lundi 31 juillet 2023

Je plante donc je suis de Alain Baraton




 Les jardiniers aiment à se lever tôt , au Moyen âge , les moines vivent coupés du monde. Le jardin leur est indispensable pour méditer mais aussi pour se nourrir. Les cloitres, les jardins des monastères, étaient carrés ou rectangulaires divisées en quatre parcelles. Au centre du jardin des poissons qui sont mangés le vendredi ou pendant les périodes de carême. Le moine plante utile : il préfère les plantes potagères, légumes en graines tels les pois, les pois chiches et les fèves ; à la modeste pitance s'ajoutent  quelques plantes condimentaires et médicinales, comme l'anis, le fenouil , la menthe, le persil, le pavot et la ciboulette ainsi que quelques plantes tinctoriales notamment le rouge garance et les jaunes genêts ou safran. A côtés du jardin se dresse un verger, le lieu choisi pour cultiver des fruits, des fleurs et enterrer les morts. Il est utile de préciser qu'au Moyen âge les fleurs dans les églises sont tenues  pour sacrilèges évoquant les orgies romaines. Pour les hommes d'Eglises , la fleur est associée à la Vierge Marie, pour laquelle sont plantés des lis d'un blanc immaculé ou des roses rouges, la couleur du sang du Christ , n'oublions pas la vigne, à la destination  du vin de messes uniquement . Conjuguant esthétique et utilité, les vergers étaient installés dans des endroits que je trouve sublimes , ils devaient être beaux et ordonnés. Pas d'anarchie dans les plantations, de l'ordre et de la vigueur, comme là haut. Les allées sont encadrés par des buis de bordure, bénis lors de la fête des Rameaux. Ces jardins évoquent le paradis perdu et la quête d'un monde parfait, ils sont aussi l'endroit propice à la méditation. Que l'on soit croyant ou non , les visiter est toujours un moment délicieux. Bioéthique rime souvent avec manipulation génétique. Qu'en est-il des plantes ? Ont-elles été bonifiées, altérées ou juste modifiées ? Les premières plantes travaillées par les hommes sont les céréales. Les premiers à récolter des graines sont les populations du Moyen-Orient qui améliorent la production  de blé en sélectionnant les meilleures semences. C'était il y a 8 000 ans. La nécessité de nourrir une population toujours plus nombreuses a conduit à développer d'autres méthodes de reproduction comme le bouturage, opération consistant à planter en terre une feuille, une partie de tige ou une racine pour obtenir un nouveau plant. Toutefois le bouturage n'améliore pas les végétaux. Les Chinois le savaient: ils lui préfèrent le greffage, inventé , selon les spécialistes, il y a 4 000 ans. La pratique est déjà un peu moins aisée : il s'agit d'introduire dans les tissus d'un végétal un élément d'une autre plante, le plus souvent une partie de branche ou un bourgeon .L'intérêt de la greffe est d'associer, par exemple, une plante réfractaire à un sol calcaire à un végétal qui l'apprécie. Il est aussi possible de greffer une plante sensible à une maladie sur un pied résistant à cette même maladie. Grâce au greffage, un arbre ou un arbuste peut être adapté au climat d'une région, ou un sol et sa production de fleurs ou de fruits améliorée. Le greffage ne mélange pas les végétaux; vous greffez un rosier rouge sur un rosier blanc, les nouvelles fleurs seront rouges . Le semis, le bouturage, le greffage sont des techniques longue à donner des résultats, des résultats parfois décevants. C'est pourquoi les chercheurs travaillent depuis les années 1950 la culture in vitro. Réalisé en laboratoire, elle régénère les plantes à partir des tissus  végétaux ou des cellules. On parle alors de culture cellulaire. Dans un laboratoire, les noms deviennent aussitôt abscons : les chercheurs pratique la culture des méristèmes, d'apex ou d'embryogenèse somatique. Nous quittons le domaine du jardinage pour celui de la science. L'avantage de ces techniques est d'optimiser la production et de fournir des plans indemnes de tout virus? Le premier inconvénient est que les végétaux produits sont le plus souvent stériles ,le second, quoique cela soit aussi valable pour le greffage, que notre environnement végétal en est transformé. Quantité de plantes vivent aujourd'hui à la place d'essences régionales. Je ne sais si c'est le progrès, en tout cas, il s'agit d'une nécessité : il y a 2 000 ans , les pommes avaient la grosseur d'une cerise, pas de quoi nourrir des milliard de Terriens ! Les hommes n'ont de cesse d'exploiter la nature pour en tirer ce qu'elle offrait de plus maléfique; c'est ainsi que les plantes furent souvent employées à des fins criminelles. Nous sommes dans les années 200 avant J.C et Hannibal est en difficulté , Hannibal grand général carthaginois fut capable de conduire à la mort une armée de  38 000   soldats; il osa franchir les Alpes avec des éléphants pour affronter les Romains et mit à maintes reprises les légions italiennes en déroute. La victoire n'est pas toujours au rendez-vous, Hannibal est en Afrique et son armée est en sous nombre, la défaite semble inévitable; en bon stratège, il ordonne le repli des troupes tout en laissant sur place tous les tonneaux de vin dont il dispose; les barriques ne contiennent pas que du raisin: il y a ajouté des racines de mandragore , une plante vivace provoquant malaises et hallucinations , les ennemis envahissent le campement et savourent leur victoire en buvant jusqu'à la dernière goutte de vin abandonné, Hannibal revient quelques heures plus tard et massacre sans avoir à combattre des soldats incapables de se défendre, la plante fit alors une entrée remarquée dans la carrière militaire, elle est loin d'être la seule . Les premiers soldats kamikazes furent ismaéliens; l'ismaélisme est un courant minoritaire de l'islam chiite , ils étaient entraîner à tuer et à repousser leurs limites de la peur, pour qu'ils soit encore plus efficaces, les chefs donnaient aux combattants des doses de haschisch . Ces hommes étaient s'en doute des fanatiques, ils étaient aussi complètement drogués; ils atteignirent le paradis c'est sûr, mais celui-ci était artificiel. Le haschisch est issu d'une plante, le chanvre, aux utilisations multiples, grâce à elle, les candidats à la mort ne redoutaient rien et enduraient la douleur s'en se plaindre. L'arbre est riche de symboles : L'arbre de la liberté planté à la Révolution française, l'arbre de justice sous lequel les monarques redirent leur décision, l'arbre de rassemblement sous lequel on se jurait fidélité et fraternité avant le combat, l'arbre cosmique qui relie la terre et les cieux la vie et la mort. L'arbre contient en lui tous les éléments: l'eau circule dans son bois, la terre enfouie entre les racines, l'air nourrit les feuilles, du frottement de ses branches jaillit le feu. Pour certains musulmans , les chiites de rites ismaélien, l'arbre symbolise le hakitat, la béatitude qui dépasse le mystique des apparences et rejoint la réalité suprême. L'arbre de la Bodhi, sous lequel Bouddha méditait .L'arbre de vie porte les fruits défendus . Il existe en Chine l'arbre Kien-Mou, planté au centre du monde, qui ne produit aucune ombre. Il possède 9 branches et 9 racines avec lesquelles il touche aux 9 dieux et aux sources, séjour des morts. L'arbre est présent dans toutes les religions. Son tronc nous offre l'encens: le ou les dieux sont sensibles aux fumées qui montent vers le ciel en signe de sacrifice. L'encens est une résine sécrétée par le boswellia , un arbre originaire du Sultanat d'Oman , qui se trouve en Somalie, en Ethiopie, au Yémen et en Inde. ; c'est un petit arbre qui atteint 8 mètres à l''âge adulte, l'arbre est symbole de sagesse. L'olivier, bien sûr , est porteur de paix. La famille est réunie sur un arbre généalogique. Le Canada et le Liban ont mis l'érable et le cèdre sur leur drapeaux . Le sapin de Noël est là pour apporter la paix dans les chaumières, à défaut des nations .Lorsque on évoque Israël et les territoires palestiniens, on pense au figuier, à l'oranger, à l'olivier ou à l'avocat. Mais la flore de cette région ne se limite pas à quelques arbres fruitiers . Deux milles ans avant J.C, les hommes exploitaient le grenadier et fabriquaient avec la pulpe du fruit la grenadine, boisson connue pour étancher la soif. Dans le désert, le palmier dattier est un arbre apprécié des nomades; ils l'apprécient pour les fruits mais surtout parce qu'il indique la présence d'oasis et donc d'eau. En Israël et en Palestine, on cueille le cédrat aussi appelé pomme d'Adam ou pomme du Paradis; le fruit est acide mais dégage une odeur merveilleuse. Avec les myrtes et par la distillation des feuilles , on obtient un liquide précieux utilisé en pharmacie; les fleurs distillées entrent dans la composition de produits de beauté. Le myrte a un quasi homonyme la myrrhe . La myrrhe est produite par une plante appelée Commiphora ; sa sève entre dans la composition des huiles saintes, de certains produits de beauté et de parfum d'intérieur. Je voudrais aussi évoquer l'aloès vrai, cette plante est capable de s'adapter à des sols qui affichent au soleil 60 degrés, dans les régions sèches, elle est une véritable manne. Et la manne justement, d'où vient elle( hormis de la main de Dieu , bien sûr )Elle est due à une variété de tamaris qui abrite des colonies de cochenilles, celle-ci se nourrissent de la sève de la plante, en réaction, l'arbuste produit à l'emplacement des piqûres une sorte de miellat jaune appelé manne; cette substance est depuis toujours récoltée par les habitants et consommée. Une plante et un insecte permettant aux hommes de se nourrir dans un endroit aussi désertique, nul doute qu'il s'agisse d'un miracle et rien d'étonnant à ce que la manne terrestre soit aussi nommée le pain du ciel. Plus de 2 000 ans avant J.C , les Chinois constatent que la chenille d'un papillon, le bombyx, fabrique ses cocons dans un arbre, le mûrier. La chenille sécrète une bave qui se durcit et se transforme en un long fil pouvant atteindre 1,5 km ;mon histoire vous dégoute ? Sachez que ce filet de bave n'est autre que la soie . Les Chinois comprennent vite l'importance de la découverte et exploitent la chenille, le papillon et le mûrier; pour conserver le monopole de la commercialisation de la soie , ils gardèrent pour eux et pendant 3000 ans les secrets de la fabrication , il faut dire que tous les empereurs de Chine qui se sont succédé punissaient de mort ceux qui osaient parler. Un autre secret de fabrication a fait gagner beaucoup d'argent à un agriculteur ; nous sommes en 1830 en Belgique. La période est trouble et Jan Lammers doit quitter sa maison car le pays connaît de graves dissensions .  Il protège ce qu'il peut et enterre dans sa cave des racines de chicorée. Lorsqu'il revient quelques semaines plus tard, il découvre les plants qui ont poussé et qui , en l'absence de lumière, ont produit des jeunes feuilles blanches et jaunes, il goûte les curieux légumes, il est séduit: il vient d'inventer les endives . Pendant presque vingt ans, il ne divulgue pas l'origine de sa production et vend sur tous les marchés ses endives; il gagne des sommes colossales . Cette culture intrigue Breziers, le jardinier en chef de la Société d'horticulture de Belgique. Il réussit avec beaucoup de persévérance à percer le mystère de l'endive dont il améliore la culture. Là encore, et pendant trente ans la production reste régionale. Les Français découvrent la plante en 1875 grâce à Henri de Vilmorin, il faut toutefois attendre les années 1920 pour que les endives soient cultivées en grande quantité dans le nord de la France. Comment les plantes font-elles pour résister aux agressions ? L'affaire est loin d'être simple.  Les végétaux se sont adaptés à certaines situations et ne peuvent que limiter les dégâts . Prenez l'exemple d'un arbre, il est attaqué par un virus ou par un champignon, le malheureux n'a pas les moyens de prendre la fuite!  Il va sectoriser l'organe où siège la blessure, quitte à se séparer d'une branche pour éviter la propagation . Il est donc capable d'isoler une partie contaminée. En période de canicule, pour résister aux températures élevées et limiter leurs besoins en eau, les arbres réduisent le nombres de leurs feuilles; ils reproduisent les effets de l'automne, lorsque les feuilles tombent pour se prévenir du gel rendant impossible l'absorption de l'eau. C'est la raison pour laquelle les plantes qui vivent sous les tropiques restent vertes toute l'année. On dit souvent que la taille donne du " tonus " à un arbuste, elle lui donne surtout du stress, la plante craint pour sa survie et se hâte de recréer en quantité les branches et les feuilles qui lui font défaut. Certains pensent que l'arbre serait capable de sentir la mort arriver, pour assurer sa descendance, il fournit plus de fruits que d'ordinaire. On a souvent vu des pommiers, des cerisiers ou des pruniers qui ne donnaient que quelques fruits en être subitement couverts une année, comme par miracle. Puis vient l'automne et l'arbre n'y survit pas. Les anciens l'avaient compris lorsqu'ils tapaient avec un manche sur le tronc des arbres pour leur faire croire que le vent ou la hache allait leur être fatal  Les récoltes l'année suivantes étaient, paraît il, exceptionnelles. Les vendanges qui commencent aux premiers jours de septembre ne sont plus exceptionnelles , en à peine cinquante ans la date des vendanges a été avancé en fonction des régions et en moyenne de 18 jours à 1 mois, c'est énorme, et non s'en conséquence. dans son livre Histoire du climat, Emmanuel le Roy Ladurie établit un parallèle entre la date des vendanges et les mouvements des glaciers. L'auteur se fonde sur des documents vieux de plusieurs siècles, dont le plus ancien date de 1370. Le résultat est riche d'enseignements, les scientifiques étudient l'impact du réchauffement climatique sur la fructification des arbres fruitiers et de la vigne pour les décennies à venir , rappellent qu'un vin n'est bon que si la vigne a mûri lentement, une maturation accélérée  par une élévation brutale des températures nuit à la qualité du vin. Les conclusions sont les mêmes: les vins deviennent durs c'est à dire qu'ils deviennent plus acide, leurs qualités aromatiques baissent tandis qu'augmente leur taux d'alcool. Lorsque les températures moyennent sur une année de 1°, le taux d'alcool augmente de 2°, le réchauffement climatique se confirmant , il y a fort à parier que nos grands crus de Bordeaux présenterons demain un taux d'alcool identique aux vins d'Afrique du nord. Mais ce n'est pas la seule conséquence, il ne serait pas impossible que nos voisins russes et scandinaves se mettent eux aussi à produire, ils le font déjà en petites quantités certes, des vins vendus au détriment de nos grands crus . A la fin des années 1970, les vignerons d'Australie, des Etats-Unis, d'Argentine et d'Afrique du Sud produisaient moins de 2% de la consommation mondiale de vin; ils en produisent aujourd'hui un quart . La Chine se lance à son tour dans la grande viticulture. En permettant aux pays situés à proximité des pôles de planter des milliers d'hectares de vignes sur des sols actuellement inexploités le réchauffement climatique va profondément et durablement transformer la carte du monde de la viticulture. Ceux qui vont le plus en pâtir seront les viticulteurs français . Les premières plantes sur terres furent les algues, les champignons et les mousses; puis les prêles, les fougères, les conifères et les plantes à fleurs. Tout ce petit monde végétal vit depuis pas moins de 510 millions d'années, se reproduit tranquillement et laisse de temps en temps apparaître de nouvelles variétés si bien qu'aujourd'hui ce sont 13 à 14 millions ' il s'agit d'une estimation d'espèces de plantes  qui peuplent la planète ) Les scientifiques n'ont pas de temps à perdre s'ils veulent décrire avec précision les 15 000 espèces de mousse, les 14 000 fougères, les 100 000 champignons et les 10 000 espèces de lichen qui poussent sur la terre ; après ils pourront s'attaquer aux algues, arbres, fleurs et graminées etc....Il aura fallu des millions d'années pour que la terre ressemble à ce que nous connaissons et quelques décennies pour la détruire en partie. Depuis toujours les espèces se sont éteintes, mais aujourd'hui, elles nous quittent à une vitesse 100 à 1000 fois supérieure; pour moi, c'est un drame , voire une catastrophe car les arbres ont permis à l'homme d'élaborer quantité de médicaments comme la quinine ou l'aspirine. Récemment, sur l' île de Bornée, des scientifiques ont découvert une substance utile dans la lutte contre le sida, elle provient d'un arbre, le Callophyllum lanégerun ; hélas lorsque les savants ont décidés de revenir sur l'île afin d'exploiter le remède, les coupes forestières avaient fait disparaître  l'arbre, il a fallu de longs mois pour en retrouver quelques spécimens.  Il n'est guère besoin d'imagination pour comprendre que, s'il avait définitivement disparu, l'affaire aurait été étouffée. A ce jour les constituants chimiques de seulement 10% des espèces végétales de la planète ont été étudiés. Les fleurs sont elles amoureuses ?  En tout cas elles ne flirtent pas avec n'importent qui, si la couleur importe peu; il faut être de la même famille, les marguerites ne badinent pas avec les coquelicots ou les bleuets ; quant à leurs couleurs chatoyantes, à leurs parfums envoûtants, ils sont là uniquement pour attirer les insectes butineurs. Les fleurs ne sont pas des amoureuses, ce sont des séductrices; deux espèces à ne pas confondre. Dans un jardin il y a des fleurs  mais il y a aussi des petites bêtes; prenons l'exemple de l'Argiope auvinta , une araignée du jardin qui tisse des toiles superbes et compliquées; sa femelle est insatiable : de petite corpulence, elle a une fâcheuse tendance à être volage; le mâle, petit, est jaloux , un vrai Sicilien; pour être certain que c'est bien sa semence qui donne naissance à la descendance du couple, il s'accroche avec force sur la femelle et enfonce dans son corps ses pattes porteuse de sperme, puis il réduit son rythme cardiaque et se laisse mourir. La femelle se retrouve avec un cadavre sur le dos profondément fixé et interdisant tout accès aux organes génitaux , dans la famille araignée on sait mourir par amour ! Cet exemple souligne, entre autres , l'intérêt qu'il y à observer la nature. Pline l'Ancien le savait, le naturaliste romain ; né en l'an 23 à consigné par écrit le fruit de ses observations et elles ne manquent pas de piquant, surtout lorsqu'il décrit le hérisson . La question est vieille comme Hérode : Comment fait le hérisson lors de sa copulation pour ne pas se blesser avec ses quelques 5 000 piquants ?  Pline a trouvé la réponse, il écrit, et je n'invente rien : les hérissons s'accouplent debout en s'embrassant , délicieux ! Aujourd'hui , 1,1 milliard de personnes n'ont pas accès directement à l'eau potable, en conséquence, les eaux de mauvaises qualités tuent chaque jour plus de 5 000 enfants de moins de 5 ans et plus de 2 millions d'humains souffrent de maladie dues à une eau impropre à la consommation. Pourtant, l'eau ne manque pas : 90% des catastrophes naturelles y sont liées, quand sera t'il demain ?  En 2030, demain donc, la population mondiale aura besoin de 55% de nourriture en plus. Or, il faut 1000m3 d'eau pour produire 1 tonne de blé et dix fois plus pour produire 1 tonnes de viandes : nul n'a besoin d'être un spécialiste pour comprendre la gravité de la situation . Comment trouver de l' eau ?  D'où vient elle ? Gislain de Marsilly , membre de l'Académie des sciences, professeur de géologie à l'Université Paris VI a publié en 2005 un rapport passionnant dont voici un extrait : " L'évaporation des océans représente 425 000 km3 par an er celle des continents 71 000 km3 . Sur ces 496 000km3 annuels , 385 000 retombent sur les océans et 111 000 km3 sur les continents . Sur ces 111 000 km3, 71 000 s'évaporent et constituent l'eau verte qui alimente naturellement toute la végétation en l'absence d'irrigation . Il reste 40 000km3 d'eau qui se répandent dans l'environnement. Gislain de Marsilly estime que 13 000 km" d'eau sont récupérables annuellement. La situation ne serait donc pas dramatique. Mais la répartition des ressources en eau varie d'une région à l'autre et le réchauffement climatique perturbe la donne . Demain, il pleuvra davantage dans les zones déjà humides et les zones arides vont s'agrandir. La ceinture désertique va se déplacer vers le Nord. Les Nations Unies estiment que , compte tenu de l'augmentation  démographique d'ici 2025, le Moyen Orient, l' Afrique du Nord et l'Inde vont connaître des situations dramatiques. Les sources souterraines , de créer des barrages, d'installer des usines de désalinisation, ces procédés sont souvent polluants et toujours hors de prix. Il y aurait bien un début de solution : il n'est pas interdit de rêver ; le pétrole extrait de terre est mélangé à part égale à de l'eau ,une eau impropre sans traitement approprié bien entendu . Sachant que ce pétrole est souvent exploité par des régions arides, on peut imaginer qu'il serait possible aux populations locales de récupérer l'équivalent de 70 millions de barils par jour, soit 4 km3 par an . Encore faudrait t'il que l'opération intéresse les compagnies pétrolières : rien n'est mois sûr. Le Pentagone va jusqu'à prétendre que , dans les années à venir  de nombreux pays se doteront d'armes nucléaires, pour défendre leurs ressources en eau ou pour s'emparer de celles de leurs voisins. L'eau source de vie sera demain source de conflits.

 

mardi 30 mai 2023

Les derniers rois de Thulé de Jean Malaurie


 

Thulé, les Esquimaux du Pôle ... Autorisation Groënland accordée , Je relis le texte de ce télégramme que m'adosse l'ambassadeur de France à Copenhague . Lors de mes précédents séjours au Groënland  sur la Côte Ouest dans la baie de  Disko en 1948 et en 1949 ( printemps été ) durant ces deux premières missions géomorphologiques dans la baie de l'Eqe et surtout à Skansen, j'avais certes appris, que des indigènes existait au nord très au nord, près d'une mystérieuse Thulé, des Esquimaux " primitifs "par lesquels aucun Français n'avait encore vécu .Le navire s'engage lentement dans l'allée d'eau tranquilles du Vaigat  il jette l'ancre devant Qullissat , centre minier : c'est ici la grande île de Disko . Devant nous un semis de maisons de poupées , rouges, jaunes, bleues , à petits carreaux .  Retour à l'âge de pierre , faisons route vers Thulé, depuis quelques heures , nous sommes en vue du cap York sombre et hautaine promontoire des terres nord- groenlandaises , nous sortons de la fameuse baie de Melville pour nous engager dans ce que , depuis la fin du XIX siècle, l'on est convenu d'appeler, avec l'explorateur Peary, la route américaine du Pôle . Le Tikerak , navire en bois armé pour les glaces sur lequel à Jakobshavn , je me suis embarqué, se fraye une voie dans le brouillard et la banquise. Je songe aux avertissements que formulait dès 1618 Pierre Bertius, cosmographe de Roy Très Chrétien . "la froidure y est indomptable...et ....en tue plusieurs. L'hiver y dure neuf mois sans plouvoir ....Tous ce païs est plein d'ours cruels avec lesquels les habitants ont une guerre continuelle ". Engoncés dans nos chandails, nous nous précipitons aux rambardes, la coque du navire est ceinturé d'une dizaines de kayaks , dont les occupants nous dévisagent. Petits, la face jaune et plate éclairée d'un énigmatique sourire; quelques minutes encore et c'est l'administrateur danois Torben Krogh qui avec bonne humeur, vient lui même à bord serrer la main de chacun . Ayant décidé d'hiverner 150 kilomètres plus au nord à Siorapaluk , station exclusivement indigènes, Thulé est pour moi qu'une escale ; je fais quelques jours après mon arrivée à Thulé , transborder mon matériel sur un cargo , le Elin-S se rendant providentiellement pour trois journée dans le nord du pays. Siorapaluk la bien nommée le site est extraordinairement beau et mon isolement sera aussi complet, je serai l'unique blanc à hiverner cette année au nord de Thulé. Les chiens du village se mettent à hurler, de la rive je persiste à suivre des yeux " la très longue barque" dans douze mois seulement elle sera de retour. Seul désormais devant le but fixé ; ma mission commence. J'étais encore assis sur un de mes sacs lorsqu'une femme s'approcha pour m'apprendre par des signes que la plupart des hommes sont : " Avatare ,avatare  à la chasse ...là bas ! " Parti à la découverte , je ne marchais pas depuis une heure le long d'un sentier de la falaise que soudain, à un détour une bruissante piaillerie aux accents modulés m'est renvoyé comme un écho par la montagne; le ciel est obscurcis  de millions de petits oiseaux noirs, des mergules nains, allant et venant de la mer à la falaise; ils plongent en se renversant dans l'eau , tête avant pour attraper quelques poissons et crustacés . Comme enivré par le bruit , je suis le sentier, les éboulis sont rougis par leurs excréments , j'aperçois soudain  des têtes hirsutes, des bras armés d'épuisettes à long manche. Un gros derrière culotté d'une peau d'ours mitée me fait face " Pioulî ! pioulî ! pizz...rirrr, rirrr! siffle t-on . Des Esquimaux s'installent sur les clapiers d'éboulis agitant leurs filets . La chasse est extraordinaire, dès que l'épuisette est pleine, l'homme la retourne brusquement sur un caillou; les femmes vont gauchement de l'un à l'autre, en portant des sacs accrochés par des lanières autour du front, les centaines d'oiseaux  morts qui s'entassent. Il est courant pour un chasseur, de capturer au filet cinq cent oiseaux par jour ; sans les plumer ni les vider , ils en emplissent alors des sacs de phoque à moitié dégraissés et placés sous des pierres à l'abri du soleil . La graisse fond lentement sous l'effet de la chaleur et la chair des oiseaux se décompose dans un bain de graisse , à l'exception  du bec, des plumes et des pattes que l'Esquimau néglige quand il mange l'oiseau ; il lèche les os puis casse les plus petits avec ses dents pour mieux les sucer. Mon voisin Sakaeunnguuq , tout en m'interpellant m'examine, il m'invite à aller chez lui, à voix basse , il me prie de ne pas lui en vouloir, si sa maison est pauvre et sale , lui ayant répondu que je viendrai . Un igloo parmi tant d'autres, un monticule de tourbe et de pierres en forme de tortue, Sakaeunnguuq tousse pour m'annoncer...soulève une planche, cassés en deux nous nous glissons dans un boyau de trois mètres, je pousse une seconde porte dont le seuil est à hauteur du ventre, c'est là que nous nous hissons en appuyant sur les mains. Une petite pièce basse et piriforme, éclairée par une lampe en pierre noire remplie d'une huile donnant une lumière jaune et hésitante, l'air est imprégné d'une forte odeur urique , de graisse de terreau humide et de musc. Pas un Esquimaux du groupe assis sur des vieux récipients n'a encore tourné la tête ni fait un geste, Sakaeunnuuq  mon hôte, s'est placé devant la porte intérieure, je le regarde , interrogateur nous sommes tous les deux debout et stupides . A défaut d'autre présent , j'offre des cigarettes , mon paquet de caporal passe de main en main, on l'examine, le hume, on le jauge ; l'homme m'y invitant des yeux , je m'assieds, à la place des hôtes, donc à gauche de l'entrée et me mêle au cercle. " Soo (merci) dit l'un d'eux en aspirant une bouffée, et à travers des volutes de fumée me sourit . "Naammappoq!" ça vas! dit cet autre, je m'appelle Ulalik dit un troisième, la glace est brisée et la conversation de reprendre vive et enjouée. Il me faut leur répondre avec patience à milles questions: " D'où je viens ? Où je vais ?Où est ma femme ?Atinik ? Comment les Quallumaat (Les Blancs) , t'appellent ?On apprécie qu'en entrant je ne me sois pas arrêté au milieu de la pièce , raide , s'en saluer d'un mot les occupants, j'apprendrai que c'est l'habitude des Quallumaats. La bouilloire bosselée et noircie dont on ne se sert pour le café est posée sur le primas. L'Esquimau puise à pleines mains dans l'eau brune du sceau de bouillon appelé qajoq , et en tire des morceaux de phoque fumants et noirs comme la suie Neviroq ! Mangez !Elle s'adresse aux hommes , pendant le repas les femmes et les filles se tiennent à  part , quelques marginales( femmes sans hommes, coureuses) grignotent en même temps que nous un bout de viande. La plus grande partie de la première quinzaine d'août est absorbée par l'aménagement de mon abri , ayant pris possession d'une cabane inoccupée , je l'ai transformé aussitôt avec l'aide intelligente des Esquimaux. de forme rectangulaire et ramassée, couverte par un toit double faiblement incliné, elle se divise en deux partie : un corridor où seront déposés vêtements et armes, afin que, dans les allées et venues , ils ne soient pas humidifiés par la condensation. Une grande pièce destinées aux indigènes travaillant avec moi ou de passage; enfin séparée de cette pièce par une légère cloison percée d'une porte, une petite chambre d'environ 4m sur 1,80m, tables et chaises que je fabriquerai avec des planches et des caisses. Dans cet abri, où pendant l'hiver, la glace montait le long des cloisons jusqu'à 30 centimètres au dessus du sol et devait être brisée au couteau, le chauffage est assurée par une cuisinière rouillée trouvé sur place. Pour combustible, je disposais localement d'un charbon groenlandais importé...d'Afrique du sud. Lors des grands froids ( -50) je chauffais la pièce également avec un réchaud à essence ( Coleman). Sitôt débarqué , je plantais dans le sol sableux , avant que les 70 cm dégelé ne soit à nouveau englacé , un grand mât de 4 mètres pour fixer l'antenne de mon émetteur radio. A quelques mètres de là, je dispose d'une cache à viande montée sur quatre pieux, à 2 mètres de hauteur; la viande et les harnais sont ainsi à l'abri des chiens et des rares ours qui rôdent. A proximité, les neufs chiens acheté à mon passage à Thulé. Le poste danois de Thulé est à 150 kilomètres au sud. A 70 kilomètres du nord c'est Etah, puis le désert jusqu'à l'océan glacial et le pôle. Mon isolement pourrait apparaître comme atténué par la présence d'une radio , mais les liaisons sont difficiles, mon émetteur est de faible puissance, il est sur batterie et je l'alimente par un générateur à bras, le contact avec Thulé est en principe hebdomadaire , chaque samedi, confiant j'accroche l'antenne au mât de ma cabane; un Esquimau se met au générateur et à 21 heures je commence à appeler: Thulé, Thulé , radio Calling...Here Siarapaluk ! Cela peut durer cinq à dix minutes, l'Esquimau, dans son pantalon d'ours et son anorak en peau de phoque, à force de tourner la manivelle pour donner le courant, sue comme un malheureux . Deux fois par semaine, je vois passer devant ma fenêtre, mes voisins chargés de peaux de renards et de phoques, ils se dirigent vers la boutique où elles sont vendus , et avec l'argent qu'ils en retireront, achèteront des produits dont ils  manquent . La chasse aux renards n'est autorisée par l'administration danoise que pendant cinq ou six mois et demi de l'année. De tous les districts du Groenland Thulé est certainement un de ceux où le renard est le plus abondant. Les millions de mergules qui nichent sur les falaises de juin à septembre en sont la cause. Cette richesse très relative à Thulé conditionné par l'austérité de vie des Esquimaux à permis à Knud Rasmassen , administrateur du district de Thulé : (1910 à 1933) d'organiser sept expéditions scientifiques. Chaque Esquimau dispose de cinq à quinze pièges métalliques , le long du littoral sur des distances de 10 à 30 kilomètres. Avec patience durant l'hiver, il les visitera , au moins une fois par semaine; Ululit et Iggianguaq m'invitent à les accompagner; ils ont l'intention tout en posant les pièges dans une vallée où les empreintes sont particulièrement nombreuses de chasser à vue le renard , en quelques minutes je me prépare à les suivre : je prends mon fusil , un sac à dos. je pensais être absent une journée nous fûmes de retour beaucoup plus tard; il fallait suivre les traces et la piste était bonne me ressassait Iggianquaq , depuis qu'Ululik retenu dans le secteur de deux de ses trappes  nous avait laissés. L'expression fixe et intérieure, silencieux, comme le sont la plupart de ces hommes à la chasse, il allait observant le moindre détail, reniflant l'air, nous nous nourrissions de mouettes et surtout de perdrix et de lièvres, pas un seul jour, nous mourons de faim : le lichen, les herbes et surtout les racines de saules nous servent de combustibles . Sur le plateau je retrouve les fortes impressions sahariennes, ces mêmes étendues de cailloux et de sable, une marche lente et régulière dans la rocaille ouvrant le sol craquelé et dur, l'espace, l'espace ...des vallées de galets blancs , nous butons sur le glacier au nord , étincelant au soleil puissant et majestueux, il élargit encore cette immensité: il règne , nous nous collons à son flanc et cheminons dans une boue gluante et des ruisselets d'eau . En longeant le bord de la falaise qui domine au sud le Fjord des glaciers Morris Jessup, on devine très au large , loin , loin à l'ouest le profil neigeux de la Côte Canadienne. L'eau et la glace nous entourent de toutes parts . Ce royaume de Thulé d'Etah à , se déploie sur 300 kilomètres, l'espace c'est la mer et la banquise source de vie et de liberté dans une lumière qui vous mets hors du temps. Le vent se lève, le corps en avant l'un derrière l'autre depuis des heures nous marchons, sur la neige, les empreintes se précisent, un cri aigu sur la droite des naajats (mouettes), le fracas des icebergs qui se brisent, le bruit sourd de la glace du lac trop fortement comprimé , un coup sec : Iggianguap à tiré, a ce moment précis j'aperçois au loin déjà deux magnifiques renards, leur marche rapide et légère, nous reviendrons sans renard à Siorapaluk, nous nous rabattons sur le lièvre blanc et nous en ramenons cinq. Racorni par le vent et le froid, le visage brûle, les aboiements des chiens montent jusqu'à nous , mais lorsque nous arrivons, c'est pour découvrir que tous les chasseurs ont quittés la station, une petite fumée pourtant au-dessus de la tente de Pualuna trahit une présence humaine. Au fond de son abri, et peu après dans l'embrasure de sa porte en bois apparaît une bonne vieille tête, il y avait beaucoup de phoques, Iminina est venu le dire avec son kayak, ils sont partis vite , je suis tout seul. Cette rencontre devait être pour moi le début de relations amicales avec Pualuna, le vieillard chez l'Esquimau ancien , n'avait pas droit de citer, assurément les temps ont changé, mais si l'on n'encourage plus les vieux à se laisser mourir, l'on se montre toujours à leur endroit d'une sèche indifférence. Ils sont tout juste tolérés. Il y a dix à peine au Canada , le chasseur durant ses marches, abandonnait encore ses vieux sur la banquise, C'était alors un lamentable spectacle: deux à trois chiens guère plus, les Inuits de Thulé étaient encore moins d'un siècle, si démunis qu'ils ne pouvaient se permettre des attelages plus nombreux, le père et le fils marchent en avant , la femme , la fille en arrière, le vieux , la vieille aussi est assis à l'arrière de la traîne, se sachant de trop, ils se laissent enfin glisser, personne ne se retourne et, cependant que la traîne inexorablement s'éloigne, il songe en lui même " Jai fait mon temps" Le père choisit l'heure et sa mort et de son recommencement en son fils. De cette coutume , de cette sagesse , il demeure, je viens de le dire, encore" dans l'esprit" quelque trace . Pualuna un des hommes les plus ancien de la tribu , vit solitaire sous la tente dans un certain mépris, aussi se montre t-'il reconnaissant de mes visites et de ma gentillesse à son égard. J'ai aussi découvert une personnalité Pualuna a été partenaire d'expéditions américaines de Pearg , et c'est lui qui a dirigé la première expédition  de Cook vers le Pôle. Les Esquimaux de Thulé avaient , en 1891-1892 les tailles les plus petites:156 cm chez les hommes,142 cm chez les femmes. En 1855 1860 , le groupe poursuit une vie difficile, il vient de connaître à la suite d'un refroidissement prolongé, une terrible famine, sous l'action des Chamans, les Esquimaux pour survivre , se restreignent à la consommation d'oiseaux, bien des familles, n'ont alors survécu qu'en mangeant à l'occasion leurs morts. L'Inuk dort; ne le trouble pas, c'est son plaisir, son principal loisir, a des jours continue de chasse de soixante heures correspondent des temps de sommeil plus longs qu'à nos latitudes . L'aaveq (morse) cet animal providentiel, particulièrement abondant au large de Pitorarfik-Negi lieu de rendez-vous ancestral permet à la tribu dans les semaines difficiles de décembre janvier de disposer d'assez de viande pour nourrir ses chiens. Nous partons à la chasse aux morses, autour d'un feu de graisse, le camp est monté , plusieurs chasseurs édifient de petits murs de pierres derrière lesquels ils coucherons à la belle étoile, lorsque le thé est prêt, nous voici tous réunis, et un liquide jaunâtre mêlés  de feuilles de thé est versé, nous buvons debout en battant la semelle , le soleil aura bientôt disparu. Qu'attends t-on pour se coucher ? l'Esquimau a faim, et il veut son morse, il l'épie, le sent déjà et il attendra le temps nécessaire, une dizaine de morses arrivent droit sur nous, trois chasseurs se précipitent vers leurs kayaks qui mettent instantanément à l'eau , avec l'aide des plus jeunes, nous autres nous montons dans la barque et à force de rames , nous parvenons à les suivre. Ululik dans son kayak s'approche, il s'efforce de rester au vent et avec la lumière du soleil derrière lui, la femelle intriguée par son cri imitatif lève la tête, un mâle s'approche  Hûm, Hûmmm, dans la barque nous redoublons d'attention, cette chasse est extrêmement dangereuse, l'Esquimau doit frapper l'animal avec son harpon près de la tête, que le coup soit manqué et c'est le morse qui, furieux il attaquera, il chargera droit et franc, de son œil rouge, il a en effet très vite pris connaissance du champ de combat et l'homme doit absolument éviter d'être entraîné par l'animal , le kayak a toutes les chances , en ce lieu particulier d' être renversé, mené par la bête en fureur. L'Esquimau parfaitement calme, épie avec la plus vive attention le moindre mouvement de la bête, dont il faut prévoir les réactions fulgurantes, il est cette fois bien placé , 20 mètres, 10 mètres, le kayak glisse silencieux, avec une habilité consommé , le chasseur veille à ce que sa double pagaie ne fasse frémir l'eau, trois, deux tac ! ....Il a lancé son harpon et se dégage à toute vitesse en reculant grâce à des mouvements de pagaie inversées et très puissants; dans une gerbe d'eau, le morse a plongé pour se soustraire à ce coup soudain, qu'il doit s'en doute venir d'un ours ou , par extraordinaire d'un orque , la bouée témoin reliée au câble flotte au milieu d'une tâche de sang qui s'élargit. Nous suivons cette bouée que le malheureux animal traîne à sa suite . Remonte t'-il à l'air pour tenter de respirer ? Nos cinq fusils claquent ....." C'est un gros crie Imina, le morse qui a près de trois mètres de long, avec des souffles longs et assez réguliers fait enfin surface, agonisant, il est achevé d'un coup de pieu . La tête est liée  à la barque, nous introduisons un tube dans son ventre, à tour de rôle on le gonfle , on le gonfle à pleine bouche comme une outre, ce sera plus aisé pour le tiré à la côte. Sur le rivage, de grands feux de graisse et de pétrole ont été allumés. En se cambrant avec adresse pour éviter de salir son pantalon d'ours, un chasseur recueille le sang dans un bidon, ce sera la soupe ( qajoq )Le découpage commence, le ventre est entaillé par le milieu , enveloppée d'un gros lard blanc, cette viande rouge et saine existe les chasseurs; on commence à manger les nageoires  au fur et à mesure de la découpe, les Inuits, qui mâchent à moitié cette viande crue , parlent fort, s'agitent autour de ce qui ne sera bientôt plus qu'une carcasse en brandissant d'énormes coutelas. A 10 heures du soir , tout est terminé, sans discussions on procède à quelques complément de partage pour celui-ci ou celui-là, la répartition est très traditionnelle et qui renvoie à des structures socioéconomiques profonds , on fait une marque sur le morceau qu'on a reçu et l'on le traîne vers son tas , la tête y compris, les deux défenses d'ivoire et le coeur , lequel pèse 8 kilos reviennent de droit au chasseur qui à harponné la bête . L'ordre de distribution de la nourriture est significatif; les chiens, les enfants, les chasseurs , les femmes. Sil est un lieu au monde ou l'enfant est roi, c'est bien ici ; l'enfant est, avant la chasse, avant les chiens, le premier plaisir de l'Esquimau, préférence marquée étant donné au fils, frapper, corriger le fils qui se rends insupportable apparaît presque scandaleux. L'enfant est élevé dans la plus grande liberté , il est rare d'entendre dans un village un enfant qui n'est plus un bébé , crier ou pleurer du fait de ses parents. Son père est comme soucieux de lui permettre d'être parfaitement heureux avant qu'il ne connaisse très tôt huit ou dix ans la dure loi de la toundra, la chasse dans le froid et les privations .Le garçon doit apprendre très tôt dès huit ans à marcher longuement 20 à 30 km, par jour et s'orienter dans la brume, à dormir peu, à bien viser au fusil , à s'identifier au gibier pour aller le chercher là ou il est , enfin , à prêter la main au voisin en cas de besoin. Fondamentalement  dépressif , l'Esquimau est secrètement hantés par des pensées morbides, quand le temps est mauvais , ses idées deviennent particulièrement noires et surtout si la bourrasque se fixe à l'igloo. Au fil des jours l'Esquimau s'exprime vivement tel qu'il est, mais lorsque il se laisse aller, ce sont les sombres pensées qui propage toujours affluent : la maladie, la faim, l'absence de gibier, l'incapacité physique de chasser, l'abandon des siens, l'action pernicieuse des esprits mauvais , vite alors la vie reprends ses droits. Chasser d'abord, courir au gibier, où est le morse ?Comment vont les chiens ? Il faut regarnir les caches à viandes. C'est en groupe qu'on rit ,qu'on se moque l'un de l'autre et que l'on se défoule. Une grande chasse difficile suivie de telles réunions, voilà ce que l'Esquimau appelle jouir de la vie. L'Esquimau vit dans le miracle, rien ne l'étonne. La religion ancestrale le fait communiquer avec les esprits familiers personnels qui le conseillent, le soutiennent, le guident . Que les Chamans soit en mesure d'aller en quelques secondes sous les eaux consulter Nerrivik, visiter la lune où quelques autres lieux éloignés est normal. "Nous gardons nos vieilles coutumes dans le but de tenir le monde en suspens, car ces pouvoirs ne doivent pas être offensés." Compte tenu de l'extrême modicité de mes moyens et grâce soient rendues au CNRS six mois de crédit pour quatorze mois de séjour, je ne peux subsister qu'en vivant à l'esquimaude, chassant comme ces nomades. J'acquiers dès le mois d'août un traîneau et un assez bon attelage de neuf chiens; durant tout l'été, je me suis entraîné sur la plage à les conduire : fouet, cris, un ton , une allure, une alliance qui concourent à assurer l'unité nécessaire entre l'homme et ses chiens. Les chiens doivent être nourris: 1kg de viande par animal , attaché à un point fixe les bêtes sont tendues vers les les vingt et trente morceaux  débité au couteau ou à la hache ; il est absolument nécessaire de les jeter à chacun en respectant les hiérarchies de la traîne, le morceau jeté est attrapé au vol, les dents claquent, d'un coup de déglutition le chien avale sans mastiquer sa livre de viande gelée, qu'un morceau tombe par terre et le pacte est rompu. Le naalagaq , ( leader ou chien de tête) lui est à l'écart : il attend, l'œil tranquille, de son autorité, votre vie peut dépendre? Au fil des semaines, j'en apprends davantage sur les mœurs des chiens et les méthodes de dressage. Le chien doit toujours coucher dehors de l'igloo, quelques soit la rigueur du temps, leurs molaires sont cassées avec des pierres pour éviter qu'en mordillant les traines de peaux , lorsqu'ils sont affamés, ils ne s'en libèrent. Dans les premières semaines, la lanière du long fouet de 8 mètres , s'enroule irrésistiblement autour de mon torse, de mes jambes, la mèche claque parfois au visage, je me protège les yeux, peu à peu je m'enhardis, les gestes se font plus sur. IL faut avoir son fouet sans cesse en main, un accident récent m'en fera toujours souvenir, les traîneaux se suivaient en file indienne, le long de la banquette littorale de la côte sud de l'île de Herbert Suranglaçon , à un paysage glissant et étroit, je trébuche et tombe, les chiens de l'attelage qui me suit me talonnent en jappant, leurs crocs n'ont pas été limés et ils sont agressifs, ces quatorze chiens se jettent immédiatement sur moi, parce que avec mon pantalon d'ours, mes bottes d'ours je sens ...l'ours surtout pour des chiens affamés, couché tout en poil de la tête aux pieds, je me débat, ayant perdu mon fouet, j'ai toutefois la chance d'être protégés par ces peaux épaisses, les bêtes me mordent à la cuisse et voici que d'autres se jettent à mon visage, je me protège du bras et crie Aqi! Aqi ! ( en arrière !) trois quatre secondes s'écoulent, le temps est compté , que le sang coule et les chiens vont s'énivrer comme des loups; le hasard fait que les chiens en se reculant pour réussir un nouvel assaut me laisse une demi seconde de répit, je me mets vivement debout, j'attrape mon fouet, sauvé . Je garderai pendant plusieurs semaines sur ma cuisse, les cicatrices noirâtres des morsures que les dents des chiens avaient marquées dans ma chair. Nous sommes le 10 mai à Oaqqaitsat aux abords du glacier de Humboldt à mesure que nous gagnons le nord, les empreintes se révèlent plus nombreuses, près du cap Agassiz, notre excitation croit à tel point que , devant une trace toute récente, les Esquimaux déchargent les traînes en quelques secondes. La première piste suivie est profonde et nette, pas de doute, elle est d'hier, il s'agit d'un gros ours, les chiens nerveux vont bon train . Pour se reposer et se réchauffer mes compagnons s'arrêtent un instant et prépare du thé; nous sommes à l'entrée du fjord.  Oaaqqutiaq explique qu'en avril les ours se cherchent pour s'accoupler, aussi vont ils çà et là sans but définis, c'est alors que Padloq, qui s'était écarté pour satisfaire ses besoins, accroupie se trouve nez à nez avec lui, goguenard, les pattes en dedans, l'ours l'observe avec curiosité, un bond, un cri et les chiens s'élancent, les hommes se sont jetés sur leurs traineaux, l'ours court ventre à terre à une vitesse prodigieuse et c'est merveilleux de le voir, lui si pataud, devenu svelte et agile, il file vers le nord est, le glacier de Humboldt , gagné de vitesse, il biaise vers la muraille du glacier, il est perdu . Chacun sort son coutelas et tirant à lui , ses chiens, sectionne les laisses, quinze chiens rageurs rattrapent l'animal, le devancent,, l'obligeant à s'arrêter, dressé il fera face, de droite à gauche , il promène sa tête racée et scrute l'espace de ses yeux bruns foncés, il réussit encore dans un saut gigantesque le long de la paroi à se dégager, désespérément , il s'accroche à la glace avec ses griffes et se hisse centimètres par centimètres par une faille , les chiens hurlent , bondissent vers la patte pendante  l'homme intervient , il tire, l'ours s'arrête, reprends son ascension , se colle à la falaise, la neige rougeoie de grosses gouttes de sang tombent une à une, une balle près de l'oreille lui traverse enfin le crâne, foudroyé il tombe dans une petite crevasse; il faudra plus de deux heures pour l'en dégager. Plaisir de la chasse, le besoin de manger sont les plus forts, à grands traits du coutelas, la fourrure est dépouillée , en éventrant l'animal les chasseurs prennent la précaution de retirer le fiel et de l'enfouir dans la glace, il empoisonnerait la viande nous ferait perdre cheveux et poils L'Ours est divisé en sept parts , tiens prends Natuk me donne les dents et les griffes pour ma femme au cas où je me marierais: " ça les fait rester fidèle." Un morceau est jeté à Nerrivik , Déesse des Eaux ; puis c'est le tour des chiens et enfin de nous même , tout en mangeant la langue très appréciée mais bouillie, la moelle et la graisse crue, les hommes évoquent de nouvelles histoires légendaires de chasse . C'est le 23 mai que nous atteignons Inuarfissuaq ( base de Marshall) notre groupe se scinde alors en deux . Kutsikitsoq et moi chacun sur sa traîne, cependant que Oaaqqutsiaq et les femmes longeront la côte et auront tout le temps de chasser le phoque en nous attendant . le pays ici n'a jamais été cartographié, je multiplie les visées, relève des coupes de terrain dans ce sol glacé , dresser la topographie aux passages difficiles , nous courons en avant des chiens, de nombreuses traces de caribou sont relevées. C'est le 26 mai dans l'après midi que nous devons arriver aux abords du lac dit l'Iceberg, ou de Septembre ou Hiawatha altitude 274 mètres nous bivouaquons sur un gros rocher de gneiss gris pailleté d'aspect confortable, sans dresser de tente nous dormons en plein jour allongés sur nos traîneaux , après neuf heures de sommeil  lourd , mon compagnon fatigué par la montée d'hier , est encore très endormi. Fin de matinée nous atteignons la haute falaise de cap; le glacier se présente mal et visiblement Kutsikitsoq ignore où est la passe, il se démène et en maugréant va dans tous les sens; nous pataugeons dans l'eau des torrents, je mesure au passage la position de ce glacier pour en compter l'avance depuis l'expédition de mon devancer Lauge Koch en 1922. De palier en palier nous montons, en fin d'après midi nous atteignons les 1200 mètres qu'atteste mon altimètre pas de doute ,de la neige et du brouillard venant du chenal Kennedy, quelques heures plus tard un brouillard laiteux nous enveloppe . Au bout de treize heures de marche en zigzag nous établissons notre campement , nous partageons le reste de nos deux phoques entre chiens et nous même. Après le repas j'essaie de faire le point, en comptant deux à trois mètres par heures, je connais à peu près ma position, le problème est de ne pas dépasser les 70° 30 de longitude, Kutsikitsoq placide mais narquois, me regarde faire, il saisit négligemment ma boussole, s'efforçant de démontrer en la plaçant dans toutes les positions qu'elle ne vaut rien ! "Nos livres se sont nos têtes, la boussole esquimaude la voilà" il me montre ses yeux et son nez . La situation en vérité est difficile , le brouillard peut se prolonger et nous sommes à cours de vivres. Kutsikitsoq se lève, furieux , il regroupe ses affaires, je ne dit mot, je n'ai pas bougé d'un pouce, ni cillé, au dehors je l'entends rassembler ses chiens, cinq minutes plus tard il est parti. Me voici donc seul, et qui plus est abandonné, à l'Esquimaude je réagis, alors à la difficulté je mange, il me reste un cinquième de phoque, c'est en mâchant, je l'ai dit que l'on pense le mieux, on reprend calme et force. je revois mes notes, trois heures plus s'écoule mon plan est arrêté, dormir d'abord et, au petit matin partir avec les chiens, en suivant comme prévue la route que je me suis assignée. je vais me coucher lorsque j'entends contre ma tente des pas feutrés de chiens , Kutsikitsoq ! Je ne bouge pas , le mieux est d'agir comme si le temps s'était gommé; nous dormons côte à côte comme deux frères difficiles. Je ne m'étais pas trompé ma navigation était bonne et ma vie esquimaude sur la piste avec le fier et coléreux Kutsikitsoq se lisse d'un nouveau lien. J'examine le travail, dans les grandes lignes, l'expédition atteint ses buts essentiels. La carte en témoigne, grâce à notre travail quotidien, cinq feuilles de la Terre d'Inglefield et de la Terre de Washington pourront être ultérieurement être dressées d'Etah au cap Agassiz et de Pullassuaq ( nord glacier de Humboldt) au cap Jackson sur une profondeur de 1 à 3 km selon les itinéraires. Avec l'autorisation du gouvernement Danois, j'ai pu donner, onze noms français aux caps, baies , rivières, fjords reconnus. J'ai évoqué plus haut la personnalité de ce grand géographe ) un cap Joset ( géophysicien français qui perdit la vie dans une crevasse du Groenland central en 1951 et avec lequel j'étais très lié )voulant aussi honorer les Esquimaux toujours oublié sur les cartes, j'ai baptisé le fjord Uutaaq ( père de Kutsikitsoq , compagnon de Peary et ancien chaman )  une rivière Aqajak ( Esquimau mort avec Krueger 1930 1931) Une rivière Aajaku frère de Qaaqqutsiaq qui participa à la dramatique seconde expédition  de Thulé non loin du fatal secteur où Wulff  est mort de faim . Six caisses d'échantillons géologiques, de fossiles , de prélèvement de sable, d'argile, de sacs de cailloux de rivière ont été rassemblées . Sur la géologie et principalement la géomorphologie des terrains traversés, cinq carnets couverts de notes, de croquis, et de mesures, devant permettre des analyses approfondies, des études en laboratoire de la Station du Froid du CNRS que j'ai ultérieurement conduites sur la gélifraction avec diverses simulations aussi proche que possible des conditions naturelles, ici soigneusement identifiés; des collections de prélèvements de roches altérées de fossiles littoraux , une importante documentation photographique. Les traits ethnologiques  dont ce livre témoigne se transmettront plus où moins à des hommes nouveaux, trouvant des points d'appuis différents . Un Groenland moderne se lève , et les Inuits sont déjà , plus qu'une ethnie , une jeune nation. Assurément , il ne peut être question de renier , le titre de ce livre, les chasseurs de la protohistoire, tels que je les ai connus dans une majesté à jamais perdue , seul vivant au plus profond de ma conscience.

dimanche 16 avril 2023

Il était une fois Hollywood de Quentin Tarantino

 




Rick Dalton, vedette du petit écran sur le déclin, noie son chagrin dans l'alcool. Sa rencontre avec l'agent Marvin Schwarz grand fan de son travail, peut-elle sauver sa carrière ? La sonnette retentit sur le bureau de Marvin Schwarz " C'est mon rendez-vous de dix heures et demie , Mademoiselle Himmeltseen ? Oui Monsieur Schwarz réponds la voix flutée de sa secrétaire dans le minuscule haut parleur. Lorsque la porte du bureau de Marvin s'ouvre, sa jeune secrétaire, entre la première, c'est une femme de vingt et un ans, d'obédience hippie ; elle porte une mini jupe blanche qui mets en valeur ses longues jambes bronzées et a de longs cheveux bruns coiffés à la Pocahontas une natte de chaque côté du visage. Bel homme de quarante deux ans l'acteur Rick Dalton, avec sa banane châtain , luisante de gomina comme il se doit, lui emboîte le pas. D'un geste de la main , l'agent fait signe à l'acteur de s'asseoir sur un des sofas en cuir . " Commençons par le commencement dit l'agent , je vous transmet les salutations de ma femme , Mary Alice Schwarz ! Nous avons visionné deux longs métrages avec Rick Dalton dans notre salle de projection hier soir ; Ouah c'est à la fois flatteur et gênant dit Rick , qu'est ce que vous avez regardé ? Des copies de 35 mn  de Tanner et des Quatorze Gros Bras de Mc Cluskey , et bien ces deux là font partie des bons dit Rick Mc Cluskey  a été réalisé par Paul Wendkos , de tous les réalisateurs avec qui j'ai travaillé , c'est celui que je préfère , il a fait Gidget , j'étais censé de jouer dedans, c'est Tommy Laughlin qui a eu le rôle , mais ce n'est pas grave je l'aime bien Tommy, il m'a fait jouer dans la première grande pièce que j'ai jamais faite . Ah oui dit Marvin , vous avez beaucoup joué au théâtre ? Pas beaucoup dit Rick , je m'ennuie constamment refaire les même trucs. Qu'est ce que vous fumez ? demande Marvin à Rick : Des Capitol W Lights réponds Rick , mais aussi des Chesterfield, des Red Apple et, ne riez pas , des Virginia Slims , Marvin rit quand même , la marque sponsorisait " Chasseurs de primes " alors je m'y suis habitué . Votre agent normalement c'est Sia , et il m'a demandé , si j'accepterais de vous rencontrer . Rick hoche la tête. Savez vous pourquoi , il m'a demandé de vous recevoir

Ouais , vous êtes un agent spécial, dit Rick , tout à fait dit Marvin . Eh bien , dit Rick , tel que ça m'a été expliqué vous placez des acteurs américains dans des films étrangers
Contrairement à d'autres , je ne suis pas dans le business des has been, je suis dans le business des princes d'Hollywood .Van Johnson, Farley Granger, Russ Tamblyn, Mel Ferrer L'agent énonce un exemple légendaire; quand un Lee Marvin ivre mort, qui devait jouer le rôle du colonel Mortimer dans " Et pour quelques dollars de plus ", s'est désisté trois semaines avant le début du tournage, c'est moi qui ai dit à Sergio Leone d'amener son gros cul au Sportsmen's Lodge et de prendre un café avec un Lee Van Cleef désintoxiqué et sobre. Marvin poursuit : " Chasseurs de primes" en revanche était une série de western tout à fait honorable, vous avez ça votre actif et vous pouvez en être fier .Mais tournons nous vers l'avenir. Donc , chasseurs de primes: c'était NBC ; combien de temps durait chaque épisodes ? Eh bien une demi heure. combien de temps ca à duré ? On a démarré les diffs télé à la rentrée 1959 1960 en automne ; Et ça s'est arrêté quand ? Au milieu de la saison 1963 1964. Comment avez vous décroché le rôle ? J'avais fais une apparition dans Tales of Wells Farge , j'étais Jesse James. Et c'est ça qui a attiré leur attention ? Oui il a quand même fallu que je fasse un bout d'essai. Dites moi précisément la liste des films que vous avez fait, pendant l'interruption ? Eh bien le premier dit Rick ça été " Sur la piste des comanches "avec le rôle principal un Robert Taylor très vieux , très moche, un vieux binôme avec un jeune, moi et Robert Taylor, moi et Stewart Granger, moi et Glen Ford , ce n'était jamais moi tout seul, dit l'acteur sur le ton de frustration , c'était toujours moi et un vieux crouton  Eh vous avez fait un film avec Georges Cukor ? Ouais dit Rick un vrai navet intitulé " Les Liaisons Coupables" Super réalisateur , film exécrable, ça c'est bien passé avec Cukor ? Vous plaisantez ? dit Rick Georges m'a totalement adoré ! puis il se penche au dessus de la table basse et chuchote d'une voix lourde de sous entendu : Je veux dire , il m'a vraiment adoré .L'agent sourit , signifiant à l'acteur qu'il a saisi l'allusion ;  " Toutes mes scènes sont avec Glynis  Johns , on est à la piscine, Glynis a un maillot de bain  une pièce, on ne voit que ses jambes et ses bras , tout le reste est caché. Moi en revanche , j'ai le slip de bain le plus mini mini que la censure pouvait accepter ; un maillot de bain brun clair , sur la pellicule en noir et blanc on dirait que je suis à poil ! J'ai de grandes scènes de dialogue et je me trimbale le cul à moitié à l'air, pendant dix minutes de ce putain de film . Les trois westerns que vous avez faits, Sur la piste des Comanches, Feu d'enfer au Texas et Tanner , ont enregistré des scores relativement bon en Italie, en France et en Allemagne . Et Tanner a été bien accueilli  en France , Vous lisez le français ? demande Marvin , Non répond Rick. Bon en Amérique, ça s'est passé correctement pour Columbia à la sortie . Mais en Europe, putain la vache ! Manifestement ," Les Quatorze Gros bras" de Mc Clus Key à cartonné dans toute l'Europe, ils savent qui vous êtes en Europe, vous êtes le mec cool avec un bandeau sur l'œil et le lance flammes qui bute cent cinquante nazis. Bien , il y a eu au moins quatre personnes qui m'ont raconté une histoire à votre sujet, commence Schwaz , mais aucune n'en connaît  le fin mot , c'est quoi cette légende selon laquelle vous avez failli avoir le rôle de Mc Queen dans la grande évasion ? Rick a dû raconter cette histoire sans queue ni tête tant de fois qu'il la réduite à ses éléments les plus basiques. Bon , commence Rick apparemment au moment où John Stargs  offrait à Mc Queen le rôle titre de Hilts , le roi du frigo , dans la Grande Evasion , Carl Foreman le tout puissant scénariste producteur des Canons de Navarone  et du pont de la rivière Kwaï faisait ses débuts à la réalisation avec un film intitulé les vainqueurs, et il proposait à Mc Queen un des rôle principaux et apparemment Mc Queen hésitait tellement que Sturges  a été obligé de dresser une liste d'acteurs possible au cas où il faudrait le remplacer et apparemment j'étais sur la liste . Marvin demande : " Qui d'autre y avait il sur la liste ? Quatre noms dit Rick , moi et les trois Georges : Peppard , Maharis et Chakiris . Sur cette liste je vous vois tout à fais obtenir le rôle, bon il y aurai eu Paul Newman je dis pas , mais les Georges à la con là ? de toute façon McQueen a accepté le rôle . Tandis que Marvin lui inflige l'autopsie de sa carrière , Rick éprouve une sensation  cuisante et brûlante derrière les globes oculaires, et les larmes lui montent aux yeux; Marvin peu soucieux de l'angoisse de Rick termine, je ne dis pas que les Italiens ne veulent pas de vous , je dis que les Italiens vont vouloir de vous parce qu'ils voudront McQueen et ne pourront pas l'avoir , et quand ils finiront par s'en rendre compte , alors ils voudront un McQueen qu'il pourront avoir et ce sera vous . L'honnêteté des paroles brutales prononcées par l'agent choque  autant Rick Dalton que si Marvin  lui avait allongé une énorme torgnole . En outre c'est Rick qui a demandé à rencontrer Marvin , c'est Rick qui veut des premiers rôles dans des longs métrages plutôt que de jouer le méchant de service dans des feuilletons télévisés . Et c'est à Marvin qu'incombe la mission de lui expliquer les réalités et les éventuelles opportunités d'une industrie cinématographique à laquelle l'acteur connaît que dalle. Une industrie ou Marvin est un expert reconnu " Monsieur Dalton , vous n'êtes pas le premier acteur à avoir eu des rêves de grandeur après avoir décrocher un rôle dans une série , en fait c'est une maladie commune par ici , c'est pardonnable , mais ajoute l'agent , cela nécessite de se réinventer un peu. " Et en quoi faut il que je me réinvente ? demande Rick ." En quelqu'un de modeste ". répond Marvin 
Cliff Booth , quarante six ans, la doublure cascade de Rick Dalton, porte un bleue jean Levis serré et une veste en jean Levis assortie sur un tee shirt  noir ;  cette tenue est un vestige d'un film de motards à petit budget il y  a trois ans . L'acteur réalisateur Tom Laughlin , un vieux pote de Rick et ami de Cliff ; ils ont fait les Quatorze gros bras de McClusky  tous les trois  Rick avait engagé Cliff pour qu'il fasse sa doublure cascade de deux personnages de bikers . Cliff trouvait les films hollywoodiens irréalistes ,quand il avait vu Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger , il avait ri des dialogues que les journaux qualifient de " langage adultes choquant" Il avait plaisanté avec Rick. En revanche , quand il voyait des films étrangers, les acteurs avaient un niveau d'authenticité qu'on ne trouvait tout simplement pas dans les films hollywoodiens. L'acteur préféré de Cliff , sans conteste, et haut la main, c'était Toshiro Mifune avec une telle intensité qu'il en oubliait les sous titres. L'autre acteur étranger que Cliff aimait vraiment , c'était Jean Paul Belmondo. Quand Cliff avait vu Belmondo dans A bout de souffle , il s'était dit : Ce mec ressemble à un putain de singe ; mais un singe qui me plaît . Comme Paul Newman , que Cliff appréciait , Belmondo avait un charme de star de cinéma. Mais quand Paul Newman jouait un salopard comme dans Le plus sauvage d'entre tous , il était un salopard sympathique . Alors que le gars d'A bout de souffle n'étais pas juste un connard de tombeur sexy ; c'était un pauvre type , un voleur à la petite semaine, un sale con .Et, contrairement à un film hollywoodien, ils les rendaient toujours attachants , ces sales cons, et c'était le truc le plus bidon que faisait Hollywood . Dans la vraie vie , ces fumiers n'avaient vraiment rien d'attachant. Les films étrangers, estimait Cliff , étaient plus comme des romans. Ils se fichaient que vous aimiez ou pas les personnages principaux. Et Cliff trouvait cela intrigant. Et donc , dès les années cinquante, Cliff avait pris l'habitude de monter dans sa voiture et de se rendre à Beverly Hills , Santa Monica, West Los Angelès ou Little Tokyo pour aller voir des films étrangers en noir et blanc avec sous titres en anglais. La Strada, Le Garde du corps, Vivre, Le Pont, Du rififi chez les hommes , le Voleur de bicyclette, Rocco et ses frères, ville ouverte, Les sept Samouraïs. Ses séances du dimanche après midi, il y allait habituellement en solitaire, cela n'intéressait personnes d'autre dans son cercle ( il était presque comique de constater à quel point la communauté des cascadeurs se souciait peu de cinéma ) . C'était un temps d'intimité avec Mifune, Belmondo, Bob le Flambeur et Jean Gabin ( à la fois le Gabin jeune et le Gabin à la crinière blanche ); c'était son moment avec Akira Kurosawa. La Cadillac coupé De Ville 1964 de Rick Dalton, avec son chauffeur Cliff Booth au volant, sort du parking souterrain du bâtiment William Morris pour de retrouver sur Charleville, puis prends la première à droite sur Wilshire Boulevard. Alors que la Cadillac vintage et les deux types vintage roulent sur le boulevard encombré, la sous culture hippie qui a envahi la ville comme une attaque de sauterelles se met à défiler sur le trottoir, affichant couvertures, robes, pieds nus sales ; ils quittent le boulevard Wilshire encombré et prennent le chemin pour rentrer chez Rick, sur Celio Drive, en passant par des rues résidentielles plus calmes, Rick chope une cigarette de son paquet de Capitol W, l'allume avec son zippo , il fume un quart de cigarette en une bouffée et dit à son chauffeur : " Bon , c'est officiel , mon vieux" il renifle bruyamment et ajoute : " je suis un has been ." Cliff tente de consoler son patron : " Allons camarade, qu'est ce que tu raconte ? il ta dit quoi ce gars ? "   "Il m'a dit la vérité, bon sang, voilà ce qu'il m'a dit , il m'a fait comprendre que j'avais foutu ma carrière en l'air ." " Bon il s'est passé quoi ? demande Cliff " il ta envoyé paître ? " Non il veut m'aider à jouer dans des films italiens" Et alors où est le problème ? L'acteur prends une longue taffe dépité, en recrachant la fumée il explique : " Cinq années d'ascension ; dix ans à faire du sur place , et là c'est le plongeon jusqu'au fond." Cliff dit les choses telles qu'elles sont : Rick , je suis ton chauffeur; depuis le Frelon Vert, et depuis que tu t'es fait retirer ton permis de conduire, ton homme à tout faire, je ne me plains pas , ça me plaît de garder ta villa sur les hauteurs de Hollywood quand tu n'es pas là. Mais ça commence à faire un bail que j'ai plus été cascadeur à plein temps. Donc, de mon point de vue, aller à Rome pour être la vedette dans des films me paraît pas être un destin pire que la mort, comme tu semble le penser ." Autre truc vraiment cool que Cliff apportait au binôme : outre le fait d'être un bon ami , un bon cascadeur et un héros de guerre en ce monde de faux semblants , Cliff, lui, était un vrai tueur .Il était un héros de la deuxième guerre mondiale, on lui avait décerné la médaille du mérite deux fois . Une fois devenu veuf  Cliff n'avait plus jamais eu une seule relation sérieuse avec une femme, il se tapait des nanas, il profitait de l'ambiance amour libre à volonté qui flottait dans l'air à la fin des années soixante. Cliff n'aimait que sa chienne Brandy , sa pitbull à la tête plate aux oreilles repliées, un poil brun roux, elle l'attendait avec impatience à la porte de la caravane de Cliff, guettant le son de la Karmann Ghia de son maître se garant à l'extérieur. A la seconde où Cliff avait tué sa femme avec le fusil à harpon pour requins, il avait su que c'était une mauvaise idée. Cliff détestait cette femme, depuis ce qui semblait être des années, mais au moment ou il l'avait vu fendue en deux, deux moitiés séparées gisant sur le pont de son bateau, les années de mauvaise volonté et de ressentiment s'était instantanément évaporées; il s'était précipité auprès d'elle, l'avait bercée, maintenant ensemble les deux parties de son buste, proférant de sincères paroles de regrets et de remords. Au sein de la communauté des cascadeurs à Hollywood, dans les années soixante , Cliff Booth était extrêmement admiré pour sa carrière militaire exemplaire. Mais une rumeur très répandu voulait que Cliff Booth eût assassiné sa femme et réussi à éviter toute condamnation . Le décès de Billie Booth avait été classé dans la catégorie "mort accidentelle" Et de ce jour Cliff devint l'homme à la réputation  la plus sulfureuse à poser le pied sur un plateau de tournage de Hollywood . En effet quel que soit le plateau de tournage sur lequel il posait le pied, il était invariablement le seul dont tout le monde savait qu'il avait commis un meurtre et réussi à s'en tirer . Qu'est ce que la société voulait de plus ? Le grand nombre de soldats américains qu'il avait sauvé en butant les Japs valait bien une Billie Booth .Cela étant dit , les services chargés de faire respecter la loi ayant enquêter sur l'affaire n'était pas aussi informés , des tendances violentes de Cliff Booth selon laquelle il s'agissait d'une tragique fausse manip du matériel de plongée était tout à fait plausible. En outre, il s'avérait que prouver avec exactitude , ce qui s'était passé, entre deux individus seuls sur un bateau au milieu de l'océan n'était pas si facile. Et donc sur la base d'une histoire dont on ne pouvait prouver la fausseté , le décès de Billie Booth avait été classé dans la catégorie " mort accidentelle" Mais la bagarre sur un plateau de tournage à laquelle Cliff devait sa funeste notoriété était le " combat amical" entre lui et l'as des arts martiaux le plus célèbre de tous les temps Bruce Lee . Bruce n'était pas encore une star de cinéma , ni une légende . Bruce Lee était surtout connu  comme le coach de karaté des gens riches et célèbres, Steve McQueen, James Coburn , Roman Polanski, Jay Sebring et Stirling Silliphant ont tous pris des cours chez eux avec Bruce Lee . Ce n'était pas le genre de Cliff, il n'était pas impressionné par ses scènes de combat. Ce mec est super vif , proteste Cliff, mais y n'a aucune puissance dans ses coups, ça en jette ...sur la pellicule , mais ces tantouzes de karaté ont pas de puissance dans leurs coups, il en a pas un capable d'encaisser une beigne. J'aimerai bien voir cette tantouze dans la jungle, à se battre contre un Japp qui pèse quinze kilos de plus que lui, avec un couteau à la main . " Tu as une grande gueule, la doublure, j'aimerai vraiment que tu la ferme, surtout devant tous mes amis" Bruce propose à Cliff un combat amical , au meilleur des trois manches, on n'essaie pas de faire mal à l'autre, le premier qui mets l'autre le cul par terre . Ce que Bruce ignorait c'est que Cliff adorait ces défis où il s'agissait de gagner deux manches sur trois. Il appliquait la même technique sournoise, il accorde à son adversaire la première manche, il lui oppose très peu de résistance, Cliff sait aussi , que dans ce genre de face à face son adversaire utilisera les coups ou la combinaison avec lesquels il se sent le plus à l'aise.. Bruce avait donc décidé que le coup le plus sûr un saut flottant qui l'emmènerai très haut mais s'en grande propulsion vers l'avant, puis stopper son vol en venant taper du pied sur la poitrine de cette andouille qui partirait à la renverse et tomberait sur le cul, histoire de donner à cet enculé une bonne leçon et c'est exactement ce qu'il avait fait, le cascadeur blond à terre l'avait regardé et avait dit dans un sourire ... niais " "Joli bond , la ballerine "puis en se relevant " Recommence un peu " Bon d'accord s'était dit Bruce, il faut juste que ce tordue ne se casse pas le coccyx en touchant le sol; et là Cliff empoignant le karatéka par sa jambe et sa ceinture , l'avait envoyé valser comme un chat brutalement contre une voiture garée sur le plateau. Bruce avait entendu un craquement provenant du bas de sa colonne vertébrale, il s'était vraiment fait mal , Bruce devait aussi admettre que si Cliff, n'était pas au niveau des adversaires qu'il affrontait dans les tournois d'arts martiaux , il avait un truc en plus , c'était un tueur ! Fort heureusement , la troisième manche avait été interrompue par la femme du coordinateur de la série . Pendant que Rick , avec l'aide de son magnétophone , apprends son texte, pour la prochaine scène, il entends frapper à la porte de la loge. " Dites Monsieur , Dalton dit le deuxième assistant réalisateur, si vous voulez bien Sam souhaiterait discuter un peu avec vous sur le plateau, Rick avait travaillé dur pour mémoriser ses répliques du lendemain . Les professionnels savent leurs textes et Rick est un professionnel, mais habituellement les professionnels ne se sifflent pas huit whiskies , bon certains acteurs professionnels font çà ; mais au fil des ans ils ont appris à gérer. Et ces acteurs là ( Richard Burton, Richard Harris ) sont des ivrognes professionnels, Rick , lui n'est encore qu'un amateur. Il ne fait pas oublier que beaucoup de premiers rôles des années cinquante avait fait la deuxième guerre mondiale. Et beaucoup d'hommes devenus acteurs à la fin des années 50 et au début des années 60 s'étaient battus en Corée, et beaucoup de ces hommes avaient vu des choses pendant la guerre qu'ils pourraient jamais effacer de leur esprit. Et comme leur génération comprenait cela , leur alcoolisme était dans une large mesure toléré. Dans le contrat du premier rôle, Georges C. Scoh il était stipulé que trois jours de production seraient perdus en raison d'alcoolisme de l'acteur . Avant qu'Aldo Ray finisse quasiment à la rue dans les années 70 , ses abus d'alcool étaient pour ainsi dire tolérés par les sociétés de production cinématographique. Rich Dalton , lui n'a pas de telles excuses. S'il boit , c'est à cause de la combinaisons de trois facteurs : dégoût de lui même, auto apitoiement et ennui. Cliff avait fait le voyage en Europe avec son patron , Rick Dalton et pour la première fois depuis bien longtemps . C'était le quatrième films européens qu'ils enchaînaient en peu de temps. Ils partageaient un appartement chic à Rome avec une vue imprenable sur le Colisée . Rick allait systématiquement manger dans des restaurants italiens, sifflait cocktails sur cocktails dans les boîtes de nuit et de manière générale menait la grande vie d'une star avec Cliff dans le rôle de copilote. Au splendido hôtel , le plus proche des formations rocheuses évocatrices du Far West qui parviennent à faire passer l'Almérie pour l'Arizona ; Cliff s'empara du petit sceau à glaçons fourni par l'hôtel, l'établissement n'était pas climatisé chaque client dans chaque chambre avait un ventilateur bruyant fourni par les Espagnols. En passant devant la chambre 104, Cliff lança un coup d'œil à l'intérieur  et aperçut un vieil homme bâti comme une armoire. C'est Aldo Ray , songea Cliff en passant pour la deuxième fois devant la chambre , il lança à nouveau un coup d'œil , sauf que cette fois ci , il entendit la voix de la star, si caractéristique , douce , râpeuse. Hé ! oui répondit Cliff  " Tu travaille sur ce Western ?" Oui Monsieur Ray " Cliff entra dans la chambre de l'acteur et serra la main de la vedette Warner Bros des années 50. Cliff Booth , je suis la doublure cascade de Rick Dalton . "Doux jésus , qu'est ce qui t'ai arrivé à la tronche!"  "Je me suis pris un coup de crosse dans l'œil " Il t' a cartonné la gueule , hein ? fit Aldo , Cliff haussa les épaules .... c'est le boulot, je suis le punchingball à la place de Rick " Tu bosses avec lui depuis longtemps ? " ça vas faire pas loin de dix ans " Aldo leva la tête " Hé l'ami , je suis mal en point tu pourrais me trouver une bouteille ?" " Oh dit Cliff , je suis désolé Aldo vous êtes pas censé boire , la production à envoyé  un mémo à tout le monde pour qu'on vous donne pas d'alcool "" S'il te plaît ....s'il te plaît gamin , je vais pas bien , allez sois sympa " Cliff alla dans sa chambre, prit la bouteille de gin , et la tendit à l'homme de la chambre 104. Ayant sécher la bouteille de gin de Cliff , Aldo ne fut pas en mesure de travailler le lendemain et fut renvoyé chez lui par le premier avion. Les producteurs espagnols essayèrent par tous les moyens de savoir qui avait fourni l'alcool à Ray, mais heureusement pour  Cliff, ils ne le surent jamais . Cliff était tellement dans ses petits souliers , qu'il n'en parla même pas à Rick, enfin il laissa passer deux ans avant de lui en parler . Cliff dépose Rick chez lui sur le coup de dix heure trente ce soir là; ce qui laisse à Rich suffisamment de temps pour apprendre son texte du lendemain . A peine a t'il franchi le seuil que, comme le font tous les acteurs du monde, il contacte son service de répondeur téléphonique , il a en un de l'agent Marvin Schwaz , il compose vite le numéro . "Bonsoir , M Schwaz  dit Rick" ' Je suis tellement content que vous ayez rappelé, mon message tient en quatre mots, Nebraska Jim, Sergio Corbacci ," Sergio qui ? demande Rick  c'est qui ? Le deuxième meilleur réalisateur de Western spaghetti au monde l'informe Marvin "Il fait un nouveau Western intitulé Nebraska Jim et grâce à moi, il envisage de vous confier le rôle. Alors j'ai le rôle ? Ce que vous avez c'est un dîner, il vient juste de rencontrer trois jeunes acteurs, Marvin débite à toute allure " Robert Fuller, Gary Lockwood , Rick Nelson et Ty Hardin "C'est super bégaie Rick , mais je peux vous parler franchement? Toujours dit Marvin   ; écoutez M. Schwaz tout ce qui est Western spaghetti ..... ça ne me plaît pas, en fait je les trouve horribles . Combien en avez vous vu, un ou deux et donc vous avez un avis d'expert sur la question ? " Ecoutez , mon grand, vous m'avez demandé si vous pouviez me parlez franchement, et bien  maintenant c'est moi qui vais être franc avec vous. Vous avez tenté la transition télé cinéma et ça n'a pas marché, il faut dire que ça marche rarement, d'accord ça à marché pour Mc Queen et ça a marché pour Jim Garner et , le plus incroyable de tous , pour Clint Eastwood . Mais les gars comme vous , Edd Byrnes , Vince Edwards , Georges Maharis  qui avez passé votre carrière à vous coiffer la banane au peigne de poche, vous êtes tous dans le même bateau, maintenant la culture à changé et vous n'avez pas vu le vent tourné. Il faut être le fils hippie de quelqu'un de connu pour être vedette de ciné de nos jours. Peter Fonda, Michael Douglas , Kristoffer Tabori , Arlo Guthrie , des types androgynes aux cheveux hirsutes, ce sont eux les chefs de file aujourd'hui . Rick remarque une file ininterrompue de voitures qui arrivent à la résidence des Polanski, "il doit y avoir une fête se dit t'il ? Rick Dalton se tient dans l'allée devant chez lui, vêtu d'un kimono rouge en soie qu'il a acheté lors d'un de ces voyages au Japon, il a discuté avec Marvin Schwaz pendant une vingtaine de minutes, il s'est préparé une pleine chope à bière allemande de Whisky  Sour et a commencé à réciter son texte, puis il entends le téléphone sonner et décroche le combiné fixé au mur de la cuisine; une voix féminine à l'autre bout du fil " Rick Oui répondit Tu es entrain d'apprendre ton texte, c'est Trudi , tu sais Mirabelle du boulot , moi aussi je veux qu'on le répète ensemble? Okay  Et le lendemain sur la parcelle Western de la Twentieth Century Fox sur le plateau de Lancer, les deux acteurs scotchèrent tout le monde .

mardi 21 février 2023

Loin d'Hollywood de Charlie Chaplin


   


1921 : Chaplin qui avait quitter en inconnu l'Europe pour l'Amérique dix ans plus tôt , y revient comme l'un des hommes les plus célèbres du monde . Il se mêle désormais aux princes et aux rois , aux grands esprits de son époque, tout en restant très attaché à ses origines modestes. Une tourte aux bœuf  et aux rognons , la grippe et un câble voilà la triple alliance qui à tout déclenché. Même si un soupçon du mal du pays et de soif d'applaudissements à aussi pu influencer les circonstances qui m'ont envoyé prendre des vacances en Europe . Cela faisait sept ans que je me dorais au soleil perpétuel de la Californie, un soleil artificiellement renforcé par le studio Cooper Hewitt. Cela faisais sept ans que je trimais et me creusais les méninges dans une voie unique. Or je voulais m'échapper . M'échapper d'Hollywood , de la colonie du cinéma, des scénarios de l'odeur de celluloïd , des studios, des contrats, des communiqués de presse, des salles de montages, des foules , des naïades , des tartes à la crème, des grandes chaussures et des petites moustaches . Or je me sentais très fatigué, faible déprimé, je me remettais à peine d'une grippe, j'étais dans l'un de ses états d'esprit où l'on se demande pour tout : " A quoi bon ? " je désirais quelque chose mais  j'ignorais quoi . Et voilà que Montague Glass m'invite un soir à dîner chez lui à Pasadena , j'avais reçu beaucoup d'autres invitations, mais celle là comportait la promesse d'une tourte aux bœuf  et aux rognons l'une de mes faiblesses . La tourte est un enchantement, la soirée aussi, une fête de famille simple et chaleureuse ; il s'installe au piano et je me mets à chanter, nous jouons ensuite aux charades, la fête se termine très tôt, voilà un véritable foyer, habité par un homme au succès artistique et commercial notoire, mais qui s'arrange pour fermer sa porte le soir et avoir la paix. Je reviens de Los Angelès en voiture, un câble de Londres m'attends chez moi, dans lequel on attire mon attention sur le fait que mon dernier film , le Kid , va être projeté à Londres et vu qu'il est salué comme ma plus belle réussite, le temps est venu pour moi de regagner mon pays natal. Cela fait des années que je me promets d'accomplir ce voyage . A quoi ressemblera l'Europe d'après - guerre? Je réfléchi un moment, je n'ai jamais assisté à la première de l'un de mes films. Leurs débuts ont toujours eu lieu pour moi dans des salles de projections de Los Angelès , j'ai ainsi manqué quelque chose de vital et de stimulant. J'ai du succès certes, mais il est rangé dans une boîte que je n'ai jamais ouverte pour y goûter. Des sensations des plus agréables s'annoncent  avec , en plus, la promesse d'un repos assuré . Je compte bien sauter sur l'occasion , d'autant que Kid est peut-être mon dernier film. Et je veux voir l'Europe , l'Angleterre, l'Allemagne, la France . Les billets sont pris, nous plions bagage, tout le monde est sous le choc, ce qui me ravit. Le lendemain soir, j'ai le sentiment que presque tout Hollywood est venu m'accompagner à la gare de Los Angelès . J'ai droit aux scènes classiques sur le quai, l'importance de la foule me surprend. Le train s'ébranle et me voici parti pour trois jours de relaxation et de routine ferroviaire. Je prends parfois nos repas dans le wagon restaurant, parfois dans notre salon , je dors affreusement mal; sans doute y a t-il quantités de gens intéressants à bord du train , je ne cherche pas à le savoir, la plupart du temps nous jouons au solitaire, on peut faire un nombre incalculables de parties en trois milles deux cent kilomètres. Puis nous atteignons Chicago, j'aime bien Chicago je ne suis jamais attardé très longtemps , mais les avants goûts que j'en ai eus m'ont à chaque fois dévoilé une intense activité. Toute l'histoire de la ville parle de sa réussite, toutefois pour moi , Chicago évoque avant tout Carl Sandburg , que j'ai rencontré à Los Angelès et dont j'estime grandement la poésie . Notre troupe descend au Blackstone Hôtel , ou une suite à été mise à ma disposition . Puis arrivent les reporters : " Monsieur Chaplin pourquoi allez vous en Europe ?" " Pour de simples vacances " "Y tournerez vous un film ? " "Non ""Qu'allez vous faire de vos vieilles moustaches ? "  " Les jeter " " Qu'allez vous faire de vos vieilles chaussures ? "  " Les jeter "  Ce garçon s'est bien débrouillé , il a eu juste le temps de me poser ses questions avant d'être écarté d'un coup d'épaule . " Monsieur Chaplin êtes vous Bolchévique ? " " Non"  "Alors pourquoi allez vous en Europe ? " " Pour y prendre des vacances" " Quelles sorte de vacances ? "  " Excusez moi, les garçons , mais je n'ai pas bien dormi dans le train , il faut que j'aille m'allonger" Je vois s'ouvrir la porte de ma chambre, et une main secourable , me fais signe , je réussi à m'engouffrer; une fois à l'intérieur , j'ai toute latitude pour envisager les supplices qui m'attendent au cours de ses vacances . Je ne parle pas des foules, car je les aime, elles sont amicales et spontanées , mais des intervieweurs ! Nous nous rendons ensuite dans les locaux du Dailly News , là les photographes nous guettent , cela ne me dis rien de les affronter; je déteste les séances photos, mais je dois m'y résoudre, je suis l'un des juges du concours , et il leur faut un portrait du juré : Après une collation , nous bouclons nos valises et reprenons le train ; cette fois-ci pour New York , à la gare de nouveau la foule, mais cela me plaît . Après une mauvaise nuit, de nouvelles parties de solitaire et des repas à heure imposée , nous finissons par arrivée à New York . La foule, les reporters, les photographes et Douglas Fairbanks ce bon vieux Doug me mets un bon coup et réussit à me pousser dans une automobile, et nous filons au Ritz et la foule file au Ritz. En nous servant d'une garde de porteurs comme une troupe de choc, nous parcourons la distance entre le trottoir et le hall s'en perdre un seul bouton ; j'en éprouve un mélange de fierté et de soulagement , mais comme d'habitude je me réjouis trop vite, nous montons dans notre suite ; ils sont là , ces messieurs de la presse, " Monsieur Chaplin , pourquoi allez vous en Europe ?" " Pour y prendre des vacances " " Envisagez vous de vous marier un jour ? " " Oui" " Etes vous un Bolchévique ?" " Je suis un artiste, je m'intéresse à la vie , le bolchévisme est une nouvelle phase de la vie, il va donc de soi que je m'y intéresse . " Je suis appelé au téléphone , la presse finit par quitter les lieux .  Nous nous rendons à la projection dans la belle limousine de Mme Nast , la foule s'étire sur plusieurs pâtés de maisons autour du cinéma ; je suis fier d'appartenir au monde du septième art, on nous acclame Mary, Doug et moi , j'essaie d'avoir un air digne, j'arbore mon sourire commercial ; quand nous sortons de la voiture, la foule se presse autour de nous, il y a là presque tout les types d' Américains ; Doug prends Mary sous son aile et fonce comme s'il tournait une scène, je suis son exemple et saisis le bras de Mme Nast, en tout cas j'essaie, mon chapeau s'envole alors vers les cieux, une femme armé d'un ciseau est en train de découper un morceau du fond de mon pantalon ! une autre empoigne ma cravate, puis c'est au tour de mon col de chemise, ma chemise m'est ôtée de force, des boutons de ma veste sont arrachés , mes pieds écrasés, on griffe mon visage, mais je garde mon sourire ; puis tête la première, je m'engouffre dans le cinéma, déconfit je me ressaisi et avec ce qui me reste de ma dignité , je me dirige à grands pas vers la loge qui  a été réservé pour notre groupe . Je réapparais en haillons ,dans la loge ou m'attend un air unanime de désapprobation , je refuse néanmoins de me  laisser gâcher mon plaisir et revois Les Trois Mousquetaires , c'est un vibrant succès pour Doug , bien qu'un peu envieux j'en suis ravi pour lui . je me demande si la projection du Kid pourrait m'apporter un tel triomphe. J'aurai aimé faire une grasse matinée, mais mon avocat me réveille à 9 heures ; il a des liasses de documents officiels et de papiers à me faire signer , j'ai un mal de tête carabiné et mon bateau lève l'ancre à midi . La foule , les reporters, les photographes une cohue , on se pousse , on joue du coude, on présente les passeports, le visa tamponné, tout s'enchaîne parfaitement , et me voici à bord . Beaucoup de passagers m'amènent leurs rejetons pour que je leur soi présenté, les enfants ne me dérange pas . L'Olympic  est gigantesque et je me prépare à tous les plaisirs que réservent ses différents espaces , le bain turc, le gymnase, les salons de musique, le restaurant Ritz Carlton . Nouvelle promenade autour du pont , l'air salin me requinque et efface mes sautes d'humeur. Je me penche au-dessus du bastingage et aperçois en contre-bas les passagers des deuxième et troisième classes, ainsi que les hommes de la chaufferie, c'est l'équipe de nuit venue s'aérer sur le pont, ils m'aperçoivent et me reconnaissent, des sourires se dessinent sur leurs visages noirs; Ils crient  " Hourra!" " Salut Charlie"  " Ah je suis repéré " . Je m'habille pour le dîner, nous nous rendons dans le fumoir et je tombe sur un démoniaque caméraman , " Ecoutez Charlie, je suis vraiment désolé, mais on m'a donné pour mission de vous filmer pendant le voyage . " Et je lui explique que s'il a bien une chose qu'il ne fera pas au cours de cette traversée, c'est de me filmer. " On me paye pour vous filmer , et je vous filmerai donc  Ma soirée est gâchée , je vais me coucher en maudissant toute l'industrie du cinéma; ceux qui fabriquent des films et ceux qui emploient des caméramans . Le lendemain est censé  être le dernier jour à bord, nous approchons la côte. J'ai cesser d'être une curiosité et je suis accepté tel que je suis , sans moustaches et sans déguisements. J'ai échangé des adresses, des cartes, des invitations, je me suis fais de nouveaux amis, on a rencontré un tas de gens charmants trop nombreux pour que je cite leurs noms. Enfin me voici en Angleterre ! Southampton , bien que j'y sois passé, m'est complètement étrangère, rien ne m'y est familier; la foule grossit à vue d'œil, que de jolies femmes, si ,différentes des Américaines !Comment, pourquoi , je l'ignore. Une très belle jeune fille, du type anglais me regarde fixement, elle s'approche de notre wagon, d'une magnifique voix musicale, me demande " Puis je avoir un autographe, Monsieur Chaplin !" belle , cheveux auburn, environ dix sept ans. Nous nous mettons enfin en mouvement, je me penche en avant, comme pour aider le train à aller plus vite, je veux avoir un aperçu de la vieille Angleterre , elle est en proie à une frénésie de la construction, partout des maisons neuves d'un nouveau genre. Mon cousin Aubrey me fascine, un gentleman à l'air plutôt digne mais avec tous les signes distinctifs d'un Chaplin ; il tient un bar dans un quartier  assez huppé de Londres, il y a également Abe Broman qui gère les affaires de la United Artist en Angleterre et puis Song un ami de l'époque ou je me produisais sur scène. Cela fait dix ans que nous ne sommes pas vu , je suis bien conscient d'avoir changé . Londres je reconnais certains immeubles, ce sont les mêmes , je pensais que l'Angleterre se serait transformée, il n'en est rien, elle est restée identique à celle que j'ai quitté en dépit de la guerre . Je ne vois aucune différence, pas même l'aspect des gens et voici la fabrique de poteries Royal Dalton, et là c'est le Qeen's Hend et maintenant nous approchons du Cut rue de Londres très commerçante jusqu'aux années 50 qui longe les voies du chemins de fer menant à la gare Waterloo. Je sors immédiatement du train , deux policiers me prennent chacun par un bras, il y a des caméramans , des photographes, je distingue des visages lointains, j'entends des voix au bout du quai " Le Voici ! il est là ! C'est lui ! " des milliers de personnes attendent dehors " Bravo Charlie !" l'atmosphère est vraiment chaleureuse, les policiers jouent des coudes et repoussent les assauts; les fille hurlent d'une voix stridente : Charlie! Charlie! Bonne chance à toi, Charlie! Dieu te bénisse ! Soudain une terrible cohue , la foule se divise en plusieurs flux, je commence à m'inquiéter pour mes amis; ou est Tom ? et Carl ? Où est mon cousin ? Une autre bourrade, il y a des policiers partout, je suis entrainé, soulevé et presque balancé dans la limousine ; pensif je réfléchis à ce que j'ai fait jusque là rien d'extraordinaire, rien qui puisse justifier tout cela Charlie soldat était peut-être un bon film mais toute cette clameur pour un acteur de cinéma ! Ah voici Big Ben comme le clocher me paraît petit à présent, nous tournons dans Haymaik et les gens me saluent depuis leurs fenêtres, nous approchons du Ritz, hôtel ou je descends ; on me conduis à ma suite, il y a des bouquets de fleurs envoyés par deux ou trois amis , le directeur se présente, les gens m'acclament; dans la rue Comment réagir ? En me mettant à la fenêtre, je lève les bras, fais le clown , me serre la main à moi même, adresse des baisers , je repère un bouquet de roses et commence à envoyer des fleurs à mes admirateurs, lesquels se jettent dans une folle mêlée pour les récupérer , peu après le chef de police surgit dans ma chambre "Monsieur Chaplin , tout se passe bien, mais de grâce ne lancez plus rien par la fenêtre, vous allez provoquer un accident , des gens vont mourir écrabouillés . Finalement ,Tom Gerayhty, Donald Crisp et moi annonçons notre intention d'aller faire un tour ; nous nous échappons par l'arrière de l'hôtel. Je suis sûr que tout ira bien et que personne me reconnaîtra , je n'en peux plus, je demande donc à Donald et Tom de me laisser , je veux être seul, me promener seul . Je hèle un taxi pour m'éloigner plus vite et demande au chauffeur de m'emmener à Lambeth , nous traversons le nouveau Westiminyer Bridge  , les choses reviennent plus familières, de l'autre côté se trouve le nouveau bâtiment du London Country Council , le chantier à durée des années . Westminyer Road s'est beaucoup dégradé je l'empruntais à pied dans le temps. Mon Dieu ! Là sous le pont ! le vieil aveugle est toujours là ! c'est bien lui, le vieille silhouette que je voyais quand j'avais cinq ans , il a un peu plus de vert sur ses vêtements ,un peu plus de gris dans sa barbe emmêlée , ses yeux ont toujours ce même regard austère qui m'angoissait dans mon enfance ; pour moi tout est trop douloureux, cet homme personnifie la pauvreté dans ce qu'elle a de pire, noyée dans l'inertie engendrée par la perte de tout espoir . Voici Baxter Hall où pour un penny nous allions autrefois voir les plaques, d'une lanterne magique l'ancêtre des films d'aujourd'hui , il y a du sens à ce que je me trouve là. Voilà les bains de Bennington , responsables de nombreux jours d'école buissonnière, on pouvait y nager, en seconde classe , pour trois pence ( si l'on apportait son maillot de bain. ) Nous remontons ensuite Brook Street jusqu'en haut du quartier bohême , nous dépassons le pub Kensington puis empruntons Kensington Cross et Chester Street où j'habitais autrefois .Je retrouve mes amis à L'Embany Club , mais Edqui est fatigué nous quitte après le repas , nous prenons un taxi  et nous nous rendons à Lambeth , je veux leur faire découvrir le quartier en détail comme s'il m'appartenait ; me revient à l'esprit la boutique d'un vieux photographe dans Westminster Bridge Road , je me rappelle y avoir contemplé quant j'étais enfant, un portrait présenté en vitrine celui de Dan Leno  ( célèbre artiste du music hall britannique  (1860-1904) spécialisé dans les chansons comiques et les numéros burlesques l'un de mes idoles dans ma jeunesse ; la photo n'a pas bougé, de même que le photographe son nom , Sharp figure toujours sur l'enseigne, je raconte à mes amis que j'avais été pris en photo dans ces studios, il  y a une quinzaine d'années et nous entrons demander s'il y a moyen de récupérer un tirage " Mon nom est Chaplin dis je à l'employé , nous avons détruit les négatifs , il y a longtemps m'éconduit il ; et les négatifs de M. Leno, vous les avez détruits aussi ? Non mais M. Leno est célèbre !Ainsi en va -t-il de la renommée, j'étais là à me hausser du col , à me prendre pour une sommité en tant que comique et voilà  que le négatif de mon portrait avait été détruit ! Heureusement , une petite compensation m'est offerte : quand j'apprends au type que je suis Charlie Chaplin , il met sa boutique sens dessus dessous pour me tirer le portrait; mais je n'ai pas le temps. Et puis je préfère m'en aller, car j'entends ricaner mes amis devant qui j'avais eu l'intention  de fanfaronner. Puis je décide sur un coup de tête de gagner la France ; j'appelle Car Robinson et lui annonce notre départ imminent pour Paris. A l'approche de la France , j'en viens presque à oublier mon mal de mer . Je suis accueilli par le chef de la police, ce qui me surprend , car j'étais persuadé d'avoir été assez malin pour pouvoir débarquer discrètement . Mais non, le bateau entre au port et j'aperçois un quai noir de monde. Des chapeaux s'agitent, des baisers me sont lancer et des acclamations fusent . Vive Charlot ! Bravo Charlot! Les gens examinent soigneusement mon autographe , ils paraissent déçu :Ah je comprends , ils espéraient un " Charlot " alors je me mets à signer " Charlot" On m'entraîne ensuite vers un drôle de petit train français , tout est différent ici : nouvelle monnaie , nouveau langage, nouveaux visages, nouvelle architecture. Nous entrons dans le wagon restaurant , il s'agit en fait d'une table d'hôte dont le service est assuré par trois garçons, tout le monde est servi en même temps, voilà l'économie à la française. Il pleut à notre arrivée à Paris, une avalanche de reporters me tombe dessus, nous sommes repérés par un journaliste qui nous suggère une autre sortie et nous montre le chemin. Je saute dans un taxi et me fais conduire à l' hôtel Claridge . Le lendemain , Waldo Frank et moi nous retrouvons pour une promenade, nous nous asseyons sur un banc des Champs -Elysées et regardons les charrettes qui se dirigent vers le marché au petit matin , Paris me semble particulièrement belle en cet instant. Quelle ville! Quelle force à fait d'elle ce qu'elle est ? Qui donc à pu concevoir un tel endroit , un tel pays de gaieté perpétuelle ? C'est un chef d'œuvre parmi les cités, le dernier lieu en fait de plaisir . Puis je suis invité chez un grand couturier à la mode, quel régal de pouvoir admirer le défilé des mannequins dans cet immense et luxueux établissement . Puis une fête est organisée par Dudles Field Malone au Palais Royal dans un quartier de Montmartre. Le lendemain Waldo Frank accompagné de Jacques Copeau, l'un des plus grands dramaturges et comédien français qui administre et dirige son propre théâtre , nous nous rendons ensemble au cirque, je n'ai jamais vu tant de clowns à la mine déconfite , nous dînons tout les trois dans un café du quartier Latin ; vers quatre heures nous échouons dans un autre café , mal éclairé, mais très fréquenté , nous nous asseyons là un moment pour observer les clients ; on joue de la musique stimulante, exotique et entraînante , les demoiselles sont pleine de vie . Un corse je crois , attire mon regard,  il s'arrête à toute les tables en appelant les filles par leurs prénoms, il fait la quête pour les musiciens, il s'incline avec élégance et se répand en remerciements ; une fois la collecte terminé, il lance en faisant cliqueter la monnaie . Dansez maintenant ! Les gens commencent à chanter, ils ont bu juste assez pour devenir sentimentaux; nous quittons les lieux. Le train quitte la gare  si tard dans la soirée , qu'il m'est impossible de voir la France dévastée, alors que nous en traversons une bonne partie. Notre compartiment est mal aéré et sent mauvais, une fois de plus la foule s'était réunie sur le quai pour nous dire aurevoir . Une belle Française m'offert un bouquet de fleurs. Nous arrivons à Jeumont près de la frontière belge autour de minuit. J'ai l'impression de recevoir un message du pays en découvrant qu'une bande de soldats américains est venue m'accueillir à la gare; et ils ne sont pas seuls, car des bidasses français, belges et britanniques me saluent aussi à grands gestes en m'acclamant. J'aurai voulu parler aux Belges , nous essayons de discuter, mais en vain , quel dommage ! Cependant , l'un deux à une heureuse inspiration : " Un verre de bière Charlot !" je hoche la tête en souriant, à ma grande surprise, on me tends une chope que je porte à mes lèvres, par politesse au début , mais que je vide jusqu'à la dernière goutte par plaisir ; "Excellente cette bière !" Dans le train j'apprends que mes films ne sont pas projetés en Allemagne et que je n'y suis pratiquement inconnu ; cela me ravit , je vais pouvoir me détendre et échapper aux foules . L'Allemagne est magnifique, tout y dément la guerre, sur le parcours de notre train , un tas de gens labourent les champs et s'activent fiévreusement ; Hommes , Femmes, enfants tout le monde est au travail ! Partout on bâtit des usines. A Berlin , nous descendons à l'hôtel Adlen: il est plein à craquer, à causes des courses automobiles qui se déroulent en ce moment . La politesse abrupte des Allemands à l'égard des étrangers me marque, j'y décèle une pointe d'amertume. Dans le hall , il y a une foule notamment des Américains et des Anglais, qui ne tarde pas à me repérer; alors qu'un certain nombre de reporters commence à s'agiter autour de moi , les Allemands ne bougent pas , se contentant d'observer la scène d'un air perplexe . Le théâtre de la Scala , ou je passe la soirée, est très intéressant  quoi qu'un peu vieillot , il contient cinq milles places essentiellement au niveau du parterre , et dispose d'un tout petit balcon. C'est un théâtre de variétés , de music-hall, spécialisés dans les numéros de jongleurs, d'acrobates et de danseurs; pendant l'entracte, on à droit à des saucisses de Francfort et à la bière, servies directement dans la salle . En sortant du théâtre, nous nous rendons au café Scala, une sorte de casino , c'est l'un des plus grands débits de boissons de Berlin, et son style architectural est d'une modernité extrême; de là nous gagnos le Palais Heinroth , l'endroit le plus onéreux de Berlin et le haut lieu de la vie nocturne, il se détache dans la ville modestement éclairée grâce à ses illuminations; car ici les rues sont sombres et sinistres: c'est alors que le poids de la guerre et de la défaite se fait ressentir. Dans le quartier des affaires , nous croisons beaucoup de nudités visiblement amères et maussades; des gens qui n'ont rien reçu après avoir pourtant payé, un soldat cul de jatte vêtu d'un uniforme déteint nous demande l'aumône , voilà l'empreinte laisser par la guerre, de ces scènes on en voit partout à Berlin . Le premier soir à Paris après mon retour d'Allemagne, nous dinons chez Poccardi ( célèbre restaurant italien de l'époque) puis nous remontons jusqu'aux anciennes portes de Paris, nous dérivons ensuite jusqu'à Montmartre et nous arrêtons au Rat Mort ( café fréquenté par les gens de lettres et les artistes se trouvaient au numéro 7 de l'actuelle place de Pigalle, à l'angle de la rue Frochet) l'un des plus fameux restaurant. Une fille d'une beauté frappante se faufile devant notre table, ses cheveux blonds coupés au carré ombragent ses traits gracieux et délicats, ses yeux étranges d'un bleu violacé. Bien qu'il n'y ai que peu de clients, je suis vite reconnus, les Français sont si démonstratifs, " Salut Charlot ! " crient t'ils en faisant un signe. Comme l'orchestre entame les premiers accords d'un air russe, elle se lève et se met à chanter. Fascinant ! Quel artiste ! Que fait t'elle ici ? il faut que je fasse connaissance , j'appelle le garçon et lui demande d'expliquer au patron que j'aimerai rencontrer la chanteuse . Une fois les présentations faites, je l'invite à ma table; " Etes vous Bolchéviques ?" elle rougit, elle semble brusquement s'enflammer , " Non ils sont méchants , le Bolchévique est très mauvais, le Bolchévique , bonne idée dans la tête , mais pas en pratique, mon père ,ma mère, mon frère, tous en Russie et très pauvres; je lui demande si elle aimerait travailler dans le cinéma, son regard se met à briller, elle n'a que vingt ans et se produit ici que depuis deux semaines, elle s'appelle Skaya je note son nom et son adresse dans mon carnet, et lui promet de faire tout mon possible. J'avais promis d'assister à la première du Kid , au cours de l'après midi me sont livrés deux cent cinquante programmes souvenirs pour que je les signe; ce soir, ils seront vendus cent francs l'unité. Pour l'occasion , cette journée à été déclarer férié à Paris et , comme la recette de la projection doit être versée au fond de soutien à la France dévastée, les élites du pays sont là . Je suis présenté à l'ambassadeur Américain Herrick puis, après que l'on m'a montré ma loge aux membres du gouvernement français . A la fin de la projection , je reçois un message du ministre; accepterais je de passer dans sa loge pour y être décoré ? J'aurai du m'en douter qu'un truc de ce genre m'attendait , on me présente et le ministre se lance dans un discours qu'on me traduit. Le lendemain , Elsie de Wolfe ( Ella Anderson de Wolfe 18656-1950 actrice décoratrice américaine qui vécut à la villa Trianon entre 1903et 1939 ) me reçoit à déjeuner à la villa Trianon à Versailles, un moment aussi intéressant qu'agréable au cour duquel je croise les poètes et les artistes les plus en vue . J'ai rendez vous le lendemain en Angleterre pour déjeuner avec Sir Philip Sassoon et rencontrer Lloyd Georges, départ huit heures du matin nous prenons l'avion , peu après notre décollage , nous sommes forcer par le brouillard d'atterrir sur la côte française, ce qui nous retarde de deux heures . Une fois à l'hôtel je retrouve Sir Philip qui m'annonce que Lloyd Georges n'a pas pu patienter plus longtemps qu'il avait un rendez-vous très important à quatre heures , je joue vraiment de malchance , car c'était la seule occasion de rencontrer le Premier ministre Britannique . C'est ma dernière nuit en Angleterre , et j'ai promis à mon couin Aubrey de passer la soirée avec lui , pour le dîner quelqu'un apporte un vieil album pareil à tout les autres , c'est ton arrière grand oncle et elle c'est ton arrière grand mère, voici tante Lucy, lui c'était un général français, Aubrey ajoute tu sais , nous descendons d'une très bonne famille du côté de ton père , il y a des portraits d'oncles qui sont de très riches éleveurs en Afrique du sud. C'est la première fois que je prends conscience de ma famille, et je suis désormais persuadé que nous sommes d'authentiques aristocrates que du sang bleu coule dans nos veines . Nous déterrons tous les membres de la famille et les passons en revue, jusqu'aux oncles d'Espagne... Ne saviez vous pas que, nous autres les Chaplin, avions peuplé la Terre ?Tout le monde est descendu du paquebot, depuis le quai, mes amis me lancent des gestes d'adieu, j'ai une boule dans la gorge, mes joues sont humides, une charmante fillette d'environ huit ans débordant de joie enfantine et à la voix pétillante, s'approche de moi : Oh Monsieur Chaplin, je vous ai cherché partout sur le bateau, s'il vous plaît adoptez moi comme vous l'avez fait avec Jackie Coogan , nous pourrions briser les vitres ensemble et nous amuser comme des petits fous, j'adore vos films " Tu aimes casser les vitres ? Tu dois être espagnole lui dis je " Oh non je suis juive , réponds t-'elle" Voilà qui explique ton génie  Oh vous pensez donc que les juifs sont intelligents ? Bien sûr , tous les grands génies ont du sang juifs , non je ne suis pas juif, dis je alors qu'elle s'apprête à me poser la question ...Arrivée à Los Angelès , je profite de l'agitation générale pour m'éclipser et aller assister à une matinée des Lys des champs avec Marie Doro . Puis nous faisons une brève étape à Chicago, et tandis que le train reprends sa course, je fais défiler mes vacances. Chaque épisodes me semble merveilleux.