mardi 30 mai 2023

Les derniers rois de Thulé de Jean Malaurie


 

Thulé, les Esquimaux du Pôle ... Autorisation Groënland accordée , Je relis le texte de ce télégramme que m'adosse l'ambassadeur de France à Copenhague . Lors de mes précédents séjours au Groënland  sur la Côte Ouest dans la baie de  Disko en 1948 et en 1949 ( printemps été ) durant ces deux premières missions géomorphologiques dans la baie de l'Eqe et surtout à Skansen, j'avais certes appris, que des indigènes existait au nord très au nord, près d'une mystérieuse Thulé, des Esquimaux " primitifs "par lesquels aucun Français n'avait encore vécu .Le navire s'engage lentement dans l'allée d'eau tranquilles du Vaigat  il jette l'ancre devant Qullissat , centre minier : c'est ici la grande île de Disko . Devant nous un semis de maisons de poupées , rouges, jaunes, bleues , à petits carreaux .  Retour à l'âge de pierre , faisons route vers Thulé, depuis quelques heures , nous sommes en vue du cap York sombre et hautaine promontoire des terres nord- groenlandaises , nous sortons de la fameuse baie de Melville pour nous engager dans ce que , depuis la fin du XIX siècle, l'on est convenu d'appeler, avec l'explorateur Peary, la route américaine du Pôle . Le Tikerak , navire en bois armé pour les glaces sur lequel à Jakobshavn , je me suis embarqué, se fraye une voie dans le brouillard et la banquise. Je songe aux avertissements que formulait dès 1618 Pierre Bertius, cosmographe de Roy Très Chrétien . "la froidure y est indomptable...et ....en tue plusieurs. L'hiver y dure neuf mois sans plouvoir ....Tous ce païs est plein d'ours cruels avec lesquels les habitants ont une guerre continuelle ". Engoncés dans nos chandails, nous nous précipitons aux rambardes, la coque du navire est ceinturé d'une dizaines de kayaks , dont les occupants nous dévisagent. Petits, la face jaune et plate éclairée d'un énigmatique sourire; quelques minutes encore et c'est l'administrateur danois Torben Krogh qui avec bonne humeur, vient lui même à bord serrer la main de chacun . Ayant décidé d'hiverner 150 kilomètres plus au nord à Siorapaluk , station exclusivement indigènes, Thulé est pour moi qu'une escale ; je fais quelques jours après mon arrivée à Thulé , transborder mon matériel sur un cargo , le Elin-S se rendant providentiellement pour trois journée dans le nord du pays. Siorapaluk la bien nommée le site est extraordinairement beau et mon isolement sera aussi complet, je serai l'unique blanc à hiverner cette année au nord de Thulé. Les chiens du village se mettent à hurler, de la rive je persiste à suivre des yeux " la très longue barque" dans douze mois seulement elle sera de retour. Seul désormais devant le but fixé ; ma mission commence. J'étais encore assis sur un de mes sacs lorsqu'une femme s'approcha pour m'apprendre par des signes que la plupart des hommes sont : " Avatare ,avatare  à la chasse ...là bas ! " Parti à la découverte , je ne marchais pas depuis une heure le long d'un sentier de la falaise que soudain, à un détour une bruissante piaillerie aux accents modulés m'est renvoyé comme un écho par la montagne; le ciel est obscurcis  de millions de petits oiseaux noirs, des mergules nains, allant et venant de la mer à la falaise; ils plongent en se renversant dans l'eau , tête avant pour attraper quelques poissons et crustacés . Comme enivré par le bruit , je suis le sentier, les éboulis sont rougis par leurs excréments , j'aperçois soudain  des têtes hirsutes, des bras armés d'épuisettes à long manche. Un gros derrière culotté d'une peau d'ours mitée me fait face " Pioulî ! pioulî ! pizz...rirrr, rirrr! siffle t-on . Des Esquimaux s'installent sur les clapiers d'éboulis agitant leurs filets . La chasse est extraordinaire, dès que l'épuisette est pleine, l'homme la retourne brusquement sur un caillou; les femmes vont gauchement de l'un à l'autre, en portant des sacs accrochés par des lanières autour du front, les centaines d'oiseaux  morts qui s'entassent. Il est courant pour un chasseur, de capturer au filet cinq cent oiseaux par jour ; sans les plumer ni les vider , ils en emplissent alors des sacs de phoque à moitié dégraissés et placés sous des pierres à l'abri du soleil . La graisse fond lentement sous l'effet de la chaleur et la chair des oiseaux se décompose dans un bain de graisse , à l'exception  du bec, des plumes et des pattes que l'Esquimau néglige quand il mange l'oiseau ; il lèche les os puis casse les plus petits avec ses dents pour mieux les sucer. Mon voisin Sakaeunnguuq , tout en m'interpellant m'examine, il m'invite à aller chez lui, à voix basse , il me prie de ne pas lui en vouloir, si sa maison est pauvre et sale , lui ayant répondu que je viendrai . Un igloo parmi tant d'autres, un monticule de tourbe et de pierres en forme de tortue, Sakaeunnguuq tousse pour m'annoncer...soulève une planche, cassés en deux nous nous glissons dans un boyau de trois mètres, je pousse une seconde porte dont le seuil est à hauteur du ventre, c'est là que nous nous hissons en appuyant sur les mains. Une petite pièce basse et piriforme, éclairée par une lampe en pierre noire remplie d'une huile donnant une lumière jaune et hésitante, l'air est imprégné d'une forte odeur urique , de graisse de terreau humide et de musc. Pas un Esquimaux du groupe assis sur des vieux récipients n'a encore tourné la tête ni fait un geste, Sakaeunnuuq  mon hôte, s'est placé devant la porte intérieure, je le regarde , interrogateur nous sommes tous les deux debout et stupides . A défaut d'autre présent , j'offre des cigarettes , mon paquet de caporal passe de main en main, on l'examine, le hume, on le jauge ; l'homme m'y invitant des yeux , je m'assieds, à la place des hôtes, donc à gauche de l'entrée et me mêle au cercle. " Soo (merci) dit l'un d'eux en aspirant une bouffée, et à travers des volutes de fumée me sourit . "Naammappoq!" ça vas! dit cet autre, je m'appelle Ulalik dit un troisième, la glace est brisée et la conversation de reprendre vive et enjouée. Il me faut leur répondre avec patience à milles questions: " D'où je viens ? Où je vais ?Où est ma femme ?Atinik ? Comment les Quallumaat (Les Blancs) , t'appellent ?On apprécie qu'en entrant je ne me sois pas arrêté au milieu de la pièce , raide , s'en saluer d'un mot les occupants, j'apprendrai que c'est l'habitude des Quallumaats. La bouilloire bosselée et noircie dont on ne se sert pour le café est posée sur le primas. L'Esquimau puise à pleines mains dans l'eau brune du sceau de bouillon appelé qajoq , et en tire des morceaux de phoque fumants et noirs comme la suie Neviroq ! Mangez !Elle s'adresse aux hommes , pendant le repas les femmes et les filles se tiennent à  part , quelques marginales( femmes sans hommes, coureuses) grignotent en même temps que nous un bout de viande. La plus grande partie de la première quinzaine d'août est absorbée par l'aménagement de mon abri , ayant pris possession d'une cabane inoccupée , je l'ai transformé aussitôt avec l'aide intelligente des Esquimaux. de forme rectangulaire et ramassée, couverte par un toit double faiblement incliné, elle se divise en deux partie : un corridor où seront déposés vêtements et armes, afin que, dans les allées et venues , ils ne soient pas humidifiés par la condensation. Une grande pièce destinées aux indigènes travaillant avec moi ou de passage; enfin séparée de cette pièce par une légère cloison percée d'une porte, une petite chambre d'environ 4m sur 1,80m, tables et chaises que je fabriquerai avec des planches et des caisses. Dans cet abri, où pendant l'hiver, la glace montait le long des cloisons jusqu'à 30 centimètres au dessus du sol et devait être brisée au couteau, le chauffage est assurée par une cuisinière rouillée trouvé sur place. Pour combustible, je disposais localement d'un charbon groenlandais importé...d'Afrique du sud. Lors des grands froids ( -50) je chauffais la pièce également avec un réchaud à essence ( Coleman). Sitôt débarqué , je plantais dans le sol sableux , avant que les 70 cm dégelé ne soit à nouveau englacé , un grand mât de 4 mètres pour fixer l'antenne de mon émetteur radio. A quelques mètres de là, je dispose d'une cache à viande montée sur quatre pieux, à 2 mètres de hauteur; la viande et les harnais sont ainsi à l'abri des chiens et des rares ours qui rôdent. A proximité, les neufs chiens acheté à mon passage à Thulé. Le poste danois de Thulé est à 150 kilomètres au sud. A 70 kilomètres du nord c'est Etah, puis le désert jusqu'à l'océan glacial et le pôle. Mon isolement pourrait apparaître comme atténué par la présence d'une radio , mais les liaisons sont difficiles, mon émetteur est de faible puissance, il est sur batterie et je l'alimente par un générateur à bras, le contact avec Thulé est en principe hebdomadaire , chaque samedi, confiant j'accroche l'antenne au mât de ma cabane; un Esquimau se met au générateur et à 21 heures je commence à appeler: Thulé, Thulé , radio Calling...Here Siarapaluk ! Cela peut durer cinq à dix minutes, l'Esquimau, dans son pantalon d'ours et son anorak en peau de phoque, à force de tourner la manivelle pour donner le courant, sue comme un malheureux . Deux fois par semaine, je vois passer devant ma fenêtre, mes voisins chargés de peaux de renards et de phoques, ils se dirigent vers la boutique où elles sont vendus , et avec l'argent qu'ils en retireront, achèteront des produits dont ils  manquent . La chasse aux renards n'est autorisée par l'administration danoise que pendant cinq ou six mois et demi de l'année. De tous les districts du Groenland Thulé est certainement un de ceux où le renard est le plus abondant. Les millions de mergules qui nichent sur les falaises de juin à septembre en sont la cause. Cette richesse très relative à Thulé conditionné par l'austérité de vie des Esquimaux à permis à Knud Rasmassen , administrateur du district de Thulé : (1910 à 1933) d'organiser sept expéditions scientifiques. Chaque Esquimau dispose de cinq à quinze pièges métalliques , le long du littoral sur des distances de 10 à 30 kilomètres. Avec patience durant l'hiver, il les visitera , au moins une fois par semaine; Ululit et Iggianguaq m'invitent à les accompagner; ils ont l'intention tout en posant les pièges dans une vallée où les empreintes sont particulièrement nombreuses de chasser à vue le renard , en quelques minutes je me prépare à les suivre : je prends mon fusil , un sac à dos. je pensais être absent une journée nous fûmes de retour beaucoup plus tard; il fallait suivre les traces et la piste était bonne me ressassait Iggianquaq , depuis qu'Ululik retenu dans le secteur de deux de ses trappes  nous avait laissés. L'expression fixe et intérieure, silencieux, comme le sont la plupart de ces hommes à la chasse, il allait observant le moindre détail, reniflant l'air, nous nous nourrissions de mouettes et surtout de perdrix et de lièvres, pas un seul jour, nous mourons de faim : le lichen, les herbes et surtout les racines de saules nous servent de combustibles . Sur le plateau je retrouve les fortes impressions sahariennes, ces mêmes étendues de cailloux et de sable, une marche lente et régulière dans la rocaille ouvrant le sol craquelé et dur, l'espace, l'espace ...des vallées de galets blancs , nous butons sur le glacier au nord , étincelant au soleil puissant et majestueux, il élargit encore cette immensité: il règne , nous nous collons à son flanc et cheminons dans une boue gluante et des ruisselets d'eau . En longeant le bord de la falaise qui domine au sud le Fjord des glaciers Morris Jessup, on devine très au large , loin , loin à l'ouest le profil neigeux de la Côte Canadienne. L'eau et la glace nous entourent de toutes parts . Ce royaume de Thulé d'Etah à , se déploie sur 300 kilomètres, l'espace c'est la mer et la banquise source de vie et de liberté dans une lumière qui vous mets hors du temps. Le vent se lève, le corps en avant l'un derrière l'autre depuis des heures nous marchons, sur la neige, les empreintes se précisent, un cri aigu sur la droite des naajats (mouettes), le fracas des icebergs qui se brisent, le bruit sourd de la glace du lac trop fortement comprimé , un coup sec : Iggianguap à tiré, a ce moment précis j'aperçois au loin déjà deux magnifiques renards, leur marche rapide et légère, nous reviendrons sans renard à Siorapaluk, nous nous rabattons sur le lièvre blanc et nous en ramenons cinq. Racorni par le vent et le froid, le visage brûle, les aboiements des chiens montent jusqu'à nous , mais lorsque nous arrivons, c'est pour découvrir que tous les chasseurs ont quittés la station, une petite fumée pourtant au-dessus de la tente de Pualuna trahit une présence humaine. Au fond de son abri, et peu après dans l'embrasure de sa porte en bois apparaît une bonne vieille tête, il y avait beaucoup de phoques, Iminina est venu le dire avec son kayak, ils sont partis vite , je suis tout seul. Cette rencontre devait être pour moi le début de relations amicales avec Pualuna, le vieillard chez l'Esquimau ancien , n'avait pas droit de citer, assurément les temps ont changé, mais si l'on n'encourage plus les vieux à se laisser mourir, l'on se montre toujours à leur endroit d'une sèche indifférence. Ils sont tout juste tolérés. Il y a dix à peine au Canada , le chasseur durant ses marches, abandonnait encore ses vieux sur la banquise, C'était alors un lamentable spectacle: deux à trois chiens guère plus, les Inuits de Thulé étaient encore moins d'un siècle, si démunis qu'ils ne pouvaient se permettre des attelages plus nombreux, le père et le fils marchent en avant , la femme , la fille en arrière, le vieux , la vieille aussi est assis à l'arrière de la traîne, se sachant de trop, ils se laissent enfin glisser, personne ne se retourne et, cependant que la traîne inexorablement s'éloigne, il songe en lui même " Jai fait mon temps" Le père choisit l'heure et sa mort et de son recommencement en son fils. De cette coutume , de cette sagesse , il demeure, je viens de le dire, encore" dans l'esprit" quelque trace . Pualuna un des hommes les plus ancien de la tribu , vit solitaire sous la tente dans un certain mépris, aussi se montre t-'il reconnaissant de mes visites et de ma gentillesse à son égard. J'ai aussi découvert une personnalité Pualuna a été partenaire d'expéditions américaines de Pearg , et c'est lui qui a dirigé la première expédition  de Cook vers le Pôle. Les Esquimaux de Thulé avaient , en 1891-1892 les tailles les plus petites:156 cm chez les hommes,142 cm chez les femmes. En 1855 1860 , le groupe poursuit une vie difficile, il vient de connaître à la suite d'un refroidissement prolongé, une terrible famine, sous l'action des Chamans, les Esquimaux pour survivre , se restreignent à la consommation d'oiseaux, bien des familles, n'ont alors survécu qu'en mangeant à l'occasion leurs morts. L'Inuk dort; ne le trouble pas, c'est son plaisir, son principal loisir, a des jours continue de chasse de soixante heures correspondent des temps de sommeil plus longs qu'à nos latitudes . L'aaveq (morse) cet animal providentiel, particulièrement abondant au large de Pitorarfik-Negi lieu de rendez-vous ancestral permet à la tribu dans les semaines difficiles de décembre janvier de disposer d'assez de viande pour nourrir ses chiens. Nous partons à la chasse aux morses, autour d'un feu de graisse, le camp est monté , plusieurs chasseurs édifient de petits murs de pierres derrière lesquels ils coucherons à la belle étoile, lorsque le thé est prêt, nous voici tous réunis, et un liquide jaunâtre mêlés  de feuilles de thé est versé, nous buvons debout en battant la semelle , le soleil aura bientôt disparu. Qu'attends t-on pour se coucher ? l'Esquimau a faim, et il veut son morse, il l'épie, le sent déjà et il attendra le temps nécessaire, une dizaine de morses arrivent droit sur nous, trois chasseurs se précipitent vers leurs kayaks qui mettent instantanément à l'eau , avec l'aide des plus jeunes, nous autres nous montons dans la barque et à force de rames , nous parvenons à les suivre. Ululik dans son kayak s'approche, il s'efforce de rester au vent et avec la lumière du soleil derrière lui, la femelle intriguée par son cri imitatif lève la tête, un mâle s'approche  Hûm, Hûmmm, dans la barque nous redoublons d'attention, cette chasse est extrêmement dangereuse, l'Esquimau doit frapper l'animal avec son harpon près de la tête, que le coup soit manqué et c'est le morse qui, furieux il attaquera, il chargera droit et franc, de son œil rouge, il a en effet très vite pris connaissance du champ de combat et l'homme doit absolument éviter d'être entraîné par l'animal , le kayak a toutes les chances , en ce lieu particulier d' être renversé, mené par la bête en fureur. L'Esquimau parfaitement calme, épie avec la plus vive attention le moindre mouvement de la bête, dont il faut prévoir les réactions fulgurantes, il est cette fois bien placé , 20 mètres, 10 mètres, le kayak glisse silencieux, avec une habilité consommé , le chasseur veille à ce que sa double pagaie ne fasse frémir l'eau, trois, deux tac ! ....Il a lancé son harpon et se dégage à toute vitesse en reculant grâce à des mouvements de pagaie inversées et très puissants; dans une gerbe d'eau, le morse a plongé pour se soustraire à ce coup soudain, qu'il doit s'en doute venir d'un ours ou , par extraordinaire d'un orque , la bouée témoin reliée au câble flotte au milieu d'une tâche de sang qui s'élargit. Nous suivons cette bouée que le malheureux animal traîne à sa suite . Remonte t'-il à l'air pour tenter de respirer ? Nos cinq fusils claquent ....." C'est un gros crie Imina, le morse qui a près de trois mètres de long, avec des souffles longs et assez réguliers fait enfin surface, agonisant, il est achevé d'un coup de pieu . La tête est liée  à la barque, nous introduisons un tube dans son ventre, à tour de rôle on le gonfle , on le gonfle à pleine bouche comme une outre, ce sera plus aisé pour le tiré à la côte. Sur le rivage, de grands feux de graisse et de pétrole ont été allumés. En se cambrant avec adresse pour éviter de salir son pantalon d'ours, un chasseur recueille le sang dans un bidon, ce sera la soupe ( qajoq )Le découpage commence, le ventre est entaillé par le milieu , enveloppée d'un gros lard blanc, cette viande rouge et saine existe les chasseurs; on commence à manger les nageoires  au fur et à mesure de la découpe, les Inuits, qui mâchent à moitié cette viande crue , parlent fort, s'agitent autour de ce qui ne sera bientôt plus qu'une carcasse en brandissant d'énormes coutelas. A 10 heures du soir , tout est terminé, sans discussions on procède à quelques complément de partage pour celui-ci ou celui-là, la répartition est très traditionnelle et qui renvoie à des structures socioéconomiques profonds , on fait une marque sur le morceau qu'on a reçu et l'on le traîne vers son tas , la tête y compris, les deux défenses d'ivoire et le coeur , lequel pèse 8 kilos reviennent de droit au chasseur qui à harponné la bête . L'ordre de distribution de la nourriture est significatif; les chiens, les enfants, les chasseurs , les femmes. Sil est un lieu au monde ou l'enfant est roi, c'est bien ici ; l'enfant est, avant la chasse, avant les chiens, le premier plaisir de l'Esquimau, préférence marquée étant donné au fils, frapper, corriger le fils qui se rends insupportable apparaît presque scandaleux. L'enfant est élevé dans la plus grande liberté , il est rare d'entendre dans un village un enfant qui n'est plus un bébé , crier ou pleurer du fait de ses parents. Son père est comme soucieux de lui permettre d'être parfaitement heureux avant qu'il ne connaisse très tôt huit ou dix ans la dure loi de la toundra, la chasse dans le froid et les privations .Le garçon doit apprendre très tôt dès huit ans à marcher longuement 20 à 30 km, par jour et s'orienter dans la brume, à dormir peu, à bien viser au fusil , à s'identifier au gibier pour aller le chercher là ou il est , enfin , à prêter la main au voisin en cas de besoin. Fondamentalement  dépressif , l'Esquimau est secrètement hantés par des pensées morbides, quand le temps est mauvais , ses idées deviennent particulièrement noires et surtout si la bourrasque se fixe à l'igloo. Au fil des jours l'Esquimau s'exprime vivement tel qu'il est, mais lorsque il se laisse aller, ce sont les sombres pensées qui propage toujours affluent : la maladie, la faim, l'absence de gibier, l'incapacité physique de chasser, l'abandon des siens, l'action pernicieuse des esprits mauvais , vite alors la vie reprends ses droits. Chasser d'abord, courir au gibier, où est le morse ?Comment vont les chiens ? Il faut regarnir les caches à viandes. C'est en groupe qu'on rit ,qu'on se moque l'un de l'autre et que l'on se défoule. Une grande chasse difficile suivie de telles réunions, voilà ce que l'Esquimau appelle jouir de la vie. L'Esquimau vit dans le miracle, rien ne l'étonne. La religion ancestrale le fait communiquer avec les esprits familiers personnels qui le conseillent, le soutiennent, le guident . Que les Chamans soit en mesure d'aller en quelques secondes sous les eaux consulter Nerrivik, visiter la lune où quelques autres lieux éloignés est normal. "Nous gardons nos vieilles coutumes dans le but de tenir le monde en suspens, car ces pouvoirs ne doivent pas être offensés." Compte tenu de l'extrême modicité de mes moyens et grâce soient rendues au CNRS six mois de crédit pour quatorze mois de séjour, je ne peux subsister qu'en vivant à l'esquimaude, chassant comme ces nomades. J'acquiers dès le mois d'août un traîneau et un assez bon attelage de neuf chiens; durant tout l'été, je me suis entraîné sur la plage à les conduire : fouet, cris, un ton , une allure, une alliance qui concourent à assurer l'unité nécessaire entre l'homme et ses chiens. Les chiens doivent être nourris: 1kg de viande par animal , attaché à un point fixe les bêtes sont tendues vers les les vingt et trente morceaux  débité au couteau ou à la hache ; il est absolument nécessaire de les jeter à chacun en respectant les hiérarchies de la traîne, le morceau jeté est attrapé au vol, les dents claquent, d'un coup de déglutition le chien avale sans mastiquer sa livre de viande gelée, qu'un morceau tombe par terre et le pacte est rompu. Le naalagaq , ( leader ou chien de tête) lui est à l'écart : il attend, l'œil tranquille, de son autorité, votre vie peut dépendre? Au fil des semaines, j'en apprends davantage sur les mœurs des chiens et les méthodes de dressage. Le chien doit toujours coucher dehors de l'igloo, quelques soit la rigueur du temps, leurs molaires sont cassées avec des pierres pour éviter qu'en mordillant les traines de peaux , lorsqu'ils sont affamés, ils ne s'en libèrent. Dans les premières semaines, la lanière du long fouet de 8 mètres , s'enroule irrésistiblement autour de mon torse, de mes jambes, la mèche claque parfois au visage, je me protège les yeux, peu à peu je m'enhardis, les gestes se font plus sur. IL faut avoir son fouet sans cesse en main, un accident récent m'en fera toujours souvenir, les traîneaux se suivaient en file indienne, le long de la banquette littorale de la côte sud de l'île de Herbert Suranglaçon , à un paysage glissant et étroit, je trébuche et tombe, les chiens de l'attelage qui me suit me talonnent en jappant, leurs crocs n'ont pas été limés et ils sont agressifs, ces quatorze chiens se jettent immédiatement sur moi, parce que avec mon pantalon d'ours, mes bottes d'ours je sens ...l'ours surtout pour des chiens affamés, couché tout en poil de la tête aux pieds, je me débat, ayant perdu mon fouet, j'ai toutefois la chance d'être protégés par ces peaux épaisses, les bêtes me mordent à la cuisse et voici que d'autres se jettent à mon visage, je me protège du bras et crie Aqi! Aqi ! ( en arrière !) trois quatre secondes s'écoulent, le temps est compté , que le sang coule et les chiens vont s'énivrer comme des loups; le hasard fait que les chiens en se reculant pour réussir un nouvel assaut me laisse une demi seconde de répit, je me mets vivement debout, j'attrape mon fouet, sauvé . Je garderai pendant plusieurs semaines sur ma cuisse, les cicatrices noirâtres des morsures que les dents des chiens avaient marquées dans ma chair. Nous sommes le 10 mai à Oaqqaitsat aux abords du glacier de Humboldt à mesure que nous gagnons le nord, les empreintes se révèlent plus nombreuses, près du cap Agassiz, notre excitation croit à tel point que , devant une trace toute récente, les Esquimaux déchargent les traînes en quelques secondes. La première piste suivie est profonde et nette, pas de doute, elle est d'hier, il s'agit d'un gros ours, les chiens nerveux vont bon train . Pour se reposer et se réchauffer mes compagnons s'arrêtent un instant et prépare du thé; nous sommes à l'entrée du fjord.  Oaaqqutiaq explique qu'en avril les ours se cherchent pour s'accoupler, aussi vont ils çà et là sans but définis, c'est alors que Padloq, qui s'était écarté pour satisfaire ses besoins, accroupie se trouve nez à nez avec lui, goguenard, les pattes en dedans, l'ours l'observe avec curiosité, un bond, un cri et les chiens s'élancent, les hommes se sont jetés sur leurs traineaux, l'ours court ventre à terre à une vitesse prodigieuse et c'est merveilleux de le voir, lui si pataud, devenu svelte et agile, il file vers le nord est, le glacier de Humboldt , gagné de vitesse, il biaise vers la muraille du glacier, il est perdu . Chacun sort son coutelas et tirant à lui , ses chiens, sectionne les laisses, quinze chiens rageurs rattrapent l'animal, le devancent,, l'obligeant à s'arrêter, dressé il fera face, de droite à gauche , il promène sa tête racée et scrute l'espace de ses yeux bruns foncés, il réussit encore dans un saut gigantesque le long de la paroi à se dégager, désespérément , il s'accroche à la glace avec ses griffes et se hisse centimètres par centimètres par une faille , les chiens hurlent , bondissent vers la patte pendante  l'homme intervient , il tire, l'ours s'arrête, reprends son ascension , se colle à la falaise, la neige rougeoie de grosses gouttes de sang tombent une à une, une balle près de l'oreille lui traverse enfin le crâne, foudroyé il tombe dans une petite crevasse; il faudra plus de deux heures pour l'en dégager. Plaisir de la chasse, le besoin de manger sont les plus forts, à grands traits du coutelas, la fourrure est dépouillée , en éventrant l'animal les chasseurs prennent la précaution de retirer le fiel et de l'enfouir dans la glace, il empoisonnerait la viande nous ferait perdre cheveux et poils L'Ours est divisé en sept parts , tiens prends Natuk me donne les dents et les griffes pour ma femme au cas où je me marierais: " ça les fait rester fidèle." Un morceau est jeté à Nerrivik , Déesse des Eaux ; puis c'est le tour des chiens et enfin de nous même , tout en mangeant la langue très appréciée mais bouillie, la moelle et la graisse crue, les hommes évoquent de nouvelles histoires légendaires de chasse . C'est le 23 mai que nous atteignons Inuarfissuaq ( base de Marshall) notre groupe se scinde alors en deux . Kutsikitsoq et moi chacun sur sa traîne, cependant que Oaaqqutsiaq et les femmes longeront la côte et auront tout le temps de chasser le phoque en nous attendant . le pays ici n'a jamais été cartographié, je multiplie les visées, relève des coupes de terrain dans ce sol glacé , dresser la topographie aux passages difficiles , nous courons en avant des chiens, de nombreuses traces de caribou sont relevées. C'est le 26 mai dans l'après midi que nous devons arriver aux abords du lac dit l'Iceberg, ou de Septembre ou Hiawatha altitude 274 mètres nous bivouaquons sur un gros rocher de gneiss gris pailleté d'aspect confortable, sans dresser de tente nous dormons en plein jour allongés sur nos traîneaux , après neuf heures de sommeil  lourd , mon compagnon fatigué par la montée d'hier , est encore très endormi. Fin de matinée nous atteignons la haute falaise de cap; le glacier se présente mal et visiblement Kutsikitsoq ignore où est la passe, il se démène et en maugréant va dans tous les sens; nous pataugeons dans l'eau des torrents, je mesure au passage la position de ce glacier pour en compter l'avance depuis l'expédition de mon devancer Lauge Koch en 1922. De palier en palier nous montons, en fin d'après midi nous atteignons les 1200 mètres qu'atteste mon altimètre pas de doute ,de la neige et du brouillard venant du chenal Kennedy, quelques heures plus tard un brouillard laiteux nous enveloppe . Au bout de treize heures de marche en zigzag nous établissons notre campement , nous partageons le reste de nos deux phoques entre chiens et nous même. Après le repas j'essaie de faire le point, en comptant deux à trois mètres par heures, je connais à peu près ma position, le problème est de ne pas dépasser les 70° 30 de longitude, Kutsikitsoq placide mais narquois, me regarde faire, il saisit négligemment ma boussole, s'efforçant de démontrer en la plaçant dans toutes les positions qu'elle ne vaut rien ! "Nos livres se sont nos têtes, la boussole esquimaude la voilà" il me montre ses yeux et son nez . La situation en vérité est difficile , le brouillard peut se prolonger et nous sommes à cours de vivres. Kutsikitsoq se lève, furieux , il regroupe ses affaires, je ne dit mot, je n'ai pas bougé d'un pouce, ni cillé, au dehors je l'entends rassembler ses chiens, cinq minutes plus tard il est parti. Me voici donc seul, et qui plus est abandonné, à l'Esquimaude je réagis, alors à la difficulté je mange, il me reste un cinquième de phoque, c'est en mâchant, je l'ai dit que l'on pense le mieux, on reprend calme et force. je revois mes notes, trois heures plus s'écoule mon plan est arrêté, dormir d'abord et, au petit matin partir avec les chiens, en suivant comme prévue la route que je me suis assignée. je vais me coucher lorsque j'entends contre ma tente des pas feutrés de chiens , Kutsikitsoq ! Je ne bouge pas , le mieux est d'agir comme si le temps s'était gommé; nous dormons côte à côte comme deux frères difficiles. Je ne m'étais pas trompé ma navigation était bonne et ma vie esquimaude sur la piste avec le fier et coléreux Kutsikitsoq se lisse d'un nouveau lien. J'examine le travail, dans les grandes lignes, l'expédition atteint ses buts essentiels. La carte en témoigne, grâce à notre travail quotidien, cinq feuilles de la Terre d'Inglefield et de la Terre de Washington pourront être ultérieurement être dressées d'Etah au cap Agassiz et de Pullassuaq ( nord glacier de Humboldt) au cap Jackson sur une profondeur de 1 à 3 km selon les itinéraires. Avec l'autorisation du gouvernement Danois, j'ai pu donner, onze noms français aux caps, baies , rivières, fjords reconnus. J'ai évoqué plus haut la personnalité de ce grand géographe ) un cap Joset ( géophysicien français qui perdit la vie dans une crevasse du Groenland central en 1951 et avec lequel j'étais très lié )voulant aussi honorer les Esquimaux toujours oublié sur les cartes, j'ai baptisé le fjord Uutaaq ( père de Kutsikitsoq , compagnon de Peary et ancien chaman )  une rivière Aqajak ( Esquimau mort avec Krueger 1930 1931) Une rivière Aajaku frère de Qaaqqutsiaq qui participa à la dramatique seconde expédition  de Thulé non loin du fatal secteur où Wulff  est mort de faim . Six caisses d'échantillons géologiques, de fossiles , de prélèvement de sable, d'argile, de sacs de cailloux de rivière ont été rassemblées . Sur la géologie et principalement la géomorphologie des terrains traversés, cinq carnets couverts de notes, de croquis, et de mesures, devant permettre des analyses approfondies, des études en laboratoire de la Station du Froid du CNRS que j'ai ultérieurement conduites sur la gélifraction avec diverses simulations aussi proche que possible des conditions naturelles, ici soigneusement identifiés; des collections de prélèvements de roches altérées de fossiles littoraux , une importante documentation photographique. Les traits ethnologiques  dont ce livre témoigne se transmettront plus où moins à des hommes nouveaux, trouvant des points d'appuis différents . Un Groenland moderne se lève , et les Inuits sont déjà , plus qu'une ethnie , une jeune nation. Assurément , il ne peut être question de renier , le titre de ce livre, les chasseurs de la protohistoire, tels que je les ai connus dans une majesté à jamais perdue , seul vivant au plus profond de ma conscience.

dimanche 16 avril 2023

Il était une fois Hollywood de Quentin Tarantino

 




Rick Dalton, vedette du petit écran sur le déclin, noie son chagrin dans l'alcool. Sa rencontre avec l'agent Marvin Schwarz grand fan de son travail, peut-elle sauver sa carrière ? La sonnette retentit sur le bureau de Marvin Schwarz " C'est mon rendez-vous de dix heures et demie , Mademoiselle Himmeltseen ? Oui Monsieur Schwarz réponds la voix flutée de sa secrétaire dans le minuscule haut parleur. Lorsque la porte du bureau de Marvin s'ouvre, sa jeune secrétaire, entre la première, c'est une femme de vingt et un ans, d'obédience hippie ; elle porte une mini jupe blanche qui mets en valeur ses longues jambes bronzées et a de longs cheveux bruns coiffés à la Pocahontas une natte de chaque côté du visage. Bel homme de quarante deux ans l'acteur Rick Dalton, avec sa banane châtain , luisante de gomina comme il se doit, lui emboîte le pas. D'un geste de la main , l'agent fait signe à l'acteur de s'asseoir sur un des sofas en cuir . " Commençons par le commencement dit l'agent , je vous transmet les salutations de ma femme , Mary Alice Schwarz ! Nous avons visionné deux longs métrages avec Rick Dalton dans notre salle de projection hier soir ; Ouah c'est à la fois flatteur et gênant dit Rick , qu'est ce que vous avez regardé ? Des copies de 35 mn  de Tanner et des Quatorze Gros Bras de Mc Cluskey , et bien ces deux là font partie des bons dit Rick Mc Cluskey  a été réalisé par Paul Wendkos , de tous les réalisateurs avec qui j'ai travaillé , c'est celui que je préfère , il a fait Gidget , j'étais censé de jouer dedans, c'est Tommy Laughlin qui a eu le rôle , mais ce n'est pas grave je l'aime bien Tommy, il m'a fait jouer dans la première grande pièce que j'ai jamais faite . Ah oui dit Marvin , vous avez beaucoup joué au théâtre ? Pas beaucoup dit Rick , je m'ennuie constamment refaire les même trucs. Qu'est ce que vous fumez ? demande Marvin à Rick : Des Capitol W Lights réponds Rick , mais aussi des Chesterfield, des Red Apple et, ne riez pas , des Virginia Slims , Marvin rit quand même , la marque sponsorisait " Chasseurs de primes " alors je m'y suis habitué . Votre agent normalement c'est Sia , et il m'a demandé , si j'accepterais de vous rencontrer . Rick hoche la tête. Savez vous pourquoi , il m'a demandé de vous recevoir

Ouais , vous êtes un agent spécial, dit Rick , tout à fait dit Marvin . Eh bien , dit Rick , tel que ça m'a été expliqué vous placez des acteurs américains dans des films étrangers
Contrairement à d'autres , je ne suis pas dans le business des has been, je suis dans le business des princes d'Hollywood .Van Johnson, Farley Granger, Russ Tamblyn, Mel Ferrer L'agent énonce un exemple légendaire; quand un Lee Marvin ivre mort, qui devait jouer le rôle du colonel Mortimer dans " Et pour quelques dollars de plus ", s'est désisté trois semaines avant le début du tournage, c'est moi qui ai dit à Sergio Leone d'amener son gros cul au Sportsmen's Lodge et de prendre un café avec un Lee Van Cleef désintoxiqué et sobre. Marvin poursuit : " Chasseurs de primes" en revanche était une série de western tout à fait honorable, vous avez ça votre actif et vous pouvez en être fier .Mais tournons nous vers l'avenir. Donc , chasseurs de primes: c'était NBC ; combien de temps durait chaque épisodes ? Eh bien une demi heure. combien de temps ca à duré ? On a démarré les diffs télé à la rentrée 1959 1960 en automne ; Et ça s'est arrêté quand ? Au milieu de la saison 1963 1964. Comment avez vous décroché le rôle ? J'avais fais une apparition dans Tales of Wells Farge , j'étais Jesse James. Et c'est ça qui a attiré leur attention ? Oui il a quand même fallu que je fasse un bout d'essai. Dites moi précisément la liste des films que vous avez fait, pendant l'interruption ? Eh bien le premier dit Rick ça été " Sur la piste des comanches "avec le rôle principal un Robert Taylor très vieux , très moche, un vieux binôme avec un jeune, moi et Robert Taylor, moi et Stewart Granger, moi et Glen Ford , ce n'était jamais moi tout seul, dit l'acteur sur le ton de frustration , c'était toujours moi et un vieux crouton  Eh vous avez fait un film avec Georges Cukor ? Ouais dit Rick un vrai navet intitulé " Les Liaisons Coupables" Super réalisateur , film exécrable, ça c'est bien passé avec Cukor ? Vous plaisantez ? dit Rick Georges m'a totalement adoré ! puis il se penche au dessus de la table basse et chuchote d'une voix lourde de sous entendu : Je veux dire , il m'a vraiment adoré .L'agent sourit , signifiant à l'acteur qu'il a saisi l'allusion ;  " Toutes mes scènes sont avec Glynis  Johns , on est à la piscine, Glynis a un maillot de bain  une pièce, on ne voit que ses jambes et ses bras , tout le reste est caché. Moi en revanche , j'ai le slip de bain le plus mini mini que la censure pouvait accepter ; un maillot de bain brun clair , sur la pellicule en noir et blanc on dirait que je suis à poil ! J'ai de grandes scènes de dialogue et je me trimbale le cul à moitié à l'air, pendant dix minutes de ce putain de film . Les trois westerns que vous avez faits, Sur la piste des Comanches, Feu d'enfer au Texas et Tanner , ont enregistré des scores relativement bon en Italie, en France et en Allemagne . Et Tanner a été bien accueilli  en France , Vous lisez le français ? demande Marvin , Non répond Rick. Bon en Amérique, ça s'est passé correctement pour Columbia à la sortie . Mais en Europe, putain la vache ! Manifestement ," Les Quatorze Gros bras" de Mc Clus Key à cartonné dans toute l'Europe, ils savent qui vous êtes en Europe, vous êtes le mec cool avec un bandeau sur l'œil et le lance flammes qui bute cent cinquante nazis. Bien , il y a eu au moins quatre personnes qui m'ont raconté une histoire à votre sujet, commence Schwaz , mais aucune n'en connaît  le fin mot , c'est quoi cette légende selon laquelle vous avez failli avoir le rôle de Mc Queen dans la grande évasion ? Rick a dû raconter cette histoire sans queue ni tête tant de fois qu'il la réduite à ses éléments les plus basiques. Bon , commence Rick apparemment au moment où John Stargs  offrait à Mc Queen le rôle titre de Hilts , le roi du frigo , dans la Grande Evasion , Carl Foreman le tout puissant scénariste producteur des Canons de Navarone  et du pont de la rivière Kwaï faisait ses débuts à la réalisation avec un film intitulé les vainqueurs, et il proposait à Mc Queen un des rôle principaux et apparemment Mc Queen hésitait tellement que Sturges  a été obligé de dresser une liste d'acteurs possible au cas où il faudrait le remplacer et apparemment j'étais sur la liste . Marvin demande : " Qui d'autre y avait il sur la liste ? Quatre noms dit Rick , moi et les trois Georges : Peppard , Maharis et Chakiris . Sur cette liste je vous vois tout à fais obtenir le rôle, bon il y aurai eu Paul Newman je dis pas , mais les Georges à la con là ? de toute façon McQueen a accepté le rôle . Tandis que Marvin lui inflige l'autopsie de sa carrière , Rick éprouve une sensation  cuisante et brûlante derrière les globes oculaires, et les larmes lui montent aux yeux; Marvin peu soucieux de l'angoisse de Rick termine, je ne dis pas que les Italiens ne veulent pas de vous , je dis que les Italiens vont vouloir de vous parce qu'ils voudront McQueen et ne pourront pas l'avoir , et quand ils finiront par s'en rendre compte , alors ils voudront un McQueen qu'il pourront avoir et ce sera vous . L'honnêteté des paroles brutales prononcées par l'agent choque  autant Rick Dalton que si Marvin  lui avait allongé une énorme torgnole . En outre c'est Rick qui a demandé à rencontrer Marvin , c'est Rick qui veut des premiers rôles dans des longs métrages plutôt que de jouer le méchant de service dans des feuilletons télévisés . Et c'est à Marvin qu'incombe la mission de lui expliquer les réalités et les éventuelles opportunités d'une industrie cinématographique à laquelle l'acteur connaît que dalle. Une industrie ou Marvin est un expert reconnu " Monsieur Dalton , vous n'êtes pas le premier acteur à avoir eu des rêves de grandeur après avoir décrocher un rôle dans une série , en fait c'est une maladie commune par ici , c'est pardonnable , mais ajoute l'agent , cela nécessite de se réinventer un peu. " Et en quoi faut il que je me réinvente ? demande Rick ." En quelqu'un de modeste ". répond Marvin 
Cliff Booth , quarante six ans, la doublure cascade de Rick Dalton, porte un bleue jean Levis serré et une veste en jean Levis assortie sur un tee shirt  noir ;  cette tenue est un vestige d'un film de motards à petit budget il y  a trois ans . L'acteur réalisateur Tom Laughlin , un vieux pote de Rick et ami de Cliff ; ils ont fait les Quatorze gros bras de McClusky  tous les trois  Rick avait engagé Cliff pour qu'il fasse sa doublure cascade de deux personnages de bikers . Cliff trouvait les films hollywoodiens irréalistes ,quand il avait vu Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger , il avait ri des dialogues que les journaux qualifient de " langage adultes choquant" Il avait plaisanté avec Rick. En revanche , quand il voyait des films étrangers, les acteurs avaient un niveau d'authenticité qu'on ne trouvait tout simplement pas dans les films hollywoodiens. L'acteur préféré de Cliff , sans conteste, et haut la main, c'était Toshiro Mifune avec une telle intensité qu'il en oubliait les sous titres. L'autre acteur étranger que Cliff aimait vraiment , c'était Jean Paul Belmondo. Quand Cliff avait vu Belmondo dans A bout de souffle , il s'était dit : Ce mec ressemble à un putain de singe ; mais un singe qui me plaît . Comme Paul Newman , que Cliff appréciait , Belmondo avait un charme de star de cinéma. Mais quand Paul Newman jouait un salopard comme dans Le plus sauvage d'entre tous , il était un salopard sympathique . Alors que le gars d'A bout de souffle n'étais pas juste un connard de tombeur sexy ; c'était un pauvre type , un voleur à la petite semaine, un sale con .Et, contrairement à un film hollywoodien, ils les rendaient toujours attachants , ces sales cons, et c'était le truc le plus bidon que faisait Hollywood . Dans la vraie vie , ces fumiers n'avaient vraiment rien d'attachant. Les films étrangers, estimait Cliff , étaient plus comme des romans. Ils se fichaient que vous aimiez ou pas les personnages principaux. Et Cliff trouvait cela intrigant. Et donc , dès les années cinquante, Cliff avait pris l'habitude de monter dans sa voiture et de se rendre à Beverly Hills , Santa Monica, West Los Angelès ou Little Tokyo pour aller voir des films étrangers en noir et blanc avec sous titres en anglais. La Strada, Le Garde du corps, Vivre, Le Pont, Du rififi chez les hommes , le Voleur de bicyclette, Rocco et ses frères, ville ouverte, Les sept Samouraïs. Ses séances du dimanche après midi, il y allait habituellement en solitaire, cela n'intéressait personnes d'autre dans son cercle ( il était presque comique de constater à quel point la communauté des cascadeurs se souciait peu de cinéma ) . C'était un temps d'intimité avec Mifune, Belmondo, Bob le Flambeur et Jean Gabin ( à la fois le Gabin jeune et le Gabin à la crinière blanche ); c'était son moment avec Akira Kurosawa. La Cadillac coupé De Ville 1964 de Rick Dalton, avec son chauffeur Cliff Booth au volant, sort du parking souterrain du bâtiment William Morris pour de retrouver sur Charleville, puis prends la première à droite sur Wilshire Boulevard. Alors que la Cadillac vintage et les deux types vintage roulent sur le boulevard encombré, la sous culture hippie qui a envahi la ville comme une attaque de sauterelles se met à défiler sur le trottoir, affichant couvertures, robes, pieds nus sales ; ils quittent le boulevard Wilshire encombré et prennent le chemin pour rentrer chez Rick, sur Celio Drive, en passant par des rues résidentielles plus calmes, Rick chope une cigarette de son paquet de Capitol W, l'allume avec son zippo , il fume un quart de cigarette en une bouffée et dit à son chauffeur : " Bon , c'est officiel , mon vieux" il renifle bruyamment et ajoute : " je suis un has been ." Cliff tente de consoler son patron : " Allons camarade, qu'est ce que tu raconte ? il ta dit quoi ce gars ? "   "Il m'a dit la vérité, bon sang, voilà ce qu'il m'a dit , il m'a fait comprendre que j'avais foutu ma carrière en l'air ." " Bon il s'est passé quoi ? demande Cliff " il ta envoyé paître ? " Non il veut m'aider à jouer dans des films italiens" Et alors où est le problème ? L'acteur prends une longue taffe dépité, en recrachant la fumée il explique : " Cinq années d'ascension ; dix ans à faire du sur place , et là c'est le plongeon jusqu'au fond." Cliff dit les choses telles qu'elles sont : Rick , je suis ton chauffeur; depuis le Frelon Vert, et depuis que tu t'es fait retirer ton permis de conduire, ton homme à tout faire, je ne me plains pas , ça me plaît de garder ta villa sur les hauteurs de Hollywood quand tu n'es pas là. Mais ça commence à faire un bail que j'ai plus été cascadeur à plein temps. Donc, de mon point de vue, aller à Rome pour être la vedette dans des films me paraît pas être un destin pire que la mort, comme tu semble le penser ." Autre truc vraiment cool que Cliff apportait au binôme : outre le fait d'être un bon ami , un bon cascadeur et un héros de guerre en ce monde de faux semblants , Cliff, lui, était un vrai tueur .Il était un héros de la deuxième guerre mondiale, on lui avait décerné la médaille du mérite deux fois . Une fois devenu veuf  Cliff n'avait plus jamais eu une seule relation sérieuse avec une femme, il se tapait des nanas, il profitait de l'ambiance amour libre à volonté qui flottait dans l'air à la fin des années soixante. Cliff n'aimait que sa chienne Brandy , sa pitbull à la tête plate aux oreilles repliées, un poil brun roux, elle l'attendait avec impatience à la porte de la caravane de Cliff, guettant le son de la Karmann Ghia de son maître se garant à l'extérieur. A la seconde où Cliff avait tué sa femme avec le fusil à harpon pour requins, il avait su que c'était une mauvaise idée. Cliff détestait cette femme, depuis ce qui semblait être des années, mais au moment ou il l'avait vu fendue en deux, deux moitiés séparées gisant sur le pont de son bateau, les années de mauvaise volonté et de ressentiment s'était instantanément évaporées; il s'était précipité auprès d'elle, l'avait bercée, maintenant ensemble les deux parties de son buste, proférant de sincères paroles de regrets et de remords. Au sein de la communauté des cascadeurs à Hollywood, dans les années soixante , Cliff Booth était extrêmement admiré pour sa carrière militaire exemplaire. Mais une rumeur très répandu voulait que Cliff Booth eût assassiné sa femme et réussi à éviter toute condamnation . Le décès de Billie Booth avait été classé dans la catégorie "mort accidentelle" Et de ce jour Cliff devint l'homme à la réputation  la plus sulfureuse à poser le pied sur un plateau de tournage de Hollywood . En effet quel que soit le plateau de tournage sur lequel il posait le pied, il était invariablement le seul dont tout le monde savait qu'il avait commis un meurtre et réussi à s'en tirer . Qu'est ce que la société voulait de plus ? Le grand nombre de soldats américains qu'il avait sauvé en butant les Japs valait bien une Billie Booth .Cela étant dit , les services chargés de faire respecter la loi ayant enquêter sur l'affaire n'était pas aussi informés , des tendances violentes de Cliff Booth selon laquelle il s'agissait d'une tragique fausse manip du matériel de plongée était tout à fait plausible. En outre, il s'avérait que prouver avec exactitude , ce qui s'était passé, entre deux individus seuls sur un bateau au milieu de l'océan n'était pas si facile. Et donc sur la base d'une histoire dont on ne pouvait prouver la fausseté , le décès de Billie Booth avait été classé dans la catégorie " mort accidentelle" Mais la bagarre sur un plateau de tournage à laquelle Cliff devait sa funeste notoriété était le " combat amical" entre lui et l'as des arts martiaux le plus célèbre de tous les temps Bruce Lee . Bruce n'était pas encore une star de cinéma , ni une légende . Bruce Lee était surtout connu  comme le coach de karaté des gens riches et célèbres, Steve McQueen, James Coburn , Roman Polanski, Jay Sebring et Stirling Silliphant ont tous pris des cours chez eux avec Bruce Lee . Ce n'était pas le genre de Cliff, il n'était pas impressionné par ses scènes de combat. Ce mec est super vif , proteste Cliff, mais y n'a aucune puissance dans ses coups, ça en jette ...sur la pellicule , mais ces tantouzes de karaté ont pas de puissance dans leurs coups, il en a pas un capable d'encaisser une beigne. J'aimerai bien voir cette tantouze dans la jungle, à se battre contre un Japp qui pèse quinze kilos de plus que lui, avec un couteau à la main . " Tu as une grande gueule, la doublure, j'aimerai vraiment que tu la ferme, surtout devant tous mes amis" Bruce propose à Cliff un combat amical , au meilleur des trois manches, on n'essaie pas de faire mal à l'autre, le premier qui mets l'autre le cul par terre . Ce que Bruce ignorait c'est que Cliff adorait ces défis où il s'agissait de gagner deux manches sur trois. Il appliquait la même technique sournoise, il accorde à son adversaire la première manche, il lui oppose très peu de résistance, Cliff sait aussi , que dans ce genre de face à face son adversaire utilisera les coups ou la combinaison avec lesquels il se sent le plus à l'aise.. Bruce avait donc décidé que le coup le plus sûr un saut flottant qui l'emmènerai très haut mais s'en grande propulsion vers l'avant, puis stopper son vol en venant taper du pied sur la poitrine de cette andouille qui partirait à la renverse et tomberait sur le cul, histoire de donner à cet enculé une bonne leçon et c'est exactement ce qu'il avait fait, le cascadeur blond à terre l'avait regardé et avait dit dans un sourire ... niais " "Joli bond , la ballerine "puis en se relevant " Recommence un peu " Bon d'accord s'était dit Bruce, il faut juste que ce tordue ne se casse pas le coccyx en touchant le sol; et là Cliff empoignant le karatéka par sa jambe et sa ceinture , l'avait envoyé valser comme un chat brutalement contre une voiture garée sur le plateau. Bruce avait entendu un craquement provenant du bas de sa colonne vertébrale, il s'était vraiment fait mal , Bruce devait aussi admettre que si Cliff, n'était pas au niveau des adversaires qu'il affrontait dans les tournois d'arts martiaux , il avait un truc en plus , c'était un tueur ! Fort heureusement , la troisième manche avait été interrompue par la femme du coordinateur de la série . Pendant que Rick , avec l'aide de son magnétophone , apprends son texte, pour la prochaine scène, il entends frapper à la porte de la loge. " Dites Monsieur , Dalton dit le deuxième assistant réalisateur, si vous voulez bien Sam souhaiterait discuter un peu avec vous sur le plateau, Rick avait travaillé dur pour mémoriser ses répliques du lendemain . Les professionnels savent leurs textes et Rick est un professionnel, mais habituellement les professionnels ne se sifflent pas huit whiskies , bon certains acteurs professionnels font çà ; mais au fil des ans ils ont appris à gérer. Et ces acteurs là ( Richard Burton, Richard Harris ) sont des ivrognes professionnels, Rick , lui n'est encore qu'un amateur. Il ne fait pas oublier que beaucoup de premiers rôles des années cinquante avait fait la deuxième guerre mondiale. Et beaucoup d'hommes devenus acteurs à la fin des années 50 et au début des années 60 s'étaient battus en Corée, et beaucoup de ces hommes avaient vu des choses pendant la guerre qu'ils pourraient jamais effacer de leur esprit. Et comme leur génération comprenait cela , leur alcoolisme était dans une large mesure toléré. Dans le contrat du premier rôle, Georges C. Scoh il était stipulé que trois jours de production seraient perdus en raison d'alcoolisme de l'acteur . Avant qu'Aldo Ray finisse quasiment à la rue dans les années 70 , ses abus d'alcool étaient pour ainsi dire tolérés par les sociétés de production cinématographique. Rich Dalton , lui n'a pas de telles excuses. S'il boit , c'est à cause de la combinaisons de trois facteurs : dégoût de lui même, auto apitoiement et ennui. Cliff avait fait le voyage en Europe avec son patron , Rick Dalton et pour la première fois depuis bien longtemps . C'était le quatrième films européens qu'ils enchaînaient en peu de temps. Ils partageaient un appartement chic à Rome avec une vue imprenable sur le Colisée . Rick allait systématiquement manger dans des restaurants italiens, sifflait cocktails sur cocktails dans les boîtes de nuit et de manière générale menait la grande vie d'une star avec Cliff dans le rôle de copilote. Au splendido hôtel , le plus proche des formations rocheuses évocatrices du Far West qui parviennent à faire passer l'Almérie pour l'Arizona ; Cliff s'empara du petit sceau à glaçons fourni par l'hôtel, l'établissement n'était pas climatisé chaque client dans chaque chambre avait un ventilateur bruyant fourni par les Espagnols. En passant devant la chambre 104, Cliff lança un coup d'œil à l'intérieur  et aperçut un vieil homme bâti comme une armoire. C'est Aldo Ray , songea Cliff en passant pour la deuxième fois devant la chambre , il lança à nouveau un coup d'œil , sauf que cette fois ci , il entendit la voix de la star, si caractéristique , douce , râpeuse. Hé ! oui répondit Cliff  " Tu travaille sur ce Western ?" Oui Monsieur Ray " Cliff entra dans la chambre de l'acteur et serra la main de la vedette Warner Bros des années 50. Cliff Booth , je suis la doublure cascade de Rick Dalton . "Doux jésus , qu'est ce qui t'ai arrivé à la tronche!"  "Je me suis pris un coup de crosse dans l'œil " Il t' a cartonné la gueule , hein ? fit Aldo , Cliff haussa les épaules .... c'est le boulot, je suis le punchingball à la place de Rick " Tu bosses avec lui depuis longtemps ? " ça vas faire pas loin de dix ans " Aldo leva la tête " Hé l'ami , je suis mal en point tu pourrais me trouver une bouteille ?" " Oh dit Cliff , je suis désolé Aldo vous êtes pas censé boire , la production à envoyé  un mémo à tout le monde pour qu'on vous donne pas d'alcool "" S'il te plaît ....s'il te plaît gamin , je vais pas bien , allez sois sympa " Cliff alla dans sa chambre, prit la bouteille de gin , et la tendit à l'homme de la chambre 104. Ayant sécher la bouteille de gin de Cliff , Aldo ne fut pas en mesure de travailler le lendemain et fut renvoyé chez lui par le premier avion. Les producteurs espagnols essayèrent par tous les moyens de savoir qui avait fourni l'alcool à Ray, mais heureusement pour  Cliff, ils ne le surent jamais . Cliff était tellement dans ses petits souliers , qu'il n'en parla même pas à Rick, enfin il laissa passer deux ans avant de lui en parler . Cliff dépose Rick chez lui sur le coup de dix heure trente ce soir là; ce qui laisse à Rich suffisamment de temps pour apprendre son texte du lendemain . A peine a t'il franchi le seuil que, comme le font tous les acteurs du monde, il contacte son service de répondeur téléphonique , il a en un de l'agent Marvin Schwaz , il compose vite le numéro . "Bonsoir , M Schwaz  dit Rick" ' Je suis tellement content que vous ayez rappelé, mon message tient en quatre mots, Nebraska Jim, Sergio Corbacci ," Sergio qui ? demande Rick  c'est qui ? Le deuxième meilleur réalisateur de Western spaghetti au monde l'informe Marvin "Il fait un nouveau Western intitulé Nebraska Jim et grâce à moi, il envisage de vous confier le rôle. Alors j'ai le rôle ? Ce que vous avez c'est un dîner, il vient juste de rencontrer trois jeunes acteurs, Marvin débite à toute allure " Robert Fuller, Gary Lockwood , Rick Nelson et Ty Hardin "C'est super bégaie Rick , mais je peux vous parler franchement? Toujours dit Marvin   ; écoutez M. Schwaz tout ce qui est Western spaghetti ..... ça ne me plaît pas, en fait je les trouve horribles . Combien en avez vous vu, un ou deux et donc vous avez un avis d'expert sur la question ? " Ecoutez , mon grand, vous m'avez demandé si vous pouviez me parlez franchement, et bien  maintenant c'est moi qui vais être franc avec vous. Vous avez tenté la transition télé cinéma et ça n'a pas marché, il faut dire que ça marche rarement, d'accord ça à marché pour Mc Queen et ça a marché pour Jim Garner et , le plus incroyable de tous , pour Clint Eastwood . Mais les gars comme vous , Edd Byrnes , Vince Edwards , Georges Maharis  qui avez passé votre carrière à vous coiffer la banane au peigne de poche, vous êtes tous dans le même bateau, maintenant la culture à changé et vous n'avez pas vu le vent tourné. Il faut être le fils hippie de quelqu'un de connu pour être vedette de ciné de nos jours. Peter Fonda, Michael Douglas , Kristoffer Tabori , Arlo Guthrie , des types androgynes aux cheveux hirsutes, ce sont eux les chefs de file aujourd'hui . Rick remarque une file ininterrompue de voitures qui arrivent à la résidence des Polanski, "il doit y avoir une fête se dit t'il ? Rick Dalton se tient dans l'allée devant chez lui, vêtu d'un kimono rouge en soie qu'il a acheté lors d'un de ces voyages au Japon, il a discuté avec Marvin Schwaz pendant une vingtaine de minutes, il s'est préparé une pleine chope à bière allemande de Whisky  Sour et a commencé à réciter son texte, puis il entends le téléphone sonner et décroche le combiné fixé au mur de la cuisine; une voix féminine à l'autre bout du fil " Rick Oui répondit Tu es entrain d'apprendre ton texte, c'est Trudi , tu sais Mirabelle du boulot , moi aussi je veux qu'on le répète ensemble? Okay  Et le lendemain sur la parcelle Western de la Twentieth Century Fox sur le plateau de Lancer, les deux acteurs scotchèrent tout le monde .

mardi 21 février 2023

Loin d'Hollywood de Charlie Chaplin


   


1921 : Chaplin qui avait quitter en inconnu l'Europe pour l'Amérique dix ans plus tôt , y revient comme l'un des hommes les plus célèbres du monde . Il se mêle désormais aux princes et aux rois , aux grands esprits de son époque, tout en restant très attaché à ses origines modestes. Une tourte aux bœuf  et aux rognons , la grippe et un câble voilà la triple alliance qui à tout déclenché. Même si un soupçon du mal du pays et de soif d'applaudissements à aussi pu influencer les circonstances qui m'ont envoyé prendre des vacances en Europe . Cela faisait sept ans que je me dorais au soleil perpétuel de la Californie, un soleil artificiellement renforcé par le studio Cooper Hewitt. Cela faisais sept ans que je trimais et me creusais les méninges dans une voie unique. Or je voulais m'échapper . M'échapper d'Hollywood , de la colonie du cinéma, des scénarios de l'odeur de celluloïd , des studios, des contrats, des communiqués de presse, des salles de montages, des foules , des naïades , des tartes à la crème, des grandes chaussures et des petites moustaches . Or je me sentais très fatigué, faible déprimé, je me remettais à peine d'une grippe, j'étais dans l'un de ses états d'esprit où l'on se demande pour tout : " A quoi bon ? " je désirais quelque chose mais  j'ignorais quoi . Et voilà que Montague Glass m'invite un soir à dîner chez lui à Pasadena , j'avais reçu beaucoup d'autres invitations, mais celle là comportait la promesse d'une tourte aux bœuf  et aux rognons l'une de mes faiblesses . La tourte est un enchantement, la soirée aussi, une fête de famille simple et chaleureuse ; il s'installe au piano et je me mets à chanter, nous jouons ensuite aux charades, la fête se termine très tôt, voilà un véritable foyer, habité par un homme au succès artistique et commercial notoire, mais qui s'arrange pour fermer sa porte le soir et avoir la paix. Je reviens de Los Angelès en voiture, un câble de Londres m'attends chez moi, dans lequel on attire mon attention sur le fait que mon dernier film , le Kid , va être projeté à Londres et vu qu'il est salué comme ma plus belle réussite, le temps est venu pour moi de regagner mon pays natal. Cela fait des années que je me promets d'accomplir ce voyage . A quoi ressemblera l'Europe d'après - guerre? Je réfléchi un moment, je n'ai jamais assisté à la première de l'un de mes films. Leurs débuts ont toujours eu lieu pour moi dans des salles de projections de Los Angelès , j'ai ainsi manqué quelque chose de vital et de stimulant. J'ai du succès certes, mais il est rangé dans une boîte que je n'ai jamais ouverte pour y goûter. Des sensations des plus agréables s'annoncent  avec , en plus, la promesse d'un repos assuré . Je compte bien sauter sur l'occasion , d'autant que Kid est peut-être mon dernier film. Et je veux voir l'Europe , l'Angleterre, l'Allemagne, la France . Les billets sont pris, nous plions bagage, tout le monde est sous le choc, ce qui me ravit. Le lendemain soir, j'ai le sentiment que presque tout Hollywood est venu m'accompagner à la gare de Los Angelès . J'ai droit aux scènes classiques sur le quai, l'importance de la foule me surprend. Le train s'ébranle et me voici parti pour trois jours de relaxation et de routine ferroviaire. Je prends parfois nos repas dans le wagon restaurant, parfois dans notre salon , je dors affreusement mal; sans doute y a t-il quantités de gens intéressants à bord du train , je ne cherche pas à le savoir, la plupart du temps nous jouons au solitaire, on peut faire un nombre incalculables de parties en trois milles deux cent kilomètres. Puis nous atteignons Chicago, j'aime bien Chicago je ne suis jamais attardé très longtemps , mais les avants goûts que j'en ai eus m'ont à chaque fois dévoilé une intense activité. Toute l'histoire de la ville parle de sa réussite, toutefois pour moi , Chicago évoque avant tout Carl Sandburg , que j'ai rencontré à Los Angelès et dont j'estime grandement la poésie . Notre troupe descend au Blackstone Hôtel , ou une suite à été mise à ma disposition . Puis arrivent les reporters : " Monsieur Chaplin pourquoi allez vous en Europe ?" " Pour de simples vacances " "Y tournerez vous un film ? " "Non ""Qu'allez vous faire de vos vieilles moustaches ? "  " Les jeter " " Qu'allez vous faire de vos vieilles chaussures ? "  " Les jeter "  Ce garçon s'est bien débrouillé , il a eu juste le temps de me poser ses questions avant d'être écarté d'un coup d'épaule . " Monsieur Chaplin êtes vous Bolchévique ? " " Non"  "Alors pourquoi allez vous en Europe ? " " Pour y prendre des vacances" " Quelles sorte de vacances ? "  " Excusez moi, les garçons , mais je n'ai pas bien dormi dans le train , il faut que j'aille m'allonger" Je vois s'ouvrir la porte de ma chambre, et une main secourable , me fais signe , je réussi à m'engouffrer; une fois à l'intérieur , j'ai toute latitude pour envisager les supplices qui m'attendent au cours de ses vacances . Je ne parle pas des foules, car je les aime, elles sont amicales et spontanées , mais des intervieweurs ! Nous nous rendons ensuite dans les locaux du Dailly News , là les photographes nous guettent , cela ne me dis rien de les affronter; je déteste les séances photos, mais je dois m'y résoudre, je suis l'un des juges du concours , et il leur faut un portrait du juré : Après une collation , nous bouclons nos valises et reprenons le train ; cette fois-ci pour New York , à la gare de nouveau la foule, mais cela me plaît . Après une mauvaise nuit, de nouvelles parties de solitaire et des repas à heure imposée , nous finissons par arrivée à New York . La foule, les reporters, les photographes et Douglas Fairbanks ce bon vieux Doug me mets un bon coup et réussit à me pousser dans une automobile, et nous filons au Ritz et la foule file au Ritz. En nous servant d'une garde de porteurs comme une troupe de choc, nous parcourons la distance entre le trottoir et le hall s'en perdre un seul bouton ; j'en éprouve un mélange de fierté et de soulagement , mais comme d'habitude je me réjouis trop vite, nous montons dans notre suite ; ils sont là , ces messieurs de la presse, " Monsieur Chaplin , pourquoi allez vous en Europe ?" " Pour y prendre des vacances " " Envisagez vous de vous marier un jour ? " " Oui" " Etes vous un Bolchévique ?" " Je suis un artiste, je m'intéresse à la vie , le bolchévisme est une nouvelle phase de la vie, il va donc de soi que je m'y intéresse . " Je suis appelé au téléphone , la presse finit par quitter les lieux .  Nous nous rendons à la projection dans la belle limousine de Mme Nast , la foule s'étire sur plusieurs pâtés de maisons autour du cinéma ; je suis fier d'appartenir au monde du septième art, on nous acclame Mary, Doug et moi , j'essaie d'avoir un air digne, j'arbore mon sourire commercial ; quand nous sortons de la voiture, la foule se presse autour de nous, il y a là presque tout les types d' Américains ; Doug prends Mary sous son aile et fonce comme s'il tournait une scène, je suis son exemple et saisis le bras de Mme Nast, en tout cas j'essaie, mon chapeau s'envole alors vers les cieux, une femme armé d'un ciseau est en train de découper un morceau du fond de mon pantalon ! une autre empoigne ma cravate, puis c'est au tour de mon col de chemise, ma chemise m'est ôtée de force, des boutons de ma veste sont arrachés , mes pieds écrasés, on griffe mon visage, mais je garde mon sourire ; puis tête la première, je m'engouffre dans le cinéma, déconfit je me ressaisi et avec ce qui me reste de ma dignité , je me dirige à grands pas vers la loge qui  a été réservé pour notre groupe . Je réapparais en haillons ,dans la loge ou m'attend un air unanime de désapprobation , je refuse néanmoins de me  laisser gâcher mon plaisir et revois Les Trois Mousquetaires , c'est un vibrant succès pour Doug , bien qu'un peu envieux j'en suis ravi pour lui . je me demande si la projection du Kid pourrait m'apporter un tel triomphe. J'aurai aimé faire une grasse matinée, mais mon avocat me réveille à 9 heures ; il a des liasses de documents officiels et de papiers à me faire signer , j'ai un mal de tête carabiné et mon bateau lève l'ancre à midi . La foule , les reporters, les photographes une cohue , on se pousse , on joue du coude, on présente les passeports, le visa tamponné, tout s'enchaîne parfaitement , et me voici à bord . Beaucoup de passagers m'amènent leurs rejetons pour que je leur soi présenté, les enfants ne me dérange pas . L'Olympic  est gigantesque et je me prépare à tous les plaisirs que réservent ses différents espaces , le bain turc, le gymnase, les salons de musique, le restaurant Ritz Carlton . Nouvelle promenade autour du pont , l'air salin me requinque et efface mes sautes d'humeur. Je me penche au-dessus du bastingage et aperçois en contre-bas les passagers des deuxième et troisième classes, ainsi que les hommes de la chaufferie, c'est l'équipe de nuit venue s'aérer sur le pont, ils m'aperçoivent et me reconnaissent, des sourires se dessinent sur leurs visages noirs; Ils crient  " Hourra!" " Salut Charlie"  " Ah je suis repéré " . Je m'habille pour le dîner, nous nous rendons dans le fumoir et je tombe sur un démoniaque caméraman , " Ecoutez Charlie, je suis vraiment désolé, mais on m'a donné pour mission de vous filmer pendant le voyage . " Et je lui explique que s'il a bien une chose qu'il ne fera pas au cours de cette traversée, c'est de me filmer. " On me paye pour vous filmer , et je vous filmerai donc  Ma soirée est gâchée , je vais me coucher en maudissant toute l'industrie du cinéma; ceux qui fabriquent des films et ceux qui emploient des caméramans . Le lendemain est censé  être le dernier jour à bord, nous approchons la côte. J'ai cesser d'être une curiosité et je suis accepté tel que je suis , sans moustaches et sans déguisements. J'ai échangé des adresses, des cartes, des invitations, je me suis fais de nouveaux amis, on a rencontré un tas de gens charmants trop nombreux pour que je cite leurs noms. Enfin me voici en Angleterre ! Southampton , bien que j'y sois passé, m'est complètement étrangère, rien ne m'y est familier; la foule grossit à vue d'œil, que de jolies femmes, si ,différentes des Américaines !Comment, pourquoi , je l'ignore. Une très belle jeune fille, du type anglais me regarde fixement, elle s'approche de notre wagon, d'une magnifique voix musicale, me demande " Puis je avoir un autographe, Monsieur Chaplin !" belle , cheveux auburn, environ dix sept ans. Nous nous mettons enfin en mouvement, je me penche en avant, comme pour aider le train à aller plus vite, je veux avoir un aperçu de la vieille Angleterre , elle est en proie à une frénésie de la construction, partout des maisons neuves d'un nouveau genre. Mon cousin Aubrey me fascine, un gentleman à l'air plutôt digne mais avec tous les signes distinctifs d'un Chaplin ; il tient un bar dans un quartier  assez huppé de Londres, il y a également Abe Broman qui gère les affaires de la United Artist en Angleterre et puis Song un ami de l'époque ou je me produisais sur scène. Cela fait dix ans que nous ne sommes pas vu , je suis bien conscient d'avoir changé . Londres je reconnais certains immeubles, ce sont les mêmes , je pensais que l'Angleterre se serait transformée, il n'en est rien, elle est restée identique à celle que j'ai quitté en dépit de la guerre . Je ne vois aucune différence, pas même l'aspect des gens et voici la fabrique de poteries Royal Dalton, et là c'est le Qeen's Hend et maintenant nous approchons du Cut rue de Londres très commerçante jusqu'aux années 50 qui longe les voies du chemins de fer menant à la gare Waterloo. Je sors immédiatement du train , deux policiers me prennent chacun par un bras, il y a des caméramans , des photographes, je distingue des visages lointains, j'entends des voix au bout du quai " Le Voici ! il est là ! C'est lui ! " des milliers de personnes attendent dehors " Bravo Charlie !" l'atmosphère est vraiment chaleureuse, les policiers jouent des coudes et repoussent les assauts; les fille hurlent d'une voix stridente : Charlie! Charlie! Bonne chance à toi, Charlie! Dieu te bénisse ! Soudain une terrible cohue , la foule se divise en plusieurs flux, je commence à m'inquiéter pour mes amis; ou est Tom ? et Carl ? Où est mon cousin ? Une autre bourrade, il y a des policiers partout, je suis entrainé, soulevé et presque balancé dans la limousine ; pensif je réfléchis à ce que j'ai fait jusque là rien d'extraordinaire, rien qui puisse justifier tout cela Charlie soldat était peut-être un bon film mais toute cette clameur pour un acteur de cinéma ! Ah voici Big Ben comme le clocher me paraît petit à présent, nous tournons dans Haymaik et les gens me saluent depuis leurs fenêtres, nous approchons du Ritz, hôtel ou je descends ; on me conduis à ma suite, il y a des bouquets de fleurs envoyés par deux ou trois amis , le directeur se présente, les gens m'acclament; dans la rue Comment réagir ? En me mettant à la fenêtre, je lève les bras, fais le clown , me serre la main à moi même, adresse des baisers , je repère un bouquet de roses et commence à envoyer des fleurs à mes admirateurs, lesquels se jettent dans une folle mêlée pour les récupérer , peu après le chef de police surgit dans ma chambre "Monsieur Chaplin , tout se passe bien, mais de grâce ne lancez plus rien par la fenêtre, vous allez provoquer un accident , des gens vont mourir écrabouillés . Finalement ,Tom Gerayhty, Donald Crisp et moi annonçons notre intention d'aller faire un tour ; nous nous échappons par l'arrière de l'hôtel. Je suis sûr que tout ira bien et que personne me reconnaîtra , je n'en peux plus, je demande donc à Donald et Tom de me laisser , je veux être seul, me promener seul . Je hèle un taxi pour m'éloigner plus vite et demande au chauffeur de m'emmener à Lambeth , nous traversons le nouveau Westiminyer Bridge  , les choses reviennent plus familières, de l'autre côté se trouve le nouveau bâtiment du London Country Council , le chantier à durée des années . Westminyer Road s'est beaucoup dégradé je l'empruntais à pied dans le temps. Mon Dieu ! Là sous le pont ! le vieil aveugle est toujours là ! c'est bien lui, le vieille silhouette que je voyais quand j'avais cinq ans , il a un peu plus de vert sur ses vêtements ,un peu plus de gris dans sa barbe emmêlée , ses yeux ont toujours ce même regard austère qui m'angoissait dans mon enfance ; pour moi tout est trop douloureux, cet homme personnifie la pauvreté dans ce qu'elle a de pire, noyée dans l'inertie engendrée par la perte de tout espoir . Voici Baxter Hall où pour un penny nous allions autrefois voir les plaques, d'une lanterne magique l'ancêtre des films d'aujourd'hui , il y a du sens à ce que je me trouve là. Voilà les bains de Bennington , responsables de nombreux jours d'école buissonnière, on pouvait y nager, en seconde classe , pour trois pence ( si l'on apportait son maillot de bain. ) Nous remontons ensuite Brook Street jusqu'en haut du quartier bohême , nous dépassons le pub Kensington puis empruntons Kensington Cross et Chester Street où j'habitais autrefois .Je retrouve mes amis à L'Embany Club , mais Edqui est fatigué nous quitte après le repas , nous prenons un taxi  et nous nous rendons à Lambeth , je veux leur faire découvrir le quartier en détail comme s'il m'appartenait ; me revient à l'esprit la boutique d'un vieux photographe dans Westminster Bridge Road , je me rappelle y avoir contemplé quant j'étais enfant, un portrait présenté en vitrine celui de Dan Leno  ( célèbre artiste du music hall britannique  (1860-1904) spécialisé dans les chansons comiques et les numéros burlesques l'un de mes idoles dans ma jeunesse ; la photo n'a pas bougé, de même que le photographe son nom , Sharp figure toujours sur l'enseigne, je raconte à mes amis que j'avais été pris en photo dans ces studios, il  y a une quinzaine d'années et nous entrons demander s'il y a moyen de récupérer un tirage " Mon nom est Chaplin dis je à l'employé , nous avons détruit les négatifs , il y a longtemps m'éconduit il ; et les négatifs de M. Leno, vous les avez détruits aussi ? Non mais M. Leno est célèbre !Ainsi en va -t-il de la renommée, j'étais là à me hausser du col , à me prendre pour une sommité en tant que comique et voilà  que le négatif de mon portrait avait été détruit ! Heureusement , une petite compensation m'est offerte : quand j'apprends au type que je suis Charlie Chaplin , il met sa boutique sens dessus dessous pour me tirer le portrait; mais je n'ai pas le temps. Et puis je préfère m'en aller, car j'entends ricaner mes amis devant qui j'avais eu l'intention  de fanfaronner. Puis je décide sur un coup de tête de gagner la France ; j'appelle Car Robinson et lui annonce notre départ imminent pour Paris. A l'approche de la France , j'en viens presque à oublier mon mal de mer . Je suis accueilli par le chef de la police, ce qui me surprend , car j'étais persuadé d'avoir été assez malin pour pouvoir débarquer discrètement . Mais non, le bateau entre au port et j'aperçois un quai noir de monde. Des chapeaux s'agitent, des baisers me sont lancer et des acclamations fusent . Vive Charlot ! Bravo Charlot! Les gens examinent soigneusement mon autographe , ils paraissent déçu :Ah je comprends , ils espéraient un " Charlot " alors je me mets à signer " Charlot" On m'entraîne ensuite vers un drôle de petit train français , tout est différent ici : nouvelle monnaie , nouveau langage, nouveaux visages, nouvelle architecture. Nous entrons dans le wagon restaurant , il s'agit en fait d'une table d'hôte dont le service est assuré par trois garçons, tout le monde est servi en même temps, voilà l'économie à la française. Il pleut à notre arrivée à Paris, une avalanche de reporters me tombe dessus, nous sommes repérés par un journaliste qui nous suggère une autre sortie et nous montre le chemin. Je saute dans un taxi et me fais conduire à l' hôtel Claridge . Le lendemain , Waldo Frank et moi nous retrouvons pour une promenade, nous nous asseyons sur un banc des Champs -Elysées et regardons les charrettes qui se dirigent vers le marché au petit matin , Paris me semble particulièrement belle en cet instant. Quelle ville! Quelle force à fait d'elle ce qu'elle est ? Qui donc à pu concevoir un tel endroit , un tel pays de gaieté perpétuelle ? C'est un chef d'œuvre parmi les cités, le dernier lieu en fait de plaisir . Puis je suis invité chez un grand couturier à la mode, quel régal de pouvoir admirer le défilé des mannequins dans cet immense et luxueux établissement . Puis une fête est organisée par Dudles Field Malone au Palais Royal dans un quartier de Montmartre. Le lendemain Waldo Frank accompagné de Jacques Copeau, l'un des plus grands dramaturges et comédien français qui administre et dirige son propre théâtre , nous nous rendons ensemble au cirque, je n'ai jamais vu tant de clowns à la mine déconfite , nous dînons tout les trois dans un café du quartier Latin ; vers quatre heures nous échouons dans un autre café , mal éclairé, mais très fréquenté , nous nous asseyons là un moment pour observer les clients ; on joue de la musique stimulante, exotique et entraînante , les demoiselles sont pleine de vie . Un corse je crois , attire mon regard,  il s'arrête à toute les tables en appelant les filles par leurs prénoms, il fait la quête pour les musiciens, il s'incline avec élégance et se répand en remerciements ; une fois la collecte terminé, il lance en faisant cliqueter la monnaie . Dansez maintenant ! Les gens commencent à chanter, ils ont bu juste assez pour devenir sentimentaux; nous quittons les lieux. Le train quitte la gare  si tard dans la soirée , qu'il m'est impossible de voir la France dévastée, alors que nous en traversons une bonne partie. Notre compartiment est mal aéré et sent mauvais, une fois de plus la foule s'était réunie sur le quai pour nous dire aurevoir . Une belle Française m'offert un bouquet de fleurs. Nous arrivons à Jeumont près de la frontière belge autour de minuit. J'ai l'impression de recevoir un message du pays en découvrant qu'une bande de soldats américains est venue m'accueillir à la gare; et ils ne sont pas seuls, car des bidasses français, belges et britanniques me saluent aussi à grands gestes en m'acclamant. J'aurai voulu parler aux Belges , nous essayons de discuter, mais en vain , quel dommage ! Cependant , l'un deux à une heureuse inspiration : " Un verre de bière Charlot !" je hoche la tête en souriant, à ma grande surprise, on me tends une chope que je porte à mes lèvres, par politesse au début , mais que je vide jusqu'à la dernière goutte par plaisir ; "Excellente cette bière !" Dans le train j'apprends que mes films ne sont pas projetés en Allemagne et que je n'y suis pratiquement inconnu ; cela me ravit , je vais pouvoir me détendre et échapper aux foules . L'Allemagne est magnifique, tout y dément la guerre, sur le parcours de notre train , un tas de gens labourent les champs et s'activent fiévreusement ; Hommes , Femmes, enfants tout le monde est au travail ! Partout on bâtit des usines. A Berlin , nous descendons à l'hôtel Adlen: il est plein à craquer, à causes des courses automobiles qui se déroulent en ce moment . La politesse abrupte des Allemands à l'égard des étrangers me marque, j'y décèle une pointe d'amertume. Dans le hall , il y a une foule notamment des Américains et des Anglais, qui ne tarde pas à me repérer; alors qu'un certain nombre de reporters commence à s'agiter autour de moi , les Allemands ne bougent pas , se contentant d'observer la scène d'un air perplexe . Le théâtre de la Scala , ou je passe la soirée, est très intéressant  quoi qu'un peu vieillot , il contient cinq milles places essentiellement au niveau du parterre , et dispose d'un tout petit balcon. C'est un théâtre de variétés , de music-hall, spécialisés dans les numéros de jongleurs, d'acrobates et de danseurs; pendant l'entracte, on à droit à des saucisses de Francfort et à la bière, servies directement dans la salle . En sortant du théâtre, nous nous rendons au café Scala, une sorte de casino , c'est l'un des plus grands débits de boissons de Berlin, et son style architectural est d'une modernité extrême; de là nous gagnos le Palais Heinroth , l'endroit le plus onéreux de Berlin et le haut lieu de la vie nocturne, il se détache dans la ville modestement éclairée grâce à ses illuminations; car ici les rues sont sombres et sinistres: c'est alors que le poids de la guerre et de la défaite se fait ressentir. Dans le quartier des affaires , nous croisons beaucoup de nudités visiblement amères et maussades; des gens qui n'ont rien reçu après avoir pourtant payé, un soldat cul de jatte vêtu d'un uniforme déteint nous demande l'aumône , voilà l'empreinte laisser par la guerre, de ces scènes on en voit partout à Berlin . Le premier soir à Paris après mon retour d'Allemagne, nous dinons chez Poccardi ( célèbre restaurant italien de l'époque) puis nous remontons jusqu'aux anciennes portes de Paris, nous dérivons ensuite jusqu'à Montmartre et nous arrêtons au Rat Mort ( café fréquenté par les gens de lettres et les artistes se trouvaient au numéro 7 de l'actuelle place de Pigalle, à l'angle de la rue Frochet) l'un des plus fameux restaurant. Une fille d'une beauté frappante se faufile devant notre table, ses cheveux blonds coupés au carré ombragent ses traits gracieux et délicats, ses yeux étranges d'un bleu violacé. Bien qu'il n'y ai que peu de clients, je suis vite reconnus, les Français sont si démonstratifs, " Salut Charlot ! " crient t'ils en faisant un signe. Comme l'orchestre entame les premiers accords d'un air russe, elle se lève et se met à chanter. Fascinant ! Quel artiste ! Que fait t'elle ici ? il faut que je fasse connaissance , j'appelle le garçon et lui demande d'expliquer au patron que j'aimerai rencontrer la chanteuse . Une fois les présentations faites, je l'invite à ma table; " Etes vous Bolchéviques ?" elle rougit, elle semble brusquement s'enflammer , " Non ils sont méchants , le Bolchévique est très mauvais, le Bolchévique , bonne idée dans la tête , mais pas en pratique, mon père ,ma mère, mon frère, tous en Russie et très pauvres; je lui demande si elle aimerait travailler dans le cinéma, son regard se met à briller, elle n'a que vingt ans et se produit ici que depuis deux semaines, elle s'appelle Skaya je note son nom et son adresse dans mon carnet, et lui promet de faire tout mon possible. J'avais promis d'assister à la première du Kid , au cours de l'après midi me sont livrés deux cent cinquante programmes souvenirs pour que je les signe; ce soir, ils seront vendus cent francs l'unité. Pour l'occasion , cette journée à été déclarer férié à Paris et , comme la recette de la projection doit être versée au fond de soutien à la France dévastée, les élites du pays sont là . Je suis présenté à l'ambassadeur Américain Herrick puis, après que l'on m'a montré ma loge aux membres du gouvernement français . A la fin de la projection , je reçois un message du ministre; accepterais je de passer dans sa loge pour y être décoré ? J'aurai du m'en douter qu'un truc de ce genre m'attendait , on me présente et le ministre se lance dans un discours qu'on me traduit. Le lendemain , Elsie de Wolfe ( Ella Anderson de Wolfe 18656-1950 actrice décoratrice américaine qui vécut à la villa Trianon entre 1903et 1939 ) me reçoit à déjeuner à la villa Trianon à Versailles, un moment aussi intéressant qu'agréable au cour duquel je croise les poètes et les artistes les plus en vue . J'ai rendez vous le lendemain en Angleterre pour déjeuner avec Sir Philip Sassoon et rencontrer Lloyd Georges, départ huit heures du matin nous prenons l'avion , peu après notre décollage , nous sommes forcer par le brouillard d'atterrir sur la côte française, ce qui nous retarde de deux heures . Une fois à l'hôtel je retrouve Sir Philip qui m'annonce que Lloyd Georges n'a pas pu patienter plus longtemps qu'il avait un rendez-vous très important à quatre heures , je joue vraiment de malchance , car c'était la seule occasion de rencontrer le Premier ministre Britannique . C'est ma dernière nuit en Angleterre , et j'ai promis à mon couin Aubrey de passer la soirée avec lui , pour le dîner quelqu'un apporte un vieil album pareil à tout les autres , c'est ton arrière grand oncle et elle c'est ton arrière grand mère, voici tante Lucy, lui c'était un général français, Aubrey ajoute tu sais , nous descendons d'une très bonne famille du côté de ton père , il y a des portraits d'oncles qui sont de très riches éleveurs en Afrique du sud. C'est la première fois que je prends conscience de ma famille, et je suis désormais persuadé que nous sommes d'authentiques aristocrates que du sang bleu coule dans nos veines . Nous déterrons tous les membres de la famille et les passons en revue, jusqu'aux oncles d'Espagne... Ne saviez vous pas que, nous autres les Chaplin, avions peuplé la Terre ?Tout le monde est descendu du paquebot, depuis le quai, mes amis me lancent des gestes d'adieu, j'ai une boule dans la gorge, mes joues sont humides, une charmante fillette d'environ huit ans débordant de joie enfantine et à la voix pétillante, s'approche de moi : Oh Monsieur Chaplin, je vous ai cherché partout sur le bateau, s'il vous plaît adoptez moi comme vous l'avez fait avec Jackie Coogan , nous pourrions briser les vitres ensemble et nous amuser comme des petits fous, j'adore vos films " Tu aimes casser les vitres ? Tu dois être espagnole lui dis je " Oh non je suis juive , réponds t-'elle" Voilà qui explique ton génie  Oh vous pensez donc que les juifs sont intelligents ? Bien sûr , tous les grands génies ont du sang juifs , non je ne suis pas juif, dis je alors qu'elle s'apprête à me poser la question ...Arrivée à Los Angelès , je profite de l'agitation générale pour m'éclipser et aller assister à une matinée des Lys des champs avec Marie Doro . Puis nous faisons une brève étape à Chicago, et tandis que le train reprends sa course, je fais défiler mes vacances. Chaque épisodes me semble merveilleux. 

lundi 9 janvier 2023

Je servais Lucifer sans le savoir de Serge Abad-Gallardo



La Franc-Maçonnerie annonce un message de fraternité de tolérance d'humanisme. Qui ne partagerait pas une telle aspiration ? Qui ne souhaiterait pas que le monde soit plus fraternel , plus tolérant, plus humain ? L'église et les Chrétiens notamment ne peuvent qu'adhérer à un tel idéal. Or appartenir à l'Eglise et à la Franc-maçonnerie est impossible, c'est donc bien que les deux institutions comprennent les mots de façon différente .Et si l'on sait que l'intention de Lucifer est de pervertir la tendance en bien en inclinaison au mal, alors autant poser la question sans détour : La Franc-maçonnerie ne serait elle pas luciférienne ?Je pense pouvoir témoigner et montrer qu'elle entretient des rapports certes dissimulés, mais très étroits. Les francs-maçons en sont-ils conscients ?Rien n'est moins sûr s'agissant de l'immense majorité d'entre eux qui pensent en toute bonne foi, comme ce fut longtemps mon cas " œuvrer au bonheur de l'humanité" C'est comme disait Georges Bernanos , ce si subtil que soit l'ennemi , sa plus ingénieuse malice ne saurait atteindre l'âme que par un détour, ainsi qu'on force une ville en empoisonnant ses sources. Il trompe le jugement , souille l'imagination, émeut la chair et le sang, use avec un art infini de nos propres contradictions fausses les actes et les intentions. Il m'a donc semblé indispensable de rédiger ce livre ; car il me faut témoigner. Le Temple maçonnique était dans la pénombre, nous avons tous pris place sur les colonnes  c'est ainsi que sont dénommées les rangées de fauteuils disposés latéralement pour accueillir les Franc maçons. C'était l'ouverture d'une tenue au premier degré ou loge bleue (symbolique de grade du Rite écossais ancien et accepté) Une soirée maçonnique au grade d'apprenti, nous étions toutes et tous debout, ornés de nos décors , les apprentis étaient revêtus de leur tablier blanc , de forme rectangulaire et surmonté d'un triangle dénommé bavette, dont le sommet pointait vers le haut. L'apprenti était considéré comme le moins habile à tailler la pierre, son tablier doit par conséquent le protéger sur une superficie maximale, notamment au niveau du coeur . Quand à nous les maîtres , nous portions les insignes de notre grade !Un cordon étant tabliers de maîtres , nos cordons étaient bleues à liseré rouge , disposés en diagonale de l'épaule droite à la hanche gauche. Il s'agit d'une  survivance d'une période où les hommes nobles ou militaires portaient l'épée, suspendue à un baudrier. En effet la Franc maçonnerie aime revendiquer, en particulier dans les hauts grades , une filiation chevaleresque. Nos tabliers étaient riches et colorés : Un rectangle en cuir d'agneau, de couleur blanche , sur les quatre côtés duquel  un ruban rouge était cousu. Un triangle rouge également pointait vers le bas et figurait une bavette abaissée ; à l'intérieur deux lettres étaient inscrites: " M. °." et  " B.°.", écriture maçonnique du terme hébreu " Mohabon", le mot sacré des maîtres, signifiant selon certains, " fils du père " ou selon d'autres , " fils de la putréfaction " Le symbole est ce qu'il y a de moins anodin en franc maçonnerie; c'est lui qui ouvre la porte à l'ésotérisme , il entraîne l'initié vers un nouveau système de pensée et de valeur .Après des années , j'avais donc été jugé " digne" d'intégré ce groupe très fermé ; je terminais maintenant "mon parcours " du 12° degrés dans les hauts grades de toute évidence je serais bientôt proposé par l'accès du 13° puis au 14°degrés. J'avais passé la cinquantaine , et je me trouvais en plein milieu de mon itinéraire des hauts grades. Ainsi poursuivais je mon initiation maçonnique dans un milieu de plus en plus  hermétique , de plus en plus ésotérique , de plus en plus fermé . Menant en parallèle une carrière de haut fonctionnaire territorial , personnage administratif plutôt en vue d'une ville moyenne. Membre désormais depuis quelques années de ce monde élitiste des hauts grades , j'étais entré dans le Secret du secret là ou les dénominations de grades sont plus qu'élogieuses . Après avoir été élevé dans les hauts grades de Maître secret, Maître parfait, Secrétaire intime, Prévôt et Juge, Intendant des bâtiments , Maître élu des neuf , Illustre élu des quinze  Sublime Chevalier élu , j'étais devenu Grand Maître Architecte . J'allais sous peu accéder au grade de Chevalier de royale arche 13° degrés et à celui de Grand élu de la voûte sacrée 14° degrés ; ce dernier grade m'ouvrirait le chemin vers deux de Chevalier d'Orient , de Prince de Jérusalem jusqu'au 18° degrés Chevalier Rose Croix. Ma trajectoire maçonnique allait donc me permettre d'être élevé aux plus hauts niveau d'initiation notamment celui du 30° et dernier degré de la maçonnerie noire : Chevalier Kadosh. Pourtant , depuis maintenant une année , je revivais véritablement une foi catholique et je ne m'en cachais pas . Ce soir là, tout en suivant distraitement les phases du rituel, j'étais ailleurs ; je sentais que l'heure de prendre un autre chemin arrivait. En effet , qu'était la franc maçonnerie au regard de la miséricorde du Seigneur et de la tendresse de Marie;  qui m'avait donné un signe si puissant à Lourdes, devant la grotte même de Massabielle ? Elle avait ouvert mes yeux et surtout mon coeur . Désormais , je réalisais toutes les erreurs de mon parcours et tout le reste relevait de l'idolâtrie : je voulais maintenant remettre ma vie entre les mains de la bienheureuse Marie  Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis mon initiation ! Un mot me vint brutalement à l'esprit " Mascarade "Mes décors m'étaient devenus ce qu'ils étaient au sens littéral : un habillage et rien d'autre ! Rien qui ne recèle la moindre spiritualité ! De même pour ce rituel , ce climat, ces symboles qui jusque là m'avaient habité, porté : tout cela sonnait de plus en plus faux. Mais il m'avait fallu ensuite le temps de la clairvoyance . Notre Sainte Mère m'avait irrésistiblement conduit devant son fils bien aimé : C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : "Pour que ceux qui ne voient pas  voient " Il y avait eu ensuite l'espoir de pouvoir faire connaître l'amour du Seigneur à mes sœurs et à mes frères : J'avais voulu demeurer au sein de la loge pour parler de mon chemin de libération ; mais force fut de constater mon échec : mes frères et sœurs étaient comme " pris " enfermés . Eux qui parlaient de  "liberté", ils étaient esclaves car bel et bien " façonnés" par le rituel et l'enseignement maçonnique. Eux qui parlaient d' "égalité "ils gardaient jalousement leurs secrets et constituaient un monde à part qu'excluait les pauvres " profanes" Eux qui se gargarisaient en loge de références à la " fraternité" ils n'étaient frères et sœurs qu'entre eux , exclusivement. Or je venais de découvrir que nous étions tous frères et sœurs en Christ , sans exception. J'apprenais enfin que l'amour en vérité n'est pas restrictif .Je voyais bien que le dialogue était complexe , que depuis près d'un  an et demi je n'étais réellement pas assidu en loge bleue et au sein des hauts grades ; que je priais de plus en plus souvent, à genoux devant notre Seigneur ou devant  Marie . Déjà, montait en moi une impatience , cela devenait même physique  oui il me fallait partir ! Je savais que je serais considéré comme un traître , et ce fut comme j'en fis l'amère expérience par la suite , ma vie quotidienne en fut de plus en plus affectée , par exemple ceux qui avaient été durant une bonne dizaine d'années mes sœurs et frères, des amis proches, même pour certains que je croyais sincères se mirent à m'éviter à chaque fois que nous nous croisions dans la rue. Les portes se fermèrent, je ne reçu plus d'invitations à prendre l'apéritif ou pour le dîner. Lorsque j'étais entré en franc maçonnerie , en février 1989, je m'étais laisser aveugler par les ruses du Malin et lui avait offert sans même m'en apercevoir les chefs de mon âme . " Aujourd'hui il ( le démon" emploie la franc maçonnerie pour prendre dans ses filets le plus grands nombre d'âmes possible , sous prétexte de les soustraire à l'autorité de Dieu. Cette guerre acharné contre l'église qui s'est faite au XVIII e siècle sous le nom de philosophisme et qui se fait de nos jours sous le nom barbare de laïcisme , ne s'explique que par l'influence de l'esprit de malice . Trois cent ans de "décatholosilisation" de la France conséquence directe de l'œuvre maçonnique m'avaient éloigné de l'Eglise . Et dans ce vide spirituel qui était devenu le mien, j'avais sincèrement cru que la franc maçonnerie œuvrait pour le " bonheur de l'humanité"  Qui ne souhaiterait en être acteur ? Les mots maçonniques furent alors des ruses masquant d'autres objectifs moins louables, d'affairismes, d'intrigues politiques et de pouvoir ; de participation à des réseaux et surtout d'accès à la puissance par l'initiation à la connaissance . Je compris en fin de compte que le "bonheur " au sens où la franc maçonnerie l'entend, n'est pas le " salut" que Jésus nous à enseigné et dont il nous avait révélé le chemin. C'était un autre genre de "bonheur ". Un "bonheur confondu avec la mise en œuvre , immédiate et sans limites , de la jouissance personnelle : la franc maçonnerie confond liberté véritable et individualisme .Le symbole est ce qu'il a de moins anodin en franc maçonnerie ; c'est lui qui ouvre les portes de l'ésotérisme, il entraîne l'initié vers un nouveau système ; les symboles francs maçons sont soit matériels : maillet, ciseau, règle, équerre, compas, fils à plomb, levier, tabliers aussi gants et cordons maçonniques etc... ou immatériels, rituels, déplacements en loge, positionnement des francs maçons selon leur grade . Les symboles peuvent également être les représentations cosmogonie , tels les signes du Zodiaque, la lune , le soleil, ou d'une métaphysique tels au sein des loges bleues , le Delta radieux, l'Etoile flamboyante et , dans les hauts grades, le Synthème ( cercle noir au fond bleu, contenant un triangle équilatéral blanc dans lequel est inscrite une étoile couleur or à cinq branches, au 4°degré de Maître secret ) Jupiter symbolisée par une étoile jaune positionnée derrière le Sublime Grand Maître au 12° degré de Grand Maître Architecte . De là , les symboles maçonniques peuvent être à plusieurs niveaux : un niveau exotérique , c'est à dire évident et observables; et un niveau ésotérique accessible seulement dans le secret initiatique . Le premier niveau fait donc appel au sens commun de l'imaginaire " profane " En revanche, le second  se rapproche de ce qui est caché , secret et seul l'initié peut y accéder . Par exemple , le tablier que portent les francs maçons est l'un des symboles les plus caractéristiques de l'institution initiatique ; la signification usuelle et profane  de ce type d'accessoire vestimentaire est de protéger celui qui le porte ; c'est aussi le sens objectif que lui donne la franc maçonnerie . Mais il y a aussi un sens caché qui lui est attribué en loge , au sens plus ésotérique ; l'apprenti porte un tablier dont la bavette triangulaire est relevée , au sens profane secrète qui fait de lui un initié réel . Qu'est ce que le Pavé ?
l' auteur parfaitement initié et érudit nous indique que cette partie
 du corps correspond au chakra ombilical dont dépendent nettement " les sentiments" et " les émotions" contre lequel l'apprenti surtout doit se protéger, afin d'atteindre la sérénité d'esprit prosaïque ? Il s'agit de l'un des symboles les plus puissants de la doxa maçonnique , il constitue l'un des fondements de l'initiation maçonnique, sa référence essentielle et cela à tous les grades. J'appris donc que les carreaux blancs et noirs sont d'égale valeur et proposent une lecture de l'univers et des forces qui le composent . Tous se compense avec une rigoureuse exactitude Nous n'apprécions le plaisir qu'en le comparant à la douleur, la joie se proportionne à la peine, l'erreur manifeste la vérité ; le bien nous attire dans l'exacte mesure où le mal nous repousse ; le beau nous plait par proportion de l'horreur que nous inspire le laid. La lumière ne se conçoit que par opposition aux ténèbres . Je ne crois, pour ma part, en aucune vérité absolue, la relativité m'apparaissent comme l'essence même de la vie . La cérémonie d'accès au 12° degré des hauts grades affirme le chemin relativisme du franc maçon . Lorsque le Maître secret " gravit les échelons " du 4 au 11° degré afin de se voir conférer le grade de Grand Maître Architecte, le rituel lui indique: " Vous devez maintenant comprendre qu' Hiram symbolise l'esprit humain tendant sans cesse à la vérité ." Hiram est , selon la franc maçonnerie , un maître architecte à qui le roi Salomon avait demandé de construire un temple . La similitude biblique s'arrête là , car le personnage de la mythologie maçonnique connaîtra un sort totalement différent de celui décrit par les Ecritures. De même , et surtout , en est il du temple . Dans la légende maçonnique , Hiram est prématurément assassiné par trois mauvais compagnons qui tentèrent sans succès de lui extorquer le secret des maîtres , et le temple est dès lors demeuré inachevé. Il appartient à la franc maçonnerie de l'achever, Hiram est le modèle , l'archétype , des maîtres francs maçons . Il est également  d'un point de vue plus ésotérique , la personne collective formée par l'ensemble des maîtres à chaque cérémonie de la Chaîne d'union . Lors de la cérémonie d'élévation à la maîtrise, Hiram se réincarne dans le nouveau maître après que ce dernier a été symboliquement assassiné et relevé de la mort ; par exemple, au niveau du Pavé mosaïque , on peut percevoir la notion d'un plan supérieur, celle du " ternaire maçonnique" Pendant mes années passées à l'intérieur des loges bleues et en particulier au grade d'apprenti, les maîtres anciens m'ont enseignés qu'une ligne rouge plus fine qu'une lame de rasoir se trouvent entre les dalles blanches et noires ; en réalité il s'agit d'une sorte de "synthèse " deux polarités de la dualité , inaccessible à l'homme selon la franc maçonnerie enseigné au premier degré. En effet l'initié sait , à partir du grade de Maître utiliser cette dualité et se sert à la fois du bien et du mal, des ténèbres et de la lumière, pour trouver son chemin. La franc maçonnerie considère donc ses adeptes peuvent faire du bien tout en faisant un peu de mal, et du mal pour en tirer du bien. Nous sommes très loin de la rigueur morale d'un Saint-Paul qui exhorte le chrétien au seul bien , détestant le mal, solidement attaché au bien .Et la luxure est un péché contre Dieu puisqu'elle est un péché contre notre propre corps, créer par Dieu : Fuyez l'impunité....celui qui se livre à l'impunité pèche contre son propre corps; ne savez vous pas que votre corps est le temple du Saint esprit qu'est en vous, vous avez reçu de Dieu, et que vous n'appartenez point à vous même! Car vous avez été  racheté à un grand prix ; Glorifiez donc votre Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartienne à Dieu . L'amour et la sexualité sont indissociables et les Saintes Ecriture engagent les époux à s'unir : " Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps afin de vaquer à la prière, puis retournez ensemble pour que Satan ne vous tente par votre incontinence . En revanche, puisque selon la franc maçonnerie le comportement humain doit permettre à chacun de vivre selon ses propres désirs , la luxure n'en est en rien critiquable : elle devient une simple "particularité comportementale, librement choisie " Alors le bien et le mal deviennent des concepts relatifs, et plus rien ne s'oppose à ce que le mal puisse être considéré comme un bien . La franc maçonnerie veut " créer " des hommes " libres" dans une loge " libre " . La franc maçonnerie conduit ses adeptes à être autonomes au sens de l'étymologie grecque du terme , c'est à dire " Qui se gouverne par ses propres lois " Je compris un jour que la liberté maçonnique consiste plus ou moins explicitement est un objectif métaphysique: " Ce n'est pas en vain que l'initié est appelé a devenir son propre roi et son propre prêtre "ainsi l'initié va t-il "s'émanciper "jusqu'à prétendre être lui même Dieu " Je témoigne que la franc maçonnerie vise à une sorte d'auto proclamation humaine, s'apparentant au pélagianisme ( Doctrine professant la liberté totale de l'homme face à Dieu ) Ayant observé les dogmes maçonniques, et surtout celui du levier, alors que j'assistais à une ascension au grade de compagnon,  je compris leurs limites dans le domaine de la spiritualité. Lisant un de ses écrits, le " point d'appui" qui manquait vaillamment au levier de la franc maçonnerie, m'apparut : " donnez moi un levier un point d'appui et je soulèverai le monde ! Ce qu'Archimède n'a pu obtenir part ce que sa demande ne s'adressait point à Dieu et qu'elle n'était faite qu'en point de vue matériel, les saints l'ont obtenu. Dans toute sa plénitude, le Tout Puissant leur à donné pour point d'appui : lui même, et lui seul; pour levier l'oraison qui embrase d'un feu d'amour. Et c'est ainsi qu'ils ont soulevé le monde, c'est ainsi que les saints encore militants le soulèveront et que, jusqu'à la fin du monde, les saints à venir le soulèveront aussi : Désormais je différenciais clairement les saints et les initiés . Les saints ne possèdent aucun secret ésotérique ils s'abandonnent en toute simplicité à Dieu ... L'influence de la franc maçonnerie en politique . Chacun y alla de son couplet vibrant , prenant la parole pour encenser la franc maçonnerie qui avait tant fait et continuerait à tant faire , pour "libérer " l'humanité. Et ce " bonheur ", qu'il soit appelé divorce, avortement, euthanasie ou mariage pour tous, est préparé en loge ! Sous l'influence de certains " lobbies " le candidat Hollande avait mentionné cette question dans les 60 engagements pour la France. En 2012 , le journal le monde publiait un article sur ce point : Euthanasie, comment le PS à converti son candidat , son premier ministre Manuel Valls renchérissait ! " l'opinion est mûre " il est donc important que la gauche fasse avancer les choses. Le rituel de la Chaîne d'union : Les francs maçons se lèvent et quittent alors leur siège, ils ôtent leurs gants blancs car ceux ci empêchent l'énergie fluidique de circuler par les mains, puis ils s'installent sur l'espace situé entre les colonnes et se disposent en cercle autour du Pavé mosaïque et des trois piliers qui représentent la force, la beauté et la sagesse. en réalité , le cercle est ovalisé , cette forme à pour objet de reprendre celle de l'œuf qui contient symboliquement la vie en puissance. D'autre part , elle est lié à celle de l'orbite elliptique  de la Terre autour du Soleil. Les francs maçons croisent leurs bras sur la poitrine et tendent leurs mains , chacun vers son voisin de manière spécifique : le bras droit sur le gauche, la main droite paume vers le sol et la main gauche paume vers le haut . Tous les francs maçons se retrouvent ainsi liés par les mains , comme les maillons d'une chaîne ; les francs maçons secouent alors ensemble trois fois les bras , leurs mains demeurent réunis, puis la chaîne d'union se défait . D'une certaine manière la Chaîne d'Union, établit également un lien invisible mais réel, indéfectible et universel entre les francs maçons vivants ou décédés . De la même manière que les corps sont enlacés lors de ce rituel, les psychismes se retrouvent reliés à tous les francs maçons ainsi qu'à Hiram, et cela dans une sorte d'osmose ;la participation à cet acte magique n'est donc pas sans conséquence . Le fluide qui circule alors à travers des corps et des esprits agit ainsi comme un aimant qui attire et retient par le moyen de son magnétisme. tout cela , les apprentis et les compagnons l'ignorent totalement , certains maîtres le devinent à peine. La plupart des francs maçons des hauts grades le comprennent et ceux des plus hauts grades le maîtrisent. Pour ma part , j'avais entrevu, et ensuite bien assimilé, l'aspect occultiste et spirite de la franc maçonnerie et plus particulièrement de la Chaîne d'Union. A l'époque , comme beaucoup de franc maçons l'aspect occulte de la franc maçonnerie ne me posait pas de problème. Il me fallut retrouver la foi, être touché par la tendresse de Marie, afin de discerner une imprégnation diabolique dans le rituel maçonnique . La franc maçonnerie conduit par ses interprétations et ses références, à Lucifer, comme nombre de pratiques occultes et magique. C'est essentiellement aussi une porte ouverte à d'autres activités ésotériques: Nous considérons donc ici la magie comme péché de l'homme et comme porte ouverte au diable. Je fus plus que troublé lorsqu'en cette occasion le vénérable Maître récitant le rituel à la lettre, remercia " Lucifer , Astre du matin" de porter la " lumière" à la franc maçonnerie, celle ci étant ensuite amenée à la transmettre à l'humanité. Je m'interrogeais , parce que, jusque là je n'avais jamais prêter attention à cette référence diabolique. pendant les agapes , je m'adressais donc en aparté au vénérable Maître: " je suis très étonné par cette évocation de Lucifer!  " Je comprends ton émoi me répondit il, mais en réalité Lucifer n'est pas le démon que tu crois, bien au contraire! C'est l'Eglise qui a intravertie la réalité ,Lucifer veut dire " Le porteur de lumière "Ma culture théologique était quasiment nulle à l'époque, je pensais que Satan était le diable et Lucifer un personnage différent, probablement un ange, et non un prince des démons Mais , plus tard, lorsque je commençais à m'interroger sur la compatibilité entre mon chemin maçonnique et ma foi qui renaissait, je décidai d'en avoir le coeur net et je fis des recherches . De la plupart des conversations que j'ai pu avoir en loge , tout comme des nombreuses planches que j'ai pu entendre ou me procurer, il ressort que la plupart des francs maçons considèrent par erreur que Lucifer est soit " l'Etoile du matin "soit " le porteur de lumière" et que ses deux dénominations sont perçus comme des appellations allégoriques d'une entité bienfaisante: " Lucifer en latin signifie porteur de lumière"...Lucifer est un ange " porteur de lumière qui fut déchu, pour avoir gêné Dieu ...Selon l'étymologie de ce terme , lux (lumière) et fer (porter) Mais en réalité Lucifer est l'ange déchu par la faute de son orgueilleuse révolte: "L'élévation ne sert souvent qu'à réveiller  l'orgueil. Trop charmé par les douceurs de liberté ; Lucifer, le plus grand des êtres crées, détourne ses regards de la Beauté suprême, pour les abaisser sur lui même, et admirateur égoïste de sa propre beauté ; elle lui devient un piège. Il se déclare rival de la Monarchie suprême, il allume dans le ciel, ce jour distinct de celui des élus, une guerre impie et suivi des apostats : " Je monterai s'écrit il, j'établirai mon trône au dessus des astres et je serai semblable au Très haut "C'est Lucifer qui a voulu atteindre à la hauteur de Dieu , Jésus n'en a nul besoin , il est Dieu lui même ! Au 18° degré , le signe du grade se fait en élevant la main droite fermée, l'index levé verticalement et montrant le ciel , le contre signe s'exécute en descendant la main et en montant la terre avec l'index . " Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut "comme l'indique le rituel maçonnique. Or ce geste est repris dans l'arcane XV du tarot qui représente le diable, lequel pointe une main vers le haut et une autre vers le bas afin de signifier également que le haut et le bas sont de même nature. Je me remémorais donc mon élévation à la maîtrise ; tout avait été morbide et inquiétant; à la fin à peine relevé du sol ou je venais de jouer le rôle du cadavre en décomposition dans son tombeau au cours du psychodrame d'Hiram assassiné le Vénérable Maître me chuchote à l'oreille :" Tubal Caïn " je fus simplement étonné . Mais passé la cérémonie la consonnance du vocable Caïn me mit mal à l'aise : à qui avais je donc donné ma confiance et à qui m'étais je engagé par sermon? L'institution maçonnique met Tubal Caïn en relation avec le secret du feu et des métaux : " Tubal Caïn est le premier qui , d'après la légende découvrit l'art de forger les métaux" Il forge les épées, œuvres d'initiés , car elles sont parfois dotées d'un pouvoir magique qui demande de connaître et de maîtriser les forces internes de ces éléments. Mais il est aussi considérer par les obédience comme un artisan de guerre et de violence: Tubal fut, d'après la légende , le premier qui conquit l'art de forger le bronze, donnant à ses alliés un avantage militaire indéniable sur ce qui ne connaissait alors que le cuivre pour la fabrication des armes. " C'est la raison pour laquelle Caïn et ces descendants gagnèrent une réputation de tyrans, de voleurs brutaux et d'assassins et acquirent des biens matériels de toutes sortes. Je fus encore troublé lorsque j'appris que pour la maçonnerie  :  Tubal Caïn signifie, "maître du monde " il est l'image même de l'initié autocentré : " C'est le message que nous transmet le mot sacré Tubal Caïn possession du monde, c'est à dire parvenir à créer un homme nouveau qui se forge lui même " Caïn est l'assassin par haine et jalousie et convoitise! Caïn représente surtout la " figure de l'humanité courbée sous le poids du péché" De même est t'il de sa descendance, car la succession des enfantements depuis Caïn manifeste la transmission du péché de génération en génération. A l'heure où déjà je prenais mes distances , c'est à dire quelques mois  avant ma démission, je décidai d'aller voir un prêtre je lui fis part de mes tourments et lui demandais conseil sur le choix que je pensais devoir quitter la franc maçonnerie , pour ce qui me concernais le choix étais simple : ou bien je restais "un fils de la veuve", ou bien je devenais à nouveau un " enfant de Marie ". Le prêtre m'écouta longuement avec attention; il me confirma que les deux situations étaient incompatibles . Il me proposa , si je persistais dans mon intention de démission de revenir le voir pour une prière de délivrance. Nous étions quelques jours plus tard, le prêtre et moi , en train de prier ; dans cette prière de délivrance , je voyais la miséricorde sans limite d'un Dieu qui nous aime au delà de tout ce que l'imagination humaine peut concevoir . La prière du prêtre était un don, le don de celui qui sauve une personne sur le point de se noyer. Soudain, une locution haineuse et brutale retentit dans ma tête " Tout ça c'est des foutaises ! "ce ne fut pas seulement une phrase , mais un véritablement hurlement dans mon esprit ; une voix venimeuse venait de résonner en moi comme un flot impétueux et boueux, cependant rien n'avait jaillit de ma bouche ; mon âme avait s'en doute eut le dessus sur mon esprit et l'avait sauvé de l'insulte. Ce fut si brutal , si intense que je fus contraint de le dire au prêtre : " Ne vous inquiétez pas, l'ennemi est contrarié quand une proie lui échappe , cependant même s'il rugit , il ne peut rien contre la puissance du Christ !"A la fin de la prière de délivrance , je fus secoué, sans raison physiologique par une horrible quinte de toux sèche, je me mis à tousser au point de ne plus pouvoir parler, le prêtre me servit un verre d'eau . Il m'expliqua : " Cela fait partie des syntômes qui peuvent intervenir, je ne vous en ai pas parlé préalablement afin de ne pas vous influencer, ni surtout vous inquiéter" Baptisé et élevé dans la foi catholique, dans une famille peu pratiquante , bien que m'ayant tout de même accompagné jusqu'à la communion et la confirmation, je m'étais éloigné de la foi véritable . Je fus un adolescent des années 68, le monde dans lequel j'ai grandi à vu l'Eglise et ses prêtres conspués . Les comportements certes critiquables, de quelques uns ont été un prétexte pour salir l'ensemble de l'institution ecclésiale. La réponse au mal c'est le bien; je devais porter l'amour du Christ à des personnes bien plus "pauvres" que moi! Cela n'était pas dans ma nature habituelle, j'avais eu jusque là plutôt mauvais caractère et tendance à rendre "coups sur coups!" "œil pour œil et dent pour dent !" Mais cet appel que j'ai ressenti fus tellement plus grand que moi , ce fut un appel extérieur imprévisible et irrésistible. Je fus reçu , par Anne Marie qui était une aumônière de l'hôpital et tertiaire franciscaine, elle me demanda quelles étaient mes motivations; je ne savais pas trop bien comment lui expliquer ce que j'avais au fond du coeur. "Je crois que ma place est à côté de ceux qui souffrent , je veux parler des malades qui sont hospitaliser....Un jour je lui posais une question sur la meilleure manière d'approcher une personne alitée et souffrante, elle me répondit, avec un regard direct et un tutoiement qui démontrait déjà un peu sa confiance dans ma démarche :" Serge, il n'y a pas de méthode!  Tu verra que chaque cas est particulier, chaque patient est une personne unique devant Dieu...Je compris que, dans ce domaine il n'y avait rien à comprendre  mais tout à partager. Anne Marie semblait très à l'aise avec les malades, elle leur prenait la main, caressait parfois leurs cheveux. Un jour elle me dit : Je pense que tu peux visiter seul, maintenant , tu t'en sortiras bien! Je connus quelques appréhension  lorsque je frappai à la porte la semaine suivante. Comme très souvent , je frappai à une porte d'une nouvelle chambre, sans savoir qui s'y trouvait , j'ai bien ma liste avec nom, prénom, âge des personnes que je vais rencontrer . En face de ces indications 
une autre déterminante définition : "Soins palliatifs Mais lors de la première rencontre , j'ignore tout de ces gens et l'accueil qui me réserveront . L'homme présent semblait bien portant , après une rapide présentation, je parlais de tout et de rien, au beau milieu de la discussion il me dit " Mon cher ami, je ne pense pas que j'achèterai une bûche à Noël cette année! "Il m'expliqua calmement un voyage qui savait que son train allait bientôt arriver et que la fin était proche" Un autre jour , j'entrai dans une nouvelle chambre, un vieillard gisait , agonisant, il était mourant, la durée de sa vie restante se comptait en minutes, il s'agissait d'une chambre à deux lits séparé par un paravent, l'autre patient dégustait alors tranquillement son repas , étrangeté et contraste de la vie; l'un s'en allait vers le Père, quand l'autre s'accrochait à l'existence. Je ne suis qu'un simple homme , qui ouvre la porte de ces chambres de souffrances , de malheur et d'agonie . Ces lieux qui deviennent alors une immense Croix au pied de laquelle se tient Marie. C'est une communion mystique . Rien que l'instrument docile du Seigneur, ainsi que le résume parfaitement la prière de Saint François d'Assises :" Seigneur  faites de moi un instrument de votre paix, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler , à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer "La vérité de foi, c'est le don de Dieu regardé par la raison: Je la vis désormais dans le sang du Christ, dans ce sang divin, répandu pour nous sauver. Comment pouvons nous être aussi aveuglé, pauvres pêcheurs que nous sommes ? Comment ne pas tomber à genoux devant Dieu qui s'est fait homme pour notre rédemption et qui nous montre désormais son visage en chaque être qui meurt ?Comment pouvons nous avoir le coeur si endurci ? Je n'ai surtout pas écrit cet ouvrage dans l'objectif de stigmatiser les francs maçons. Il m'est apparu que, mis à part une minorité de personnages troubles, un grand nombre d'entre eux sont abusés par l'idéologie de la franc maçonnerie. Si je livrais à une " typologie" des francs maçons, je pourrais établir trois catégories de "filles et fils de la Veuve ". La première , est formée d'arrivistes, d'opportunistes, de carriéristes. Ce sont eux qui recherchent des appuis professionnels , politiques. La deuxième est celle des nostalgiques de Robespierre, qui estiment , par exemple, que le nombre de prêtres et de religieuses décapités sous la Révolution fut trop faible . Bien entendu, depuis que la peine de mort a été abolie en France, ils ne considèrent plus qu'il faille en passer par ce moyen expéditif. leur guillotine se nomme désormais anticléricalisme , dénigrement, propagande et prosélytisme. Intégrisme laïque . A cet égard , il est troublant de considérer deux rapprochements conceptuels : Paradoxalement , ce sont les francs maçons qui ont œuvrés pour l'abolition de la peine de mort qui, maintenant militent pour l'euthanasie, qui n'est en rien d'autre qu'un meurtre légal, fût il paré de prétendus motifs vertueux . Le chrétien partagera bien entendu l'engagement abolitionniste : toute vie est de Dieu! Mais il sera bien plus cohérent dans sa démarche et ne fluctuera pas au gré des évolutions " morales ". Pour lui , toute vie celle de l'assassin, celle de l'embryon, celle du malade en fin de vie est de Dieu! Car sa morale est cohérente . Elle est établie par Dieu. Elle est constante et objective. Les francs maçons se dénomment eux même " fils de la Veuve ". La Veuve est à la fois " Isis , personnification de la nature, mère universelle, veuve d' Osiris , le dieu invisible qui éclaire les intelligences, et la guillotine, qui obscurcit l'esprit. En effet, la guillotine , outil de mort inventé par un franc maçon sous la Révolution est surnommée la " Veuve ". Les Francs maçons , fils de la guillotine, parce qu'enfants de la Veuve ?  Cette deuxième catégorie de francs maçons , qui méritent nos prières , est donc majoritairement constituée de fondamentalistes de la laïcité d' "enfants de la Veuve ". La troisième catégorie de francs maçons, très majoritairement, est composée de personnes cherchant sincèrement la vérité ou la spiritualité au sein de la franc maçonnerie et à travers son enseignement ésotérique. Celle là est entraînée par une minorité agissante et par certains dignitaires peu scrupuleux . Cela même sans en avoir la moindre conscience . Influencée par trois siècles de propagande dans les domaines historiques, politique, social et religieux, cette dernière catégorie a perdu la vue, " rebelles qui ont des yeux pour voir et ne voient point, car c'est une engeance de rebelles" ( Ez 12,2) : " Avec leurs yeux ils ne voient rien, avec leurs oreilles ils n'entendent rien " ( Jr 5,21) .Je souhaite avertir la première catégorie : bien malgré eux, ils pourraient devenir complices de lois et d'orientations sociétales qu'ils n'auraient sans doute pas défendus, surtout s'ils s'étaient tenu à un réel discernement dans la foi. A la deuxième catégorie,  je souhaite dire qu'il est important de réfléchir à ce qu'est une véritable fraternité. Elle ne saurait être secrète ou élitiste. On ne fait pas le bonheur de l'humanité malgré elle, et en aucun cas contre Dieu !La tolérance deviendrait dans ce cas un véritable despotisme. A la dernière, enfin il convient de se laisser chercher par le Seigneur. Et surtout de cesser une quête de connaissance qui les mènera inévitablement à une impasse spirituelle. Dieu ne teste pas mon degré initiatique afin de me proposer le " grade suivant" Il me suffit de l'aimer. Et surtout de me laisser aimer de lui ! C'est cela, la foi : comprendre par la raison et le coeur quelque chose de plus grand que l'on ne voit pas .