De génération en génération sur les hauteurs du Mont Canigou on est mineur comme le père de Félicie ou forgeron ou muletier , les pieds dans la neige d'avril à novembre . Félicie grandit dans ce monde rude où tout tourne autour de la richesse locale de fer ; solitaire , rebelle, intelligente la jeune fille n'aime que sa montagne , où elle vas cueillir les plantes médicinales. Félicie faisait le trajet à pieds pour aller à l'école de Valmanya , les autres enfants de la Pinouse restaient en pension à l'hôtel Mayneris ou dans une famille de Valmanya pour Félicie cela faisait trois ans que la mère était partie , le père n'avait pas les moyens de la laisser chez des gens du village , le peu qu'il gagnait alors suffisait à peine à étancher sa soif . Mademoiselle Marguerite était l'institutrice , Félicie l'aimait beaucoup elle lui apportait des champignons cueillis dans sa montagne des coriolettes , elle l'aidait à enfiler avec une aiguille les champignons sur un fil , ensuite il fallait les accrocher en guirlandes sous le toit de l'appentis , puis au bout d'une semaine elle n'avait plus qu'à les décrocher , les coriolettes avaient suffisamment ratatinées et durcies pour agrémenter un civet ou une omelette , préalablement jeter dans un bol rempli d'eau chaude ou les champignons retrouvaient en un instant leurs moelleux et leurs onctuosité . Elle sursauta en entendant la voix rauque de son père s'élever de la paillasse sur laquelle il s'était effondré la veille au soir, ivre une fois de plus , il lui avait décocher un coup de poing dans les côtes quand elle lui avait pris sa bouteille et s'était débattu violement quand elle l'avait obligé à remonter l'escalier jusqu'au dortoir, mais ses coups étaient moins précis lorsqu'il avait bu et elle savait s'y faire avec lui ; c'était un miracle renouvelé tous les matins qu'importait la quantité de vin qu'il avait bu la veille; il repartait toujours au travail le lendemain frais comme un gardon, d'aplomb sur ses deux jambes et la main aussi sûre . Les galeries qu'il étayaient étaient réputées les plus sûres de la mine et aussi ses quarante ans qui lui permettaient de ne pas être mobilisé tandis que les plus jeunes partaient depuis août par trains entiers pour le front . L'institutrice pour la remercier lui offrit quatre rousquilles enveloppées dans un mouchoir immaculé ,elle les avait ramené d'Arles sur Tech ou elle avait passé les vacances chez ses parents , ces délicieux gâteaux à l'enrobage meringué parfumés à l'anis et au citron Marguerite en raffolait, mais Félicie les trouvait trop sucrés elle n'en remercia pas moins l'institutrice avec effusion, puis elle lui offrit un livre , les lettres dorés du titre sur la couverture rouge dansaient devant ses yeux " La Légende des siècles " Victor Hugo ; Félicie était heureuse de ce présent. Comme elle quittait la place pressée de retrouver la solitude de sa montagne , elle entendit Hep la fille ! elle n'avait pas besoin de se retourner pour reconnaître la Séraphine de Los Masos , celle là c'était la pire ,"t'as ce que tu m'a promis , t'as mes herbes ? elle se dandinait d'un pied sur l'autre , sa nervosité faisait ressortir les vilaines plaques d'un rouge vineux qui boursouflait son cou et ses joues flaques ; la Séraphine souffrait d'une maladie de la peau , c'est le jeune berger Arquez qui croisait souvent Félicie dans les sentiers et les coins de cèpes et de coscolls qui lui avait commander de préparer pour la vieille bigote une teinture à base d'herbes del fetge qu'en français on appelait " hépatique" moyennant cinq sous ." Tu les as mes cinq sous, répondit Félicie sur le même ton." La Séraphine déposa à contre cœur une belle pièce blanche sur une pierre plate au bord du chemin et s'éloigna Félicie empocha la pièce avec gravité et déposa à sa place, un petit flacon renfermant la teinture souveraine contre les maladies de peau . "Apetit ( attention ) tu dois t'en badigeonner le visage et le cou surtout pas le boire !" "C'est du poison que tu me donne diablesse ! "en fixant le flacon d'un regard horrifié , c'est ma mort que tu veux, dis ? La vieille tremblait comme si la grande faucheuse elle même lui faisait face ; " Pas cette fois , la Fine Vella ! ( La vieille Fine ) Mais tu sais que si je veux ...La Séraphine s'empara du flacon et s'enfuit , l'index et l'annuaire tendus pour neutraliser les sortilèges de la sorcière. Alors Balthazar tu rêve ? dit Félicie en voyant son ami; depuis le jour où il l'avait trouvé endormie derrière un rocher entouré de genêts où elle s était mise à l'abri de l'orage , son apparition de vagabond en guenilles à la barbe hirsute ne l'avait pas effrayée, elle l'avait accompagné jusqu'à Saint-Anne en nommant tout au long du chemin les plantes qu'elle connaissait , il l'avait corrigé deux ou trois fois , lui en avait appris d'autres , elle était comme lui , elle paraissait ne pas avoir d'attache , elle était revenue lui rendre visite, elle n'avait que sept ans, depuis la barbe de Balthazar avait blanchit et Félicie avait appris sous sa direction , les secrets des herbes qui soignent ." Et où comptais tu aller après avoir effrayé cette pauvre folle !" " Je monte au col, ils prirent ensemble le chemin en lacets qui conduisait à la Bastide par le col de la Palomera . "Je t'assure Balthazar ; il y a des fois ou j'aimerai vivre en ermite , comme toi ! "On ne décide pas de devenir ermite à treize ans fillette! on le deviens peu à peu, au fil du temps ." Puis ils se quittèrent , Félicie grimpait droit devant elle avec détermination, agrippant une racine , une touffe de bruyère ou une branche basse pour se hisser plus vite, elle savait exactement où elle allait; elle insinua sa main dans une crevasse profonde creusé dans l'écorce d'un arbre , pour en retirer un petit sac de jute grossièrement cousu , elle vida le contenu sur une pierre plate et un flot de pièces s'en échappa, tous les sous et les centimes gagnés en effectuant de menu travaux , comme ramasser du bois pour le boulanger et en vendant aux uns et aux autres les herbes cueillis dans la montagne , et au milieu scintillait la belle et grosse pièce de cinq franc que Monsieur Legrand lui avait donné en échange de cèpes et des framboises qu'elle lui apportait dans des petits paniers en genêts tressés, elle y ajouta les cinq sous de la Séraphine. Le couteau s'abaissa et le couinement aigu du porc se termina en un gargouillement écœurant ; le sang gicla dans la bassine en zinc posée par terre , Louisette Martin , accroupie , les manches roulées au-dessus des coudes , plongea ses avant bras dans le liquide épais et fumant dans l'air glacé, qu'elle remuait pour l'empêcher de coagulé ; Lucien Marie tenait ferment la bête par les oreilles , l'animal se débattait de toute ses forces de ses cent vingt kilos . Avant la guerre , on faisait appel au mataïre qui montait de Joch avec tout son attirail à la lune vieille parce que la viande se conserverait mieux , il restait à Valmanya toute une semaine dans une maison différente, mais depuis la mobilisation le mataïre était partis au front . Chaque fin novembre Félicie venait chez les Payé pour la montaça , on la tolérait ; Louisette avait l'air contente de la voir , d'ordinaire on avait plutôt tendance à l'ignorer ; " Ne reste pas dans ton coin , viens t'assoir à table elle posa devant Félicie une assiette en faïence un peu ébréchée , elle versa dans l'assiette la soupe à l'orge perlée dans laquelle avait cuit une épaule de porc bien grasse , Félicie n'attendit pas que la soupe refroidisse , elle entreprit de la manger rapidement sous l'œil béat des trois femmes , sait t'on jamais si elles changeaient d'avis ? Mais ses hôtesses avaient maintenant hâte de la voir quitter les lieux , on lui glissa deux de ses bynols afin de bien lui montrer que son repas était terminé , Félicie se leva , la bouche pleine , elle ne quitta pas la pièce , tout en mordant à belles dents dans un beignet, elle alla se planter ostensiblement devant le plus grand plat posé sur la table où s'étageaient bien rangés en arc de cercle les premiers boudins sortis de la marmite ; la mère Payé comprit le message , avec un soupir excédé, elle en saisit trois quelle lui mis de force dans les mains , Félicie n'en demandait pas plus elle les mis dans son sac , remercia d'un signe de tête et s'en fut , digne et satisfaite. Trois c'était plus qu'elle espérait , il y en aurait un pour elle, un pour son père et il en resterait un pour Balthazar . Enfin , la voilà partie, ce n'est pas trop tôt ! Parole elle fait froid dans le dos , cette Félicie , ce n'est pas que je crois à toutes ces balivernes que racontent la Séraphine et ses pareilles, mais il faut reconnaître que cette gamine est étrange, particulière, toujours là , silencieuse dans son coin, à guetter chacun de vos mouvements sans avoir l'air, cela dit , pour une fois elle tombait à pic dans la cuisine : la mère Maynègre avec ses beignets, la pauvre, je ne sais pas ce qu'on en aurait fait , la padrina Payé et moi Comme quoi , même une enfant de la lune comme Félicie peut avoir son utilité, ma foi , une assiette de soupe et trois boudins ce n'est pas cher payé le service quelle nous à rendu ! Il faut bien que chacun vive et cette petite ne mange pas toujours à sa faim, si on en croit le cousin Marc, il faut dire que ce n'est pas son soiffard de père qui peut s'occuper d'elle! La gamine ne lui ressemble pas du tout , peut-être tient elle de sa mère ? Pas dans son goût , pour se faufiler partout en tout cas , je crois que le peu qu'elle à vécu à la Pinouse , je n'ai jamais vu la femme de Polyte au village ; je serai même incapable de dire à quoi elle ressemblait ? Finalement , la Félicie pourrait aussi bien ne pas avoir de parents du tout , cela ne changerait pas grand chose !Mais qu'est ce que je suis en train de radoter , moi ? Louisette ma fille , arrête de rêvasser ! Les hommes en ont fini avec la carcasse et ils sont affamés . si je ne veux pas me faire attraper par la sogra ( Belle Mère ) je ferais bien de mettre la table pour servir le repas de la matança. Par chance , Monsieur Legrand faisait de plus en plus appel à Félicie pour l'aider dans ses calculs ou ses mesures, il lui confiait aussi de temps à autre la distribution du carbure pour les lampes à l'entrées des équipes dans les galeries , quand il n'avait pas besoin d'elle , elle se joignait aux autres femmes pour trier et récupérer le minerai mélangé au rocher et à la terre qu'on extrayait sur les bords du filon . Abe se risquait à venir traîner autour de leurs jupes , il était aussitôt assailli de tant d'œillades et de roucoulades qu'il ne songeait plus à l'importuner , du moins pour le moment. La Saint Jean avait toujours été la fête préférée de Félicie , elle aimait la danse des flammes dévorant le bûcher auquel on mettait le feu pour célébrer la lumière en cette nuit de solstice d'été la plus courte de l'année . Une fois l'an , en cette nuit des feux , le ciel et les hommes étaient en harmonie ; du moins , ils auraient dû l'être , mais l'ombre de la guerre qui grondait au loin s'interposait entre eux, à coup de larmes, de prières et de voiles de deuil . Demain ils seraient sans doute plus nombreux que d'habitude à prendre tôt le matin , le chemin de Baillestavy ou le vieux Louis Paret , le curé de Rigarda célèbrerait l'office de la Saint-Jean . La tradition voulait qu'on profite de cette nuit magique pour aller cueillir certaines plantes porte-bonheur , réunies en un bouquet , le ramellet , confectionné suivant un rituel immuable ,ces herbes étaient ensuite accrochées au-dessus de la porte de chaque maison afin d'assurer santé et bonheur pour toute l'année ; à la Saint-Jean suivante on décrochait le ramellet séché pour le lancer dans les flammes du feu de joie . Félicie s'en fut derrière la grange des Pacall chercher la vieille couverture dont elle avait envelopper les branchettes de noyer , celui-ci déposé en croix servait seulement de support aux plantes magiques . Il suffisait que les feuilles soient bien brillantes et vertes, c'était plus joli , le jaune millepertuis, l'orpin l'herbe de vie et de mort , la camomille blanche et l'immortelle qu'on appelait aussi herbe de la Saint-Pierre , les plantes qui constituaient le coeur du ramellet .Elle aurait dû l'entendre , dans la neige , les pas crissaient , il avait dû sortir plus tôt pour que les flocons recouvrent la trace de ses pas ; elle était furieuse après elle même, n'avait elle pas été présomptueuse de croire qu'elle pourrait le tenir à distance , comme les autres !Grâce à son père , elle savait tenir à distance les ivrognes et , naïvement , elle pensait contrôler la situation , elle n'avait rien vu venir ; la neige brûlait ses jambes nues sous sa jupe , il respirait fort, haletant ,elle étouffait , le rocher meurtrissait ses épaules à travers son chandail, il n'avait toujours pas dis un mot, la jupe se déchira avec un bruit sec et il glissa un genou entre ses jambes pour la forcer à les ouvrir, l'homme appuie son avant-bras sur sa gorge pour l'immobiliser en gardant une main libre , elle suffoque , des tâches rouges dansent devant ses yeux, l'homme s'agite au-dessus d'elle, il agrippe ses fesses , laboure son ventre, l'homme s'agite toujours par soubresauts tel un sanglier, elle manque d'air ,elle est ailleurs , elle l'entend , mais ne sent plus rien, elle n'est pas là, sa vue se brouille, une douleur acide, aigue , comme une coupure de rasoir, la ramène à la réalité, le membre dur de l'homme l'a transpercé comme un épieu, il recule pour prendre son élan, s'enfoncer plus profond et relâche la pression de son avant-bras, elle se laisse glisser sur le côté, ses doigts tâtonnent , rencontrent l'arête d'une pierre , sa main se ferme , elle frappe de toutes ses forces, les yeux fermés , le sang jaillit éclabousse son visage, elle peut à nouveau respirer , écroulé dans la neige , il pressait ses mains ensanglantées sur son crâne . Elle entortille comme elle peut les morceaux de sa jupe autour de ses hanches et s'enfuit en serrant toujours la pierre tâché de sang dans ses poings fermés trébuchant à chaque pas elle se traîne jusqu'au torrent . Chaque fibre de son corps lui faisait mal , elle était épuisée comme si elle avait couru des heures dans la montagne, pendant de longues minutes , elle frotta ,frotta encore jusqu'à que sa peau rougisse à vif ; le sang et la semence mêlés étaient partis au fil de l'eau, elle frottait toujours. Au prix d'un énorme effort , elle s'obligea à se mettre debout , elle avait besoin de ses herbes pour calmer la brûlure qui dévorait son ventre et éviter toute conséquence funeste elles soignaient aussi bien les coliques que les vertiges , les palpitations, les rhumatismes ou les maladie de peau suivant qu'on les utilisaient en infusion ou en décoction ou qu'on en extrayait l'huile ; mais cette fois c'était à leurs propriétés abortives que Félicie entendait faire appel . En avait -elle vu pleurer, des imprudentes qui la suppliaient de les débarrasser du souvenir encombrant d'une nuit de fièvre et d'abandon ! Mais jamais elle n'aurait cru être un jour obligée d'utiliser ses talents sur elle même. Elle avait fait infuser les feuilles de rue ,et elle avait tout bu , la fièvre était venue , puis le sang, tantôt elle brûlait ,dégoulinait de sueur, tantôt elle grelotait , puis le quatrième jour, la fièvre était tombée, elle mourait de faim, enfin elle sortit de sa cachette . Puis un soir ,elle les vit apparaître , chancelant à la lisière du bosquet des pins , comme à l'accoutumée , Abe soutenait le père qui parvenait difficilement à mettre un pied devant l'autre ; Félicie ne s'était jamais sentie aussi calme, elle dégrafa un bouton de sa chemise afin de dévoilé la naissance de ses seins, puis elle entreprit de défaire sa natte, puis elle attendit, un léger grincement familier de la porte, un pas lourd , un peu traînant qui remonte vers elle, Abe en tient une bonne ce soir , tant mieux! Elle attends qu'il arrive à sa hauteur pour lancer dans ses jambes un caillou ,il atteint son genou et le fait trébucher ce faisant il pivote , aperçoit Félicie , elle le laisse s'approcher , puis s'enfuit , il part à sa poursuite, "Tu y as pris goût , hein , petite allumeuse, tu en redemandes ; de volte face en reculade, elle l'entraîne mètre par mètre vers le terminal du câble aérien , sobre , il se méfierait , mais l' alcool , le désir brouillent son esprit, il suit , encore un effort mon bonhomme on y est presque, il arrive près du trou maçonné profond d'une quinzaine de mètres, il est passé devant elle sans la voir, elle bondit, pousse de toutes ses forces , les paumes bien à plat, au niveau des reins ; Abe lance un cri inarticulé comme étonné, puis un choc sourd dont l'écho se prolonge le long des parois cimentées, et plus rien ....Félicie attends , elle retiens son souffle, elle fouille dans la ceinture de son pantalon à la recherche du ramellet qu'elle à confectionné en prévision de ce moment, elle le jette dans le trou , "Bonheur et longue vie à toi , sale punaise !"Ils mirent trois jours à retrouver le corps lorsque la civière remonta Marty intrigué par quelques feuilles séchées dans l'ouverture de sa chemise , tira délicatement dessus ;" un ramellet s'exclama t-il , il n'est même pas complet il manque l'immortelle et l'orpin , l'herbe de vie ".Laissant pour une fois ses compatriotes s'éloigner sans lui, un des chinois s'attardait près du ponton, c'était un des jeunes immobile dans ses vêtements de travail de courtil bleu, le visage impassible , il fixa Félicie un moment en silence avant de se détourné et de rejoindre les
samedi 10 septembre 2022
Les herbes de la Saint-Jean de Hélène Legrais
De génération en génération sur les hauteurs du Mont Canigou on est mineur comme le père de Félicie ou forgeron ou muletier , les pieds dans la neige d'avril à novembre . Félicie grandit dans ce monde rude où tout tourne autour de la richesse locale de fer ; solitaire , rebelle, intelligente la jeune fille n'aime que sa montagne , où elle vas cueillir les plantes médicinales. Félicie faisait le trajet à pieds pour aller à l'école de Valmanya , les autres enfants de la Pinouse restaient en pension à l'hôtel Mayneris ou dans une famille de Valmanya pour Félicie cela faisait trois ans que la mère était partie , le père n'avait pas les moyens de la laisser chez des gens du village , le peu qu'il gagnait alors suffisait à peine à étancher sa soif . Mademoiselle Marguerite était l'institutrice , Félicie l'aimait beaucoup elle lui apportait des champignons cueillis dans sa montagne des coriolettes , elle l'aidait à enfiler avec une aiguille les champignons sur un fil , ensuite il fallait les accrocher en guirlandes sous le toit de l'appentis , puis au bout d'une semaine elle n'avait plus qu'à les décrocher , les coriolettes avaient suffisamment ratatinées et durcies pour agrémenter un civet ou une omelette , préalablement jeter dans un bol rempli d'eau chaude ou les champignons retrouvaient en un instant leurs moelleux et leurs onctuosité . Elle sursauta en entendant la voix rauque de son père s'élever de la paillasse sur laquelle il s'était effondré la veille au soir, ivre une fois de plus , il lui avait décocher un coup de poing dans les côtes quand elle lui avait pris sa bouteille et s'était débattu violement quand elle l'avait obligé à remonter l'escalier jusqu'au dortoir, mais ses coups étaient moins précis lorsqu'il avait bu et elle savait s'y faire avec lui ; c'était un miracle renouvelé tous les matins qu'importait la quantité de vin qu'il avait bu la veille; il repartait toujours au travail le lendemain frais comme un gardon, d'aplomb sur ses deux jambes et la main aussi sûre . Les galeries qu'il étayaient étaient réputées les plus sûres de la mine et aussi ses quarante ans qui lui permettaient de ne pas être mobilisé tandis que les plus jeunes partaient depuis août par trains entiers pour le front . L'institutrice pour la remercier lui offrit quatre rousquilles enveloppées dans un mouchoir immaculé ,elle les avait ramené d'Arles sur Tech ou elle avait passé les vacances chez ses parents , ces délicieux gâteaux à l'enrobage meringué parfumés à l'anis et au citron Marguerite en raffolait, mais Félicie les trouvait trop sucrés elle n'en remercia pas moins l'institutrice avec effusion, puis elle lui offrit un livre , les lettres dorés du titre sur la couverture rouge dansaient devant ses yeux " La Légende des siècles " Victor Hugo ; Félicie était heureuse de ce présent. Comme elle quittait la place pressée de retrouver la solitude de sa montagne , elle entendit Hep la fille ! elle n'avait pas besoin de se retourner pour reconnaître la Séraphine de Los Masos , celle là c'était la pire ,"t'as ce que tu m'a promis , t'as mes herbes ? elle se dandinait d'un pied sur l'autre , sa nervosité faisait ressortir les vilaines plaques d'un rouge vineux qui boursouflait son cou et ses joues flaques ; la Séraphine souffrait d'une maladie de la peau , c'est le jeune berger Arquez qui croisait souvent Félicie dans les sentiers et les coins de cèpes et de coscolls qui lui avait commander de préparer pour la vieille bigote une teinture à base d'herbes del fetge qu'en français on appelait " hépatique" moyennant cinq sous ." Tu les as mes cinq sous, répondit Félicie sur le même ton." La Séraphine déposa à contre cœur une belle pièce blanche sur une pierre plate au bord du chemin et s'éloigna Félicie empocha la pièce avec gravité et déposa à sa place, un petit flacon renfermant la teinture souveraine contre les maladies de peau . "Apetit ( attention ) tu dois t'en badigeonner le visage et le cou surtout pas le boire !" "C'est du poison que tu me donne diablesse ! "en fixant le flacon d'un regard horrifié , c'est ma mort que tu veux, dis ? La vieille tremblait comme si la grande faucheuse elle même lui faisait face ; " Pas cette fois , la Fine Vella ! ( La vieille Fine ) Mais tu sais que si je veux ...La Séraphine s'empara du flacon et s'enfuit , l'index et l'annuaire tendus pour neutraliser les sortilèges de la sorcière. Alors Balthazar tu rêve ? dit Félicie en voyant son ami; depuis le jour où il l'avait trouvé endormie derrière un rocher entouré de genêts où elle s était mise à l'abri de l'orage , son apparition de vagabond en guenilles à la barbe hirsute ne l'avait pas effrayée, elle l'avait accompagné jusqu'à Saint-Anne en nommant tout au long du chemin les plantes qu'elle connaissait , il l'avait corrigé deux ou trois fois , lui en avait appris d'autres , elle était comme lui , elle paraissait ne pas avoir d'attache , elle était revenue lui rendre visite, elle n'avait que sept ans, depuis la barbe de Balthazar avait blanchit et Félicie avait appris sous sa direction , les secrets des herbes qui soignent ." Et où comptais tu aller après avoir effrayé cette pauvre folle !" " Je monte au col, ils prirent ensemble le chemin en lacets qui conduisait à la Bastide par le col de la Palomera . "Je t'assure Balthazar ; il y a des fois ou j'aimerai vivre en ermite , comme toi ! "On ne décide pas de devenir ermite à treize ans fillette! on le deviens peu à peu, au fil du temps ." Puis ils se quittèrent , Félicie grimpait droit devant elle avec détermination, agrippant une racine , une touffe de bruyère ou une branche basse pour se hisser plus vite, elle savait exactement où elle allait; elle insinua sa main dans une crevasse profonde creusé dans l'écorce d'un arbre , pour en retirer un petit sac de jute grossièrement cousu , elle vida le contenu sur une pierre plate et un flot de pièces s'en échappa, tous les sous et les centimes gagnés en effectuant de menu travaux , comme ramasser du bois pour le boulanger et en vendant aux uns et aux autres les herbes cueillis dans la montagne , et au milieu scintillait la belle et grosse pièce de cinq franc que Monsieur Legrand lui avait donné en échange de cèpes et des framboises qu'elle lui apportait dans des petits paniers en genêts tressés, elle y ajouta les cinq sous de la Séraphine. Le couteau s'abaissa et le couinement aigu du porc se termina en un gargouillement écœurant ; le sang gicla dans la bassine en zinc posée par terre , Louisette Martin , accroupie , les manches roulées au-dessus des coudes , plongea ses avant bras dans le liquide épais et fumant dans l'air glacé, qu'elle remuait pour l'empêcher de coagulé ; Lucien Marie tenait ferment la bête par les oreilles , l'animal se débattait de toute ses forces de ses cent vingt kilos . Avant la guerre , on faisait appel au mataïre qui montait de Joch avec tout son attirail à la lune vieille parce que la viande se conserverait mieux , il restait à Valmanya toute une semaine dans une maison différente, mais depuis la mobilisation le mataïre était partis au front . Chaque fin novembre Félicie venait chez les Payé pour la montaça , on la tolérait ; Louisette avait l'air contente de la voir , d'ordinaire on avait plutôt tendance à l'ignorer ; " Ne reste pas dans ton coin , viens t'assoir à table elle posa devant Félicie une assiette en faïence un peu ébréchée , elle versa dans l'assiette la soupe à l'orge perlée dans laquelle avait cuit une épaule de porc bien grasse , Félicie n'attendit pas que la soupe refroidisse , elle entreprit de la manger rapidement sous l'œil béat des trois femmes , sait t'on jamais si elles changeaient d'avis ? Mais ses hôtesses avaient maintenant hâte de la voir quitter les lieux , on lui glissa deux de ses bynols afin de bien lui montrer que son repas était terminé , Félicie se leva , la bouche pleine , elle ne quitta pas la pièce , tout en mordant à belles dents dans un beignet, elle alla se planter ostensiblement devant le plus grand plat posé sur la table où s'étageaient bien rangés en arc de cercle les premiers boudins sortis de la marmite ; la mère Payé comprit le message , avec un soupir excédé, elle en saisit trois quelle lui mis de force dans les mains , Félicie n'en demandait pas plus elle les mis dans son sac , remercia d'un signe de tête et s'en fut , digne et satisfaite. Trois c'était plus qu'elle espérait , il y en aurait un pour elle, un pour son père et il en resterait un pour Balthazar . Enfin , la voilà partie, ce n'est pas trop tôt ! Parole elle fait froid dans le dos , cette Félicie , ce n'est pas que je crois à toutes ces balivernes que racontent la Séraphine et ses pareilles, mais il faut reconnaître que cette gamine est étrange, particulière, toujours là , silencieuse dans son coin, à guetter chacun de vos mouvements sans avoir l'air, cela dit , pour une fois elle tombait à pic dans la cuisine : la mère Maynègre avec ses beignets, la pauvre, je ne sais pas ce qu'on en aurait fait , la padrina Payé et moi Comme quoi , même une enfant de la lune comme Félicie peut avoir son utilité, ma foi , une assiette de soupe et trois boudins ce n'est pas cher payé le service quelle nous à rendu ! Il faut bien que chacun vive et cette petite ne mange pas toujours à sa faim, si on en croit le cousin Marc, il faut dire que ce n'est pas son soiffard de père qui peut s'occuper d'elle! La gamine ne lui ressemble pas du tout , peut-être tient elle de sa mère ? Pas dans son goût , pour se faufiler partout en tout cas , je crois que le peu qu'elle à vécu à la Pinouse , je n'ai jamais vu la femme de Polyte au village ; je serai même incapable de dire à quoi elle ressemblait ? Finalement , la Félicie pourrait aussi bien ne pas avoir de parents du tout , cela ne changerait pas grand chose !Mais qu'est ce que je suis en train de radoter , moi ? Louisette ma fille , arrête de rêvasser ! Les hommes en ont fini avec la carcasse et ils sont affamés . si je ne veux pas me faire attraper par la sogra ( Belle Mère ) je ferais bien de mettre la table pour servir le repas de la matança. Par chance , Monsieur Legrand faisait de plus en plus appel à Félicie pour l'aider dans ses calculs ou ses mesures, il lui confiait aussi de temps à autre la distribution du carbure pour les lampes à l'entrées des équipes dans les galeries , quand il n'avait pas besoin d'elle , elle se joignait aux autres femmes pour trier et récupérer le minerai mélangé au rocher et à la terre qu'on extrayait sur les bords du filon . Abe se risquait à venir traîner autour de leurs jupes , il était aussitôt assailli de tant d'œillades et de roucoulades qu'il ne songeait plus à l'importuner , du moins pour le moment. La Saint Jean avait toujours été la fête préférée de Félicie , elle aimait la danse des flammes dévorant le bûcher auquel on mettait le feu pour célébrer la lumière en cette nuit de solstice d'été la plus courte de l'année . Une fois l'an , en cette nuit des feux , le ciel et les hommes étaient en harmonie ; du moins , ils auraient dû l'être , mais l'ombre de la guerre qui grondait au loin s'interposait entre eux, à coup de larmes, de prières et de voiles de deuil . Demain ils seraient sans doute plus nombreux que d'habitude à prendre tôt le matin , le chemin de Baillestavy ou le vieux Louis Paret , le curé de Rigarda célèbrerait l'office de la Saint-Jean . La tradition voulait qu'on profite de cette nuit magique pour aller cueillir certaines plantes porte-bonheur , réunies en un bouquet , le ramellet , confectionné suivant un rituel immuable ,ces herbes étaient ensuite accrochées au-dessus de la porte de chaque maison afin d'assurer santé et bonheur pour toute l'année ; à la Saint-Jean suivante on décrochait le ramellet séché pour le lancer dans les flammes du feu de joie . Félicie s'en fut derrière la grange des Pacall chercher la vieille couverture dont elle avait envelopper les branchettes de noyer , celui-ci déposé en croix servait seulement de support aux plantes magiques . Il suffisait que les feuilles soient bien brillantes et vertes, c'était plus joli , le jaune millepertuis, l'orpin l'herbe de vie et de mort , la camomille blanche et l'immortelle qu'on appelait aussi herbe de la Saint-Pierre , les plantes qui constituaient le coeur du ramellet .Elle aurait dû l'entendre , dans la neige , les pas crissaient , il avait dû sortir plus tôt pour que les flocons recouvrent la trace de ses pas ; elle était furieuse après elle même, n'avait elle pas été présomptueuse de croire qu'elle pourrait le tenir à distance , comme les autres !Grâce à son père , elle savait tenir à distance les ivrognes et , naïvement , elle pensait contrôler la situation , elle n'avait rien vu venir ; la neige brûlait ses jambes nues sous sa jupe , il respirait fort, haletant ,elle étouffait , le rocher meurtrissait ses épaules à travers son chandail, il n'avait toujours pas dis un mot, la jupe se déchira avec un bruit sec et il glissa un genou entre ses jambes pour la forcer à les ouvrir, l'homme appuie son avant-bras sur sa gorge pour l'immobiliser en gardant une main libre , elle suffoque , des tâches rouges dansent devant ses yeux, l'homme s'agite au-dessus d'elle, il agrippe ses fesses , laboure son ventre, l'homme s'agite toujours par soubresauts tel un sanglier, elle manque d'air ,elle est ailleurs , elle l'entend , mais ne sent plus rien, elle n'est pas là, sa vue se brouille, une douleur acide, aigue , comme une coupure de rasoir, la ramène à la réalité, le membre dur de l'homme l'a transpercé comme un épieu, il recule pour prendre son élan, s'enfoncer plus profond et relâche la pression de son avant-bras, elle se laisse glisser sur le côté, ses doigts tâtonnent , rencontrent l'arête d'une pierre , sa main se ferme , elle frappe de toutes ses forces, les yeux fermés , le sang jaillit éclabousse son visage, elle peut à nouveau respirer , écroulé dans la neige , il pressait ses mains ensanglantées sur son crâne . Elle entortille comme elle peut les morceaux de sa jupe autour de ses hanches et s'enfuit en serrant toujours la pierre tâché de sang dans ses poings fermés trébuchant à chaque pas elle se traîne jusqu'au torrent . Chaque fibre de son corps lui faisait mal , elle était épuisée comme si elle avait couru des heures dans la montagne, pendant de longues minutes , elle frotta ,frotta encore jusqu'à que sa peau rougisse à vif ; le sang et la semence mêlés étaient partis au fil de l'eau, elle frottait toujours. Au prix d'un énorme effort , elle s'obligea à se mettre debout , elle avait besoin de ses herbes pour calmer la brûlure qui dévorait son ventre et éviter toute conséquence funeste elles soignaient aussi bien les coliques que les vertiges , les palpitations, les rhumatismes ou les maladie de peau suivant qu'on les utilisaient en infusion ou en décoction ou qu'on en extrayait l'huile ; mais cette fois c'était à leurs propriétés abortives que Félicie entendait faire appel . En avait -elle vu pleurer, des imprudentes qui la suppliaient de les débarrasser du souvenir encombrant d'une nuit de fièvre et d'abandon ! Mais jamais elle n'aurait cru être un jour obligée d'utiliser ses talents sur elle même. Elle avait fait infuser les feuilles de rue ,et elle avait tout bu , la fièvre était venue , puis le sang, tantôt elle brûlait ,dégoulinait de sueur, tantôt elle grelotait , puis le quatrième jour, la fièvre était tombée, elle mourait de faim, enfin elle sortit de sa cachette . Puis un soir ,elle les vit apparaître , chancelant à la lisière du bosquet des pins , comme à l'accoutumée , Abe soutenait le père qui parvenait difficilement à mettre un pied devant l'autre ; Félicie ne s'était jamais sentie aussi calme, elle dégrafa un bouton de sa chemise afin de dévoilé la naissance de ses seins, puis elle entreprit de défaire sa natte, puis elle attendit, un léger grincement familier de la porte, un pas lourd , un peu traînant qui remonte vers elle, Abe en tient une bonne ce soir , tant mieux! Elle attends qu'il arrive à sa hauteur pour lancer dans ses jambes un caillou ,il atteint son genou et le fait trébucher ce faisant il pivote , aperçoit Félicie , elle le laisse s'approcher , puis s'enfuit , il part à sa poursuite, "Tu y as pris goût , hein , petite allumeuse, tu en redemandes ; de volte face en reculade, elle l'entraîne mètre par mètre vers le terminal du câble aérien , sobre , il se méfierait , mais l' alcool , le désir brouillent son esprit, il suit , encore un effort mon bonhomme on y est presque, il arrive près du trou maçonné profond d'une quinzaine de mètres, il est passé devant elle sans la voir, elle bondit, pousse de toutes ses forces , les paumes bien à plat, au niveau des reins ; Abe lance un cri inarticulé comme étonné, puis un choc sourd dont l'écho se prolonge le long des parois cimentées, et plus rien ....Félicie attends , elle retiens son souffle, elle fouille dans la ceinture de son pantalon à la recherche du ramellet qu'elle à confectionné en prévision de ce moment, elle le jette dans le trou , "Bonheur et longue vie à toi , sale punaise !"Ils mirent trois jours à retrouver le corps lorsque la civière remonta Marty intrigué par quelques feuilles séchées dans l'ouverture de sa chemise , tira délicatement dessus ;" un ramellet s'exclama t-il , il n'est même pas complet il manque l'immortelle et l'orpin , l'herbe de vie ".Laissant pour une fois ses compatriotes s'éloigner sans lui, un des chinois s'attardait près du ponton, c'était un des jeunes immobile dans ses vêtements de travail de courtil bleu, le visage impassible , il fixa Félicie un moment en silence avant de se détourné et de rejoindre les
lundi 23 mai 2022
Les fossoyeurs de Victor Castanet
Journaliste et citoyen , je n'ai aucune difficulté avec le fait que de grands groupes privés gagne de l'argent dans un secteur comme celui de la prise en charge de la dépendance . Ce livre vise à mettre en lumière les pratiques douteuses d'une entreprise devenue trente ans après sa création le numéro un mondial du secteur des Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ) et des cliniques . Un groupe qui gère aujourd'hui plus de 110 000 lits répartis dans plus de 110 établissements , sur 23 pays et trois continents. Une société qui ambitionne à court terme , de faire son entrée dans le CAC 40 : ORPEA . Il s'agit également de pointer les responsabilités du système de santé français et tout particulièrement des autorités de contrôle, en premier lieu des agences régionales de santé (ARS) qui à bien des égards , ont failli à leurs missions premières : s'assurer de la bonne utilisation de l'argent public et surtout protéger nos aînées . Cette enquête s'appuie sur ces entretiens , dont plus de 200 ont été enregistrés, et surtout un grand nombre de documents qui m'ont été transmis : les mails, des photos, des vidéos, des enregistrements, des documents médicaux, des documents comptables interne au groupe, des comptes d'emplois, des conventions tripartites, des décisions de justices, des rapports de l'inspection du travail ou des comptes rendus du contrôle de conseil départementaux . Si ce récit prend appui sur un établissement Les Bords de Seine situé à Neuilly sur Seine (Haut de Seine) mon enquête m'a conduit à couvrir une part non négligeable du territoire français. Je me suis rendu à Paris , dans les Hauts- de- Seine , le Finistère, la Vienne, L'Yonne, L'Hérault ; la Sarthe, La Loire-Atlantique, le Lot et Garonne , L'Aisne , la Marne , la Gironde, les Bouches du Rhône , le Vaucluse, le Tarn et Garonne , les Vosges en Corse et également au Luxembourg . Cette enquête , que j'ai mené pendant de long mois par temps calme, a été percutée au printemps 2020 par la crise du Covid-19 . Sûrement y a -t-elle alors trouvé un sens supplémentaire. Durant cette pandémie, qui a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en Ehpad , les faiblesses du système de santé français et l'opacité de certains grands groupes privés ont éclaté au grand jour. Malheureusement, ces failles étaient présentes depuis bien trop longtemps et laissaient entrevoir un tel drame. Saida Boulahyane presse le pas, il est 7H15 et, dans quelques minutes, elle commencera sa première journée de travail pour le groupe ORPEA . Depuis près de dix ans elle est auxiliaire de vie et elle a tout connu: Les Ehpad vétustes et souffreteux de banlieue parisienne à 1.800 euros par mois , les milieux de gamme à 2.500 euros , de bien meilleure tenue les premium à 4.000 euros , ou l'on prends soin des apparences. Mais lorsqu'elle se retrouve face à cet imposant bâtiment de sept étages aux larges balcons, colonnades et palmiers d'accueil , elle a le sentiment de passer dans une autre catégorie. Au delà de l'image les Bords de Seine comme tous les établissements au groupe doivent rapporter de l'argent. Les tarifs des chambres comptent parmi les plus élevés de l'hexagone . Au Bords de Seine , la chambre d'entrée de gamme , d'une vingtaine de mètre carrés coûte près de 6.500 euros par mois et les tarifs grimpent jusqu'à 12.000 euros pour la grande suite avec salle de bains et dressing 380 euros par jour et par personne, soit six fois le tarif moyen d'un Ehpad . Pourtant à ce prix là tout n'est pas compris , il faut encore payer l'accès Internet ( 25 euros par mois) les appels téléphoniques (0,15 centimes l'unité, l'entretien de votre linge, le coiffeur ou encore la pédicure. Seule les grandes fortunes françaises et internationales foulent ces moquettes épaisses .Les plus célèbres Mme Cartier , une excentrique princesse ,Françoise Dorin , femme de lettres et d'esprit, amoureuse éperdue de Jean Piat ,on y retrouve aussi d'anciens journalistes, d'ex haut fonctionnaires ou des proches de membres éminents de la politique française . Mais en ce milieu de juin 2016, lorsque Saida Boulahyane foule pour la première fois ce tapis rouge , aucune personnalité ne se profilent à l'horizon , lorsqu'elle arrive au quatrième étage , ou l'aide soignante de nuit l'attends pour la relève ; au niveau quatre les portes s'ouvrent sur un autre monde ; en un instant le paradis s'est transformé en enfer; " je n'avais rien vu de tel; j'ai 54 ans , de l'expérience dans de nombreux groupes Laurent Garcia , cadre infirmier confirme aussi les mois terribles qu'il à passés aux Bords de Seine , il m'alerte sur de nombreux cas de maltraitance , une gestion du personnel alarmante , des protocoles médicaux non respectés, des économies de bout de ficelle à tous les étages, le tout piloté par une direction cynique , en sa qualité de cadre infirmier , c'est lui qui évaluait les besoins en protections (couches) , en pansements , petit matériel médical, compléments alimentaires, gants de toilettes ...Mais ce n'était pas lui qui décidait : Bien sûr que je me battais pour mes soignants et les résidents, le combat était perdu d'avance, glisse t-'il désolé ; je n'avais droit qu'à une commande par mois et la plupart du temps elle était validée par le directeur d'exploitation puis revue à la baisse par la directrice coordinatrice qui écoutait sûrement les consignes du directeur de la division Iles de France rien ne passait s'en sa validation ; on n'avait aucun stock ; et on ne pouvais commander que le 25 du mois ,alors presque chaque mois , la dernière ou la première du mois suivant on se retrouvais en pénurie de couches .Il y avait alors toutes les aides soignantes qui accouraient dans mon bureau pour se plaindre, je comprenais leur colère , que pouvais je leur dire ? Je me rendais au septième étage du bâtiment pour s'expliquer avec la directrice coordinatrice qui était dans sa tour d'argent et je poussais une gueulante , c'est d'ailleurs pour ça que l'on ma remercié à la fin ; elle me demandais de me calmer et ne faisait rien .Saida Boulahyane me détaille les conséquences de ce rationnement ; une toilette était prévue le matin et une autre à 14 heures , puis il fallait attendre le soir , si l'un de ses protégés faisaient sur lui l'après-midi, elle était contrainte de le laisser dans ses excréments pendant plusieurs heures peu importe l'odeur, les conséquences sur sa santé et son bien être, elle évoque ainsi un pensionnaire atteint du trouble de comportement et d'excès de violence en train de tapisser les murs de sa couche pleine ivre de rage et de désespoir, elle raconte s'être retrouvée une fois à nouer des serviettes de bains à plusieurs pensionnaires, en guise de couches faute de mieux, la pénurie était si fréquente que des familles avaient décider d'acheter elle même les protections de leurs parents alors qu'elles versaient plus de 10 000 euros par mois, comment expliquer qu'un groupe international comme ORPEA rogne sur ce qui est pourtant la base du bien être d'une personne âgée les protections urinaires ! Si je disais quelques chose , j'avais l'impression d'être l'emmerdeuse du service; même l'alimentation était rationnée, au petit déjeuner deux biscottes s'ils en voulaient une troisième, ce n'était pas possible , c'est arrivé souvent qu'on n'avait pas de lait le matin ou pas de confiture. J'ai interrogé par la suite trois aides soignantes , dont une déléguée du personnel, un infirmier qui ont travaillés aux Bords de Seine à différentes périodes et à différents étages tous ont décrit la même situation. En parallèle des pénuries de matériels , l'autre difficulté majeure à laquelle étaient confrontés ces auxiliaires de vie et ces soignants, c'est le manque de personnels. Lorsque je demande à Saida Boulahyane combien de personnes travaillaient avec elle dans l'unité protégée du quatrième étage , habitée par quatorze résidents aux pathologies complexes et aux comportements instables , sa réponse est édifiante: je n'ose même pas en parler me dit-elle après un long silence, elle confie " nous étions deux en général , mais il m'est arrivée souvent de me retrouver toute seule du matin au soir 7h30 à 19h30 pour les gérer, les changer , les faire manger et ça plus d'une fois . Laurent Garcia prends le relais " c'est qu'on me demandait de ne pas remplacer les absences, ça les arrangeait bien qu'il y ait des absents, çà leur permettait d'économiser . Il faut savoir qu'un tiers de ces postes d'auxiliaires de vie et la totalité des postes d'aides soignants ne sont pas payés par les établissements, mais par les dotations publiques. Plusieurs familles dans les années 2016 et 2017 se plaignaient des repas rationnés , parle d'un personnel stressé , de pertes de vêtements, de disparition d'objets, souligne le temps anormalement long aux appels des malades, de soins d'hygiène, des difficultés dans l'administrations des médicaments, des bijoux volés. Madame Rousselle qui a mis sa mère à ORPEA grâce à ses visites répétées, commence à se rendre compte que quelques chose déraille plusieurs fois elle se retrouve face à des pensionnaires abandonnés dans un salon , un couloir , qui appellent à l'aide , au deuxième étage , celui de sa maman il n'y a la plupart du temps qu'une seule personne pour aider une bonne vingtaine de résidents à manger , cela entraineraient de graves problèmes de dénutrition à la résidence Neuilly sur Seine . Combien de fois les soignantes découvrirent à l'heure de prendre leur service les plateaux-repas du soir pas même entamés , abandonnés çà et là dans le réfectoire par une auxiliaire de vie dépassée. Je vais être informé pour mon enquête de dysfonctionnements plus préoccupants encore qui a lieu à la résidence des Bords de Seine , des affaires qui dépassent le cadre de la maltraitance et ou il est question de vie et de mort , de fin de vie , de souffrances et de silence. Hélène a été immédiatement saisie par la désorganisation de la résidence haut de gamme: le premier jour ou je suis arrivée, on était en 2014, il y avait une grand-mère qui avait été oubliée pendant 48 heures dans sa chambre, ils l'avaient complètement zappée ,elle n'avait ni bouffée ni rien , et le jour suivant il y avait une dame qui avait chuté qui se retrouvait avec plein d'ecchymoses et personne n'avait été informé, ni le médecin coordinateur, ni la famille c'était inacceptable . Mme Bourgat avait perdu en autonomie et semblait atteinte surtout moralement , pour autant sa situation était comparable à bien d'autres pensionnaires se retrouvant de manière inéluctable à vivre cet état de dégradation ; sa carte vitale avait été confié ainsi qu'une ordonnance à l'agent d'entretien de l'établissement à qui on avait donné pour mission d'aller chercher les traitements; branle bas de combat, Hélène informe immédiatement le directeur de l'établissement; la réponse ne se fait pas attendre , mais ce n'est pas celle à laquelle l'équipe soignante s'attendait ,ce n'est pas le responsable impliquée qui est mis sur la touche mais Hélène , la cadre infirmier serait privée d'une partie de ses accès soins médical Net Soins ; plusieurs infirmières auraient refusées d'administrer les différents traitements mais elles auraient subi une telle pression qu'elles avaient été contraintes de se soumettre et de procéder aux injections, une chose est certaine , 48 heures plus tard Mme Bougat est déclarée morte . Son fils , encore traumatisé par le départ de sa mère m'affirmera qu'il n'avait jamais été mis au courant de la mise en place de cette procédure extrême et n'avoir jamais formulé le moindre accord . M. Azzoui, Laurent Garcia , et M.Bouchara ne resteront pas longtemps en poste aux Bords de Seine ces directeurs cadre infirmier donnerons leur démission ou serons licencié en moins d'un an de prise de service ainsi va la vie aux Bords de Seine . Lorsque l'on me parle pour la première fois de l'affaire Françoise Dorin il me faut avouer que je ne connaissais pas le parcours de cette femme, son histoire d'amour avec Jean Piat débuta quarante cinq ans avant son entrée aux Bords de Seine il venait de quitter la comédie française et elle lui offrit son premier rôle de boulevard dans une pièce au nom prédestiné "le Tournant" ils ne se quittent plus ; l'animatrice Catherine Ceylac, lors d'un hommage à Jean Piat ,en septembre 2018 eut ces jolis mots " Le théâtre était l'affaire de leur vie ; elle écrivait , il jouait " . " Si vous voulez vous débarrasser des gens que vous aimez à moindre frais , il y a une place de libre désormais au 2èime étage à gauche en sortant de l'ascenseur " ( Avis laissé en avril 2018 sur Google par Thomas Hitsinkidès l'un de ses petit fils ) Une aide soignante qui passe chaque jour faire la toilette de Françoise Dorin remarque deux semaines après son admission, l'apparition de rougeurs et le signale à Amandine qui préconise l'installation d'un matelas anti-escarre , l'information sera transmisse à la cadre infirmière , malheureusement la résidence des Bords de Seine ne possède pas de matelas de ce type en stock, quarante huit plus tard , Françoise Dorin peut enfin allonger, son corps meurtri sur un matelas adapté , elle vas hélas être victime d'une double défaillance , le lendemain de la mise en place , l'infirmier se rends compte que le matelas livré est défectueux "ça bipait dans tout les sens !" le matelas n'avait pas gonflé pourtant un matelas anti-escarre ça met vingt minutes à gonfler , on a couru dans la chambre voisine qui était vide où on a pris un matelas classique. Les jours passent et Mme Dorin ne se sent pas bien à partir de là elle n'a plus voulu s'alimenter , en parallèle , l'état de son escarre , qui se situe au niveau du sacrum se détériore d'heure en heure la plaie devient de plus en plus profonde , pourtant durant plus de dix jours personne ne prendra la peine d'informer la famille ; malheureusement l'escarre ne se résorbe pas et face à cette situation qui empire ,une réunion d'organisation finit par être organisé , le 24 novembre en présence du directeur adjoint et de la psychologue afin que sa fille soit mise au courant ; la cadre infirmier à minimiser les choses et s'est montrée rassurante envers sa fille à cet instant le médecin coordinateur de l'établissement n'avait toujours pas été prévenu , pas plus que le médecin traitant . Les jours passent et le mal devient de plus en plus profond , le 27 décembre Mme Dorin est envoyé à l'Hôpital Beaujon pour valider la pause d'un pansement VAC un dispositif qui aspire les impuretés d'une plaie pendant plus d'une heure sa fille assiste au rendez-vous , ce qu'elle découvre ce matin là , la marquera à vie ; l'infirmière de l'Hôpital soulève le drap , et là je vois un trou béant , au niveau du sacrum plus gros que mon poing , même l'infirmière aura un moment de recul se dit choquée de l'état de la patiente et invite sa fille à prendre une photo pour conserver une preuve . Sylvie demande en urgence à parler au médecin coordinateur ORPEA , ce dernier ce serait excuser d'emblée reconnaissant qu'il y a eu des erreurs commises , qu'il n'avait été prévenu que le 12 décembre un mois après l'apparition de l'escarre. Il ne reste que deux semaines à vivre à Françoise Dorin , ce seront quinze jours de souffrances terribles , Mme Dorin ne criait pas, elle m'agrippait le bras à chaque soins au point presque de m'arracher la peau, je voyais dans ces yeux affolés à quel point elle souffrait , elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Le 12 janvier , elle décède après des semaines de souffrances indicibles , à l'âge de 84 ans , sans un bruit . Malheureusement deux autres résidentes des Bords de Seine ont vécu les mêmes souffrances , le développement d'une escarre jusqu'au stade 4. Les dirigeants de l'histoire d' ORPEA sont peu connu du grand public, son fondateur docteur Jean-Claude Marian, un neuropsychiatre de formation est un homme peu avenant , austère , toujours impeccable dans son costume gris ,il est économe en mots et a le sourire rare . Les témoins du premier cercle évoquent surtout une pingrerie légendaire et un intérêt limité et tardif pour les questions de qualités . Marian adorait raconter sa légende , il avait récupéré une maison de retraite totalement vide , le gros œuvre avait été payés par la mairie, mais lorsqu'il reçu les premières demande de prises en charges , il n'y avait aucun meubles , rien qui ne pouvait assurer la vie quotidienne normale d'un Ehpad , il est allé chez Ikea et je dirai presque que c'était de la cavalerie, mais il n'a pas acheter 100 lits et le mobilier adéquat pour équiper sa maison de retraite ; il a n' acheter seulement 2lits pour accueillir ses deux premiers pensionnaires er avec les revenus issus il a acheter 2 autres lits ainsi de suite jusqu'à arriver aujourd'hui à des dizaines de millions de lits ; c'est du Marian tout craché, il se vantait d'avoir fait un investissement minimum, et l'élément chef, l'ADN, ORPEA il est vraiment là : réussir à organiser la prise en charge de personnes âgées dépendantes dans le contexte budgétaire le plus restreint possible , lorsque vous avez compris çà , vous avez compris ORPEA ! Cette éthique de l'efficacité au détriment de l'humain s'affine au milieu des années 1990 ; Jean-Claude Marian s'était associé à un certain Pierre Maillard ils se sont rencontrés dans le courant des années 80 , Jean-Claude Marian avait alors une société spécialisée dans la conception d'établissements de santé , et Pierre Maillard découvrit le travail de gestionnaire d' Ehpad , ils décidèrent de mettre en commun leurs compétences , et se répartirent les rôles à Maillard le Lyonnais rigoureusement respecté , la gestion opérationnelle des établissements ; à Marian le Parisien visionnaire, la direction stratégique , le travail de développement et la conception des futurs projets immobiliers. durant une petite dizaine d'années le duo Marian , Maillard vas fonctionner à merveille , le nombre d'établissements augmentent mois après mois , et Maillard parvient à imposer une discipline budgétaire tout en laissant de la liberté à ses directrices (à l'époque , ce ne sont que des femmes) Petit à petit les visions des deux hommes divergent, Marian poussé par les banques, cherche toujours plus de rentabilité. Il entends reprendre en main le management de ces établissements et mandate un temps une société de consultants, Euro force , pour optimiser les profits ;les directrices commencent à perdre en autonomie; on leur impose des coupes dans le personnel et de nouvelles techniques de remplissage . Pierre Maillard de moins en moins en accord avec les consignes du siège quitte le navire. Ce nouvel ORPEA , deux hommes vont en être les grands artisans ; il y a d'abord Yves le Masne , bras droit de Marian, il ne prévoit jamais que sa marge puisse reculer ; Yves le Masne sait donner aux investisseurs ce qu'ils attendent : de la stabilité, de la rigueur et de la croissance . Yves le Masne devenu directeur administratif et financier, passe à l'action, en bon contrôleur de gestion , il veut avoir sous la main , en permanence quasi instantané tous les chiffres chefs de ses établissements , des masses de données se mettent à affluer au siège. Mais il manque pour compléter le trio gagnant , Jean-Claude Brdent , il a le sourire carnassier des personnalités dominatrices , Jean-Claude Marian le nomme directeur d'exploitation d' ORPEA et il ne laissera rien passer , quand la réforme des 35 heures est passée dans les années 90 Martine Aubry ministre des affaires sociales dans le gouvernement Jospin , les entreprises pour profiter des aides de l'Etat qui accompagnaient la réforme ne devais pas avoir licencié Brdent donna la consigne de "pousser à la sortie " en moyenne deux employés par résidence sans passer par une procédure de licenciement pour obtenir des aides sans augmenter sa masse salariale ( cette réforme était de lutter contre le chômage) Le système ORPEA va alors prendre de l'ampleur les nombreuses techniques employées par le groupe visant à profiter de l'argent public via quatre biais différents : 1 En dépassant le nombres de lits dans des conditions obscures 2 En réduisant le nombres de postes de soignants et de médecins , pourtant règlementaires; 3 En maximisant le coût de chaque patient pour l'Assurance Maladie et les Mutuelles : 4 En instaurant des remises de fin d'année ( RFA) sur l'ensemble des produits médicaux payé par l'argent public . Pour un Ehpad de 100 résidents , le forfait " Soins" est d'environs 70 0000 euros; si votre établissement ne dépense que 60 0000 euros les 15% de RFA s'appliqueront sur cette somme ; et votre siège ne recevra que 9000 euros de RFA au lieu des 10 500 envisagés . L'autre effet pervers des RFA c'est donc d'inciter les gestionnaires d' Ehpad à dépenser le maximum d'argent public , à utiliser toute leurs dotations "Soins" indépendamment des besoins de l'établissement . Le groupe Bastide offre donc la possibilité à des clients de mettre en place des RFA pour qu'ils puissent aussi profiter indirectement de l'argent public , et il leur promet de vider leur forfait "Soins" en acceptant toutes les commandes possibles et (in) imaginable en fin d'année . Ce système ORPEA le mettra aussi en place pour les intervenants comme les coiffeurs dont le système s'est retrouvé à demandé d'une coupe classique à 30 euros est passé à 50 euros ; pour les kinésithérapeutes le groupe à exiger qu'ils paient eux aussi une redevance de 10% minimum estimant qu'ils leurs faisaient bénéficier d'une clientèle et que cela avait un prix et le troisième intervenant extérieur dans les Ehpad est le plus important , il s'agit du laboratoire de biologie médicale au fil des années ORPEA s'est mis en tête que ses pensionnaires lui appartenaient et qu'il n'étaient pas normal que d'autres en profitent gratuitement . Si des laboratoires voulaient prélever des pensionnaires il faudrait désormais payer , ainsi en 2014 le service achat du groupe à décider de lancer des appels d'offres partout en France pour mettre en place des partenariats avec des laboratoires prêts à payer . Autres méthodes pour remplir les établissements pour toucher le maximum d'argent prendre 20% de personnes handicapées mentales ou physiques dans ces dérives inappropriées à la prise en charge dans un Ehpad ,il y a eu notamment des drames , tels que des agressions envers des résidents atteints d' Alzheimer ayant entraîner des décès suite à des violences physiques sur des personnes vulnérables. L'autre point essentiel qui rend ce secteur si profitable pour les groupes privé, c'est que cet agrément est totalement gratuit ; l'Etat ne leur demande rien en échange alors même que cette autorisation leur rapporte beaucoup d'argent . Toujours est-il que ni ORPEA , ni KORIAN , ni DOMAST ni aucun groupes privés n' a jamais payer le moindre centimes à l' Etat en contre partie de centaines d'autorisations d'exploitations qui leur ont été accordées , et ce malgré les milliards qu'ils engrangent chaque année. Aucun des ministres de la Santé qui se sont succédé depuis ls années 90 n'a jamais pensé à remettre en cause ce système ; soit en décidant de le libéraliser totalement , soit en mettent en place une redevance en échange de l'octroi de ces agréments ; c'est le cas de Jean-François Vitoux aujourd'hui à la tête du groupe associatif Arpavie après avoir taclé ses principaux concurrents toujours prompts à se plaindre du montants des subventions qui leurs sont accordées " il est trop facile , certains qui en font profession depuis plus de vingt ans , de réclamer plus d'argent public " aucune réaction de la part du ministre de la santé à l'époque Agnès Buzyn . Depuis trente ans des jeux d'influences , des affaires de délits initiés à la corruption , des pots de vin , ou encore une main mise du milieu politique . Durant les années Sarkozy, Mme Bachelot a été nommée ministre de la Santé et des Sports ,mais ce que l'on ne sait pas forcément , c'est qu'elle ne s'occupait pas des questions liées aux grand âge, à la dépendance , aux maisons de retraite , tout un pan de santé lui avait été refusée , ce qui l'avait mise à l'époque hors d'elle . " On m'avait dit : Vous n'avez pas le médicaux social , ça reste chez Xavier Bertrand qui alors était ministre du travail " Je trouvais çà stupide parce que l'on me demandait dans le même temps une réforme la loi " Hôpital " (patient , santé et territoire de 2009 qui à pour but de décloisonner le système santé , et on ne me donnait pas toutes les clefs pour le faire" elle décida d'en parler au premier ministre François Fillon qui ne voulut rien entendre . Si le groupe ORPEA à officiellement sa première maison de retraite en Charente-Maritime en 1989 son premier gros coup , qui va véritablement le faire changer de catégorie s'est déroulé dans l' Aisne au début des années 90 le groupe ne possèdent qu'une dizaines d'établissements dans toute la France ; va obtenir en quelques mois , la gestion de sept Ehpad dans le département d'élection de Xavier Bertrand : à Saint-Quentin, Soissons, Fère-en Tardenois, Château-Thierry, Beaurevoir, Hirson et Tergnier ; sept Ehpad coup sur coup , dont une bonne partie à été financer par un office HLM , pour le groupe s'était une affaire en or. Au début de la crise au Covid 19 qui allait être particulièrement meurtrière pour les pensionnaires d' Ehpad ( plus de 30 000 morts ) selon les données publiques de Santé France , le groupe à beau répéter qu'il avait tout mis en œuvre pour lutter contre la pandémie , les délégués syndicaux se sont plaints , d'un manque important de masques FFP2, de tabliers jetables et de surblouses dans plusieurs Ehpad ORPEA, notamment aux Terrasses de Mozart à Paris à la résidence Klarène située en Seine et Marne ou encore aux Bords de Seine la luxueuse résidence de Neuilly sur Seine . En pleine tempête du Covid 19 deux des trois principaux dirigeant ont choisit brutalement de quitter le navire ORPEA . Le premier à avoir franchit le cap est le fondateur du groupe Jean-Claude Marian à vendu le 21 janvier 2021 la totalité du solde de ses actions soit 6,3% du groupe et empoché par la même occasion de quoi mettre sa famille à l'abri pendant plusieurs siècles : 456 millions d'euros ! Quelques mois plus tard c'est le numéro deux du groupe l'incontournable Jean-Claude Brdent qui décide d'emboîter le pas au fondateur après avoir travailler plus de vingt trois ans dans le groupe ; M.Brdenk s'est fait élire en mai 2020 vice-président du Synerpa , le premier syndicat des maisons de retraites privées; il pourra donc continuer à influer sur le secteur de la dépendance et à collaborer avec le groupe ORPEA. Le Défenseur des droits privés présidés à l'époque par Jacques Toubon , à quelques mois plus tard remis un rapport accablant sur la gestion des Bords de Seine soulignant un grand nombre de manquements ; il conduit notamment que plusieurs résidents " Ont fait l'objet d'atteintes à leurs droits fondamentaux en raison de leur perte d'autonomie et ont subi des agissements ayant pour effet de porter atteinte à leur dignité et de créer un environnement hostile, dégradant et humiliant ce qui caractérise l'existence d'une discrimination ... Peu importe la dureté de la condamnation , chaque fois que je pense à ces hommes et à ces femmes dont la fin de vie à été si inutilement douloureuse, de ces économies réalisées sur le dos des pensionnaires, notamment via le système des RFA, auraient permis à ORPEA d'organiser chaque années des séminaires hors de prix où le champagne coulait à flots et où l'on s'assurait de la docilité de centaines de directeurs d'ORPEA en leur offrant les plus grandes stars du moment . Comment a-t-on pu laisser faire cela ? Qui est responsable ? Nous tous d'une certaine manière pour avoir trop longtemps détourné le regard , mais au-delà de cette responsabilité collective , c'est l'appareil étatique , le Système Santé Français qui doit être questionné et remis en cause . Les agences régionales de santé , censées être les garantes de l'uniformatisation de la qualité des soins sur tout le territoire ont failli ; elles ont échouer à s'assurer que l'argent public dont elles étaient responsables étaient utilisés à bon escient. Elles ont échoué à garantir le bien être de nos aînés placé en maison de retraite . L'Etat à tout simplement pas fait le poids face à un grand groupe privé comme ORPEA ; ses agents ses inspecteurs n'ont eu ni les moyens suffisants , ni les compétences nécessaires pour réaliser des contrôles efficaces des grands gestionnaires d' Ehpad ; ils ont été aveuglés pendant des décennies par des groupes tout à fait conscients de leurs supériorité. Alors que je mets un terme à cette enquête qui m'a tenu en haleine pendant près de trois ans j'ai été le porte voix de centaines de personnes qui ne supportaient plus de voir ce modèle destructeur prospérer. Des auxiliaires de vie , des aides soignants, des infirmiers, des cadres de santé, des directeurs d' Ehpad , des familles de pensionnaires, des apporteurs d'affaires, des salariés du siège, des élus du personnel, des dirigeants de grands groupes privés, des fonctionnaires de l'Etat et d'anciens ministre de la Santé.
jeudi 21 avril 2022
La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben
vendredi 25 mars 2022
Survivant des glaces de Mike Horn
dimanche 6 février 2022
L'Archipel du Chien de Philippe Claudel
L'histoire se passe sur une île, ni grande, ni belle qui à vomi pendant des millénaires sa lave, ses scories fertiles, on l'appelle le Brau , son cratère est enfoui le plus souvent dans un édredon de brume, elle s'est martelée du battement du sang des hommes; il y a des vignes ,des oliveraies , des câpriers chaque arpent cultivé témoigne de l'opiniâtreté d'ancêtres qu'ils l'ont arrachée au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur; le chien comme on l'appelle ici crache des saisons inhumaines, l'été, assèche les hommes et les terrasses, l'hiver, les transit de vents aigus et pluies froides, leurs maisons sont en pierres de lave mal jointoyées, elles sont dures inconfortables et sombres, on y étouffe , on y gèle . C'est un lundi matin de septembre sur la plage que tout commença ; on l'appelle la plage faute de mieux, même si personne ne peut s'y étendre car elle est faîte de galets volcaniques râpeux et blessants. La Vieille s'y promenait , c'est l'ancienne institutrice , elle est née ici et elle y mourra , elle à près de 80 ans , elle fait sa promenade chaque matin aux premières heures du jour, avec son chien, soudain le chien s'arrêta, aboya et se lança dans une course folle qui l'amena à une cinquantaine de mètre vers trois formes longues que la houle avait jetées sur le rivage, le chien les huma, se tourna vers la Vieille et lança une très longue plainte, au même instant deux hommes aperçurent aussi les formes sur la grève Amérique un célibataire, un vigneron, un homme à tout faire qui vient de temps à autre récupérer ce que le courant échouait là ( bidons , planches , cordages ..) il y avait aussi Spadon qu'on appelait ainsi car tout en étant pas très malin , c'est s'en aucun doute le plus fin pêcheur d'espadons de l'île, il travaille aussi pour le Maire qui est le plus grand patron de l'île il possède trois bateaux à moteurs et des installations de chambre froide .La Vielle parla la première " Qu'est ce que vous attendez ? Tirez les ! Vous ne pouvez pas les laisser comme ça! Retournez les! ils finirent par faire basculer les corps et soudain le visage des morts apparut , ils n'avaient pas vingt ans, la Vieille et les deux hommes se signèrent en même temps. La Vieille dit : Amérique ,as tu une bâche dans ta carriole ?Amérique acquiesça; il s'éloigna " Toi Spadon vas prévenir le Maire , ne parle à personne d'autre , la Vieille resta près des corps d'hommes noirs et jeunes. moins d'une demi heure plus tard le Maire arriva suivit de Spadon et celle du Docteur , soudain une voix nouvelle s'éleva et les fit tous sursauter , c'était l'Instituteur, il n'était pas de l'île un étranger donc , il avait une femme et deux jumelles . Qu'est ce que vous fabriquez ici ! lui jeta le Maire , je courais , j'ai vu la charrette et l'âne d'Amérique et vous tous au loin et puis la bâche , je me suis dit que ... que tout ça n'était pas normal! qu'il avait du se passer quelque chose de grave Mon Dieu ! Laissez Dieu en dehors de tout ça ! dit la Vieille l'Instituteur se tut ; plus personne ne parla , il était tôt à peine huit heures . Le Maire reprit : Nous sommes six ici ; six à savoir , six à se taire jusqu'à ce soir où nous nous retrouverons à la mairie à neuf heures, je vais réfléchir à la marche à suivre. La marche à suivre ? s'étonna l'Instituteur taisez vous coupa le Maire ce soir nous discuterons , mais d'ici là si l'un d'entre vous parle de çà à qui que ce soit où si l'un d'entre vous ne vient pas ce soir , je dépends mon fusil et je lui fais son compte. Spadon saisit le premier cadavre sous les aisselles, le Maire le prit aux pieds ils le hissèrent dans la carriole et firent de même ensuite pour les deux autres; le Spadon déposa la bâche sur eux et la noua. On ne vit plus rien que du plastique bleue, la plage retrouva son impassible solitude . A neuf heures , le Maire ferma la porte de la salle du Conseil tira les rideaux de velours, puis il regarda un à un les présents , il ne manquait personne de ceux qui se trouvait le matin même sur la plage. "Spadon et moi avons mis les dépouilles en lieu sûr dans un endroit ou personne ne peut les trouver , et dont je suis le seul à avoir la clé ." "J'ai passé la journée à réfléchir à ce qui conviendrait de faire et je suppose que vous aussi" ; l'Instituteur interrompit le Maire " Comment ce qu'il faut faire ! mais nous devons avertir les autorités ! Quoi d'autre ! Je ne comprends pas ce que nous faisons ici , ni ce que vous attendez pour vous mettre en contact avec la police et un juge ." Je vous rappelle que ma fonction de Maire me donne des compétences en matière de police sur cette île et si je n'ai aucune compétence en matière de justice , c'est à moi qu'il incombe tout de même de décider lors d'un premier temps si cela en vaut la peine ou non de déranger un enquêteur et un juge du continent . " Les avez vous autopsiés Docteur ?coupa l' Instituteur ; inutile répondit le Docteur la noyade est hélas évidente , nous savons bien où les trois hommes voulaient aller ; l'embarcation sur laquelle ils étaient a chaviré, ils sont morts noyés , la mer tolère souvent que les hommes glissent sur son échine , mais parfois elle s'irrite et dévore quelques uns d'entre eux . Soudain la porte s'ouvrit avec lenteur on aurait pu croire à nouveau que c'était le vent qui poussait le battant , mais le Curé apparut avec ses lunettes de myopes , le Maire ne le laissa pas pénétrer davantage . "Mon père , je vous prie de nous excuser , mais nous sommes occupés dans une réunion importante et je ne ... Ne vous fatiguez pas l'arrêta le Curé , je sais pourquoi vous êtes ici ; les corps des nègres sur la plage ce matin ; on m'a tout raconté, une personne s'est ouverte à moi dans le secret de la confession , elle se trouve ici , qu'elle n'est aucune crainte , jamais je ne la trahirai. Le Maire contractait ses mâchoires et poursuivit " Si la presse soudain se déchaîne et dresse notre île un portrait déplorable comment dans ces conditions conclure le projet pour les Thermes ; pensez vous que ces messieurs seraient encore d'accord pour investir des millions et construire leur complexe. Notre terre est si fameuse par ses sources d'eau chaudes , ses paysages, son vin, son huile, ses câpres deviendrait celle sur laquelle viennent s'échouer des cadavres venus d'Afrique, nos eaux pures seraient celle dans lesquelles des morts trempent, marinent et pourrissent . Je suis le Maire, reprit-il j'ai la charge du présent et dois aussi songer à l'avenir de notre île; le projet des thermes va créer des emplois , je ne veux pas ruiner ce projet . Où les as tu mis ? la voix de la Vieille tomba dans le silence , en lieu sûr , je l'ai déjà dit , qu'est ce que ça vous apportera de le savoir ? Tu veux notre silence ? Moi je veux la vérité c'est tout ! Il constata que tous les autres le regardaient sans exception , attendant qu'il réponde " Dans ma chambre froide , finit-il par dire à voix basse , dans votre chambre froide ? avec les poissons? dit l'Instituteur qui paraissait scandalisé et tout à la fois apeuré , vous auriez voulu que je les mette où ? dans mon lit ?Deux jour plus tard , les trois noyés, le Maire , le Docteur, le Curé , l'Instituteur et le Spadon transportèrent les cadavres toujours entortillés dans la bâche bleue, ils se rendirent au Nös dé Boss qui est un grand rocher rouge , les trois corps s'étaient soudés en un seul ils les basculèrent dans un gouffre , le Curé dit la prière , sautant un mot sur trois, on se signa , on n'entendit rien , on aurait pu croire que les trois cadavres chutaient à l'infini, s'en jamais s'écraser contre un replat, une corniche , ni même au fond du gouffre. Mais l'Instituteur ne tiendra pas sa langue et l'on vit débarquer sur l'île quelques temps après un policier ,on ne lui confiait que des missions discrètes ,il était en quelques sorte son propre maître et il avait tout son temps . Mais le Maire vas détourner l'attention de cette affaire en incriminant l'Instituteur de pédophilie envers une fillette de l'école , celui ci ne ^pourra pas se défendre contre tous les gens de l'île et sachant que tout cela était un complot contre lui , le désespoir s'empara de lui et il se suicidera . Qu'est ce que la honte, et combien la ressentirent ;ils avaient tué l'Instituteur , il faut le dire. Certes ils ne l'avaient pas tués de leurs mains , mais ils avaient construit sa mort , comme on assemble un mur pierre par pierre, sa mort était une œuvre commune . Sa femme ne s'y est pas trompée qui dans la nuit suivante , la nuit de douleur et de stupeur , frappa des deux poings à chaque porte , moins pour qu'on lui ouvre que pour désigner que derrière cette porte qui demeurait close se terrait un coupable et elle cracha sur chaque porte, n'en n'oubliant aucune, tout en lançant des hurlements de louve dans toute les ruelles de la ville. Les bateaux revinrent au port dix jours après en être partis , les cales aussi vides qu'à l'aller ,ils descendirent de leur navire sans dire un mot . Aussitôt des bouches parlèrent de malédiction . Quand on ne comprends pas certains fait, il est aisé de recourir à la magie et au surnaturel. Il se murmura que les fillettes de l'Instituteur avaient des regards de sorcières, qu'elles avaient maudit l'île, que les hurlements de la veuve la nuit suivant la mort de son époux avaient déposé dans chaque maison les sortilèges de la vengeance et aussi du mal . Amérique , qui avait perdu toutes ses vignes brûlées sur pied, alla se faire embaucher sur le continent ; on retrouvera Spadon pendu un matin dans la chambre froide où le Maire et lui avaient entreposé les corps des noyés, tout disparut des cultures sous les rivières de lave lente et pâteuse que le Brau vomit pendant deux jours, au printemps suivant ; les quelques vignes et vergers des collines du Ross qui avaient échappées aux coulures du magna séchèrent dans les semaines qui suivirent et jamais ne reverdirent ; le Curé mourut après ses abeilles , il vit ses essaims dépérir faute de fleurs à butiner , le Docteur passa plusieurs semaines alité, avec une forte fièvre, il délirait ,il se soigna avec des tisanes de thym , des petits verres de marc chauffé , il eut des sommeils hypnotiques , encombré de visions, il guérit ,sa première visite fut pour le Maire . Il lui raconta ses délires de fièvre , La plage devenait un vaste cimetière à ciel ouvert , une charpente ardente et froide et il avait nous autres, habitants de l'île, de cette île qui est la seule habitée de toutes les îles de l'Archipel du Chien, habitée par des hommes misérables, ridicules, vieux , égoïstes, perdu et en larmes. Le Maire avait écouté le Docteur s'en l'interrompre. Il y eu un long silence. Il porta la tasse de café à ses lèvres et but en faisant une légère grimace, et se mit soudain à secouer la tête, comme on le fait devant quelqu'un qu'on plaint car on se désole de constater qu'il n'a plu toute sa raison . " Mais mon pauvre vieux , finit par murmurer le Maire au Docteur qui attendait sa parole avec anxiété, pourquoi dis-tu que c'est un rêve ?"


