entrée , avant de s'enfoncer dans le sol; plusieurs heures s'écoulent, le Conte s'impatiente, commence même à s'inquiéter jusqu'au moment où , il voit ses trois fils accourir à lui sur le plateau descendu par le plafond percé d'une étroite galerie, ils ont pu en rejoindre une autre et, grâce à elle déboucher dans la grotte sèche d'Enlève ; non sans avoir repéré, au cours de leur périple un vaste complexe de galerie et de salles inconnues jusqu'alors, décorées de splendides gravures et de quelques peintures.
Cette caverne prend rapidement le nom, fort justement méritée des 
"Trois Frères" Breuil , alerté et invité par le Conte Bégouën se charge d'en relever les figures, de les déchiffrer, d'en établir la chronologie, il estimera plus tard d'y avoir passé dix mois entiers de sa vie , répartie sur dix années. Breuil est notamment fasciné par une étrange représentation appelé "Sorcier" sa dimension est de 0m75 et 0m 50  de large, vue de face cette tête a des yeux ronds pupillés entre lesquels descend la ligne nasale se terminant par un petit arceau, les oreilles dressées sont celles d'un Cerf, il n'a pas de bouche mais une très longue barbe striée tombant sur la poitrine, les avants bras sont relevés et joints horizontalement se terminant par deux mains juxtaposés , à doigts courts et tendus, leur couleur est délavée presque disparu, une large bande noire cerne tout le corps , amincissant à l'ensellure lombaire et s'étendant aux membres inférieurs fléchis, les pieds, les orteils compris , sont assez soignés et marque un mouvement analogue à celui de la danse du "Cakewalk" le sexe mâle accentué non érigé est rejeté en arrière , mais bien développé inséré sous une queue abondante (Loup ou Cheval) à petite houppe terminale. Telle est évidement la figure que les Magdaléniens considéraient comme la plus importante de la caverne et qui nous paraît , à la réflexion celle de l'Esprit régissant la multiplication du gibier et les expéditions de chasse . Personne ne reste longtemps indifférent  à cet étrange personnage qui fixe de ses yeux d'oiseaux de nuit celui qui ose percer les ténèbres qui l'ont protégé durant quinze mille ans.
En 1955 Breuil doit renoncer a participer au troisième congrès panafricain présidé les deux premières manifestations du même genre, se contente d'envoyer le texte de son discours de président sortant : " Mon âge, malgré mon excellente santé et ma santé saine et active, m'oblige  à renoncer à être des vôtres, comme vos collègues d'Alger. Si je n'ai pas renoncé au travail de réaction et même au travail modéré sur le terrain, je dois éviter les journées fatigantes de séances et d'excursions collectives. Si l'adieu à la grottes des Trois Frères n'est pas le dernier, Breuil voit en revanche des proches, des familiers disparaître ; le Conte Bégouën meurt en 1956, en 1954 disparaissent ses deux compagnons de Lascaux : Denis Peyrony et Fernand Windels en 1955 il perd son frère Michel et son ami Pierre Teilhard de Chardin , sans doute est ce pour cela qu'à la fin de  la même année il écrit à sa cousine Marie Bottet " Je termine ma course, je l'ai gagné, j'ai gardé ma foi, j'ai réalisé l'œuvre qui m'avait été confiée, réalisable avec les forces et dans le temps dont je disposais. Le 14 août 1961, l'abbé Breuil est parti, ses obsèques sont célébrées le surlendemain à la cathédrale de Soissons: l'évêque demande à honorer ainsi, le chanoine Henri Breuil. Il marque pour la préhistoire en France, la fin d'un règne et, sans doute le début d'une nouvelle ère. " Je suis de ceux qui peuvent dire qu'ils ont eu de la chance, que tout leur a réussi dans la vie qu'ils s'étaient proposée. Toujours à chaque moment propice, j'ai eu l'aide, l'ami, le collaborateur, l'appui qu'il me fallait , Henri Breuil "  



 
 

jeudi 20 novembre 2025

Bernard Werber La Voix de l'arbre






 Rose et Aymeric s'enfoncent dans les profondeurs de la forêt de Ciron au coeur des Landes à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux. Rose pinson vingt trois ans, de petite taille, cheveux châtains , yeux en amande couleur noisette , avance sur le sentier forestier, chaussures de randonnées à semelles épaisses aux pieds. Elle est vêtue d'un jean et d'un tee-shirt blanc orné des mots " Sauvez les Baleines" au -dessus d'un cétacé qui bondit au-dessus des vagues. Devant elle, ouvrant la marche, se trouve Aymeric Monestier, vingt neuf ans; c'est un grand jeune homme blond et barbu, aux yeux bleus et à la mèche rebelle, il porte un short et un tee-shirt vert sur lequel est inscrit en lettres capitales : " POUR Q'UN ECOLOGISTE SOIT ELU PRESIDENT IL FAUDRAIT QUE LES ARBRES VOTENT " Les deux randonneurs fendent les fougères, mais s'écorchent les mains et les jambes dans les ronces et les chardons autour d'eux, alors que le soleil devient orange, les merles lancent leurs mélodies. J'en ai marre, je veux rentrer dit-elle ! Tu ne trouve pas que ce coin est splendide ? La forêt du Ciron est la plus ancienne de France. Ils continuent d'avancer le long de la rivière Ciron, sous un épais plafond de verdure qui ombrage les rives . Allez s'il te plaît rentrons insiste t'elle .Tu vas voir, c'est exceptionnel , personne ne peut rester insensible à ce que je vais te montrer. Enfin , après quelques minutes de marche dans ce chaos végétal, Aymeric s'arrête à l'orée d'une clairière au centre de laquelle trône un seul arbre. Voilà ! c'est lui déclare t'il  sur un ton plein de respect . Rose fixe l'arbre du regard, puis , son compagnon et lâche : Ne me dis pas que c'est pour voir "ça" que tu m'a fait venir ? " çà" n'est pas n'importe quel arbre ! Ce grand végétal est un chêne pédonculé. Il a échappé au repérage parce qu'il a poussé dans un vallonnement ce qui le rend peu visible avec toutes ces broussailles  denses aux alentours, aux randonneurs amateurs. Bon d'accord c'est très jolie admet t-elle, elle recule pour prendre une photo, puis elle saisit l'épaule d'Aymeric se colle à lui et prend la pose pour un selfie avec le chêne en arrière plan. C'est un vrai monument végétal, je l'ai fait mesurer par les forestiers 23,5 mètres de haut, soit l'équivalent d'un immeuble de trois étages, il a une envergure de trente mètres; quand à son  tronc, il faut au moins cinq hommes qui se tiennent par les mains pour en faire le tour. Les forestiers ont sectionné l'une de ses plus  grosses branches  pour pouvoir compter précisément les cernes. Chaque cernes correspond à une année, ils en ont dénombré milles deux cent vingt sept ; ce chêne a donc milles deux cent vingt sept ans ! Tu imagines ce qu'a vécu cet arbre ? Il a été contemporain des derniers cultes païens qui ont peut être perduré par ici, il a pu côtoyer l'empereur Charlemagne, les hordes d'envahisseurs vikings, les premiers pèlerins de Compostelle . Je me fiche de ton chêne "pédonculé" et je me fiche de ce qui s'est passé ici il y a milles ans; en revanche je veux bien laisser sur son écorce un souvenir de notre amour présent. Rose prends ses chefs , choisis celle de l'extrémité la plus pointue et commence à graver un coeur en enfonçant profondément la pointe métallique dans le tronc, de la sève coule transparente, on dirait une larme dit Aymeric, c'est seulement de la sève de toute façon ton arbre ne peut pas souffrir c'est un végétal, il n'a pas de système nerveux. Arrête ça s'il te plaît ! Qu'est ce que tu peux être rabat joie! tu m'exaspère et au lieu de t'admirer, j'ai juste envie de te tuer ! au même moment elle perçoit un bruit provenant de sa droite, elle tourne la tête: deux randonneurs au loin regardent dans sa direction et la dévisagent interloqués, elle ramasse une pierre et la jette vers eux. Tous deux éclatent de rire ; puis Aymeric propose à Rose de monter dans l'arbre car il a repéré une sorte de plate forme aux croisement de deux branches, tu veux que nous fassions l'amour en hauteur, la jeune randonneuse lui caresse la joue et si on tombait, c'est haut dis donc !Mais je n'aime pas être ici et j'aime encore moins cet arbre, je te propose de quitter cet endroit sinistre pour une chambre confortable avec un lit moelleux. A peine Rose a t'elle terminé sa phrase qu'un craquement sec se fait entendre au-dessus d'eux . La jeune femme lève la tête tout semble alors se passer au ralenti ; une énorme branche a cassé et tombe; l'extrémité la plus grosse et la plus lourde percute le crâne d'Aymeric dans un bruit sourd de noix de coco brisée. le sang gicle, il écarte les yeux de surprise, puis s'effondre. Le sourire de Rose se fige, sa bouche s'ouvre aucun son n'en sort, pendant quelques secondes, elle reste en état de sidération, immobile, les pupilles élargies, incapable de bouger, quand elle arrive enfin à reprendre sa respiration, les oiseaux s'envolent au hurlement qu'elle pousse ; un cri d'animal, déchirant, son souffle devient plus court et elle commence à tousser, vite son  spray bronchodilatateur , elle le presse contre sa bouche , vide. Elle sort son smartphone de sa poche et compose fébrilement le numéro des pompiers. Personne ne réponds, Rose se met alors à suffoquer , elle s'effondre au sol juste au pied de l'arbre et perd connaissance. La jeune femme aux cheveux châtains est étendu sur un lit; des électrodes collées sur son torse, un tuyau transparent double embout lui entre dans les narines pour l'aider à respirer. Pouvez vous me dire ce qui s'est passé exactement ? Le médecin sort son smartphone  de sa poche et relit le compte rendu d'hospitalisation avec attention et déclare : votre fille a eu un problème respiratoire et s'est évanouie  dans un endroit isolé de la forêt de Ciron , deux randonneurs l'ont trouvé et ont pu contacter les pompiers. Vous êtes là .... dit elle d'une voix pâteuse, ma chérie comment vas tu ? lui demande son père en lui prenant la main. Rose fronce les sourcils; des images s'imposent à elle, comme par flash, la forêt , le chêne, Aymeric ...La branche , Aymeric ....C'est à ce moment  qu'on frappe à la porte de la chambre, deux hommes entrent l'un est en uniforme, l'autre en veste en daim, gendarmerie nationale, lieutenant Giacometti :Etes-vous en état de répondre à quelques questions mademoiselle ? C'est à propos de la mort d'Aymeric Monestier , m'autorisez vous à enregistrer notre entretien mademoiselle Pinson ? Rose acquiesce de la tête. Veuillez décliner votre identité, votre âge et votre profession s'il vous plaît : J'ai vingt trois ans et je suis  étudiante en informatique à l'université de Bordeaux. Quelle est votre spécialité ? Actuellement, je rédige un mémoire sur le décryptage  du langage des baleines. Quel était votre lien avec la victime ? Rose sent son coeur s'emballer, Aymeric est ...était mon fiancé. Depuis combien de temps? Six mois . Vous vous êtes disputés? Ce n'était pas vraiment une dispute, nous avons échangés , des points de vue différents; nous venions de nous embrasser au moment ou l'accident s'est produit. Aymeric avait deux 
 passions les promenades en forêt et l'escalade notamment des arbres. Elle avait toujours refusé de le suivre dans ses escapades, à cause se son asthme et puis un jour pour lui faire plaisir, elle avait accepter de faire cette promenade dans la forêt de Ciron. Elle regarde la photo d'Aymeric posée sur le chevalet, le temps de silence achevé, les employés des pompes funèbres descendent le cercueil dans la fosse, l'émotion est sur le point de submerger Rose, sa respiration se fait plus saccadée, elle attrape la Ventoline dans la poche de sa veste et en aspire une bouffée; elle se concentre pour ne pas éclater en sanglot avant de se présenter devant les Monestiers. Au-dessus de son lit trône la photo poster d'une baleine sautant au-dessus d'une vague, sur une commode est posé un grand aquarium rempli d'une trentaine de poissons cichlidés aux couleurs chatoyantes, ces poissons réputés parmi les plus sociaux et les plus intelligents viennent parfois contre la vitre, comme s'ils s'intéressaient à ce que Rose accomplit. Elle leur adresse un petit salut de la main, elle aime les observer, notamment lorsqu'ils ont peur: Les mères cichlidés cachent leurs enfants dans leurs bouches et les recrachent lorsque la menace est passée. Allongée les yeux grands ouverts , Rose n'arrive pas à trouver le sommeil, elle soupire bruyamment et retourne se coucher et enfin elle parvient à s'endormir et rêve, elle se retrouve dans la forêt du Ciron, soudain l'arbre géant amputé de sa branche, et qui saigne de la sève, lui envoie une intention qu'elle perçoit clairement et qui se résume à une phrase " Il faut que nous nous parlions " Au réveil , Rose est en sueur, tout son corps est moite, elle se souvient parfaitement de son rêve et de la phrase que le chêne géant lui a transmise " Il faut que nous nous parlions "Est ce que je deviens folle? Ce doit être le traumatisme de la mort d'Aymeric qui continue à me hanter. Il faut que j'en ai le coeur net, elle enfile ses chaussures descends au rez de chaussée, prends son vélo tout terrain; le jour se lève à peine quand elle atteint le forêt du Ciron, Rose retrouve sans trop de difficulté le chêne pédonculé et se plante devant lui. Tu m'as demandé de venir pour parler, je suis là, je t'écoute, que voulais tu me dire ? Un courant d'air au sommet de l'arbre produit un bruissement dans les feuillages. C'est tout ce que tu as  à me dire ? De nouveau , le vent secoue les branchages et le frottement des feuilles fait une sorte de crissement. Ok maintenant , c'est à toi de m'écouter. Tu as beau mesurer vingt trois mètres de haut et être âgé de deux cent vingt sept ans tu ne m'impressionne pas tu m'entends ! Tu as tué l 'homme que j'aimais et si je peux communiquer avec toi ;c'est surtout pour re dire que jamais je ne te pardonnerai. Elle prends alors ses clefs et au lieu de terminer le coeur qu'elle a commencé , elle le transforme en tête de mort . Rose consulte son ordinateur et sur la barre de recherche : les arbres peuvent ils avoir une forme de conscience ? Au fil de ces lectures elle remarque un article d'un jeune professeur botanique qui étudie comment les arbres communiquent entre eux. Il se nomme Sylvain Wells et enseigne à l'université de Bordeaux. En quelques clics bien ajusté elle réussit à accéder à l'agenda des conférences. L'université n'est plus qu'à quelques centaines de mètres Arrivée dans la salle cours, une vingtaine d'étudiants s'installent. Le professeur Wells entre ; l'homme est chauve, d'une trentaine d'années un mètre quatre vingt, lunettes à montures en bois. Le professeur note au tableau : Sensibilité Végétale, avant de poursuivre, j'ai une question à poser . Est ce que vous avez déjà essayer de parler à une plante ? A votre géranium, votre rhododendron , pétunia ? La question surprend mais personne ne réagit, la seule à lever la main est Rose, je vous écoute mademoiselle . Ce matin, j'ai essayer de parler à un chêne pédonculé . Et vous avez réussit ? Non . Il inscrit un nouveau titre au tableau : Expérience de Cleve Backster . C'était un criminologue américain travaillant pour la CIA dans les années 1960 . Un beau jour de septembre 1961 Cleve Backster eut l'idée d'utiliser son détenteur de mensonge pour interroger non plus un humain mais ...la plante grasse de son balcon. Il mit les capteurs sur la tige, quand il l'arrosa, il constata que le bras du polygraphe réagissait en produisant des hachures serrées et plus hautes. Le professeur soulève la grande bâche, révélant des appareils électriques et des plantes en pots. Les vingt étudiants s'avancent, Rose est de plus en plus intriguée. Sylvain Wells branche les fils et allume les appareils, puis il saisit une bouteille d'eau et arrose la terre au pied du dragonnier, le bras mécanique s'agite produisant des stries qui défilent dont les plus hautes touchent la ligne des 33% . A la fin du cours , Rose l'interpelle : Excusez moi monsieur , puis je vous parlez Je ne suis pas étudiante en botanique, je suis venue par curiosité , mais j'ai été passionné par tout ce que vous avez raconté ; pourriez vous m'aider à communiquer avec ce chêne pédonculé dont je vous ai parlé? Pourrait -on par exemple utiliser votre galvanomètre; Sylvain Wells ne semble pas particulièrement enthousiaste , ce sujet était au coeur de votre cours aujourd'hui , mais vous pouvez aller beaucoup plus loin. Certes , mais ces temps ci , j'ai trop d'articles scientifiques à terminer ; déjà Sylvain Wells lui tourne le dos et quitte la salle. Mais un imprévu vas tout changé, le lieutenant tend à Olivier le mandat d'arrêt de Rose car elle est soupçonnée d'avoir tué Aymeric. Mais elle s'enfuit sur son vélo et se réfugie dans la forêt et s'endort au pied du chêne pédonculé. Tout le monde s'inquiète, mais elle n'a qu'une idée en tête communiquer avec ce chêne qu'elle à nommer Yggdrasil . Pour cela Rose finit par trouver l'adresse personnelle de Sylvain Wells sur l'application de géolocalisation et repère la maison du botaniste. La cloche rouillée retentit dans un bruit de ferraille, une fenêtre s'ouvre à l'étage, le professeur Wells apparaît en pyjama; qui me dérange si tôt? Il reconnaît Rose encore vous ?  Veuillez m'excuser , mais je viens vous voir pour que nous discutions du projet de machine à traduire le langage humain en langage arbre ; il referme la fenêtre avec rage . Rose reste immobile devant la porte, Wells est sa seule possibilité de réussir, sans lui c'est la prison assurée. Sylvain va finir par  céder devant l'obstination de Rose et, surtout en apprenant qu'elle sera en prison si elle ne prouve pas son innocence. Sylvain photographie les appareils branchés , demande à Rose de posé à côté, puis prend des selfies d'eux devant le chêne et devant l'Arprophone . Ensuite il termine les derniers réglages du détecteur de champ magnétique et fixe la longueur d'onde sur 1,618 Hz, puis il branche le polygraphe, le micro et le haut parleur. Rose dit bonjour ! sur la ligne graphique tracé par le bras  encré du polygraphe apparaît une oscillation qui signifie que sa phrase en langage humain a été traduite et transformée en émissions de signaux électromagnétiques sur la fréquence de 1,618 H2 censée être compréhensible en langage arbre : pas de réponse ; essaie encore l'encourage le botaniste. Me comprends tu ?  Oui ou Non ? questionne t'elle  en articulant nettement , soudain le bras du polygraphe ondule, une voix masculine résonne dans le haut parleur : Oui ! Rose sent une émotion l'envahir çà y est , il a parlé !  L'Arbrophone marche ! Les deux pleurent de joie en se serrant dans les bras. Nous avons réussi...Rose  lui pose une autre question : Sait tu ce que sont les humains ?  Vous ... êtes... des êtres qui ...bougent tout le temps ; Rose est ravi , enfin il s'exprime . je te reconnais, j'ai déjà parlé avec toi, mais ce n'étais pas comme ça , c'était directement dans ton esprit. Il m'a reconnue, Sylvain est lui aussi impressionné . Pourquoi voulais tu que  nous communiquions toi et moi ?  Il ne faut pas que vous nous coupiez . Comment le sais tu ? Je ne suis pas le seul à percevoir vos pensées, nous sommes attentifs à ce que vous pensez et à ce que vous faites. Moi je suis avec vous et je veux vous protéger, dès la première fois ou tu es venue près de moi, j'ai senti chez toi quelques chose de différent; c'est pour cela que j'ai souhaité ce dialogue entre toi et moi Tu es la première de ton espèce qui peut nous "percevoir" Alors c'était çà , il m'a choisie il faut que j'en ai le coeur net . Sylvain est subjugué , Rose poursuit : As tu tué l'homme qui était avec moi lors de cette première rencontre entre nous ? Oui ! Pourquoi ? Il voulait nous détruire . As tu fait exprès de faire tomber cette branche sur lui ? Oui ! Pourquoi ? C'était nécessaire pour préserver les miens c'est lui qui dirigeait le département "prévention des contaminations" de la société de son père et c'est lui qui sélectionnait  les parcelles à raser ...Rose n'en croit pas ses oreilles  Yggdrasil vient de fournir le témoignage qui peut l'innocenter. 

Les premiers arbres sont apparus il y a 385 millions d'années . appelés Archaeopteris , ils ressemblaient à des fougères géantes mais avec un tronc et des ramifications comme ceux des conifères. Ils pouvaient mesurer jusqu'à  trente ou quarante mètres de haut. Ces arbres primitifs ont composés les premières forêts et ont complètement modifiés l'atmosphère terrestre en capturant le gaz carbonique et en produisant de l'oxygène. Cette propriété de l'air qui a permis l'émergence de nouvelles formes de vies et notamment d'animaux pourvus de poumons, capable de respirer précisément ce précieux oxygène. Comme sur la peau de l'être humain, une blessure sur l'écorce d'un arbre devient la porte d'entrée pour les maladies notamment les champignons qui grignotent le bois sans que les dommages soit visibles de l'extérieur. Mais l'écorce n'a pas le pouvoir de cicatriser ses plaies dans les minutes qui suivent le coup, comme notre peau ; l'arbre réagit en fabriquant un bourrelet cicatriciel , mais cela prend du temps parfois plusieurs mois, durant lesquels le végétal reste sans défense . L'une des manières de sauver, l'arbre consiste donc à déposer sur la zone accidentée un pansement constitué d'une couche artificielle de protection; nos ancêtres ont ainsi utilisé pendant longtemps un mélange d'argile et de bouse de vache. Le concept de sylvothérapie a été popularisé après que le ministère japonais  de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche l'a inscrit comme méthode de psychothérapie sous le terme de Shirin-Yoka ( littéralement bain de forêt) Il s'agissait d'initier les habitants stressés à se promener en forêt pour se détendre et soigner leurs angoisses . Le premier effet que produit la forêt est visuel, le fait de voir des arbres et de baigner dans toutes les nuances de vert des feuilles, calme le promeneur. Le second effet est olfactif , l'air des forêts est rempli de phytoncides  libéré par les arbres ; ces composés organiques volatils riche en alcaloïdes et en terpènes ont des vertus antimicrobiennes et simulatrices du système immunitaire. Lorsqu'ils sont ingérés dans le corps humain, ils font baisser le taux de cortisol et ralentissent les battements cardiaques. En 2009, le gouvernement sud-coréen a décrété que la forêt de Saneum était officiellement un lieu de guérison, il y a désormais trente deux forêts classées " forêts de guérison" dans ce pays. En 2021 , la forêt d'Hostens, en Gironde , dans le sud-ouest de la France, a été labellisée comme lieu de sylvothérapie . En 2022, une étude publié par Simone Kühn , de l'institut Max Planck, en Allemagne, a montré qu'après une heure de promenade en forêt l'activité des zones du cerveau liées au stress diminuait. 

lundi 22 septembre 2025

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 Ma mère avait les dents fragiles, mauvaise alimentation pendant la guerre, mais elle était très belle et de fait cette fragilité timide s'ajoutait une distance, un charme mystérieux qu'elle a toujours gardé. Le 6 août 1962 Micheline aller accoucher d'une fille puisqu'elle avait déjà un garçon Francis né en 1957, un jour avant le retour de mon père de la guerre d'Algérie . Elle désirait une fille qu'elle prénommerait Brigitte et aurait tout pour que Michou ( ma mère ) puisse jouer à la poupée et tisser au fil du temps un lien de complicité féminine, celui sans doute qu'elle connaissait avec mémé Louise, sa mère. Dans la chaleur du taxi bleu ciel de banlieue qui nous emmenaient  à l'hôpital de Longjumeau , une chanson passait à la radio , ma mère se tenait le ventre  pour éviter d'accoucher sur la banquette arrière; le temps d'arriver dans la salle d'accouchement et pouf j'arrivai comme une lettre à la poste , ce qui tombait bien car Lucien ( Lulu) son époux, mon père, le communiste travaillait aux PTT (Petit Travail Tranquille ) disait-on , ou (Paye Ta Tournée ) Mais là, stupéfaction, la sage femme annonça " C'est un beau garçon!" Folle de rage contre la vie, le ciel et Dieu , ma mère eut du chagrin. pendant plusieurs jours , elle ne voulait ni me voir ni me regarder, ni me reconnaître. C'est ainsi que ma vie commença, par quelques jours d'abandon et de solitude, d'autant que pour mettre un peu de piment à tout çà j'étais entre la vie et la mort, j'étais atteint d'une bronchopneumonie double et d'asthme j'étais donc en standby en couveuse, avec un panaris. Quand les choses eurent pris leur place, nous étions quatre, mon père, ma mère, mon frère et moi plus la chatte Mistouflette et nous avons eus des bons moments . C'était le temps de l'idéal , la banlieue, les années soixante; communiste par notre père et catholique par notre mère nous avons bénéficié , Francis et moi d'une éducation plutôt contrastée. La vie était bohême, avec des grosses galères en fin de mois. Le programme de ma famille était simple, on n'a pas beaucoup, on se serre la ceinture, on passe l'année et en juillet colo, puis en août Douelle dans le lot, le camping sauvage. C'était la vie des travailleurs convaincus de bâtir un avenir meilleur, faucille et marteau en têtes d'affiche. La révolution, la grande aventure collective : Aragon, Jean Mouline et Angèle Grosvalet dont la photo à dix sept ans figurait dans le livre de la Résistance que tout bon militant possédait; c'était notre atlas , notre dictionnaire, notre bible; maman elle avait ces livres de prières. Nous avons vécus là, dans cette couronne de banlieue, la grande, près des champs de pommes de terre et des avions qui décollent. La rue des Acacias , dans le petit pavillon jouxtant celui de nos grands-parents paternels pépé Riton et mémé Malou; c'est là que mes années seraient les plus belles, tout me paraissait grand, féerique 21 et 22" rue des Acacias, mes parents avaient mis toutes leurs économies, avec un emprunt de vingt ans sur le dos . Ma fenêtre comme celle de Francis que j'appelais Titi depuis toujours donnait sur la pelouse et le cerisier; le plus magique c'était la nuit, je laissais ma fenêtre ouverte à l'espagnolette et les volets idem, j'écoutais les avions atterrir et décoller. Parmi les avions , ma préférence allait à la Caravelle dont mon grand-père Henry vantait les mérites " Ce sont les avions les plus sûrs disait-il "Je savais qu'elle revenaient d'Algérie ces Caravelles car elles ramenaient ma tante Denise lumineusement belle, mystérieuse de ce pays plein d'exotisme. J'allais grandir là, dans cette rue , dans cette banlieue campagne. J'irais à l'école Lafontaine , chez Mme Bellassene . J'irais à la cantine me réfugier dans le parfum si chaud des gros seins de mémé Malou qui y travaillait. J'étais très attiré par les filles ; ma mère , mes grands-mères ma tante, ma nourrice, ma maîtresse, les dames de la cantine. Mon père était très sympathique, éclatant, racé, il avait le chic pour rendre les choses importantes. Il était ressorti de l'Algérie communiste, cégétiste, et travailleur aux PTT. A l'époque, après l'Algérie et avant 68, le travail pour un communiste d'une vingtaine d'année avec deux enfants et une femme ravissante compte moins bien que la cause. La cause, les idées, celles qui , dans les rêves de mon père, allaient changer ce monde à la suite d'un tremblement idéologique. Il était beau, parfait, brun, petite coupe, petite moustache, assez grand, portant bien le sens de l'humour et celui de raconter les histoires. Il était drôle et autoritaire, créatif et aventurier, il nous embarquais dans la grande aventure de la vie et on allait le suivre, les yeux fermés, on était bien . " C'étais drôle, tu partais pour ton travail et comme tu cumulais jusqu'à mélanger les PTT, la politique et les activités syndicales, tu nous intriguais et tu nous parlais de la vie à grande échelle pas celle du quotidien, celles des grandes décisions qui allaient se prendre, celles des grands combats qu'il faudrait mener pour en finir avec la droite; tu nous racontais ta vie, elle se confondait avec l'histoire du pays et du monde " Tu as commencé par tes désirs que l'existence avait laissés sur le carreau, le jazz laissé pour compte pour cause d'études, tu te voyais  faire médecine, puis tes études foutues par terre pour cause de guerre et un mouflet. et tu pars en Algérie, contre tes idées qui commencent à mûrir. Te voilà en kaki sous les drapeaux, dans un pays auquel tu ne veux aucun mal et tu te retrouve infirmier. tu vas côtoyer la souffrance des hommes, la solitude, l'injustice, toi gamin de la Seconde Guerre à peine adulte, tu es soudain au coeur de l'enfer, à soigner des hommes blessés ou à les recouvrir d'un drap maculé de sang quand il est trop tard .Tu n'es pas sur le champ de bataille, mais tu recueille chaque jour ceux qui y sont tombés. Tu te laisse pousser la barbe, tu soigne, tu apprends les hommes dans leur complexité et tu es en colère , mais au fond de toi tu garde espoir, tu crois en l'humanité. Ta barbe pousse et tes idées font leur chemin. Les Algériens dont tu t'occupe à l'hôpital ont des infections oculaires, tu aide comme tu peux; ils te considèrent comme différent des autres, tu t'occupe d'eux, de leur courrier, parfois tu écris pour ceux qui ne peuvent plus. Les Algériens t'aiment bien, et tu aime bien les Algériens, tu ne comprends pas cette guerre , elle est contre nature et génère que souffrance. Ils aiment ta barbe, ils te font confiance, ils t'appellent " Boulhaya" " Le Barbu" un jour tu écris une lettre pour un prisonnier qui a été torturé, tu te fait attraper avec le courrier et tu es interrogé, quels sont tes liens avec les Arabes ? Tu explique la vérité et ton interrogatoire dure des jours; tu seras envoyé sur le terrain éclaireur de pointe de ta section . Te voilà donc devant à un kilomètre des autres, tu crapahutes , c'est toi qui signale si la voie est libre ou pas. Tu te rase, tu te lave avec ce que tu trouve, comme tu peux pour ne pas sombrer. Tu as vu ceux qui se sont laissé aller, ils sont tombés sous les balles ou ont été fait prisonniers et retrouvés morts , les couilles dans la bouche. Tous les jours, ça recommence, tu te rase, tu avance et tu communique avec ton chef , tu combat malgré toi. Les conditions météo et politiques durcissent sérieusement; tu déteste de Gaulle et l'empire colonial. Et puis un jour, tu rejoins ta section après une longue marche vous êtes installés sous des arbres près d'un cours d'eau, la nuit tombe. Tes camarades et toi, à tour de rôle allez dormir et prendre le quart. Soudain , le cauchemar vous êtes attaqués par les fellaghas, coups de feu, de couteaux, égorgement et cris de stupeur, puis plus un bruit, quelques mots en arabe; toi tu fais le mort, tu réduis ta respiration au maximum, tout à coup, un homme te saisit, te retourne et pose le canon de son fusil sur ton front et tu reconnais cet homme, tu l'a soigné, tu as transmis son courrier à sa femme, tes yeux se fixent au fond des siens, il te dévisage, il te reconnaît alors il te dit " Le Barbu" tais toi, puis d'un violent coup de crosse il t'assomme .Quand tu te réveille à l'hôpital, on t'apprend que ta section a été massacrée, tu es le seul survivant et les questions recommencent. Tu es vivant pourquoi ? Pourquoi toi seulement ? Et puis faute de preuves , on te libère et tu finis par rentrer au pays. Tu prends ta carte du Parti communiste français et tu t'engages pour défendre ton idéal. Tu vas mal dormir pendant des années, tu ne parleras pas et tu garderas au fond de toi cette douleur, tu es revenu vivant , mais quelque chose était mort,  resté là bas avec tes camarades. Tu es rentré cassé, brisé, dévasté; un héros survivant qui devra se reconstruire comme il pourra. Tu te retrouvera père de famille  revenant d'une guerre qui te faisait honte . Pour l'heure notre famille , notre maison vivait bercé par ce rêve que le monde contestataire partageait avec nous : Angela Davis, Salvador Allende , les opposants à la guerre du Vietnam, nous les grévistes , les manifestants contre de Gaulle, Pompidou, Giscard; Lulu tu avais mobilisé toute la famille pour suivre tes engagements. A chaque élections, sceaux , pinceaux, colle, affiches Parti communiste , programme commun, la nuit nous nous tenions à tes côtés et c'était formidable cette impression d'être dans la Résistance. On vendait le muguet le 1er mai et tous les dimanches l'Huma dont les dessins de Cardon faisaient ta joie. Nous on s'occupait du local à Wissons , toi tu t'occupait du national CGT, PTT, les grandes grèves, grandes décisions c'était ton job. Ma mère riait des mots de mon père, même si je sais qu'elle commençait à le détester un peu ; elle l'aimait pourtant je sentais que le ver était dans le fruit. Bref, maman avait des doutes, mais elle faisait comme si de rien, des doutes ne font pas une certitude . Hélène était une amie de papa chez laquelle , il me déposait de temps en temps, elle était petite Hélène, elle était communiste, c'était une camarade, ils étaient très liés çà se voyait, quant ils prenaient un café, on sentait la complicité; une fois mon père parti je demandai à Hélène de jouer avec moi, je devenais docteur, elle était très patiente et se laissait faire avec gentillesse pour me faire plaisir, et peut-être qu'elle aimait bien çà . J'étais môme , encore petit, mais j'aimais beaucoup ces heures de liberté qui échappaient au reste du monde et à ses jugements; l'heure venue, elle se redressait doucement , me souriait gentiment, je l'embrassais sur la bouche lèvres fermées tremblantes, je caressais ses jambes et tout son corps une dernière fois en rêvant déjà de la prochaine. Puis elle attrapait ses vêtements, j'étais bien, j'aimais la voir se rhabiller, elle rajustait sa jupe, refermait un à un les boutons de son chemisier et semblait déjà ailleurs, elle reprenait sa vie et son corps de femme, je rétrécissait et redevenait l'enfant qui pendant une heure avait été docteur, comme si nous avions rêvé, comme si la réalité de ce que nous avions vécu n'était pas certaine. Au PTT, ils étaient un homme pour sept femmes au centre de tri du XIV à Paris; les femmes tu les aimais beaucoup, je me souviens de situations scrabbleuses, tu as quand même  réussi à bien jouer le coup entre tes diverses et convergents activités, plus tes déplacements, d'abord à Beauvais, puis la Bulgarie et la Martinique. Quelques unes de tes histoires étaient mieux connues de Titi et moi, les plus sérieuses, pas les p'tits coups passagers, celles qui durent. Il y avait d'abord Hélène dont je finis par comprendre que la liaison qu'elle entretenait avec mon père allait au-delà du travail et des idées révolutionnaires; Hélène mais aussi Jeanine que tu allongeais dans ta voiture sur les chansons de Charles Dumont ;Jeanine était blonde, peut-être fausse, en chair, bourgeoise et une jupe quasi tout le temps , et ça duré, car tu ne pouvais pas t'en dépêtrer. Tu avais une chambre, rue Lecourbe près des Chèques postaux et là çà défilait grave, car en dehors des sérieuses, il y avait les filles d'un soir. Impossible de les compter, Dieu seul le sait, tu étais un homme à femmes . Tu suivais les mouvements de la planète politique de l'Algérie d'où tu étais revenu héros miraculé, à ton engagement profond en 68 dont tu racontais l'épisode du lion de Belfort place Denfert Rochereau  quand Daniel Cohn Bendit  grimpa sur le lion tu étais là, non loin de lui . Tu évoquais les photos de Leny Escudero , la proximité communiste, ta poignée de main avec Pierre Juquin , Ferrat dans les manifs, dans les meetings. Tu me parlais d'Aragon et des poètes qui s'étaient fait tuer ou emprisonner ; Victor Jara à qui on avait coupé les doigts pour qu'il joue mieux de la guitare, Pablo Neruda qui jamais à genoux célébrait Salvador Allende suicidé dans son palais, Federico Garcia Lorca exécuté pour sa poésie subversive  et son homosexualité dans l'Espagne de Franco qui copinait tranquille avec Adolf et Benito , tu énumérais ces millions de morts juifs, communistes, indépendantistes, homosexuels, arabes, poètes, peintres, intellectuels , musiciens, professeurs ou curés, ouvriers, paysans , tailleurs, petits soldats, héros et déserteurs les dormeurs du val , tant d'hommes , tant de femmes vivant en nous après leur mort, tant de visages. L'alcool ou plutôt les alcools ont toujours fait partie de la fête, nos chansons populaires en témoignent et donnent à ces boissons enivrantes un charme léger joyeux et bien de chez nous; toujours une bonne occasion pour lever le coude, une naissance, un anniversaire, un décès, une contrariété ou tout simplement l'apéro, le trou normand ou le très populaire un dernier pour la route. Du sang de Dieu , au petit vin blanc, en passant par le whisky bon pour les artères, on n'en finit pas de trouver des raisons de s'en jeter un derrière la cravate ou de s'en prendre une bonne. C'est vrai que floutée la vie a une autre gueule. Au début je ne me rendais pas compte de tout çà, l'idée avait quelque chose de festif, de joyeux, je n'en voyais pas encore les effets secondaires sur le comportement ni les ravages sur la santé : Le café étant le rendez-vous idéologique où chaque dégustation engendrait un fleuve de propos aussi vacillant que leurs orateurs, l'alcool qui faisait pourtant de nous peuple de travailleurs, des gens meilleurs peut-être, quand il nous unifiait dans un rêve qui ne durait que le temps de l'effet du pastis et du rouge. On avait pris une ratatouille en 1974 , Giscard était passé avec le monopole du coeur, on comptait bien se rattraper en 1981 avec François M., Georges M. et le programme commun. Lulu était pris dans un tourbillon, un jour il me parla de mademoiselle C une jeune étudiante, une lettrée, maitrisée, agrégée et là j'ai compris que mon père partait pour des contrées inconnues et lointaines dont parfois on ne reviens pas. Mademoiselle C prenait tout l'espace de sa vie cachée, quand il allait la rejoindre rue Lecourbe, il retrouvait des sensations qui pensait pas revivre à son âge, les démons de midi viennent s'en qu'on s'y attende et ils vous casse la boussole à en perdre la tête en même temps que le nord, le miroir que le diable vous tend, bien que déformé vous donne envie d'y croire. Les voyages de Lulu dans ses montagnes russes s'accentuaient et ses absences à la maison aussi. Maman était trop fatiguée , après des opérations des dents à répétitions , elle est partie quelques temps en convalescence. Pendant ce temps là Lulu à décider de rompre avec Hélène et Jeanine. C'est un soir que j'ai décider d'annoncer à mes parents que je voulais être comédien, je devais sentir que les choses finiraient mal, il fallait que je bouge, que je prenne position quand à mon avenir de façon ferme et définitive, mes parents furent d'accord, Francis poursuivait ses études supérieures d'art à Chantilly. Lulu débarrassé de ses maîtresses respirait mieux et maman avait repris le travail ,et elle reçu des appels anonymes, cela avait pour conséquence de mettre une sale ambiance à la maison. Après avoir enterré De Gaulle en 1970, Pompidou lui avait succédé, s'était éteint gonflé de cortisone et enfin Giscard depuis les diamants de Bokassa avait un sacré trou dans son électorat, on savait que la France avait envie de faire table rase d'un passé de droite qui avait trop duré et que la gauche menée par cet ancien garde des Sceaux, le grand François avait une sérieuse chance de l'emporter. Le début d'une histoire allait marquer la fin de la nôtre. Voilà, c'était fait : " Je demande le divorce, maintenant je ne veux plus te voir jamais va t'en ,tu me dégoûte et vas retrouver ta salope !" Lulu avait quitter les lieux sans réclamer son reste. Ce fut une période longue et décousue. Ils ont vendu la maison, ils ont fait les comptes et Lulu est parti s'en rien la queue entre les jambes avec ses clés de voiture et sa liberté. Maman s'est acheté un petit appartement à Fresnes . Après la victoire de la gauche, Lulu a quitté le parti communiste, il s'est installé dans le Lot et s'est engagé chez les écologistes. Quand Maman appris la naissance de ta fille Ophélie, elle dit " J'ai souffert mais aujourd'hui c'est ton père qui va souffrir et la pauvre petite aussi." Ophélie a grandi et Catherine a travaillé pour un député, un radical de gauche  ; tu étais devenu un homme de l'ombre et femme au foyer c'était pas ton truc. Ca sentait la tisane et toi tu as commencé à sentir les effets du temps et de tes excès, tu avais des problèmes d'argent , de santé, de reconnaissance et le tout cumulé faisait de toi un animal difficile à maîtriser . Et comme tu continuais à faire ménage à trois avec les tranquillisants et l'alcool , ça a tourné au vinaigre , tu as fait un infarctus . Le jour où la nouvelle est tombée; tu avais divorcé de Catherine; pendant ta deuxième hospitalisation à Toulouse, la nouvelle n'a pas l'air de surprendre Maman, elle n'a pas manqué de me dire : " Tu vois, j'te l'avais bien dit, elle a largué son vieux !"Tu divorçais pour la deuxième fois et ça n'avait rien de rigolo, au téléphone tu m'as dit " oui on divorce, je suis avec Géromie  maintenant , je l'ai rencontré à l'hôpital, elle aussi elle a eu un infarctus . Tu t'es donc installé dans la région de Narbonne , chère à ton coeur à cause de Charles Trenet. Tu vivais donc en paix avec ta troisième femme dans cette région chantante et tu semblais couler des jours paisibles bercé par le vent de là bas. C'est à Bangkok que j'ai reçu un coup de fil de Francis : Tu étais tombé mon Lulu en glissant du lit sur le sol tout bêtement, une mauvaise chute, et on t'avais transporté d'urgence ; en fait tu étais déjà mort à l'hôpital. Aujourd'hui , nous sommes réunis à Wissous pour ton dernier voyage dans la section 7. Je voulais te dire que quand tu es mort , Michou à perdu son mari , elle était en deuil pour de vrai, , elle était libre et profondément elle même, nue de toute rancune. Toute sa vie était là présente , car même après le divorce, après t'avoir aimé autant que détesté, tu étais resté le seul homme de sa vie, sa seule histoire d'amour et, j'ai la faiblesse de croire qu'il en étais de même pour toi. Quelques années plus tard, Michou est partie elle aussi. Vous êtes morts de la même façon , vous êtes tous les deux tombés sur le sol et vous vous êtes brisés , après deux crises cardiaques pareil. 

lundi 18 août 2025

Une histoire d'hommes et de métaux de Louis Hauser


 En 1907, à la mort de leur père , deux frères reçoivent un petit capital en héritage. Ils décident alors de s'associer et d'investir leurs fonds dans une affaire de négoce; ils sont jeunes moins de 25 ans mais impatients d'entreprendre et de réussir. Tous les deux ont une formation technique; l'aîné Adrien Duval est diplômé de l'Ecole Centrale de Lyon et son frère Henri est licencié en Sciences. Ils ont hâte de monter dans le train de l'aventure qui commence à bouleverser la société industrielle et dont l'automobile est le plus beau symbole. Cependant les deux frères sont conscients de leur inexpérience et souhaitent s'associer avec un homme mûr, riche en relation et capable d'apporter des capitaux qui s'ajouteraient  à leurs propres fonds; ils s'adressent à un cabinet spécialisé dans le rapprochement d'entreprises; c'est ainsi qu'ils entrent en contact avec un certain Pierre François Marie Aubert un homme d'envergure, de dix ans leur aîné, ancien élève de l'école Polytechnique, qui possède déjà un fond de commerce . Ce modeste établissement vend des limes, des outils et débite des barres d'acier. Les trois hommes décident de s'associer et c'est ainsi qu'est créée  le 2 décembre 1907  la société en nom collectif " Aubert et Duval frères" au capital de 200 000 francs de l'époque environ 500 000 euros d'aujourd'hui. Le magasin d'acier et d'outillage, exploité désormais par les trois associés connaît dès l'origine une belle prospérité. Les centaines d'ateliers de mécanique implantés dans l'est de Paris particulièrement dans le  IIème arrondissement préparent l'avènement de la belle mécanique, celle qui usinera demain de nouveaux matériaux, aciers spéciaux et alliages légers. Mais l'ambition des nouveaux associés dépasse largement le simple commerce de coupe d'acier; leur objectif est de négocier avec les firmes étrangères de fructueux accords de représentation exclusive. Les trois hommes se sont répartis les tâches, en fonction de leur qualités respectives ; Adrien, homme de rigueur, pétri de bon sens, sectaire par goût prend rapidement de l'ascendant sur les associés, il devient chef de maison, ayant l'œil à tout manageant le personnel critiquant s'il le faut les excès d'Aubert et Henri Duval ; ces deux là ne sont à l'aise qu'à l'extérieur de l'entreprise. Henri est présent chez les clients, à l'atelier ou sur la table de dessin à conseiller ses amis techniciens sur le choix des matériaux et des processus de bonnes opportunités. A 40 ans l'homme aime séduire, c'est un beau parleur en société, il sait négocier un contrat à son avantage, il adore le monde , brille dans les salons, courtise les femmes; le contraire de la vie monacale et austère qu'Adrien s'impose à la tête de la société. En fait les trois hommes sont aussi différents qu'il n'est possible ce qui qui les conduira parfois à des empoignades mais leur diversité constitue une chance formidable pour l'entreprise. Chacun est derrière son fourneau, Aubert dans le grand monde, Henri Duval chez les mécaniciens, Adrien à la maison, gardien de l'ordre et de la raison. Le jour vient où les efforts de Pierre Aubert portent leurs fruits: un excellent accord de représentation est négocié avec la firme anglaise John Brown , champion du monde des aciers spéciaux. A la veille de la première guerre mondiale les Anglais sont incontestablement les rois de l'acier, leur avance sur leurs concurrents européens est considérable, ils sont les seuls à fabriquer des aciers alliés de qualités, le plus beau fleuron de la sidérurgie britannique est sans contexte la firme John Brown de Sheffield qui vend ses produits dans le monde entier. Ses activités sont multiples, la firme exploite entre autres de puissants chantiers navals, ayant construit notamment le paquebot Lusitania de 33 000 tonnes torpillés en 1915 par les Allemands. Il n'a pas échappé à Pierre Aubert que l'entreprise de Sheffield n'avait pas encore d'agent en France et il décide de tenter sa chance. Après de multiples entretiens, John Brown finit par accepter d'accorder à " Aubert et Duval Frères" la représentation exclusive en France de la gamme complète de leurs aciers. La première page de l'entreprise est tournée; le contrat liant l'entreprise des Duval à John Brown est à peine signé que la guerre menace. L'Angleterre comme la France s'empresse de réarmer ,la guerre finit par éclater; les hommes sont appelés au front et aussi Pierre Aubert et Henri Duval. Le premier capitaine d'artillerie est mobilisé dans le service automobile de l'armée; le second adjudant est appelé à rejoindre la 2ième armée Bar le Duc si bien qu'Adrien Duval reste seul aux commandes de la jeune entreprise. Pendant quatre ans, ils sont devenus des producteurs d'acier contraint à alimenter en priorité le formidable appétit des industries de guerre. De cette période Adrien tire la leçon que pour prospérer il faut rejoindre le club très fermé des producteurs et ne plus se contenter de faire commerce des autres. Il ne tardera pas, à mettre les faits en harmonie avec sa conviction. L'idée d'Adrien est de conserver le précieux accord commercial signé avant la guerre avec John Brown tout en mettant un pied dans le processus industriel. Adrien Duval veut disposer d'une petite forge, d'un atelier de traitement thermique et d'un laboratoire de métallurgie pour procéder à des expertises, faire des essais, conseiller la clientèle. Dans ce but, la société acquiert dès 1919 un vaste terrain à Gennevilliers, dans la banlieue nord de Paris. Cette première tentative industrielle ne rencontrera pas le succès , malgré de bonne commandes de l'industrie automobiles pour des pignons et des arbres forgés, le chiffre d'affaire demeure insuffisant et deux ans après sa création, l'atelier ferme par les associés de Fornop. Cependant l'usine ne meurt pas pour autant, car le dépôt d'acier connaît un développement rapide. L'achat du terrain de Gennevilliers s'est révélé une excellente affaire et son étendue va permettre au fil des ans, l'implantation de nouvelles installations industrielles : recuit traitements  thermiques, fonderie, étirages, rectification... Aubert et Duval sont décidés à se libérer de la tutelle de leur fournisseur anglais, à produire leurs propres aciers , à maitriser leur qualité à devenir enfin de vrais industriels . Pour cela il faut bâtir une autre usine, leur choix se porte sur une usine appartenant à la " Société Electrométallurgique d'Auvergne, l' EMA " elle est implantée en pleine montagne sur le territoire de la commune des Ancizes . Elle dispose de fours électriques qui intéresse vivement les Duval , car ils pourront grâce à eux élaborer leurs premières coulées d'acier. C'est en 1926 Qu'Aubert et Duval deviennent locataire de l'Usine des Ancizes, elle n'en deviendra propriétaire qu'en 1939.De 300 ouvriers en 1930 , l'effectif de l'usine des Ancizes double en quatre ans en passant à 600 en 1936 , de nouveaux fours sont construits, une puissante forge est crée, les laminoirs sont modernisés, elle produit tout une gamme d'aciers spéciaux inspirés de ceux des Anglais, destinés pour la plupart aux constructeurs automobiles . André Citroën confie  la quasi-totalité de ses besoin à Henri Duval. En  1932 Pierre Aubert négocie avec Krupp la cession d'une licence exclusive relative à un procédé de durcissement superficiel des aciers par apport d'azote. Ainsi naît  chez les Aubert une activité nouvelle, la nitruration . Dans le même temps, le siège social est transféré à Neuilly, un vaste bâtiment y est construit il permet d'accueillir un personnel commercial de plus en plus nombreux pour satisfaire les besoins de la clientèle. En seulement 10 ans Aubert et Duval est devenu une société industrielle respectée par ses clients , jalousé  par ses concurrents . Elle dispose d'un appareil productif puissant , couvrant tout une gamme des activités métallurgiques que les moyens de l'usine de Gennevilliers complétant ceux des Ancizes ; et pourtant cette métamorphose a dû encaisser des variations brutales de conjoncture peu favorable aux affaires. La dépression sévit  plusieurs années et culmine en 1936 alors que la France se met en grève ; l'usine des Ancizes n'est pas épargnée et reste fermée une quinzaine de jours. La retentissante faillite de Citroën  plonge Aubert et Duval dans une délicate situation financière. Les affaires reprennent en 1937 et 1938 car la guerre menace et la France réarme dans l'urgence, ils tournent à plein régimes, alimentent de ces aciers tous les programmes militaires. Hélas la défaite de 1940 met un terme brutal au plein emploi des hommes et des machines. En juin 40 les Allemands foncent sur Paris, les usines parisiennes travaillant pour la défense nationales sont invitées à quitter la capitale ,malgré les pressions de l'occupant, l'usine ne livre ni aciers, ni ouvriers réquisitionnés par le STO, les installations sensibles sont sabotées par la résistance avec la complicité de la direction de l'usine. Adrien Duval donne l'ordre d'évacuer l'usine de Gennevilliers et le siège social puis de gagner l'Auvergne , l'usine des Ancizes constitue un  solide point d'appui. Très vite les Allemands exigent d'Aubert et Duval des fournitures d'aciers pour alimenter leurs industries de guerre, les Duval refusent énergiquement de collaborer avec l'ennemi et les rapports se tendent entre l'usine des Ancizes et les nazis en raison de sa fabrication sensibles elle constitue une cible privilégiée par les Allemands qui la bombarde le 10 mai 1940. La libération de la France en 1944 met fin au cauchemar mais laisse Aubert et Duval en piteux état. Pendant toute la durée de la guerre Pierre Aubert demeure aux Etats Unis, où il avait crée en 1940, la société Nitralloy, la vocation de celle-ci était d'exploiter outre atlantique le procédé de nitruration  dont le brevet  avait été acquis de Krupp quelques années plus tôt. La guerre terminé  Pierre Aubert choisit de s'établir définitivement aux Etats Unis et déclare aux Duval son intention de se retirer de la société qu'il avait crée avec eux quarante  ans plus tôt . Aux fils d'Adrien pour moitié et pour moitié  à Jean . La société s'appellera désormais " Anciens Etablissements Aubert et Duval AHR ) successeurs " Le départ de Pierre Aubert donne aux Duval la totale maitrise de l'entreprise, dans le fond ils ne sont pas fâchés, ils n'aiment pas composer avec des tiers, négocier sans cesse des décisions partager le pouvoir. Les Duval sont désormais maîtres chez eux, ils peuvent conduire les affaires comme ils l'entendent. Et puis des forces nouvelles s'apprêtent à doper l'entreprise; l'arrivée des deux jeunes fils d'Adrien, tous les deux capables et travailleurs est porteuse d'un immense espoir pour l'avenir Aubert Duval . La guerre avait gravement dégradé l'outil industriel, la reconstruction à mobiliser toutes les énergies. L'effort réalisé par les Duval est alors considérable, un premier four à arc d'une capacité de 45 tonnes est mis en service à l'aciérie en 1963. Deux ans plus tard est installés aux Ancizes un premier four à induction sous vide pour répondre aux nouveaux besoins de l'aéronautique. En 1972, le laminoir est équipé d'une cage trio, la même année est mise en service aux Ancizes une presse à forger de 45 000 tonnes entièrement automatique. L'introduction des nouveaux dirigeants se fait progressivement dans des fonctions subalternes pour commencer . Des quatre  jeunes Duval, trois sortent d'écoles d'ingénieurs, le quatrième  d'une école de commerce . Leurs introductions dans la société est programmée comme suit : - 1er novembre 1966 Patrick Duval, fils de Robert, le 1er août 1972 Edouard Duval fils de Robert, le 1er mai 1973 Georges Duval fils de Jean , le 12 mai 1975 Camille Duval fils de Robert. En janvier 1984, les Duval décident de créer une société industrielle au nom de Aciéries Aubert et Duval ( AAD) reprenant les actifs de l'ancienne société familiales, dans le même temps est née une société holding baptisée Aubert et Duval. Lorsque le programme Concorde est lancé, aucune presse en Europe n'est capable de matricer les pièces du train d'atterrissage. Ainsi naît le projet de commander une presse géante aux Russes qui serait financé par le Creuset Loire; Aubert et Duval ne peuvent se trouver écarté de ce projet, sous peine de devoir renoncer à fournir ses aciers à l'aérospatiale. Il accepte donc d'entrer pour 13% dans le capital d'Interforge, ce qui lui confère un choix d'usage de même pourcentage. Le même raisonnement conduit Aubert et Duval en 1987, à se ménager un droit d'usage sur le grand laminoir à frettes de Dembiermont seul capable en Europe de produire des couronnes de structure de la fusée Ariane 4 . Une autre préoccupation commerciale , celle là pousse les Duval à financer une entreprise  étrangère , pour pénétrer plus largement le marché des motoristes américains, ils prennent le contrôle également en 1987 de la société américaine Special Metals fabricant réputé de superalliages pour les turbines d'avion. Georges Duval lance un programme de formation sans précédent pour améliorer le potentiel des hommes au travail et valoriser leurs efforts, il lance un vaste plan de formation tous azimuts. La doctrine de la " Qualité Totale" implique des enseignements nouveaux. On ne mesure plus la qualité sur le produit fini mais sur tous les actes élémentaires administratifs et productifs qui se succèdent en amont au produit fini. Désormais , tout collaborateur, quel que soit son grade ou sa fonction est devenu un acteur de qualité entièrement responsable de son travail. L'objectif est d'offrir à toutes les catégories de personnel une mise à jour de leurs connaissances , afin d'améliorer leurs capacités individuelles , mais aussi inciter à remettre en cause leurs habitudes de travail. Les cadres apprendrons avec profit les méthodes modernes de communications et d'échanges avec leur personnel. En collaborant avec l'Education Nationale , Georges Duval prends la tête de la croisade pour la formation qualifiante. Le 10 juin 1992, il préside aux Ancizes une émouvante cérémonie au cours de laquelle sont honorés les quatre premiers stagiaires qui reçoivent le diplôme du CAP des mains des autorités de Riom . A cette date 32 salariés sont engagés dans le processus de la formation qualifiante. Pour marquer tout l'intérêt qu'il porte à l'amélioration des connaissances, Georges fait construire aux Ancizes en 1992 un nouveau centre de formation offrant de vastes salles et un amphithéâtre. En 2001 on assiste à une chutes des commandes de 30% l'aéronautique sombre dans la dépression et les marchés des turbines tombent en chute libre; Aubert et Duval  est conduit à réduire ses effectifs essentiellement par la voie des pré-retraite et le jeu de la mobilité interne. A l'annonce de ces mesures, les sites d'Issoire et des Ancizes sont investis en avril 2003 pour une grève qui affaiblit la position commerciale de l'entreprise. A partir de 2005, la reprise des affaires particulièrement dans l'aéronautique, regarnit les carnets de commande, met fin à l'agitation sociale et annonce une nouvelle période de prospérité. Alors que beaucoup s'interroge sur l'avenir de l'industrie française  et redoutent des délocalisations tueuse d'emploi, une nouvelle usine est inaugurée à Pamiers, le samedi 20 octobre 2007 et pas une petite usine !Elle est implantée sur un terrain de 46 000 m2 et représente un investissement de 100 millions d'euros ; la nouvelle usine comprend un ensemble complet de production de pièces matricées en superalliages et allonges de titane, autour d'une presse de 40 000 tonnes et d'un laminoir à frettes entièrement automatisé. L'essentiel de la production porte sur les pièces de moteurs d'avions en superalliages dont le matriçage exige de très fortes puissances et une parfaite maîtrise des vitesses de déformation. Un tel investissement lourd est réalisé pour une longue période, au moins 50 ans. Il symbolise la volonté d'Aubert et Duval de relever les défis et de poursuivre sa croissance mondiale. Le président Georges Duval dans son discours d'inauguration affirme avec chaleur et foi en l'avenir et invite les personnels à se mobiliser pour le progrès " Rien ne nous sera donné, nous ne pouvons compter que sur nous-même" C'est à Monsieur Jean -Baptiste Sans que l'on doit la création en 1817 d'une première usine métallurgique à Pamiers; il s'agit d'un établissement modeste installé sur la promenade des Carmes occupant une trentaines de compagnons. L'idée fondatrice est d'utiliser les eaux abondantes du site comme force motrice et comme matière première, d'une part l'excellent minerai de fer de Rancié exploité depuis le13 ième siècle dans la vallée ariégeoise du Vicdessos . L'exploitation de l'usine Sainte-Marie débute le 23 décembre 1820 et avec elle l'histoire de l'usine de Pamiers , le premier atelier est équipé d'un four à cémentation pour l'élaboration de l'acier d'outillage et six fours de chauffe et six martinets de forge. Pour favoriser la croissance de son usine , Monsieur Sans s'associe sans tarder avec Monsieur Augustin Abat , homme d'expérience propriétaire d'une forge et avec Monsieur Morlière notaire à Pamiers .Les produits fabriqués sont des outils de coupe, des limes et du matériel agricole. La réputation de la forge de Pamiers conduit l'arsenal de Lorient à lui confier des commandes d'armement. En 1825, l'usine emploie une soixantaine d'ouvriers, c'est alors que Monsieur  Sans décide de se retirer des affaires, vendant ses parts à ses deux associés. Dès 1830, la nouvelle société ABAT , mais elle doit affronter les difficultés économiques. Un certain Monsieur Palotte rachète l'usine en 1862, puis elle prend le nom de "Société Métallurgique de l' Ariège" en 1867 s'étendant sur 6000m2 ; elle est équipé de 12 fours à puddler, 7 fours réverbères , 4 trains de laminoir et 4 pilons de forge. On abandonne le moulin et ce sont les machines à vapeur qui fournissent l'énergie aux machines, cet équipement est complété en 1881 par l'installation d'une fonderie d'acier, la fabrication est très diverses, rivets, boulons, essieux pour l'artillerie, pièces de chemin de fer et surtout ressorts de voitures et de wagons. En 1880, l'usine produit 22000 tonnes de produits finis ou semi -ouvrés et emploie 1 000 personnes. L'avènement de l'électricité au début du 20 ième siècle permet d'augmenter  sensiblement la puissance de l'usine. Cinq petites centrales sont installées au fil de l'eau, en amont de Pamiers, les trains des laminoirs sont électrifiés dès 1905. Une grande crise sociale épuise l'entreprise, les ouvriers mécontent profite du 1er Mai 1905 pour défiler dans les rues de Pamiers en réclamant des augmentations de salaires , l'usine reste ferme et refuse toute révisions de salaires jusqu'à licencier des grévistes. L'agitation reprend en  Juillet 1906 ce sont les puddleurs qui réclament la journée de 10 heures et le repos du dimanche. Le 17 octobre la direction se résout à proposer une augmentation de 5% des salaires, la journée de 10 heures et le repos du dimanche. En 50 ans, l'usine de Pamiers est passée de main en main subissant les contraintes restructurations successives ayant marqué l'histoire de la profession dans les périodes difficiles. Son mérite est d'autant plus grand d'avoir réussi à se maintenir à flot dans les périodes difficiles et d'avoir su renouer aujourd'hui  avec la prospérité. Jusqu'en 1989 Pamiers connaît le plein emploi grâce à l'aéronautique et à l'énergie malgré la crise conjoncturelle des années 1987 et 1988...En 1999 la société SIMA intègre le groupe ERAMET formant la branche ERAMET ALLIAGES. Deux ans plus tard, les sociétés Aubert et Duval et HTR fusionnent pour devenir "Aubert et Duval  Holding" puis sera simplement appelé Aubert et Duval AIRFORCE . Pamiers , Issoire  et Interforge donne des ailes à l'Air bus. L'éclisse est la première pièce de l'avion réalisée avant toutes les autres, bien souvent avant même que le programme ne soit officiellement lancé ( sans elle pas d'ailes ! ) La concession de l'éclisse elle même  et de l'assemblage est spécifique de la technologie AIRBUS très différente de celle de Boeing ; elle conduit pour les gros porteurs à un profil géométriques très spectaculaire à la fois long et très mince , avec des sections en croix ou en té et des largeurs elles aussi respectables jusqu'à plus d'un mètre. Mais c'est la longueur de la pièce qui bat les records : il s'agit de raccorder l'aile de fuselage et dans le cas de l' A 380 les huit mètres ont été largement dépassés établissant un record du monde . Ce fut donc un défi aux multiples facettes que les équipes de Pamiers, Issoire et Interforge eurent à résoudre dans des temps  très limités. Aubert et Duval exerce aujourd'hui ses activités sur 7 sites industriel en France et en Chine, Gennevilliers, les Ancizes ,Issoire, Interforge Imphy Firminy Pamiers, Airforge, Heyrieux. Le premier défi auquel se trouve confronté Georges Duval et son équipe est de poursuivre l'humanisation d'un ensemble industriel, d'une puissance jamais atteinte en France dans le domaine des aciers spéciaux et des alliages. Le problème s'avère complexe du fait des usages et des traditions enracinés dans les différents sites. L'objectif est de bien renforcer la vocation de chaque usine du Groupe en privilégiant son coeur de métier, en valorisant ses compétences, le talent et l'initiative des hommes et des femmes de l'entreprise. Nul ne doute de la capacité de l'équipe de Direction avec Georges, Edouard et Cyrille de poursuivre l'œuvre entreprise en bâtissant un groupe bien charpenté, harmonieux capable de tenir tête à l'innovation, de la qualité du service et des prix. un nouveau centenaire s'ouvre à Aubert et Duval sous les meilleurs auspices. La belle aventure industrielle continue . L'histoire est morte, penseront certain, à quoi bon la sortir de son sommeil, seul l'avenir est passionnant! En fait, passé et avenir sont liés l'un à l'autre comme le sont la racine et la fleur d'une plante; celui qui coupe la racine ne verra pas la fleur s'épanouir. cultiver ses racines ce n'est pas tourner le dos à l'avenir, c'est mettre l'extraordinaire expérience acquise au service du progrès : on ne crée rien à partir de rien. Cultiver ses racines , c'est prendre conscience du chemin déjà accompli, en tirer de la fierté et nourrir  l'audace de faire encore mieux demain qu'aujourd'hui .Une belle ambition partagée par tous les collaborateurs D'Aubert et Duval, convaincus d'avoir à vivre une passionnante aventure d'hommes et de métaux vécue depuis le néolithique par leurs aïeux .

dimanche 1 juin 2025

Olivier De Robert La Dernière Danse De l'Ours



En arrivant sur l'estive de l'Oule, Ferrasse avait senti l'odeur écœurante de la pourriture ; au premier coup d'œil  il avait vaguement espérer se tromper, il avait alors plissé  les yeux  encore plus qu'à l'accoutumée pour filtrer la réalité et s'offrir un instant de paix supplémentaire. La brebis vivait encore, immobile, elle laissait échapper un faible bêlement, pas une plainte  juste quelque chose qui ressemblait à de l'incompréhension de rester coincer entre deux rives. Il jura, mais à voix douce, en rage caressante pour maudire la mort et consoler la bête, souleva sa tête  avec un geste tendre et contempla, hagard la tripe nue qui convoitait le soleil. C'était la Rousse, celle qu'il avait élevée au biberon et qui depuis lui collait au train en menant le reste du troupeau. Ferrasse regarda autour de lui, comme pour chercher une aide, un miracle, il n'y vit que les montagnes et l'aridité de sa solitude. Alors, sans cesser de traiter la mort de vieille putain, il tira son couteau, l'ouvrit d'une secousse , le porta à la gorge de la Rousse la plainte cessa; alors il retira la lame ensanglantée et se retourna vivement pour vomir, en s'essuyant la bouche, il vit les autres, toutes les autres éventrées, fracassées, massacrées, l'affaire n'était pas longue à comprendre, affolé par l'attaque d'un prédateur, le troupeau avait foncé sur un pic et les bêtes en panique étaient allées s'abîmer vingt mètres en dessous; puis le tueur avait paisiblement fait le tour par les ressauts herbeux, en avait étripé quelques unes  et s'en était allé en laissant le surplus du festin. Eventrée, la Rousse avait attendu la libération de la mort ou la caresse du berger, les deux étaient arrivées en même temps. Alors peu à peu, un seul mot enchâssé dans les jurons, chassant les chiffres , comme le battant de la cloche sonnant le glas de la détresse: l'ours, l'ours, l'ours , la bouche amère , aux portes de Sarradeil, l'évidence  était venue, claire, limpide, glacée : " Qu'il crève!" Depuis la tuerie du vallon de l'Oule, au Café de la Paix, on ne parlait que de guerre, et Germain  le maire cherchait à calmer la colère, celle qui prend naissance dans la peur; chaque jour à l'heure de l'apéro, en bout de zinc, bien en vue, il brandissait des articles  de journaux ou des courriers de la préfecture en disant:" On ne va pas se laisser faire!" souffles suspendus, on attendait qu'il en dise plus : "La préfecture a pris conscience du problème ...donc ils vont envoyer quelqu'un pour repérer la bête et prendre les dispositions nécessaires pour nous en débarrasser ! Mais quelqu'un qui ? Un flic ! A l'exclamation stupéfaite de l'assistance; il étendit les mains pour l'apaiser puis, prenant un air vaguement conspirateur, précisa : Un fonctionnaire de l'Office français de la biodiversité précisa- t'il pompeusement, un policier donc, un flic des petites fleurs et des blaireaux, mais un flic quand même," que voulez vous de toute façon, il faudra en passé par là pour se débarrasser de cette foutue bête ! "Deux mois à peine après l'attaque du troupeau de Ferrasse , le flic était arrivé à Sarradeil; personne ne l'avait vu approcher, parce que le taxi l'avait laissé avant le dernier virage et qu'il avait fini à pied. A vrai dire, personne ne s'était préparé à ça ni de près ni de loin. Du porteur d'uniforme il pouvait en venir autant que de cèpes en automne, en estafette, en moto ou même à pied . Des bleus  de la gendarmerie, des verts comme ceux des forêts ou des gris comme celui là, même en civil si ça leur chantait; on savait y faire depuis longtemps dans la haute vallée et on connaissait les règles de l'accueil  qui donnaient envie de repartir s'en faire de vagues. Mais ce que Sarradeil n'avait absolument pas prévu, c'était que le flic en question , celui qui viendrait d'au-delà  du pont de l'Artiguas  pour mettre la main sur le vieil ennemi, sur le tueur des estives, que ce flic là serait une femme. C'en était pourtant une, sans ambiguïté, une femme flic, comme le précisait l'écusson tricolore. Le silence disait maintenant la détresse qui ressassaient depuis deux mois la phrase définitive et assassine qu'ils comptaient servir à l'intrus en guise de bonjour. Elle n'en fut pas surprise, c'était même pour çà qu'elle était venue en tenu. La Corse, la Guyane ou les monts d'Arrée l'avait assez bien préparée aux Pyrénées . Quitte à se faire détester autant ne pas tourner autour du pot et jouer cartes sur table. Elle traversa s'en hâte, cette marée d'hommes , s'épargna une salutation à la cantonade et vint tout droit au bar; elle demanda une bière, Emma l'a servit , la policière but paisiblement s'en aucun mot ne s'échappe des cachots de méfiance où ils s'étaient enfermés. Puisqu'elle aimait le silence et que la bière était fraîche, elle en demanda une deuxième; alors seulement Emma la regarda tout entière, elle devait faire son mètre soixante dix, bien campée sur des jambes solides, des cheveux bruns et libres jusqu'aux épaules, un assez beau visage et des yeux verts. Ce ne fut d'abord qu'un brouhaha puis il y eut çà et là quelques mots clairs..." Il était temps quand même! ils n'avaient qu'à le lâcher au bois de Boulogne! "A vrai dire la policière n'écoutait pas, elle buvait lentement sa bière, ce genre d'accueil, c'était de la routine, puis ce n'était pas pour les hommes qu'elle était venue, c'était pour l' ours . Si elle avait pu choisir , elle aurait été un animal sauvage libre, elle avait senti cette évidence dès son premier affût, elle avait treize ans, un renard et elle s'était longuement observé, parfaitement immobiles, elle avait espérer un dialogue avec la bête, mais au premier mot l'animal avait fui. Ce fut une leçon: le monde sauvage était sans paroles, depuis elle était devenue une redoutable coureuse des bois, dormant dans des tanières et buvant au creux des sources. Mais c'est en renonçant aux gestes et aux verbes inutiles qu'elle avait véritablement trouvé sa part de nature. Elle y avait gagné une réputation de taciturne à l'œil sévère, grande connaisseuse des peuples des forêts. Sans l'avoir vraiment cherché, d'une opportunité à l'autre , elle s'était retrouvée à l'Office français de la biodiversité, flic en somme ; mais flic de la nature. Dans son service, on avait vite compris que ses talents pouvaient mieux être utilisés qu'à verbalisés les tireurs de perdreaux , elle était devenue une experte incontournable de la grande faune sauvage, capable de débusquer les plus discrets des loups du Mercantour ou de suivre à la trace un lynx sans que ce dernier n'en sache rien. Voilà pourquoi elle était là, à boire une bière au Café de la Paix de Sarradeil : pour savoir ou se planquait un ours multirécidiviste l'animal rôdait dans la vallée, mais personne n'était fichu de le retrouver. il restait une gorgée de bière au fond du verre quand une phrase dépassa toutes les autres; " Moi si je le vois, je le bute ! " C'est là qu'elle avait posé son verre d'un geste un peu brusque et que, du coup le silence était revenu. Elle avait alors dit, fermement, clairement s'en se retourner Chiche!  Elle à dit Chiche! elle nous a provoqués! C'était Faurassin, l'adjoint à l'assainissement qui avait résumé le problème à sa manière. Putain Germain je suis sûr qu'elle est pour ! çà va aller pour une fois que la préfecture nous à pas roulés dans la farine; la fille est là pour faire capturer l'ours, une fois qu'elle l'aura repéré, des types du gouvernement, l'endormirons et l'embarquerons. Le vieux Vineaux balança, goguenard " T'as qu'à croire !Une bonne femme pour choper l'ours...Et mes brebis , brailla t-il est ce qu'il les a endormies avant de les tuer ? Putain il les a éventrées ,Germain n'aimait pas la tournure que prenaient les choses notamment depuis que Ferrasse avait perdu son troupeau. Avant quand les prédations touchaient une vallée ou l'autre, on y faisait: portés par les manifestations des éleveurs, des élus étaient reçu à la préfecture et en revenaient avec quelques promesses et un dossier d'indemnisation. Mais il y avait eu le carnage sur l'estive de l'Oule  et la presse régionale et nationale s'était jeter sur cet os à ronger. Toutes les caméras s'étaient tournées vers le berger pleurant ses bêtes et maintenant il semblait bien que la tête lui tournait. Le vieux Frayche du Roumegou dit : "Et s'il l'enlève , on n'aura plus d'indemnisations ! Tout le monde regarda ses godasses, au fond d'eux, tous savaient bien que l'ours avait bon dos et qu'avant lui, on avait eu aussi des bêtes mortes : les chiens, les orages et la malchance prenaient leurs parts chaque année. En ce temps là il fallait se débrouiller, tenter le coup sur les assurances et le plus souvent se serrer la ceinture. Puis l'ours était venu et on leur avait annoncer qu'on paierait les dégâts. C'était vrai en cas d'attaque , des techniciens du gouvernement venaient , observaient, faisaient des relevés décidaient si oui ou non l'ours était dans le coup et allongeaient des sous sans trop faire d'histoires . Ca payait plutôt bien la misère. Les premiers jours, la garde était partie avant l'aube et n'était revenue qu'à la nuit toute crottée de montagne glaiseuse . Mais après une semaine de course harassantes , elle avait été obligée d'admettre  que la partie serait rude. Taillé à la perpendiculaire de la vallée principale et bien en dessous du village qui s'accrochait au versant ensoleillé, le ravin de l'Astériale , un torrent tumultueux avait terminé le travail et y coulait encore, étranglés par deux versants boisés que la pente rendait peu à peu inaccessible ; c'était pourtant là que quelques anciens à l'âme folle avaient taillé un chemin pour aller domestiquer le cours d'eau et y placer un moulin, trois maisons s'y étaient ajoutées au cours des siècles et cela avait donné un vague hameau où vivaient de nombreux fantômes, une colonie de chauve-souris, douze brebis et une vieille femme. La Vieille de l'Astériale était toujours vêtue de noir ; elle et son hameau vieillissaient ensemble à l'abri du monde. Cà et là , entre fougères et ronces, on devinait de puissantes lauzes qu'avaient du faire le pavage aux temps heureux du moulin mais la plupart du temps une boue collante y attendait le pèlerin égaré; on y allait ainsi , un peu à l'aveugle s'attendant à chaque pas à repartir en arrière. Pourtant, tout d'un coup, sans crier gare, il échappait à la forêt et débouchait sur un pré parfaitement entretenu par les brebis de la Vieille . Si les bêtes s'y trouvaient placides et broutantes, nulle barrière pour les contraindre : l'ancêtre était là et son chien veillait, elle ne fit aucun bruit, et une fois à la lisière ne bougea pas d'un cil, mais pourtant le chien la repéra, et gronda . Asha fit un pas de plus pour se mettre dans la lumière et salua de la main, la Vieille ne releva pas la tête et continua la mécanique bien huilée de son tricotage. elle dit simplement : Couche toi ! Et le chien fut renard tapi dans l'herbe , immobile, l'œil fixe et les oreilles dressées. "Je suis désolée de vous déranger, c'était des mots de convenance, clairement posés là pour entrer en contact. Alors seulement la Vieille releva la tête, regarda longuement la nouvelle venue, jaugea l'allure et l'uniforme , puis laissa tomber paisible : Il n'y a pas de dérangement" " Je suis envoyé par le gouvernement pour essayer de localiser l'ours qui à fait une attaque sur l'estive de l'Oule; elle est grande la vallée, elle est belle surtout ici j'aime beaucoup. La Vieille tira sur un brin de laine revêche et troubla à son tour le silence; votre gouvernement il lui veut quoi à l'ours ? Le gouvernement ne veut pas qu'il soit tué . Viens fille assied toi. Alors l'ancêtre parla . Autrefois il y avait des ours ici du temps de mon père , de mes vingt ans, pas beaucoup ces bêtes là, il leur faut de la place et ça n'aime pas vivre en groupe; ça vit seul, ça traîne, ça rôde, ça ne fait rien de bon; avec ses grosses pattes il chaparde les fruits des vergers, le nid des ruches et parfois les brebis. Les hommes n'aiment pas l'ours, ils n'en veulent pas, ils n'en ont jamais voulu , voilà ce qui te faut dire  à ton gouvernement, ma fille et leur dire qu'il à du partir bien loin, ça marche ces bêtes là ! Et vous ?vous l'aimez ?L'ours ne mange pas mes brebis, alors je n'ai rien contre lui .Alors oui autrefois on disait qu'une femme avait aimé un ours , et que de cet ours elle avait eu un fils ,elle lui raconta  le périple de Jean de l'Ours. Mais finalement ce conte sans âge affirmait tranquillement que les hommes de la montagne reconnaissaient l'ours comme un ancêtre, leur vieux père sauvage. C'est un sauvage, eux qui ont mis tant de siècle à être des hommes, ils ne veulent pas de ce père là, ils craignent pour leurs femmes, voilà je te l'ai dit! Cet ours a pris une femme, il peut en prendre d'autres et ils le savent; elle rangea prestement son tricot, se leva épousseta sa robe et saisit son bâton. "S'il est allé à l'Oule, tu le trouvera là haut, où alors il sera parti de l'autre côté des montagnes; mais pas à l'Astériale çà non !" cette fois elle avait crié comme pour insulter le ciel, elle était déjà loin, dos voûté ,pied sûr. Elle eut un coup au coeur, une excitation de prédateur, puis rapidement observa les alentours, pas de trace nette au sol , mais bien assez d'indice pour être certaine que la bête était venue; au-delà, la piste filait tout droit dans la pente, vers l'Astériale nota t'-elle mentalement; comment avait elle louper ces indices à l'aller, où justement elle regardait avec attention, l'ours était passé entre temps , elle eut un frisson délicieux et murmura pour elle " Je te tiens vieux père" le jour s'en allait il allait faire sombre dans ce vallon encaissé, elle retourna au bord du chemin, préleva les poils coincés dans l'arbre puis remonta d'un pas rapide vers Sarradeil. "Je l'ai vu !" Tous avaient lâché leur verre, "Mais enfin Lajacques ! tu ne l'as jamais vu l'ours comment peux tu être sûr que c'est lui ! Je l'ai vu avec mes yeux et puis je l'ai vu avec ma peur ! C''était où petit, c'était où ? Je suis allé à l'Astériale, bon enfin, j'y suis allé pas par le chemin, je suis arrivé dans la ravine au-dessus du moulin, et puis là j'ai vu la Vieille , elle était seule , il n'y avait même pas son chien, appuyée sur son bâton comme si elle attendait quelqu'un. Il est arrivé du côté des rochers, il a flairé l'air et il a regardé la Vieille en roulant des épaules, la Vieille a commencé à lui parler, sans crier tranquillement, puis elle chantait, alors il a commencé à se balancer des épaules, il balançait aussi la tête en avant et à pousser des grognements et comme la Vieille s'approchait, il s'est levé sur ses pattes de derrières et là il a commencé à danser. Silence absolu dans le café, yeux ronds, bouches ouvertes, alors tous le crurent et l'un murmura blême: " Comme les montreurs d'ours ..." Tous à un moment où a un autre par leurs chemins secrets, ils étaient allés consulter la Vieille, tous à un mauvais tournant de leur vie, l'avait suppliée de leur donné une tisane , une formule à répéter, tous y était allés leurs nuits de lune noire et tous au soleil de la bienpensante , la traitaient de sorcière  et de folle , tous, mais voilà qu'elle faisait danser l'ours ! Comment oser le tuer, si elle dansait avec lui . J'irai moi ! Ferrasse était debout, ce fut soudain la course folle éperdue  , tous les guerriers de Sarradeil cavalaient derrière Ferrasse  pour l'empêcher de faire l'irréparable. "Asha vite "dit Emma en quelques mots désordonnés , le souffle court , elle lui fit le récit de Lajacques, "calme toi c'est parfaitement impossible, je connais assez les ours pour te dire que jamais l'un deux, je veux dire à l'état sauvage, n'ira s'approcher d'un humain qui lui pousserait la chansonnette."  "Tu connais les animaux, mais moi je connais mes hommes et là je peux t'assurer que Lajacques n'a pas menti." Asha courut à perdre haleine sur la terre détrempée à l'Astériale "Entre fille il y a du feu, elle lui dit que les hommes montaient pour tuer l'ours ; alors si tout le monde veut qu'il disparaisse, il vaut mieux que ce soit avec moi. tout tournait autour d'Asha, elle était absolument incapable de se lever, sa voix était terriblement faible. "Comment? Mais de quoi parlez vous ?et pourquoi je me sens comme ça ? Que m'avez vous fait ?" La vieille souriait avec douceur, "j'ai pris ta main voilà tout. Je vais l'inviter  à une dernière danse." Avant que  le chemin  ne descende plus franchement Lajacques se figea comme un chien d'arrêt, il viendra de là , on le verra ; c'était un éperon rocheux qui s'avançait dans le vallon comme une proue de navire. Et là , groupés, serrés, blottis les uns contre les autres, ils virent : pas un n'aurait su dire comment elle était vêtu, ses cheveux gris étaient libres et le vent y dessinait des arabesques étranges, elle regarda vers eux et instinctivement ils se tassèrent sur la roche . Ce fut d'abord un frémissement de branches basses, puis une coulée discrète dans les genêts et enfin une masse sombre, il resta là immobile presque imperceptible dans le paysage . Tous deux partagèrent le bruissant silence de la montagne, comme s'il  fallait que chacun se fasse à la présence de l'autre, puis elle se mit à lui parler, les hommes écoutèrent de toutes leurs forces, mais il n'y eu que le vent, le ciel et l'ours qui surent ce qu'elle disait. Et lentement , très lentement, roulant de ses énormes épaules, avançait le museau, flairant, grognant, il vint à elle sans qu'elle ne cesse de lui parler. C'est là qu'elle se mit à chanter, la bête secoua deux ou trois fois la tête et les épaules , puis leva ses pattes arrières ; sans hâte, sans cesser de chanter , elle porta les mains à son corsage et en tira un objet : C'était un large poignard, elle le serra contre sa poitrine pointe en avant, puis en chantant plus fort encore, sa voix allait dans les aigus furieux, elle s'en fut en deux pas vifs se blottir contre lui. Alors le vieux roi resserra ses lourdes pattes sur elle et vint s'empaler  dans la lame au plus profond de leur chant commun . D'un même mouvement, ils s'affaissèrent sur l'herbe et leurs corps n'en firent qu'un . Elle l'a planté, elle a tué l'ours ! on ne pourrait mieux dire .De ses bras maigres la Vieille avait ouvert le coeur de l'ours, lui de ses pattes puissantes, l'avait entraînée dans la mort en la broyant toute entière. Germain observa le visage de la Vieille, ses yeux étaient fermés, elle souriait il lui sembla que l'ours aussi et il en fut profondément troublé.