vendredi 4 novembre 2022

HF Thiefaine Animal en Quarantaine de Sébastien Bataille


 


C'est le parcours artistique et des morceaux de vie d 'Hubert Félix  Thiéfaine que nous racontent ici  l'auteur de ce livre . Le savoir plus sur la concention des pochettes , l'influence du bain social et culturel de chaque époque sur l'œuvre, le regard du créateur sur le monde qu'il l'entoure , notamment à travers ses voyages, son ressenti sur les grands évènements ayant jalonné sa discographie ( qui a vu passer six présidents de la République ) etc. ... Hubert Félix Thiéfaine ne fait rien comme les autres , c'est à dire comme les assis ralliés par Rimbaud, ces bureaucrates qui savent , disent pour tout le monde , mais se trompent . Hubert lui marche à contre courant . Ce "prénom" Hubert Félix , le prédestinait à la différenciation . Dans une époque où tout doit" faire sens " Thiéfaine livre ainsi des chansons à la poésie cryptée, surréaliste  dont le succès dépasse l'entendement. Son humour et son romantisme noir , ainsi que sa mélancolie , agissent comme un baume dans le coeur des foules , exposées habituellement à la mièvrerie ectoplasmique du show-biz. Enfant du baby boom, Hubert Félix Thiéfaine est un pur produit de l'ancien monde, du terroir de la France, avant dernier rejeton d'une fratrie qui comptera six enfants , quatre garçons et deux filles , le nouveau né Hubert Félix  Gérard pousse ainsi son premier coup de gueule à Dole le 21 juillet 1948 à 3 heures du matin en pleine Franche-Comté entouré de Maurice, son père parisien, ouvrier typographe dans une usine d'étiquetage où il officiera pendant quarante ans et Alice sa mère native de Saint-Amour dans le Jura, mère au foyer . A l'âge de dix ans Hubert Félix se pose beaucoup de questions à quoi servait la vie ? Il n'aimait ni l'école ni l'existence, très tôt il a commencé à être désespéré . Il fait l'école de musique à Dole à la fin des années 50 , c'était une très vielle dame  qui nous faisais solfier pendant une heure; je suis sorti dégouté de ses cours en disant ," je ne veut plus entendre parler de musique" Hubert arrive à la rentrée de septembre 1961 au petit séminaire où il serra les dents et étudie assidûment les humanités, envisage un temps une vocation de prêtre , sur les traces de l'un de ses oncle chanoine , les deux cents élèves sont encadrés par vingt professeurs ; l'idée de les faire parler le latin et le grec ancien couramment  comme s'ils se destinaient tous à devenir pape ou archevêque . En classe de cinquième , l'élève déclament des rengaines dans la cour de récré, pour faire rigoler les copains. L'expérience lui offre son premier public avec déjà des rimes encolérées traduisant sa hargne du système pénitentiaire . "J'ai commencé à écrire quand j'avais douze ans parce qu'on m'interdisait de parler . le souffle de liberté des années 1960 contaminent aussi la campagne Franc-Comtoise  porté la fraîcheur insolente d'une jeunesse revigorée par la culture anglo-saxonne . La départ du petit séminaire marque le retour à Dole chez les jésuites cette fois-ci pour la rentrée des classes de première au lycée Notre Dame de Mont Roland "Contrairement à ce que l'on pense , les jésuites étaient beaucoup plus laxistes  que les curés du petit séminaire, chez les jésuites  j'ai vécu deux trois années superbes, ils avaient vingt ans d'avance sur le laïque à l'époque. La structure même des études était faite pour qu'on puisse évoluer dans ce qu'on aimait , en plus j'étais externe , il y avait les copines qui nous attendaient à la sortie, on commençait à laisser pousser les cheveux longs et on chantait " Satisfaction". " En 1967 sous la pression d'un copain je m'inscrit à un radio crochet ou je finit deuxième ". Enfin externe , Hubert profite pour se perfectionner à la guitare  s'essaye même à l'écriture ( pièce de théâtre, poèmes, romans ) L'artiste en herbe monte son groupe et compose ainsi de nouveaux morceaux aux titres parfois très hippies ( Bain de minuit, Dans le gange à Bénarès . ) L'autre connexion déterminante se produit en la personne d'un jeune du quartier fréquentant le même lycée , Claude Mairet , guitariste doué avec lequel il partage le même goût de l'errance psychédélique , au son du Chicago Blues des années 1950, des Kings  Yardbirds , Them, Animals et surtout du Dylan , dont le double album Blonde ou Blonde fera longtemps office de table des lois blues rock pour le Jurassien. Il y avait ces sonorités anglaise qui m'interpellaient . Je n'étais pas le seul, je pense qu'à l'époque , il y en avaient beaucoup qui écoutaient Bob Dylan sans trop comprendre ce qu'il pouvait dire . Mais je sentais, par-delà l'émotion dans la voix , qu'il avait une profondeur là dedans , il y avait du mystère et j'essayai à mon tour de créer ce rendu. Toute démarche artistique doit être rempli de mystère. Ce qui m'énerve aujourd'hui, c'est qu'on veuille tout démystifier , on veut tout enlever, tout expliquer et je trouve çà assez pénible. Moi j'ai besoin de mystère; je suis intéressé par l'inconnu , par le futur; je cherche même parfois à mettre un voile , non pas pour cacher les choses , mais les rendre plus attirantes par ce côté mystérieux. Seulement , pédalant dans les nuages de l'insouciance , des choses de la vie , et de la traduction et adaptation des standards de ces modèles anglo- saxons dont Woody Guthrie , Hubert écrit une chanson qui marquera son répertoire ( " Je t'en remets au vent" ) rate son bac et doit redoubler sa terminale, Mairet lui obtient le diplôme et part étudier à Dijon. Les deux musiciens se retrouveront plus tard . Enfin bachelier ,  Hubert s'inscrit à la fac de droit de Besançon , sans conviction , un moyen surtout de retarder le service militaire, il a été jugé apte mais en sera exempté comme beaucoup de sursitaires de la classe 68 et d'obtenir une bourse pour vivoter en continuant à écrire des chansons dont il envoie déjà des maquettes guitare voix aux maisons de disques. Spectateur de Mai 68 , l'étudiant âgé de dix neuf ans  assiste aux évènements comme Ferré regarde passer les vaches incrédules . Mais faut pas déconner ! Qu'est ce que c'était  Mai 68 ?  Des fils de bourgeois qui tout à coup , parce que c'était la mode , se sont mis à défiler dans la rue et à se dire anarchistes . Les conséquences des manifestations et des blocages estudiantins renforceront son aversion pour ce trou d'air historique. En effet , touché par les grèves, l'usine de son père finira par mettre les chefs sous la porte. Maurice partira alors en retraite anticipée " J'avais mon père en 68 au chômage, et dans les quartiers ouvriers dans lequel vivaient mes parents , je voyais des gens parler de guerre civile , et en souffrir, et commencer à manger à la tétine de la vache et à ne plus fumer du tout, ce qui rendait les hommes nerveux, parce que l'on ne trouvait plus de tabac. Sauf que bizarrement , les fils de bourgeois qui se prenaient pour de grands révolutionnaires, eux ne pouvaient pas aligner deux phrases sans tirer sur une cigarette. Donc  Mai 68 je l'ai vu comme un truc de bourgeois qui voulaient la télévision en couleur et le départ de De Gaulle. En tout , Hubert s'inscrira deux ans en droit pour la forme , 1968 1969 et 1969 1970 arrêtant cette dernière en milieu d'années , pour basculer en lettres département psychologie , ou il restera jusqu'en 1971. Autant de périodes pendant lesquelles; il ne se rend quasiment jamais en cours , affairés sur ses nouvelles compositions dont les premières montures de " 113 cigarettes sans dormir "et  Le Chant du fou "dans la même journée  Psychanalyse du singe "Surtout , la mésaventure d'un ami incarcéré pour une histoire de marijuana lui inspire une petite chanson pour faire rire les copains écrite en dix minutes" La  Fille du coupeur de joints"  J'ai des souvenirs très fort du mois de juillet 1969 , c'est le 21 de ce mois que j'ai eu vingt et un ans ( qui était alors l'âge de la majorité )cette nuit là , à l'heure de ma naissance , le premier homme marcha sur la Lune ... Un autre évènement , survenu le 3 juillet me marquera la mort de Brian Jones , ange déchu des Rolling Stones , la même année Hubert assiste pour la première fois de sa vie à un récital de Léo Ferré , il rencontre en novembre par l'intermédiaire d'une amie commune Charles Bronssen , qui l'assistera longtemps dans son processus créatif. Le 2 février 1970 , Hubert assiste au concert des Pink Floyd donné au palais des sports de Lyon . Pendant l'été , Hubert enchaîne les petits boulots: terrassier , puis intérimaire dans une usine de vinaigre . Avec sa paye , il rejoint la Grande Bretagne avec des amis pour assister à la troisième édition du festival de l'île de Wight qui se tient du 26 au 31 août . Les Doors , les Who, les Moody Blues , Jimi Hendrix , Miles Davis et bien d'autres figures légendaires, aujourd'hui au panthéon du classic rock  tiennent l'affiche . Pendant l'automne 1971 , il travaille comme ouvrier agricole dans la Drôme  ruminant ces rêves d'exil artistique. Accompagné de Mairet , il assiste à Dole à un concert de Tony Carbonavre et son groupe Iris , à l'issus de la soirée Tony propose à Hubert de venir enregistrer des maquettes chez lui à Sochaux où il travaille pour Peugeot en qualité d'informaticien , car le résultat des démos mise en boîte dont " Je t'en remet au vent " et "Le Chant du fou " se révèle peu probant . Il débarque dans la capitale le 17 novembre 1971, par le train de 17h17, sac à dos et guitare en bandoulière, pour tout repère, le nom d'un contact griffonné sur un bout de papier ; mais lorsque Thiéfaine se présente au point de chute, du côté de Bastille , l'individu en question ne lui inspire aucune confiance. Il décide alors de se rabattre sur son plan B : l'appartement d'un copain logeant au 11  rue des Trois Frères, mais celui-ci est absent : Dépité , le baroudeur passe alors sa première nuit à Barbès d'un Chelsea Hôtel et sa légendaire fauve interlope, il assiste à d'étranges va et vient dans les couloirs notamment des hommes poursuivant des prostitués avec des rasoirs. Finalement, de retour chez lui son pote accepte de l'héberger , pendant plusieurs semaines Hubert dort dans un sac de couchage, il enchaîne alors une myriade de petits boulots pour essayer de s'en sortir : démarchage à domicile pour vendre des encyclopédies , distributions de prospectus et d'échantillons de café. Il n'ose plus passer d'audition après deux tentatives ratées: les mecs se sont foutus de ma gueule , déjà il fallait des K7, il fallait des bandes , moi je me pointais avec ma guitare je leur disais " Ecoutez , comme je chante bien ". Mais un mois seulement après son arrivée à Paris , il doit se rendre d'urgence au chevet de sa mère mourante , hospitalisée à Dijon. " J'ai veillé ma mère la nuit , je ne voulais pas dormir, on l' accompagnée avec mes frères et sœurs jusqu'au bout . Je déteste Noël parce qu'une année le père Noël m'a offert comme cadeau ma mère dans un cercueil .  Après son  enterrement , j'ai eu envie de continuer, je voulais juste vivre de la musique . Je suis retourné à Paris pour tenter ma chance en cabaret . "Je t'en remet au vent " est la seule chanson du catalogue officiel de son fils qu'Alice  aura entendu, raison pour laquelle ce morceau revêt depuis une dimension affective particulière pour lui . Dévasté, démuni, le jeune homme de vingt trois ans cherche toujours sa voie et multiplie les itinérances ( garçon de cuisine dans un restaurent Suisse, emploi d'animateur stagiaire à Ecouen ( Val d'Oise ) puis intègre une organisation réunissant des individus libertaires- libertins et très répandu à cette époque ou les baba cool utopistes tiennent le haut du pavé de la société post-soixante-huitarde , le Jurassien entame une nouvelle expérience en compagnie d'une dizaines de personnes, vaguement artistes sur place il ébauche plusieurs compositions dont " L'ascenseur de 22h43" et " L'Agence des amants de Madame Müller". En mai , le groupe migre du côté de Melun dans une bastide, le Rodoron , aménagée depuis 1953 en centre international d'accueil de groupes de personnes et de marginaux en libertés surveillée. A la fin de l'année 1973, Thiéfaine prends une décision capitale et courageuse il décide d'arrêter tous les petits boulots et de ne plus se consacrer qu'à la chanson, il réussit à décrocher des passages le soir dans les cabarets "Je ne sais pas où loger, je n'ai pas vraiment à bouffer alors je m'annihile dans l'écriture" Mes rares passages en cabarets ne me permettaient pas de manger à ma faim et malgré l'aide de certains mécènes qui parfois m'hébergeaient , je me suis retrouvé malade avec des glandions gros comme des œufs à l'aine et aux aisselles. On me diagnostiqua une insuffisance pondérale et des carences en protéines, vitamines, sels minéraux. Hubert qui refuse de pointer au chômage par orgueil prends donc sa débroussailleuse acoustique, sa chère gratte Gordini et trouve finalement refuge au coeur d'une Maison pour Tous , le Pékin pendant l'été 1974 son fondateur Jack Messy. Cette énergie du désespoir bétonne sa survie, suspendue à ces trois passages hebdomadaires de vingt minutes sur scène du Pékin réénumérés chacun 20 francs et une bière : Le cabaret m'a vraiment aidés, je sentais les failles , ce qu'il manquait pour être vraiment à ce que je voulais. Le Pékin organise sa salve de sortie, la mort dans l'âme ! Le 31 mars 1976 , la soirée clôture du cabaret réunie une trentaine d'artistes. Lhomme à la Gordini à franchi un nouveau cap dans ses pérégrinations mentales : s'il continu de tourné de-ci de-là dans les MJC avec son récital " Comme un chien fou dans un cimetière" qu'il trimballe depuis 1973, il a désormais en tête d'enregistrer un disque , étant donné que le codirecteur de l' Olympia, Jean Michel Boris, l'a encouragé dans ce sens lors d'une rencontre informelle. Les maquettes enregistrées avec Carbonare prennent peu à peu des allures de petites bombes artisanales, même si les portes de maisons de disques leurs résistent encore. Ces démos plus abouties bénéficient en effet de l'apport des musiciens du nouveau groupe de Tony , Machin ; l'organisation de la " troupe" se décline ainsi en trois schémas possibles: Thiéfaine guitare voix , Machin seul, le pack Thiéfaine , Machin, doublement attractif dans les salles. Les dates commencent, permettent aux groupes de plus en plus , seront l'électron libre sur scène, en plus d'asseoir sa propre notoriété. Porté par son succès d'estime , le désormais quatuor folkeux publie en 1977 un deuxième album, tout folkant , puis un troisième l'année suivante " Râles folk "dans ce laps de temps , les opportunités s'enchaîne pour Hubert : une Bordelaise particulièrement active dans le milieu associatif girondin Béatrice Faye, l'héberge et lui trouve des concerts à l'aide de ses réseaux . Le premier album d'Hubert Félix Thiéfaine paraît en janvier 1978 chez Festival , label de Musidisc  avec ce premier album il a enfin sa carte de visite, "les morceaux de tout corps vivants " au nombre de onze , sont tous signés du Dolois ( paroles et musiques ) ont été enregistré avec la joyeuse équipe de Machin. En cette année 1979 , l'artiste évolue sur une pente ascendante sans retour . Nouvelle marque de prescience troublante , il avait intitulé l'un des titres de son album " Dernière station  avant l'autoroute "Autorisation de délirer " s'écoule à six milles exemplaires le double des ventes du premier 33 tours. Le 1er Avril 1980 après un mois de mars chargé ou il alterne les concerts; Hubert est sous influence éthylique pendant cette période. Un maudit blues l'accompagne qui s'en balance . Les drogues on en parle même pas " A l'époque , je prenais pas mal de dopes , j'avais des sortes de visions, je travaillais sur " Dernières balise ... qui à une écriture junkie; mais je n'ai jamais été junkie, il y a une courte période çà a duré un mois, si j'avais continué une semaine de plus , je l'aurai été . La mutation psychologique et physique impactera sensiblement son art . Désormais , il sera H.F. Thiéfaine sur les pochettes de ces disques et affiches . Fine lame, le bougre à commencé sa transformation en se rasant la moustache comme pour de débarrasser d'un poids symbolique. Tout d'abord il y a cette pochette, signé Maxime Ruiz à partir des indications graphiques fournie par Thiéfaine ; une gamine de trois ou quatre ans maquillée , cigarette au bec incarnant une michetonneuse dans un cloaque d'arrière cour avec une bouteille d'alcool à ses pieds; le ton est donné , l'album paraît en septembre 1981  " j'étais aux anges , parce que je faisais enfin du rock'n'roll , j'atteignais mon objectif, la musique que je voulais faire "  " Dernières balises " contient quatre titres devenues des classiques du répertoire de d' HFT " 113 cigarettes s'en dormir " Narcisse 81 , Mathématiques souterraines , Exil sur planète fantôme " fort de ce succès Hubert rempli l'Olympia le 3 mars 1981 . Le 13 Avril 1982 , Hubert remplit Bobino théâtre de prédilection de Brassens décédé six mois avant ou Ferré enregistra son mythique récital insurrectionnel  de 1969 . Dans la salle ce soir là , une jeune femme de vingt quatre ans son nom Francine Nicolas cette doctorante en droit social , deviendra la compagne de Thiéfaine, la mère de ses deux fils ( Hugo et Lucas ) et son efficace manager à la fin des années 1990 ; son écriture onirique qu'automatique , tout à été dit quand j'ai titré mon deuxième album " Autorisation de délirer)  "C'était clair , par mes études de psychologie, j'ai pu côtoyer un certain nombre de schizophrènes et j'étais émerveillés par leurs écritures délirantes, qui va puiser au fond de l'inconscient et qui ramène une partie du monstre qu'on a en nous ; et c'est pour çà que je m'intéresse beaucoup à la psychanalyse , au surréalisme, à tous ces courants qui nous aide à mieux nous connaître nous même ! "Le 28 janvier 1983 Hubert récolte au stand de son distributeur  Disc'Az son premier disque d'or pour " Soleil cherche futur " ( cent milles exemplaires vendus en deux mois )En 1984 quand l'album " Alambic sortie sud " sort dans les bacs , je n'ai pas pu faire la promotion pour des raisons de santé , la presse n'a pas compris ; je suis passé pour une diva mégalo bouffie d'orgueil tournant le dos au médias; ils aiment le pouvoir de fabriquer des gens; or moi ils ne peuvent plus me fabriquer , c'est le public qui m'a fait , je suis l'exception . Le 10 juillet 1985  HFT est convié à la Rochelle pour faire l'ouverture de la première édition du festival des Francofolies . A partir de l'automne HFT  écume la France dans le cadre d'une nouvelle tournée destinée  à défendre sur scène ( Alambic sortie sud ) en deux temps : Du 12 octobre au 29 novembre 1985, puis du 27 mars au 31 mai 1986 avec une halte au Printemps de Bourges le 1er Avril. En décembre 1987 , Hubert et Claude  entrent en studio pour donner vie à leurs ultimes créatures célestes , le disque finalisé en janvier  1988 son titre " Eros über ailes " Au début du mois de juillet 1990 , en compagnie de Tony Carbonare , il s'évade pour New-York pour retrouver une virginité  musicale auprès du producteur Barry Reynolds , globalement , cet enregistrement américain apparaît plus homogène , plus linéaire,  cet album à été réaliser en plein coeur de Manhattan, au bout du compte cet album se révèle un des disques les plus attachants  et les plus personnels du Jurassien , qui nous gratifie encore en abondance , de fulgurances dont il a le secret . Une longue tournée de cent deux dates démarre le 12 octobre 1990 pour s'achever en décembre 1991, dans un périple passant par la Suisse , Montréal  etc.... En juin 1992, Yves Bigot , journaliste alors rédacteur , le chef de l'émission musicale " Rapido "sympathise rapidement avec le Dolois, Bigot est un érudit rock , il parle le même langage qu' Hubert pendant l'automne ils décident d'enregistrer la suite : " Chroniques blues mentales " à Los Angeles , mais il y aura des tensions, l'enregistrement de ce dixième opus s'étale de juillet à août 1983 ; le tour 94 95 qui accompagne l'opus sorti en octobre 1993 s'étale du 10 Mai 1994 au 28 octobre 1995 . L'enregistrement de  "La tentation du Bonheur" s'effectue au prestigieux studio ICP de Bruxelles, il est réalisé par Phil Delive et Tony Carbonare pendant le printemps de l'été 1996 jusqu'au 24 juillet , le livret du disque s'ouvre sur cette citation de Léo Ferrer : Le bonheur ça n'est pas grand chose , c'est du chagrin qui se repose " L'enregistrement de l'album, lui se déroulera à proprement parler du 15 novembre  au  février  1998 . Le Bonheur de la tentation  atterrit dans les bacs en avril 1998 . Un autre maître de la chanson française artiste torturé dont l'œuvre  teinté de rythm' blues et de blues à beaucoup versé dans le surréalisme  également , se suicide le 13 août 1998 , Nino Ferrer , peintre mélancolique et créateur des impérissables " Le Sud" et la " Maison près de la fontaine" avait soixante trois ans ; Hubert avait noué , un très bon contact avec lui dix ans plus tôt , à l'occasion de " La Fête à Manu Dibango "aux Francofolies  de la Rochelle de 1988 . Les années  2000  vont être tout aussi remplis  d'albums à venir , le 19 mars 2001 seize jours après l'ouverture de son site internet officiel , paraît le treizième album studio  d'Hubert " Défloration 13 ... " le Dolois reste un amoureux éperdu des femmes, derrière les apparences que revêtent parfois ses textes " Un monde sans  femmes, sans féminité  surtout, c'est un monde qui serait invivable pour moi , la femme est la guerrière de ce qui est terrestre, tandis que les hommes sont un peu des oiseaux qui survolent la terre , ils sont un peu dans le rêve encore infantiles, alors que les femmes sont les maîtresses de la terre; ce sont elles qui dirigent le monde "Monolithe noir du rock  français, Hubert Félix Thiéfaine fascine et dérange depuis la nuit des temps giscardiens. En quarante ans et des poussières d'un parcours hors norme, des centaines de milliers d'admirateurs sont entré dans l'œuvre cabalistique du chanteur comme on entre en religion, dans la lumière vagabonde d'une poésie aussi lunaire que sacrée, d'encens rock aux rutilances de soleil noirs. 


samedi 10 septembre 2022

Les herbes de la Saint-Jean de Hélène Legrais




 De génération en génération sur les hauteurs du Mont Canigou on est mineur comme le père de Félicie ou forgeron ou muletier , les pieds dans la neige d'avril à novembre . Félicie grandit dans ce monde rude où tout tourne autour de la richesse locale de fer ; solitaire , rebelle, intelligente la jeune fille n'aime que sa montagne , où elle vas cueillir les plantes médicinales. Félicie faisait le trajet à pieds pour aller à l'école de Valmanya , les autres enfants de la Pinouse restaient en pension à l'hôtel Mayneris ou dans une famille de Valmanya pour Félicie cela faisait trois ans que la mère était partie , le père n'avait pas les moyens de la laisser chez des gens du village , le peu qu'il gagnait alors suffisait à peine à étancher sa soif . Mademoiselle Marguerite était l'institutrice , Félicie l'aimait beaucoup elle lui apportait des champignons cueillis dans sa montagne des coriolettes , elle l'aidait à enfiler avec une aiguille les champignons sur un fil , ensuite il fallait les accrocher en guirlandes sous le toit de l'appentis , puis au bout d'une semaine elle n'avait plus qu'à les décrocher , les coriolettes avaient suffisamment  ratatinées et durcies pour agrémenter un civet ou une omelette , préalablement jeter dans un bol rempli d'eau chaude  ou les champignons retrouvaient en un instant leurs moelleux et leurs onctuosité . Elle sursauta en entendant la voix rauque de son père s'élever de la paillasse sur laquelle il s'était effondré la veille au soir, ivre une fois de plus , il lui avait décocher un coup de poing dans les côtes quand elle lui avait pris sa bouteille et s'était débattu violement quand elle l'avait obligé à remonter l'escalier jusqu'au dortoir, mais ses coups étaient moins précis lorsqu'il avait bu  et elle savait s'y faire avec lui ;  c'était un miracle renouvelé tous les matins qu'importait la quantité de vin qu'il avait bu la veille; il repartait toujours au travail le lendemain frais comme un gardon, d'aplomb sur ses deux jambes et la main aussi sûre . Les galeries qu'il étayaient étaient réputées les plus sûres de la mine et aussi ses quarante ans qui lui permettaient de ne pas être mobilisé tandis que les plus jeunes partaient depuis août par trains entiers pour le front . L'institutrice pour la remercier lui offrit quatre rousquilles enveloppées dans un mouchoir immaculé ,elle les avait ramené d'Arles sur Tech ou elle avait passé les vacances chez ses parents , ces délicieux gâteaux à l'enrobage meringué parfumés à l'anis et au citron Marguerite en raffolait, mais Félicie les trouvait trop sucrés elle n'en remercia pas moins l'institutrice avec effusion, puis elle lui offrit un livre , les lettres dorés du titre sur la couverture rouge dansaient devant ses yeux " La Légende des siècles " Victor Hugo ; Félicie était heureuse de ce présent. Comme elle quittait la place pressée de retrouver la solitude de sa montagne , elle entendit Hep la fille ! elle n'avait pas besoin de se retourner pour reconnaître la Séraphine de Los Masos , celle là c'était la pire ,"t'as ce que tu m'a promis , t'as mes herbes ? elle se dandinait d'un pied sur l'autre , sa nervosité faisait ressortir les vilaines plaques d'un rouge vineux qui boursouflait son cou et ses joues flaques ; la Séraphine souffrait d'une maladie de la peau , c'est le jeune berger Arquez qui croisait souvent Félicie dans les sentiers et les coins de cèpes et de coscolls qui lui avait commander de préparer pour la vieille bigote une teinture à base d'herbes del  fetge qu'en français on appelait " hépatique" moyennant cinq sous ." Tu les as mes cinq sous, répondit Félicie sur le même ton." La Séraphine déposa à contre cœur une belle pièce blanche sur une pierre plate au bord du chemin  et s'éloigna Félicie empocha la pièce avec gravité et déposa à sa place, un petit flacon renfermant la teinture souveraine contre les maladies de peau .  "Apetit  ( attention ) tu dois t'en badigeonner le visage et le cou surtout pas le boire !"  "C'est du poison que tu me donne diablesse ! "en fixant le flacon d'un regard horrifié , c'est ma mort que tu veux, dis ? La vieille tremblait comme si la grande faucheuse elle même lui faisait face ; " Pas cette fois , la Fine Vella ! ( La vieille Fine ) Mais tu sais que si je veux ...La Séraphine s'empara du flacon et s'enfuit , l'index et l'annuaire tendus pour neutraliser les sortilèges de la sorcière. Alors Balthazar  tu rêve ? dit Félicie en voyant son ami; depuis le jour où il l'avait trouvé endormie derrière un rocher entouré de genêts où elle s était mise à l'abri de l'orage , son apparition de vagabond en guenilles à la barbe hirsute ne l'avait pas effrayée, elle l'avait accompagné jusqu'à Saint-Anne en nommant tout au long du chemin les plantes qu'elle connaissait , il l'avait corrigé deux ou trois fois , lui en avait appris d'autres , elle était comme lui , elle paraissait ne pas avoir d'attache , elle était revenue lui rendre visite, elle n'avait que sept ans, depuis la barbe de Balthazar avait blanchit  et Félicie avait appris sous sa direction , les secrets des herbes qui soignent ." Et où comptais tu aller après avoir effrayé cette pauvre folle !"  " Je monte au col, ils prirent ensemble le chemin en lacets qui conduisait à la Bastide par le col de la Palomera . "Je t'assure Balthazar ; il y  a des fois ou j'aimerai vivre en ermite , comme toi ! "On ne décide pas de devenir ermite à treize ans  fillette! on le deviens peu à peu, au fil du temps ." Puis ils se quittèrent , Félicie grimpait droit devant elle avec détermination, agrippant une racine , une touffe de bruyère ou une branche basse pour se hisser plus vite, elle savait exactement où elle allait; elle insinua sa main dans une crevasse profonde  creusé dans l'écorce d'un arbre , pour en retirer un petit sac de jute  grossièrement cousu , elle vida le contenu  sur une pierre plate et un flot de pièces s'en échappa, tous les sous et les centimes gagnés en effectuant de menu travaux , comme ramasser du bois pour le boulanger et en vendant aux uns et aux autres les herbes cueillis dans la montagne , et au milieu scintillait la belle et grosse pièce de cinq franc que Monsieur Legrand lui avait donné en échange de cèpes et des framboises qu'elle lui apportait dans des petits paniers en genêts tressés, elle y ajouta les cinq sous de la Séraphine. Le couteau s'abaissa et le couinement aigu du porc se termina en un gargouillement écœurant ; le sang gicla dans la bassine en zinc posée par terre , Louisette Martin , accroupie , les manches roulées au-dessus des coudes , plongea ses avant bras dans le liquide épais et fumant dans l'air glacé, qu'elle remuait pour l'empêcher de coagulé ; Lucien Marie tenait ferment la bête par les oreilles , l'animal se débattait de toute ses forces de ses cent vingt kilos . Avant la guerre , on faisait appel au mataïre qui montait de Joch avec tout son attirail à la lune vieille parce que la viande se conserverait mieux , il restait à Valmanya toute une semaine dans une maison différente, mais depuis la mobilisation le mataïre était partis au front . Chaque fin novembre Félicie venait chez les Payé pour la montaça , on la tolérait ; Louisette avait l'air contente de la voir , d'ordinaire on avait plutôt tendance à l'ignorer ; " Ne reste pas dans ton coin , viens t'assoir à table elle posa devant Félicie une assiette en faïence un peu ébréchée , elle versa dans l'assiette la soupe à l'orge perlée dans laquelle avait cuit une épaule de porc bien grasse , Félicie n'attendit pas que la soupe refroidisse , elle entreprit de la manger rapidement sous l'œil béat des trois femmes , sait t'on jamais si elles changeaient d'avis ? Mais ses hôtesses avaient maintenant  hâte  de la voir quitter les lieux , on lui glissa deux de ses bynols  afin de bien lui montrer que son repas était terminé , Félicie se leva , la bouche pleine , elle ne quitta pas la pièce , tout en mordant à belles dents dans un beignet, elle alla se planter ostensiblement  devant le plus grand plat posé sur la table où s'étageaient bien rangés en arc de cercle les premiers boudins sortis de la marmite ; la mère Payé comprit le message , avec un soupir excédé, elle en saisit trois quelle lui mis de force dans les mains , Félicie n'en demandait pas plus  elle les mis dans son sac , remercia d'un signe de tête et s'en fut , digne et satisfaite. Trois c'était plus qu'elle espérait , il y en aurait un pour elle, un pour son père et il en resterait un pour Balthazar . Enfin , la voilà partie, ce n'est pas trop tôt ! Parole elle fait froid dans le dos , cette Félicie , ce n'est pas que je crois à toutes ces balivernes que racontent la Séraphine et ses pareilles, mais il faut reconnaître que cette gamine est étrange, particulière, toujours là , silencieuse dans son coin, à guetter chacun de vos mouvements sans avoir l'air, cela dit , pour une fois elle tombait à pic dans la cuisine : la mère Maynègre  avec ses beignets, la pauvre, je ne sais pas ce qu'on en aurait fait , la padrina  Payé et moi Comme quoi , même une enfant de la lune comme Félicie peut avoir son utilité, ma foi , une assiette de soupe et trois boudins ce n'est pas cher payé le service quelle nous à rendu ! Il faut bien que chacun vive et cette petite ne mange pas toujours à sa faim, si on en croit le cousin Marc, il faut dire que ce n'est pas son soiffard de père qui peut s'occuper d'elle! La gamine ne lui ressemble pas du tout , peut-être tient elle de sa mère ? Pas dans son goût , pour se faufiler partout en tout cas , je crois que le peu qu'elle à vécu à la Pinouse , je n'ai jamais vu la femme de Polyte au village ; je serai même incapable de dire à quoi elle ressemblait ? Finalement , la Félicie pourrait aussi bien ne pas avoir de parents du tout , cela ne changerait pas grand chose !Mais qu'est ce que je suis en train de radoter , moi ? Louisette ma fille , arrête de rêvasser ! Les hommes en ont fini avec la carcasse et ils sont affamés . si je ne veux pas me faire attraper par la sogra ( Belle Mère ) je ferais bien de mettre la table pour servir le repas de la matança.  Par chance , Monsieur Legrand faisait de plus en plus appel à Félicie pour l'aider dans ses calculs ou ses mesures, il lui confiait aussi de temps à autre la distribution  du carbure pour les lampes à l'entrées des équipes dans les galeries , quand il n'avait pas besoin d'elle , elle se joignait aux autres femmes pour trier et récupérer le minerai mélangé au rocher et à la terre qu'on extrayait sur les bords du filon . Abe se risquait à venir traîner autour de leurs jupes , il était aussitôt assailli de tant d'œillades et de roucoulades qu'il ne songeait plus à l'importuner , du moins pour le moment. La Saint Jean avait toujours été la fête préférée de Félicie , elle aimait la danse des flammes dévorant le bûcher auquel on mettait le feu pour célébrer la lumière en cette nuit de solstice d'été la plus courte de l'année . Une fois l'an , en cette nuit des feux , le ciel et les hommes étaient en harmonie ; du moins , ils auraient dû l'être , mais l'ombre de la guerre qui grondait au loin s'interposait entre eux, à coup de larmes, de prières et de voiles de deuil . Demain ils seraient sans doute plus nombreux que d'habitude à prendre tôt le matin , le chemin de Baillestavy ou le vieux Louis Paret , le curé de Rigarda célèbrerait l'office de la Saint-Jean . La tradition voulait qu'on profite de cette nuit magique pour aller cueillir certaines plantes porte-bonheur , réunies en un bouquet , le ramellet , confectionné suivant un rituel immuable ,ces herbes étaient ensuite accrochées au-dessus de la porte de chaque maison afin d'assurer santé et bonheur pour toute l'année ; à la Saint-Jean suivante on décrochait le ramellet séché pour le lancer dans les flammes du feu de joie . Félicie s'en fut derrière la grange des Pacall chercher la vieille couverture dont elle avait envelopper les branchettes de noyer , celui-ci déposé en croix servait seulement de support aux plantes magiques . Il suffisait que les feuilles soient bien brillantes et vertes, c'était plus joli , le jaune millepertuis, l'orpin l'herbe de vie et de mort , la camomille blanche et l'immortelle qu'on appelait aussi herbe de la Saint-Pierre , les plantes qui constituaient le coeur du ramellet .Elle aurait dû l'entendre , dans la neige , les pas crissaient , il avait dû sortir plus tôt pour que les flocons recouvrent la trace de ses pas ; elle était furieuse après elle même, n'avait elle pas été présomptueuse de croire qu'elle pourrait le tenir à distance , comme les autres !Grâce à son père , elle savait tenir à distance les ivrognes et , naïvement , elle pensait contrôler la situation , elle n'avait rien vu venir ; la neige brûlait ses jambes nues sous sa jupe , il respirait fort, haletant ,elle étouffait , le rocher meurtrissait ses épaules à travers son chandail, il n'avait toujours pas dis un mot, la jupe se déchira avec un bruit sec et il glissa un genou entre ses jambes pour la forcer à les ouvrir, l'homme appuie son avant-bras sur sa gorge pour l'immobiliser en gardant une main libre , elle suffoque , des tâches rouges dansent devant ses yeux, l'homme s'agite au-dessus d'elle, il agrippe ses fesses , laboure son ventre, l'homme s'agite toujours par soubresauts tel un sanglier, elle manque d'air ,elle est ailleurs , elle l'entend , mais ne sent plus rien, elle n'est pas là, sa vue se brouille, une douleur acide, aigue , comme une coupure de rasoir, la ramène à la réalité, le membre dur de l'homme l'a transpercé comme un épieu, il recule pour prendre son élan, s'enfoncer plus profond et relâche la pression de son avant-bras, elle se laisse glisser sur le côté, ses doigts tâtonnent , rencontrent l'arête  d'une pierre , sa main se ferme , elle frappe de toutes ses forces, les yeux fermés , le sang jaillit éclabousse son visage, elle peut à nouveau respirer , écroulé dans la neige , il pressait ses mains ensanglantées sur son crâne . Elle entortille comme elle peut les morceaux de sa jupe autour de ses hanches et s'enfuit en serrant toujours la pierre tâché de sang  dans ses poings fermés  trébuchant à chaque pas elle se traîne jusqu'au torrent . Chaque fibre de son corps lui faisait mal , elle était épuisée comme si elle avait couru des heures dans la montagne, pendant de longues minutes , elle frotta ,frotta encore jusqu'à que sa peau rougisse à vif ; le sang et la semence mêlés étaient partis au fil de l'eau, elle frottait toujours. Au prix d'un énorme effort , elle s'obligea à se mettre debout , elle avait besoin de ses herbes pour calmer la brûlure qui dévorait son ventre et éviter toute conséquence funeste elles soignaient aussi bien les coliques que les vertiges , les palpitations, les rhumatismes ou les maladie de peau suivant qu'on les utilisaient en infusion ou en décoction ou qu'on en extrayait l'huile ; mais cette fois c'était à leurs propriétés abortives que Félicie entendait faire appel . En avait -elle vu pleurer, des imprudentes qui la suppliaient de les débarrasser du souvenir encombrant d'une nuit de fièvre et d'abandon ! Mais jamais elle n'aurait cru être un jour obligée d'utiliser ses talents sur elle même. Elle avait fait infuser les feuilles de rue ,et elle avait tout bu , la fièvre était venue , puis le sang,  tantôt elle brûlait ,dégoulinait de sueur, tantôt elle grelotait , puis le quatrième jour, la fièvre était tombée, elle mourait de faim, enfin elle sortit de sa cachette . Puis un soir ,elle les vit apparaître , chancelant à la lisière du bosquet des pins , comme à l'accoutumée , Abe soutenait le père qui parvenait difficilement à mettre un pied devant l'autre ; Félicie ne s'était jamais sentie aussi calme, elle dégrafa un bouton de sa chemise afin de dévoilé la naissance de ses seins, puis elle entreprit de défaire sa natte, puis elle attendit, un léger grincement familier de la porte, un pas lourd , un peu traînant qui remonte vers elle, Abe en tient une bonne ce soir , tant mieux! Elle attends qu'il arrive à sa hauteur pour lancer dans ses jambes un caillou ,il atteint son genou et le fait trébucher ce faisant il pivote , aperçoit Félicie , elle le laisse s'approcher , puis s'enfuit , il part à sa poursuite, "Tu y as pris goût , hein , petite allumeuse, tu en redemandes ; de volte face en reculade, elle l'entraîne mètre par mètre vers le terminal du câble aérien , sobre , il se méfierait , mais l' alcool , le désir brouillent son esprit, il suit , encore un effort mon bonhomme on y est presque, il arrive près du trou maçonné profond d'une quinzaine de mètres, il est passé devant elle sans la voir, elle bondit, pousse de toutes ses forces , les paumes bien à plat, au niveau des reins ; Abe lance un cri inarticulé comme étonné, puis un choc sourd dont l'écho se prolonge le long des parois cimentées, et plus rien ....Félicie attends , elle retiens son souffle, elle fouille dans la ceinture de son pantalon à la recherche du ramellet qu'elle à confectionné en prévision de ce moment, elle le jette dans le trou , "Bonheur et longue vie à toi , sale punaise !"Ils mirent trois jours à retrouver le corps  lorsque la civière remonta  Marty intrigué par quelques feuilles séchées dans l'ouverture de sa chemise , tira délicatement dessus ;" un ramellet s'exclama t-il , il n'est même pas complet il manque l'immortelle et l'orpin , l'herbe de vie ".Laissant pour une fois ses compatriotes s'éloigner sans lui, un des chinois s'attardait près du ponton, c'était un des jeunes immobile dans ses vêtements de travail de courtil bleu, le visage impassible , il fixa Félicie un moment en silence avant de se détourné et de rejoindre les 
autres Il sait ....Il s'appelait Luc , un prénom inattendu pour quelqu'un qui venait de si loin, les premiers jours, elle était persuadée qu'il attendait l'occasion de la dénoncer, peut-être avait-il du mal avec la langue française . A force d'observer ainsi le jeune chinois ,  à la dérobée , la crainte qu'il avait pu inspirée à Félicie s'était peu à peu transformer en curiosité. Il aimait lui aussi marcher seul dans la montagne, mais qu'allait il  y  faire ? Il portait sur son épaule un sac de toile . Il avait parlé sans se retourner " Votre position ne doit pas être très confortable , vous devriez venir vous assoir ici , la vue est magnifique" comment l'avait-il repérée ? c'était la première fois qu'elle entendait sa voix et la surprise la cloua un instant sur place : il s'exprimait dans un français très correct . Il dessinait pas avec des crayons , mais avec un pinceau mouillé qu'il frottait contre une pierre sombre , d'une dernière caresse de son pinceau , le chinois ombra délicatement un versant de la montagne , souffla dessus pour sécher l'eau  puis tendit le dessin à Félicie , émue de ce cadeau inattendu . "Vous vous appelez vraiment Luc ? ce n'est pas un nom très oriental ; " " Mon vrai nom est Liu , mes parents étaient pauvres , et ils m'ont confié à la Mission pour que j'ai une éducation; lorsqu'ils m'ont baptisé , ils ont changé une lettre et je suis devenu Luc . Les jours suivant le plafond d'une galerie s'était écroulé sur la tête des ouvriers de la mine , il fallait faire vite, ils sont peut-être évanouis, mais si on ne dégage pas vite, ils vont mourir de leurs blessures, ou par asphyxie ,les éboulis ne recouvrent pas entièrement l'ouverture , il reste sur le côté un petit espace vide , le problème est qu'il est vraiment très étroit . "Moi , je veux bien essayer, Luc se porta volontaire , mais un , cela ne suffira pas , intervint Marti le chef mineur , Luc désigna du doigt Félicie , elle peut venir avec moi, tous deux descendirent au fond et réussirent à faire remonter un blessé , l'autre était décédé . Félicie se réveilla en sursaut , elle n'aurait su dire exactement ce qui l'avait tiré brutalement de son sommeil , un bruit , un grondement lointain , se penchant à la fenêtre , elle vit l'ingénieur et Marti en grande discussion "Il n'y a pas de quoi s'inquiéter : la ligne téléphonique  doit être coupée voilà tout , avec ce qui est tombé ces derniers jours...et de la neige mouillée lourde en plus .Puis on su ce que Félicie avait entendu une avalanche , il fallut plus de deux heures pour percer l'amas de neige , par endroits la glace mêlée de branchages et de pierres était dure comme du béton . La paysage était méconnaissable , plus d'arbres plus de rochers, plus de torrent bondissant de sa ravine . Le bâtiment de pierre à trois étages , abritant les ateliers au rez-de-chaussée et au premier et les familles sous les toits, il n'était plus là ; il était cinq heures , l'avalanche venait de rendre sa première victime . Luc avait il entendu la mort arriver , quel Dieu cruel l'avait-il fait venir d'aussi loin pour çà ? Malgré la couverture elle se sentait glacée de l'intérieur , elle y passerait des jours, des semaines s'il le fallait , mais elle le trouverait et le ramènerait au jour .Traînant sa couverture après elle , elle s'approcha de la fenêtre , Monsieur Legrand rentrait à son tour , seul , accablé il leva la tête et l'aperçut ,il lui fit signe d'ouvrir la fenêtre :"Monsieur Voisin va demander de l'aide à l'armée , puisque la Pinouse est sous administration militaire nous devrions avoir un renfort d'une centaine d'hommes pour continuer les recherches et dégagée la voix ferrée . Comme elle se détournait pour aller se coucher , elle vit une petite lumière tourné le coin de la cantine , ils étaient deux , un mince et l'autre plus râblé; elle n'eût pas conscience de pousser un cri , mais l'instant d'après , elle dévalait l'escalier comme une folle , elle courait dans la neige vers la lumière qui grandissait au bout du sentier, elle se jeta au cou de Luc et dans le même élan plaqua ses lèvres sur les siennes glacées mais délicieusement vivantes. Luc avait passé la nuit bien au chaud à Rapaloum , en l'envoyant malgré le mauvais temps apporter un repas chaud au gardien de la gare de l'arrivée du câble aérien, le chef d'atelier lui avait sauvé la vie . Ce fut le mariage  le plus étonnant , le plus étrange qu'on ai vu de mémoire d'homme dans la vallée de la Lentilla et même peut-être dans tout le massif du Canigou. Pensez " la fille" la sauvageonne , la sorcière épousait un ouvrier Chinois une "face de citron" c'était un évènement à ne pas manquer !Elle avait elle même confectionner son bouquet de mariée avec du noyer , de l'orpin , du millepertuis , de la camomille et des immortelles ; un énorme ramellet de la Saint-Jean pour connaître le bonheur toute une vie durant.    


Les mines de la Pinouse fermèrent définitivement leurs portes dans les années trente, victimes du retour dans l'industrie française du minerai de fer lorrain , de moins bonne qualité mais plus rentable. Durant la Seconde Guerre Mondiale , les bâtiments abandonnés servirent de refuge au maquis Henri-Barbusse. Dans les tout premiers jours d'août 1944, lors d'une grande opération concertée entre l'armée allemande et la milice pour en finir avec les maquisards, Julien Panchot, leur chef , qui couvrait leur fuite , fut capturé et fusillé contre le mur de la cantine où les impacts de balles sont encore visibles . Valmanya , qui ravitaillait la Résistance fut brûlé et détruit. Quatre de ses habitants qui n'avaient pas pris la fuite , furent exécutés. Le village martyr, qui dut être entièrement reconstruit , fut décoré de la croix de guerre avec étoile de vermeil en 1948.   


 


lundi 23 mai 2022

Les fossoyeurs de Victor Castanet





Journaliste et citoyen , je n'ai aucune difficulté avec le fait que de grands groupes privés gagne de l'argent dans un secteur comme celui de la prise en charge de la dépendance . Ce livre vise à mettre en lumière les pratiques douteuses d'une entreprise devenue trente ans après sa création le numéro un mondial du secteur des Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ) et des cliniques . Un groupe qui gère aujourd'hui plus de 110 000 lits répartis dans plus de 110 établissements , sur 23 pays et trois continents. Une société qui ambitionne à court terme , de faire son entrée dans le CAC 40 : ORPEA . Il s'agit également de pointer les responsabilités du système de santé français et tout particulièrement des autorités de contrôle, en premier lieu des agences régionales de santé (ARS) qui à bien des égards , ont failli à leurs missions premières : s'assurer de la bonne utilisation de l'argent public et surtout protéger nos aînées . Cette enquête s'appuie sur ces entretiens , dont plus de 200 ont été enregistrés, et surtout un grand nombre de documents qui m'ont été transmis : les mails, des photos, des vidéos, des enregistrements, des documents médicaux, des documents comptables interne au groupe, des comptes d'emplois, des conventions tripartites, des décisions de justices, des rapports de l'inspection du travail ou des comptes rendus du contrôle de conseil départementaux . Si ce récit prend appui sur un établissement Les Bords de Seine situé à Neuilly sur Seine (Haut de Seine) mon enquête m'a conduit à couvrir une part non négligeable du territoire français. Je me suis rendu à Paris , dans les Hauts- de- Seine , le Finistère, la Vienne, L'Yonne, L'Hérault ; la Sarthe, La Loire-Atlantique, le Lot et Garonne , L'Aisne , la Marne , la Gironde, les Bouches du Rhône , le Vaucluse, le Tarn et Garonne , les Vosges en Corse et également au Luxembourg . Cette enquête , que j'ai mené pendant de long mois par temps calme, a été percutée au printemps 2020 par la crise du Covid-19 . Sûrement y a -t-elle alors trouvé un sens supplémentaire. Durant cette pandémie, qui a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en Ehpad , les faiblesses du système de santé français et l'opacité de certains grands groupes privés ont éclaté au grand jour. Malheureusement, ces failles étaient présentes depuis bien trop longtemps et laissaient entrevoir un tel drame. Saida Boulahyane presse le pas, il est 7H15 et, dans quelques minutes, elle commencera sa première journée de travail pour le groupe ORPEA . Depuis près de dix ans elle est auxiliaire de vie et elle a tout connu: Les Ehpad vétustes et souffreteux de banlieue parisienne à 1.800 euros par mois , les milieux de gamme à 2.500 euros , de bien meilleure tenue les premium à 4.000 euros , ou l'on prends soin des apparences. Mais lorsqu'elle se retrouve face à cet imposant bâtiment de sept étages aux larges balcons, colonnades et palmiers d'accueil , elle a le sentiment de passer dans une autre catégorie. Au delà de l'image les Bords de Seine  comme tous les établissements au groupe doivent rapporter de l'argent. Les tarifs des chambres comptent parmi les plus élevés de l'hexagone . Au Bords de Seine , la chambre d'entrée de gamme , d'une vingtaine de mètre carrés coûte près de 6.500 euros par mois et les tarifs grimpent jusqu'à 12.000 euros pour la grande suite avec salle de bains et dressing 380 euros par jour et par personne, soit six fois le tarif moyen d'un Ehpad . Pourtant à ce prix là tout n'est pas compris , il faut encore payer l'accès Internet ( 25 euros par mois) les appels téléphoniques (0,15 centimes l'unité, l'entretien de votre linge, le coiffeur ou encore la pédicure. Seule les grandes fortunes françaises et internationales foulent ces moquettes épaisses .Les plus célèbres Mme Cartier , une excentrique  princesse ,Françoise Dorin , femme de lettres et d'esprit, amoureuse éperdue de Jean Piat ,on y retrouve aussi d'anciens journalistes, d'ex haut fonctionnaires ou des proches de membres éminents de la politique française . Mais en ce milieu de juin 2016, lorsque Saida Boulahyane foule pour la première fois ce tapis rouge , aucune personnalité ne se profilent à l'horizon , lorsqu'elle arrive au quatrième étage , ou l'aide soignante de nuit l'attends pour la relève ; au niveau  quatre les portes s'ouvrent  sur un autre monde ; en un instant le paradis s'est transformé en enfer; " je n'avais  rien vu de tel; j'ai 54 ans , de l'expérience dans de nombreux groupes Laurent Garcia , cadre infirmier confirme aussi les mois terribles qu'il à passés aux Bords de Seine , il m'alerte sur de nombreux cas de maltraitance , une gestion du personnel alarmante , des protocoles médicaux non respectés, des économies de bout de ficelle à tous les étages, le tout piloté par une direction cynique , en sa qualité de cadre infirmier , c'est lui qui évaluait les besoins en protections (couches) , en pansements , petit matériel médical, compléments alimentaires, gants de toilettes ...Mais ce n'était pas lui qui décidait : Bien sûr que je me battais pour mes soignants et les résidents, le combat était perdu d'avance, glisse t-'il désolé ; je n'avais droit qu'à une commande par mois et la plupart du temps elle était validée par le directeur d'exploitation puis revue à la baisse par la directrice coordinatrice qui écoutait sûrement les consignes du directeur de la division Iles de France rien ne passait s'en sa validation ; on n'avait aucun stock ; et on ne pouvais commander que le 25 du mois ,alors presque chaque mois , la dernière ou la première du mois suivant on se retrouvais en pénurie de couches .Il y avait alors toutes les aides soignantes qui accouraient dans mon bureau pour se plaindre, je comprenais leur colère , que pouvais je leur dire ? Je me rendais au septième étage du  bâtiment pour s'expliquer avec la directrice coordinatrice qui était dans sa tour d'argent et je poussais une gueulante , c'est d'ailleurs pour ça que l'on ma remercié à la fin ; elle me demandais de me calmer et ne faisait rien .Saida Boulahyane  me détaille les conséquences de ce rationnement ; une toilette était prévue le matin et une autre à 14 heures , puis il fallait attendre le soir , si l'un de ses protégés faisaient sur lui l'après-midi, elle était contrainte de le laisser dans ses excréments pendant plusieurs heures  peu importe l'odeur, les conséquences sur sa santé et son bien être, elle évoque ainsi un pensionnaire atteint du trouble de comportement  et d'excès de violence en train de tapisser les murs de sa couche pleine ivre de rage et de désespoir, elle raconte s'être retrouvée une fois à nouer des serviettes de bains à plusieurs pensionnaires, en guise de couches faute de mieux, la pénurie était si fréquente que des familles avaient décider d'acheter elle même les protections de leurs parents alors qu'elles versaient plus de 10 000 euros par mois, comment expliquer qu'un groupe international comme ORPEA rogne sur ce qui est pourtant la base du bien être d'une personne âgée les protections urinaires ! Si je disais quelques chose , j'avais l'impression d'être l'emmerdeuse du service; même l'alimentation était rationnée, au petit déjeuner deux biscottes s'ils en voulaient une troisième, ce n'était pas possible , c'est arrivé souvent qu'on n'avait pas de lait le matin ou pas de confiture. J'ai interrogé par la suite trois aides soignantes , dont une déléguée du personnel, un infirmier  qui ont travaillés aux  Bords de Seine à différentes périodes et à différents étages tous ont décrit la même situation. En parallèle des pénuries de matériels , l'autre difficulté majeure à laquelle étaient confrontés ces auxiliaires de vie et ces soignants, c'est le manque de personnels. Lorsque je demande à Saida Boulahyane combien de personnes travaillaient avec elle dans l'unité protégée du quatrième étage , habitée par quatorze résidents aux pathologies complexes et aux comportements instables , sa réponse est édifiante: je n'ose même pas en parler me dit-elle après un long silence, elle confie " nous étions deux en général , mais il m'est arrivée souvent de me retrouver toute seule du matin au soir 7h30 à 19h30 pour les gérer, les changer , les faire manger et ça plus d'une fois . Laurent Garcia  prends le relais  " c'est qu'on me demandait de ne pas remplacer les absences, ça les arrangeait bien qu'il y ait des absents, çà leur permettait d'économiser . Il faut savoir qu'un tiers de ces postes d'auxiliaires de vie et la totalité des postes d'aides soignants ne sont pas payés par les établissements, mais par les dotations publiques. Plusieurs familles dans les années 2016 et 2017 se plaignaient des repas rationnés , parle d'un personnel stressé , de pertes de vêtements, de disparition d'objets, souligne le temps anormalement long aux appels des malades, de soins d'hygiène, des difficultés dans l'administrations des médicaments, des bijoux volés. Madame Rousselle qui a mis sa mère à ORPEA grâce à ses visites répétées, commence à se rendre compte que quelques chose déraille plusieurs fois elle se retrouve face à des pensionnaires abandonnés dans un salon , un couloir , qui appellent à l'aide , au deuxième étage , celui de sa maman il n'y a la plupart du temps qu'une seule  personne pour aider une bonne vingtaine de résidents à manger , cela entraineraient de graves problèmes de dénutrition à la résidence Neuilly sur Seine . Combien de fois les soignantes découvrirent à l'heure de prendre leur service les plateaux-repas du soir pas même entamés , abandonnés çà et là dans le réfectoire par une auxiliaire de vie dépassée. Je vais être informé pour mon enquête de dysfonctionnements plus préoccupants encore qui a lieu à la résidence des Bords de Seine , des affaires qui dépassent le cadre de la maltraitance et ou il est question de vie et de mort , de fin de vie , de souffrances et de silence. Hélène a été immédiatement saisie par la désorganisation de la résidence haut de gamme: le premier jour ou je suis arrivée, on était en 2014, il y avait une grand-mère qui avait été oubliée pendant 48 heures dans sa chambre, ils l'avaient complètement zappée ,elle n'avait ni bouffée ni rien , et le jour suivant il y avait une dame qui avait chuté qui se retrouvait avec plein d'ecchymoses et personne n'avait été informé, ni le médecin coordinateur, ni la famille c'était inacceptable . Mme Bourgat  avait perdu en autonomie et semblait atteinte surtout moralement , pour autant sa situation était comparable à bien d'autres pensionnaires se retrouvant de manière inéluctable à vivre cet état de dégradation ; sa carte vitale avait été confié ainsi qu'une ordonnance à l'agent d'entretien de l'établissement à qui on avait donné pour mission d'aller chercher les traitements; branle bas de combat, Hélène informe immédiatement le directeur de l'établissement; la réponse ne se fait pas attendre , mais ce n'est pas celle à laquelle l'équipe soignante s'attendait ,ce n'est pas le responsable impliquée qui est mis sur la touche mais Hélène , la cadre infirmier serait privée d'une partie de ses accès soins médical  Net Soins ; plusieurs infirmières auraient refusées d'administrer les différents traitements mais elles auraient subi une telle pression qu'elles avaient été contraintes de se soumettre et de procéder aux injections, une chose est certaine , 48 heures plus tard Mme Bougat est déclarée morte . Son fils , encore traumatisé par le départ de sa mère m'affirmera qu'il n'avait jamais été mis au courant de la mise en place de cette procédure extrême et n'avoir jamais formulé le moindre accord . M. Azzoui, Laurent Garcia , et M.Bouchara  ne resteront pas longtemps  en poste aux Bords de Seine ces directeurs cadre infirmier donnerons leur démission ou serons licencié en moins d'un an de prise de service ainsi va la vie aux Bords de Seine . Lorsque l'on me parle pour la première fois de l'affaire Françoise Dorin il me faut avouer que je ne connaissais pas le parcours de cette femme, son histoire d'amour avec Jean Piat débuta quarante cinq ans avant son entrée aux Bords de Seine il venait de quitter la comédie française et elle lui offrit son premier rôle de boulevard  dans une pièce au nom prédestiné "le Tournant" ils ne se quittent plus ; l'animatrice Catherine Ceylac, lors d'un hommage à Jean Piat ,en septembre 2018 eut ces jolis mots " Le théâtre était l'affaire de leur vie ; elle écrivait , il jouait " . " Si vous voulez vous débarrasser des gens que vous aimez à moindre frais , il y a une place de libre désormais au 2èime étage à gauche en sortant de l'ascenseur " ( Avis laissé en avril 2018 sur Google par Thomas Hitsinkidès  l'un de ses petit fils ) Une aide soignante qui passe chaque jour faire la toilette de Françoise Dorin remarque deux semaines après son admission, l'apparition de rougeurs  et le signale à Amandine qui préconise l'installation d'un matelas anti-escarre , l'information sera transmisse à la cadre infirmière , malheureusement la résidence des Bords de Seine ne possède pas de matelas de ce type en stock, quarante huit plus tard , Françoise Dorin peut enfin allonger, son corps meurtri sur un matelas adapté , elle vas hélas être victime d'une double défaillance , le lendemain de la mise en place , l'infirmier se rends compte que le matelas livré est défectueux "ça bipait dans tout les sens !" le matelas n'avait pas gonflé pourtant un matelas anti-escarre ça met vingt minutes à gonfler , on a couru dans la chambre voisine qui était vide où on a pris un matelas classique. Les jours passent et Mme Dorin ne se sent pas bien à partir de là  elle n'a plus voulu s'alimenter , en parallèle , l'état de son escarre , qui se situe au niveau du sacrum se détériore d'heure en heure la plaie devient de plus en plus profonde , pourtant durant plus de dix jours personne ne prendra la peine d'informer la famille ; malheureusement l'escarre ne se résorbe pas et face à cette situation qui empire ,une réunion d'organisation finit par être organisé , le 24 novembre en présence du directeur adjoint et de la psychologue afin que sa fille soit mise au courant ; la cadre infirmier à minimiser les choses et s'est montrée rassurante envers sa fille à cet instant le médecin coordinateur de l'établissement n'avait toujours pas été prévenu , pas plus que le médecin traitant . Les jours passent et le mal devient de plus en plus profond , le 27 décembre Mme Dorin est envoyé à l'Hôpital Beaujon pour valider la pause d'un pansement VAC un dispositif qui aspire les impuretés d'une plaie pendant plus d'une heure sa fille assiste au rendez-vous , ce qu'elle découvre ce matin là , la marquera à vie ; l'infirmière de l'Hôpital soulève le drap , et là je vois un trou béant , au niveau du sacrum plus gros que mon poing , même l'infirmière  aura un moment de recul se dit choquée de l'état de la patiente et invite sa fille à prendre une photo pour conserver une preuve . Sylvie demande en urgence à parler au médecin coordinateur ORPEA , ce dernier ce serait excuser d'emblée  reconnaissant qu'il y a eu des erreurs commises , qu'il n'avait été prévenu que le 12 décembre un mois après l'apparition de l'escarre. Il ne reste que deux semaines à vivre à Françoise Dorin , ce seront quinze jours de souffrances terribles , Mme Dorin ne criait pas, elle m'agrippait le bras à chaque soins au point presque de m'arracher la peau, je voyais dans ces yeux affolés à quel point elle souffrait , elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Le 12 janvier , elle décède après des semaines de souffrances indicibles , à l'âge de 84 ans , sans  un bruit . Malheureusement deux autres résidentes des Bords de Seine ont vécu les mêmes souffrances , le développement d'une escarre jusqu'au stade 4. Les dirigeants de l'histoire d' ORPEA sont peu connu du grand public, son fondateur docteur Jean-Claude Marian, un neuropsychiatre de formation est un homme peu avenant , austère , toujours impeccable dans son costume gris ,il est économe en mots et a le sourire rare . Les témoins du premier cercle évoquent surtout une pingrerie légendaire et un intérêt limité et tardif pour les questions de qualités . Marian adorait raconter sa légende , il avait récupéré une maison de retraite totalement vide , le gros œuvre avait été payés par la mairie, mais lorsqu'il reçu les premières demande de prises en charges , il n'y avait aucun meubles , rien qui ne pouvait assurer la vie quotidienne normale d'un Ehpad , il est allé chez Ikea et je dirai presque que c'était de la cavalerie, mais il n'a pas acheter 100 lits et le mobilier adéquat pour équiper sa maison de retraite ; il a n' acheter seulement 2lits pour accueillir ses deux premiers pensionnaires er avec les revenus issus il a acheter 2 autres lits ainsi de suite jusqu'à arriver aujourd'hui à des dizaines de millions de lits ; c'est du Marian tout craché, il se vantait d'avoir fait un investissement minimum, et l'élément chef, l'ADN,  ORPEA il est vraiment là : réussir à organiser la prise en charge de personnes âgées dépendantes dans le contexte budgétaire le plus restreint possible , lorsque vous avez compris çà , vous avez compris ORPEA ! Cette éthique de l'efficacité au détriment de l'humain s'affine au milieu des années 1990 ; Jean-Claude  Marian s'était associé à un certain Pierre Maillard ils se sont rencontrés dans le courant des années 80 , Jean-Claude Marian avait alors une société spécialisée dans la conception d'établissements de santé , et Pierre Maillard  découvrit le travail de gestionnaire d' Ehpad , ils décidèrent de mettre en commun leurs compétences , et se répartirent les rôles à Maillard le Lyonnais rigoureusement respecté , la gestion opérationnelle des établissements ; à Marian le Parisien visionnaire, la direction stratégique , le travail de développement et la conception des futurs projets immobiliers. durant une petite dizaine d'années le duo Marian , Maillard vas fonctionner à merveille , le nombre d'établissements augmentent mois après mois , et Maillard parvient à imposer une discipline budgétaire tout en laissant de la liberté à ses directrices (à l'époque , ce ne sont que des femmes) Petit à petit les visions des deux hommes divergent, Marian poussé par les banques, cherche toujours plus de rentabilité. Il entends reprendre en main le management de ces établissements et mandate un temps une société de consultants, Euro force , pour optimiser les profits ;les directrices commencent à perdre en autonomie; on leur impose des coupes dans le personnel et de nouvelles techniques de remplissage . Pierre Maillard de moins en moins en accord avec les consignes du siège quitte le navire. Ce nouvel ORPEA , deux hommes vont en être les grands artisans ; il y a d'abord Yves le Masne , bras droit de Marian, il ne prévoit jamais que sa marge puisse reculer ; Yves le Masne  sait donner aux investisseurs ce qu'ils attendent : de la stabilité, de la rigueur et de la croissance . Yves le Masne devenu directeur administratif et financier, passe à l'action, en bon contrôleur de gestion , il veut avoir sous la main , en permanence quasi instantané tous les chiffres chefs de ses établissements , des masses de données se mettent à affluer au siège. Mais il manque pour compléter le trio gagnant , Jean-Claude Brdent , il a le sourire carnassier des personnalités dominatrices , Jean-Claude Marian le nomme directeur d'exploitation d' ORPEA  et il ne laissera rien passer , quand la réforme des 35 heures est passée dans les années 90 Martine Aubry ministre des affaires sociales dans le gouvernement Jospin , les entreprises pour profiter des aides de l'Etat qui accompagnaient la réforme ne devais pas avoir licencié Brdent  donna la consigne de "pousser à la sortie " en moyenne deux employés par résidence sans passer par une procédure de licenciement pour obtenir des aides sans augmenter sa masse salariale ( cette réforme était de lutter contre le chômage) Le système ORPEA va alors prendre de l'ampleur les nombreuses techniques employées par le groupe visant à profiter de l'argent public via quatre biais différents : 1 En dépassant le nombres de lits dans des conditions obscures 2 En réduisant le nombres de postes de soignants et de médecins , pourtant règlementaires; 3 En maximisant le coût de chaque patient pour l'Assurance  Maladie et les Mutuelles : 4 En instaurant des remises de fin d'année ( RFA) sur l'ensemble des produits médicaux payé par l'argent public . Pour un  Ehpad de 100 résidents , le forfait " Soins" est d'environs 70 0000 euros; si votre établissement ne dépense que 60 0000 euros les 15% de RFA s'appliqueront sur cette somme ; et votre siège  ne recevra que 9000 euros de RFA au lieu des 10 500 envisagés . L'autre effet pervers  des RFA c'est donc d'inciter les gestionnaires d' Ehpad  à dépenser le maximum d'argent public , à utiliser toute leurs dotations "Soins" indépendamment des besoins de l'établissement . Le groupe Bastide offre donc la possibilité à des clients de mettre en place des RFA pour qu'ils puissent aussi profiter indirectement de l'argent public , et il leur promet de vider leur forfait "Soins" en acceptant toutes les commandes possibles et (in) imaginable en fin d'année . Ce système ORPEA le mettra aussi en place pour les intervenants  comme les coiffeurs dont le système s'est retrouvé à demandé d'une coupe classique  à 30 euros est passé à 50 euros ; pour les kinésithérapeutes le groupe à exiger qu'ils paient eux aussi une redevance de 10% minimum estimant qu'ils leurs faisaient bénéficier d'une clientèle et que cela avait un prix et le troisième intervenant extérieur dans les  Ehpad est le plus important , il s'agit du laboratoire  de biologie médicale au fil des années ORPEA s'est mis en tête que ses pensionnaires lui appartenaient et qu'il n'étaient pas normal que d'autres en profitent gratuitement . Si des laboratoires voulaient prélever des pensionnaires il faudrait désormais payer , ainsi en 2014 le service achat du groupe à décider de lancer des appels d'offres partout en France pour mettre en place des partenariats avec des laboratoires prêts à payer . Autres méthodes pour remplir les établissements pour toucher le maximum d'argent prendre 20% de personnes handicapées mentales ou physiques dans ces dérives inappropriées à la prise en charge dans un Ehpad ,il y a eu notamment des drames , tels que des agressions envers des résidents atteints d' Alzheimer ayant entraîner des décès suite à des violences physiques sur des personnes vulnérables.  L'autre point essentiel qui rend ce secteur si profitable pour les groupes privé, c'est que cet agrément est totalement gratuit ; l'Etat ne leur demande rien en échange alors même que cette autorisation leur rapporte beaucoup d'argent . Toujours est-il que ni ORPEA , ni KORIAN , ni DOMAST  ni aucun groupes privés n' a jamais payer le moindre centimes à l' Etat en contre partie de centaines d'autorisations d'exploitations qui leur ont été accordées , et ce malgré les milliards qu'ils engrangent chaque année. Aucun des ministres de la Santé qui se sont succédé depuis ls années 90 n'a jamais pensé à remettre en cause ce système ; soit en décidant de le libéraliser totalement , soit en mettent en place une redevance en échange de l'octroi de ces agréments ; c'est le cas de Jean-François Vitoux aujourd'hui à la tête du groupe associatif Arpavie après avoir taclé ses principaux concurrents toujours prompts à se plaindre du montants des subventions qui leurs sont accordées  " il est trop facile , certains qui en font profession depuis plus de vingt ans , de réclamer plus d'argent public " aucune réaction de la part du ministre de la santé à l'époque Agnès Buzyn . Depuis trente ans des jeux d'influences , des affaires de délits initiés à la corruption , des pots de vin , ou encore une  main mise du milieu politique . Durant les années Sarkozy, Mme Bachelot a été nommée ministre de la Santé et des Sports ,mais ce que l'on ne sait pas forcément , c'est qu'elle ne s'occupait pas des questions liées aux grand âge, à la dépendance , aux maisons de retraite , tout un pan de santé lui avait été refusée , ce qui l'avait mise à l'époque hors d'elle . " On m'avait dit : Vous n'avez pas le médicaux social , ça reste chez Xavier Bertrand qui alors était ministre du travail " Je trouvais çà stupide parce que l'on me demandait dans le même temps une réforme la loi " Hôpital " (patient , santé et territoire de 2009 qui à pour but de décloisonner le système santé , et on ne me donnait pas toutes les clefs pour le faire" elle décida d'en parler au premier ministre François Fillon qui ne voulut rien entendre . Si le groupe ORPEA à officiellement sa première maison de retraite en Charente-Maritime en 1989 son premier gros coup , qui va véritablement le faire changer de catégorie s'est déroulé dans l' Aisne au début des années 90 le groupe ne possèdent qu'une dizaines d'établissements dans toute la France ; va obtenir en quelques mois , la gestion de sept Ehpad dans le département d'élection de Xavier Bertrand : à Saint-Quentin, Soissons, Fère-en Tardenois, Château-Thierry, Beaurevoir, Hirson et Tergnier ; sept Ehpad coup sur coup , dont une bonne partie à été financer par un office HLM , pour le groupe s'était une affaire en or.  Au  début de la crise au Covid 19 qui allait être particulièrement meurtrière pour les pensionnaires d' Ehpad ( plus de 30 000 morts ) selon les données publiques de Santé France , le groupe à  beau répéter qu'il avait tout mis en œuvre pour lutter contre la pandémie , les délégués syndicaux se sont plaints , d'un manque important de masques FFP2, de tabliers jetables et de surblouses dans plusieurs  Ehpad ORPEA, notamment aux Terrasses de Mozart à Paris à la résidence Klarène située en Seine et Marne ou encore aux Bords de Seine la luxueuse résidence de Neuilly sur Seine . En pleine tempête du Covid 19 deux des trois principaux dirigeant ont choisit brutalement de quitter le navire ORPEA . Le premier à avoir franchit le cap est le fondateur du groupe Jean-Claude Marian à vendu le 21 janvier 2021 la totalité du solde de ses actions soit 6,3% du groupe et empoché par la même occasion de quoi mettre sa famille à l'abri pendant plusieurs siècles : 456 millions d'euros ! Quelques mois plus tard c'est le numéro deux du groupe l'incontournable Jean-Claude Brdent qui décide d'emboîter le pas au fondateur après avoir travailler plus de vingt trois ans dans le groupe ; M.Brdenk s'est fait élire en mai 2020 vice-président du Synerpa , le premier syndicat des maisons de retraites privées; il pourra donc continuer à influer sur le secteur de la dépendance et à collaborer avec le groupe ORPEA. Le Défenseur des droits privés présidés à l'époque par Jacques Toubon , à quelques mois plus tard remis un rapport accablant sur la gestion des Bords de Seine soulignant un grand nombre de manquements ; il conduit notamment que plusieurs résidents " Ont fait l'objet d'atteintes à leurs droits fondamentaux en raison de leur perte d'autonomie et ont subi des agissements ayant pour effet de porter atteinte à leur dignité et de créer un environnement hostile, dégradant et humiliant ce qui caractérise l'existence d'une discrimination ... Peu importe la dureté de la condamnation , chaque fois que je pense à ces hommes et à ces femmes dont la fin de vie à été  si inutilement douloureuse, de ces économies réalisées sur le dos des pensionnaires, notamment via le système des RFA, auraient permis à ORPEA d'organiser chaque années des séminaires hors de prix où le champagne coulait à flots et où l'on s'assurait de la docilité de centaines de directeurs d'ORPEA en leur offrant les plus grandes stars du moment . Comment a-t-on pu laisser faire cela ? Qui est responsable ? Nous tous d'une certaine manière pour avoir trop longtemps détourné le regard , mais au-delà de cette responsabilité collective , c'est l'appareil étatique , le Système Santé Français qui doit être questionné et remis en cause . Les agences régionales de santé , censées être les garantes de l'uniformatisation de la qualité des soins sur tout le territoire ont failli ; elles ont échouer à s'assurer que l'argent public dont elles étaient responsables étaient utilisés à bon escient. Elles ont échoué à garantir le bien être de nos aînés placé en maison de retraite . L'Etat à tout simplement pas fait le poids face à un grand groupe privé comme ORPEA ; ses agents  ses inspecteurs n'ont eu ni les moyens suffisants , ni les compétences nécessaires pour réaliser des contrôles efficaces des grands gestionnaires d' Ehpad ; ils ont été aveuglés pendant des décennies par des groupes tout à fait conscients de leurs supériorité. Alors que je mets un terme à cette enquête qui m'a tenu en haleine pendant près de trois ans j'ai été le porte voix de centaines de personnes qui ne supportaient plus de voir ce modèle destructeur prospérer. Des auxiliaires de vie , des aides soignants, des infirmiers, des cadres de santé, des directeurs d' Ehpad , des familles de pensionnaires, des apporteurs d'affaires, des salariés du siège, des élus du personnel, des dirigeants de grands groupes privés, des fonctionnaires de l'Etat et d'anciens ministre de la Santé.    



 

jeudi 21 avril 2022

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

 


     


Quand j'ai commencé ma carrière de forestier , j'en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres  qu'un boucher sur la vie affective des animaux. la sylviculture moderne produit du bois , en d'autres mots elle abat des arbres puis replante des jeunes plants . La lecture des revues spécialisées permet de comprendre que la bonne santé d'une forêt n'a d'intérêt que dans la mesure où elle participe d'une gestion optimale . Cette perception suffit également au quotidien du forestier qui finit par avoir une vision déformé des choses . Une large part de mon travail consistent à estimer les qualités intrinsèques ou la valeur marchande de centaines d'épicéas, de hêtres, de chênes ou de pins , je ne voyais les arbres que sous cet angle. Il y a une dizaine d'années , j'ai commencé à organiser des stages de survie en forêt et des circuit " cabanes forestières "pour le public. Vinrent ensuite la création d'un cimetière forestier naturel et le la mise en réserve de bois vert où la nature allait pouvoir reprendre ses droits. Les nombreux échanges que j'ai pu avoir avec les visiteurs ont corrigé mon regard sur la forêt . Quand on sait qu'un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire , que des parents arbres vivent avec leurs enfants , on ne peut plus les abattre sans réfléchir ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l'assaut des sous-bois . Cela fait déjà vingt ans que ces engins sont bannis de mon district . Si quelques troncs doivent néanmoins être récoltés, les ouvriers forestiers procèdent au débardage en douceur, avec des chevaux de trait. Une forêt en bonne santé , voir osons le dire, une forêt heureuse est nettement plus productive, donc plus rentable . Une poignée de terre forestière contient plus d'organisme vivants qu'il y a d'êtres humains sur terre. Une cuillère à café contient déjà à elle seule un kilomètre de filaments de champignons. Tout ces organismes ont une action sur le sol, ils le modifient, l'amende, lui donne sa valeur pour des arbres. Sans terre, il ne peut y avoir de forêts car il faut que les arbres puissent s'enraciner quelques part , de la roche ne le permettrait pas, quant à la rocaille, les racines pourraient s'accrocher mais elles ne retiendraient pas suffisant d'eau et de nutriment . Des phénomènes  géologiques, comme les glaciations avec leur période de gel ont fait éclater la roche, puis l'action abrasive des glaciers a transformé les morceaux en sable et en poussières jusqu'à ce que ne subsiste plus qu'un substrat léger . A la fonte des glaces, ce substrat à été transporté par l'eau à des altitudes inférieures ou dans des dépressions ou bien balayer par le vent , il s'est accumulé pour formé  des dépôts épais de plusieurs mètres. La vie y est apparue sous forme de bactéries , de champignons et de végétaux qui en se décomposant  se sont transformé en humus. Au fil des millénaires, ce sol qui ne peut s'appeler ainsi qu'à compter de ce stade à pu être colonisé par des arbres. Grâce à ces arbres, l'érosion ne l'a plus atteint et les couches d'humus qui s'empilaient ont commencer à former une roche préliminaire du lignite. L'érosion est l'un des grands ennemis naturels des forêts . Tout phénomène extrême , le plus souvent de fortes précipitations, use un peu le sol . Si la terre forestière ne peut pas immédiatement absorber la totalité de l'eau, le surplus s'écoule sur la surface en emportant des petites particules. les ruissellements brunâtres que l'on observe parfois après la pluie charrient de précieux sédiments. Cela peut représenter jusqu'à 10 000 tonnes par an en kilomètres carré. Un jour que je parcourais l'une de mes anciennes réserves de hêtres de mon district ; je me trouvais en présence de très anciens vestiges d'une immense  souche d'arbre, il ne subsistait que quelques fragments de ce qui avait jadis été l'écorce tandis que l'intérieur s'était depuis longtemps décomposé et transformé en humus , deux indices qui permettaient de conclure que l'arbre avait dû être coupé en 400 et 500 ans auparavant , mais comment est-il possible que les vestiges survivent aussi longtemps ? Les cellules se nourrissent de sucres, elles doivent respirer, se développer , or s'en feuilles donc s'en photosynthèse , c'est impossible . Aucun des êtres vivants de notre planète ne résiste à une telle privation de nourriture de plusieurs centaines d'années; elle bénéficiait de l'aide des arbres voisins ils lui apportaient par l'intermédiaire des racines. Mais pourquoi les arbres ont-ils un comportement social, pourquoi partage t'ils leurs nourritures avec des congénères, pour les mêmes raisons  que dans les sociétés humaines; à plusieurs, la vie est plus facile. Un arbre n'est pas une forêt , il ne peut pas à lui seul créer des conditions climatiques équilibrées il est livré sans  défense au vent et à la pluie. A plusieurs en revanche les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, froides ou chaudes, emmagasine de grandes quantités d'eau et augmentent  l'humidité atmosphériques. Si chaque individu ne s'occupait que de lui même, nombre d'entre eux n'atteindrait jamais un grand âge. Les morts successives provoqueraient de grandes trouées dans la canopée par lesquelles les tempêtes pourraient s'engouffrer et endommager la forêt. Même les individus malades sont soutenus et approvisionnés en éléments nutritifs jusqu'à ce qu'ils aillent mieux . Le langage des arbres, une chose est sûre , ils ne parlent pas et n'émettent aucun son ; les branches qui craquent quand il y a du vent , le bruissement du feuillage sont des phénomènes passifs indépendant de leur volonté . Les arbres disposent cependant  d'un moyen pour attirer l'attention; l'émissions des odeurs. Dans les années 70 , des chercheurs ont mis en évidence l'étonnant comportement d'une espèce d'acacia de la savane africaine dont les feuilles sont broutées par les girafes ; pour se débarrasser de ces prédateurs très contrariants, les acacias augmentent en quelques minutes la teneur en substances toxiques de leurs feuilles ; dès quelles s'en redent comptent , les girafes se déplacent et ne recommencent à brouter qu'une centaine de mètres plus loin ; la raison est surprenante ; les acacias agressés émettent un gaz avertisseur ( dans ce cas l'éthylène ) qui informe leurs congénères de l'imminence d'un danger, les messages olfactifs étant transportés d'arbre en arbre par l'air, si elles se déplacent dans le sens contraire au vent le premier arbre voisin n'aura pas été informé de leur présence, et elles n'auront pas à interrompre leur repas. Les arbres sont toutefois capable de se défendre seuls ; les chênes envoient des tanins amers et toxiques dans leur écorce et leurs feuilles; si les ravageurs ne sont pas exterminés au moins cela transforme t-il la succulente salade en verdure immangeable. Les arbres  évitent de se reposer par leur seule voie des airs ;ils préfèrent assurer leurs arrières en envoyant aussi leurs messages aux racines qui relient tous les individus entre eux et travaillent avec la même efficacité qu'il pleuve ou qu'il vente . Les racines d'un arbre s'étendent sur une surface qui dépasse de plus du double l'envergure de la couronne . Il en résulte un entrelacement des ramifications souterraines qui crée autant de point de contact et d'échange entre les arbres ; ce n'est pas systématique, car une forêt héberge aussi des solitaires et des individualistes réfractaires à toute idée de collaboration . les arbres ne sont pas les seuls à communiquer ainsi  entre eux , les buissons, les graminées échangent aussi et probablement toutes les espèces végétales présentent dans la communauté forestière. En revanche dés que l'on pénètre dans une zone agricole, la végétation devient très silencieuse , la main de l'homme à fait perdre aux plantes cultivées beaucoup de leur aptitude à communiquer par voie souterraine ou aérienne ; quasi muettes et sourdes , elles sont une proie facile pour les insectes; l'utilisation massive de pesticides par l'agriculture moderne trouve là une de ses explications. Les signaux agréables existent et vous en avez sûrement perçu ou précisément senti ; je veux parler des messages olfactifs envoyés par les fleurs ; le parfum qu'elle émettent n'est ni fortuit ni destiné à nous séduire . Les arbres fruitiers, les saules ou les châtaigniers diffusent des messages olfactifs pour attirer l'attention et inviter les abeilles à faire le plein chez eux; Les essences forestières préfèrent fleurir toutes en même temps car cela favorise le brassage des gènes d'un grand nombre d'individus . Les conifères ne dérogent pas à cette règle , mais les feuilles ont une raison supplémentaire à s'accorder : la présence de sangliers et de chevreuils , ces animaux sont particulièrement friands de faines et de glands grâce auxquels ils se constituent une épaisse réserve de gras pour l'hiver ; leurs appétits pour ces fruits qui contiennent jusqu'à 50% de lipides et de glucides .Ces années là , la forêt leur offre de quoi se nourrir tout l'hiver le taux de reproduction des sangliers est multiplié par trois .Autrefois les années de grandes fainées ou de glandées appelées aussi années grasses étaient une bénédiction pour les paysans qui menaient  les porcs domestiques pâturer dans les bois pour les engraisser avant de les abattre , Ces années fertiles n'ont qu'un temps, l'année suivante, les arbres reprennent une année sabbatique , aucun fruit ne jonche le sol des sous-bois et la population des sangliers s'effondrent à nouveau. Pins et sapins produisent d'énorme quantité  de pollen ; à croire qu'en matière de fécondation ils veulent faire encore mieux que les feuillus. Sans écorce  un arbre se dessècherait et serait très vulnérable aux invasions de champignons qui pourraient s'installer et prospérer ; la prolifération des insectes dépend elle aussi d'une baisse d'humidité, mais sans faille dans l'écorce, toute tentative d'intrusion est vouée à l'échec . Un arbre est constitué  à peu de chose prés du même pourcentage d'eau qu'un corps humain ; en condition normale, il n'intéresse pas les parasites qui pourrait s'y développer faute d'oxygène. . Un trou dans l'écorce est pour l'arbre au moins désagréable qu'une lésion de la peau pour nous et il va utiliser des mécanismes similaires aux nôtres pour s'en prévenir. Outre l'aspect de l'écorce et la présence de nombre d'autre modifications  corporelles nous renseignent sur l'âge des arbres. Le houpier par exemple , à partir d'un certain âge, selon les espèces entre 100 et 300 ans les pousses annuelles deviennent toujours plus courtes ; chez les feuillus, la succession de ces pousses raccourcies  induit la fonction de branches crochues comme des doigts déformés par les rhumatismes , chez les conifères la flèche s'arrête sur une pousse apicale qui finit par afficher une croissance zéro. Si les épicéas en restent là, le haut des houpiers des sapins blancs poursuit sa croissance en largeur au point qu'il n'en vient à ressembler au nid d'un grand oiseau , ce phénomène que les spécialistes nomment en conséquence " cime ou nid de cigogne ". Quand au pin , il modifie si tôt sa croissance qu'avec l'âge l'ensemble de sa couronne présente une forme étalée sans flèche apparente . Quelle que soit la forme que prend le phénomène tous les arbres cessent progressivement de croître en hauteur , le jour où propulser  l'eau et les aliments nutritifs toujours plus haut solliciteraient leur système vasculaire au-delà de leur capacités au fil des années leurs forces vont décliner . La première tempête qui survient nettoie le houpier de ses rameaux morts , un coup de balaie qui a pour effet de rafraîchir temporairement la silhouette ,le processus se répète et chaque année le houpier perd imperceptiblement en ampleur ; quand tout les rameaux du haut ont été balayés ,il reste les branches maîtresses, elles aussi meurent mais ne tombent pas si facilement que cela . Désormais l'arbre ne peut cacher ni son grand âge ni son dépérissement .C'est le moment que choisit l'écorce pour refaire son entrée en jeu , les petites plaies suintantes ont offert autant de portes ouvertes aux champignons ; ils signalent leurs avancées victorieuses par de superbes fructifications en formes de demi soucoupes qui adhèrent au tronc  et grossissent d'années en années ; à l'intérieur ils franchissent toutes les barrières et pénètrent jusqu'au duramen, le bois parfait jusqu'au cœur du tronc ; selon les espèces ,ils y dévorent les glucides qui y sont stockés ou pire encore , la cellulose et la lignine . De part et d'autre de la blessure qui ne cesse de grandir , du nouveau bois se forme qui évolue en épais bourrelets destinés à renforcer sa structure . Cela permet au corps en décomposition de résister encore un temps aux assauts des tempêtes hivernales ; puis un jour , c'est la fin , le tronc se brise et l'arbre rend son dernier souffle . 
Une grande forêt profonde est un immense supermarché, tous les délices y sont en rayons, du moins du point de vue des animaux, des champignons ou des bactéries. Un seul arbre représente des millions de calories sous forme de sucre, cellulose, lignine et glucides , auxquels s'ajoutent encore de l'eau et des minéraux rares. Il serait juste de parler de "coffre-fort" la porte verrouillée , l'écorce étanche et l'on accède pas facilement à toutes ces douceurs. A moins d'être un pic, la structure originale de son bec, combiné à des muscles de la tête qui amortissent les chocs, lui permet de piquer les troncs et de tambouriner sans craindre la migraine ni de se fatiguer. Au printemps ; quand l'eau chargée de milles substances appétissantes fuse dans les arbres et gagne les bourgeons, les pics font des petits trous de faibles diamètres ou les branches , ces minables fissures forment des lignes pointillées par lesquelles l'arbre commence à saigner. Le sang de l'arbre n'est pas spectaculaire, il ressemble à de l'eau, la perte de ce liquide organique n'en est pas moins aussi préjudiciable pour l'arbre que peut-être l'hémorragie pour nous. C'est ce liquide que les pics convoitent , l'arbre supporte l'agression . Au fil des années , ces alignements de trous évoluent en stries ou en anneaux caractéristiques qui s'enroulent autour du tronc comme des colliers. Chaque espèces d'arbres à ces parasites attitrés , pucerons verts pour les épicéas ,phylloxera   coccinea  pour les chênes ou pucerons laineux pour les hêtres . Ces pucerons de l'écorce, comme la cochenille du hêtre signalent leurs présence par un feutrage cireux blanc argenté; pour l'arbre ces dépôts sont l'équivalent de la gale pour nous ; ils provoquent des lésions suintantes qui peinent à se résorber er entraîne la formation de boursouflures et de rugosités . Les lésions permettent aussi l'invasion de champignons et de bactéries qui peuvent affaiblir l'arbre au point de le tuer . Pas étonnant qu'il produise des substances répulsives pour se protéger  des intrus. Si malgré tout l'infestation persiste l'arbre renforce  son système de défense en formant une écorce plus épaisse qui finit par ce débarrasser des pucerons ; la protection ainsi acquise perdure. Les pucerons n'en sont pas moins une bénédiction pour de nombreux animaux ; certains espèces s'en délectent dont la coccinelle qui avale un puceron  après l'autre. Les oiseaux, les martes et les chauve-souris ont une préférence marquée pour les troncs des vieux individus , au diamètre plus large. En effet ces derniers possèdent d'épaisses parois qui isolent correctement de la chaleur et du froid. Le premier coup de pioche , c'est le cas de le dire est habituellement donné par un pic épeiche ou pic noir ; il creuse un trou dans le tronc, mais seulement de quelques centimètres de profondeur, les pics préfèrent que leurs maisons soit solides et dure dans le temps. Ils sont maîtres dans l'art de piquer et de creuser le bois sain , mais devoir achever les travaux en peut de temps serait au-dessus de leurs forces ; ils piochent donc un peu le tronc puis s'accordent une pause de plusieurs mois et comptent sur l'aide des champignons . Pour ces derniers , c'est une aubaine , car en temps normal ils ne peuvent pas franchir la barrière de l'écorce , ils s'empressent de coloniser l'ouverture et commencent à dégrader le bois; pour l'arbre c'est une double agression ; pour le pic , un partage bien compris du travail. Quelques temps plus tard en effet , les fibres du bois sont si tendres que les travaux peuvent reprendre sous les meilleurs auspices . Mais le pic noir , qui est gros comme une corneille , à de grandes exigences et il construit encore plusieurs cavités avant d'emménager . Une première sera destinée à la couvaison , une deuxième au repos et les autres à changer de décor , les cavités sont rafraichies tous les ans , ce dont témoignent les éclats de bois au pieds des arbres ; ces travaux de rénovations sont une nécessité car une fois dans la place, plus rien n'arrête les champignons; ils progressent toujours un peu plus dans le tronc où ils transforment le bois en mull , au terreau humide peu adapté à la nidification. A chaque fois qu'il entreprend de nettoyer ce surplus indésirable , le pic agrandit un peu sa loge ; arrive un jour ou celle-ci est trop grande et surtout trop profonde pour les oisillons qui doivent grimper jusqu'à l'ouverture pour prendre leur envol . C'est le moment de laisser la place aux suivants ; les nouveaux occupants sont des espèces qui ne savent pas construire dans le bois  comme la sittelle torchepot , elle est plus petite que les pics  mais elle leur ressemble pique de la même façon le bois mort pour en extraire des larves coléoptères et installe volontiers son nid dans les loges qu'ils ont abandonnées . Il faut toutefois quelle procède à quelques modifications notamment quelle réduise la taille du trou d'entrée si grand qu'il permettrait le passage de ses ennemis ; elle enduit artistiquement l'orifice de boue argileuse jusqu'à qu'elle seule puisse passer. Les fibres du bois ont la particularité de propager des sons de manière remarquable d'où l'emploi du matériau pour les instruments de musique comme les violons et les guitares. Les oiseaux qui nichent dans les cavités attribuent cette propriété  du bois comme système d'alarme . Dès qu'une marte ou un écureuil  grimpe dans l'arbre, le bruit de leurs griffes se propage jusqu'en haut de l'arbre et les oiseaux ont une chance de leurs échapper . Durant ce laps de temps, l'arbre continu de se dégrader parfois le tronc s'ouvre un peu plus et l'entrée s'agrandit , le processus est plus rapide quand il s'agit d'arbres à trous , nom donné aux arbres-immeubles dans lesquels les pics ont creusés des loges les unes au dessus des autres; la détérioration par la pourriture se poursuit agrandissant ces loges qui finissent par communiquer les unes avec les autres et former une belle cavité prête à accueillir hulottes et autres chouettes . L'arbre tente désespérément de résister, à vrai dire , il y a longtemps , qu'il est trop tard pour agir contre les champignons qui prennent leurs aises depuis des années . mais s'il réussit à maîtriser l'expansion de ses blessures externes, il peut prolonger sa vie de nombreuses décennies . Il continuera de pourrir intérieurement , mais il demeurera aussi droit et stable qu'un tube d'acier et pourra encore vivre cent ans . Ses efforts sont reconnaissables aux bourrelets qui bordent les trous d'entées des loges de nidifications. L'atmosphère de la forêt est synonyme d'air pur et sain . Quoi de mieux que la forêt pour s'aérer , les poumons , l'air est effectivement beaucoup plus pur sous les arbres, car ils ont d'excellents filtres . Les feuilles et les aiguilles qui baignent en permanence dans le flux d'air captent nombre de particules qui  y sont en suspension . Le volume qu'elles interceptent peut s'élever à 7000 tonnes par an aux kilomètres carré. Les arbres ne filtrent pas uniquement des substances polluantes , comme des particules de suie; ils filtrent aussi des poussières soulevées par le vent et des pollens , même si la part imputable à l'activité humaine est particulièrement novice . Acides, hydrocarbures toxiques et composés azotés se concentrent sur les arbres comme la graisse dans le filtre d'une hotte aspirante  d'une cuisine. Les forêts ne sont pas des usines à produire du bois ou des stocks de matières premières et accessoirement l'habitat de milliers d'espèces ,ainsi que la sylviculture moderne a  tendance à penser . Quand elles peuvent se développer naturellement , dans le respect de leurs besoins spécifiques, elles remplissent des fonctions que de nombreux règlements forestiers placent juridiquement au-dessus de la production du bois , notamment la protection  ( contre les risques naturels , les catastrophes etc....) et la détente . Les échanges actuels entre associations de défense de l'environnement  et exploitants forestiers ainsi que les premiers résultats encourageants sont de bonne augure pour l'avenir. Nous pouvons espérer que la vie secrète des arbres sera préservée et que les générations futures pourront demain encore parcourir les bois avec le même étonnement émerveillé : car c'est dans la profusion de vie que réside la spécificité de cet  écosystème , dans les dizaines de milliers d'espèces liées et dépendantes les unes aux autres .
 

vendredi 25 mars 2022

Survivant des glaces de Mike Horn


   



Un craquement lugubre plus qu'une plainte, un prodigieux raclement métallique, je suis projeté vers l'avant ... Pangea s'immobilise  en tremblant . Je suis au beau milieu de cette mer de Chine et je fais route vers le Nord avec Jacek mon bras droit depuis une douzaine d'année, homme miracle qui sait tout faire avec rien et Laure qui à bord depuis tant d'années , joue de multiples rôles elle est à la fois maman de l'équipe , celle aussi qui nous nourrit et même parfois la confidente des uns ou des autres  lors de nos aventures et autre expéditions au bout du monde . je surveillais le pilotage automatique qui maintient le bon cap et jetais de temps en temps un œil sur les cartes qui s'affichent sur les écrans, rien à signaler . Je ne connais pas bien cette partie du monde , mais je sais qu'elle représente un enjeu international majeur  pas seulement à cause de la richesse des poissons divers ou la surpêche autant que le braconnage honteux auxquels se livrent certaines industries locales, mais parce que ses sous-sols recèlent d'importants gisements de pétrole énergie fossile qui fascine les puissants de la région qui croient encore que l'or noir  est l'avenir de l'homme .Il me faut quelques secondes pour comprendre que mon bateau vient de s'échouer sur un récif artificiel qu'aucune carte de la région pas même les plus récentes ne mentionnait . Je sais , du moins j'ai déjà entendu dire , mais sans preuves formelles, que les Chinois ont pour habitudes de construire ici ou là des îles fantômes qu'ils font naître de toute part pour protéger leurs arrières ou affirmer leur suprématie. Il en existerait une petite dizaines. Transportant des tonnes de déblais , ils déversent aussi à jet continu rochers ou blocs de béton pour remblayer un territoire qui n'existe pas . Quand l'île est bien sécurisée , aplanie, stabilisée, les Chinois adeptes de ce grignotage discret  y construisent dans un secret gardé le plus longtemps possible une base militaire ou une piste d'atterrissage ...Cette fois , ni iceberg, ni glace mon navire s'est posé presque comme une fleur sur une île sans nom dont je ne pouvais deviner l'existence, nous sommes coincés , et je vois arriver les gardes côtes Chinois ; ils commencent par parler en WAF l'outil de communication classique entre deux navires proches . " Qui êtes vous , qu'est ce que vous faîtes là , vous savez que vous n'avez pas le droit d'être ici ? Je leur réponds que nous ignorions l'existence de ce confetti nulle part mentionné , que nous allons attendre que la marée remonte , que nous essaierons de reculer de quelques mètres, que peut-être s'ils le veulent bien, ils pourraient nous aider . Peu coopératifs ,ils me préviennent qu'ils vont venir à bord pour nous forcer à descendre . Mais il est hors de question que je quitte mon navire !La tension monte d'un cran , les Chinois nous ordonnent une nouvelle fois de quitter le bateau ou ils emploieront les grands moyens pour nous évacuer , les discussions sont longues et ardues au bout d'une heure trente nous n'avons plus le choix , à contre cœur  pour ne pas dire forcés, nous plongeons pour rejoindre à la nage le bateau des gardes côtes, je fulmine mais ne le montre pas , ils nous emmènent dans une petite salle de réunion , c'est le moment du sermon , suivi du passage à la question, mais là encore je sais à quoi m'en tenir au fil des années et des expéditions , il me fallait faire donc preuve de bon sens, de savoir vivre , de politesse et de déférence parce que , si je voulais sauver mon bateau , j'avais besoin de l'aide des Chinois autant que de leur soutien. Trois jours après , nous sommes arrivés à Sanya  sur l'île de Hainan une zone très touristique , la presse était là et les journalistes locaux voulaient comprendre ce qui s'était passé; conscient que j'avais tout intérêt à ne pas émettre la moindre critique envers la Chine , mon discours à eu l'air de passer et comble de la fortune , de ne déplaire à personne . Cela a duré trois jours jusqu'à ce que nous décidions que c'en étais assez , non seulement les Chinois n'avaient aucune raison de nous garder sur l'île ,mais il était clair qu'il n'avait pas l'intention de nous aider à récupérer  Pangea . Sans prévenir personne , et à la faveur  d'une surveillance relâchée , nous avons quitté l'hôtel en toute discrétion puis nous avons directement filé à l'aéroport . Mes filles que je pouvais joindre  régulièrement nous avaient réservés des places sur des vols différents ; Jacek et Laure décollèrent pour les Philippines , quand à moi je pris un vol pour Paris afin de trouver des soutiens politiques autant que financiers , une fois rentré chez moi en Suisse , je vais remuer ciel et terre pour entrer en contact avec un ami Chinois  dont les réseaux sont suffisamment étendus pour que l'on m'autorise à envoyer un remorqueur , il me donne son accord , je m'envole pour les Philippines et déniche un bateau qui pourrait sauver le mien, un énorme navire bien équipé aux moteurs de neuf mille chevaux , après trois jours de navigation, je me rends tout de suite à bord du bateau blessé , l'intérieur est complètement inondé, une vrai zone de guerre, des planches qui flottent , des objets qui cognent , heureusement l'avant du bateau n'a pas souffert , l'arrière est en revanche bosselé , déformé , certaines soudures ont lâchées . Je décide de concert avec l'équipage de vider les gigantesques réserve de gasoil ,il faut les pomper à la fois pour alléger Pangea et pour éviter tout risque de pollution si d'aventure, le sauvetage courait à la catastrophe . En mélangeant du sable , de l'eau et du ciment à prise rapide , je vais déverser quatre tonnes de cette préparation autour du gouvernail affaibli . Le ciment prend , nous regagnons le remorqueur pour attendre que la mer baisse ; on installe alors un câble monumental que j'attache avec une sangle énorme à la proue de Pangea, il faut tirer vers l'avant mais de biais, en évitant que le voilier ne se renverse, nous y sommes presque , tout à coup Pangea semble quitter l'aimant terrestre qui l'empêchait de se redresser se remet droite , roule d'un côté, manque de chavirer, son avant de dresse soudain , puis retombe lorsque l'arrière à son tour est libéré de sa gange de pierres et de récifs , nous flottons après quatre mois de stress, je suis sauvé, Pangea aussi ! Nous mettons le cap vers Sabic Bay , sur l'île de Luçon à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Manille pour y effectuer les réparations . Comme je le redoutais les réparations seront très longues  elle prendra des mois . Le temps presse, il nous faut partir direction Nome , port situé à l'extrême pointe Est de l'Alaska .Nous sommes fin août 2019 ,après quelques journées de navigation le mauvais temps déferle , avec des vents violents , la force des vagues et la hauteur des creux . Nous embarquons le 28 août très précisément  pour notre destination finale , quelque part ou la banquise  voudra bien de nous , vers ce fameux 85 degré nord , la latitude choisie pour que nous entreprenions notre longue traversée de l'Arctique via le pôle Borge et moi avant de nous enfoncer dans le désert blanc ,son climat ses dangers ses ours....Le 11 septembre ,nous sommes à 85 degré nord , la seule chose qui m'obsède, c'est de traverser la banquise  avec Borge de faire ce que personne n'a encore fait , de partir vivant et de revenir vivant . Plus un bruit alentour, seul les craquements de la glace répondent à l'étrange solennité de l'instant  cela fait deux heures que nous sommes partis . Dans quel état terminerons nous cette ultime épreuve ? Et au bout de combien de temps parviendrons nous à traverser cette région inhospitalière, dangereuse et mouvante qui coiffe le haut de notre monde? Nous progressons pour l'instant vers une glace fragile, nous observons notre nouvel environnement  que nous ne reconnaissons pas il ne ressemble pas à ce que nous avions connu il y a presque quinze ans . Nous estimions que 85 degré nord était la position parfaite pour commencer notre traversée à 5 degré du pôle nord, soit environ cinq cent cinquante kilomètres. Comment cela se calcule t-il ? C'est assez simple le sommet de notre monde se situe à 90 degré et chaque degré ligne invisible qui découpe la planète  entre son sud et son nord fait environ cent onze kilomètres....Nous voilà donc à 85 degrés nord là où normalement la glace ne fond jamais . Nous suivons la brèche vers le nord , avant de constater qu'elle ne cesse de s'élargir, nous revenons sur nos pas et essayons vers le sud peine perdu  de l'eau là aussi à perte de vue , nous n'avons pas le choix , il faut traverser avec les kayaks gonflables ,une fois arrivés de l'autre côté  il nous faut tiré la corde alourdie par les eaux glaciales, nous avons enlevés nos moufles pour enfiler des gants de pêcheur imperméable, mouillées nos moufles deviendraient inutilisables; pendant les cinq jours suivants nous ne cesserons de traverser des zones d'eau libre , traverser , trouver le bon endroit pour se hisser à nouveau sur la glace, rechausser les skis repartir.. Usant . Il ne fait pas assez froid !-12 -10 parfois même -8 nous espérions être en dessous des -20. Il nous faudra huit jours pour dépasser notre premier degré .Et pour arriver au pôle nord situé à 90 degré nous avons cinq degré à franchir , soit environ cinq cent soixante kilomètres. Monter la tente est  un exercice quotidien , on ne peut pas s'arrêter n'importe où, il faut d'abord s'assurer qu'il s'agit d'une plaque de glace suffisamment solide qui ne dérive pas trop .Borge est toujours dehors pour dérouler son dispositif anti-ours, un réseau de fils couplé à une sorte de chapelet de fusées éclairantes qui se déclencheront si un plantigrade s'y aventure Borge prépare la neige qu'il faut faire fondre ,après en avoir trouvé quelle soit propre et non salée ce qui n'est pas toujours évident . Nous pouvons alors utiliser notre réchaud qui fonctionne au fuel pour obtenir les quatorze litres d'eau dont nous avons besoin pour la journée. Chaque soir , au dîner , nous commençons par une soupe de poissons, dans laquelle on émiette des chips; ça gonfle , c'est nourrissant , ensuite un plat lyophilisé, là encore il faut ajouter de l'eau très chaude .Le matin on se réveille , on boit de l'eau puis on se prépare un café deux grammes chacun pas plus , nous mangeons des flocons d'avoine mélangé à de l'huile d'olive et du sucre brun ; nous préparons enfin la nourriture pour la journée , un mélange de noix, de fruits secs broyés avec de l'huile de tournesol . Nous replions le campement , prêt à repartir . Message envoyé à mes filles le septième jour Lat. 86 ° 07 16"N Lon. 131°37'25"E Alors que la lumière se fait de plus en plus basse, que les ténèbres commence à régner sur l'Arctique pour geler toute vie pendant les six prochains mois, Borge et moi sommes en mode de survie, les sens en éveil, une erreur et c'est la fin du match, notre plus grande crainte reste encore et toujours cette glace trop fine . Le neuvième jour enfin , nous ne nous servirons plus de nos kayaks , la glace est solide , nous apercevons les premières trace d'ours polaire. C'est donc au onzième jour  les premières souffrances mentales et physiques se font ressentir , du gris du brouillard que pourrais presque couper au couteau , nous tractons sur nos luges chacun 185 kilos .C'est le quatorzième jour  nous apprêtons à essuyer une grosse tempête de vent fort l'impression qu'il fait -50° tant l'addition de la température et du souffle glacial multiplie la sensation de froid, la tempête fait bouger la glace, la fait exploser même , le campement devient dangereux, c'est sur le nez principalement que le mal concentre ses assauts, la meilleure manière de nous protéger consiste  à utiliser la morve qui coule de nos nez , et de nous en tartiner régulièrement le visage, c'est la méthode esquimaude , ça fait une couche protectrice . Nous sommes le vingtième jour, des nouvelles brèches d'eau sont apparues , il va falloir ressortir les kayaks et à nouveau naviguer . Les 88° nord sont dépassé en trois jours, lampes frontales toujours allumées nous avançons de vingt trois kilomètres nous arrivons dans le dernier degré, nous ne somme plus qu'a cent onze kilomètres du pôle , le vent est trop fort il nous fait reculé les derniers degré à franchir se sont dédoublés , l'une de mes dent se brise, elle s'est éparpillée dans ma bouche ,à part recracher les éclats ,je ne peux pas faire grand chose, je n'informe pas Borge pour ne pas nous arrêter plus longtemps . En revanche le soir dans la tente je lui demande si nous avons toujours de ce petit ciment qui colmate , Borge se métamorphose en dentiste de ses gros doigts gelés, il dépose la mixture sur ma gencive et appuie fortement ; a charge de revanche mon vieux ! Celle-ci ne se fait pas attendre, quelques jours plus tard, Borge qui, lorsque nous dormons enfouit dans ses oreilles des bouchons pour ne pas entendre mes ronflements de grognard, en coince un peu trop profondément , en essayant de le récupérer au lieu de le retirer, il l'enfonce encore plus dans son conduit auditif ; je lui dois bien ça, c'est à moi de m'improviser médecin, nous avions toujours emporté dans notre nécessaire de secours une pince à épiler , mes gestes ne sont pas celle d'un expert, mais ma main reste sûre , je progresse prudemment, je pousse plus profondément encore le petit cylindre de mousse jusqu'à ce que les deux bout de ma pince parvienne à le saisir. Le trente sixième jour nous arrivons enfin au pôle 89° , ce soir , nous sommes deux hommes abrutis de fatigue, nous avons donc eu besoin de onze jours pour effacer les cent onze kilomètres du dernier degré; en cinq semaines au lieu de trois pour atteindre notre objectif. Maintenant débute l'expédition  qui doit nous ramener à la maison , au dessus de nous il n'y a plus rien ,le GPS peine à nous dire vraiment où nous nous trouvons jusqu'au moment où s'inscrivent les deux chiffres un 9 et un 0 qui certifient que nous sommes au bon endroit . Le quarante cinquième jour le vent se replie dans une direction qui ne nous convient pas , la dérive s'inverse  nous repartons malgré nous vers un nord-nord ouest de plus en plus déplaisant, nous repartons vers le pôle ou vers le Groenland ce qui n'est pas mieux . Je ne suis pas certain que nos interlocuteurs soient dupes , leurs encouragements sont tout à la fois réconfortants même si je sens, je comprends leurs inquiétudes, j'espère que le vent se décidera enfin à tourner, qu'une aide quelconque nous sera fournie, mais par qui ? Nous sommes encore très loin, personnes ne peut venir nous sauver; pas question de couler même si nous n'avons que trente deux jours de nourriture. Le soixante quinzième jour , nous sommes physiquement à bout et avons du perdre chacun dix et quinze kilos , les distances s'amenuisent , le 85° est en vue, ça y est, c'est enfin validé; arrivons-nous dans une zone où notre progression sera plus rapide ? Mais combien de temps pourrons nous marcher encore ? Six jours durant , nous n'avancerons pas ,reculons même vers le 86°. Soixante quinzième jour, la température  de -33, brèche d'eau qui gèle enfin et trente trois kilomètres effectués sans difficultés, la dérive nous pousse sud-sud ouest et c'est bon pour nous , nous sommes fatigués il ne nous reste que dix jours de nourriture. Les médias commencent  à parler de nous , à faire monter l'inquiétude, ils nous annoncent en danger de mort. Deux amis explorateurs Alesksander Gama et Bengt Rotmo vont venir à notre rencontre une fois le Lance arrivé à 82° , lorsque nous apprenons la nouvelle, nous sommes à 83°59 , il nous reste toujours la possibilité de déclencher notre balise au cas où, mais nous ne pouvons nous y résoudre. Nous sommes le quatre vingt troisième jour, il nous reste de quoi manger pour deux jours , on pousse encore au delà de nos limites, mais nous arrivons vers de l'eau pas gelée, nous la contournons , nous devons être à une cinquantaine de kilomètres du bateau , nous dormons quatre heures avant de repartir , nous partons pour sauver nos vies, la tempête est passée, nous sommes au quatre vingt quatrième jour il ne nous reste qu'un jour de nourriture ! la dérive à repris , la température frôle les -30° ce qui veut dire si le vent tombe, la glace vas se reformer, en marchant s'en nous arrêter , nous serons au bateau dans deux jours. Nous distinguons  une lumière à l'horizon, un instant nous pensons à la lune, mais il s'agit des projecteurs du Lance qui balaie le ciel pour nous indiquer sa position ; plus près de nous ,nous apercevons deux petites lumières mouvantes et rassurantes . Ce sont Aleks et Bengt coincés dans une brèche d'eau qui nous sépare ils la longe pour trouver un passage ; ils ne sont qu'à deux cent mètres de nous . Borge sort alors la caméra thermique  pour filmer le début des retrouvailles . De mon côté, je m'approche de la brèche....Au moment où je me tourne vers Borge, la glace s'effondre , j'ai fait le pas de trop . L'un de mes ski entraîne ma jambe dans l'eau , l'autre reste heureusement sur une partie plus solide de la glace . Borge jette sa caméra et court vers moi, je lui hurle d'arrêter. Les secondes deviennent des minutes, les minutes des heures ; j'oublie tout ce qui m'entoure, le Lance ,Aleks et Bengt, je pense qu'à moi et au moyen de m'en sortir, j'ai l'impression de me dissoudre lentement dans un bloc de ciment mouillé, j'essaie de sortir ma jambe une première fois , en tentant de prendre appuie sur mon ski dans l'eau je ne le referais pas deux fois trop risqué, je tente alors d'utiliser l'autre ski toujours posé sur la glace , je sens le froid vif de l'extérieur, l'eau s'infiltre dans mes habits, mes poches, mes chaussures, les grosses moufles ; chaque élément pèse une tonne , je garde la tête à l'extérieur , j'essaie de m'allonger sur le dos  sans m'enfoncer trop dans cette soupe, j'arrive à tourné la tête puis à pivoter le haut de mon corps pour me retrouver quasiment sur le ventre, face à la glace solide , je me débarrasse des moufles, je suis coincé mais j'ai suffisamment de prise pour que mes doigts s'accrochent à la glace  ; mais tout vas si vite que la perceptive de mourir n'a pas l'occasion de trouver une faille dans mon esprit, de mes mains nus je continue de m'accrocher à la glace solide ,mon corps se sens toujours au chaud, je continue de faire bouger mon ski vers le haut, la spatule apparaît , je parviens à m'extraire du guêpier....Il faut faire extrêmement  vite Borge installe immédiatement le tente je l'aide avant de me jeter à l'intérieur , je veux enlever mes vêtements mais le froid à instantanément givré la fermeture éclair de ma veste , on découpe tout avec un couteau, j'enlève mes sous -vêtements, Borge m'apporte mon thermos l'eau est toujours chaude, je prends des rouleaux de papiers hygiénique les mouille et commencent à enlever le sel qui me colle à la peau, tout en me réchauffant un peu , petit à petit j'ai des frissons une sorte de choc thermique à assumer ; je suis gelé , les deux explorateurs nous ont rejoints il reste encore une vingtaine de kilomètres ;il nous faudra une journée et demi de marche pour rejoindre le bateau, Borge et moi nous arrêtons pour un dernier geste; on se prend dans les bras, on se remercie mutuellement , notre histoire se termine plutôt bien .