lundi 9 janvier 2023

Je servais Lucifer sans le savoir de Serge Abad-Gallardo



La Franc-Maçonnerie annonce un message de fraternité de tolérance d'humanisme. Qui ne partagerait pas une telle aspiration ? Qui ne souhaiterait pas que le monde soit plus fraternel , plus tolérant, plus humain ? L'église et les Chrétiens notamment ne peuvent qu'adhérer à un tel idéal. Or appartenir à l'Eglise et à la Franc-maçonnerie est impossible, c'est donc bien que les deux institutions comprennent les mots de façon différente .Et si l'on sait que l'intention de Lucifer est de pervertir la tendance en bien en inclinaison au mal, alors autant poser la question sans détour : La Franc-maçonnerie ne serait elle pas luciférienne ?Je pense pouvoir témoigner et montrer qu'elle entretient des rapports certes dissimulés, mais très étroits. Les francs-maçons en sont-ils conscients ?Rien n'est moins sûr s'agissant de l'immense majorité d'entre eux qui pensent en toute bonne foi, comme ce fut longtemps mon cas " œuvrer au bonheur de l'humanité" C'est comme disait Georges Bernanos , ce si subtil que soit l'ennemi , sa plus ingénieuse malice ne saurait atteindre l'âme que par un détour, ainsi qu'on force une ville en empoisonnant ses sources. Il trompe le jugement , souille l'imagination, émeut la chair et le sang, use avec un art infini de nos propres contradictions fausses les actes et les intentions. Il m'a donc semblé indispensable de rédiger ce livre ; car il me faut témoigner. Le Temple maçonnique était dans la pénombre, nous avons tous pris place sur les colonnes  c'est ainsi que sont dénommées les rangées de fauteuils disposés latéralement pour accueillir les Franc maçons. C'était l'ouverture d'une tenue au premier degré ou loge bleue (symbolique de grade du Rite écossais ancien et accepté) Une soirée maçonnique au grade d'apprenti, nous étions toutes et tous debout, ornés de nos décors , les apprentis étaient revêtus de leur tablier blanc , de forme rectangulaire et surmonté d'un triangle dénommé bavette, dont le sommet pointait vers le haut. L'apprenti était considéré comme le moins habile à tailler la pierre, son tablier doit par conséquent le protéger sur une superficie maximale, notamment au niveau du coeur . Quand à nous les maîtres , nous portions les insignes de notre grade !Un cordon étant tabliers de maîtres , nos cordons étaient bleues à liseré rouge , disposés en diagonale de l'épaule droite à la hanche gauche. Il s'agit d'une  survivance d'une période où les hommes nobles ou militaires portaient l'épée, suspendue à un baudrier. En effet la Franc maçonnerie aime revendiquer, en particulier dans les hauts grades , une filiation chevaleresque. Nos tabliers étaient riches et colorés : Un rectangle en cuir d'agneau, de couleur blanche , sur les quatre côtés duquel  un ruban rouge était cousu. Un triangle rouge également pointait vers le bas et figurait une bavette abaissée ; à l'intérieur deux lettres étaient inscrites: " M. °." et  " B.°.", écriture maçonnique du terme hébreu " Mohabon", le mot sacré des maîtres, signifiant selon certains, " fils du père " ou selon d'autres , " fils de la putréfaction " Le symbole est ce qu'il y a de moins anodin en franc maçonnerie; c'est lui qui ouvre la porte à l'ésotérisme , il entraîne l'initié vers un nouveau système de pensée et de valeur .Après des années , j'avais donc été jugé " digne" d'intégré ce groupe très fermé ; je terminais maintenant "mon parcours " du 12° degrés dans les hauts grades de toute évidence je serais bientôt proposé par l'accès du 13° puis au 14°degrés. J'avais passé la cinquantaine , et je me trouvais en plein milieu de mon itinéraire des hauts grades. Ainsi poursuivais je mon initiation maçonnique dans un milieu de plus en plus  hermétique , de plus en plus ésotérique , de plus en plus fermé . Menant en parallèle une carrière de haut fonctionnaire territorial , personnage administratif plutôt en vue d'une ville moyenne. Membre désormais depuis quelques années de ce monde élitiste des hauts grades , j'étais entré dans le Secret du secret là ou les dénominations de grades sont plus qu'élogieuses . Après avoir été élevé dans les hauts grades de Maître secret, Maître parfait, Secrétaire intime, Prévôt et Juge, Intendant des bâtiments , Maître élu des neuf , Illustre élu des quinze  Sublime Chevalier élu , j'étais devenu Grand Maître Architecte . J'allais sous peu accéder au grade de Chevalier de royale arche 13° degrés et à celui de Grand élu de la voûte sacrée 14° degrés ; ce dernier grade m'ouvrirait le chemin vers deux de Chevalier d'Orient , de Prince de Jérusalem jusqu'au 18° degrés Chevalier Rose Croix. Ma trajectoire maçonnique allait donc me permettre d'être élevé aux plus hauts niveau d'initiation notamment celui du 30° et dernier degré de la maçonnerie noire : Chevalier Kadosh. Pourtant , depuis maintenant une année , je revivais véritablement une foi catholique et je ne m'en cachais pas . Ce soir là, tout en suivant distraitement les phases du rituel, j'étais ailleurs ; je sentais que l'heure de prendre un autre chemin arrivait. En effet , qu'était la franc maçonnerie au regard de la miséricorde du Seigneur et de la tendresse de Marie;  qui m'avait donné un signe si puissant à Lourdes, devant la grotte même de Massabielle ? Elle avait ouvert mes yeux et surtout mon coeur . Désormais , je réalisais toutes les erreurs de mon parcours et tout le reste relevait de l'idolâtrie : je voulais maintenant remettre ma vie entre les mains de la bienheureuse Marie  Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis mon initiation ! Un mot me vint brutalement à l'esprit " Mascarade "Mes décors m'étaient devenus ce qu'ils étaient au sens littéral : un habillage et rien d'autre ! Rien qui ne recèle la moindre spiritualité ! De même pour ce rituel , ce climat, ces symboles qui jusque là m'avaient habité, porté : tout cela sonnait de plus en plus faux. Mais il m'avait fallu ensuite le temps de la clairvoyance . Notre Sainte Mère m'avait irrésistiblement conduit devant son fils bien aimé : C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : "Pour que ceux qui ne voient pas  voient " Il y avait eu ensuite l'espoir de pouvoir faire connaître l'amour du Seigneur à mes sœurs et à mes frères : J'avais voulu demeurer au sein de la loge pour parler de mon chemin de libération ; mais force fut de constater mon échec : mes frères et sœurs étaient comme " pris " enfermés . Eux qui parlaient de  "liberté", ils étaient esclaves car bel et bien " façonnés" par le rituel et l'enseignement maçonnique. Eux qui parlaient d' "égalité "ils gardaient jalousement leurs secrets et constituaient un monde à part qu'excluait les pauvres " profanes" Eux qui se gargarisaient en loge de références à la " fraternité" ils n'étaient frères et sœurs qu'entre eux , exclusivement. Or je venais de découvrir que nous étions tous frères et sœurs en Christ , sans exception. J'apprenais enfin que l'amour en vérité n'est pas restrictif .Je voyais bien que le dialogue était complexe , que depuis près d'un  an et demi je n'étais réellement pas assidu en loge bleue et au sein des hauts grades ; que je priais de plus en plus souvent, à genoux devant notre Seigneur ou devant  Marie . Déjà, montait en moi une impatience , cela devenait même physique  oui il me fallait partir ! Je savais que je serais considéré comme un traître , et ce fut comme j'en fis l'amère expérience par la suite , ma vie quotidienne en fut de plus en plus affectée , par exemple ceux qui avaient été durant une bonne dizaine d'années mes sœurs et frères, des amis proches, même pour certains que je croyais sincères se mirent à m'éviter à chaque fois que nous nous croisions dans la rue. Les portes se fermèrent, je ne reçu plus d'invitations à prendre l'apéritif ou pour le dîner. Lorsque j'étais entré en franc maçonnerie , en février 1989, je m'étais laisser aveugler par les ruses du Malin et lui avait offert sans même m'en apercevoir les chefs de mon âme . " Aujourd'hui il ( le démon" emploie la franc maçonnerie pour prendre dans ses filets le plus grands nombre d'âmes possible , sous prétexte de les soustraire à l'autorité de Dieu. Cette guerre acharné contre l'église qui s'est faite au XVIII e siècle sous le nom de philosophisme et qui se fait de nos jours sous le nom barbare de laïcisme , ne s'explique que par l'influence de l'esprit de malice . Trois cent ans de "décatholosilisation" de la France conséquence directe de l'œuvre maçonnique m'avaient éloigné de l'Eglise . Et dans ce vide spirituel qui était devenu le mien, j'avais sincèrement cru que la franc maçonnerie œuvrait pour le " bonheur de l'humanité"  Qui ne souhaiterait en être acteur ? Les mots maçonniques furent alors des ruses masquant d'autres objectifs moins louables, d'affairismes, d'intrigues politiques et de pouvoir ; de participation à des réseaux et surtout d'accès à la puissance par l'initiation à la connaissance . Je compris en fin de compte que le "bonheur " au sens où la franc maçonnerie l'entend, n'est pas le " salut" que Jésus nous à enseigné et dont il nous avait révélé le chemin. C'était un autre genre de "bonheur ". Un "bonheur confondu avec la mise en œuvre , immédiate et sans limites , de la jouissance personnelle : la franc maçonnerie confond liberté véritable et individualisme .Le symbole est ce qu'il a de moins anodin en franc maçonnerie ; c'est lui qui ouvre les portes de l'ésotérisme, il entraîne l'initié vers un nouveau système ; les symboles francs maçons sont soit matériels : maillet, ciseau, règle, équerre, compas, fils à plomb, levier, tabliers aussi gants et cordons maçonniques etc... ou immatériels, rituels, déplacements en loge, positionnement des francs maçons selon leur grade . Les symboles peuvent également être les représentations cosmogonie , tels les signes du Zodiaque, la lune , le soleil, ou d'une métaphysique tels au sein des loges bleues , le Delta radieux, l'Etoile flamboyante et , dans les hauts grades, le Synthème ( cercle noir au fond bleu, contenant un triangle équilatéral blanc dans lequel est inscrite une étoile couleur or à cinq branches, au 4°degré de Maître secret ) Jupiter symbolisée par une étoile jaune positionnée derrière le Sublime Grand Maître au 12° degré de Grand Maître Architecte . De là , les symboles maçonniques peuvent être à plusieurs niveaux : un niveau exotérique , c'est à dire évident et observables; et un niveau ésotérique accessible seulement dans le secret initiatique . Le premier niveau fait donc appel au sens commun de l'imaginaire " profane " En revanche, le second  se rapproche de ce qui est caché , secret et seul l'initié peut y accéder . Par exemple , le tablier que portent les francs maçons est l'un des symboles les plus caractéristiques de l'institution initiatique ; la signification usuelle et profane  de ce type d'accessoire vestimentaire est de protéger celui qui le porte ; c'est aussi le sens objectif que lui donne la franc maçonnerie . Mais il y a aussi un sens caché qui lui est attribué en loge , au sens plus ésotérique ; l'apprenti porte un tablier dont la bavette triangulaire est relevée , au sens profane secrète qui fait de lui un initié réel . Qu'est ce que le Pavé ?
l' auteur parfaitement initié et érudit nous indique que cette partie
 du corps correspond au chakra ombilical dont dépendent nettement " les sentiments" et " les émotions" contre lequel l'apprenti surtout doit se protéger, afin d'atteindre la sérénité d'esprit prosaïque ? Il s'agit de l'un des symboles les plus puissants de la doxa maçonnique , il constitue l'un des fondements de l'initiation maçonnique, sa référence essentielle et cela à tous les grades. J'appris donc que les carreaux blancs et noirs sont d'égale valeur et proposent une lecture de l'univers et des forces qui le composent . Tous se compense avec une rigoureuse exactitude Nous n'apprécions le plaisir qu'en le comparant à la douleur, la joie se proportionne à la peine, l'erreur manifeste la vérité ; le bien nous attire dans l'exacte mesure où le mal nous repousse ; le beau nous plait par proportion de l'horreur que nous inspire le laid. La lumière ne se conçoit que par opposition aux ténèbres . Je ne crois, pour ma part, en aucune vérité absolue, la relativité m'apparaissent comme l'essence même de la vie . La cérémonie d'accès au 12° degré des hauts grades affirme le chemin relativisme du franc maçon . Lorsque le Maître secret " gravit les échelons " du 4 au 11° degré afin de se voir conférer le grade de Grand Maître Architecte, le rituel lui indique: " Vous devez maintenant comprendre qu' Hiram symbolise l'esprit humain tendant sans cesse à la vérité ." Hiram est , selon la franc maçonnerie , un maître architecte à qui le roi Salomon avait demandé de construire un temple . La similitude biblique s'arrête là , car le personnage de la mythologie maçonnique connaîtra un sort totalement différent de celui décrit par les Ecritures. De même , et surtout , en est il du temple . Dans la légende maçonnique , Hiram est prématurément assassiné par trois mauvais compagnons qui tentèrent sans succès de lui extorquer le secret des maîtres , et le temple est dès lors demeuré inachevé. Il appartient à la franc maçonnerie de l'achever, Hiram est le modèle , l'archétype , des maîtres francs maçons . Il est également  d'un point de vue plus ésotérique , la personne collective formée par l'ensemble des maîtres à chaque cérémonie de la Chaîne d'union . Lors de la cérémonie d'élévation à la maîtrise, Hiram se réincarne dans le nouveau maître après que ce dernier a été symboliquement assassiné et relevé de la mort ; par exemple, au niveau du Pavé mosaïque , on peut percevoir la notion d'un plan supérieur, celle du " ternaire maçonnique" Pendant mes années passées à l'intérieur des loges bleues et en particulier au grade d'apprenti, les maîtres anciens m'ont enseignés qu'une ligne rouge plus fine qu'une lame de rasoir se trouvent entre les dalles blanches et noires ; en réalité il s'agit d'une sorte de "synthèse " deux polarités de la dualité , inaccessible à l'homme selon la franc maçonnerie enseigné au premier degré. En effet l'initié sait , à partir du grade de Maître utiliser cette dualité et se sert à la fois du bien et du mal, des ténèbres et de la lumière, pour trouver son chemin. La franc maçonnerie considère donc ses adeptes peuvent faire du bien tout en faisant un peu de mal, et du mal pour en tirer du bien. Nous sommes très loin de la rigueur morale d'un Saint-Paul qui exhorte le chrétien au seul bien , détestant le mal, solidement attaché au bien .Et la luxure est un péché contre Dieu puisqu'elle est un péché contre notre propre corps, créer par Dieu : Fuyez l'impunité....celui qui se livre à l'impunité pèche contre son propre corps; ne savez vous pas que votre corps est le temple du Saint esprit qu'est en vous, vous avez reçu de Dieu, et que vous n'appartenez point à vous même! Car vous avez été  racheté à un grand prix ; Glorifiez donc votre Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartienne à Dieu . L'amour et la sexualité sont indissociables et les Saintes Ecriture engagent les époux à s'unir : " Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps afin de vaquer à la prière, puis retournez ensemble pour que Satan ne vous tente par votre incontinence . En revanche, puisque selon la franc maçonnerie le comportement humain doit permettre à chacun de vivre selon ses propres désirs , la luxure n'en est en rien critiquable : elle devient une simple "particularité comportementale, librement choisie " Alors le bien et le mal deviennent des concepts relatifs, et plus rien ne s'oppose à ce que le mal puisse être considéré comme un bien . La franc maçonnerie veut " créer " des hommes " libres" dans une loge " libre " . La franc maçonnerie conduit ses adeptes à être autonomes au sens de l'étymologie grecque du terme , c'est à dire " Qui se gouverne par ses propres lois " Je compris un jour que la liberté maçonnique consiste plus ou moins explicitement est un objectif métaphysique: " Ce n'est pas en vain que l'initié est appelé a devenir son propre roi et son propre prêtre "ainsi l'initié va t-il "s'émanciper "jusqu'à prétendre être lui même Dieu " Je témoigne que la franc maçonnerie vise à une sorte d'auto proclamation humaine, s'apparentant au pélagianisme ( Doctrine professant la liberté totale de l'homme face à Dieu ) Ayant observé les dogmes maçonniques, et surtout celui du levier, alors que j'assistais à une ascension au grade de compagnon,  je compris leurs limites dans le domaine de la spiritualité. Lisant un de ses écrits, le " point d'appui" qui manquait vaillamment au levier de la franc maçonnerie, m'apparut : " donnez moi un levier un point d'appui et je soulèverai le monde ! Ce qu'Archimède n'a pu obtenir part ce que sa demande ne s'adressait point à Dieu et qu'elle n'était faite qu'en point de vue matériel, les saints l'ont obtenu. Dans toute sa plénitude, le Tout Puissant leur à donné pour point d'appui : lui même, et lui seul; pour levier l'oraison qui embrase d'un feu d'amour. Et c'est ainsi qu'ils ont soulevé le monde, c'est ainsi que les saints encore militants le soulèveront et que, jusqu'à la fin du monde, les saints à venir le soulèveront aussi : Désormais je différenciais clairement les saints et les initiés . Les saints ne possèdent aucun secret ésotérique ils s'abandonnent en toute simplicité à Dieu ... L'influence de la franc maçonnerie en politique . Chacun y alla de son couplet vibrant , prenant la parole pour encenser la franc maçonnerie qui avait tant fait et continuerait à tant faire , pour "libérer " l'humanité. Et ce " bonheur ", qu'il soit appelé divorce, avortement, euthanasie ou mariage pour tous, est préparé en loge ! Sous l'influence de certains " lobbies " le candidat Hollande avait mentionné cette question dans les 60 engagements pour la France. En 2012 , le journal le monde publiait un article sur ce point : Euthanasie, comment le PS à converti son candidat , son premier ministre Manuel Valls renchérissait ! " l'opinion est mûre " il est donc important que la gauche fasse avancer les choses. Le rituel de la Chaîne d'union : Les francs maçons se lèvent et quittent alors leur siège, ils ôtent leurs gants blancs car ceux ci empêchent l'énergie fluidique de circuler par les mains, puis ils s'installent sur l'espace situé entre les colonnes et se disposent en cercle autour du Pavé mosaïque et des trois piliers qui représentent la force, la beauté et la sagesse. en réalité , le cercle est ovalisé , cette forme à pour objet de reprendre celle de l'œuf qui contient symboliquement la vie en puissance. D'autre part , elle est lié à celle de l'orbite elliptique  de la Terre autour du Soleil. Les francs maçons croisent leurs bras sur la poitrine et tendent leurs mains , chacun vers son voisin de manière spécifique : le bras droit sur le gauche, la main droite paume vers le sol et la main gauche paume vers le haut . Tous les francs maçons se retrouvent ainsi liés par les mains , comme les maillons d'une chaîne ; les francs maçons secouent alors ensemble trois fois les bras , leurs mains demeurent réunis, puis la chaîne d'union se défait . D'une certaine manière la Chaîne d'Union, établit également un lien invisible mais réel, indéfectible et universel entre les francs maçons vivants ou décédés . De la même manière que les corps sont enlacés lors de ce rituel, les psychismes se retrouvent reliés à tous les francs maçons ainsi qu'à Hiram, et cela dans une sorte d'osmose ;la participation à cet acte magique n'est donc pas sans conséquence . Le fluide qui circule alors à travers des corps et des esprits agit ainsi comme un aimant qui attire et retient par le moyen de son magnétisme. tout cela , les apprentis et les compagnons l'ignorent totalement , certains maîtres le devinent à peine. La plupart des francs maçons des hauts grades le comprennent et ceux des plus hauts grades le maîtrisent. Pour ma part , j'avais entrevu, et ensuite bien assimilé, l'aspect occultiste et spirite de la franc maçonnerie et plus particulièrement de la Chaîne d'Union. A l'époque , comme beaucoup de franc maçons l'aspect occulte de la franc maçonnerie ne me posait pas de problème. Il me fallut retrouver la foi, être touché par la tendresse de Marie, afin de discerner une imprégnation diabolique dans le rituel maçonnique . La franc maçonnerie conduit par ses interprétations et ses références, à Lucifer, comme nombre de pratiques occultes et magique. C'est essentiellement aussi une porte ouverte à d'autres activités ésotériques: Nous considérons donc ici la magie comme péché de l'homme et comme porte ouverte au diable. Je fus plus que troublé lorsqu'en cette occasion le vénérable Maître récitant le rituel à la lettre, remercia " Lucifer , Astre du matin" de porter la " lumière" à la franc maçonnerie, celle ci étant ensuite amenée à la transmettre à l'humanité. Je m'interrogeais , parce que, jusque là je n'avais jamais prêter attention à cette référence diabolique. pendant les agapes , je m'adressais donc en aparté au vénérable Maître: " je suis très étonné par cette évocation de Lucifer!  " Je comprends ton émoi me répondit il, mais en réalité Lucifer n'est pas le démon que tu crois, bien au contraire! C'est l'Eglise qui a intravertie la réalité ,Lucifer veut dire " Le porteur de lumière "Ma culture théologique était quasiment nulle à l'époque, je pensais que Satan était le diable et Lucifer un personnage différent, probablement un ange, et non un prince des démons Mais , plus tard, lorsque je commençais à m'interroger sur la compatibilité entre mon chemin maçonnique et ma foi qui renaissait, je décidai d'en avoir le coeur net et je fis des recherches . De la plupart des conversations que j'ai pu avoir en loge , tout comme des nombreuses planches que j'ai pu entendre ou me procurer, il ressort que la plupart des francs maçons considèrent par erreur que Lucifer est soit " l'Etoile du matin "soit " le porteur de lumière" et que ses deux dénominations sont perçus comme des appellations allégoriques d'une entité bienfaisante: " Lucifer en latin signifie porteur de lumière"...Lucifer est un ange " porteur de lumière qui fut déchu, pour avoir gêné Dieu ...Selon l'étymologie de ce terme , lux (lumière) et fer (porter) Mais en réalité Lucifer est l'ange déchu par la faute de son orgueilleuse révolte: "L'élévation ne sert souvent qu'à réveiller  l'orgueil. Trop charmé par les douceurs de liberté ; Lucifer, le plus grand des êtres crées, détourne ses regards de la Beauté suprême, pour les abaisser sur lui même, et admirateur égoïste de sa propre beauté ; elle lui devient un piège. Il se déclare rival de la Monarchie suprême, il allume dans le ciel, ce jour distinct de celui des élus, une guerre impie et suivi des apostats : " Je monterai s'écrit il, j'établirai mon trône au dessus des astres et je serai semblable au Très haut "C'est Lucifer qui a voulu atteindre à la hauteur de Dieu , Jésus n'en a nul besoin , il est Dieu lui même ! Au 18° degré , le signe du grade se fait en élevant la main droite fermée, l'index levé verticalement et montrant le ciel , le contre signe s'exécute en descendant la main et en montant la terre avec l'index . " Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut "comme l'indique le rituel maçonnique. Or ce geste est repris dans l'arcane XV du tarot qui représente le diable, lequel pointe une main vers le haut et une autre vers le bas afin de signifier également que le haut et le bas sont de même nature. Je me remémorais donc mon élévation à la maîtrise ; tout avait été morbide et inquiétant; à la fin à peine relevé du sol ou je venais de jouer le rôle du cadavre en décomposition dans son tombeau au cours du psychodrame d'Hiram assassiné le Vénérable Maître me chuchote à l'oreille :" Tubal Caïn " je fus simplement étonné . Mais passé la cérémonie la consonnance du vocable Caïn me mit mal à l'aise : à qui avais je donc donné ma confiance et à qui m'étais je engagé par sermon? L'institution maçonnique met Tubal Caïn en relation avec le secret du feu et des métaux : " Tubal Caïn est le premier qui , d'après la légende découvrit l'art de forger les métaux" Il forge les épées, œuvres d'initiés , car elles sont parfois dotées d'un pouvoir magique qui demande de connaître et de maîtriser les forces internes de ces éléments. Mais il est aussi considérer par les obédience comme un artisan de guerre et de violence: Tubal fut, d'après la légende , le premier qui conquit l'art de forger le bronze, donnant à ses alliés un avantage militaire indéniable sur ce qui ne connaissait alors que le cuivre pour la fabrication des armes. " C'est la raison pour laquelle Caïn et ces descendants gagnèrent une réputation de tyrans, de voleurs brutaux et d'assassins et acquirent des biens matériels de toutes sortes. Je fus encore troublé lorsque j'appris que pour la maçonnerie  :  Tubal Caïn signifie, "maître du monde " il est l'image même de l'initié autocentré : " C'est le message que nous transmet le mot sacré Tubal Caïn possession du monde, c'est à dire parvenir à créer un homme nouveau qui se forge lui même " Caïn est l'assassin par haine et jalousie et convoitise! Caïn représente surtout la " figure de l'humanité courbée sous le poids du péché" De même est t'il de sa descendance, car la succession des enfantements depuis Caïn manifeste la transmission du péché de génération en génération. A l'heure où déjà je prenais mes distances , c'est à dire quelques mois  avant ma démission, je décidai d'aller voir un prêtre je lui fis part de mes tourments et lui demandais conseil sur le choix que je pensais devoir quitter la franc maçonnerie , pour ce qui me concernais le choix étais simple : ou bien je restais "un fils de la veuve", ou bien je devenais à nouveau un " enfant de Marie ". Le prêtre m'écouta longuement avec attention; il me confirma que les deux situations étaient incompatibles . Il me proposa , si je persistais dans mon intention de démission de revenir le voir pour une prière de délivrance. Nous étions quelques jours plus tard, le prêtre et moi , en train de prier ; dans cette prière de délivrance , je voyais la miséricorde sans limite d'un Dieu qui nous aime au delà de tout ce que l'imagination humaine peut concevoir . La prière du prêtre était un don, le don de celui qui sauve une personne sur le point de se noyer. Soudain, une locution haineuse et brutale retentit dans ma tête " Tout ça c'est des foutaises ! "ce ne fut pas seulement une phrase , mais un véritablement hurlement dans mon esprit ; une voix venimeuse venait de résonner en moi comme un flot impétueux et boueux, cependant rien n'avait jaillit de ma bouche ; mon âme avait s'en doute eut le dessus sur mon esprit et l'avait sauvé de l'insulte. Ce fut si brutal , si intense que je fus contraint de le dire au prêtre : " Ne vous inquiétez pas, l'ennemi est contrarié quand une proie lui échappe , cependant même s'il rugit , il ne peut rien contre la puissance du Christ !"A la fin de la prière de délivrance , je fus secoué, sans raison physiologique par une horrible quinte de toux sèche, je me mis à tousser au point de ne plus pouvoir parler, le prêtre me servit un verre d'eau . Il m'expliqua : " Cela fait partie des syntômes qui peuvent intervenir, je ne vous en ai pas parlé préalablement afin de ne pas vous influencer, ni surtout vous inquiéter" Baptisé et élevé dans la foi catholique, dans une famille peu pratiquante , bien que m'ayant tout de même accompagné jusqu'à la communion et la confirmation, je m'étais éloigné de la foi véritable . Je fus un adolescent des années 68, le monde dans lequel j'ai grandi à vu l'Eglise et ses prêtres conspués . Les comportements certes critiquables, de quelques uns ont été un prétexte pour salir l'ensemble de l'institution ecclésiale. La réponse au mal c'est le bien; je devais porter l'amour du Christ à des personnes bien plus "pauvres" que moi! Cela n'était pas dans ma nature habituelle, j'avais eu jusque là plutôt mauvais caractère et tendance à rendre "coups sur coups!" "œil pour œil et dent pour dent !" Mais cet appel que j'ai ressenti fus tellement plus grand que moi , ce fut un appel extérieur imprévisible et irrésistible. Je fus reçu , par Anne Marie qui était une aumônière de l'hôpital et tertiaire franciscaine, elle me demanda quelles étaient mes motivations; je ne savais pas trop bien comment lui expliquer ce que j'avais au fond du coeur. "Je crois que ma place est à côté de ceux qui souffrent , je veux parler des malades qui sont hospitaliser....Un jour je lui posais une question sur la meilleure manière d'approcher une personne alitée et souffrante, elle me répondit, avec un regard direct et un tutoiement qui démontrait déjà un peu sa confiance dans ma démarche :" Serge, il n'y a pas de méthode!  Tu verra que chaque cas est particulier, chaque patient est une personne unique devant Dieu...Je compris que, dans ce domaine il n'y avait rien à comprendre  mais tout à partager. Anne Marie semblait très à l'aise avec les malades, elle leur prenait la main, caressait parfois leurs cheveux. Un jour elle me dit : Je pense que tu peux visiter seul, maintenant , tu t'en sortiras bien! Je connus quelques appréhension  lorsque je frappai à la porte la semaine suivante. Comme très souvent , je frappai à une porte d'une nouvelle chambre, sans savoir qui s'y trouvait , j'ai bien ma liste avec nom, prénom, âge des personnes que je vais rencontrer . En face de ces indications 
une autre déterminante définition : "Soins palliatifs Mais lors de la première rencontre , j'ignore tout de ces gens et l'accueil qui me réserveront . L'homme présent semblait bien portant , après une rapide présentation, je parlais de tout et de rien, au beau milieu de la discussion il me dit " Mon cher ami, je ne pense pas que j'achèterai une bûche à Noël cette année! "Il m'expliqua calmement un voyage qui savait que son train allait bientôt arriver et que la fin était proche" Un autre jour , j'entrai dans une nouvelle chambre, un vieillard gisait , agonisant, il était mourant, la durée de sa vie restante se comptait en minutes, il s'agissait d'une chambre à deux lits séparé par un paravent, l'autre patient dégustait alors tranquillement son repas , étrangeté et contraste de la vie; l'un s'en allait vers le Père, quand l'autre s'accrochait à l'existence. Je ne suis qu'un simple homme , qui ouvre la porte de ces chambres de souffrances , de malheur et d'agonie . Ces lieux qui deviennent alors une immense Croix au pied de laquelle se tient Marie. C'est une communion mystique . Rien que l'instrument docile du Seigneur, ainsi que le résume parfaitement la prière de Saint François d'Assises :" Seigneur  faites de moi un instrument de votre paix, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler , à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer "La vérité de foi, c'est le don de Dieu regardé par la raison: Je la vis désormais dans le sang du Christ, dans ce sang divin, répandu pour nous sauver. Comment pouvons nous être aussi aveuglé, pauvres pêcheurs que nous sommes ? Comment ne pas tomber à genoux devant Dieu qui s'est fait homme pour notre rédemption et qui nous montre désormais son visage en chaque être qui meurt ?Comment pouvons nous avoir le coeur si endurci ? Je n'ai surtout pas écrit cet ouvrage dans l'objectif de stigmatiser les francs maçons. Il m'est apparu que, mis à part une minorité de personnages troubles, un grand nombre d'entre eux sont abusés par l'idéologie de la franc maçonnerie. Si je livrais à une " typologie" des francs maçons, je pourrais établir trois catégories de "filles et fils de la Veuve ". La première , est formée d'arrivistes, d'opportunistes, de carriéristes. Ce sont eux qui recherchent des appuis professionnels , politiques. La deuxième est celle des nostalgiques de Robespierre, qui estiment , par exemple, que le nombre de prêtres et de religieuses décapités sous la Révolution fut trop faible . Bien entendu, depuis que la peine de mort a été abolie en France, ils ne considèrent plus qu'il faille en passer par ce moyen expéditif. leur guillotine se nomme désormais anticléricalisme , dénigrement, propagande et prosélytisme. Intégrisme laïque . A cet égard , il est troublant de considérer deux rapprochements conceptuels : Paradoxalement , ce sont les francs maçons qui ont œuvrés pour l'abolition de la peine de mort qui, maintenant militent pour l'euthanasie, qui n'est en rien d'autre qu'un meurtre légal, fût il paré de prétendus motifs vertueux . Le chrétien partagera bien entendu l'engagement abolitionniste : toute vie est de Dieu! Mais il sera bien plus cohérent dans sa démarche et ne fluctuera pas au gré des évolutions " morales ". Pour lui , toute vie celle de l'assassin, celle de l'embryon, celle du malade en fin de vie est de Dieu! Car sa morale est cohérente . Elle est établie par Dieu. Elle est constante et objective. Les francs maçons se dénomment eux même " fils de la Veuve ". La Veuve est à la fois " Isis , personnification de la nature, mère universelle, veuve d' Osiris , le dieu invisible qui éclaire les intelligences, et la guillotine, qui obscurcit l'esprit. En effet, la guillotine , outil de mort inventé par un franc maçon sous la Révolution est surnommée la " Veuve ". Les Francs maçons , fils de la guillotine, parce qu'enfants de la Veuve ?  Cette deuxième catégorie de francs maçons , qui méritent nos prières , est donc majoritairement constituée de fondamentalistes de la laïcité d' "enfants de la Veuve ". La troisième catégorie de francs maçons, très majoritairement, est composée de personnes cherchant sincèrement la vérité ou la spiritualité au sein de la franc maçonnerie et à travers son enseignement ésotérique. Celle là est entraînée par une minorité agissante et par certains dignitaires peu scrupuleux . Cela même sans en avoir la moindre conscience . Influencée par trois siècles de propagande dans les domaines historiques, politique, social et religieux, cette dernière catégorie a perdu la vue, " rebelles qui ont des yeux pour voir et ne voient point, car c'est une engeance de rebelles" ( Ez 12,2) : " Avec leurs yeux ils ne voient rien, avec leurs oreilles ils n'entendent rien " ( Jr 5,21) .Je souhaite avertir la première catégorie : bien malgré eux, ils pourraient devenir complices de lois et d'orientations sociétales qu'ils n'auraient sans doute pas défendus, surtout s'ils s'étaient tenu à un réel discernement dans la foi. A la deuxième catégorie,  je souhaite dire qu'il est important de réfléchir à ce qu'est une véritable fraternité. Elle ne saurait être secrète ou élitiste. On ne fait pas le bonheur de l'humanité malgré elle, et en aucun cas contre Dieu !La tolérance deviendrait dans ce cas un véritable despotisme. A la dernière, enfin il convient de se laisser chercher par le Seigneur. Et surtout de cesser une quête de connaissance qui les mènera inévitablement à une impasse spirituelle. Dieu ne teste pas mon degré initiatique afin de me proposer le " grade suivant" Il me suffit de l'aimer. Et surtout de me laisser aimer de lui ! C'est cela, la foi : comprendre par la raison et le coeur quelque chose de plus grand que l'on ne voit pas .  
 

mercredi 7 décembre 2022

La chamane aux yeux bleus de Hélène Legrais


 


L'An grâce 1359 , fuyant l'inquisition, Agnès noble demoiselle d'Aguilar quitte le port de Barcelone à bord de la Saint Jordi. Une nef à l'équipage cosmopolite commandé par Renaud de Saint Estève . La Sain Jordi avait quitté le port de Barcelone au coeur de l'été, avec pour mission de découvrir le grand passage, celui qui permettait pensait t'on de contourner le continent africain vers les Indes fabuleuses. Ce n'est qu'en doublant les colonnes d'Hercule, lorsque la Saint Jordi avait planté pour la première fois son entrave dans les eaux vertes de l'Atlantique , qu'une grisante sensation de liberté s'était substituée à l'accablement qui pesait sur elle depuis de longs jours. Le monde était vaste où l'Eglise de Rome n'avait point autorité. Agnès y trouverait un jour sa place quelque part . Dès lors, même si le souvenir du bûcher de Carcassonne revenait lancinant la hanter la nuit ,la vivre aux côtés de Renaud , l'avait rendu plus exaltante encore. Malgré ses vêtements d'homme qui la dissimulait aux yeux de l'équipage ; son rôle de chirurgien du bord lui laissait tout loisir de s'attarder sur la dunette auprès du capitaine. Grâce aux citrons qu'elle avait pris grand soin d'emporter, le scorbut n'avait point fait son apparition tant redoutée et le moral de l'équipage s'en trouvait conforté. On avait fêté  la naissance du Sauveur avec ferveur et une double ration de vin ; il était un peu aigre après quatre mois de voyage  mais encore assez bon pour réjouir le coeur et faire oublier   le mal du pays que le prochain passage de la ligne d'équateur faisait qu'accentuer. Tout avait donc commencé par un grand calme comme si l'océan retenait son souffle dans l'attente de ce qui n'était encore qu'un pressentiment de catastrophe. Puis un inquiétant bandeau de nuages noirs apparut sur l'horizon grossissant de minute en minute. La houle s'accentua et la nef tirée sans ménagement de sa somnolence , se mit a tanguer et rouler comme un homme pris de boisson. Renaud de Saint Estève fit ferler le grand voile carrée et la voile latine qui faisaient de sa nef pansue un lévrier des mers et sa fierté de marin . Arc bouté sur la barre , le Muet prêta main forte à Gabriel Riba , le pilote pour tourner le navire face au vent ...en vain . Avec un rugissement de fauve, l'ouragan s'abattit sur la Saint Jordi lui assénant une monstrueuse gifle liquide de toute la puissance de l'océan debout. Comme un cauchemar , Agnès s'était senti clouée au sol , les membres pesants , impuissante à esquiver le moindre geste de fuite alors qu'un ennemi sans visage s'apprêtait à les précipiter tous dans l'abîme. Le regard halluciné du frêle Janvier , priait à genoux sous l'averse ; des jurons en italien couvrent un bref instant le sifflement aigu de la tempête : les doigts ensanglantés , Casireone  s'acharnait avec un entêtement dérisoire, à renouer les garcettes de ris , que le vent ,par un jeu cruel dénouait aussitôt. Les pleurs d'un enfant terrorisé incongrus en ces lieux, un mousse sanglotait les poings devant les yeux comme pour effacer le spectacle insoutenable... La corde qui entrait dans sa chair , torturait ses bras et son dos : Renaud l'attachait à une vergue pour empêcher les paquets de mer de l'entraîner par-dessus bord. Etais ce Luc ou Guilhem qui avait crier son nom tout à l'heure quand une bourrasque  chargée d'embruns acérés comme des lames l'avait précipitée à genoux ? Le gouvernail avait fini par céder et la Saint Jordi n'était plus qu'une épave à la dérive que le vent et les courants refoulaient vers le nord en une course aveugle , vers son tragique destin. Soudain, dans un ultime spasme , la nef vint se disloquer sur un haut fond, Agnès se senti précipitée en avant dans un gouffre vertigineux. Une éternité suspendue ; le choc de l'eau , la tempête subitement aphone, tandis que l'espace alourdi par ses renforts métalliques l'entraîne vers le fond. L'impression étrange  de se dédoubler : une partie d'elle même se débat frénétiquement pour se dégager, remonter à la surface. Un voile rouge sang vient d'incendier l'écran de ses paupières closes, les poumons au bord de l'explosion qui l'étouffe. Agnès ne repris connaissance qu'à quelques encablures du rivage. Les bras passés autour de ses épaules, Renaud nageait à grandes ondulations de son corps souple et musclé, évitant adroitement  les multiples débris qui flottaient un peu partout... Dans un ultime effort , elle parvint à se relever sur un coude; effondrée à ses côtés , Renaud reprenait haleine   Agnès entrevit le Muet ,son ombre fidèle , son ange gardien au regard farouche et à la langue mutilé , il hissait sur la plage un morceau de planche sur lequel un corps était attaché, l'homme ainsi tiré des flots avait les mèches grisonnantes et le baudrier qui ceignait son torse indiquait en lui le chevalier Guilhem , Agnès se releva en titubant  "Nous avons plusieurs blessés , vous sentez vous la force de les examiner ; le sac de cotonnade défraîchie qui renfermait tous ses trésors de médecin était toujours attaché à sa taille; ses poudres et ses onguents à l'abri dans des tubes de roseau et des sachets de cuir soigneusement cachés n'avaient point trop souffert ; en revanche les morceaux de parchemin où Abou Obëd  avait recopié à la main des passages de l'œuvre des grands maîtres n'étaient plus qu'une masse gluante et informe . Elle serra les dents , qu'importe ... à force de les lire et de les étudier, elle connaissait ces textes parcoeur . Toute la journée ils scrutèrent les eaux turquoises et la plage écrasée de soleil dans l'espoir de voir apparaître d'autres rescapés ... en vain . L'aube n'avait point encore blanchi les montagnes que l'on devinait dans le lointain lorsqu'ils se mirent en route ; le Muet et le Génois portaient le brancard où gisait Guilhem dont le visage,  toujours figé commençait à prendre la couleur et l'aspect d'un vieux parchemin, cependant il vivait encore. Agnès s'en assurait à intervalle réguliers . Agnès se plaça en tête de la petite colonne , au côté de Renaud bien décidée à traverser le marais au plus vite ; Barberi et le mousse fermaient la marche . Assaillis par les moustiques, ils devaient tantôt  le front trempé de sueur , s'ouvrir une route dans les hautes herbes à l'aide de haches sommaires , dont Jordi avait laborieusement  aiguisés le tranchant sur une pierre, tantôt dans l'eau boueuse jusqu'au genoux sonder la vase avec de longs bâtons, craignant tout à fois les reptiles qu'ils sentaient filer entre leurs jambes , et les sables mouvants. Les roseaux cédèrent peu à peu la place aux arbres ceux là plongeaient leurs racines  dans la même eau trouble et stagnante ; pataugeant et pestant ils avançaient de plus en plus difficilement . Lorsqu'ils s'arrêtèrent  pour se reposer et manger quelques biscuits de mer point trop gâtés , accroupis comme des crapauds sur un tronc pourrissant qui émergeait de la vase , Agnès entrepris d'envelopper ses jambes avec un morceau de toile de voile maintenue par des cordelettes entrecroisées . Ces heuses ( guêtres) improvisées seraient d'un piètre secours en cas de morsure , mais au moins ne sentirait elle plus le passage sinueux des reptiles . Le mousse puis les autres l'imitèrent . Un cri étranglé interrompit leurs tâches, pâle comme la mort Casireone désignait d'un doigt tremblant un animal au dos écailleux et les paupières à demi fermées au ras de l'eau , un crocodile balbutia Barberi , Renaud fût le plus prompt à réagir s'emparant du bâton il se mit à frapper violement la surface de l'eau en poussant des cris perçants. Ils choisirent un arbre dont les branches solides aux larges fourches leur offraient un perchoir commode à défaut d'être confortable. De quelques brindilles sèches cueillis dans les hautes branches roussies par le soleil , Jordi avait fait naître des flammes vacillantes et fumeuses dont il espérait qu'elles éloigneraient fauves et serpents , trop fatigués pour parler, ils s'endormirent serrés les uns contre les autres...à l'exception de Saint Estève qui avait décidé , en bon capitaine de navire , de prendre le premier quart de veille. Toute création semblait s'être liguée pour les retenir prisonniers à jamais dans cet endroit de cauchemar dont ils commençaient à douter que quiconque ait pu un jour en sortir vivant. Aveuglée, elle entendit un cri , de surprise plus que de frayeur, celui d'une femme estima t-elle , le bruit d'une fuite puis plus rien ; dépitée, elle se mit à genoux, elle se sentait étrangement faible ; j'ai du rester longtemps inconsciente , ces gens ,ces inconnus dont je n'ai pu voir le visage et ramenée dans leur village m'ont s'en doute trouvée, ils ont pris soin de moi, c'est qu'ils ne me veulent point de mal. Ainsi c'est avec appréhension certes mais néanmoins avec calme qu'Agnès envisagea les deux arrivants, le premier un homme d'âge mûr ,avait du être autrefois une vrai force de la nature; il portait une fourrure tacheté jetée en travers du torse et s'appuyait sur un lourd bâton sculpté , le deuxième personnage qui attira son regard se tenait en retrait quoiqu'un peu voûté il paraissait souple et vigoureux encore , mais ses yeux jaunes qui fixaient Agnès comme pour sonder son âme , semblaient renfermer tous les mystères de la terre. Le chef parlait toujours, dans sa bouche aux dents rougies, les mêmes sons revenaient sans cesse, avec insistance mais sans agressivité. Agnès eut soudain une inspiration, "Seigneur comprenez vous l'Arabe ?" Ce fut l'homme aux yeux jaunes qui répondit , attends on vas chercher quelqu'un ; un instant plus tard , un troisième homme se faufila dans la cabane; il était plutôt petit , il était vêtu d'une gandoura d'un blanc sale qui ne laissait apparaitre que ses bras maigres et osseux ; il salua Agnès ,il la prenait pour un homme , elle vérifie discrètement que le turban qu'elle portait était toujours en place et dissimulait sa chevelure. Elle allait enfin savoir ce qu'il était advenu de ces compagnons, il la rassura, ils avaient repris conscience avant elle et on les avait rassemblés dans la case voisine; et le vieillard sur le brancard ? Le Ngambi l'homme médecine essaie de faire sortir les démons de sa tête ; Agnès voulut protester , expliquer que c'était la tempête et non le démon qui avait fait tomber le mât sur le crâne du chevalier , mais elle y renonça , c'eût été peu diplomate  ; Agnès expliqua prudemment  qu'ils étaient de paisibles marchands égarés dans ces contrées hostiles .L'homme à la gandoura s'appelait Bawa et sa tribu appartenait au peuple Ibo ,lui avait donné pour mission d'apprendre l'Arabe afin de servir d'interprète avec les marchands qui venaient commercer dans les parages , quelque uns osaient s'aventurer le long du grand fleuve le Niger car ils savent que le bois d'ébène et les noix de bolas de la forêt Ibo sont les meilleurs , quand la nourriture se fait rare expliqua t'-il Kola calme les appels d'estomac ...et provoque aussi des visions chez ceux qui n'y sont point accoutumés . Les marchands nous échangent notre cueillette contre du sel . L'homme médecine qui était aussi en charge d'interpréter les rêves , avait consultés les osselets , il en avait conclu que des inconnus aller arriver au village qu'il faudrait les traiter avec tout le respect dû a des grands voyageurs protégés des dieux car leur venue serait bénéfique pour le village , les Ibos attendaient une étoile  Abou Obeïd n'appelait jamais sa protégé autrement que " Sétarach" ( étoile) car disait t'-il. aucun astre ne peut soutenir l'éclat de ton regard bleu comme une étoile venue illuminer le sommeil du chef Mbosbo ! . Guidé par Bawa elle découvrit paresseusement  étendu à l'ombre d'un auvent de branchages; le Muet se leva d'un bond à son approche, la réaction de Renaud fut à peine moins rapide  il s'élança vers elle les mains tendus modérez vos ardeurs mon ami lui souffla t-'elle en lui assénant une grande claque dans le dos , je suis un marchand arabe , Galdric  souffre encore du mal des marais , vous devriez lui administrer une de ces potions dont vous avez le secret ; elle se pencha au chevet du jeune mousse et s'empara de son poignet pout tâter son pouls ; Mario avait raison , Galdric subissait au nouveau assaut de fièvre des marais ;dans sa vieille besace , elle savait trouver les écorces amères (quinquina) contre ce mal , mais où trouver le vin nécessaire à leur macération ? Bawa interpellé parut surpris de sa demande , mais il eût tôt fait de lui apporté une coupe en terre cuite remplie d'un breuvage légèrement ambré, elle le fit chauffer et jeta dedans les écorces amères ; Agnès en lampa une bonne rasade afin de se revigorer un peu , puis dit à Mario de veiller sur le jeune Mousse et de lui faire boire sa médication toutes les trois heures. Elle demanda à Bawa de la conduire chez l'homme médecine  il faut que je vois celui de mes compagnons qui souffre de la tête! La case de l'homme médecine était signalé par un bâton fiché dans le sol auquel pendaient diverses dépouilles animales : griffes, dents, plumes, mues de serpents, crâne de reptiles blanchies par le soleil. Agnès pénétra seule dans la hutte, l'odeur âcre des plantes aromatiques brûlant dans une cassolette la prit à la gorge, la fumée épaississait l'obscurité qui régnait à l'intérieur , elle devina plus qu'elle ne vit le corps de Guilhem étendu sur une natte, la gorge nouée, Agnès avança une main pour caresser son bras et tâter son pouls, du fond de la case ; la voix de l'homme aux yeux jaunes interrompit son geste. Toi aussi tu es Ngambi , elle ne prit pas la peine de répondre, ce n'était point une question. Tu n'approuve pas la façon dont je traite les malades, tes conclusions sont justes mais tu soigne les effets et non les causes; et lui crois tu qu'il puisse guérir? interrogea t' elle en désignant d'une main qui se voulait ferme le corps de Guilhem; ton compagnon est au confins du royaume des morts mais son âme refuse de quitter ce monde....Toi aussi tu es fils de la forêt; les mambas ton épargnés. Agnès apprit ainsi qu'elle et ses compagnons avaient  traverser un territoire infesté de ces serpents verts dont la morsure rapide comme l'éclair donnait instantanément la mort; Agnès fut parcouru d'un long frisson, qu'elle mystérieuse affinité existait t'elle entre elle et ces animaux filiformes et sinueux. L'homme aux yeux jaunes savait t'il que les anciens grecs en avaient fait le symbole de la médecine ?Alors qu'elle s'apprêtait à se lever, il tendit la main et s'empara de son poignet, il noua autour une mince lanière de cuir à laquelle était suspendue quelques perles de bois colorées et une touffe de plumes irisées et murmura " Même les étoile ont besoin de la protection des esprits " les osselets étaient formels et ils ne se trompaient jamais. A la nuit tombée, lorsqu'il avait vu la jeune femme s'éclipser, il avait dû se faire violence pour ne point se précipiter à sa suite , mais après tout ces sauvages la prenait pour un homme et elle ne risquait rien. Depuis allongé sur sa natte, les yeux  grands ouverts dans l'obscurité, l'oreille aux aguets il attendait son retour ; et soudain un frôlement léger, le contact de sa peau brûlante, sa bouche humide sur sa tempe et sa voix à son oreille , enroué par le désir : " Apprends moi mon corps de femme " alors il l'a dévêtit lentement et partit à la découverte , du bout des lèvres baisant son cou gracile, ses seins drus ,il s'émerveillait de sentir le corps d'Agnès s'ouvrir et s'épanouir comme une fleur aux premiers rayons de soleil , les cuisses écartelées tandis qu'au plus profond d'elle même la jouissance refluait doucement pour laisser place à un intense sentiment de plénitude . Agnès se sentait libre, et femme. Sur le seuil de la hutte , l'homme médecine consulta les osselets et hocha la tête : ce n'était plus qu'une question d'heure ; le coeur du vieux chevalier cessa de battre à l'aube ; les yeux rougis ,Agnès ferma ses paupières émaciées et baisa son front ridé , comme elle avait embrasé plusieurs années auparavant ; puis elle s'enfuit dans la forêt pour ne point assister à la mise en terre de celui qui avait été son second père , c'était plus qu'elle n'aurait pu en supporter . De retour au village , elle ne voulut point savoir où Guilhem avait été enseveli . Elle alla trouver l'homme médecine et lui dit "Ngambi , je vais partir " Respectueux de sa douleur , ses compagnons n'osèrent protester ; après tout , n'était ce point ce qui avait été décider sur la plage : Remonter vers le Nord à la recherche d'une caravane qui pût les ramener au pays . Ils furent prêts en un battement d'ailes . Ils marchèrent des jours et des jours , la parfaite connaissance du terrain de leurs guides y était s'en doute pour beaucoup, car ils approchaient d'une grande rivière appelée Bénoué , mais ils furent assaillis , ils avaient été attaqués par des Kwararafas  "peuple du sel" il n'était point facile de cheminer ainsi entravés par le cou deux par deux , ils n'étaient point les seuls prisonniers : une bonne trentaine d'hommes et de femmes tous noirs ; une marche épuisante leur fit remonter le cours de la Bénoué , il leur fallait parfois se plonger dans l'eau jusqu'au cou ; ils redoutaient de voir apparaître les terribles crocodiles . Les jours se succédèrent le paysage devint plus sec ; c'est sous un soleil de plomb , que la longue colonne pitoyable des esclaves fit son entrée dans Kanor . On leur donna à boire , puis on les fit mettre en rang ; au bout d'un instant qui parut un siècle , une silhouette altière se détacha , l'homme était un véritable géant et les cicatrices qui balafraient sa peau noire dénonçaient un guerrier d'une bravoure peu commune , lentement il entreprit de passer les esclaves en revue , il les examinait un à un la mine sévère , jaugeant d'un regard les muscles , la taille . L'homme s'arrêta surpris : on ne l'avait point prévenu qu'il y avait des blancs parmi les captifs . En tout il ne choisit qu'une trentaine d'hommes , Agnès et ses compagnons furent séparés du reste de la colonne et présentés à un marchand , d'après sa vêture il devait venir d'Egypte , il acheta le groupe pour quatre chevaux soit quatre fois le prix habituel. Vendu ! fulminait Casireone  moi un libre citoyen de Gènes vendu comme du vulgaire bétail ! Renaud et le Muet , silencieux serraient les dents et les poings de rage ; seul Barberie prenait les choses avec philosophie . Le marchand donna quelques ordres à voix basse à ses serviteurs , les colliers de bois tombèrent remplacés par une simple corde ligotant leurs mains . Seule Agnès ne fut point attachée , un domestique l'entraîna le long d'un couloir sombre ; il la mena jusqu'à une salle octogonale soutenue par de graciles piliers de marbre sculptés . Ce qu'elle y vit confirma ses pires craintes : des femmes pour la plupart noires comme l'ébène , s'alanguissaient autour d'un bassin carré, tournant autour d'elle avec des petits rires étouffés , elles eurent tôt fait de la dévêtir , on dénoua ses lourdes boucles brunes , ensuite on la mena jusqu'au bassin où elle se plongea avec réticence d'abord , avec délice ensuite . Oubliant un instant la peur qui lui nouait le ventre , elle s'abandonna aux mains expertes qui entreprirent de la masser , oignant son corps et ses cheveux d'huiles odorantes ; brusquement les bavardages se turent , elle ouvrit les yeux alarmés , le marchand se tenait debout devant elle , détaillant avec complaisance sa blanche nudité, les joues brûlantes de honte , elle plaqua ses bras contre elle ; elle se sentait humiliée , salie par ce regard cupide du négociant venant s'assurer du visu de la valeur de sa marchandise , un sentiment de révolte gronda en elle, puisqu'il voulait voir , il verrait. Lentement elle se releva , impudique et rebelle , elle le défiait , ses prunelles bleues étincelantes de colère , il leva la main comme pour protéger ses yeux d'une lumière aveuglante et recula d'un pas , brusquement , il se détourna et sortit . Durant les jours qui suivirent il ne réapparut point au harem . Elle ne vit qu'au début du mois d'avril lorsque la caravane s'ébranla vers le nord emportant à dos de chameau  l'or, l'ivoire , l'ébène, l'ambre, la malaguette ( épices) le poivre noir et les esclaves destinés aux riches alexandrins . Tandis que les murailles ocres de Kano disparaissaient dans le lointain , elle découvrit éblouie les splendeurs du désert ; le moment qu'Agnès préférait , c'était l'aube , pendant qu'ils scellaient leurs méharas , ses gardiens lui permettaient de s'éloigner un peu pour de dégourdir les jambes . Agnès gravissait la falaise et s'installait au sommet , assise jambes croisées sous elle , seule face au désert pour regarder le soleil se lever , spectacle grandiose ,lorsque le disque émergeait , colorant les roches et le sable de rose et d'or , elle éprouvait un intense sentiment de sérénité et de paix , elle oubliait les injures et la fuite , la haine et le bûcher. Elle n'osait prononcer le nom de Dieu , mais elle n'avait plus l'impression que le Ciel lui était hostile .... Un jour  que les préparatifs de départ se prolongeaient , elle profita de son escapade matinale pour longer la caravane à la recherche de ses compagnons. Elle retint un cri qui lui était monté à la gorge en reconnaissant le Muet  dont les yeux noirs brillaient de joie , elle l'étreignit en silence , Jordi la guida vers un groupe à l'écart, et bientôt elle pût serrer les autres dans ses bras .  Seul Renaud , assis à l'écart , ne prit point part au joyeux tumulte .  "Etes vous malade mon ami ? oui da je sui malade, malade de vous voir attifé ainsi qu'une courtisane de bas quartiers qu'on couvre de bijoux de pacotille pour mieux attirer le client: Agnès se raidit pour l'insulte ,pâle comme la mort ,Agnès serrait les dents , elle refusait de se défendre c'eût été donner crédit à ces grotesques accusations ; ulcérée Agnès eut encore la force de toiser son amant d'un regard chargé de mépris avant de tourner les talons , s'efforçant  de ne point trébucher malgré ses yeux voilés de larmes . Plusieurs fois , elle avait surpris le garde de la caravane entrain de rouler sa couverture , après une nouvelle nuit à la belle étoile , dans le repli d'une dune ; c'était un "homme bleu "un de ces nomades altiers pour qui le désert  n'avait point de secret et qui savait y trouver leur chemin les yeux fermés . Juché sur son méhari , il avait l'allure d'un roi ; le roi du désert. Puis un matin elle entendit sa voix étouffée mais parfaitement intelligible . "Qui es tu pour être ainsi protégé des dieux de la forêt?" Qu'est ce qui te fait parler ainsi ? interrogea t-elle interloquée . C'est ce que dise tes tepas  (amulettes en langage touareg ) et il désignait du doigt la fine lanière de cuir ornée de perles et de plumes autour de son poignet , " C'est un présent que m'a fait un Ngambi au pays Ibo ; "Sa magie est puissante jusque dans le désert , je veillerai sur toi comme le talisman me le demande " Le Touareg lui apprenait le désert chaque matin à l'aube après que le disque solaire apparut au dessus de l'horizon embrasant le ciel et l'erg ( région du Sahara couvertes de dunes ) il lui enseigna les signes qui trahissait l'abankor ( point d'eau souterrain ) en surface ces infimes craquelures sur l'argile desséchée qu'on appelait " Œil de l'eau " il lui montra les redjems , ces petits tas de pierres sur les hauteurs qui signalaient la proximité d'un puit .Dans le paysage aride , l'eau invisible , était partout pour qui savait . Il lui apprit aussi comment suivre un fil erratique de la piste qu'un œil non exercé voyait disparaître dans le lit caillouteux d'un oued ou se perde dans un dédale de tassilis (plateaux ) et de dunes , mais qui en fait continuait à se dérider malgré les obstacles . Avec le Ngambi , Agnès avait abordé l'inexplicable , grâce à l'homme bleu , elle découvrait la présence de  l'invisible . Lorsque un matin , Agnès rejoignit le Touareg sur la dune , il lui proposa tout à trac de l'aider à s'évader ; il se refusait à aider plus longtemps l'égyptien qui l'accusait de ralentir la progression du convoi par méconnaissance du terrain, injure suprême pour un " seigneur du désert" il l'avait humilié . Agnès objecta qu'elle ne partirait point sans ses compagnons . Le jour, la chaleur était infernale ,la nuit leur apportait un peu de fraîcheur , mais ils grelottaient sous leurs minces couvertures, le désert paraissait ne point avoir de fin . L'épuisement les prostrait chaque jour davantage, la soif vint s'ajouter à leurs tourments . Leur guide choisit le méhari le plus mal en point et l'égorgea d'un seul coup , l'homme en bleu plongea sa lame dans son flanc : un liquide verdâtre jaillit , en se mourant le méhari leur offrait , ses ultimes réserves d'eau " Aman iman ": l'eau c'est la vie . Au sortir du désert , ils ne s'attendaient pas au spectacle sur les rives de la Mer Rouge , le port grouillait d'une agitation permanente , des marins de tout horizons à la recherche d'un embarquement ou l'ayant trouvé , s'affairaient en se passant sacs et tonneaux , cordages . Fort heureusement , le teint de cuivre rouge que leur avait donné le soleil d' Afrique ne permettaient point de les distinguer des autres candidats Le capitaine d' un vaisseau Omani avec qui Agnès avait pris langue les engagea en bloc à condition de les payer moitié prix, le hurlement de la vigie tira les marins de la torpeur , émergeant de la brume de chaleur dans le lointain une muraille verte  barrait l'horizon. Cela faisait quarante jours qu'ils avaient quitté Aden. Des montagnes verdoyantes tombant dans la mer , il ne s'agissait plus de rêver, mais de se préparer à aborder. Sans doute Caliart  était elle le carrefour du monde, du moins celui du commerce ; tant de marchandises offertes à leur regard leur ouvraient l'appétit, leurs poches étaient lourdes de piécettes que le capitaine Kumish leur avait distribués . Ils avaient quitté Caliart un marchand juif les avait aidé à trouver guides, vivres et montures pour leur expédition vers la terre des épices . Les nausées, les malaises, son irascibilité , cette envie de marcher encore et encore ,elle les avait mis sur le compte de la mousson ... et puis , l'horreur de la situation lui sauta au visage, rien pour l'instant ne trahissait son état mais qu'adviendrait t'il lorsque l'enflure de son ventre déformerait sa robe de docteur : Le pire était que la décoction abortive n'avait point eu l'effet escompté ; l'enfant était toujours là . A dos d'éléphants, ils quittèrent Madakkulati  Maruraï la glorieuse cité des Panpaya , ses temples mutilés et ses sulas macabres pour prendre la piste de kerkaï ; soudain un cobra s'est dressé au milieu du chemin stoppant net le convoi , jaillissant de derrière les arbres ou tombant des branches , des hommes masqués et armés , adossé aux coffres , qui recelaient toute sa fortune  Renaud se défendait comme un beau diable, les assaillants se firent plus pressants , jusqu'à l'éclat bref d'une lame qui s'abaisse et le sang vermeil qui jaillit en saccades , Renaud s'effondra dans la poussière , la gorge tranchée, hébétée elle serrait le corps inerte de celui qu'elle avait tant aimé. Des heures , des jours voir des semaines qui suivirent Agnès vit rien, brûlante de fièvre, en proie à des visions morbides, elle restait sourde et aveugle de ce qui l'entourait . Elle vivrait pour cet enfant , ils étaient arrivés à Cail , un grand port de la côte orientale , ils embarquèrent sur un vaisseau en partance pour Aden , poussé par la mousson du Sud-ouest , chaude et humide , le navire avançait grand large, les voiles gonflées à craquer, l'étrave pointé vers le Nord Est et cette île immense que les marins appelaient " le pays de l'or" . L'île était fameuse pour ses pierres précieuses, ses perles fines, son corail et son bois d'aloès . Agnès se retourna surprise , Damoiselle Agnès , permettez moi de vous présenter messire Wang Qiao l'honorable Wang Kiao était gishi c'est à dire maître médecin dans la grande cité de Mangi (Chine du Sud) Il se présenta pourtant dans un arabe parfait, ils eurent tout loisir de confortés leurs connaissances, les journées sont longues sur un bateau Agnès découvrit ainsi le monde partagé entre le yin et yang  l'énergie qui anime la matière et la théorie des cinq éléments liant la nature à l'homme. Elle marchait de long en large dans son étroite cabine, faisant à haute voix l'inventaire de son vieux sac de cotonnade, lorsque soudain , elle sentit un liquide tiède couler le long de sa cuisse , alarmée elle souleva ces vêtements, mais au lieu de sang vermeil , elle ne découvrit qu'un écoulement transparent comme de l'eau , puis la douleur s'installa, enfla , gagna tout son ventre et ses reins et son dos, arc-boutée , elle hurla, elle tenta de rassembler ses esprits , elle n'était qu'une énorme boule de douleur; la porte de la cabine s'ouvrit à la volée , livrant passage à Wang Kiao , elle le vit sortir de longues aiguilles de métal, elle sentit ses doigts s'insinuer entre deux sangles, courir le long de ses vertèbres, comme à la recherche d'un point précis, il le trouva et soudain la douleur reflua, saisissant ses genoux écartelés à pleines mains , elle prit une grande inspiration et banda tous ses muscles, retrouvant instinctivement les gestes que des millions de femmes avaient fait avant elle depuis la nuit des temps. Elle devina plus qu'elle ne vit Wang Kiao souffler dans la bouche du petit paquet informe qui venait de sortir de son ventre, un cri aigrelet s'éleva, le chinois coupa le cordon d'un coup de dent. Le Lombard sourit à la frimousse chiffonnée du nouveau né qui reposait entre les bras d'Agnès . " Ce petit moussaillon à reçu le baptême de la mer, son père serait fier de lui" les paupières lourdes de fatigue , Agnès corrigea doucement , " C'est une garce Marco mais j'espère que son père serait également fier d'elle; nous l'appellerons Séréna comme ma mère . Elle avait supplié Wang Kiao de lui enseigner cet art délicat , les 657 points d'acupuncture , qui l'avaient si bien soulager sa souffrance durant son accouchement . Elle le retrouvait tout les matins et retrouvait l'enthousiasme et la passion d'apprendre. Mais Agnès du quitter la Chine , car il y avait des protestations du peuple contre l'Empereur Shandi , les soulèvement se multipliait et on faisait la chasse aux étrangers que les Gan ( dynastie mongole ) accueille avec tant d'empressement .Agnès repris la route avec Séréna enroulée dans une couverture couleur miel , elle arriva en Mongolie à Qaraqorum , les Mongols avaient un respect particulier pour les mères veuves qu'ils considéraient comme des "maîtres de maison" à qu'ils y réservaient la place d'honneur sous la tente . De plus elle était femme médecine et à ce titre censée servir d'intermédiaire avec le monde invisible ; elle était doublement honorée. Et voilà pourquoi en cette belle nuit de printemps au centre du cercle , revêtue de tout les attributs du Boo . Les grelots cousus sur le bord de son manteau pour effrayer les mauvais esprits tintaient à chacun de ses mouvements , les chants devenaient assourdissants , le manteau de chamane pesait son poids . La renommée de la chamane aux yeux bleues du lac Pulei avaient rapidement débordé de ces pâturages et on venait de très loin  quitte à faire un long détour pour la consulter.     
    

vendredi 4 novembre 2022

HF Thiefaine Animal en Quarantaine de Sébastien Bataille


 


C'est le parcours artistique et des morceaux de vie d 'Hubert Félix  Thiéfaine que nous racontent ici  l'auteur de ce livre . Le savoir plus sur la concention des pochettes , l'influence du bain social et culturel de chaque époque sur l'œuvre, le regard du créateur sur le monde qu'il l'entoure , notamment à travers ses voyages, son ressenti sur les grands évènements ayant jalonné sa discographie ( qui a vu passer six présidents de la République ) etc. ... Hubert Félix Thiéfaine ne fait rien comme les autres , c'est à dire comme les assis ralliés par Rimbaud, ces bureaucrates qui savent , disent pour tout le monde , mais se trompent . Hubert lui marche à contre courant . Ce "prénom" Hubert Félix , le prédestinait à la différenciation . Dans une époque où tout doit" faire sens " Thiéfaine livre ainsi des chansons à la poésie cryptée, surréaliste  dont le succès dépasse l'entendement. Son humour et son romantisme noir , ainsi que sa mélancolie , agissent comme un baume dans le coeur des foules , exposées habituellement à la mièvrerie ectoplasmique du show-biz. Enfant du baby boom, Hubert Félix Thiéfaine est un pur produit de l'ancien monde, du terroir de la France, avant dernier rejeton d'une fratrie qui comptera six enfants , quatre garçons et deux filles , le nouveau né Hubert Félix  Gérard pousse ainsi son premier coup de gueule à Dole le 21 juillet 1948 à 3 heures du matin en pleine Franche-Comté entouré de Maurice, son père parisien, ouvrier typographe dans une usine d'étiquetage où il officiera pendant quarante ans et Alice sa mère native de Saint-Amour dans le Jura, mère au foyer . A l'âge de dix ans Hubert Félix se pose beaucoup de questions à quoi servait la vie ? Il n'aimait ni l'école ni l'existence, très tôt il a commencé à être désespéré . Il fait l'école de musique à Dole à la fin des années 50 , c'était une très vielle dame  qui nous faisais solfier pendant une heure; je suis sorti dégouté de ses cours en disant ," je ne veut plus entendre parler de musique" Hubert arrive à la rentrée de septembre 1961 au petit séminaire où il serra les dents et étudie assidûment les humanités, envisage un temps une vocation de prêtre , sur les traces de l'un de ses oncle chanoine , les deux cents élèves sont encadrés par vingt professeurs ; l'idée de les faire parler le latin et le grec ancien couramment  comme s'ils se destinaient tous à devenir pape ou archevêque . En classe de cinquième , l'élève déclament des rengaines dans la cour de récré, pour faire rigoler les copains. L'expérience lui offre son premier public avec déjà des rimes encolérées traduisant sa hargne du système pénitentiaire . "J'ai commencé à écrire quand j'avais douze ans parce qu'on m'interdisait de parler . le souffle de liberté des années 1960 contaminent aussi la campagne Franc-Comtoise  porté la fraîcheur insolente d'une jeunesse revigorée par la culture anglo-saxonne . La départ du petit séminaire marque le retour à Dole chez les jésuites cette fois-ci pour la rentrée des classes de première au lycée Notre Dame de Mont Roland "Contrairement à ce que l'on pense , les jésuites étaient beaucoup plus laxistes  que les curés du petit séminaire, chez les jésuites  j'ai vécu deux trois années superbes, ils avaient vingt ans d'avance sur le laïque à l'époque. La structure même des études était faite pour qu'on puisse évoluer dans ce qu'on aimait , en plus j'étais externe , il y avait les copines qui nous attendaient à la sortie, on commençait à laisser pousser les cheveux longs et on chantait " Satisfaction". " En 1967 sous la pression d'un copain je m'inscrit à un radio crochet ou je finit deuxième ". Enfin externe , Hubert profite pour se perfectionner à la guitare  s'essaye même à l'écriture ( pièce de théâtre, poèmes, romans ) L'artiste en herbe monte son groupe et compose ainsi de nouveaux morceaux aux titres parfois très hippies ( Bain de minuit, Dans le gange à Bénarès . ) L'autre connexion déterminante se produit en la personne d'un jeune du quartier fréquentant le même lycée , Claude Mairet , guitariste doué avec lequel il partage le même goût de l'errance psychédélique , au son du Chicago Blues des années 1950, des Kings  Yardbirds , Them, Animals et surtout du Dylan , dont le double album Blonde ou Blonde fera longtemps office de table des lois blues rock pour le Jurassien. Il y avait ces sonorités anglaise qui m'interpellaient . Je n'étais pas le seul, je pense qu'à l'époque , il y en avaient beaucoup qui écoutaient Bob Dylan sans trop comprendre ce qu'il pouvait dire . Mais je sentais, par-delà l'émotion dans la voix , qu'il avait une profondeur là dedans , il y avait du mystère et j'essayai à mon tour de créer ce rendu. Toute démarche artistique doit être rempli de mystère. Ce qui m'énerve aujourd'hui, c'est qu'on veuille tout démystifier , on veut tout enlever, tout expliquer et je trouve çà assez pénible. Moi j'ai besoin de mystère; je suis intéressé par l'inconnu , par le futur; je cherche même parfois à mettre un voile , non pas pour cacher les choses , mais les rendre plus attirantes par ce côté mystérieux. Seulement , pédalant dans les nuages de l'insouciance , des choses de la vie , et de la traduction et adaptation des standards de ces modèles anglo- saxons dont Woody Guthrie , Hubert écrit une chanson qui marquera son répertoire ( " Je t'en remets au vent" ) rate son bac et doit redoubler sa terminale, Mairet lui obtient le diplôme et part étudier à Dijon. Les deux musiciens se retrouveront plus tard . Enfin bachelier ,  Hubert s'inscrit à la fac de droit de Besançon , sans conviction , un moyen surtout de retarder le service militaire, il a été jugé apte mais en sera exempté comme beaucoup de sursitaires de la classe 68 et d'obtenir une bourse pour vivoter en continuant à écrire des chansons dont il envoie déjà des maquettes guitare voix aux maisons de disques. Spectateur de Mai 68 , l'étudiant âgé de dix neuf ans  assiste aux évènements comme Ferré regarde passer les vaches incrédules . Mais faut pas déconner ! Qu'est ce que c'était  Mai 68 ?  Des fils de bourgeois qui tout à coup , parce que c'était la mode , se sont mis à défiler dans la rue et à se dire anarchistes . Les conséquences des manifestations et des blocages estudiantins renforceront son aversion pour ce trou d'air historique. En effet , touché par les grèves, l'usine de son père finira par mettre les chefs sous la porte. Maurice partira alors en retraite anticipée " J'avais mon père en 68 au chômage, et dans les quartiers ouvriers dans lequel vivaient mes parents , je voyais des gens parler de guerre civile , et en souffrir, et commencer à manger à la tétine de la vache et à ne plus fumer du tout, ce qui rendait les hommes nerveux, parce que l'on ne trouvait plus de tabac. Sauf que bizarrement , les fils de bourgeois qui se prenaient pour de grands révolutionnaires, eux ne pouvaient pas aligner deux phrases sans tirer sur une cigarette. Donc  Mai 68 je l'ai vu comme un truc de bourgeois qui voulaient la télévision en couleur et le départ de De Gaulle. En tout , Hubert s'inscrira deux ans en droit pour la forme , 1968 1969 et 1969 1970 arrêtant cette dernière en milieu d'années , pour basculer en lettres département psychologie , ou il restera jusqu'en 1971. Autant de périodes pendant lesquelles; il ne se rend quasiment jamais en cours , affairés sur ses nouvelles compositions dont les premières montures de " 113 cigarettes sans dormir "et  Le Chant du fou "dans la même journée  Psychanalyse du singe "Surtout , la mésaventure d'un ami incarcéré pour une histoire de marijuana lui inspire une petite chanson pour faire rire les copains écrite en dix minutes" La  Fille du coupeur de joints"  J'ai des souvenirs très fort du mois de juillet 1969 , c'est le 21 de ce mois que j'ai eu vingt et un ans ( qui était alors l'âge de la majorité )cette nuit là , à l'heure de ma naissance , le premier homme marcha sur la Lune ... Un autre évènement , survenu le 3 juillet me marquera la mort de Brian Jones , ange déchu des Rolling Stones , la même année Hubert assiste pour la première fois de sa vie à un récital de Léo Ferré , il rencontre en novembre par l'intermédiaire d'une amie commune Charles Bronssen , qui l'assistera longtemps dans son processus créatif. Le 2 février 1970 , Hubert assiste au concert des Pink Floyd donné au palais des sports de Lyon . Pendant l'été , Hubert enchaîne les petits boulots: terrassier , puis intérimaire dans une usine de vinaigre . Avec sa paye , il rejoint la Grande Bretagne avec des amis pour assister à la troisième édition du festival de l'île de Wight qui se tient du 26 au 31 août . Les Doors , les Who, les Moody Blues , Jimi Hendrix , Miles Davis et bien d'autres figures légendaires, aujourd'hui au panthéon du classic rock  tiennent l'affiche . Pendant l'automne 1971 , il travaille comme ouvrier agricole dans la Drôme  ruminant ces rêves d'exil artistique. Accompagné de Mairet , il assiste à Dole à un concert de Tony Carbonavre et son groupe Iris , à l'issus de la soirée Tony propose à Hubert de venir enregistrer des maquettes chez lui à Sochaux où il travaille pour Peugeot en qualité d'informaticien , car le résultat des démos mise en boîte dont " Je t'en remet au vent " et "Le Chant du fou " se révèle peu probant . Il débarque dans la capitale le 17 novembre 1971, par le train de 17h17, sac à dos et guitare en bandoulière, pour tout repère, le nom d'un contact griffonné sur un bout de papier ; mais lorsque Thiéfaine se présente au point de chute, du côté de Bastille , l'individu en question ne lui inspire aucune confiance. Il décide alors de se rabattre sur son plan B : l'appartement d'un copain logeant au 11  rue des Trois Frères, mais celui-ci est absent : Dépité , le baroudeur passe alors sa première nuit à Barbès d'un Chelsea Hôtel et sa légendaire fauve interlope, il assiste à d'étranges va et vient dans les couloirs notamment des hommes poursuivant des prostitués avec des rasoirs. Finalement, de retour chez lui son pote accepte de l'héberger , pendant plusieurs semaines Hubert dort dans un sac de couchage, il enchaîne alors une myriade de petits boulots pour essayer de s'en sortir : démarchage à domicile pour vendre des encyclopédies , distributions de prospectus et d'échantillons de café. Il n'ose plus passer d'audition après deux tentatives ratées: les mecs se sont foutus de ma gueule , déjà il fallait des K7, il fallait des bandes , moi je me pointais avec ma guitare je leur disais " Ecoutez , comme je chante bien ". Mais un mois seulement après son arrivée à Paris , il doit se rendre d'urgence au chevet de sa mère mourante , hospitalisée à Dijon. " J'ai veillé ma mère la nuit , je ne voulais pas dormir, on l' accompagnée avec mes frères et sœurs jusqu'au bout . Je déteste Noël parce qu'une année le père Noël m'a offert comme cadeau ma mère dans un cercueil .  Après son  enterrement , j'ai eu envie de continuer, je voulais juste vivre de la musique . Je suis retourné à Paris pour tenter ma chance en cabaret . "Je t'en remet au vent " est la seule chanson du catalogue officiel de son fils qu'Alice  aura entendu, raison pour laquelle ce morceau revêt depuis une dimension affective particulière pour lui . Dévasté, démuni, le jeune homme de vingt trois ans cherche toujours sa voie et multiplie les itinérances ( garçon de cuisine dans un restaurent Suisse, emploi d'animateur stagiaire à Ecouen ( Val d'Oise ) puis intègre une organisation réunissant des individus libertaires- libertins et très répandu à cette époque ou les baba cool utopistes tiennent le haut du pavé de la société post-soixante-huitarde , le Jurassien entame une nouvelle expérience en compagnie d'une dizaines de personnes, vaguement artistes sur place il ébauche plusieurs compositions dont " L'ascenseur de 22h43" et " L'Agence des amants de Madame Müller". En mai , le groupe migre du côté de Melun dans une bastide, le Rodoron , aménagée depuis 1953 en centre international d'accueil de groupes de personnes et de marginaux en libertés surveillée. A la fin de l'année 1973, Thiéfaine prends une décision capitale et courageuse il décide d'arrêter tous les petits boulots et de ne plus se consacrer qu'à la chanson, il réussit à décrocher des passages le soir dans les cabarets "Je ne sais pas où loger, je n'ai pas vraiment à bouffer alors je m'annihile dans l'écriture" Mes rares passages en cabarets ne me permettaient pas de manger à ma faim et malgré l'aide de certains mécènes qui parfois m'hébergeaient , je me suis retrouvé malade avec des glandions gros comme des œufs à l'aine et aux aisselles. On me diagnostiqua une insuffisance pondérale et des carences en protéines, vitamines, sels minéraux. Hubert qui refuse de pointer au chômage par orgueil prends donc sa débroussailleuse acoustique, sa chère gratte Gordini et trouve finalement refuge au coeur d'une Maison pour Tous , le Pékin pendant l'été 1974 son fondateur Jack Messy. Cette énergie du désespoir bétonne sa survie, suspendue à ces trois passages hebdomadaires de vingt minutes sur scène du Pékin réénumérés chacun 20 francs et une bière : Le cabaret m'a vraiment aidés, je sentais les failles , ce qu'il manquait pour être vraiment à ce que je voulais. Le Pékin organise sa salve de sortie, la mort dans l'âme ! Le 31 mars 1976 , la soirée clôture du cabaret réunie une trentaine d'artistes. Lhomme à la Gordini à franchi un nouveau cap dans ses pérégrinations mentales : s'il continu de tourné de-ci de-là dans les MJC avec son récital " Comme un chien fou dans un cimetière" qu'il trimballe depuis 1973, il a désormais en tête d'enregistrer un disque , étant donné que le codirecteur de l' Olympia, Jean Michel Boris, l'a encouragé dans ce sens lors d'une rencontre informelle. Les maquettes enregistrées avec Carbonare prennent peu à peu des allures de petites bombes artisanales, même si les portes de maisons de disques leurs résistent encore. Ces démos plus abouties bénéficient en effet de l'apport des musiciens du nouveau groupe de Tony , Machin ; l'organisation de la " troupe" se décline ainsi en trois schémas possibles: Thiéfaine guitare voix , Machin seul, le pack Thiéfaine , Machin, doublement attractif dans les salles. Les dates commencent, permettent aux groupes de plus en plus , seront l'électron libre sur scène, en plus d'asseoir sa propre notoriété. Porté par son succès d'estime , le désormais quatuor folkeux publie en 1977 un deuxième album, tout folkant , puis un troisième l'année suivante " Râles folk "dans ce laps de temps , les opportunités s'enchaîne pour Hubert : une Bordelaise particulièrement active dans le milieu associatif girondin Béatrice Faye, l'héberge et lui trouve des concerts à l'aide de ses réseaux . Le premier album d'Hubert Félix Thiéfaine paraît en janvier 1978 chez Festival , label de Musidisc  avec ce premier album il a enfin sa carte de visite, "les morceaux de tout corps vivants " au nombre de onze , sont tous signés du Dolois ( paroles et musiques ) ont été enregistré avec la joyeuse équipe de Machin. En cette année 1979 , l'artiste évolue sur une pente ascendante sans retour . Nouvelle marque de prescience troublante , il avait intitulé l'un des titres de son album " Dernière station  avant l'autoroute "Autorisation de délirer " s'écoule à six milles exemplaires le double des ventes du premier 33 tours. Le 1er Avril 1980 après un mois de mars chargé ou il alterne les concerts; Hubert est sous influence éthylique pendant cette période. Un maudit blues l'accompagne qui s'en balance . Les drogues on en parle même pas " A l'époque , je prenais pas mal de dopes , j'avais des sortes de visions, je travaillais sur " Dernières balise ... qui à une écriture junkie; mais je n'ai jamais été junkie, il y a une courte période çà a duré un mois, si j'avais continué une semaine de plus , je l'aurai été . La mutation psychologique et physique impactera sensiblement son art . Désormais , il sera H.F. Thiéfaine sur les pochettes de ces disques et affiches . Fine lame, le bougre à commencé sa transformation en se rasant la moustache comme pour de débarrasser d'un poids symbolique. Tout d'abord il y a cette pochette, signé Maxime Ruiz à partir des indications graphiques fournie par Thiéfaine ; une gamine de trois ou quatre ans maquillée , cigarette au bec incarnant une michetonneuse dans un cloaque d'arrière cour avec une bouteille d'alcool à ses pieds; le ton est donné , l'album paraît en septembre 1981  " j'étais aux anges , parce que je faisais enfin du rock'n'roll , j'atteignais mon objectif, la musique que je voulais faire "  " Dernières balises " contient quatre titres devenues des classiques du répertoire de d' HFT " 113 cigarettes s'en dormir " Narcisse 81 , Mathématiques souterraines , Exil sur planète fantôme " fort de ce succès Hubert rempli l'Olympia le 3 mars 1981 . Le 13 Avril 1982 , Hubert remplit Bobino théâtre de prédilection de Brassens décédé six mois avant ou Ferré enregistra son mythique récital insurrectionnel  de 1969 . Dans la salle ce soir là , une jeune femme de vingt quatre ans son nom Francine Nicolas cette doctorante en droit social , deviendra la compagne de Thiéfaine, la mère de ses deux fils ( Hugo et Lucas ) et son efficace manager à la fin des années 1990 ; son écriture onirique qu'automatique , tout à été dit quand j'ai titré mon deuxième album " Autorisation de délirer)  "C'était clair , par mes études de psychologie, j'ai pu côtoyer un certain nombre de schizophrènes et j'étais émerveillés par leurs écritures délirantes, qui va puiser au fond de l'inconscient et qui ramène une partie du monstre qu'on a en nous ; et c'est pour çà que je m'intéresse beaucoup à la psychanalyse , au surréalisme, à tous ces courants qui nous aide à mieux nous connaître nous même ! "Le 28 janvier 1983 Hubert récolte au stand de son distributeur  Disc'Az son premier disque d'or pour " Soleil cherche futur " ( cent milles exemplaires vendus en deux mois )En 1984 quand l'album " Alambic sortie sud " sort dans les bacs , je n'ai pas pu faire la promotion pour des raisons de santé , la presse n'a pas compris ; je suis passé pour une diva mégalo bouffie d'orgueil tournant le dos au médias; ils aiment le pouvoir de fabriquer des gens; or moi ils ne peuvent plus me fabriquer , c'est le public qui m'a fait , je suis l'exception . Le 10 juillet 1985  HFT est convié à la Rochelle pour faire l'ouverture de la première édition du festival des Francofolies . A partir de l'automne HFT  écume la France dans le cadre d'une nouvelle tournée destinée  à défendre sur scène ( Alambic sortie sud ) en deux temps : Du 12 octobre au 29 novembre 1985, puis du 27 mars au 31 mai 1986 avec une halte au Printemps de Bourges le 1er Avril. En décembre 1987 , Hubert et Claude  entrent en studio pour donner vie à leurs ultimes créatures célestes , le disque finalisé en janvier  1988 son titre " Eros über ailes " Au début du mois de juillet 1990 , en compagnie de Tony Carbonare , il s'évade pour New-York pour retrouver une virginité  musicale auprès du producteur Barry Reynolds , globalement , cet enregistrement américain apparaît plus homogène , plus linéaire,  cet album à été réaliser en plein coeur de Manhattan, au bout du compte cet album se révèle un des disques les plus attachants  et les plus personnels du Jurassien , qui nous gratifie encore en abondance , de fulgurances dont il a le secret . Une longue tournée de cent deux dates démarre le 12 octobre 1990 pour s'achever en décembre 1991, dans un périple passant par la Suisse , Montréal  etc.... En juin 1992, Yves Bigot , journaliste alors rédacteur , le chef de l'émission musicale " Rapido "sympathise rapidement avec le Dolois, Bigot est un érudit rock , il parle le même langage qu' Hubert pendant l'automne ils décident d'enregistrer la suite : " Chroniques blues mentales " à Los Angeles , mais il y aura des tensions, l'enregistrement de ce dixième opus s'étale de juillet à août 1983 ; le tour 94 95 qui accompagne l'opus sorti en octobre 1993 s'étale du 10 Mai 1994 au 28 octobre 1995 . L'enregistrement de  "La tentation du Bonheur" s'effectue au prestigieux studio ICP de Bruxelles, il est réalisé par Phil Delive et Tony Carbonare pendant le printemps de l'été 1996 jusqu'au 24 juillet , le livret du disque s'ouvre sur cette citation de Léo Ferrer : Le bonheur ça n'est pas grand chose , c'est du chagrin qui se repose " L'enregistrement de l'album, lui se déroulera à proprement parler du 15 novembre  au  février  1998 . Le Bonheur de la tentation  atterrit dans les bacs en avril 1998 . Un autre maître de la chanson française artiste torturé dont l'œuvre  teinté de rythm' blues et de blues à beaucoup versé dans le surréalisme  également , se suicide le 13 août 1998 , Nino Ferrer , peintre mélancolique et créateur des impérissables " Le Sud" et la " Maison près de la fontaine" avait soixante trois ans ; Hubert avait noué , un très bon contact avec lui dix ans plus tôt , à l'occasion de " La Fête à Manu Dibango "aux Francofolies  de la Rochelle de 1988 . Les années  2000  vont être tout aussi remplis  d'albums à venir , le 19 mars 2001 seize jours après l'ouverture de son site internet officiel , paraît le treizième album studio  d'Hubert " Défloration 13 ... " le Dolois reste un amoureux éperdu des femmes, derrière les apparences que revêtent parfois ses textes " Un monde sans  femmes, sans féminité  surtout, c'est un monde qui serait invivable pour moi , la femme est la guerrière de ce qui est terrestre, tandis que les hommes sont un peu des oiseaux qui survolent la terre , ils sont un peu dans le rêve encore infantiles, alors que les femmes sont les maîtresses de la terre; ce sont elles qui dirigent le monde "Monolithe noir du rock  français, Hubert Félix Thiéfaine fascine et dérange depuis la nuit des temps giscardiens. En quarante ans et des poussières d'un parcours hors norme, des centaines de milliers d'admirateurs sont entré dans l'œuvre cabalistique du chanteur comme on entre en religion, dans la lumière vagabonde d'une poésie aussi lunaire que sacrée, d'encens rock aux rutilances de soleil noirs. 


samedi 10 septembre 2022

Les herbes de la Saint-Jean de Hélène Legrais




 De génération en génération sur les hauteurs du Mont Canigou on est mineur comme le père de Félicie ou forgeron ou muletier , les pieds dans la neige d'avril à novembre . Félicie grandit dans ce monde rude où tout tourne autour de la richesse locale de fer ; solitaire , rebelle, intelligente la jeune fille n'aime que sa montagne , où elle vas cueillir les plantes médicinales. Félicie faisait le trajet à pieds pour aller à l'école de Valmanya , les autres enfants de la Pinouse restaient en pension à l'hôtel Mayneris ou dans une famille de Valmanya pour Félicie cela faisait trois ans que la mère était partie , le père n'avait pas les moyens de la laisser chez des gens du village , le peu qu'il gagnait alors suffisait à peine à étancher sa soif . Mademoiselle Marguerite était l'institutrice , Félicie l'aimait beaucoup elle lui apportait des champignons cueillis dans sa montagne des coriolettes , elle l'aidait à enfiler avec une aiguille les champignons sur un fil , ensuite il fallait les accrocher en guirlandes sous le toit de l'appentis , puis au bout d'une semaine elle n'avait plus qu'à les décrocher , les coriolettes avaient suffisamment  ratatinées et durcies pour agrémenter un civet ou une omelette , préalablement jeter dans un bol rempli d'eau chaude  ou les champignons retrouvaient en un instant leurs moelleux et leurs onctuosité . Elle sursauta en entendant la voix rauque de son père s'élever de la paillasse sur laquelle il s'était effondré la veille au soir, ivre une fois de plus , il lui avait décocher un coup de poing dans les côtes quand elle lui avait pris sa bouteille et s'était débattu violement quand elle l'avait obligé à remonter l'escalier jusqu'au dortoir, mais ses coups étaient moins précis lorsqu'il avait bu  et elle savait s'y faire avec lui ;  c'était un miracle renouvelé tous les matins qu'importait la quantité de vin qu'il avait bu la veille; il repartait toujours au travail le lendemain frais comme un gardon, d'aplomb sur ses deux jambes et la main aussi sûre . Les galeries qu'il étayaient étaient réputées les plus sûres de la mine et aussi ses quarante ans qui lui permettaient de ne pas être mobilisé tandis que les plus jeunes partaient depuis août par trains entiers pour le front . L'institutrice pour la remercier lui offrit quatre rousquilles enveloppées dans un mouchoir immaculé ,elle les avait ramené d'Arles sur Tech ou elle avait passé les vacances chez ses parents , ces délicieux gâteaux à l'enrobage meringué parfumés à l'anis et au citron Marguerite en raffolait, mais Félicie les trouvait trop sucrés elle n'en remercia pas moins l'institutrice avec effusion, puis elle lui offrit un livre , les lettres dorés du titre sur la couverture rouge dansaient devant ses yeux " La Légende des siècles " Victor Hugo ; Félicie était heureuse de ce présent. Comme elle quittait la place pressée de retrouver la solitude de sa montagne , elle entendit Hep la fille ! elle n'avait pas besoin de se retourner pour reconnaître la Séraphine de Los Masos , celle là c'était la pire ,"t'as ce que tu m'a promis , t'as mes herbes ? elle se dandinait d'un pied sur l'autre , sa nervosité faisait ressortir les vilaines plaques d'un rouge vineux qui boursouflait son cou et ses joues flaques ; la Séraphine souffrait d'une maladie de la peau , c'est le jeune berger Arquez qui croisait souvent Félicie dans les sentiers et les coins de cèpes et de coscolls qui lui avait commander de préparer pour la vieille bigote une teinture à base d'herbes del  fetge qu'en français on appelait " hépatique" moyennant cinq sous ." Tu les as mes cinq sous, répondit Félicie sur le même ton." La Séraphine déposa à contre cœur une belle pièce blanche sur une pierre plate au bord du chemin  et s'éloigna Félicie empocha la pièce avec gravité et déposa à sa place, un petit flacon renfermant la teinture souveraine contre les maladies de peau .  "Apetit  ( attention ) tu dois t'en badigeonner le visage et le cou surtout pas le boire !"  "C'est du poison que tu me donne diablesse ! "en fixant le flacon d'un regard horrifié , c'est ma mort que tu veux, dis ? La vieille tremblait comme si la grande faucheuse elle même lui faisait face ; " Pas cette fois , la Fine Vella ! ( La vieille Fine ) Mais tu sais que si je veux ...La Séraphine s'empara du flacon et s'enfuit , l'index et l'annuaire tendus pour neutraliser les sortilèges de la sorcière. Alors Balthazar  tu rêve ? dit Félicie en voyant son ami; depuis le jour où il l'avait trouvé endormie derrière un rocher entouré de genêts où elle s était mise à l'abri de l'orage , son apparition de vagabond en guenilles à la barbe hirsute ne l'avait pas effrayée, elle l'avait accompagné jusqu'à Saint-Anne en nommant tout au long du chemin les plantes qu'elle connaissait , il l'avait corrigé deux ou trois fois , lui en avait appris d'autres , elle était comme lui , elle paraissait ne pas avoir d'attache , elle était revenue lui rendre visite, elle n'avait que sept ans, depuis la barbe de Balthazar avait blanchit  et Félicie avait appris sous sa direction , les secrets des herbes qui soignent ." Et où comptais tu aller après avoir effrayé cette pauvre folle !"  " Je monte au col, ils prirent ensemble le chemin en lacets qui conduisait à la Bastide par le col de la Palomera . "Je t'assure Balthazar ; il y  a des fois ou j'aimerai vivre en ermite , comme toi ! "On ne décide pas de devenir ermite à treize ans  fillette! on le deviens peu à peu, au fil du temps ." Puis ils se quittèrent , Félicie grimpait droit devant elle avec détermination, agrippant une racine , une touffe de bruyère ou une branche basse pour se hisser plus vite, elle savait exactement où elle allait; elle insinua sa main dans une crevasse profonde  creusé dans l'écorce d'un arbre , pour en retirer un petit sac de jute  grossièrement cousu , elle vida le contenu  sur une pierre plate et un flot de pièces s'en échappa, tous les sous et les centimes gagnés en effectuant de menu travaux , comme ramasser du bois pour le boulanger et en vendant aux uns et aux autres les herbes cueillis dans la montagne , et au milieu scintillait la belle et grosse pièce de cinq franc que Monsieur Legrand lui avait donné en échange de cèpes et des framboises qu'elle lui apportait dans des petits paniers en genêts tressés, elle y ajouta les cinq sous de la Séraphine. Le couteau s'abaissa et le couinement aigu du porc se termina en un gargouillement écœurant ; le sang gicla dans la bassine en zinc posée par terre , Louisette Martin , accroupie , les manches roulées au-dessus des coudes , plongea ses avant bras dans le liquide épais et fumant dans l'air glacé, qu'elle remuait pour l'empêcher de coagulé ; Lucien Marie tenait ferment la bête par les oreilles , l'animal se débattait de toute ses forces de ses cent vingt kilos . Avant la guerre , on faisait appel au mataïre qui montait de Joch avec tout son attirail à la lune vieille parce que la viande se conserverait mieux , il restait à Valmanya toute une semaine dans une maison différente, mais depuis la mobilisation le mataïre était partis au front . Chaque fin novembre Félicie venait chez les Payé pour la montaça , on la tolérait ; Louisette avait l'air contente de la voir , d'ordinaire on avait plutôt tendance à l'ignorer ; " Ne reste pas dans ton coin , viens t'assoir à table elle posa devant Félicie une assiette en faïence un peu ébréchée , elle versa dans l'assiette la soupe à l'orge perlée dans laquelle avait cuit une épaule de porc bien grasse , Félicie n'attendit pas que la soupe refroidisse , elle entreprit de la manger rapidement sous l'œil béat des trois femmes , sait t'on jamais si elles changeaient d'avis ? Mais ses hôtesses avaient maintenant  hâte  de la voir quitter les lieux , on lui glissa deux de ses bynols  afin de bien lui montrer que son repas était terminé , Félicie se leva , la bouche pleine , elle ne quitta pas la pièce , tout en mordant à belles dents dans un beignet, elle alla se planter ostensiblement  devant le plus grand plat posé sur la table où s'étageaient bien rangés en arc de cercle les premiers boudins sortis de la marmite ; la mère Payé comprit le message , avec un soupir excédé, elle en saisit trois quelle lui mis de force dans les mains , Félicie n'en demandait pas plus  elle les mis dans son sac , remercia d'un signe de tête et s'en fut , digne et satisfaite. Trois c'était plus qu'elle espérait , il y en aurait un pour elle, un pour son père et il en resterait un pour Balthazar . Enfin , la voilà partie, ce n'est pas trop tôt ! Parole elle fait froid dans le dos , cette Félicie , ce n'est pas que je crois à toutes ces balivernes que racontent la Séraphine et ses pareilles, mais il faut reconnaître que cette gamine est étrange, particulière, toujours là , silencieuse dans son coin, à guetter chacun de vos mouvements sans avoir l'air, cela dit , pour une fois elle tombait à pic dans la cuisine : la mère Maynègre  avec ses beignets, la pauvre, je ne sais pas ce qu'on en aurait fait , la padrina  Payé et moi Comme quoi , même une enfant de la lune comme Félicie peut avoir son utilité, ma foi , une assiette de soupe et trois boudins ce n'est pas cher payé le service quelle nous à rendu ! Il faut bien que chacun vive et cette petite ne mange pas toujours à sa faim, si on en croit le cousin Marc, il faut dire que ce n'est pas son soiffard de père qui peut s'occuper d'elle! La gamine ne lui ressemble pas du tout , peut-être tient elle de sa mère ? Pas dans son goût , pour se faufiler partout en tout cas , je crois que le peu qu'elle à vécu à la Pinouse , je n'ai jamais vu la femme de Polyte au village ; je serai même incapable de dire à quoi elle ressemblait ? Finalement , la Félicie pourrait aussi bien ne pas avoir de parents du tout , cela ne changerait pas grand chose !Mais qu'est ce que je suis en train de radoter , moi ? Louisette ma fille , arrête de rêvasser ! Les hommes en ont fini avec la carcasse et ils sont affamés . si je ne veux pas me faire attraper par la sogra ( Belle Mère ) je ferais bien de mettre la table pour servir le repas de la matança.  Par chance , Monsieur Legrand faisait de plus en plus appel à Félicie pour l'aider dans ses calculs ou ses mesures, il lui confiait aussi de temps à autre la distribution  du carbure pour les lampes à l'entrées des équipes dans les galeries , quand il n'avait pas besoin d'elle , elle se joignait aux autres femmes pour trier et récupérer le minerai mélangé au rocher et à la terre qu'on extrayait sur les bords du filon . Abe se risquait à venir traîner autour de leurs jupes , il était aussitôt assailli de tant d'œillades et de roucoulades qu'il ne songeait plus à l'importuner , du moins pour le moment. La Saint Jean avait toujours été la fête préférée de Félicie , elle aimait la danse des flammes dévorant le bûcher auquel on mettait le feu pour célébrer la lumière en cette nuit de solstice d'été la plus courte de l'année . Une fois l'an , en cette nuit des feux , le ciel et les hommes étaient en harmonie ; du moins , ils auraient dû l'être , mais l'ombre de la guerre qui grondait au loin s'interposait entre eux, à coup de larmes, de prières et de voiles de deuil . Demain ils seraient sans doute plus nombreux que d'habitude à prendre tôt le matin , le chemin de Baillestavy ou le vieux Louis Paret , le curé de Rigarda célèbrerait l'office de la Saint-Jean . La tradition voulait qu'on profite de cette nuit magique pour aller cueillir certaines plantes porte-bonheur , réunies en un bouquet , le ramellet , confectionné suivant un rituel immuable ,ces herbes étaient ensuite accrochées au-dessus de la porte de chaque maison afin d'assurer santé et bonheur pour toute l'année ; à la Saint-Jean suivante on décrochait le ramellet séché pour le lancer dans les flammes du feu de joie . Félicie s'en fut derrière la grange des Pacall chercher la vieille couverture dont elle avait envelopper les branchettes de noyer , celui-ci déposé en croix servait seulement de support aux plantes magiques . Il suffisait que les feuilles soient bien brillantes et vertes, c'était plus joli , le jaune millepertuis, l'orpin l'herbe de vie et de mort , la camomille blanche et l'immortelle qu'on appelait aussi herbe de la Saint-Pierre , les plantes qui constituaient le coeur du ramellet .Elle aurait dû l'entendre , dans la neige , les pas crissaient , il avait dû sortir plus tôt pour que les flocons recouvrent la trace de ses pas ; elle était furieuse après elle même, n'avait elle pas été présomptueuse de croire qu'elle pourrait le tenir à distance , comme les autres !Grâce à son père , elle savait tenir à distance les ivrognes et , naïvement , elle pensait contrôler la situation , elle n'avait rien vu venir ; la neige brûlait ses jambes nues sous sa jupe , il respirait fort, haletant ,elle étouffait , le rocher meurtrissait ses épaules à travers son chandail, il n'avait toujours pas dis un mot, la jupe se déchira avec un bruit sec et il glissa un genou entre ses jambes pour la forcer à les ouvrir, l'homme appuie son avant-bras sur sa gorge pour l'immobiliser en gardant une main libre , elle suffoque , des tâches rouges dansent devant ses yeux, l'homme s'agite au-dessus d'elle, il agrippe ses fesses , laboure son ventre, l'homme s'agite toujours par soubresauts tel un sanglier, elle manque d'air ,elle est ailleurs , elle l'entend , mais ne sent plus rien, elle n'est pas là, sa vue se brouille, une douleur acide, aigue , comme une coupure de rasoir, la ramène à la réalité, le membre dur de l'homme l'a transpercé comme un épieu, il recule pour prendre son élan, s'enfoncer plus profond et relâche la pression de son avant-bras, elle se laisse glisser sur le côté, ses doigts tâtonnent , rencontrent l'arête  d'une pierre , sa main se ferme , elle frappe de toutes ses forces, les yeux fermés , le sang jaillit éclabousse son visage, elle peut à nouveau respirer , écroulé dans la neige , il pressait ses mains ensanglantées sur son crâne . Elle entortille comme elle peut les morceaux de sa jupe autour de ses hanches et s'enfuit en serrant toujours la pierre tâché de sang  dans ses poings fermés  trébuchant à chaque pas elle se traîne jusqu'au torrent . Chaque fibre de son corps lui faisait mal , elle était épuisée comme si elle avait couru des heures dans la montagne, pendant de longues minutes , elle frotta ,frotta encore jusqu'à que sa peau rougisse à vif ; le sang et la semence mêlés étaient partis au fil de l'eau, elle frottait toujours. Au prix d'un énorme effort , elle s'obligea à se mettre debout , elle avait besoin de ses herbes pour calmer la brûlure qui dévorait son ventre et éviter toute conséquence funeste elles soignaient aussi bien les coliques que les vertiges , les palpitations, les rhumatismes ou les maladie de peau suivant qu'on les utilisaient en infusion ou en décoction ou qu'on en extrayait l'huile ; mais cette fois c'était à leurs propriétés abortives que Félicie entendait faire appel . En avait -elle vu pleurer, des imprudentes qui la suppliaient de les débarrasser du souvenir encombrant d'une nuit de fièvre et d'abandon ! Mais jamais elle n'aurait cru être un jour obligée d'utiliser ses talents sur elle même. Elle avait fait infuser les feuilles de rue ,et elle avait tout bu , la fièvre était venue , puis le sang,  tantôt elle brûlait ,dégoulinait de sueur, tantôt elle grelotait , puis le quatrième jour, la fièvre était tombée, elle mourait de faim, enfin elle sortit de sa cachette . Puis un soir ,elle les vit apparaître , chancelant à la lisière du bosquet des pins , comme à l'accoutumée , Abe soutenait le père qui parvenait difficilement à mettre un pied devant l'autre ; Félicie ne s'était jamais sentie aussi calme, elle dégrafa un bouton de sa chemise afin de dévoilé la naissance de ses seins, puis elle entreprit de défaire sa natte, puis elle attendit, un léger grincement familier de la porte, un pas lourd , un peu traînant qui remonte vers elle, Abe en tient une bonne ce soir , tant mieux! Elle attends qu'il arrive à sa hauteur pour lancer dans ses jambes un caillou ,il atteint son genou et le fait trébucher ce faisant il pivote , aperçoit Félicie , elle le laisse s'approcher , puis s'enfuit , il part à sa poursuite, "Tu y as pris goût , hein , petite allumeuse, tu en redemandes ; de volte face en reculade, elle l'entraîne mètre par mètre vers le terminal du câble aérien , sobre , il se méfierait , mais l' alcool , le désir brouillent son esprit, il suit , encore un effort mon bonhomme on y est presque, il arrive près du trou maçonné profond d'une quinzaine de mètres, il est passé devant elle sans la voir, elle bondit, pousse de toutes ses forces , les paumes bien à plat, au niveau des reins ; Abe lance un cri inarticulé comme étonné, puis un choc sourd dont l'écho se prolonge le long des parois cimentées, et plus rien ....Félicie attends , elle retiens son souffle, elle fouille dans la ceinture de son pantalon à la recherche du ramellet qu'elle à confectionné en prévision de ce moment, elle le jette dans le trou , "Bonheur et longue vie à toi , sale punaise !"Ils mirent trois jours à retrouver le corps  lorsque la civière remonta  Marty intrigué par quelques feuilles séchées dans l'ouverture de sa chemise , tira délicatement dessus ;" un ramellet s'exclama t-il , il n'est même pas complet il manque l'immortelle et l'orpin , l'herbe de vie ".Laissant pour une fois ses compatriotes s'éloigner sans lui, un des chinois s'attardait près du ponton, c'était un des jeunes immobile dans ses vêtements de travail de courtil bleu, le visage impassible , il fixa Félicie un moment en silence avant de se détourné et de rejoindre les 
autres Il sait ....Il s'appelait Luc , un prénom inattendu pour quelqu'un qui venait de si loin, les premiers jours, elle était persuadée qu'il attendait l'occasion de la dénoncer, peut-être avait-il du mal avec la langue française . A force d'observer ainsi le jeune chinois ,  à la dérobée , la crainte qu'il avait pu inspirée à Félicie s'était peu à peu transformer en curiosité. Il aimait lui aussi marcher seul dans la montagne, mais qu'allait il  y  faire ? Il portait sur son épaule un sac de toile . Il avait parlé sans se retourner " Votre position ne doit pas être très confortable , vous devriez venir vous assoir ici , la vue est magnifique" comment l'avait-il repérée ? c'était la première fois qu'elle entendait sa voix et la surprise la cloua un instant sur place : il s'exprimait dans un français très correct . Il dessinait pas avec des crayons , mais avec un pinceau mouillé qu'il frottait contre une pierre sombre , d'une dernière caresse de son pinceau , le chinois ombra délicatement un versant de la montagne , souffla dessus pour sécher l'eau  puis tendit le dessin à Félicie , émue de ce cadeau inattendu . "Vous vous appelez vraiment Luc ? ce n'est pas un nom très oriental ; " " Mon vrai nom est Liu , mes parents étaient pauvres , et ils m'ont confié à la Mission pour que j'ai une éducation; lorsqu'ils m'ont baptisé , ils ont changé une lettre et je suis devenu Luc . Les jours suivant le plafond d'une galerie s'était écroulé sur la tête des ouvriers de la mine , il fallait faire vite, ils sont peut-être évanouis, mais si on ne dégage pas vite, ils vont mourir de leurs blessures, ou par asphyxie ,les éboulis ne recouvrent pas entièrement l'ouverture , il reste sur le côté un petit espace vide , le problème est qu'il est vraiment très étroit . "Moi , je veux bien essayer, Luc se porta volontaire , mais un , cela ne suffira pas , intervint Marti le chef mineur , Luc désigna du doigt Félicie , elle peut venir avec moi, tous deux descendirent au fond et réussirent à faire remonter un blessé , l'autre était décédé . Félicie se réveilla en sursaut , elle n'aurait su dire exactement ce qui l'avait tiré brutalement de son sommeil , un bruit , un grondement lointain , se penchant à la fenêtre , elle vit l'ingénieur et Marti en grande discussion "Il n'y a pas de quoi s'inquiéter : la ligne téléphonique  doit être coupée voilà tout , avec ce qui est tombé ces derniers jours...et de la neige mouillée lourde en plus .Puis on su ce que Félicie avait entendu une avalanche , il fallut plus de deux heures pour percer l'amas de neige , par endroits la glace mêlée de branchages et de pierres était dure comme du béton . La paysage était méconnaissable , plus d'arbres plus de rochers, plus de torrent bondissant de sa ravine . Le bâtiment de pierre à trois étages , abritant les ateliers au rez-de-chaussée et au premier et les familles sous les toits, il n'était plus là ; il était cinq heures , l'avalanche venait de rendre sa première victime . Luc avait il entendu la mort arriver , quel Dieu cruel l'avait-il fait venir d'aussi loin pour çà ? Malgré la couverture elle se sentait glacée de l'intérieur , elle y passerait des jours, des semaines s'il le fallait , mais elle le trouverait et le ramènerait au jour .Traînant sa couverture après elle , elle s'approcha de la fenêtre , Monsieur Legrand rentrait à son tour , seul , accablé il leva la tête et l'aperçut ,il lui fit signe d'ouvrir la fenêtre :"Monsieur Voisin va demander de l'aide à l'armée , puisque la Pinouse est sous administration militaire nous devrions avoir un renfort d'une centaine d'hommes pour continuer les recherches et dégagée la voix ferrée . Comme elle se détournait pour aller se coucher , elle vit une petite lumière tourné le coin de la cantine , ils étaient deux , un mince et l'autre plus râblé; elle n'eût pas conscience de pousser un cri , mais l'instant d'après , elle dévalait l'escalier comme une folle , elle courait dans la neige vers la lumière qui grandissait au bout du sentier, elle se jeta au cou de Luc et dans le même élan plaqua ses lèvres sur les siennes glacées mais délicieusement vivantes. Luc avait passé la nuit bien au chaud à Rapaloum , en l'envoyant malgré le mauvais temps apporter un repas chaud au gardien de la gare de l'arrivée du câble aérien, le chef d'atelier lui avait sauvé la vie . Ce fut le mariage  le plus étonnant , le plus étrange qu'on ai vu de mémoire d'homme dans la vallée de la Lentilla et même peut-être dans tout le massif du Canigou. Pensez " la fille" la sauvageonne , la sorcière épousait un ouvrier Chinois une "face de citron" c'était un évènement à ne pas manquer !Elle avait elle même confectionner son bouquet de mariée avec du noyer , de l'orpin , du millepertuis , de la camomille et des immortelles ; un énorme ramellet de la Saint-Jean pour connaître le bonheur toute une vie durant.    


Les mines de la Pinouse fermèrent définitivement leurs portes dans les années trente, victimes du retour dans l'industrie française du minerai de fer lorrain , de moins bonne qualité mais plus rentable. Durant la Seconde Guerre Mondiale , les bâtiments abandonnés servirent de refuge au maquis Henri-Barbusse. Dans les tout premiers jours d'août 1944, lors d'une grande opération concertée entre l'armée allemande et la milice pour en finir avec les maquisards, Julien Panchot, leur chef , qui couvrait leur fuite , fut capturé et fusillé contre le mur de la cantine où les impacts de balles sont encore visibles . Valmanya , qui ravitaillait la Résistance fut brûlé et détruit. Quatre de ses habitants qui n'avaient pas pris la fuite , furent exécutés. Le village martyr, qui dut être entièrement reconstruit , fut décoré de la croix de guerre avec étoile de vermeil en 1948.