lundi 29 janvier 2024

Les Canadiens de ANDREW MALCOLM


 


Il est assis au sommet du continent américain, colosse méditatif immense, hostile, rébarbatif et implacable envers ceux qui ignorent ses lois naturelles de survie. Avec ses vingt cinq millions d'habitants, la population du Canada paraît modeste aux regards des normes internationales. Le sauvage pays où elle démarre ne l'est pas , lui : Deuxième du monde part sa taille, c'est un parallélogramme déformé, avec près de onze millions de kilomètres carrés de terre et d'eau s'étalant bien au-delà de ce que peut imaginer l'esprit d'un citoyen moyen. D' Est en Ouest , il embrase sept mille trois cent treize kilomètres et , un quart de fuseau horaire du monde. Du Sud au Nord , le Canada se déploie sur près de cinq cent milles kilomètres. Les avions  de ligne réguliers s'élancent du sud du pays, cap sur le nord. Ils touchent terre six heures plus tard, à treize cent kilomètres encore de ses confins. Tout le temps ou presque , ils survolent des terres, et c'est à peine si leurs passagers aperçoivent une agglomération de plus de quelques centaines d'âmes, ils survolent des troupeaux de caribous sauvages, si nombreux qu'il leur faut une journée pour franchir une cime, ils passent au-dessus d'un million de lacs, de rivières et de fleuves, qui renferment trente pour cent des précieuses réserves mondiales en eau douce. Ils planent au-dessus d'immense système nuageux : ici naissent les tempêtes qui une semaine plus tard, déchaîneront les feux du ciel paralyseront les villes américaines et des régions entières .ils survolent d'imposantes cascades gelées à mi-hauteur, une vingtaine de sommets de plus de trois milles mètres, des sites pittoresques et grandiose restés inconnus et sans nom. enfin, l'avion qui apparaît , on ne sait comment atterrit en un lieu isolé et à jamais pris dans les glaces qu'on appelle Resolute , dans des territoires constituant quarante pour cent du Canada, mais qui , cent dix huit ans après la naissance du pays, demeurent en grande partie inexplorés, indomptés, et non intégrés. C'est le Nord , une fois un quart plus vaste que l' Inde, avec si peu d'habitants qu'on les logeraient tous dans un stade. L'impressionnante réalité géographique du pays et les climats rigoureux qui l'accompagnent ont, ensemble le pouvoir de modifier la vie, le travail, les opinions et les valeurs de tout individu. Pour certains, c'est une menace pour d'autres un défi à relever et pour beaucoup une excuse. Les épreuves imposées par la nature compte parmi les rares liens qui les unissent, sur cette terre qui, depuis peu éveille les curiosités, se développent rapidement et en est même arrivée à jouer, à l'insu de ses habitants un rôle profond, influent et croissant, surtout chez son voisin américain, depuis l'immobilier, les livres et les films jusqu'aux bières, aux banques, aux autorails et même à l'indispensable "bras" de la navette spatiale. Si les américains après avoir conquis et apprivoisé la Frontière, sont aujourd'hui  convaincus que tout est possible. Il existe en inuktitut , le langage simple mais plein de finesse des peuples du Grand Nord, une expression courante très révélatrice : ionamut , on pourrait le traduire par " on n'y peut rien ". Pendant un grand nombre de siècles, et aujourd'hui encore, ionamut a permis à ces hardis Canadiens d'accepter, avec un haussement d'épaules libérateur, le choc de ces forces climatiques et géographiques démesurées, inexorables, que sont les glaces mouvantes, la toundra stérile où le gibier fait si souvent défaut, les vents fouettant et cinglants, les blizzards meurtriers, le froid pénétrant. Il a fallu aux Etats Unis plus d'un siècle pour conquérir entièrement leur portion de continent, et devenir une nation à part entière. Aujourd'hui alors que le Canada entre dans sa douzième décennie d'indépendance, il paraît, à des signes de plus en plus nombreux et en dépit de divisions incessantes , approcher lui aussi de la maturité dans un certain nombre de domaines. Durant des siècles, les Canadiens ont peiné sur leurs mers ou leurs vastes territoires pour approvisionner les voraces marchés du monde entier. L'immensité de ses distances et ses marchés minuscules ont toujours contraint le pays à se reposer massivement sur son commerce extérieur. Aujourd'hui encore, il doit vendre beaucoup de sa production à l'étranger pour survivre économiquement; plus d'un quart de son activité est fondée sur ses échanges internationaux , soixante et un pour cent du zinc du pays est acheminé vers l'étranger, de même que quatre vingt cinq pour cent de son blé et quatre vingt huit pour cent de son papier journal. De fait , les premiers véritables colons ne fuyaient pas telle ou telle persécution politique ou religieuse. Ce fut d'abord pour le poisson qu'ils vinrent au Canada, s'attardant peu à Terre Neuve, non à cause de la richesse du pays , mais simplement pour allonger leur saison de pêche en s'épargnant le temps du voyage à la voile depuis l'Europe l'année suivante. Puis les Britanniques arrivèrent dans ce qui allaient devenir les Provinces Maritimes de Nouvelles Ecosse et du Nouveau Brunswick et, plus tard la vallée d'Ottawa, non pour apporter un gouvernement et des manières civilisés au monde sauvage des indigènes d'Amérique du Nord mais pour abattre les hauts arbres verticaux qui, durant  tant de générations, serviraient de mâts aux voiles de la Royal Navy. Plus tard encore, marchands anglais et français rivalisèrent pour s'approprier les riches fourrures dont regorgeaient les grandes étendues sauvages du pays, les castors, visons, loups, loutres et phoques dont les peaux connurent une telle vogue dans tant de pays . Les Canadiens n'ont pas un si grand nombre de héros à mettre sur leurs timbres- poste , mais ils ont leurs ressources; c'est pourquoi l'on peut voir des timbres magnifiques célébrer des choses comme le nickel, sans ses dons de la nature, peu de raisons auraient  pu pousser les hommes à s'avancer dans les immensités hostiles de ce pays. Jamais le Canada, par exemple , n'a accordé d'attention à son Yukon ( les habitants du Yukon aujourd'hui diraient même que c'est toujours le cas ) jusqu'au jour ou le brillant espoir de découvrir un peu de métal jaune dans son sol et dans ses ruisseaux déclencha la course historique effrénée de cent milles individus, la grande ruée sur le Klondike en réalité une ruée de l'or américaine en territoire canadien. La chance du Yukon, sauvage territoire d'une imposante beauté situé à l'Est de l'Alaska et qui encore de çà au vingtième siècle, est que les rochers vieux de quatre cent ans millions d'années n'ont jamais été dérangés par les glaciers. L'érosion naturelle entraîna une partie des roches aurifères jusque dans les ruisseaux où plus tard des prospecteurs grisonnants , munis de leurs batées , trièrent les petits grains tirés de l'eau glacé courant sur les rochers. Beaucoup de concessions aujourd'hui, sont loués par des propriétaires  individuels à des société de prospection disposant de couteux équipement nécessaires , qui leur retournent en échange dix pour cent de tout l'or découvert. Les entreprises apportent leurs haut extracteurs, leurs pompes et leurs lances à eaux géantes; d'une seule poussée, leurs larges lames marquées de cicatrices peuvent déplacer plus de terre que deux hommes munis de pelle en une journée entière voici un siècle. Grâce à la montée en flèche du prix de l'or à l'époque moderne, certains nouveaux mineurs parviennent à gagner de l'argent en se contentant de tamiser les vieux déchets , les rebus qui bordent le fond de nombreuses vallées, en longues chaînes sinueuses de mini montagnes.   Aujourd'hui encore , quatre-vingt pour cent des visiteurs du Yukon sont des Américains.  Mais certaines ressources recherchées par les Canadiens sont toujours sauvages et florissantes. Les fourrures, l'un des attraits originels du Grand Nord, sont encore au centre même de la rude vie de milliers de trappeurs de négociants et d'ouvrier. Et nul n'a joué à travers les siècles de rôle aussi important dans le domaine des fourrures que la Compagnie de la Baie d'Hudson de Lord Thomson , fondée voici trois cent vingt ans. Pour la plupart des Canadiens, la " Baie", comme ils la nomment est une dynamique chaîne de grands magasins à la pointe de la mode situées dans les galeries commerçantes où les centres villes animées. Pourtant la moitié de ses deux cent cinquante point de ventes sont ce que l'on appelle des inland stores, des magasins à l'intérieur des terres, sortes de modernes comptoirs commerciaux dans les zones rurales et écartées, vendant pèle mêle épicerie , fusils, revue , œufs, téléviseurs, clous et éléphants en bois sculptés . Dans les vastes régions du nord du pays ces magasins jouent un rôle encore social et économique unique et souvent dominant. Ils ne se contentent pas de vendre des marchandises : ils en achètent également; leur directeur local est principalement intéressé par les fourrures, mais il paie également pour les splendides objets de stéatites sculptés par certains indigènes de la région. Sur le plan économique, ses hommes d'affaires et ses banquiers après avoir développé et exploité au maximum les ressources du marché intérieur, se libèrent peu à peu des liens psychologiques qui bornaient leurs efforts à l'intérieur du pays. Désormais, ils essaient d'entrer dans l'arène des Etats Unis, d'y imposer leurs produits, leurs sociétés, voire leur philosophie. Les implications pour l'avenir sont évidement imprévisibles, et le seraient dans quelques société que ce soit. Sa vaste et intimidante géographie et ses climats sont compromis, ont été constantes dans toute son histoire. Cependant, en l'absence de guerre civile, le pays est resté soudé comme une entité unique et l'esprit de son peuple, des individus qui le composent, œuvrant souvent dans l'isolement a engendré une longues série de triomphes passant presque inaperçu . Ces victoires remportées sur une terre peu accueillante sont notamment peu remarquées par les Canadiens eux mêmes qui s'en en avoir vraiment conscience, sont parvenus à connaître, utiliser et exploiter leur environnement avec un talent subtil affiné par la nécessité de survivre. De tous les Canadiens, ce sont peut être les Esquimaux qui préfèrent maintenant être appelés Inuit (" les gens ") qui ont élaboré et conservé les rapports les plus étroits avec la géographie. Un de leur proverbe dit : "Notre terre est notre vie" Dans le sud des études novatrices ont surgi, décidées à utiliser les espaces vierges du pays comme des classes de plein air où l'on enseigne aux hommes et aux femmes des villes, l'indépendance, la confiance en soi et meilleures gestions de ses tensions internes. Les enfants, des écoles du Grand Nord eux ont des traditions et des habitudes qui varient selon leurs communautés. Tous les hivers, le directeur, Mike Pombroke, l'un des trois instituteurs à plein temps de l'école engage pour une semaine ou deux quelques hommes du coin pour emmenés les plus âgés de ses élèves " sur la terre" comme disent les Inuits. Ces hommes vieillissants les initient aux techniques de survie tâche qui, jusqu'à la récente désagrégation de leur rôle et de leur autorité était autrefois couramment assumée par les pères. Ils montrent aux jeunes comment construire des igloos, un savoir faire qui peut vous sauver la vie dans les subites tempêtes de l'Arctique, ils leurs apprennent à fabriquer des traîneaux, à s'orienter en observant la manière dont le vent soulève la neige, à trouver les orifices où viennent respirer les phoques, à savoir ce qui s'étend au-delà de l'horizon en déchiffrant les reflets sur les nuages et, science d'une grande importance, à déterminer si une glace est assez ancienne pour ne plus contenir de sel et pour qu'on puisse sans danger la faire fondre et la boire. Et de temps à autre, dans le courant de chaque année scolaire, notre directeur se voit obligé de supprimer les récréations en raison de la présence d'ours polaires, les énormes et puissants animaux aux longues dents et à l'haleine nauséabonde errent alentour quand bon leur semble attirés par l'odeur de la nourriture, des chiens et des gens. Dans certaines communautés plus accessibles, les vagabondages urbaines des ours ont été transformés en attractions pour touristes ; mais à Resolute un panneau dans l'aéroport vous met en garde: Attention ! La main qui nourrit pourrait se faire manger. Les ours sont dangereux , ils sont plus gros et plus rapides que vous ! Ne leur donnez pas à manger ! Les ours , à l'instar de beaucoup d'humains dans le Nord Canadien, vivent sur la glace, un élément faisant là-haut partie de la vie, la dominant même comme la terre dans une ferme ou le béton dans la ville. Pour 99,74% des Canadiens, la glace est une chose qu'on laisse tomber dans son verre ou sur quoi, plusieurs mois par an, l'on répand du sel quand elle recouvre les allées des maisons mais pour soixante trois mille autres Canadiens elle est une brutale réalité géographique, une chose de la vie à la mort. Les Canadiens utilisent à présent la glace plutôt qu'il ne la combattent, si la route Dempster , seule route publique d'Amérique du Nord franchissant  le cercle polaire est ouverte toute l'année, c'est uniquement parce que les ouvriers travaillant par des températures au-dessous de zéro associent rondins entrecroisés et canon à eau pour construire des ponts de glace sur les fleuves Arctic Red  et Mackenzie. De nouveaux canons spéciaux à vapeur ceux-ci peuvent aujourd'hui creuser des orifices extrêmement précis dans une glace épaisse, ou dégager des objets gelés sans risque de destruction, de danger et en faisant l'économie du coût des explosifs. L'étude de la dynamique des glaces et l'utilisation judicieuse de mini ponts d'acier portables ont permis aux sociétés de transport de construire  pour six semaines tous les hivers une route de soixante dix kilomètres, sur le lac Athabasca , dans le nord de la Saskatchewan continuant le seul lien terrestre pour certaines communautés minières isolées . L'attrait des ressources naturelles a toujours été la force historique présidant au développement économique du Canada. D'abord , il y eut le poisson, puis vinrent les fourrures, l'or et le cuivre en attirèrent beaucoup dans le Yukon , l'uranium en amena d'autres dans le Nord de Saskatchewan et en Ontario, c'est l'amiante qui fascina dans le Nord du Québec, de lourds sables pétrolifères commencèrent à être exploités en Alberta ; et les possibilités de production d'électricité à bon marché à partir d'eau douce du Labrador et de toute la partie Nord du Canada firent monter les bulldozers au fil des années .Depuis le XIX siècle, époque à laquelle les habitants Sud-Est du Québec découvrirent dans le sous-sol les fibres embrouillées de l'amiante et commencèrent à en faire des vêtements, l'exploitation de l'amiante est restée la première activité économique de Thetford une communauté de 28.595 personnes dont 27.780 parlent le français et où presque tous sont concernés par l'une des multiples mines de la région. Ici, les garçons grandissent pour suivre les traces de leurs pères  dans les puits. Les hommes travaillent de longues heures dans les ténèbres et la poussières pour un salaire fort honnête, certains hommes périssent de mort violente, d'autres meurent des années plus tard, se plaignant de leur souffle court, que l'on associe toujours à l'âge ici. Le travail est plus rare dans ces mines de nos jours. Les cours des fibres ignifuges ont baissé sur le marché mondiaux, ces fibres tant appréciés pour les garnitures des freins et le ciment, mais qui s'accumulent dans les poumons , et que l'on accuse de provoquer une mort lente, par étouffement : l'asbestose. Ailleurs dans le monde, on intente à l'amiante des procès en responsabilité pour des millions de dollars. La ruée originelle vers l'or du Yukon fut déclenchée un jour d'été de 1898 ; les hommes du Klondike de notre époque , qui peuvent encore extraire une ou deux tonnes de ces légendaires paillettes jaunes en quelques années Les Canadiens ont grandi dans le seul pays du Commonwealth  britanniques contraint de se développer dans l'ombre imposante d'une super puissance . Jour après jour, ils sont soumis à l'écrasante influence culturelle, économique, politique et sportive, d' Etats Unis dynamiques, rustres parfois, qui ont allègrement drainé vers eux une grande partie de ce que la société canadienne produit de meilleur. Ses inventeurs, les célébrités de sa télévision, ses chanteurs, ses hommes d'affaires, ses athlètes, ils les reconditionnent et les lancent sur le marché international sans se soucier de leur identité. De plus en plus de Canadiens savent lorsque une chose , chez eux est bonne ou excellente, mais tout se passe semble t-il comme si la reconnaissance de cette excellence subodorée devrait venir d'ailleurs. Pris individuellement , les Canadiens se signalent aux visiteurs comme l'un des peuples les plus amicaux, les plus ouverts et raisonnables, les moins dogmatiques et, aujourd'hui parmi les plus offensifs et imaginatifs dans le domaine économique. Aucun des traits de ce peuple ne pouvait se déceler, bien sûr, voici plus de quatre cent cinquante ans , en l'une de ces journées d'automne , Jacques Cartier, rude marin breton pourrait bien avoir pressenti quelque chose de radicalement autre en ces lieux, cependant qu'avec lenteur il remontait, au moi de septembre de l'année 1535 un énorme fleuve sans nom. A l'époque François 1er était en quête d'une nouvelle France, de nouvelles colonies, de nouveaux trésors et de voies de navigations inédites." Comment appelle t-on cet endroit demanda Cartier d'un geste du bras balayant sans doute l'horizon" . Les Indiens pensant selon toute apparence qu'il voulait parler de leur ville répondirent naturellement " Kanata" , c'était le mot huron- iroquois pour désigner un village. Cartier retourna en France annoncer la découverte d'une nouvelle terre au nom étrange et dur ; c'est ainsi que fruit d'un malentendu bilingue, le pays reçut toujours le nom de Canada. Le Canada a perdu une  génération entière au cours de ces années; ils vivaient, mais n'étaient pas réellement en vie . Lorsque enfin les choses auraient pu s'arranger et que le pays redémarrait les pires craintes étaient déjà devenues réalités; cela a terriblement retardé l'évolution du pays . A une époque ici, personne n'aurait songé à réclamer de l'aide à un gouvernement , on faisait  les choses soi-même ou on allait voir un voisin . S'il vous fallait un caniveau au bord de la route eh  bien vous le creusiez vous-même et vous déduisiez la somme de vos impôts suivant. Aujourd'hui, il vous faut passer par de dizaines de commissions et, tout cela sape l'esprit d'indépendance et d'initiative. Et puis bien sûr , il y a toujours quelqu'un pour s'opposer à n'importe quoi. La vie quotidienne est de plus en plus encombrée de lois et de règlements. Ils ont complètement transformé le caractère de notre société. Autrefois, les liens sociaux rapprochaient les individus entre eux. De nos jours,  ils relient les individus à un gouvernement lointain. Les gens se préoccupent de leurs intérêts personnels , l'égoïsme à pris le dessus. Les jeunes s'attendent à ce qu'on leur apporte tout sur un plateau . La vie quotidienne et sa routine dans les villes minières du Canada ont quelque chose tout à la fois, de rassurant et de terriblement oppressant . Les agglomérations sont disséminées sur tout le territoire . Les Canadiens ont, c'est certains , des opinions très arrêtées sur les choix politiques, les problèmes courants, et les personnalités en place. Les hommes d'affaires peuvent officiellement faire connaître leur point de vue au gouvernement par la voix de leurs avocats. ceux qui descendent dans la rue pour scander les slogans et manifester pour ou contre les causes diverses, des essais de missiles américains au-dessus des régions isolées, jusqu'aux droits des homosexuels : Toronto commencent à être socialement acceptés, mais dans les années 80 encore on a pu observer des réactions scandalisées et indignées lorsque des foules de manifestants descendirent sur Ottawa pour assiéger la maison d'un ministre fédéral en protestation contre le programme anti-inflationniste du gouvernement. Aussi , ni le gouvernement ni les dirigeants d'entreprise ne se tourne cers les groupes de pression pour faire valoir leurs opinions à Ottawa, encore moins à Washington où tant de décisions affectant le Canada sont pourtant prises , et où les lobbyistes sont bien plus nombreux et influents que les députés .Le Canada a été forcé de miser son avenir économique sur le commerce. les ventes à l'étranger signifient des emplois pour le pays . A leur insu , les rapports qu'ils entretiennent avec les Etats-Unis ont un impact considérable sur leurs relations avec nombre d'autres pays. Beaucoup d'acheteurs et d'investisseurs étrangers perçoivent en effet le Canada à travers  un prisme américain. Les deux pays feraient bien en autre de se rendre à une dure évidence : L'importance du commerce extérieur dans la plupart des économies internes , exaltant encore la relation déjà très intime entre eux . on peut voir des accords indépendants s'élaborer dans un nombre de domaine illimité, comprenant la pétrochimie, les aciers spéciaux, le textile, les transports, les meubles, les produits forestiers, le gros équipement électrique ou de télécommunication et les produits chimiques. pour les Canadiens, ceci pourraient signifier une augmentation importante des ventes aux américains qui tournent déjà autour de soixante milliard par an. toutes les conditions sont réunis pour de graves problèmes en matières d'eau qui surviennent dans le futur. Américains comme Canadiens ont toujours été vaguement conscients que cela constituaient un lien entre eux. La ville de New-York doit régulièrement exhorter ses habitants à se rationner. La Californie et le Sud-Ouest rivalisent pour leurs réserves très limitées, et on a vu le Colorado fleuve jadis puissant se réduire à un filet d'eau salée en arrivant au Mexique. Mais ils ont promis de ne pas en détourner une goutte sans l'accord de leur pair canadien, l'Ontario. Il existe par ailleurs entre les deux pays des ententes plus anciennes régissant l'utilisation des masses d'eau communes à des fin de navigations ou de production d'électricité. Des projets ont été proposé , mais a ce jour très peu d'études ont été effectuées sur les conséquences possibles de tels projets. Il y a d'abord, un problème écologique : quels seraient les effets à long terme sur le climat mondial, par exemple, si l'on détournait de si vastes quantités d'eaux plus chaudes, adoucissantes de leur distinction actuelle : l'Arctique ? Le second problème est, comme d'habitude , le manque de préparation politique vis à vis d'une question vitale pour deux pays qui se rapprochent de plus en plus malgré eux. Les deux camps sont prêt à retomber instinctivement dans leurs rôles accoutumés ! Les Etats-Unis considérant l'accès à des ressources si importantes comme un droit parce qu'ils en ont besoin, bien sûr qu'ils ne voudraient pas à avoir à taper sur la table , mais que part ailleurs regardez un peu tout ce que les Etats-Unis font pour le Canada. Le Canada, lui adoptant une attitude plus possessive encore à l'égard de ses ressources et de ces droits, se redressent raide et fier, et ses vertueux politiciens du jour jouant sur les vieilles craintes pour le pauvre petit pays qui vit dans l'ombre dangereuse de la grande brute d'à côté. Mais à tous et à tout l'eau est nécessaire. Et nul ne sait encore fabriquer cette pure et fraîche substance qui fait tellement partie intégrante de la vie des deux pays. Tous les week-ends, de tous les étés, les riches Canadiens émigrent par milliers vers le " lac" comme s'il ne s'en trouvait qu'un dans tout le pays, ou vers le "cottage" était sous-entendu que le dit cottage se situe quelque part à proximité d'une masse d'eau douce ou d'une autre, car elle peut prendre des aspects variés depuis les haut-fond trouble du lac Dauphin dans le Manitoba jusqu'aux criques étincelantes et virginales de la Baie Georgienne loin au nord de Toronto. Ces reposants lieux de séjour, où les Canadiens se réfugient pour échapper aux tensions de l'existence dans leurs villes immaculées, sont reliés au rivage proche par des bataillons de bateaux de plaisance. Un certains nombre de lacs de l'intérieur des terres sont même raccordés entre eux par des canaux et des écluses. C'est ," le pays du cottage" mal définie qui n'apparaît sur aucune carte . Jamais on n'a déterminé avec précision le nombre de Canadiens possédant un cottage, ni le nombre de ces cottages, ni même celui des lacs qui attirent ainsi les habitants. Il n'existe pas véritablement de définition de ce qu'est un cottage au Canada, une hutte sans chauffage dans les bois, que les humains n'habitent que les week-ends d'été, un poulailler reconverti au bord de l'étang d'une ferme, et loué par un groupe de collègues de bureau, un luxueux chalet, ou une maison en multi propriété , auprès d'un lac. Dans certaines régions, en particulier sur les terres fédérales de l'Arctique, on trouve même des maisons en front de lac n'appartenant à personne, mais à la disposition de tous ceux qui dispose de l'argent nécessaire pour affréter un hydravion pour une heure.
Lors d'un voyage , je refis , sur les pas de mon arrière-grand-père, le chemin de sa migration vers le nord , de Minnedosa à Dauphin, là où mon père avait grandi dans une ferme. En voiture, c'était peu de chose, un siècle après les faits, cent vingt kilomètres peut-être
mais je conduisis lentement, en essayant d'imaginer ces temps où le courrier n'arrivait qu'une ou deux fois par mois, où les cours d'eau sans pouvaient emporter des chariots entiers de ravitaillement et de biens, où les Indiens nomades passaient pour échanger leur savoir faire de tanneurs de peaux contre du lait. 




vendredi 22 décembre 2023

Diabétiquement vôtre de Bertrand Burgala


 




J'ai 11ans, j'habite Colmar, dans quelques jours la ville va fêter le trentième anniversaire de sa libération; mon père, préfet a participé aux combats dans la Première Armée et le Groupe Mobile Alsace, c'est un grand moment pour lui, on m'envoie passer le dernier weekend du mois chez les Gaillemain, des amis de la famille. Six mois plus tôt j'ai vu Pink Floyd à la Halle aux vins de Colmar. Ce concert m'a bouleversé , tout ce que j'attendais depuis l'enfance, la magie, l'espace, l'électronique et le merveilleux s'était déployé dans un amphithéâtre, que je vais essayer de retrouver toute ma vie, ne se reproduit pas à Mulhouse, pourtant il se passe quelque chose . Je sors de Godspell dans un état étrange, épuisé et assoiffé. Arrivé chez les Gaillemain , je bois et pisse toute la nuit. Le lendemain, de retour à Colmar, on m'examine et j'entends un mot qui n'est encore qu'une hypothèse. Extrait du journal de ma mère: Jeudi 30 janvier 1975 " A 9 heures , j'amène au laboratoire les urines de BB ( mes initiales par lesquelles elle me désigne) A midi , en rentrant de chez le coiffeur je trouve les résultats avec un mot de M. Kelber le pharmacien, me priant de le rappeler : Glucose 69 grammes par litre + acétone. C'est l'affolement. M. Kelber m'indique le spécialiste du diabète à Colmar qui, a son tour nous dirige vers le docteur Lausecker , médecin chef du service pédiatrie. C'est le drame, Bertrand est et sera toujours diabétique. Bertrand ne repart pas à l'école. Dans l'après midi les analyses de sang confirment le diagnostic. A 21 heures Bertrand à sa première piqûre d'insuline. Notre chagrin est immense. Notre merveilleux petit garçon , enfant courageux et innocent est victime de la fatalité et des germes qu'il; porte en lui . Yves est révolté . Je me sens vidée de mes entrailles. Il n'y a pas de diabétique dans la famille. " Après 10 jours d'hospitalisation, effarés par la désinvolture de Lausecker , mes parents m'amènent à Paris consulter un grand spécialiste, le professeur Lestradet , il anticipe le traitement moderne du diabète, mais il le fait à une époque où le matériel est encore très rudimentaire. Aujourd'hui, des injections et des analyses de plus en plus rapides et précise permettent de mieux cerner l'évolution de la glycémie. Mais en 1975, les insulines agissent lentement, les mesures sont incertaines, il ne tient pas compte des réalités humaines non dite et entêté, Lestradet vas fabriquer des générations de diabétiques en mauvais état. Les seringues jetables en plastiques viennent d'apparaitre , elles remplacent rapidement les modèles en verre qu'il faut faire bouillir après chaque usage pour les stériliser . Les aiguilles sont toujours inutilement longues pour des injections sous cutanées. Mes parents en dénichent de plus courtes, fabriqué par Gilette , ni homologuées , ni remboursées en France. Il faudra des années pour qu'elles deviennent norme  , conformément aux présentes de Lestradet je fais des promenades avec ma mère, et ma première hypoglycémie en fin de matinée dans une forêt vosgienne; sueurs froides, vertiges, jambes coupées, les symptômes nous impressionnent. Ils vont pourtant devenir routiniers tout comme l'engourdissement engendré par le sucre. Mes parents ne me le montrent pas, mais ils sont catastrophés . Médecins alternatifs, guérisseurs de HLM ou acupuncteurs des beaux quartiers, tous nous accueillent à bras ouverts, tous affirment à ma mère pouvoir faire quelque chose. Tous se gardent de distinguer le diabète léger et celui qui me concerne, qui a autant de chances de guérir entre leurs mains qu'un moignon de repousser, je vais passer cinq ans à leur rendre visite. Septembre 75 , 12 ans, déménagement à Bobigny, tous les matins je me réveille en sueur avec beaucoup de sucre dans les urines, on augmente l'insuline, au point de devoir utiliser plusieurs seringues. Rien n'y fait. Je commence à accabler mon père, l'accusant d'avoir été trop gros au moment de ma conception. Aujourd'hui, longtemps après la mort de mes parents et de ma soeur, mon ingratitude pèse beaucoup; je m'en veux de leur avoir fait tant de peine. En classe je somnole, après la cantine je lutte pour rester éveillé. A la rentrée 78, mes parents m'envoient à Londres au lycée français ,j'ai 15 ans je suis en première je loue une chambre dans une  famille , je suis livré à moi même et je déconne plein pot. Le mélange alcool sucre insuline est explosif ( persuadé que je ne vivrai pas après 30 ans )j'adopte les conduites les plus aberrantes. En avril 79, mon père est nommé à Dijon, je quitte Londres mais pas mes mauvaises habitudes. Blanc limé , avant d'aller en classe Whisky cola gin tonic, clopes à la chaîne, je passe l'essentiel des cours à lutter contre l'engourdissement provoqué par le sucre; et je finis aux urgences pour des comas diabétiques amplifiés par l'absorption d'alcool. Septembre 80 , après le bac, j'arrive en fac à Paris; je viens d'avoir 17 ans, je n'ai aucune confiance en moi, et je décroche aussitôt ; je me lance dans une agitation politique désespérée , alternant les gardes à vue et le passage aux urgences. Mon père meurt, je viens d'avoir 20 ans, je me pique une à deux fois par jour, c'est tout. De toute façon aucun instrument d'analyse ni aucune insuline ne sont capable de s'ajuster à la vie réelle d'un diabétique. Cette maladie ne me pose aucun problème social, puisque je fais comme si je l'avais pas. Je bois, je fume, je mange n'importe quoi. Dans les hôpitaux, quand les premières analyses de sang au bout du doigt apparaissent la même aiguille fit souvent le tour des services, cette économie de bout de chandelle fait la fierté des responsables, certains départements poursuivront cette pratique jusqu'en 1985. A combien de diabétiques ont-ils transmis, l'hépatite C ou le VIH ? Je suis seul à Paris en ce début d'été, je viens d'être opéré des dents de sagesse, l'intervention et l'anesthésie font explosé la glycémie, le sucre monte, monte, monte, je suis de plus en plus faible, je ne parviens pas à rétablir les doses, l'acidocétose est arrivée , je finis par appelé les pompiers, je finis aux urgences de l'hôpital Louis Mouvier. Aux soins intensifs, je peux répondre à quelques questions, puis je bascule dans quelque chose qui m'est jamais arrivé, mon cerveau ne parvient plus à commander mon corps, je suis conscient d'être inconscient. Cette dissociation est très éprouvante , ce que je vis là n'est pas la mort, mais un moment où mon corps flotte et se résigne. J'ai 22 ans , les carottes sont cuites, je dois payer de ma poche, le traitement de mes ordonnances bidon, les pharmaciens m'envoient souvent promener pour les seringues, par leur fausse rigueur , ils sont entrain de provoquer une hécatombe chez les toxicomanes. Il faudra attendre le printemps 87 pour que le gouvernement leur impose par décret la vente libre. En 88 , j'enregistre en Slovénie, resté sur place plus longtemps que prévu, je vais être en court de traitement. A l'hôpital de Ljabljana, le spécialiste qui me reçoit me parle comme à une personne normale, j'ai l'impression que c'est la première fois. Il m'apprend qu'il y a maintenant des stylos à insuline rechargeables beaucoup plus maniables que les seringues, les Yougoslaves les achètent 20 dollars aux fabricants norvégiens. Londres , printemps 90 , fin de soirée chez Nick, a six heures du matin, je fais une piqûre d'insuline dans la salle de bains quelqu'un entre, un peu plus tard l'ancien chanteur de Birthay Party fait sa morale, arrête la drogue Bertrand, mais je suis diabétique, Nick ! Oui c'est aussi ce que je racontais aux douaniers quand je trimballais mes shsotouses : L'organisme d'un diabétique n'est pas très différent de celui d'un junkie chevronné, mélange de robustesse et de vulnérabilité, car il faut être costaud pour supporter l'enchaînement permanent d'hyper et d'hypoglycémie violentes qui enverraient dans le décor quiconque n'est pas accoutumé. Fin 97 , 34 ans, au volant je vois des mouches collées sur le parebrise , mais je ne parviens pas à les enlever; ces mouches sont l'avant garde de la rétinopathie diabétique proliférante. Ce n'est pas facile d'être un diabétique honnête, il y a quinze ans que je suis un petit Saint, je ne bois pas, je ne fume pas, je me remue, j'évite de manger plein de choses que j'adore, je me pique jour et nuit, au ventre, aux fesses, aux cuisses et sur les doigts. A 52 ans, je semble en forme, pourtant la discipline y contribue, j'ai le corps d'un jeune homme et peut être aussi celui d'un vieillard . Je ne sais pas combien de temps mes reins et mon coeur tiendront, mais je suis résolu à faire mentir les statistiques. Le diabète m'a protégé autant qu'il me ronge. Il m'a appris l'autocontrôle et le dialogue avec mon corps. S'il m'a dégradé, il m'a aussi endurci physiquement, on n'a pas d'immunité on attrape tout, et la moindre infection met la glycémie en pagaille. Il suffit d'une aphte pour tout bousiller pendant des jours. Le diabète a beau être le mal du siècle, il ne date pas d'hier. Les premières descriptions de la maladie parvenues jusqu'à nous datent de quatre millénaires. Deux milles ans avant notre ère, les Chinois parlent de la maladie de la soif, les Hindous évoquent des urines de miel. Cinq siècles plus tard, un papyrus égyptien dépeint la polyurie . Hippocrate aussi au siècle de Périclès . Au XIV siècle les pièces du puzzle s'assemblent. En 1855, Claude Bernard met en lumière le stockage du glucose dans le foie, sa présence dans le sang et la stabilité de cette glycémie chez un sujet en bonne santé; il interprète l'excès de sucre dans les urines comme un symptôme et plus comme une cause. Plusieurs essais vont être réalisé au fil du temps. Le 23 janvier 1923, un brevet américain est déposé sur l'insuline et son procédé de fabrication par Banting, Collipot Best ,ils en cèdent les droits à l'Université de Toronto, les laboratoires du monde entier vont pouvoir produire de l'insuline, sans verser de royautés. Jusqu'à leur intervention, les malades tenaient quelques semaines avant d'être engloutis par le sucre et l'acétone. Des régimes réduits à 450 calories par jour s'efforçaient de retarder le coma. Il a fallu soixante ans pour conditionner l'insuline dans un stylo , concevoir des appareils d'analyses ou d'administration qui suivent les progrès techniques de l'électronique grand public. Les molécules se perfectionnent , l'insuline lente Protamine zinc apparaîtra en 1935, l'insuline intermédiaire NPH en 1950. A la fin du millénaire apparaissent sur le marché de nouveau produits dont la structure a été changé afin de modifier leur durée d'action :les analyses rapides '( Novorapid en 1997 puis lents la Lantus en 2003) Le vœu étrange  d'une insuline en suppositoires ne s'est jamais réalisé, mais la voie nasale n'a pas été abandonné, un spray arrive aux Etats Unis, l' Afrezza, développé par les Américains de Manakin , commercialisé par Sanofi qui compte pulvérisé le marcher .Vers l'an 1700 l'apport en sucre n'était que de quatre livres environ par an et par personne en Angleterre et aux Etats Unis ( alors réduits aux colonies) mais il est plus de cent cinquante livres par an  et par personne aujourd'hui. Un quart de la population américaine moderne consomme plus de deux cents livres de sucre par an, 35 kilos en France. Nous nageons dans le sucre, en nous croyant au sec: sa nocivité n'est pas limitée à la matière blanche qui le symbolise, il prends bien des visages pour endormir notre méfiance, joue sur les mots et sur les emballages. Le sucre au singulier ne désigne qu'une substance de saccharose , les sucres aux pluriels, recentrent tous les glucides, en réalités nous mangeons bien plus que ces 35 kilos officiels, les glucides contribuant en moyenne  à 44% des apports énergétiques quotidien chez l'adulte, tous ont un effet sur la glycémie . Tous sollicitent le pancréas et l'insuline, tous sont à l'origine de l'explosion mondiale sur le diabète. En quarante ans , le discours n'a guère changé: " çà se traite très bien maintenant, à condition bien sûr d'être irréprochable" Cette condition, aucun diabétique n'y satisfait parfaitement. Le diabète mal soigné , ou soigné trop tard peut tuer précocement, il conduit à des infirmités redoutables entraînent l'invalidité . Dans un couple, c'est surtout pour le conjoint vivre avec une troisième personne, cette maladie qui s'insinue partout et à tout heure, y compris la nuit avec des réveils et parfois les malaises. Le diabétique qui se traite convenablement est obligé de penser à lui tout le temps. il doit surveillé sa glycémie, se demander si tel agacement ou tel abattement est sincère, ou est la conséquence d'une surdose quelconque. L'entourage doit faire preuve de beaucoup de patience et de compréhension . Il aura fallu quinze ans pour cette promesse, celle d'une mesure non invasive à la glycémie par un patch et un lecteur, commence à se concrétiser. Au drugstore Publicis où nous nous sommes donnés rendez vous, l'homme assis en face de moi à les larmes aux yeux, c'est la première fois au cours de cette enquête, et c'est un haut responsable de l'industrie pharmaceutique Philippe Emery est le directeur de la division diabète d' Abbett France, six mois plus tôt , le 3 septembre 2014 , il a annoncé la commercialisation d'un nouvel appareil , le Free Style Libre, c'est le premier véritable progrès technique pour le diabète insulinodépendant après le glucomètre au début des années 80 le plus important peut être depuis l'invention de l'insuline. Les témoignages de satisfaction  d'utilisateurs défilent sur son téléphone à flots continus, accompagnés de messages de gratitude. La révolution , plus de piqûre au bout des doigts et de goutte de sang. Un patch au bras, mesure en permanence la glycémie entre les cellules à l'aide d'un filament indolore; ou passe au dessus de lui un lecteur qui fonctionne un scan de caisse enregistreuse et affiche les résultats ainsi que leur évolution , le capteur est changé tous les 15 jours, il résiste à l'eau , le lecteur lui fonctionne à travers les vêtements les plus épais. Philippe Emery " Je ne suis pas diabétique mais j'ai porté le Free Style Libre pendant un mois et demi pour me familiariser avec lui, je n'avais pas idée de l'impact de la nutrition et , de l'activité physique, même pour un non diabétique : par exemple quand on mange des pâtes on se retrouve à 1,40 grammes pendant quatre à cinq heures, quand vous prenez un jus d'orange pressée le matin à jeun çà monte à 1,70, c'est absolument incroyable" C'est pour cela qu'il est difficile de parler objectifs de glycémie rigoureux , sans les outils pour les atteindre. La difficulté, d'être un patient de type 1, c'est que vous êtes constamment obligé d'anticiper , de prévoir, il faut que vous sachiez dès maintenant que vous allez dîner à 20 heures, çà demande d'être extrêmement structuré. Aaaah ! la pompe, un boitier qui ressemble à un système d'alarme ou à un prototype de radiomessagerie , Alphapage 10 centimètres d'électronique embarquée et un moteur pilotant au réservoir d'insuline rapide, au tuyau tubulure relié à un cathéter pour une diffusion en continu, Vous n'aimez pas vous piquer ? Vous serez piquez en permanence. Vous voulez être équilibré ? Raté, c'est à vous de programmer les doses en fonction des glycémie capillaires, que vous devrez réaliser encore plus souvent, vous risquerez l'acidocétose à la moindre défaillance du système, l'action de l'insuline cessant alors instantanément . Comment peut-on croire que cet engin est une libération ? En France depuis quinze ans, ces ustensiles qui frôlent les 4000 euros, sont remboursés à 100% ; prescrits à des patients de première et deuxième catégories, ils sont heureusement moins répandus que dans d'autres pays . Eleni : " J'ai porté une pompe à insuline pendant un an et demi, ce n'est pas une machine intelligente, elle ne calcule pas les doses. Ce qui est compliqué, c'est de se réveiller la nuit en hypoglycémie, ne pas savoir si on est en hypo ou en hyper." Alexandra : " Je n'ai jamais voulu de pompe à insuline, on m'en avait collée une quand j'avais seize ans, elle était énorme, j'avais une aiguille dans le ventre, quand je me retournais la nuit c'était horrible. "Aspartame, cyclamate
   stévia, sucralose :  ces substances naturelles ou synthétiques apportent du sucre sans ses inconvénients
 caloriques, dentaires et vasculaires. Le premier édulcorant, la saccharine , a été découvert à Baltimore en 1879 un chercheur russe allemand, Constantin Fahlberg , travaillait sur des résidus de houille , absorbé par son travail, il partit dîner sans s'être lavé les mains, trouva un drôle de goût à son pain et retourna au laboratoire agiter ses éprouvettes . La diffusion des produits  à base d'édulcorants à été constamment entravé en France. Ce n'est qu'à la fin des années 80 qu'ils ont pu être vendus en dehors des pharmacies et que les industriels ont eu le droit de les utiliser afin de diminuer la teneur en glucides de leurs préparations. Ces produits améliorent grandement la vie quotidienne et la santé des diabétiques comme de ceux qui ne sont pas . Leur usage diminue les besoins en insuline ou le recours aux hypoglycémiants , ils permettent de lisser leur glycémie déjà déstabilisée par le sucre présent dans une grande partie de notre alimentation. A partie des années 80 les inventions technologiques ont fait prendre conscience aux médecins diabétologues qu'ils avaient quelque chose à faire d'intéressant, et ils ont découvert l'éducation thérapeutique. Les associations de diabétiques se sont donc multipliées aux cours des années 80 . Le diabète dans sa forme la plus subreptice et la moins inéluctable, dévaste la Terre. Tant d'existences brisées sur la route du sucre, de générations d'incompris et de méprisés, de drames , de sacrifices inutiles de diabète. Depuis la mise sur le marché de l'Iletin  en 1923 , toutes les morts liées au glucose auraient pu être évitées. Moins grâce aux avancées ultérieure de la science que par l'évolution des esprits. La science justement ne peut plus se dérober. Alors que l'humanité n'a jamais été aussi proche de sa perte, ses rêves d'éternité sont en bonne voie, nous serons bientôt immortels , mais toujours diabétiques ? Les vœux pieux du passé vont finir par se matérialiser : des machines qui accomplissent vraiment ce que le pancréas réalise, l'insuline qui deviendra peut être intelligente, des greffes impeccables et des perspectives encore plus immatérielles sont envisageables et souhaitables . En attendant cessons d'invoquer les grands principes pour des soins qui ne servent que ceux qui s'enrichissent. Négocions les prix des dispositifs innovants, comme les lecteurs de glycémie interstitielle afin d'en faire bénéficier tous les diabétiques du type 1 au détriment des glucomètres antédiluviens . Mettons fin au prosélytisme pour les sucres. Facilitons l'accès aux édulcorants , barrons la route aux propagateurs de fausses rumeurs. Rayons la mention " sans sucres ajoutés "des produits à fortes teneur en glucides. L'espoir , malgré tout . Soigner , traiter , prévenir ; éduquer ! Oui bien sûr avec plaisir . Mais n'oublions pas un autre mot, qui fond à disparaître du vocabulaire médical : Guérir .


Dédicace à mon fils Jacques 




jeudi 23 novembre 2023

L'Odyssée de l'Endurance Ernest Shackleton





Né à Kilkee en Irlande le 15 février 1874, dans une famille de dix enfants dont le père est médecin, Ernest  Shackleton  arrive à Londres à l'âge de dix ans . Après ses études au collège de Dulwich , il s'engage à dix sept ans dans la marine marchande et devient sous lieutenant de la Royal Naval Reserve  en 1901, cette même année il connaît sa première expérience en Antarctique, sous les ordre de Robert Falcon  Scott, en tant que troisième lieutenant à bord du Discovery. Atteint de scorbut lors de cette expédition, il est contraint de rentrer chez lui où il s'essaie à plusieurs métiers :Journaliste, secrétaire de  la Royal Scottish Géographical  Society, hommes d'affaires, il se porte même candidat à des élections parlementaires. Mais l'Antarctique demeure son obsession et la rencontre avec un jeune officier de la Navy l'incite à tenter une nouvelle expédition en direction du pôle. J'avais décidé de quitter la Géorgie du Sud vers le 5 décembre. Pendant les derniers préparatifs, je révisai l'itinéraire de la route qui devait nous conduire au lieu d'hivernage, la glace était descendu très au nord, cette saison là : d'après les conseils des capitaines baleiniers, je décidai de cingler sur le groupe des Sandwich du Sud en contournant Ultima Thulé , de faire route vers l'est jusqu'au 15° méridien et ensuite seulement de me diriger au sud . Leurs prévisions m'inciteront à faire le plein de charbon : s'il nous fallait frayer un chemin dans la glace jusqu'à la côte du continent, nous aurions besoin de tout le combustible que le bateau pouvait porter. J'espérais qu'en nous dirigeant d'abord vers l'est jusqu'au 15° méridien nous pourrions ensuite avancer vers le sud à travers des glaces flottantes gagner le Couts Land et atteindre Vahsel Bay, où Filchner essaya d'atterrir en 1912. Ensuite , si nous pouvions établir sur le continent une base vraiment solide, je maintiendrais le programme primitif . Ce programme consistait à envoyer un groupe au sud, l'Aurora transportera six hommes sur la côte de la mer de Ross. Ils installeront des dépôts sur la route suivie par le détachement transcontinental un à l'ouest l'Endurance déposera  en tout quatorze hommes sur la côte de la mer Weddell  .Le jour du départ arriva . Le 5 décembre 1914, à 8h45 du matin, je donnai l'ordre de lever l'ancre. Le cliquetis du cabestan fut pour nous le dernier écho du monde civilisé. La matinée brumeuse et couverte , avec averses de neige et de grésil, n'empêchait pas les cœurs d'êtres légers à bord de l'Endurance. Finis, les longs jours de préparatifs et d'attente: maintenant commençais l'aventure. J'étais très satisfait des chiens, bien installés dans le bateau, ils étaient dans d'excellentes conditions. Le 6 décembre, l'Endurance avança direction sud, sa course était dirigée par le passage situé  entre l'île Sander et le volcan Candlemans . Le 7 décembre surgit le premier obstacle, en effet, à peine  les îles dépassées nous rencontrâmes des glaces flottantes , les voiles furent carguées et, à la vapeur, le bateau avança lentement .La nuit suivante, la situation devint dangereuse, l'aube naissante nous trouva dans un lac dont les bords de glace se resserraient autour de nous . j'espérais avec anxiété l'indice d'un changement de vent : une brise d'est nous aurais ramenés vers les îles. La proue de l'Endurance, lancée à toute vapeur contre la glace nous fraya un chemin , bientôt nous tournâmes à l'est , espérant trouver une glace moins épaisse. Dans la matinée du 12 décembre, nous manœuvrons parmi des glaces disloquées. Le 14 décembre, la situation s'aggrava; nous affrontions à présent un brouillard obscur et des chutes de neiges intermittentes, à 8 heures du soir , nous fûmes arrêtés par un banc de glace ; il était impossible de continuer sans risques sérieux pour le gouvernail et l'hélice. Pendant 24 heures , l'Endurance resta immobile  . Pendant ces semaines de manœuvres vers le sud , à travers les dédales tortueux de la banquise, il fallait souvent briser  la glace à coup de bateau, quand la route était barrée par des glaces d'épaisseurs moyenne, nous lancions le bateau à mini vitesse et , les machines étaient arrêtées juste avant le choc. Au premier coup , il taillait dans la glace une entaille en forme de V ; l'avant s'élevait presque hors de l'eau , puis le navire glissait en arrière tout en roulant. ensuite , veillant soigneusement à ce que les glaçons flottants n'en dommages l'hélice, nous faisions machine arrière , alors à toute vitesse, le bateau était de nouveau précipité dans le centre du V, une échancrure se découpait dans laquelle le bâtiment venait s'enfoncer à plusieurs reprises. Au quatrième essai généralement, la glace cédait ,une ligne noire et sinueuse comme un trait de plume apparaissait , plus large près du bateau lequel s'engageait sans attendre; par ce moyen , l'Endurance pouvait briser une glace de deux ou trois pieds d'épaisseur. Les trois premiers jours de mars , une rude tempête du nord est souffla qui fit dériver notre pack, plus consolidés que jamais .Les membres des scientifiques de l'expédition étaient tous très occupés, le météorologue ne quittait pas son poste d'observation, installé à la proue, avec anémomètre barographe, thermographe, les cailloux trouvés dans l'estomac des pingouins , quelques fragments de roches ramenés par la drague offraient un intérêt considérable, Clark, le biologiste employait la drague dans les chenaux et ramenait des quantités de plancton et , parfois des spécimens du plus haut intérêt . Dans la première partie d'avril, deux tempêtes du nord est contribuèrent à consolider notre pack, la glace nouvelle s'épaississait rapidement. Le 4 avril on entendait encore la glace craquer et broyer et le bateau vibrait légèrement, le 9 , nouveaux signes de pression à l'arrière du bateau , des entassements de glace nouvelle s'élevèrent à onze pieds, l'alerte en resta là ; mais je compris que c'était le commencement de graves difficultés. Le 11 apparut au nord est un nouvel iceberg qui devait nous causer quelques anxiété; il était énorme. On sent son impuissance devant ce long hiver. Si la fortune avait souri à l'expédition, nous aurions été installés confortablement sur le rivage du sud, dressant des plans pour la longue marche du printemps et de l'été. Où atterririons nous maintenant ? Ce n'était pas facile à prévoir. Le 30 septembre fut un mauvais jour; il commença heureusement par la capture de deux pingouins et de cinq phoques, mais l'après midi à 15 heures, les crevasses ouvertes pendant la nuit le long du bateau commencèrent à travailler latéralement . Le bâtiment eut à supporter de terribles pressions à bâbord, c'était la plus terrible compression que nous eussions ressentie jusque là. Le pont tremblait et sursautait , les poutres s'arquaient, les étançons pliaient J'ordonnais aux hommes de se sentir prêt à tout , quelle tristesse après des mois du combat le plus brave et le plus hardi que le bateau ait jamais soutenu un si vaillant petit vaisseau avait été finalement broyé dans l'étreinte lente et implacable du pack de la mer de Weddell ! L'Endurance méritait toutes les louanges, mais combien de temps pourrait-il soutenir le combat dans de telles conditions ? Nous dérivions dans une partie de la mer congestionné par les glaces, la plus mauvaise fraction de la plus mauvaise mer au monde. Le 1er octobre quelques chenaux s'ouvrirent mais en admettant que l'Endurance fût libérée, ils étaient trop étroits pour la navigation. Le dimanche 24 octobre marqua pour l'Endurance le commencement de la fin, nous avions maintenant vingt deux heures et demi de jour, nous les passions à surveiller la terrifiante avancé des glaces, l'assaut fut terrible, à tribord l'étambot fut tordu , le bordage arraché; tout le bâtiment était ébranlé et gémissait , le navire se tordait littéralement et commençait à faire eau dangereusement . Je mis les pompes en action, les hommes travaillèrent toute la nuit. Les grandes pompes et les pompes à main gelées ne pouvaient pas être employées , Worsley, Greenstreet et Hadson durent descendre dans la cale afin de boucher les fissures, nous pataugions dans l'humidité avec des mains glacées, et il fallait empêcher le charbon de s'échapper par les fentes. Du pont  les hommes versaient des sceaux d'eau bouillante dans les conduits pendant que nous martelions en bas . Dans ce monde étrange nous étions des intrus, tout à fait impuissants , notre vie était le jouet de forces primitives et brutales qui se moquaient de nos faibles efforts. Déjà , je n'osais presque plus espérer la survie de l'Endurance . Nous étions parés à tout événement : provisions, chiens , traîneaux, équipements , tout était prêt à débarquer , à la moindre alerte. Le jour suivant , des bruits de pression nous arrivaient toujours et des chocs se faisaient sentir par intermittence; à l'intérieur se faisait entendre les craquements des charpentes, les "coups de pistolets" produits par la rupture du bordage ou des machines et par là dessus le gémissement indéfinissable de notre bateau en détresse, le bâtiment tout entier se courbait comme un arc sous une pression titanesque. Tout comme une créature vivante il résistait aux forces qui voulaient le broyer, mais le combat était inégal des millions de glaces écrasaient inexorablement le petit navire qui avait ,osé affronter l'Antarctique; de nouveau nous faisions eau de toutes part. A 9 heures du soir , j'ordonnais que les canots , provisions etc....fussent descendus. Après ces long mois d'efforts et d'anxiété, pendant lesquels notre espérance avait résisté à tout, l'Endurance agonisait, nous étions contraints d'abandonner notre bateau broyé sans espoir; mais nous restions vivants et bien portants, désormais il nous fallait une terre tous au complet. Hommes et chiens descendirent sur la glace et s'installèrent à quelques distance sur une surface unie, relativement sûre Nous dressâmes le camp pour la nuit, mais vers 7 heures du soir notre glaçon commença à se fendre et à craquer sous nos pieds; je déplaçait le campement de survie sur un autre glaçon plus grand, il fallait convoyer les canots, nous avions deux tentes pointus et trois tentes à cerceaux. Pendant la nuit , la température tomba à 27° sous zéro et la plupart des hommes souffrirent du froid, je réunis l'équipage et lui expliquais brièvement et clairement la distance qui nous séparait de la barrière et de l'île Paulet . Je proposait d'avancer à travers les glaces avec tout notre équipement dans la direction de l'île. L'intensité de la dérive et l'état atmosphérique amenait à la conclusion que la dérive de notre banquise dépendait uniquement  du vent et non des courants. nous désirions, naturellement dériver vers le nord, afin de retrouver l'eau libre et de pouvoir mettre les bateaux à l'eau. Chaque jour des groupes partaient à la chasse, à la recherche de phoques et de pingouins, en plus des rations de traîneau ( farine, thé, sucre , légumes secs) Le 7 avril à l'aube, le pic tant désiré de l'île Clarence apparut au nord. Le 9 avril un dimanche matin, ce jour là devait voir notre départ du glaçon sur lequel nous avions vécu près de six mois. J'avais décidé de prendre le commandement du James Caird  avec Wild et onze hommes, c'était le plus vaste des canots, en plus de son chargement humains, il porterai la plus grande partie des provisions. Wersleh pris la direction du Dadley Docker avec neuf hommes et Hudson et Grean celle du Stancomb Wills. Les hommes de notre canot paraissaient épuisés et, dans les visages imprégnés de saumure, les lèvres craquelées, les yeux et les paupières rougis, les barbes, mêmes celles des plus jeunes, n'auraient pas déparés des patriarches blanchies qu'elles étaient par la gelée et l'écume salée, les autres hommes de l'autre barque valaient pas mieux. Nous longions à présent des falaises rocheuses et des glaciers qui n'offraient pas la moindre possibilité d'accoster. Enfin à 9h30 nous découvrîmes une plage étroite et rocheuse au pied des falaises à pic. C'était le premier atterrissage jamais réalisé sur l'île de l' Eléphant, les trois bateaux amenés à la plage n'était accessible qu'en deux endroit par des pentes de neige. La mer montante nous obligeait à tirer les bateaux toujours plus haut sur la grève. Il nous fallait atteindre la Géorgie du sud avant que l'hiver nous fermât la mer, il fallait à toute force chercher du secours. Les pieds de Blackborron gelés pendant le voyage en bateau étaient en mauvais états et les deux médecins craignaient  qu'une opération ne fût nécessaire. Les provisions étaient aussi une considération vitale, ces rations pouvaient être prolongés jusqu'à trois mois si l'on en réduisait au minimum , et j'espérait que phoques et éléphants de mer y suppléeraient . Le détachement de secours ne prendrait pas plus d'un mois; Wild restait en tant que commandant chef, je lui confiai le groupe, les hommes sur la plage formaient un pathétique petit groupe, leurs cœurs étaient pleins d'espoir dans le secours que nous allions chercher. Et bientôt le James Caird perdit de vue la plage , le vent d'est nous poussa rapidement dans le pack. Les seize jours suivant ne furent qu'une lutte de chaque instant sur les eaux agitées , l'océan subantarctique  nous rappela à sa réputation diabolique. Nous finîmes par distinguer au milieu des récifs, un passage, le vent s'acharnait sur nous, après cinq tentatives infructueuses la manœuvre réussit enfin, et au crépuscule nous entrâmes dans la large baie .Sautant sur la plage avec le câblot, je retins le bateau, nous découvrîmes un courant d'eau fraîche, buvant à long traits l'eau pure et glacée nous rendait à la vie .Il fallait penser à la dernière étape du voyage, le bateau était moins résistant, cent cinquante milles par la mer nous séparait encore de la station baleinière de Stromness, plusieurs jours passèrent avant que nous eussions retrouvé assez de force, dans l'après-midi Crean et McCarthy  rapportèrent six jeunes albatros, nous étions donc bien approvisionner en viande fraîche . Je projetai d'escalader la pente de neige et ensuite de nous guider d'après la configuration du pays toujours vers l'est entre cette chaîne et le défilé au-dessus de notre camp, un grand plateau neigeux s'élevait vers l'intérieur . Longeant la base de la montagne nous arrivâmes à un gigantesque bergschrund, cet effrayant ravin creusé dans la glace et la neige avait une forme  semi circulaire, il nous fallait  monter, après une pénible ascension nous fûmes au sommet après trente six heures de marche enfin  à 6h30 j'entendis le son d'un sifflet à vapeur, je savais qu'à la station baleinière  les hommes sont réveillés vers ce moment là, deux heures furent nécessaires pour descendre. Nous nous hâtions, tout près de la station , nous dirigeant vers l'entrepôt, je demandai à l'homme préposé à la surveillance la maison de l'administrateur. Mr Storlle nous accueillis sur le pas de la porte il nous offrit du café et des gâteau puis nous conduisit à la salle de bains , nous étions sales en guenilles plein de barbe . Nous discutâmes après le repas des moyens de secourir nos camarades qui étaient restés sur l'île de l'Eléphant .Le capitaine Thom, un vieil ami de l'expédition était à Huswik avec son bateau, il s'offrit à nous accompagner, le 9 mai nous étions en mer mais nous serons bloquer par un immense pack qui formait une barrière impénétrable, il fallait céder devant l'échec. J'avais l'esprit tendu, uniquement occupé par les moyens de délivrer ceux de l'île de l'Eléphant au plus tôt , l'hiver avançait . Un deuxième sauvetage avec le chalutier nommé Institue de Pesca  mais celui-ci échoua  pris dans une glace compacte il fallut rapidement et avec précaution faire machine arrière. Puis un troisième sauvetage avec une goélette Emma  en chêne, forte et résistante à la mer , mais nous échouâmes à nouveau ballotée comme un bouchon elle était plus légère , la sous barbe fût brisée et la conduite d'eau de la machine touche la glace. Je ne pouvais pas prendre mon parti d'attendre inactif six ou sept semaines sachant qu'à six cent milles de là mes camarades enduraient de cruelles privations. Je demandais au gouvernement chilien d'envoyer le Yelco, le gouvernement ayant consenti, le 25 août , je partais au sud pour la quatrième fois, et la providence nous favorisa, la glace n'y séjournait plus, le Yelco approcha l'île dans un brouillard épais; la mer qui se brisait sur un récif m'indiqua que nous étions tout près de l'île. Enfin nous apercevions des hommes sur la plage, plusieurs étaient en piteux états, mais Nild avait su maintenir l'espoir vivant dans les cœurs .    Ernest Shackleton meurt un 5 janvier 1922 d'une crise cardiaque à bord de son bateau. Ainsi disparaît celui qui proclamait " Jamais je ne consentirai à abaisser mon pavillon!" Son corps rapatrié à Montevideo, est enterré en Géorgie du Sud selon les souhaits de son épouse .    

          Je remercie mon guide et ami Steph de m'avoir offert ce livre qui délivre un message , de ténacité , de dépassement de soi , d'endurance et d'instinct de survie



 

samedi 21 octobre 2023

Climat: Comment Eviter Un Désastre de BILL GATES


 


Sur la question du changement climatique, il faut garder à l'esprit deux chiffres ; le premier, c'est 52 milliards , le second, zéro . 52 milliards c'est le volume , en tonnes de gaz à effet de serre, que le monde recrache chaque année dans l'atmosphère. Si ce chiffre peut évoluer légèrement à la baisse où à la hausse d'une année sur l'autre, en règle générale, il augmente. C'est là où nous en sommes aujourd'hui . Zéro , c'est ce que doit être notre objectif .Pour mettre un coup d'arrêt au réchauffement et éviter les pires effets du changement climatique des effets qui s'annoncent terribles. L'être humain doit cesser d'accroître  le volume de gaz à effet de serre dans l'atmosphère . Si ça parait difficile, c'est parce que çà l'est . Jamais le monde n'a entrepris quelque chose d'aussi gigantesque. Chaque pays devra changer sa façon d'être . toute les activités de la vie moderne l'agriculture , l'industrie, les transports libèrent des gaz à effet de serre et plus le temps passe, plus elles prennent de l'ampleur . Or je suis convaincu que les choses peuvent changer . Nous devons parvenir au zéro carbone pour une simple raison ; les gaz à effet de serre retiennent la chaleur, ce qui entraîne une hausse de la température moyenne de la surface de la Terre ; plus il y a de gaz plus la température augmente . Près d'un cinquième du dioxyde de carbone émis aujourd'hui sera encore là dans dix milles ans . J'utilise "zéro" de façon imprécise et je devrai expliquer plus clairement ce que j'entends par là . A l'époque préindustrielle soit environ jusqu'au milieu du XVIII siècle le cycle de carbone de la Terre était probablement à peu près à l'équilibre . Autrement dit, les végétaux et d'autres choses absorbaient plus ou moins autant de dioxyde de carbone qu'il n'en était émis . Puis nous avons commencé à faire brûler des combustibles fossiles. Ces combustibles se composent de carbone stocké en sous-sol grâce aux végétaux qui ont été comprimés au fil des millions d'années avant de se transformer en pétrole, en charbon ou en gaz naturel. Quand nous extrayons ces combustibles pour les faire brûler, nous émettons du carbone supplémentaire et accroissons son volume total dans l'atmosphère. selon toute probabilité dans un avenir à zéro carbone, nous continuerons au contraire à émettre du carbone, mais nous disposons des moyens d'éradiquer ces émissions . Le dioxyde de carbone est le gaz le plus courant, mais il en existe une poignée d'autres, comme le protoxyde d'azote et le méthane. Vous avez peut être déjà pu apprécier le protoxyde d'azote chez le dentiste on l'appelle aussi "gaz hilarant" Quand au méthane c'est le principal ingrédient du gaz naturel que vous utilisez peut être pour faire fonctionner votre cuisinière ou votre chaudière . A la molécule près beaucoup de ces autres gaz provoquent davantage de réchauffement le dioxyde de carbone. Dans le cas du méthane, 120 fois plus dès qu'il se diffuse dans l'atmosphère. Mais le méthane ne subsiste pas aussi longtemps que le dioxyde de carbone. Le problème c'est le surplus de gaz à effet de serre qui provoque une surchauffe du système. Pourquoi tous les gaz n'agissent ils pas de cette façon ? Parce que les molécules qui contiennent deux copies du même atome par exemple les molécules d'azote et d'oxygène laissent passer les radiations directement à travers elles. Seules les molécules composées d'atomes différents, comme celles de dioxyde de carbone et de méthane , présentent la structure qu'il faut pour absorber les radiations et se mettre à chauffer. Voici donc la première partie de la réponse à la question " pourquoi faut-il parvenir au zéro "? parce que le moindre volume de carbone que nous injectons dans l'atmosphère accroît l'effet de serre. La partie suivante de la réponse est liée à l'impact que tous ces gaz à effet de serre ont sur le climat et donc sur nous .La situation évolue ailleurs que dans le monde riche. Presque partout, les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé. Le niveau de vie augmente , et il en vas de même de la demande en voitures , routes , immeubles, réfrigérateurs , ordinateurs et climatiseurs et en énergie pour les alimenter . Par conséquent, la quantité d'énergie utilisée par habitants va s'accroître, ainsi que le volume de gaz à effet de serre émis par habitant . Même la construction des infrastructures dont nous aurons besoin pour créer toute cette énergie , des éoliennes, des panneaux solaires, des centrales nucléaires, les installations de stockage d'électricité et ainsi de suite, augmentera la production de gaz à effet de serre. Pendant la plus grande partie de l'histoire de l'humanité, nos muscles ont été notre principale source d'énergie, ainsi que certains animaux capables par exemple de tirer des charrues et des végétaux que nous faisions brûler . Il faut attendre la fin des années 1890 pour que les combustibles fossiles représentent à peine 50 % de l'énergie consommée dans le monde . En Chine, cela ne s'est pas fait avant les années 1960. Il y a des régions d'Asie et d' Afrique subsaharienne où cette transition n'a pas encore eu lieu . Et considérez le temps qui a fallu pour que le pétrole deviennent un élément essentiel de notre ravitaillement en énergie . Nous avons commencer à l'exploiter commercialement dans les années 1860 . Un demi siècle plus tard, il représentait tout juste 10% des sources d'énergie de la planète. Il a fallu trente ans de plus pour qu'il atteigne 25% . Le gaz naturel a suivi une trajectoire comparable. En 1900, il représentait 1%  de l'énergie de la planète. Il lui a fallu soixante dix ans pour atteindre les 20%. La fission nucléaire est allée plus vite, passant de 0% à 10% en vingt sept ans. Nous avons recours à plus de gaz naturel et à moins de charbon pour produire de l'électricité. Pourquoi ? Parce que grâce à de nouvelles techniques de forages , le gaz naturel coûte nettement moins cher , c'est une question économique et non environnementale . En fait la rentabilité du gaz naturel par rapport au charbon dépend de la façon dont on calcule les équivalents en dioxyde de carbone. Selon certains chercheurs, le gaz pourrait en réalité se révéler encore plus néfaste que le charbon pour le changement climatique, selon la quantité qui s'échappe lors de son traitement. Les centrales au charbon  ne sont pas comme des puces informatiques. Vous avez sans doute entendu parler de la loi de Moore , du nom de Gordon Moore qui ,en 1965, avait prédit que la puissance des microprocesseurs doublerait tous les deux ans. L'histoire lui a donné raison, bien sûr , et c'est principalement grâce à cette loi que les secteurs matériels et logiciels ont progressés comme ils l'ont fait . Parfois on invoque la loi de Moore pour affirmer qu'une progression exponentielle du même ordre serait possible dans le domaine de l'énergie, si on parvient à améliorer les puces si rapidement, ne pourrait il en aller de même des voitures et des panneaux solaires ? Malheureusement  non ; les puces informatiques sont un cas particulier , il n'existe aucune percée équivalente qui permettent aux voitures de consommer un million de fois moins d'essence. Les panneaux solaires ne sont pas non plus un million de fois plus performants . Quand les cellules solaire au silicium cristallin ont été lancées dans les années 1970 elles convertissaient en électricité environ 15% de la lumière du soleil qui les atteignait; aujourd'hui, elle en convertissent autour de 25% un progrès indéniable, mais loin de ce que prédit la loi Moore . Presque toutes les solutions zéro carbone sont plus chères que leurs perdant en combustibles fossiles ne reflètent pas les dégâts environnementaux qu'ils infligent et paraissent donc moins chers que les solutions de remplacements ces coûts additionnels sont ce que j'appelle les Greens Premiums , il y a en beaucoup : certains pour l'électricité d'autres pour les carburants divers, d'autre pour le ciment .Si ces solutions ne sont pas déjà mises en œuvres, ce n'est certainement pas à cause de leur coût , quelques chose d'autre, comme des politiques publiques dépassées ou un manque de sensibilisation nous empêche de les appliquer officiellement à grandes échelles . Le ciment zéro carbone ça n'existe pas ( du moins pas encore ) Comment pourrons nous évaluer le coût d'une solution verte dans ces cas là ? On peut le faire en se livrant à un exercice de réflexion " Si nous nous contentions d'aspirer directement le carbone de l'atmosphère, combien cela nous coûterait il?  Cette idée a un nom ; c'est ce que l'on  j'appelle le Direct Air Capture ( DAC ) ou captage direct dans l'air , en bref , avec le DAC vous soufflez de l'air sur un appareil qui absorbe le dioxyde de carbone, puis vous stockez le gaz en lieu sûr. Le DAC est une technologie coûteuse et qui , pour l'essentiel, n'a pas encore été testée, mais si elle pouvait fonctionner à grande échelle , elle nous permettrait de capturer le dioxyde de carbone , peu importe le moment ou le lieu de sa production . Le DAC est une activité aujourd'hui, basé en Suisse absorbé du gaz qui a peut être été recraché par une centrale alimentée au charbon au Texas il y a dix ans . Pour savoir combien cette approche pourrait nous coûter, nous n'avons besoin  que de deux données le volume des émissions mondiales et le coût de l'absorption des émissions grâce au DAC . Nous connaissons déjà le chiffre des émissions 52 milliard de tonnes par an , quant au coût du retrait d'une tonne de carbone dans l'air il n'a pas été fermement établi, mais il serait d'au moins 200 dollars par tonne cela est irréalisable, on ne sait pas comment nous pourrions stocker des centaines de milliard de tonne de carbone de manière sûre ; de plus le DAC ne fonctionne pas pour le méthane ou d'autre à effet de serre seulement pour le dioxyde de carbone .Gardez les Greens Premiums en tête et demandez vous si elles sont assez basses pour que des pays à revenus moyens puissent les payer . Un résumé de cinq conseils : Convertissez les tonnes d'émissions en pourcentage de 52 milliards - Souvenez vous que nous avons besoin de trouver des solutions pour les cinq activités dont proviennent = les émissions : la fabrication , l'électricité , la culture et l 'élevage , les déplacements et la nécessité de se rafraîchir ou de se chauffer . Kilowatt = maison  Gigawatt = ville de taille moyenne Centaine de Gigawatt = grand pays riche . Pensez à l'espace dont nous avons besoin pour développer nos solutions au changement climatique. Fission nucléaire Voici la phase à retenir en faveur de l'énergie nucléaire : c'est la seule source d'énergie sans carbone qui puisse distribuer de l'énergie de manière faible jour et nuit peu importe la saison, presque partout sur Terre, et qui a démontré son efficacité à grande échelle . Au Etats-Unis, près de 20% de l'électricité provient  des centrales nucléaires, dans ce domaine c'est la France la championne du monde puisque le nucléaire lui fournit 70% de son électricité . Souvenez vous qu'en comparaison le solaire et l'éolien  conjugués ne donnent que 9%  de l'énergie mondiale. Ce n'est pas un secret l'énergie nucléaire soulève des problèmes spécifiques ; sa mise en place  et son exploitation coûtent très cher ; une simple erreur humaine peut avoir des conséquences terribles; l'Uranium , le combustible qu'elle utilise , peut-être transformé en armes ; ses déchets sont dangereux et difficiles à stocker. En 1943 , en pleine Seconde Guerre Mondiale , un épais nuage de fumée  s'abattu sur Los Angelès , il était si nocif que les gens avaient les yeux qui piquaient et le nez qui coulaient ; les habitants se mirent à craindre que l'armée Japonaise ait lancé des armes chimiques sur la ville. Or Los Angelès n'avait pas été attaqué  du moins pas par une armée étrangère. Le véritable coupable était le smog, un brouillard engendré par la combinaison malencontreuse de la pollution de l'air et des conditions météorologiques; presque dix ans plus tard , durant cinq jours en décembre 1952 Londres s'est retrouvée elle aussi paralysée par le smog ; là bas les ambulances pouvaient plus circuler la visibilité était faible, même à l'intérieur des bâtiments qu'il fallut fermer les cinémas , les pillages se sont multipliés, car la police ne voyaient au delà d'un mètre. Ce qu'on appelle aujourd'hui le " Grand Smog" de Londres a entraîné la mort d'au moins 4000 personnes  . Ce sont des drames de ce genre qui , dans les années 1950 et 1960 sont à l'origine de la prise de conscience de l'existence de la pollution de l'air ; elle est dès lors devenue une inquiétude majeure de l'opinion publique aux Etats-Unis et en Europe, et les décideurs ont été prompts à y répondre. Le Congrès américain a commencé a financer la recherche sur ce problème et les moyens possibles d'y remédier à partir de 1955 . L'année suivante, le gouvernement britannique à promulgué le Clean Air Act , une loi sur la pureté de l'air qui met en place des zones de contrôle de la fumée dans tout le pays, ou seuls les carburants plus propres peuvent être utilisés ? Sept ans plus tard, le Clean Air américain établit le système moderne de réglementation du contrôle de la pollution de l'air aux Etats-Unis; cette loi fondatrice est encore aujourd'hui la plus exhaustive en vigueur quand à l'impact nocif de la pollution de l'air sur la santé publique .En 1970 pour aider à la mettre en œuvre, le président Nixon a fondé l' Agence de protection de l'environnement . Le Clean Air Act américain a fait ce pourquoi il avait été conçu , à savoir éliminer les gaz toxiques dans l'air, et depuis 1990 , le niveau des émissions de dioxyde de carbone aux Etats-Unis  à chuté de 56%, le monoxyde de carbone de 77%  et le dioxyde de souffre de 88% . Le plomb, quand à lui a presque disparu, bien qu'il reste beaucoup à faire nous avons accompli tout cela alors que notre économie et notre population croissaient. Quand je me suis rendu à Paris en 2015 pour assister à la conférence sur le climat, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander : Peut-on vraiment y arriver ? Je suis heureux de constater que l'intérêt du public pour le changement climatique a évolué bien au-delà de ce que j'imaginais . Ces dernières années , le débit planétaire sur le réchauffement climatique a connu une formidable évolution. De combien de temps disposons nous pour réaliser ce plan ? D'après les scientifiques, il faudrait que les pays riches y parviennent d'ici 2050 . Les gens peuvent faire beaucoup au niveau individuel , municipal aussi bien que national pour s'engager plus dans cette voie. Quand vous vous demandez ce que vous pourrez faire pour limiter le changement climatique, il est normal de penser à des choses comme les voitures électriques ou la diminution de la consommation de viande. Ce genre de décision personnelle est importante, car elle adresse un signal au marché. Le marché est régi par l'offre et la demande et en tant que consommateur, vous pouvez avoir une énorme influence sur la demande. Si chacun d'entre nous entreprenons des changements individuels , dans ce qu'il achète et ce qu'il utilise, le résultat final peut être considérable. Même si la pandémie a détruit l'économie mondiale, le public est prêt à lutter contre le changement climatique tout autant qu'en 2019. Nous sommes manifestement  plus disposés à laisser cet enjeu de côté. La question est désormais la suivante : que faire de cette synergie ? Selon moi , la réponse est claire , nous devons passer les dix prochaines années à nous concentrer sur les technologies, les politiques et les structures du marché qui nous engagerons sur la voie d'une élimination des gaz  à effet de serre d'ici 2050 . Il n'y a sans doute pas de meilleure façon de réagir à la terrible année 2020 qu'en consacrant les dix prochaines années à cet objectif ambitieux .


vendredi 8 septembre 2023

Ta Deuxième Vie Commence Quand Tu Comprends Que Tu N'en As Qu'une de RAPHAELLE GIORDANO






 Les gouttes, de plus en plus grosses, s'écrasaient sur mon pare-brise bientôt, les trombes d'eau furent telles que d'instinct , je levai le pied, pour éviter les bouchons du vendredi soir, j'avais décidée de couper par les petites routes, mes yeux essayaient vainement de déchiffrer les panneaux . Soudain, un bruit d'explosion .. un bruit effrayant qui propulsa mon coeur à cent vingt pulsations minutes et me fit faire une embardée incontrôlable; ma tête cogna le pare-brise, après quelques instant dans les vaps, je repris mes esprits et me touchai le front, rien de visqueux juste une bosse. Je sortis de la voiture en me couvrant comme je pouvais de mon imper pour aller constater les dégâts, un pneu crevé et une aile cabossée. Je me jetai sur mon téléphone, évidement il ne captait pas ! Les minutes s'égrenèrent , rien , personne , seule perdue dans ce sous bois désert . Je quittai mon habitacle protecteur, au bout d'une dizaine de minutes qui me semblèrent une éternité, je tombai sur une grille de propriété, j'appuyai sur la sonnette du visiophone comme on compose le 15 ; un homme me répondit , Oui ? C'est pour quoi ? Bonsoir , Monsieur ...Désolé de vous déranger, mais j'ai eu un accident de voiture dans le sous-bois derrière chez vous .... Un bruit métallique du portail en train de s'ouvrir me fit sursauter. le perron s'alluma, puis la porte d'entrée, s'ouvrit au bout de l'allée, une silhouette masculine de belle stature s'avança vers moi, sous un immense parapluie, il m'invita à le suivre à l'intérieur . Entrez ! vous êtes trempée jusqu'au os . A ce moment là une femme élégante que je devinai être sa femme s'avança vers nous; cette dame à eu un accident, elle à juste besoin de téléphoner et de se remettre un peu; me voyant glacée , elle me proposa aimablement une tasse de thé que j'acceptai sans me faire prier, son mari descendit les escaliers une serviette à la main, merci ,Monsieur c'est gentil ! Claude ; je m'appelle Claude. Ah ...moi c'est Camille . Tenez Camille ; le téléphone est là . Parfait je ne serai pas longue . Prenez votre temps. Je décrochai le combiné et composai le numéro d'assistance de mon assurance ; on m'annonça  une intervention dans une heure; j'appelai ensuite la maison, mon mari décrocha , je lui expliquai mes déboires , il ponctua mes phrases d'onomatopées agacées et de claquements de langue contrariés, puis me posa des questions techniques. dans combien de temps allait t'on venir me dépanner Combien cela allait t'il coûter ?J'avais les nerfs à vifs et son comportement me donnait envie de crier dans le combiné ! Je raccrochai furibonde en lui disant que j'allais me débrouiller et qu'il ne m'attende pas pour dormir . Mes mains tremblaient malgré moi et je sentais mes yeux s'embuer . Je n'entendis pas Claude s'approcher de moi , ça vas ? vous vous sentez bien ?demanda t'il d'une voix bienveillante, la voix que j'aurai aimé entendre à mon mari , un peu plus tôt. Mes lèvres se mirent à trembloter et je ne pus contenir mes larmes sur mon visage, je laissai alors s'échapper le trop plein de frustrations  accumulées ces dernières heures, ces dernières semaines , ces derniers mois même ....Il plongea son regard dans le mien, pas un regard scrutateur, ni intrusif, un regard bienveillant grand comme des bras ouverts. Mes petits verrous intérieur lâchaient , les uns après les autres. Tant pis. Ou tant mieux ? Je lui confessai les grandes lignes de mon vague à l'âme, les microfrustations que j'avais accumulées et qui avaient fini par gangréner ma joie de vivre, alors que j'avais tout ,a priori, pour être épanouie ....C'est comme si le coeur n'y étais plus? Je ne sais plus si tout ça a un sens ! Mes paroles semblèrent l'émouvoir au point que je me demandai si elles ne le renvoyaient pas à quelque chose de très personnel. A vous écouter parler , je crois même savoir de quoi vous souffrez ... Ah oui , vraiment ? Demandais je en reniflant. Oui...Il hésita un instant à poursuivre, comme s'il essayait de deviner si j'allais être réceptive ou non à ses révélations...Il dut juger que oui, car il enchaina sur le ton de la confidence : Vous souffrez probablement d'une forme de routinite  aigüe. Une quoi ? Une routinite aigüe . C'est une affectation de l'âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes, baisse de motivations, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels désenchantement, lassitude ...Mais ...Comment vous savez tout ça ? Je suis Routinologue . Routino quoi  ?  Il m'expliqua alors en quelques phrases, ce qu'était la routinologie , cette discipline novatrice encore méconnue en France, mais déjà bien répandue dans d'autres parties du monde. Comment , sans être en dépression, on pourrait ressentir malgré tout une sensation de vide, un vrai vague à l'âme et trainer la désagréable impression , d'avoir tout pour être heureux , mais pas la clé pour en profiter. Vous voyez Camille, la plupart des choses qui vous arrivent dans la vie dépendent de ce qui se passent là haut, enchaina t'il, se tapotant le crâne . Les pensées qui placent un filtre entre la réalité et vous même et la transforment au gré des croyances, des a priori et des jugements ...Et qui fabrique tout ça ? Votre mental !Uniquement votre mental !J'appelle ça la fabrique à pensées . Broyer du rose ou broyer du noir n'est pas indépendant de notre volonté ....Vous pouvez travailler votre mental pour qu'il arrête de vous jouer de mauvais tours !Il suffit d'avoir un peu de constance, de persévérance et de la méthode ...Il se leva et se dirigea vers un joli petit secrétaire en bois de cerisier. Il en sortit une carte qu'il me tendit . Passez me voir , à l'occasion, dit-il avec un doux sourire Je lus.   Claude Dupontel  , Routinologue 15, rue la Boétie 75000 Paris 
Je me saisis de la carte sans savoir encore quoi en penser. Ce ne fut que le neuvième jour, en sortant d'une réunion houleuse au bureau durant laquelle mon boss m'avait publiquement rabrouée que je décidai que ça ne pouvait plus durer : Il fallait que les choses changent ! Je ne savais pas vraiment comment, ni par où commencer mais je me disais que Claude lui, le saurait peut-être ....Au bout de quelques sonneries il décrocha. Le jour de notre rendez-vous, j'arrivai au pied d'un bel immeuble façade haussmannienne . A peine eus je sonné qu'une petite femme menue m'ouvrit, c'est vous Camille ?me demanda t'elle s'en préambule avec un grand sourire . Oui c'est moi répondis je , un peu interloquée. Vous avez rendez-vous avec Claude ? Oui . Vous allez voir il est extraordinaire !Claude m'expliqua que cette méthode puise ses sources dans les enseignements de divers courants de pensées philosophiques , spirituels et même scientifiques, et s'inspire des techniques les plus éprouvées de développement personnel à travers le monde .  Un condensé de ce que les hommes ont pensé de mieux pour évoluer en bien. "Donner un sens à sa vie", c'est le fil rouge du changement. Dans la pratique , on procède étape par étape. C'est pourquoi j'applique la théorie des petits pas pour faire progresser mes élèves par paliers. Il m'installa sur un petit bureau secrétaire dans un angle de la pièce et me proposa de noter noir sur blanc tous ce que j'aimerai changer dans ma vie, même les choses les plus anodines, les plus essentielles, ne censurez rien . Je trouvai l'exercice assez simple et commençai à noter tout ce qui me venait à l'esprit, passant au crible le film de ma vie . J'étais en train de prendre conscience du nombre d'insatisfaction que j'avais accumulés, et j'en éprouvais un choc . Soyez fière de vous ,c'est très difficile d'avoir le courage de coucher sur le papier tout ce qui ne vas pas dans sa vie ! Combien de temps dure un accompagnement en général ? Le temps qu'il faut à la personne pour redessiner le projet de vie qui fera son bonheur ...Hum, je vois. Encore une question :Vous n'avez pas parlé de prix et je ne sais pas si j'ai les moyens d'un tel suivi . La routinologie a un mode de fonctionnement unique et très particulier à ce niveau là, mais qui a largement fait ses preuves : Vous paierez que ce que vous estimerez me devoir et seulement quand vous aurez réussi. Je me retrouvai dans la rue comme une étrangère à moi même : cet entretien m'avait chamboulée .Mes mains tremblaient un peu, et je ne savais pas si c'était de peur ou d'excitation. Tandis que je me dirigeais vers le métro pour rentrer chez moi , les pensées se bousculaient à une allure folle dans mon esprit. A chaque pas , je me remémorais les paroles de Claude , et ma détermination grandissait : " Chacun a un devoir vis à vis de la vie , ne croyez vous pas ?  Apprendre à se connaître soi même, prendre conscience que le temps est compté, faire des choix qui engagent et qui ont du sens. Et surtout, ne pas gaspiller ses talents .. ".Camille, il est toujours urgent de se réaliser !"  Pendant la soirée, je ressassai ce que ma vie était à ce jour : une planque, celle de mon travail, celle de mes amours ....Des caches misère ..Il était temps pour moi de cesser de me voiler la face et d'oser reprendre les choses en main . "Changez tout, changez tout, pour une vie qui vaille le coup . Changez tout, changez tout, changez tout ", chantait Jonasz. Je devais, moi aussi , en faire ma chanson.. Trois jours plus tard, je reçus enfin le courrier tant attendu. Bonjour Camille, je suis heureux, de votre décision de repartir a la conquête de votre vie. Chaque fois que vous aurez franchi une étape décisive, un palier de changement, vous recevrez un nouveau lotus Charms, d'une nouvelle couleur , blanc débutant puis jaune , vert ,bleu , violet ...jusqu' au lotus noir qui marquera votre stade ultime de changement. Il sera l'indication que vous aurez atteint tous vos objectifs. Ma première mission fut opération blanc, le ménage , in/out je dus identifier dans mon environnement tout ce qui me paraissait toxique, néfaste, sclérosant dans mes relations et mon organisation, je devais aussi jeter dix objets inutiles , rangez, trier et améliorer mon intérieur. Je sortais, tout du placard et devant cette immense monticule plein de poussière, je l'avoue, je faillis jeter l'éponge. Mais au et à mesure que j'élaguais, c'était fou je récupérai de l'espace vital dans mon esprit ! Cette thérapie par le vide me faisait le plus grand bien. A la fin de la semaine, la maison ressemblait presque à un appartement témoin, je jubilais. Puis il me demanda de faire la liste de toutes mes qualités et de toutes les expériences les plus réussies de ma vie...Un autre jour, il m'invita à tester le jeu de l'appareil photo imaginaire , quand vous sortez, au lieu de vous focalisez sur les choses désagréables, laides ou contrariantes, vous tenterez de fixer votre attention sur des choses jolies et agréables, des clichés imaginaires dans la rue, dans les transports partout ou vous baladerez . Ainsi, je devais m'entrainer à être a l'affût du Beau. Au fil des semaines constatant que mes symptômes de routinite aigus s'estompaient lentement mais sûrement, je commençai à vraiment croire en la méthode. Claude m'appris aussi l'art de la modélisation: Quelle femme admirez vous le plus et pourquoi ? J'adore Isabelle Huppert , je trouve qu'elle a un charme fou! Alors étudiez ses attitudes, sa manière de marcher, de sourire ...Entrainez vous à reproduire ses gestes, fermez les yeux, visualisez vous en train de marcher dans la rue et jouez à être Isabelle Huppert . Comment vous sentez vous ?Belle, sûre de moi, posée. Super !gardez ces sensations en tête, et n'hésitez pas à le faire pour de vrai. Courageusement, je continuai, jour après jour à appliquer les conseils de Claude. A la fin du quatrième mois, j'eus l'impression d'avoir passé un seuil critique, je commençais réellement à apprécier ma nouvelle façon de vivre, manger, bouger, penser .Je touchai du doigt cette fameuse réconciliation  corps/esprit dont parlent toutes les disciplines orientales. Lorsque je marchais dans la rue, je m'appliquais par instants à imaginer mon corps comme un trait d'union entre le Ciel et la Terre, à me sentir reliée à un grand Tout et non plus à me considérer comme un élément isolé, perdu dans la nature. Claude m'envoya un message. Bonjour Camille ! Au programme des trois prochaines semaines ,pensée positives, autosuggestion et méditation . Je demandai : Pourquoi trois semaines ? Il me répondit : C'est le minimum de temps qu'il faut pour qu'un changement se mette en place et commence à devenir une habitude ...Je reçu aussi un petit colis,  c'était une sorte de bonbonnière en verre transparent , Claude avait glissé à l'intérieur un rouleau de papier, je dévissais le couvercle et me saisis du message . "Camille voici votre rumingotte , ce sera votre cagnotte anti rumination et pensées négatives, vous mettrez 1 euro dedans chaque fois que vous aurez des pensées négatives ou des paroles négatives ou stériles ; je ne peux que vous souhaiter de ne pas devenir riche par ce biais ! La pensée positive à un réel impact sur votre corps et votre psychisme : Il faut faire attention à son dialogue intérieur autant qu'à ses propos extérieurs . Pourquoi pas commencer dès aujourd'hui ? A bientôt Claude.  Je m'évertuais à pratiquer la pensée et l'autosuggestion positives . A changer mes tournures de phrases. A les formuler non plus de manière négative, mais positive. Non plus à la forme passive , mais active. Une vraie gymnastique de plasticité cérébrale ! Je m'étais imprimé une courte fable que Claude m'avait envoyée et la relisais souvent. C'est l'histoire d'un homme qui vas trouver un sage pour apprendre auprès de lui . Dites moi , qui vous êtes sage , qu'est ce qu'il a dans votre esprit ? Dans mon esprit ,il y a deux chiens, un noir et un blanc. Le noir est le chien de la haine, de la colère et du pessimisme. Le blanc est celui de l'amour, de la générosité et de l'optimisme. Ils se battent tout le temps. Le disciple est un peu surpris. Deux chiens ? Qui se battent ? Oui pratiquement tout le temps . Et lequel gagne ? Celui que je nourris le plus . Il était clair que depuis des années , mes pensées avaient dû bien plus ressembler à un noir Cerbère qu'à un joli petit bichon maltais ! Mais j'étais résolue à changer le registre canin de mon esprit Mon pot de départ à l'agence m'emplit d'un sentiment mitigé, mélange de libération jubilatoire et d'une certaine  anxiété. Ma décision avait surpris tout le monde, la plupart de mes collègues me prenaient pour une gentille mère de famille, installée sur des rails d'une vie bien popote et voilà que je me transformais en une entrepreneuse audacieuse, au projet professionnel improbable ! Ma victoire me valut un quatrième lotus Charms violet , celui là je n'aurai jamais cru gravir ainsi les échelons du changement, mais force était de constater que la méthode fonctionnait . Maintenant que j'avais les fonds, je pouvais enfin mettre en œuvre ce qu'il fallait pour concrétiser mon concept de leasing de vêtements haute couture pour tout petits à des prix très accessibles. Le lancement de la boutique était prévu six mois plus tard . Claude suivait mes avancées comme un papa poule. Et puis ..et puis le grand jour arriva. L'inauguration, enfin !La boutique était pleine à craquer. Tous les invités se tenaient autour de moi , une flute de champagne à la main. Ma mère me couvait d'un regard admiratif, a côté d'elle mon père qui avait fait tout spécialement le déplacement ne pouvait cacher son émotion. Mon fils avait raconté à tous ses copains que sa mère allait ouvrir une boutique de haute couture pour enfant et qu'elle allait devenir célèbre ! Ma seule déception , Claude n'était pas encore là; il allait rater mon discours, dans lequel j'avais bien entendu prévu de lui rendre un bel hommage. Soudain , un brouhaha se fit entendre au niveau de la porte d'entrée et une grosse agitation sembla gagner l'assemblée . Je ne comprenais pas ce qui se passait, crépitements de flashs , de cris ...Le  flots de visiteurs s'ouvrit petit à petit jusqu'à moi offrant le passage d'une stupéfiante apparition : Jean Paul Gaultier en personne ! Et juste derrière lui Claude, me souriait à belles dents, heureux de voir sa surprise faire tout son effet. Je n'en revenais pas !Je tendis à mon idole une main tremblante, qu'il serra chaleureusement, je l'entendis, comme à travers un brouillard , expliquer à l'assemblée qu'il était heureux et fier d'être le parrain de ma boutique, dont le concept l'avait beaucoup séduit. Quand Claude lui avait envoyé la présentation du projet , il n'avait pas hésité longtemps pour offrir son image médiatique, afin de donner à mes fées modes, une plus grande visibilité : Camille a un grand talent de styliste, poursuivit -il . Ses modèles petite enfance possèdent une véritable originalité  et offrir la possibilité aux familles d'accéder à des vêtements uniques et haut de gamme à des petits prix, grâce au leasing , c'est incroyablement malin . Vraiment bravo Camille ! J'étais au comble du bonheur ! Claude ! Je ne sais comment vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi ... Il me tendit alors la fameuse petite boîte entourée cette fois d'un joli ruban doré , je devinais aussitôt ce qu'elle contenait le lotus noir, le dernier des talismans . Avant de partir , il me glissa une petite enveloppe blanche dans le creux de la main . Le mot disait : Ma Chère Camille , Permettez moi de vous fixer un ultime rendez-vous . J'ai quelques révélations à vous faire. Puis j'aurai fini ma mission auprès de vous et vous pourrez continuer votre chemin, en étant sûre d'être sur le Bon chemin ! Rendez-vous donc après-demain à 14 heures en haut de l'Arc de Triomphe . Encore , bravo, et belle nuit , votre dévoué , Claude . J'approchai du monument, admirant sur ses flancs les allégories éclatantes de la victoire. Oui quel meilleur endroit vraiment , pour célébrer l'achèvement de mon projet personnel et rendrez hommage . Claude se tenait là et m'accueillit à bras ouvert. Vous savez Camille , j'aime à penser que nous sommes tous citoyens du monde , mais peu de gens en ont vraiment conscience . Chacun pourrait devenir " ambassadeur de la paix "rien qu'en agissant à son niveau, en œuvrant à sa sérénité intérieure et à son bonheur . Son visage s'assombrit , peut-être que quand je vous aurai fait mes révélations , vous n'aurez plus envie de me voir ....de quoi parlez vous ? Quelle révélations ? Je dois vous dire un secret qui va peut-être vous bouleverser . Je ne suis pas Routinologue , en vrai je suis architecte , j'ai quitté la France à la suite d'une rupture brutale et douloureuse avec celle que je pensais être la femme de ma vie. Elle est partie avec mon meilleur ami ...Une  trahison qui m'a complètement mis par terre ; un océan entre elle et moi me semblait pas de trop! Mais une fois aux States , ma dépression n'a fait qu'empirer . Un homme Jack Miller s'est occupé de moi et m'a remis sur les rails pour m'aider à devenir ce que je suis aujourd'hui ; sans lui , je n'aurai jamais repris l'architecture, je ne croyais plus en moi. C'est mon mentor, mon routinologue ! Camille il est temps que je vous explique ... La routinologie , en soi ,est une invention ...il s'agit en réalité d'une sorte de chaîne d'entraide , de relais de la réussite ! Celui qui a été aidé devient routinologue à son tour et doit transmettre ce qu'il a appris , en venant en aide à une autre personne de son choix . et votre cabinet ? Votre assistante ? Une mise en scène montée de toute pièces, en réalité, ce cabinet est mon bureau d'architecte et Marianne mon assistante habituelle; j'ai dû la mettre dans la confidence, et la convaincre de jouer le jeu. Mais alors vous n'avez pas vraiment de compétences, ni de légitimité pour jouer au coach avec moi ? il toussota . C'étais la première fois que je le voyais perdre contenance . Oui et non , Camille . Car chaque nouveau "routinologue " a reçu comme vous un apprentissage qu'il reproduit ensuite scrupuleusement . Pour vous ça a marché non ? Ne croyez pas que je ne sais pas ce que vous ressentez, Camille . Pour moi aussi , ça a été un choc , quand j'ai appris que Jack Miller n'était pas routinologue ...Certes , la méthode n'est pas classique , pas très orthodoxe même, mais elle en vaut la peine , vous ne croyez pas ? Je capitulai . Oui , çà en vaut la peine . Souriant , il farfouilla dans sa sacoche pour en extraire quelque chose . Alors vous êtes prête à recevoir ceci ....Il me tendit un épais cahier . A l'intérieur je retrouvai toutes les étapes de mon programme, les expériences , les apprentissages, les instructions détaillées. C'est un support qui vous sera précieux pour accompagner , plus tard celui ou celle que vous choisirez . Sur un regard , une parole , vous saurez que c'est la bonne personne ....ça s'est passé comme ça pour moi ? Oui , ça faisait quatre ans que j'attendais de trouver qui j'aurais envie d'accompagner !Puis il me tendit des cartes de visite de routinologue imprimées à mon nom , comme s'il n'avait pas douté un seul instant que je dise oui , ainsi que de fausses pochettes de dossiers , des photos et des témoignages de remerciements que j'aurai à afficher au mur de mon futur cabinet de consultation ...;Toute la panoplie du parfait routinologue ! Je vous en prie . Prenez les. A votre tour de transmettre tout ce vous avez appris . Vous le ferez, n'est ce pas ?  Vous ne laisserez pas la chaîne des routinologues se rompre ? Sa voix avait pris l'accent de la supplication . J'étais chamboulée . Son regard soutint le mien avec insistance . Tout ce que nous avions vécu me revint en mémoire . L'émotion me serre la gorge . Je tendis le bras pris le matériel ....Je lui devais bien ça non ?